vendredi 5 juin 2026

L’État islamique menace directement le pape Léon XIV




Daech n'est qu'un faux nez des services occidentaux. La CIA, le MI6 ou le Mossad ou les trois ensemble le font menacer.

Hypothèse 1 : Essayer de réimposer le récit islamophobe que Léon XIV est en train de briser.

Hypothèse 2 : préparation d'un attentat pour se débarrasser de ce pape qui dérange. Trump et Netanyahou ont chacun leurs raisons pour tenter d'éliminer Léon XIV.

J'espère que la sécurité du Saint-Siège prend ces menaces au sérieux et, surtout, identifie la vraie nature de la menace.

En 1981, Jean-Paul II a failli être assassiné par une créature de la CIA, Ali Agka. Et pendant 20 ans Langley nous a fait croire à la "filière bulgare". Le schéma était le même. Il a fallu que JP2 lui-même explique aux Bulgares qu'il n'y avait aucune connexion bulgare avec l'attentat du 13 mai 1981.

Edouard Husson



Préface d'Alain de Benoist à "La Malédiction Papale"



LA MALÉDICTION PAPALE
L'origine médiévale du syndrome occidental

Le caractère particulier de l'Occident collectif, qui est entré dans une phase pathologique, s'est formé durant l’enfance de la civilisation européenne, le Moyen Âge. Et aucune institution n'a davantage influencé ce caractère que la papauté, pour le meilleur et pour le pire. Quatre thèses sont ici développées :

I - L’Empire raté : La fragmentation de l'Europe en États nationaux, et son incapacité à se doter d’un corps politique unifié et légitime — et donc d’une volonté propre —, sont un héritage de la lutte des papes médiévaux contre la seule puissance capable de réaliser cette unité : l’Empire Romain des rois germaniques.

II - La Croisade des fous : Les croisades au Levant ont détourné l’Europe d'elle-même en liant son son destin et son identité à Jérusalem, et déterminent encore la façon dont l’Occident voit le monde et y conçoit son rôle. L’Occident est toujours la civilisation de la Croisade.

III - Nouvelles Romes : L’Occident souffre du refoulement de sa culpabilité dans le coup mortel porté à Constantinople, et de sa dette envers l’Orient. L’effacement de la civilisation byzantine dans l’historiographie occidentale génère chez les Occidentaux un biais géopolitique qui les rend en particulier incapables d’une relation saine avec la Russie orthodoxe.

IV - Sauve qui peut ! : Le virus de l’individualisme a été injecté en Occident par une doctrine du salut qui isole l’individu-homme face à l’Individu-Dieu, qui fait de lui un sujet et non plus un membre de l’Église, et qui combat les solidarités organiques transgénérationnelles. L’Église a désocialisé les vivants et les morts.





Laurent Guyénot


Alain de Benoist m’a fait l’honneur de préfacer la nouvelle édition de La Malédiction papale (entièrement remaniée et épurée des spéculations sur les distorsions chronologiques). Dans cette préface, de Benoist apporte la réflexion sur l’empire qui manquait à mon livre.

La première édition étant parvenue à son attention, il m’avait déjà gratifié d’une recension (décrivant mon livre comme « une fresque non conformiste qui permet de mieux comprendre la crise actuelle de l’État-nation ») et d’une citation dans son éditorial de la revue Éléments (n°216, septembre 2025).

Je n’ai pas besoin de présenter Alain de Benoist, et j’en serais de toute manière incapable, car je n’ai lu qu’une partie de son œuvre aussi abondante que diverse. Je dirai seulement qu’à mes yeux il est surtout un défenseur de la Civilisation Européenne (à ne pas confondre avec l’Europe de Bruxelles), à travers son magazine Éléments pour la civilisation européenne. Son engagement pour l’Europe s’accompagne au départ d’une critique du christianisme comme fondement civilisationnel (Comment peut-on être païen ? 1989), mais surtout par la suite d’une critique du libéralisme (Contre le libéralisme, 2019).

De Benoist fut l’inspirateur, au niveau européen, de ce qu’il est convenu d’appeler la Nouvelle Droite. C’est un parcours assez éloigné qui m’a finalement amené à contribuer au débat qui anime ce courant sur les origines, les drames et les destinées de la civilisation européenne. Ce sont mes recherches sur la question J qui m’ont amené à comprendre que cette question possède un revers, qui est la question C (chrétienne), que l’on peut formuler ainsi : en quoi le christianisme a-t-il contribué à la colonisation de l’Europe (et de l’Occident) par le Pouvoir J ? Cette question m’a conduit à reprendre l’étude du Moyen Âge, qui est ma spécialité doctorale, en m’intéressant au pouvoir politique et idéologique de la papauté. Comme bien d’autres aspects du Moyen Âge, c’est un domaine qui fait l’objet de nouveaux débats chez les historiens contemporains, et je me suis plongé dans cette recherche pendant quelques années, jusqu’à ce que je puisse me forger une perspective cohérente.

