dimanche 29 mars 2026

L’art de faire bénir le nucléaire par une "exorciste"

 


Paula White : Ses références à l’Armageddon, brandies comme un argument géopolitique, pourraient influencer des décisions américaines au Moyen-Orient avec la légèreté d’une prophétie auto-réalisatrice.


Apocalypse now : Paula White, la conseillère religieuse de Trump ou l’art de faire bénir le nucléaire par une exorciste

Née Paula Michelle Furr le 20 avril 1966 à Tupelo, Mississippi, cette prédicatrice au brushing impeccable incarne aujourd'hui tout ce que le christianisme peut produire de plus clinquant et de plus contestable. Pasteure, auteure de livres qui trouveraient meilleure place au rayon développement personnel qu'en section théologie, et surtout télévangéliste rodée aux caméras, elle a bâti sa fortune sur la "théologie de la prospérité" – cette doctrine d'une simplicité biblique : plus vous donnez à Dieu (et accessoirement à son compte en banque à elle), plus Dieu vous bénit en richesses matérielles. On pourrait sourire de cette escroquerie spirituelle si elle n'avait pas fonctionné.

Ses références à l’Armageddon, brandies comme un argument géopolitique, pourraient influencer des décisions américaines au Moyen-Orient avec la légèreté d’une prophétie auto-réalisatrice.

Issue d’un milieu modeste marqué par la pauvreté, le suicide de son père et des abus durant l’enfance, Paula White a découvert à 18 ans que la foi pouvait être une excellente affaire commerciale. Elle a cofondé l’église Without Walls International Church à Tampa, Floride, qui a attiré jusqu’à 20 000 fidèles avant de sombrer dans la faillite en 2014 – une faillite, certes, mais pas la sienne. Aujourd’hui, elle dirige la City of Destiny Church à Apopka et partage sa vie avec Jonathan Cain, claviériste du groupe Journey, preuve que Dieu aime aussi le rock FM.

Ascension et ramifications : quand Dieu devient un lobbyiste

Paula White doit sa notoriété nationale à ses apparitions télévisées et à ses livres aux titres aussi vagues que prometteurs, comme Something Greater ou Dare to Be. Mais c’est évidemment sa proximité avec Donald Trump qui lui a ouvert les portes du pouvoir réel. Voisine du milliardaire à la Trump Tower, elle est devenue sa conseillère spirituelle personnelle dès les années 2000 – un poste qui, sous d’autres présidents, aurait paru absurde. En 2017, première femme pasteur à prononcer l’invocation lors d’une investiture présidentielle, elle offrait à l’Amérique un moment de télévision aussi solennel que ses émissions du dimanche matin. En 2019, elle intégrait le conseil consultatif sur la foi de la Maison-Blanche, et en février 2025, Trump la propulsait à la tête du nouveau White House Faith Office. Une consécration pour celle qu’on décrit justement comme une « figure quintessentiellement trumpienne » : divorcée deux fois, vivant dans un luxe tapageur et promouvant un évangélisme populiste où la foi devient un produit comme un autre.

Paula White ne néglige pas pour autant la politique étrangère, surtout quand elle rapporte des voix. Son soutien fervent à Israël, qu’elle considère comme une terre sacrée, lui assure la fidélité des évangéliques sionistes. Dans une vidéo où elle exprime son « honneur » de rencontrer Benjamin Netanyahou, elle affirme que le Premier ministre israélien et son épouse sont « choisis par Dieu » – une formule qui dispense évidemment d’examiner leur bilan politique. Israël est « sacré » pour elle, comme le sont les chèques des donateurs.

Controverses en série : quand la brebis galeuse tond son troupeau

Les critiques pleuvent sur Paula White comme les bénédictions sur ses comptes bancaires. La « théologie de la prospérité » qu’elle promeut lui attire les foudres des chrétiens les plus cohérents, qui lui reprochent de transformer l’Évangile en machine à cash. Ses méthodes sont d’une créativité sans limite : elle propose à ses fidèles des « semences de résurrection » à 1 144 dollars ou des « anges personnels » pour la modique somme de 1 000 dollars – des tarifs qui laissent penser que le salut a un prix, et qu’il est indexé sur le dollar. Des enquêtes ont révélé qu’elle aurait utilisé des fonds d’église pour des chirurgies esthétiques, preuve que Dieu veut aussi que son visage reste présentable à la télévision. En 2007, après son divorce d’avec Randy White, l’église Without Walls s’est effondrée financièrement, tandis que des rumeurs d’une liaison avec Benny Hinn, autre célébrité de l’évangélisme people, alimentaient la chronique.

De nombreux chrétiens conservateurs la qualifient de « fausse enseignante », lui reprochant de déformer les Écritures avec une liberté qui ferait pâlir un prédicateur de foire. Ses exorcismes publics, où elle chasse des « esprits sataniques » en invoquant des forces angéliques dans des séances d’un irrésistible kitsch, sont devenus viraux. Millionnaire assumée, elle vit dans une villa qui ferrait pâlir de jalousie le plus prospère des marchands du Temple, et continue de réclamer à ses fidèles leur premier salaire mensuel pour obtenir des « bénédictions » – une pratique qu’on appelait autrefois de l’extorsion.

L’inquiétant mélange des genres

Avec le retour de Trump au pouvoir, l’influence de Paula White n’a rien d’une anecdote. Son cocktail détonnant de religion, de politique et d’affaires pourrait amplifier des discours apocalyptiques directement inspirés de ses lectures sélectives de la Bible. Les références à l’Armageddon, brandies comme un argument géopolitique, pourraient influencer des décisions américaines au Moyen-Orient avec la légèreté d’une prophétie auto-réalisatrice. Des observateurs sérieux, du Guardian au New York Times, s’inquiètent de voir la foi instrumentalisée pour justifier n’importe quelle aventure politique, pendant que Paula White continue d’empocher les dividendes de cette confusion soigneusement entretenue.

Paula White incarne ainsi le rêve américain version télévangélique : partie de rien, devenue millionnaire en promettant aux pauvres ce qu’elle seule a réussi à obtenir – l’argent des autres. Ses controverses ne sont pas des accidents de parcours, mais la structure même de son entreprise. Dans un monde où les discours extrêmes prospèrent sur la misère intellectuelle et matérielle, elle nous rappelle que le plus sûr chemin vers la fortune reste encore de vendre du rêve à ceux qui n’ont que leur foi à perdre.

Un précédent : l’Église catholique

Le père George Zabelka fut le soutien spirituel de l’unité de l’US Air Force en charge du déploiement de la bombe atomique au Japon. Sans être militariste, l’aumônier estime, comme de nombreux contemporains, que l’usage de la bombe atomique est acceptable pour mettre fin au conflit mondial. Il a donc donné la bénédiction du Seigneur à ceux qui s’apprêtent à larguer Little Boy and Fat Man les 6 et 9 août 1945. Il s’en est ensuite repenti.




Paula White a bâti sa fortune sur la "théologie de la prospérité" – cette doctrine d'une simplicité biblique : plus vous donnez à Dieu (et accessoirement à son compte en banque à elle), plus Dieu vous bénit en richesses matérielles".




samedi 28 mars 2026

Frappes sur l’Iran: entre interrogations géopolitiques et symbolisme religieux



Les frappes menées le 28 février 2026 par les États-Unis et Israël contre l’Iran suscitent des interrogations. Une école de filles a été touchée, causant de lourdes pertes civiles. Cette date coïncide avec le Shabbat Zakhor, moment clé du calendrier juif lié à Amalek. Entre cérémonie religieuse préalable à la Maison Blanche, calendrier symbolique et événements astronomiques, certains analystes évoquent une convergence troublante. Toutefois, aucun lien direct n’est établi à ce stade entre ces éléments et les décisions militaires.



Des frappes menées conjointement par les États-Unis et Israël contre l’Iran suscitent de vives interrogations. Au-delà de leur portée militaire, leur calendrier et certaines circonstances alimentent un débat sur une possible dimension symbolique.

Quelques heures avant le lancement des opérations, une cérémonie religieuse s’est tenue à la Maison Blanche à l’initiative de Donald Trump. Cet événement, marqué par des références bibliques, intervient dans un contexte de tensions accrues au Moyen-Orient.

Officiellement, ces frappes visaient des cibles stratégiques iraniennes. Cependant, plusieurs observateurs soulignent que le choix du moment pourrait revêtir une signification particulière, à la croisée de la religion et de la géopolitique.

Une frappe controversée : une école de filles touchée en Iran

Le 28 février 2026, première journée des frappes, une école primaire de filles figure parmi les sites touchés. Selon plusieurs sources, 156 enfants ont été tués lors de cette attaque.

Washington évoque une "erreur de ciblage" ou des "dommages collatéraux". Cette explication soulève néanmoins des questions, compte tenu de la précision revendiquée des systèmes militaires modernes, notamment via l’intelligence artificielle, les satellites et les drones.

Ce type d’incident rappelle d’autres opérations controversées, notamment dans la bande de Gaza, où des infrastructures civiles ont été touchées, suscitant des condamnations d’organisations internationales.

Shabbat Zakhor et référence à Amalek : un contexte symbolique sensible

La date du 28 février 2026 correspond au Shabbat Zakhor, un moment important du calendrier juif. Ce jour est consacré à la mémoire d’Amalek, figure biblique considérée comme un ennemi ancestral d’Israël.

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a, à plusieurs reprises, évoqué Amalek dans ses discours politiques, notamment pour qualifier certains adversaires.

Pour certains analystes, la coïncidence entre cette date religieuse et le lancement des frappes mérite attention. Ils évoquent la possibilité d’une influence indirecte de références symboliques dans la communication politique ou stratégique.

Alignements religieux et phénomènes célestes : une convergence rare

Les jours suivant les frappes coïncident avec plusieurs მოვლენ calendaires et astronomiques notables.

Le 3 mars 2026, un alignement planétaire rare a été observé, suivi d’une éclipse lunaire qualifiée de "lune de sang". Ces phénomènes sont interprétés de manière diverse dans plusieurs traditions religieuses.

Cette période correspond également à la fête juive de Pourim et au mois sacré du Ramadan dans le calendrier musulman. Cette superposition est relativement rare.

Certains courants religieux, notamment évangéliques aux États-Unis, interprètent ces événements comme des signes liés à des scénarios eschatologiques. Toutefois, ces lectures restent minoritaires et contestées.

Entre faits et interprétations: prudence face aux conclusions

Plusieurs éléments factuels entourent ces frappes : une cérémonie religieuse préalable, un calendrier particulier et une cible civile controversée. Toutefois, établir un lien direct entre ces éléments relève de l’interprétation.

Des experts appellent à la prudence, rappelant que les décisions militaires reposent principalement sur des considérations stratégiques, même si des références culturelles ou religieuses peuvent parfois influencer les discours politiques.

La question demeure: s’agit-il de coïncidences ou d’un enchevêtrement plus complexe entre symbolisme et stratégie ? À ce stade, aucune preuve formelle ne permet de trancher.


La Franc-maçonnerie au Moyen Orient (2/2)



Histoire de la Franc-Maçonnerie au Moyen-Orient (Liban, Syrie, Palestine, Turquie, Égypte, Iran) de Jean Marc Aractingi.

Francs-maçons en Égypte © Musée de la Franc‑maçonnerie.

Abdel Kader El Djazaïri et ses trois enfants, Gamal Abdel Nasser et Anouar el Sadate, Mohamad Abdo (Egypte), Jamal Eddine al Afghani, Atatürk et Souleymane Demirel (Turqie), le Roi Hussein de Jordanie et son frère Talal, des Francs-Maçons.

Le sujet avait alimenté la controverse pendant des décennies, mais le mystère est désormais tranché : L’Emir Abdel Kader Djazaïri, la figure mythique du combat nationaliste algérien contre le colonialisme français, son frère et ses trois enfants étaient des Francs-Maçons.

L’Emir a été « initié par Chahine Makarios, – un libanais chrétien de la loge « La Palestine » à l’Orient de Beyrouth–, de même que ses deux fils, Mohamad Et Mohieddine. Son 3ème enfant, Omar, à la loge « Lumières de Damas ». En reconnaissance de son intervention en faveur des Chrétiens de Syrie, en les protégeant dans son palais de Damas, la « loge Henri IV à l’Orient de Paris du Grand Orient de France » lui envoya un cadeau: un bijou représentant les insignes maçonniques : un cercle posé sur un double carré rayonnant avec au centre sur fond d’émail vert, une équerre à laquelle sont suspendus les éléments du carré de Pythagore, ainsi que des lettres. (page 564).

Le frère de l’Emir AbdelKader, l’Emir Tahar El Djazaïri a été, lui aussi, initié à la Franc-Maçonnerie. La photo de l’Emir Abdel kader en tenue maçonnique est publiée (page 573).

Ci joint la liste non exhaustive de personnalités maçonniques :

Egypte : 

Le général Jean Baptiste Kléber, général en chef de l’armée d’Egypte lors de l’expédition de Bonaparte, fond ala loge ISIS, dont il a été le vénérable Maître. Et Ferdinand de Lesseps, l’artisan du percement du canal de Suez, a initié le Khédive Ismail.

Le président égyptien Gamal Abdel Nasser et son vice président Anouar el Sadate étaient membres de “l’Ordre mystique d’Egypte et des Shriners” (page 622). 

L’affaire de Suez, en 1956, – la nationalisation du Canal de Suez par Nasser et l‘agression tripartite qui s’est ensuivie contre l‘Egypte de la part du Royaume uni, la France et Israël– a mis un terme brutal à la présence de toutes les loges étrangères d‘Egypte. La dissolution a été prononcée par Nasser lui-même. Les institutions para-maçonniques “Lion’s Club”’ Rotary club“ ont été maintenues.

Boutros Ghali, ancien premier ministre et grand père de l’ancien secrétaire général de l’ONU et ancien ministre des Affaires étrangères du président Anouar el Sadate, appartenait à la Franc-maçonnerie.

Mohamad Abdo (page 589) Mufti d’Egypte a rejoint la loge « Kawkab Al Charq » (l’Astre d’Orient) à 28 ans. Grand réformateur, il est l’initiateur du Monde musulman à la Renaissance….aux antipodes des mouvements islamistes transnationaux de l’époque contemporaine, « Al Qaïda » et « Daech » (l’Etat Islamique), fruit de l’instrumentalisation de l’Islam par l’OTAN en faveur des pétromonarchies arabes et contre ses ennemis aussi bien l’Union soviétique que les pays arabes à structure républicaine (Libye, Syrie).

Jamaleddine Al Afghani : Né en Iran, formé au rite chiite, il se faisait passer pour un sunnite parce que le chiite était mal vu hors d’Iran. Il se faisait passer pour un afghan, d’où son nom Al Afghani. (Sa photo en tenue maçonnique est publiée en page 585).

Turquie : 

Le sultan Mourad V et Atatürk, le père de la Turquie moderne et Souleymane Demiral.

La Jordanie : 

Le Roi Hussein mérite une mention à part. Opportuniste en diable, ce Franc-maçon émargeait aussi sur le budget de la CIA, l’agence centrale du renseignement américain. Son frère Talal appartenait également à la Franc-maçonnerie..

Ci joint le récit des turpitudes du fossyeur des Palestiniens dans la séquence dite du « septembre noir jordanien » en 1970 et de sa connivence avec Israël.

https://www.madaniya.info/2025/06/02/la-face-hideuse-du-roi-hussein-de-jordanie/

Iran : 

La Loge « Le réveil de l’Iran » sera à l’avant-garde de la révolution constitutionnelle de 1906. Parmi les membres les plus illustres de cette loge, l’ancien premier ministre Amir Abbas Hoveyda, Mohamad Foroughi, Jafar Sharif Emami.

Koweit : 

Saad Abdallah Al Sabah, Émir du Koweït, a été initié par le Grand Maître de la Loge du Liban et des Pays arabes et Grand Maître Honoraire du Grand Orient d’Italie, le très honorable illustre Honein kattini 343ème du REAA (page 450).

Les personnalités importantes sont enrichies d’une notice détaillant leur affiliation et leur grade, d’une photo illustrant leurs activités. Chaque chapitre de ce volumineux ouvrage est accompagné d’une abondante biographie.

L’histoire de la Franc-maçonnerie au Moyen-Orient constitue une mine d’informations pour quiconque désireux d’entreprendre ce voyage dans les méandres de l’archéologie souterraine de la vie politique de cette zone, des connections souterraines des élites, de leur enchevêtrement, de la solidarité clanique, à la veille des chamboulements qui allaient s’opérer et en bouleverser radicalement le paysage.

Une vie foisonnante. Mais « la création d’Israël, perçue comme une création de l’Occident, va donner un brutal coup d’arrêt à la Franc-Maçonnerie » et briser net cet élan.





vendredi 27 mars 2026

La Franc-maçonnerie au Moyen-Orient (1/2)


Jean-Marc ARACTINGI a écrit "Histoire de la Franc-maçonnerie au Moyen-Orient" :

"Dès ses débuts e
t jusqu’à nos jours plusieurs dirigeants du Moyen-Orient ont été francs-maçons : Ismail Pacha, le fils du khédive d’Égypte, le prince Askari Khan en Iran, le sultan Mourad V, Atatürk en Turquie ; Gibran Khalil Gibran, Charles Debbas, Camille Chamoun, les El Solh et probablement le Président martyr Bachir Gemayel au Liban ; Ahmad Nami Bey, Ata el Ayoubi, Jamil Mardam Bey, Ibrahim Hananou, les Azm, les Présidents Husni Zaïm et Choucri Kouatly en Syrie ; César Araktingi, Maire de Jaffa et Vice-Consul de Grande-Bretagne en Palestine ; le Roi Hussein de Jordanie... 

Au début du XXe siècle, un grand nombre de francs-maçons, issus pour la plupart de personnalités appartenant à l’élite de ces pays, œuvrèrent pour la diffusion des idées de laïcité, de tolérance et de fraternité. C’est ainsi qu’ils jouèrent un rôle important dans l’émergence de divers nationalismes (arabe, panislamique, libanais) ainsi que dans le mouvement d’éveil littéraire et social connu sous le nom de Nahda (Renaissance). La création de l’État d’Israël en 1947 va provoquer le déclin de cette franc-maçonnerie qui sera taxée d’être sioniste ! 

Aujourd’hui, elle bénéficie d’un certain regain en Turquie, au Liban et en Syrie." 

 La Franc-maçonnerie au Moyen-Orient





Le sujet a longtemps nourri les fantasmes et les supputations, les phobies aussi du fait de son culte du secret, de son rite initiatique ésotérique et de la solidarité clanique des membres de la corporation.

L’antimaçonnisme était souvent lié à l’Église catholique craignant une remise en question de son magistère sur la vie publique nationale, condamna à plusieurs reprises la franc-maçonnerie en tant que telle depuis la bulle pontificale In Eminenti apostolatus spéculum en 1738.

L’Abbé Augustin Barruel, prêtre jésuite, polémiste, par exemple, a défendu la thèse que la Révolution française résultait d’un complot maçonnique. L’anti maçonnisme devient progressivement une doctrine qui se développe dans les milieux catholiques ultramontains, qui soutiennent la position traditionnelle de l’Église italienne, partisans du pouvoir absolu du pape, par opposition aux gallicans, et chez les penseurs de la contre-révolution.

Un auteur a entrepris de dissiper ce halo de mystère, dans un magistral ouvrage de 755 pages, solidement documenté conforté par des photos d’époque. Une encyclopédie en somme. L’auteur, il est vrai, n’est pas un perdreau de l’année ni un plaisantin. Plutôt un hyper-capé du cursus universitaire français en même temps qu’un grand ponte de la Franc-Maçonnerie.

Jean Marc Aractingi est tout à la fois «Maître à la Grande Loge de France et de l’Orient de Paris, membre correspondant de la célèbre loge de recherche Jean Scott européenne de la Grande Loge de France, haut dignitaire du Souverain Sanctuaire International des rites égyptiens de Memphis Misraïm et Commandeur de l’Ordre de La Fayette» Grand maître du Grand Orient Arabe, il est pour les initiés (33e, 99e, CBCS, 7e R), autrement dit le «Grand Manitou».

Son cursus universitaire n’en est pas moins impressionnant.

Diplôme de l’École Centrale de Paris (DEA thermique), cet ingénieur en énergie solaire est titulaire d’un triple diplôme : DEA thermique-Centrale, DEA en Développement de l’Université Paris I-Sorbonne, Diplôme de 3e cycle en Diplomatie Supérieure du Centre des Études Diplomatiques et Stratégiques de Paris (CEDS), par ailleurs ancien stagiaire au Collège Interarmées de défense (anciennement École de Guerre)-Exercice COALITION 2003. Ancien PDG du Groupe ARCORE-SOLARCORE SA, il est Président de l’Association Franco-Arabe des Diplômés des Grandes Écoles Françaises. Il est l’auteur du livre «Peintres orientalistes», Éditions vues d’Orient (2003) et co-auteur avec Christian Lochon du livre sur "Confréries soufies : secrets initiatiques en Islam et rituels maçonniques" (Harmattan 2008).

Le Grand Orient au Moyen Orient

L’Angleterre aura durablement façonné le Moyen-Orient à son image, plus que toute autre puissance coloniale. Des accords Sykes-Picot, en 1916, portant démembrement de l’Empire ottoman et son partage en zone d’influence entre la France et la Grande Bretagne, à l’avantage des Anglais, à la Promesse Balfour, en 1917, portant création d’un Foyer National Juif en Palestine, à la propulsion de la dynastie wahhabite à la tête du royaume saoudien et de la dynastie hachémite sur le trône jordanien, à la mainmise enfin sur le golfe pétrolier, tout, absolument tout, aura porté la marque de son empreinte, y compris l’introduction de la Franc-Maçonnerie dans le Monde arabe et musulman. À l’ancrage du Grand Orient au Moyen Orient en vue d’accompagner le Monde arabo-musulman dans son accession à la modernité.

La première loge de la Grande Loge d’Écosse en Syrie remonte en effet à 1748, soit trente ans avant la Révolution française. Elle a été instituée d’ailleurs par Alexandre Drummondville, Consul britannique à Alep et frère de Georges Drummond, Grand Maître de la Grande loge d’Écosse (1752-1753), lui-même grand provincial (1739-1747).

Revue de détails

1- Liban: Camille Chamoun, Charles Debbas, Bachir Gemayel, Sami et Rachid Solh, l’Émir Majid Arslane, Gebrane Khalil Gebrane, Antoun Saadé, chef du Parti populaire syrien, Melhem Karam, ancien président du syndicat de la presse.

Dans la décennie 1920, le Liban comptait plus de 1.200 Francs maçons, soit 7 pour cent de la population adulte de sexe masculin. La loge Palestine N0 415, en 1851, comptait 150 membres avec comme adhérents les grandes familles de Beyrouth, de Damas et de Palestine, comme les Beyhum, les Sursock, les Ammoun, les Azm etc.

Parmi les personnalités ayant adhéré à la Franc-maçonnerie, les deux présidents Charles Debbas, Camille Chamoun, ainsi que des membres des grandes familles, Sami et Rachid Solh, deux anciens premiers ministres, l’Emir Majid Arslan, ancien ministre de la défense, ses collatéraux, l’Emir Chakib, Arslan, l’Emir Adel Arslane et l’Emir Amine Arslane, Mahmoud Joumblatt.
Camille Chamoun, de porte étendard de la Palestine au chef du camp pro américain au Moyen orient

L’homme qui commença sa carrière par une éblouissante profession de foi pro-palestinienne que ne renierait pas le plus farouche nationaliste arabe, dans sa première intervention devant l’Assemblée générale des Nations-Unies, en sa qualité de délégué du Liban, en 1948, finira sa carrière en tant que chef du camp pro-américain au Moyen-Orient.

Succédant dans cette fonction à l’irakien Noury Said, lynché par la foule à Bagdad à la chute de la monarchie hachémite, en juillet 1958, Camille Chamoun présidera un pays qui aura connu sous son magistère la première guerre civile interconfessionnelle libanaise (1958), et sous son autorité au ministère de l’intérieur en 1975-1976, le lancement de la 2e guerre civile libanaise.

Circonstance aggravante, le plus en vue des dignitaires maçonniques libanais sera le seul dirigeant arabe à refuser de rompre ses relations diplomatiques avec la Grande Bretagne et la France, en 1956, en signe de solidarité avec l’Égypte nassérienne dans la foulée de l’agression tripartite israélo-anglo-française de Suez, en 1956.

Cet alignement inconditionnel sur la stratégie atlantiste de même que la cécité politique des milices chrétiennes libanaises dans leur alliance contre nature avec Israël, quinze ans plus tard, lors de la guerre inter factionnelle libanaise (1975-1990) ont semé la suspicion sur le patriotisme des maronites vis à vis du Monde arabe, entraînant un déclassement de leurs prérogatives constitutionnelles dans la règlement du conflit libanais.

L’effondrement des structures familiales et la recomposition des alliances claniques à la faveur de la guerre intestine inter-libanaise (1975-2000) ont donné lieu à une prolifération de groupuscules se proposant de développer des solidarités parallèles en marge des réseaux habituels.

Conséquence sans doute lointaine de l’aspersion des méga-radios religieuses américaines, les fameux prédicateurs électroniques, le prosélytisme a connu un regain de vigueur au Liban et en Cisjordanie.

Les Témoins de Jéhovah se sont montrés très actifs au sein des couches paupérisées de la fraction chrétienne et de la population musulmane, désireux de modifier leur condition de vie ancestrale. Cet engagement s’expliquait par la perspective ou l’illusion d’un débouché, ou encore, par l’indéniable attrait, qu’offre, en cas de conversion, la possibilité d’un recyclage aux États-Unis.

Même la franc-maçonnerie, structure d’ordre et de discipline s’il en est, n’a pas échappé au phénomène de prolifération. Alors que le Liban comptait avant la guerre civile (1975-1990) près de 3.000 francs-maçons régulièrement identifiés, la fin des hostilités a déclenché une croissance exponentielle des loges issues de l’immigration, les loges de la diaspora.

Bachir Gemayel

Le chantre du libanisme intégral, d’une souveraineté nationale pleine et entière, était un franc maçon. “Initié par Georges Nercessian, Grand Maître de la Grande Loge du Liban, l’appartenance du président éphémère du Liban (1982) à la maçonnerie a été confirmée au Grand Maître du Grand Orient Œcuménique, le TSF Jean Marc Aractingi, par la famille du frère Charles Hernu (1923-1990), ancien ministre socialiste français de la défense.

Charles Hernu, ancien Maire de Villeurbanne (banlieue de Lyon) a raconté avoir fait la connaissance du chef des milices chrétiennes libanaises lors d’un atelier organisé par la Grande Loge d’Orient et d’Occident à Lyon”, est-il écrit à la page 181 de l’ouvrage.

Bachir Gemayel, un voyou

Richard Murphy, ambassadeur des Etats Unis en Syrie, en poste dans la zone à la fin de la décennie 1970 jugeait Bachir Gemayel, chef militaire des phalangistes et fondateur des Forces Libanaises, les milices chrétiennes libanaises, comme un «voyou».Sur ce lien, le jugement de Richard Murphy et le rôle trouble des phalangistes dans le déclenchement de la 2 me guerre civile libanaise (1975-2000). https://www.madaniya.info/2018/04/10/liban-memoires-de-guerre-2-3-le-pacte-national/

Parmi les autres personnalités libanaises ayant adhéré à la Franc-maçonnerie figuraient notamment Antoun Saadé, fondateur du Parti Populaire Syrien, Gébrane Khalil Gébrane, l’inoubliable auteuir du “‘prophète”, l‘écrivain Girgi Zeydan, le poète Bechara Abdallah Al Khoury “Al Akhtal as saghir”, Kamel Al Assaad, ancien président de la chambre des députés, l’homme politique Bachir al Awar, Melhem Karam, ancien président du syndicat de la presse, ainsi que Prosper Gay Para, propriétaire du Palm Beach à Beyrouth et du Byblos à Saint Tropez.

Syrie: Jamil Mardam Bey, Housni al Zaim, Adib Chichakli, Choucry Al Kouatly

Au XX me siècle, La loge «Qayssoun» a regroupé les principaux dirigeants nationalistes parmi les plus hostiles à la France, puissance mandataire de l’époque. Pas moins de dix présidents de la République et de premiers ministres était affiliés à des instances maçonniques notamment Jamil Mardam Bey, Choukry Al Kouatly, Husni al Zaim, Adib Chichakli, Nazem Al Kodsi, Fawzi Selo, Sami al Hennaoui, Farés Al Khoury et Saadallah Al Jabri.,
Syrie : Jamil Mardam Bey, une réputation vouée à la suspicion

Le plus en vue des francs-maçons syriens n’est autre que Jamil Mardam Bey (1894-1960), l’ancien premier ministre du mandat français sur la Syrie, le plus controversé des dirigeants politiques syriens de l’histoire moderne.

L’évocation de son nom dans les cercles intellectuels arabes prête à controverse et emporte rarement une adhésion spontanée. Présenté par ses partisans comme un «éminent nationaliste», il est, pour ses détracteurs, «le chef du parti colonial» français en Syrie.

L’homme traîne en effet comme un boulet une réputation vouée à la suspicion, conséquence de la satire dont il a été l’objet de la part du célèbre poète arabe Omar Abou Riché mettant en question son patriotisme.

Né à Damas, en 1894, d’une famille sunnite, d’origine ottomane, appartenant à la grande aristocratie damascène, titulaire d’un diplôme universitaire de Paris, Jamil Mardam Bey est le fondateur, en 1911, à Paris, avec cinq de ses camarades d’école, la société secrète «Al Fatat» œuvrant pour l’indépendance des provinces arabes de l’Empire Ottoman.

En 1916, condamné à mort par contumace par les Ottomans, il fuit en Europe. Mais ses camarades moins chanceux seront, eux, pendus en public à Damas et à Beyrouth, le 6 Mai 1916, du fait d’une négligence du consul général français à Beyrouth, Georges Picot, qui avait laissé traîner dans ses tiroirs la liste de ses interlocuteurs habituels.

De retour à Damas, en 1918, il accompagne en 1919 le roi Fayçal à la Conférence de Paix de Paris. En 1920, l’armée française, après avoir détrôné le roi Fayçal, le condamne à mort. Il fuit à Jérusalem. Amnistié, il devient membre du mouvement clandestin, la «Société à la “main de fer» de son ami et «frère» Abdul Rahman Shahbandar.

À l’indépendance de la Syrie, en 1943, le nouveau président syrien Chucri Al Kouatly le nomme ministre des Affaires étrangères et de la Défense. En 1947, il est de nouveau Premier Ministre. En 1948, avec l’arrivée des militaires au pouvoir, il démissionne et annonce son retrait de la vie politique. Son parcours maçonnique et la satire du grand poète arabe Omar Abou Riché, Jamil Mardam Bey est rentré assez tard en franc-maçonnerie à l’âge de 30 ans. Il a passé tous les échelons de la franc-maçonnerie pour devenir un Haut Dignitaire de la Célèbre Loge «AL Zahra N°92» à l’Orient de Damas, sous juridiction de la Grande Loge Nationale d’Égypte.
Il rejoindra, plus tard, la Grande Loge de Syrie.

Ce haut dignitaire maçonnique traîne cependant une réputation sulfureuse de chef du parti colonial, sans doute en raison de son comportement à l’égard de la puissance mandataire. Il sera à ce titre fustigé par l’un des plus célèbres poètes arabes, Omar Abou Riché.

Dans un papier intitulé «Ceux qui ont bradé la Palestine», l’écrivain Mohamad Al Walidi dresse le portrait de Jamil Mardam Bey, en reprenant à son compte la satire du poète Omar Abou Riché à l’encontre du politicien syrien :

«Comment une nation peut elle forger sa grandeur, alors qu’elle compte parmi les siens un homme à l’exemple de Jamil Mardam Bey. Jamais entrailles n’ont porté un criminel d’un tel calibre».Sur ce lien pour le lectorat arabophone :
http://pulpit.alwatanvoice.com/articles/2006/10/08/58713.html

Jamil Mardam Bey

Il est le grand oncle de l’éditeur franco-syrien Farouk Mardam Bey, Directeur des Éditions Sindbab (groupe Actes Sud) et de ses cousines, les deux sœurs Kodmani, Basma et Hala Kodmani.

En filiation intellectuelle directe avec leur aîné, Farouk Mardam Bey et Hala Kodmani ont animé durant la guerre de Syrie (2011-2024) depuis Paris une micro structure oppositionnelle «Souriya Hourra» -(Syrie Libre), dans un parfait synchronisme de la guerre menée par la France contre la Syrie, leur patrie d’origine, depuis 2011, sous couvert de «printemps arabe». Hala Kodmani est par ailleurs salariée du journal Libération, propriété du milliardaire franco-israélien Patrick Drahi.

Sa sœur, Basma Kodmani, a assumé les fonctions de porte-parole de l’opposition off shore syrienne pour le compte de la coalition islamo-atlantiste avant d’être déchargée de ses responsabilités.


Choucri Kouatly

Premier Président de la République syrienne post-indépendance (1943), Choucri Kouatly était, par malchance et en dépit de son nationalisme, un féal du royaume saoudien. Plus que de besoin.

Ses relations avec le Roi Abdel Aziz et ses enfants, étaient étroites. Il gravitait dans leur giron depuis 1926. Plusieurs membres de sa famille exerçaient des activités commerciales fructueuses en Arabie. Kouwatly était partisan de la restauration de la Monarchie en Syrie, dans la décennie 1930. Il a même soutenu la candidature de Fayçal Ben Abdel Aziz au poste de Roi de Syrie, mais échouera dans son projet. Ces faits sont mentionnés dans l’ouvrage «Syria and Lebanon under French Mandate» de Stephen Hemsley Longrigg –traduction en langue arabe Pierre Akl, Maison d‘édition Dar Al Haqiqa.

Lorsque Nasser demanda à Sarraj d’aviser Kouatly du complot ourdi contre lui par le Roi d’Arabie, l’officier syrien s’est montré très réticent, craignant que «le citoyen arabe N°1», titre que lui avait attribué Nasser au moment de la fusion syro-égyptienne, n‘alerte ses amis saoudiens de cette grave affaire.

De surcroît les relations entre Sarraj et Kouatly n’étaient pas empreintes d’une grande chaleur. Sarraj était parfaitement informé de la nature des relations Kouatly -Al Saoud.

Nasser insista. Les craintes de Sarraj étaient fondées. Kouatly avait bel et bien alerté les Saoudiens, les assurant que Nasser était au fait de leurs menées. Sarraj s’est étranglé de colère lorsque son officier d’ordonnance lui a remis un message chiffré adressé par l’ambassade de d’Arabie saoudite à Damas, à la Cour Royale saoudienne et intercepté par les services syriens qui mentionnait laconiquement : «L’immeuble est virusé».




jeudi 26 mars 2026

L'analyse géopolitique de Bardella 🤣


Bardella peaufine son analyse géopolitique

La revue de son groupe du RN au Parlement européen fonde son analyse sur une carte totalement loufoque qui :

- nomme la Mer Rouge "Golfe d'Ormuz",

- place Moscou à Istanbul,

- le Caire à Benghazi,

- Colombo à l'est de la Somalie et à l'ouest de Java,

- le Détroit d'Ormuz au Détroit de Malacca;

- le Détroit de Malacca sur la côte nord-ouest de l'Australie,

- l'Océan Atlantique au Mali.

On comprend mieux que Bardella ait jeté l'éponge après son 1er trimestre de licence de géographie où il avait obtenu, dit-on, 04/20.

Mais est-il raisonnable de confier notre force de frappe nucléaire à quelqu'un d'aussi incroyablement nul ?

François Asselineau sur X.

Source : 

Rassemblement national : «Golfe d’Ormuz», Le Caire situé à Tripoli, Moscou à Istanbul… Le conseiller spécial de Marine Le Pen publie des cartes truffées d’erreurs


Le vieux mythe du pacte avec le Diable franchit les siècles de manière étonnante



Le satanisme rôde sur toutes les pochettes de disques, explicitement chez Black Sabbath, Deicide, Slayer, Mayhem, Venom, Marilyn Manson, Madonna, Lady Gaga, Rihanna.

La version implicite est encore plus répandue : Led Zeppelin, Iron Maiden, Ozzy Osbourne, etc. Peu à peu, le phénomène qui est parti des pochettes de disques s’étend à la mode où l’on voit surgir symboles et pentagrammes accompagnés de maquillages noirs dans une atmosphère lugubre sous la signature de créatrices comme Vivienne Westwood, Sonia Rykiel, plus tard Michèle Lamy à Hollywood, toutes jouant avec ce qu’on appelle le Gothique. Dans ces années là sort un film clinquant réalisé par un publicitaire, mal accueilli par la critique mais qu’on nous présente depuis comme “culte” , The Hunger, les Prédateurs, où Catherine Deneuve et David Bowie interprètent des vampires dont le drame est de vieillir et dont l’ambivalence sexuelle est non seulement assumée mais glorifiée.



Les deux piliers de la dépravation future sont posés, il ne reste qu’à monter le portail et à bâtir le temple. Premier pilier, là où la tradition philosophique notamment chrétienne mais aussi bouddhique veut placer la sagesse, la vérité, le sens de la vie humaine, c’est à dire la vieillesse, à travers le cycle mort-réincarnation, ou mort-rédemption, la mode satanique, elle, préfère l’éternité fabriquée, la régénérescence des cellules et la jeunesse éternelle.

Bowie et Deneuve, archi-trafiqués physiquement dans le réel comme au cinéma, en sont les symboles. Que font, dans le film, ces deux vampires qui hantent les boîtes de nuit new-yorkaises ? Ils boivent le sang de jeunes proies ramassées sur les pistes de danse. Et par quoi se définit leur sexualité ? Par une absence de définition justement, par la confusion des sexes. Ils renversent leurs préférences à volonté, et passent de l’endroit à l’envers selon leur gré. Nous avons là tous les ingrédients de l’étape suivante que la mode va sanctifier et sur laquelle seront bâties des fortunes : l’exploitation de l’extrême jeunesse par le désir sexuel, le prélèvement des cellules, le satanisme rituel, et le changement de polarité sexuelle à volonté.

A ce stade de notre observation, comme si nous étions au balcon de l’histoire d’après-guerre, mon cher Léon, tu soulignes très justement que la conduite des élites occidentales, est à la fois logique et paradoxale. D’abord elles rendent un culte à la mort, à la dégradation de l’innocence, en mettant en avant des personnages comme Marilyn Manson qui parlent d’amour souillé, elles laissent entendre que tout est laid, voué à périr, à se dégrader. Mais cette conduite est paradoxale puisqu’après avoir pratiqué le culte de la mort elles se repaissent de la jeunesse et de la pureté perdues, pour affirmer qu’on peut enrayer la dégradation des cellules, par le vampirisme d’abord, puis par l’occultisme, puis par la Science, et dans tout cela, le vieux mythe du pacte avec le Diable franchit les siècles de manière étonnante.

L’idée que l’on puisse sceller, en échange de sa damnation future, un contrat faustien avec le Diable pour fonder un empire terrestre est répandue dans la littérature mais nous n’avons pas le temps de jouer les érudits. Relevons plutôt le principe, largement confirmé par les faits, selon lequel aucune fortune colossale ne se bâtit sans compromission de départ, sans crime fondateur. Il suffit de se pencher sur les origines de l’empire Rockefeller ou la naissance de la pieuvre Rothschild pour se convaincre que rien de terrestre ne se bâtit sans avoir piétiné la morale dès les fondations. Là encore, nous trouvons un condensé de cette méthode dans l’horrible film “Le Loup de Wall Street” où l’on voit un personnage obsédé par le fait de gravir l’échelle sociale. Et comme dans toutes les sociétés où les gens de pouvoir se défendent contre les ambitieux, les premiers barreaux de l’échelle sont trop hauts pour lui. Mais qu’à cela ne tienne, il exige des autres qu’on lui fasse la courte échelle, après quoi il leur marche dessus pour monter plus vite.


Christian CombazÀ l'endroit.

À l'endroit

« Notre hôte m’a dit qu’il voulait écrire un petit livre cet été et qu’il voulait l’appeler À l’endroit. Son idée est que le monde marche à l’envers depuis un bon moment, et il veut montrer à quel point ça va changer. L’envers ce n’est pas seulement ce qui est caché, c’est le miroir, c’est ce qui est renversé. Dans le monde qu’on a inventé, il est de plus en plus utile d’être un salaud, ça rapporte de plus en plus, donc quand monsieur l’écrivain parle d’un retour à l’endroit je ne peux m’empêcher d’appliquer la métaphore au renversement magnétique des pôles, je trouve que tout est cohérent. Le nord magnétique de l’histoire occidentale est en train de se déplacer à toute allure et la planète humaine va inverser ses polarités morales. Je ne blâme pas en fait l’inversion des valeurs, mais leur effacement, leur confusion la disparition du nord magnétique. Je blâme une tentative de fabriquer un monde monopolaire, un monde qui n’a plus besoin de l’autre pôle, un monde où l’envers et le signe moins ont pris toute la place de l’endroit et du signe plus. – Il a raison a dit Léon, c’est la définition du diable. Le diable dit qu’il n’a pas besoin de la dualité, il veut prendre toute la place, il veut occuper l’estrade, le diable n’admet pas la contradiction du divin, il refuse le débat, il repousse toute négociation avec l’autre versant de la morale , le diable essaie de se déguiser en son contradicteur pour avoir raison, il essaie de noyauter ses opposants, il dit finalement : tout le monde est d’accord, alors que c’est un mensonge, et c’est exactement ce qui se passe dans la démocratie moderne ».


À propos de l'auteur :

Christian Combaz, fils de la bourgeoisie moyenne et provinciale, après les Jésuites de Paris, et de trois années de Sciences Po, est devenu romancier à succès publié chez Fayard, Seuil, Robert Laffont et Flammarion, puis journaliste au Figaro, à l'Express, à Valeurs actuelles, dans une France dont il a vécu, comme témoin privilégié, le passage de la grandeur gaullienne au n'importe quoi « hollandien » et à présent « macroniste ». Il anime une chronique villageoise sur TV Libertés autour de sujets brefs, des scandales ou des questions qui empoisonnent la vie de nos concitoyens : « La France de campagnol ».



mercredi 25 mars 2026

Le vampire de l'Empire


par Laurent Guyénot


Nietzsche écrit dans L’Antéchrist §58 :

« Ce qui existait aere perennius, l’Empire romain, la plus grandiose forme d’organisation, sous des conditions difficiles, qui ait jamais été atteinte, tellement grandiose que, comparé à elle, tout ce qui l’a précédé et tout ce qui l’a suivi n’a été que dilettantisme, chose imparfaite et gâchée, — ces saints anarchistes se sont fait une “piété” de détruire “le monde” c’est-à-dire l’Empire romain, jusqu’à ce qu’il n’en restât plus pierre sur pierre, — jusqu’à ce que les Germains mêmes et d’autres lourdauds aient pu s’en rendre maître... Le chrétien et l’anarchiste sont décadents tous deux, tous deux incapables d’agir autrement que d’une façon dissolvante, veni­meuse, étiolante, partout ils épuisent le sang, ils ont tous deux, par ins­tinct, une haine à mort contre tout ce qui existe, tout ce qui est grand, tout ce qui a de la durée, tout ce qui promet de l’avenir à la vie... Le christianisme a été le vampire de l’Empire romain. »

Nietzsche a peut-être emprunté la métaphore du vampire à Ernest Renan, qui l’avait utilisée quelques années plus tôt : « Durant le IIIe siècle, le christianisme suce comme un vampire la société antique, soutire toutes ses forces et amène cet énervement général contre lequel luttent vainement les empereurs patriotes. […] L’Église, au IIIe siècle, en accaparant la vie, épuise la société civile, la saigne, y fait le vide. »

L’idée que le christianisme vidait la société romaine de son énergie et de son estime de soi avait déjà été avancée par Celse au IIe siècle, puis au début du Ve siècle par les païens romains d’ auxquels Augustin répondit dans le premier livre de sa Cité de Dieu. Cette idée est devenue taboue jusqu’à la nouvelle liberté d’expression de la Renaissance, lorsque Machiavel l’a exprimée à nouveau, avec la réserve qui s’imposait, dans ses Discours sur Tite-Live (II,2) : le christianisme, écrivait-il, avait érodé l’amour des Romains pour la liberté (il n’entendait pas par là la liberté individuelle, mais l’indépendance nationale) : « Notre religion glorifie plutôt les humbles voués à la vie contemplative que les hommes d’action. Notre religion place le bonheur suprême dans l’humilité, l’abjection, le mépris des choses humaines », alors que la religion des anciens « le faisait consister dans la grandeur d’âme, la force du corps et dans toutes les qualités qui rendent les hommes redoutables ».

Puis vint le siècle des Lumières, lorsque Voltaire déclara, dans son Essai sur les mœurs et l’esprit des nations (1756) : « Le christianisme ouvrait le ciel, mais il perdait l’empire. » Puis vint Edward Gibbon et sa monumentale Histoire du déclin et de la chute de l’Empire romain (1819) :

« Cette indifférence indolente ou même criminelle pour le bien public exposait [les chrétiens] au mépris et aux reproches des païens. On demandait aux partisans de la nouvelle secte quel serait le destin de l’empire, assailli par les Barbares, si tous les sujets adoptaient des sentiments si pusillanimes. À cette question insultante les apologistes du christianisme répondaient en mots obscurs et équivoques. Tranquilles dans l’attente qu’avant la conversion totale du genre humain, la guerre, le gouvernement, l’Empire romain, le monde lui-même, ne seraient plus, ils ne voulaient pas révéler aux idolâtres cette cause secrète de leur sécurité. »

Plus récemment, l’argument a été avancé par le savant français Louis Rougier, un élève de Renan, dans un essai passionné sur Celse publié en 1925 :

« Les chrétiens certes ne furent pas des factieux conspirant en vue de fonder un royaume à part ici-bas. […] Mais ils constituèrent par leur détachement de la chose publique un parti de déserteurs. La patrie et les lois civiles, voilà la mère, voilà le père que le vrai gnostique, selon Clément d’Alexandrie, doit mépriser pour s’asseoir à la droite de Dieu (Stom. IV,4). “Pour nous, écrira Tertullien, rien n’est si étranger que la république… il faut vivre, dit-on, pour la patrie, pour l’Empire, pour les siens. C’était l’opinion de jadis. Personne ne naît pour autrui, puisqu’on meurt pour soi seul” (Apol. XXXVIII,3). Proclamer qu’une seule chose est nécessaire, celle d’assurer son salut personnel, est un principe individualiste, antisocial au premier chef, qui transforme l’optique du monde et l’économie de la société. Il y a plus. Le chrétien doit souhaiter, appeler de ses vœux la fin du siècle, la grande catastrophe où sombrera l’Urbs et l’Empire, pour faire place à “une Jérusalem d’en haut, faite par Dieu et venue du ciel”. Plus vite sonnera l’heure de la chute de Rome, plus le chrétien devra s’estimer heureux. “Nous devons désirer l’avènement prochain de notre règne et non le prolongement de notre esclavage, écrit encore Tertullien. Seigneur, que ton règne advienne le plus tôt possible ! Tel est le vœux des chrétiens, telle est la confusion des Gentils, tel est le triomphe des anges. C’est pour ton règne que nous souffrons, c’est pour ton règne que nous prions” (De Corona 13). Les désastres publics n’affectent en rien les chrétiens, ils y voient une confirmation des prophéties qui condamnent le monde à périr par les Barbares et par le feu. La Cité de Dieu, formée de la communion des fidèles et des élus, ravit l’homme à sa patrie terrestre, dont il cesse d’épouser les passions et les intérêts.

Or, les réalités politiques, dont les chrétiens se désintéressent comme des choses étrangères qui n’importent pas au salut, c’est au temps de Marc-Aurèle, après quarante ans de paix romaine, sur les bords du Rhin et sur les rives du Danube, la formidable pression des Barbares qui percent jusqu’à Aquilée, cependant qu’en Orient les frontières fléchissent sous la poussée des Parthes. Un devoir s’impose à tous les esprits clairvoyants, celui de contenir les Barbares dont la menace grandit chaque jour. Il ne s’agit pas seulement, en cela, d’assurer la sécurité matérielle de l’Empire, mais de préserver d’un irréparable désastre le patrimoine le plus précieux de l’humanité. […] Autour des grands empereurs du IIème siècle, Hadrien, Antonin le Pieux, Marc-Aurèle, Septime-Sévère, comme, plus tard, autour de Dioclétien, tous les intellectuels, tous les patriciens se groupent pour conjurer le péril commun. Marc-Aurèle, qui n’aimait rien tant que les entretiens philosophiques et la méditation intérieure, donne au monde un exemple de grandeur sans pareille. Souffrant, trompé, désabusé, revenu de toutes les vanités de ce monde, n’obéissant qu’à l’idée de faire son métier d’empereur, par un prodige de vertu civique il fait face à tout, passant les dernières années de son règne sur les bords glacés du Danube ou du Gran, à combattre victorieusement les Quades et les Marcomans, ne se reposant des travaux de la guerre que pour écrire, sous sa tente, au long des tristes nuits d’hiver, ce livres des Pensées, où, sans une plainte, il remercie les dieux de lui avoir donné des parents si accomplis, des maîtres si excellents, une épouse si affectueuse et où il fait chaque soir son examen de conscience philosophique.

Pour parer au danger que courait la civilisation, l’Empire avait besoin du dévouement actif de tous les citoyens, de magistrats et de soldats, et non d’idéalistes “au-dessus de la mêlée”. Or, qui répondent les chrétiens, selon Tertullien, à l’appel pressant de l’empereur, à l’heure où l’on enrôlait dans l’armée des Barbares, des esclaves et des brigands ? “Les secours que nous apportons à l’État lorsque c’est nécessaire, sont des secours divins, étant munis de toutes les armes de Dieu… Plus on est pieux, plus on vient en aide par des prières à son souverain ; et c’est appui est bien plus efficace que celui des soldats qui vont à la guerre et tuent le plus d’ennemis possibles. N’est-il pas juste que, lorsque les autres hommes prennent les armes, les chrétiens ne les prennent que comme ministres et serviteurs de Dieu ? Lorsque nous prières mettent en fuite les démons qui allument les guerres et excitent à la violation des traités, nous rendons de bien plus grands services aux princes que les troupes qui semblent faire la guerre pour eux” (De Orat. 5). […]

La vérité est que la carence des chrétiens instituait une immense grève dans tout l’Empire, ce qui, aux yeux d’un patriote éclairé, était plus qu’une abstention, une trahison. Celse n’avait pas tort qui discernait dans le christianisme un ferment de dissolution de l’Empire et voyait dans l’éventualité de son triomphe le signal des grandes invasions et le naufrage de la civilisation : “Si tout le monde vous imitait, l’empereur resterait bientôt seul et abandonné, de sorte que tout l’Empire tomberait aux mains des Barbares féroces et sauvages et que le culte de votre religion, comme la gloire de la vraie sagesse, disparaîtrait de la terre.” »

Comme nous le voyons, la thèse selon laquelle les Romains ont d’abord été vaincus par les chrétiens, avant de l’être par les barbares, n’a jamais manqué de partisans. Pourtant, si l’argument est d’ordre psychologique—la perte de motivation à se battre pour l’Empire—, il reste discutable et peu concluant. Il se heurte également à l’objection que la moitié orientale de l’Empire a survécu à la moitié occidentale pendant un millénaire, bien qu’elle ait été plus profondément christianisée.

Ce que l’on peut toutefois affirmer sur la base des faits historiques, c’est que la chute de l’Empire occidental a été principalement la conséquence des guerres civiles des IVe et Ve siècles, qui étaient, dans une large mesure, des guerres religieuses menées par les empereurs christianisateurs contre la résistance païenne. Depuis que j’ai défendu cette théorie dans un précédent article, j’ai découvert que Peter Brown, l’historien le plus réputé de l’Antiquité tardive, a beaucoup insisté sur les ravages causés par les guerres civiles dans son ouvrage The Rise of Western Christendom :

« À maintes reprises, neuf fois en 83 ans (de 312 à 395), les soldats romains ont massacré leurs collègues dans des guerres civiles meurtrières. Les empereurs pleuraient (ou, du moins, s’assuraient que tout le monde croyait qu’ils pleuraient) en voyant les piles de cadavres romains qui jonchaient le champ de bataille après ces combats. Comme l’a montré Brent Shaw [dans Sacred Violence], les véritables “champs de la mort” du IVe siècle ne se trouvaient pas le long des frontières. Ils se trouvaient dans le nord de l’Italie et dans les Balkans, où des batailles sanglantes opposaient régulièrement des empereurs rivaux.

Au Ve siècle, la guerre civile s’est étendue pour inclure une “guerre par procuration” menée par des groupes barbares. Des études minutieuses de la chronologie et de la logistique des guerres civiles du début du Ve siècle ont montré que toutes les avancées majeures des barbares faisaient partie de manœuvres directement liées aux guerres civiles, ou du moins avaient été rendues possibles par la distraction causée par ces guerres. Loin de se précipiter tête baissée depuis les forêts d’Allemagne vers le cœur de la Méditerranée, la plupart des barbares y ont été pour ainsi dire “importés” par des usurpateurs romains rivaux, d’abord vers le sud-ouest de la Gaule, puis à travers les Pyrénées vers l’Espagne. Ce ne sont pas les invasions barbares en elles-mêmes qui ont changé le visage de l’Europe. C’est la synergie entre les groupes barbares, la longue pratique romaine de la guerre civile et l’opportunisme avec lequel les Romains locaux ont exploité à leurs propres fins les barbares et les conditions de la guerre civile. »

Selon Brown, l’afflux massif de guerriers barbares dans l’Empire était une conséquence, et non une cause, des guerres civiles.

« Les empereurs avaient toujours besoin de troupes pour mener les guerres civiles acharnées qui ont marqué les IIIe et IVe siècles. Ce besoin de soldats pour combattre dans les guerres civiles a entraîné les Germains de l’autre côté de la frontière dans des guerres où, à intervalles réguliers, les Romains s’entre-tuaient, dans des affrontements meurtriers entre armées professionnelles, en nombre bien plus important que ce qu’ils auraient jamais pu imaginer tuer ou être tués en combattant les “barbares” ».

J’ai également découvert un argument supplémentaire en faveur de la thèse selon lequel les guerres civiles du IVe siècle étaient des guerres religieuses, depuis la toute première menée par Constantin contre Maxence. Les historiens modernes ignorent généralement le facteur religieux dans cette guerre, car ils pensent que Constantin n’avait pas encore fait son coming-out chrétien et que Maxence n’était pas un persécuteur des chrétiens. Mais en 312, lorsque Constantin et Licinius s’allièrent, Maxence s’allia à Maximin Daza, un autre membre de la tétrarchie, qui était un traditionaliste convaincu, c’est-à-dire un « païen », et publia un rescrit contre les chrétiens qui, déclarait-il, « avec leurs croyances ignorantes et futiles, en sont venus à affliger presque le monde entier avec leurs pratiques honteuses ». Maximinus rassembla une armée de 70 000 hommes, mais six mois après la défaite de Maxence au pont Milvius, il subit une défaite écrasante lors de la bataille de Tzirallum face à l’armée de Licinius. Un peu plus d’un mois plus tard, Licinius et Constantin, victorieux, cosignèrent l’édit de Milan qui légalisait le christianisme.

Si, comme je crois l’avoir montré, les guerres civiles des IVe et Ve siècles étaient avant tout des guerres de religion liées à la christianisation, alors on peut dire que c’est la christianisation qui a provoqué l’effondrement structurel de l’Empire et les brèches qui ont permis aux barbares d’envahir le territoire. La christianisation n’a pas rendu les Romains trop faibles pour se battre, mais les a amenés à se battre pour Dieu plutôt que pour Rome. Plutôt que de se battre pour la cité des hommes, les empereurs chrétiens ont commencé à se battre de manière de plus en plus obsessionnelle pour la cité de Dieu, détournant les légions des frontières pour les opposer aux ennemis de la « Vérité » à l’intérieur, mobilisant même les barbares contre les Romains dans le processus.

Les guerres de religion, inconnues dans le monde païen, sont programmées dans le patrimoine génétique du christianisme, car elles sont l’essence même du Dieu jaloux. Avoir un Fils a pu adoucir le caractère du Dieu biblique à certains égards, mais n’a pas atténué sa jalousie, bien au contraire. C’est pourquoi, dès que les chrétiens ont été à court d’ennemis païens, ils ont tourné leur colère les uns contre les autres, dans des guerres civiles entre chrétiens de confessions différentes (comme je l’ai déjà évoqué ici). Cela a culminé au VIe siècle, lorsque le fanatique Justinien a ravagé l’Italie et provoqué l’effondrement réel de l’ordre romain en Occident, comme le soutiennent aujourd’hui les nouveaux historiens (et comme je l’ai évoqué ici). La raison pour laquelle Justinien est généralement considéré comme le restaurateur de l’unité de l’Empire, plutôt que comme son destructeur, est simplement que l’histoire est écrite par le vainqueur. L’unité de l’Église, que Constantin avait tenté (sans succès) de réaliser pour le bien de l’Empire, était devenue une fin en soi, au détriment de l’Empire et de la civilisation romaine. L’Église a tué l’Empire.

Le jour où le préfet de Rome, Gregorius Anicius, devint le pape Grégoire Ier (590-604), marque le début de la papauté en tant que « fantôme de l’Empire romain défunt, couronné sur sa tombe », selon les mots de Thomas Hobbes (Leviathan, chapitre 47). Sous le successeur de Grégoire, Honorius (625-638), le Sénat fut transformé en église, la résidence impériale du Latran devint le siège de la papauté et tous les bâtiments impériaux devinrent la propriété de l’Église.[7] C’est ainsi que commença ce que les historiens de la Renaissance appelleront le medium ævum, notre « Moyen Âge ». Au cours de cette période, la papauté s’accrocha fermement au manteau impérial qu’elle avait ramassé, tout en empêchant son concurrent, l’Empire romain germanique, de réaliser l’unification politique de l’Europe, conduisant ainsi à la fragmentation de l’Europe en États-nations constamment en guerre les uns contre les autres. C’est ce que j’ai appelé La Malédiction papale.

Le christianisme est loué pour être le fondement de la civilisation occidentale, bien que je ne comprenne pas ce que la civilisation occidentale lui doit en termes de sciences, de philosophie, d’art et de tradition politique (lire mon article « Le génie helléno-romain de la Renaissance ». On m’objecte souvent : « Et les cathédrales ? » Je réponds : Voulez-vous parler des cathédrales construites par les moines et les docteurs en théologie, ou bien celles construites par les confréries de francs maçons ? Récemment, quelqu’un m’a parlé du chant grégorien ; le chant grégorien est le mieux que l’on puisse faire quand on interdit les instruments et la polyphonie dans les églises. La scolastique ? L’expérience intellectuelle la plus stérile qui soit, comme l’a soutenu Louis Rougier dans l’un de ses livres.

Non, vraiment, le leg le plus important du christianisme à la civilisation européenne, ce sont les guerres de religion.



mardi 24 mars 2026

Agressions voyoucratiques



Finies les spéculations oiseuses ! Les masques tombent enfin ! En dépit de quelques frappes inacceptables contre la Syrie néo-baasiste du président Bachar al-Assad sous son premier mandat, Donald Trump exprimait souvent en public sa réticence à toute intervention militaire extérieure. Insensibles au tourbillon MAGA, les responsables du parti républicain d’alors alimentaient cette attitude d’autant qu’ils incarnaient des adultes dans une chambre soumise au bon vouloir d’un garnement plus que gâteux.

Pour son second mandat, Trump a évincé ces « adultes » en faveur de fidèles prêts à suivre leur champion dans toutes les aventures possibles. La nomination de Marco Rubio, néo-conservateur assumé, comme secrétaire d’État en est la première marque. Le choix de changer le département de la Défense en département de la Guerre en est une deuxième. L’enlèvement du président vénézuélien Nicolas Maduro et de son épouse au début de l’année 2026 entérine cette nouvelle disposition d’esprit belliciste !

Le déclenchement simultané des opérations israélienne « Lion rugissant » (détournement du symbole impérial iranien) et étatsunienne « Fureur épique » contre l’Iran ce 28 février 2026 signale le ralliement du trumpisme au néo-conservatisme. Soyons encore plus précis : on observe la synthèse des délires « néo-cons » et des ambitions sans limites de la faction technolâtre transhumaniste au sein de la mouvance MAGA. On supposait que les États-Unis trumpistes se contenteraient d’un grand espace englobant tout l’hémisphère occidental (les Amériques) élargi au Groenland, voire à l’Islande, ainsi qu’une partie de l’Océanie ; c’était sans compter avec le gouvernement israélien d’émanation sioniste révisionniste qui entend désormais remodeler à son seul profit tout le Moyen-Orient. Toutefois, ayant déjà mis la main sur les vastes réserves en hydrocarbures du Venezuela, Washington cherche à contrôler la cinquième réserve pétrolière du monde et la deuxième en gaz. Des atouts non négligeables contre Moscou et Pékin…

Tel-Aviv et Washington se justifient en prétextant une soi-disant « guerre préventive ». Il est en réalité bien curieux d’assister à l’attaque concertée d’un État souverain, pas encore détenteur de l’arme nucléaire, par deux puissances atomiques militaires effectives, l’une officielle et l’autre officieuse qui l’a acquise au mépris renouvelé de tous les traités de non-prolifération. Elles violent la souveraineté de l’État iranien. Outre la fin définitive des recherches nucléaires militaires (et peut-être civiles), les deux agresseurs exigent aussi la fin du programme balistique, la disparition de la marine nationale iranienne et l’arrêt du soutien de Téhéran à ses mandataires : le Hezbollah libanais qui compte des unités de combat chrétiennes, le Hamas palestinien, les milices chiites en Irak et les partisans d’Allah au Yémen.

Le conflit est-il formel ? Le 4 mars, un sous-marin étatsunien a coulé au large du Sri Lanka la frégate iranienne Dena, ce qui constitue un indéniable acte de guerre. Pourtant aucune guerre n’a été déclarée ! Les États-Unis et Israël pratiquent par conséquent un terrorisme de grande ampleur. On remarquera que le monde sportif n’a toujours pas exclu les équipes US et israélienne. Deux poids deux mesures…

Dans la journée du 6 mars, Donald Trump rejette toutes nouvelles négociations et, dans la continuité de la diplomatie yankee, réclame la reddition sans condition de l’Iran. Les agresseurs rêvent de transformer l’Iran en une autre Allemagne occidentale post-1945, énervée et dégénérée. Le dirigeant étatsunien veut dans le même temps qu’on lui rende compte du choix du successeur du Guide suprême de la Révolution islamique assassiné. Non content de gouverner les États-Unis depuis son terrain de golf en Floride, il veut s’occuper de Gaza, du Venezuela et maintenant de l’Iran ! Comme ses soutiens déments de la Silicon Valley, le locataire de la Maison Blanche voit sa tête gonflée. Contre cette honteuse guerre, saluons – pour une fois – la réaction salutaire du président socialiste du gouvernement espagnol Pedro Sanchez. Dans la même veine, comme l’écrit fort bien dans une tribune parue dans Libération du 4 mars dernier, l’ancien premier ministre Dominique Galouzeau de Villepin qui prépare par ce biais sa candidature probable à la présidentielle de l’année prochaine, estime que « nous voyons […] se dessiner l’hubris impériale sous ses deux formes. Du côté américain, l’aspiration à la domination par la puissance, la tentation de substituer la contrainte à la procédure, de remplacer le cadre par la décision unilatérale. Du côté israélien, une logique de sécurité qui n’est plus seulement défensive, mais qui tend vers la domination et l’écrasement, partout où c’est jugé nécessaire, au profit de la fragmentation et des zones grises, du Sud-Liban au Sud-Syrie, du Yémen aux autres interstices où l’État s’efface ». Dans quelques mois, de tels propos tomberont-ils sous le coup de l’abjecte et funeste proposition de loi déposée par Caroline Yadan qui instaurerait un délit de blasphème géopolitique ? Il faut le craindre…

Oui, les masques tombent ! Sans rien comprendre des enjeux, les crétins droitards qui persistent à hanter les plateaux malfamés de Cnews, continuent à voir en Trump le croisé de l’Occident judéo-chrétien (une belle ineptie historique magistrale) alors qu’il n’est que le pourvoyeur d’un Occident américanomorphe corrupteur de notre Europe ancestrale. Trump a reconnu le régime islamiste d’Ahmed al-Charaa en Syrie qui ne se soucie guère du sort des Druzes, des Alaouites et des Kurdes en attendant celui des chrétiens. L’actuel gouvernement belliciste et suprémaciste de Tel-Aviv envisagerait, en cas de chute de l’Iran, le déplacement forcé des Palestiniens de Gaza et des autres territoires occupés dont la minorité chrétienne. Vers quelle destination ? Très certainement le continent européen qui, soumis aux lois liberticides foisonnantes, se fera ainsi remplacer.

Malgré un fort sentiment national, voire nationaliste, l’Iran qui a subi une occupation britannique et soviétique, risquerait de se fragmenter selon des critères ethniques. Les Kurdes d’Iran (10 % de la population) rêvent d’une région autonome similaire à son équivalent en Irak. Ils se méfient toutefois de la duplicité occidentale par rapport à l’effacement du Rojava en Syrie. Les Baloutches (environ 4 %) pourraient se soulever, surtout si les assistent leurs homologues au Pakistan en sourde révolte contre Islamabad. Ce soutien, direct ou non, fragiliserait par contrecoup l’unique puissance nucléaire musulmane. L’Azerbaïdjan pourrait s’emparer du territoire iranien où vivent les Azéris (16 %). Tout dépendra du sort du détroit d’Ormuz. Les Gardiens de la Révolution iranienne le bloquent et sèment une belle pagaille dans la circulation économique et commerciale planétaire. Déverrouiller ce point névralgique impliquerait des bâtiments escortés par des navires de guerre étatsuniens sous une protection aérienne permanente. Mais cette solution n’est guère satisfaisante en raison de l’étroitesse du site. Il est dès lors possible que se déroule un débarquement dans cette région arabophone afin de créer aux dépens de l’intégrité territoriale iranienne une zone neutre sous le contrôle de la Maison Blanche. Cette occupation illégale résonnerait avec la reconnaissance israélienne du 26 décembre 2025 du Somaliland, un État-fantôme près du détroit de Bab el-Mandeb en face du Yémen houthi et à proximité du canal de Suez.

Souvent chrétiens, les droitards hexagonaux savent-ils que l’effondrement de la République islamique d’Iran serait une catastrophe pour l’Arménie qui survit grâce à sa frontière méridionale avec l’Iran ? Le traité de paix conclu entre Erevan et Bakou, le 8 août 2025, prévoit cependant la formation d’un corridor sous l’égide des États-Unis le long de la frontière iranienne entre l’exclave azérie du Nakhitchevan et l’Azerbaïdjan. La région arménienne du Zanguezour se placerait en pratique sous une tutelle extraterritoriale. Par ailleurs, ce tracé encouragerait le projet pantouranien qui se substituerait ainsi aux ambitions néo-ottomanes d’Ankara avec, à plus ou moins long terme, un choc frontal avec l’Empire du Milieu chinois…

La dynamique propre de ce conflit ne va pas s’arrêter de si tôt. Espérons que la logique clauswitzienne de montée aux extrêmes accentue les tensions inhérentes à la société étatsunienne ! Souhaitons que Trump et sa clique perdent largement les élections de mi-mandat en novembre prochain tant à la Chambre des représentants qu’au Sénat. La Maison Blanche détourne volontiers l’attention du public des affres de l’affaire Epstein et de ses échecs intérieurs : le coût de la vie augmente; les salaires stagnent. L’ICE, la police anti-immigration, se retire de la municipalité démocrate de Minneapolis après une vive contestation de la part des électeurs démocrates. Une fidèle MAGA, ancienne gouverneur du Dakota du Sud, la secrétaire à la Sécurité intérieure, Kristi Noem, est congédiée le 5 mars dernier, suite à des pressions du Congrès. Une victoire incontestable de l’opposition démocrate dans les deux chambres favoriserait certainement la destitution simultanée de Donald Trump et de J.D. Vance afin que la speakerine démocrate de la Chambre des représentants, Alexandria Ocasio-Cortez, si elle ne brigue pas le siège de sénateur de New York de Chuck Schumer qui ne se représente pas, accède au Bureau Ovale. Son arrivée perturberait grandement la vie politique intérieure des États-Unis d’Amérique.

Salutations flibustières !

Georges Feltin-Tracol



L'essence du sionisme




Une analyse métaphysique et historique


par Alexander Dugin


Alexander Dugin soutient que le sionisme est la rébellion hérétique du judaïsme, où les Juifs se proclament Dieu, s'emparent de la Terre sainte par la force et plongent la tradition dans un bouleversement apocalyptique.


Dans le monde contemporain, le Moyen-Orient demeure l'épicentre des conflits géopolitiques, où convergent les intérêts de diverses forces, notamment l'islam, le judaïsme et les puissances mondiales. Le sionisme, idéologie d'État d'Israël, fait l'objet d'une attention particulière et revêt, de l'avis de nombreux analystes, une dimension eschatologique liée à la fin des temps.

Comme toute religion, le judaïsme est un phénomène complexe qui englobe la métaphysique, l'histoire et la philosophie, et qui donne lieu à de nombreuses interprétations parfois contradictoires. Nous examinerons la place du sionisme dans cette tradition et pourquoi il peut être perçu à la fois comme son prolongement et comme sa réfutation.

Le judaïsme, en tant que religion, est lié à l'idée que les Juifs sont le peuple élu. Principalement au sens religieux, car ce peuple a été choisi pour : 

- demeurer fidèles au seul Dieu à une époque où d'autres nations, selon le judaïsme, s'étaient éloignées de ce monothéisme, et

- attendre Son messager, le Messie ( Mashiach ), qui sera couronné Roi d'Israël et Maître du monde.

Le mot hébreu « mashiach » signifie « oint » ou « oint pour la royauté ». En grec, le même mot se dit « Christos ». Or, le christianisme repose sur la conviction que le Messie est déjà venu au monde. Telle est notre religion. La différence fondamentale avec le judaïsme réside dans le fait que les Juifs croient que le Messie n'est pas encore venu et ne reconnaissent pas Jésus-Christ comme le Messie. C'est là la distinction essentielle.

Un point extrêmement intéressant se pose alors. Selon la religion juive, les Juifs partirent en exil au début du premier millénaire, dans les années 70 de notre ère (le quatrième exil). Cet exil survint après une opération punitive menée par les Romains contre la province rebelle. Le Second Temple fut détruit. Les Juifs quittèrent la Palestine (la Terre sainte). Ainsi commença une période de dispersion qui dura deux mille ans.

Cette ère revêt une signification religieuse, comme le détaille la tradition juive. La dispersion a pour but d'expier les péchés d'Israël accumulés au cours des périodes historiques précédentes. Si cette expiation est sincère et le repentir ( techouva ) profond, la tradition juive veut que le Messie apparaisse comme une bénédiction du Dieu d'Israël pour les actes de son peuple élu. Dans ce cas, l'apparition du Messie sera un signe divin annonçant le retour des Juifs en Israël, l'établissement d'un État indépendant et la reconstruction du Troisième Temple à Jérusalem, sur le site du Second Temple détruit.

En principe, les représentants les plus constants de cette approche juive sont certains fondamentalistes du mouvement Neturei Karta ou les hassidim Satmar, qui affirment en substance : « Notre Dieu juif nous a ordonné d’endurer les épreuves de l’exil ; attendons sa fin, expions nos péchés, et lorsque le Messie viendra (mais pas avant !), nous retournerons en Israël, la Terre promise. » Ils s’appuient sur le fait que le Talmud interdit clairement un retour massif en Palestine avant la venue du Messie, et en particulier un retour par la force.

Le Talmud l'interdit et affirme fermement : d'abord le Messie, puis le retour en Israël, et pas d'autre voie.

Une question se pose alors : comment l’État d’Israël a-t-il pu être créé alors que, apparemment, le Messie n’est toujours pas venu ? Même les sionistes les plus radicaux ne prétendent pas qu’il soit arrivé.

Pour comprendre comment l'État israélien moderne se trouve en contradiction flagrante avec la religion juive dans sa formulation orthodoxe et talmudique, il faut remonter plus loin et au moins jusqu'au XVIIe siècle, à l'époque du pseudo-messie Sabbataï Zevi. Comme l'écrit Gershom Scholem, il fut le premier précurseur du sionisme.

Sabbataï Zevi déclara qu'il était lui-même le Messie, et que par conséquent les Juifs avaient désormais le droit de retourner en Terre promise.

Sabbataï Zevi connut une fin tragique. Lorsqu'il se présenta devant le sultan ottoman, exigeant que la Palestine lui soit livrée en tant que Messie, le sultan lui dit : « J'ai une autre proposition à vous faire, monsieur Sabbataï Zevi : si vous persistez dans ces inepties, je vous ferai décapiter. Mais si vous tenez à la vie, convertissez-vous immédiatement à l'islam. »

À ce moment-là, Sabbatai Zevi fait un geste étrange. Il met un turban et dit : « Vous avez raison, vous avez gagné ; je ne suis pas le Messie — laissez-moi maintenant prêcher l'islam. »

Il fut épargné, mais quelle déception, quel coup dur pour la communauté juive déjà prête à embrasser le sabbataïsme ! Rejeté par le judaïsme orthodoxe, le sabbataïsme ne disparut pas pour autant et continua de se répandre, notamment parmi les Juifs ashkénazes d'Europe de l'Est, presque clandestinement. Dans ces mêmes régions, le hassidisme commença à se structurer – un mouvement dépourvu d'une orientation eschatologique et messianique marquée, mais qui privilégiait la diffusion de la Kabbale auprès du peuple. Traditionnellement, seuls les rabbins âgés, maîtrisant toutes les autres formes d'études talmudiques, pouvaient étudier la Kabbale.

Mais que s'est-il passé dans certaines sectes sabbatéennes ? Une théorie a émergé selon laquelle Sabbataï Zevi était en réalité le véritable Messie, et qu'il s'était converti à l'islam délibérément après avoir commis une trahison sacrée. Qu'est-ce qu'une trahison sacrée ? Toute une théologie de la trahison sacrée s'est développée, affirmant que les Juifs pouvaient renoncer à leur foi et embrasser extérieurement une autre religion, uniquement par apparence, afin de la saper de l'intérieur, tout en continuant secrètement à professer le judaïsme.

Plus tard, le sabbatéen Jacob Frank se convertit au catholicisme. De plus, il fournit aux censeurs catholiques de prétendues preuves de l'accusation de « crime rituel » – la légende selon laquelle « les Juifs mangent des enfants chrétiens ». Il insista sur ce point en tant que Juif converti et présenta des « preuves irréfutables ». Frank abandonna complètement toute forme de talmudisme et renonça à sa foi, trahissant ainsi ses coreligionnaires. Pourtant, il avait des raisons. La doctrine secrète de Frank, comme celle de Sabbataï Zevi, affirmait qu'après le XVIIe siècle, le concept même du Messie avait changé. Désormais, le Messie, ce sont les Juifs eux-mêmes. Il n'est plus nécessaire d'attendre un Messie extérieur – les Juifs sont le Messie .

Par conséquent, même si un Juif trahit sa religion, il demeure saint car il est la sainteté même ; il est Dieu.

Ainsi, un environnement intellectuel propice au sionisme fut créé.

L'essence du sionisme réside dans sa nature de « satanisme juif ». Non pas un satanisme envers d'autres peuples ou cultures, mais un satanisme au sein même du judaïsme – autrement dit, une inversion des valeurs. Si le judaïsme orthodoxe classique affirme que le sens de l'existence juive en exil ( galout ) consiste à attendre le Messie , qui viendra de l'extérieur, et que ce n'est qu'alors qu'il convient de retourner en Terre promise, le sionisme se fonde sur le principe que les Juifs sont eux-mêmes Dieu. Par conséquent, ils peuvent retourner en Palestine dès maintenant, et même par la force, rejetant ainsi l'interdiction talmudique et entreprenant la construction du Troisième Temple. L'apparition du Messie sera l'aboutissement de ce processus messianique, mais en réalité, chaque Israélien est le Messie .

D'où la relation tout à fait particulière entre le sionisme et le judaïsme. D'une part, le sionisme est une continuation du judaïsme ; d'autre part, il est une réfutation du judaïsme, puisqu'il rejette ses principes les plus fondamentaux : la culture de l'attente pieuse et la culture du repentir ( teshuvah ).

De plus, les sionistes affirment que les Juifs n'ont rien à se reprocher : ils ont suffisamment souffert. Les Juifs sont Dieu, non pas simplement « le peuple de Dieu », mais Dieu lui-même. Par conséquent, aucune loi ne s'applique à eux ; ils sont leur propre loi.

Ceci explique la caractéristique fondamentale du mouvement sioniste moderne, qui s'appuie non seulement sur Israël, mais aussi sur un grand nombre de Juifs laïcs, libéraux, athées, communistes, capitalistes, chrétiens, protestants, catholiques, orthodoxes, musulmans, Hare Krishna, néo-spirituels, occultistes – tous des types de Juifs qui, en réalité, constituent un réseau de frankisme généralisé. Précisément parce qu'ils sont collectivement et individuellement le Messie, chacun d'eux peut se livrer sereinement à la trahison sacrée sans pécher contre son essence.

Il s'agit d'un messianisme immanent où les concepts de Messie et de Juifs sont inversés. Les sionistes n'attendent plus le Messie : ils sont eux-mêmes le Messie , et par conséquent, il n'y a plus rien ni personne à attendre. Il ne leur reste plus qu'à s'appuyer sur leur propre force et leurs réseaux internationaux pour asseoir leur domination mondiale et bâtir leur État israélien, sans égard pour la population locale ni pour aucun autre coût.

Cette situation est facilitée par l'interdiction formelle de critiquer le sionisme qui est en vigueur dans certains États américains, où l'antisionisme est assimilé à l'antisémitisme.

À y regarder de plus près, on constate que l'État d'Israël lui-même mène une guerre contre les Sémites, c'est-à-dire contre les Palestiniens, Arabes qui sont des Sémites de souche. De plus, l'idéologie sioniste ne peut même pas être qualifiée de pleinement « juive », car elle repose sur la réfutation des principes fondamentaux du judaïsme. S'il n'y a plus d'attente du Messie, alors que reste-t-il du judaïsme ?

L'existence même de l'État d'Israël est, aux yeux des sionistes, la preuve qu'ils sont le Messie. Autrement, cet État n'aurait pas vu le jour. Ils s'attribuent tout le mérite de sa création, ainsi qu'à leurs réseaux. Puisqu'il a réussi, croient-ils, c'est grâce à Dieu.

Il ne reste donc plus qu'une étape : détruire la mosquée Al-Aqsa et entreprendre la construction du Troisième Temple, ce que préconise précisément le groupe sioniste extrémiste – le mouvement des Fidèles du Mont du Temple. Des fonds considérables ont récemment été alloués à la recherche sur le Mont du Temple.

Étant donné que le sionisme repose sur des fondements métaphysiques si profonds, le dompter par des appels à l'ONU ou des cris futiles de « faisons la paix, respectons les droits de l'homme » est inutile.

Nous sommes plongés au cœur de scénarios eschatologiques aux fondements métaphysiques très profonds. La situation devient de plus en plus alarmante, dépassant largement les limites des explications banales habituelles – économie, marchés, prix du pétrole, bourse, intérêts nationaux, etc. – qui se révèlent de plus en plus contradictoires, voire absurdes.

Nous vivons une époque fascinante, mais le prix à payer pour y vivre est que certaines parties de notre conscience sont tout simplement bloquées ou paralysées. Si nous parvenons à dépasser l'hypnose, le brouillard, le non-sens, l'absurdité et la fragmentation postmoderne de la conscience, nous découvrirons un tableau aussi fascinant qu'effrayant de ce qui se passe au Moyen-Orient.

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Gershom Scholem (1897-1982) : Historien israélien et spécialiste de la mystique juive (Kabbale). Considéré comme le fondateur des études académiques modernes de la Kabbale, Scholem décrivait Sabbataï Zevi comme un précurseur du sionisme, soulignant l’influence des mouvements messianiques sur l’histoire juive.

Sabbataï Zevi (1626-1676) : mystique juif et faux messie qui se proclama Machia'h au XVIIe siècle. Son mouvement (le sabbatéisme) suscita un immense enthousiasme parmi les Juifs, mais prit fin avec sa conversion à l'islam. Cet événement influença le développement de l'antinomisme (violation des lois de « purification spirituelle ») au sein des sectes juives.

Jacob Frank (1726-1791) : Fondateur du frankisme, un mouvement religieux mêlant des éléments du judaïsme, du christianisme et de l'islam. Frank prétendait être la réincarnation de Sabbataï Zevi et prêchait la « purification par la transgression » (trahison sacrée), notamment le rejet du judaïsme traditionnel. Ses disciples (les frankistes) participèrent à des campagnes antisémites, comme les accusations de crime rituel.

Neturei Karta : Groupe juif ultra-orthodoxe antisioniste fondé en 1938. Ils considèrent le sionisme comme une offense à Dieu, car les Juifs ne doivent pas retourner en Israël en masse ni par la force avant la venue du Messie. Le groupe prône la dissolution pacifique de l’État d’Israël et soutient les Palestiniens.

Références aux livres et aux sources :

Gershom Scholem, Sabbataï Sevi : Le Messie mystique, 1626-1676 (Princeton University Press, 1973) : Biographie classique de Sabbataï Sevi, dans laquelle Scholem l’analyse comme précurseur du sionisme. L’ouvrage met en lumière la manière dont les aspirations messianiques ont donné naissance à des mouvements politiques.

Paweł Maciejko, La multitude mixte : Jacob Frank et le mouvement frankiste, 1755-1816 (University of Pennsylvania Press, 2011) : La première étude complète sur Frank et le frankisme, montrant son influence sur les relations judéo-chrétiennes.

Talmud (Ketoubot 111a) : Contient les « Trois Serments » – une métaphore par laquelle les Juifs jurent de ne pas « monter comme un mur » (retour massif) en Terre d’Israël avant le Messie , de ne pas se rebeller contre les nations et de ne pas hâter la fin des temps. Ceci est interprété comme une interdiction de créer Israël.

Yotav Eliach, Judaïsme, sionisme et Terre d'Israël (Wise Path Books, 2018) : Un aperçu de 4 000 ans d'histoire juive, axé sur les aspects religieux et idéologiques du sionisme.

Yitzhak Conforti, Sionisme et culture juive : une étude sur les origines d'un mouvement national (Academic Studies Press, 2024) : une étude des racines culturelles du sionisme, y compris l'équilibre entre tradition et modernité.

Yossi Shain, Le siècle israélien : comment la révolution sioniste a changé l'histoire et réinventé le judaïsme (Post Hill Press, 2021) : une analyse de la façon dont le sionisme a transformé l'identité juive de la diaspora à la souveraineté.

Derek Penslar, Le sionisme : un état émotionnel (Rutgers University Press, 2023) — sur les aspects émotionnels du sionisme.

Marjorie N. Feld, Le seuil de la dissidence : une histoire des critiques juifs américains du sionisme (NYU Press, 2024) — sur les critiques juifs du sionisme.


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