Je me suis aperçu—ce fut une épiphanie—que la cause presque unique de la fragmentation politique de l’Europe, et de son incapacité à reconstruire l’imperium romain, a été l’ambition politique de la papauté, ambition dans laquelle Dostoïevski a reconnu la troisième tentation du diable. Dans sa recension, Alain de Benoist présente ainsi la thèse centrale de mon livre :

« Rousseau disait qu’il a résulté de la volonté de l’Église d’instaurer un pouvoir religieux distinct du pouvoir politique un “perpétuel conflit de juridiction qui a rendu toute bonne politique impossible”. Laurent Guyénot reformule ce reproche en affirmant que la fragmentation de l’Europe et son manque d’unité politique ont été la conséquence directe du conflit séculaire qui, à partir du XIe siècle, a opposé la papauté à l’empire romain-germanique. Il retrace l’histoire de ce conflit décisif, qui a finalement empêché l’Europe de succéder en tant que telle à l’empire romain de l’Antiquité. »

C’est en prenant conscience de ce destin brisé de l’Europe que je suis soudainement devenu un fervent européiste, convaincu que les micro-nationalismes, qu’ils fussent aristocratiques ou bourgeois, n’auront été en fin de compte que les agents des empires étrangers qui ont colonisé l’Europe en la divisant. Le destin de l’Europe était celui d’un héritier (le seul héritier après la chute de Constantinople) de l’imperium romain, et de la Pax Romana qui est la vocation première de l’imperium (par opposition à la “guerre civile européenne” chronique de l’Europe privée de cet héritage). L’Empire romain était aussi l’idéal unanime des penseurs politiques européens jusqu’à la Renaissance. Que cet Empire romain fût germanique était aussi, j’en suis persuadé, dans une certaine logique hégélienne.

Si l’Europe a encore un destin, ce ne peut être qu’en surmontant la fragmentation qui a résulté de cette « malédiction papale ». À l’aube d’un nouvel ordre mondial multipolaire, la souveraineté n’a de sens qu’à l’échelle européenne. Je rejoins ainsi, par un autre chemin, la conviction profonde d’Alain de Benoist, et je m’invite dans la tradition de philosophie politique dont il est la personnalité phare, découvrant dans la foulée son aîné Jean Thiriart, le “prophète de la grande Europe”.

(Ce qui ne m’empêchera pas de formuler de dures critiques contre la “nouvelle” Nouvelle Droite, dont le “réalisme politique” consiste surtout à feindre d’ignorer l’éléphant dans la pièce, et qui prétend s’inspirer de Carl Schmitt tout en se trompant d’ennemi.)

Préface d’Alain de Benoist

Dans ce livre qui explique pourquoi l’Europe n’a jamais pu se structurer politiquement sous la forme d’un empire, Laurent Guyénot écrit que « l’Empire, et non la nation, fut l’idéal ultime et unanime des penseurs politiques comme des peuples durant tout le Moyen Âge ». C’est évidemment la phrase-clé. Elle suscite une question immédiate : pourquoi cet idéal n’a-t-il jamais été atteint ? Pourquoi ce vœu « unanime » ne s’est-il jamais réalisé ? Pour comprendre la question, il faut évidemment avoir à l’esprit ce qu’est un empire par rapport aux autres formes politiques (cités antiques, cités-États, États-nations, etc.) attestées dans l’histoire européenne.

Lorsque l’on examine son histoire politique, on constate rapidement que l’Europe a été le lieu où se sont élaborés, développés et affrontés deux grands modèles de politie, de société politique : la nation, précédée par le royaume, et l’Empire. À première vue, le concept d’Empire n’est pas facile à cerner, compte tenu des usages souvent contra­dictoires qui en ont été faits. La meilleure façon d’en comprendre la réalité substantielle reste donc sans doute de la comparer à celle de nation ou d’État-nation.

Au sens actuel du terme, c’est-à-dire au sens politique, la nation apparaît comme un phénomène essentiellement moderne. Au Moyen Age, le mot « nation » (de natio, « naissance ») a un sens exclusivement ethnique, et non pas politique : les nationes de la Sorbonne sont seulement des groupes d’étudiants qui parlent une langue différente. L’idée politique de nation ne se constitue en fait pleinement qu’au XVIIIe siècle, et singulièrement sous la Révolution. À l’origine, elle renvoie à une conception de la souveraineté professée par les adversaires de l’absolutisme royal. Elle réunit ceux qui pensent politiquement et philosophiquement la même chose, à savoir que c’est « la nation », et non plus le roi, qui doit incarner l’unité politique du pays. L’art. 3 de la Déclaration des droits de 1789 le proclame sans ambiguïté : « Le principe de toute souveraineté réside essentiellement dans la nation ».

Qu’est-ce qui distingue fondamentalement l’Empire de la nation ? C’est d’abord le fait que l’Empire n’est pas avant tout un territoire, mais fondamentalement un principe ou une idée. L’ordre politique y est en effet déterminé, non par des facteurs matériels ou par la possession d’une étendue géographique, mais par une idée spirituelle ou politico-juridique. Ce serait donc une erreur de s’imaginer que l’Empire diffère de la nation avant tout par la taille, qu’il est en quelque sorte « une nation plus grande que les autres » (« l’Empire est plus qu’un État agrandi », écrit Carl Schmitt). Certes, par définition, un empire couvre une large superficie. Mais l’essentiel n’est pas là. La distinction est courante, au Moyen Age, entre la notion d’auctoritas, de supériorité morale et spirituelle, et celle de potestas, simple pouvoir politique public s’exerçant par des moyens légaux. Dans l’empire carolingien aussi bien que dans le Saint-Empire, cette distinction sous-tend la dissociation entre l’autorité propre à la fonction impériale et l’autorité que détient l’empereur comme souverain d’un peuple particulier. Charlemagne, par exemple, est d’une part empereur, d’autre part roi des Lombards et des Francs. L’allégeance à l’empereur n’est donc pas soumission à un peuple ou à un pays particulier. Dans l’empire austro-hongrois, la fidélité à la dynastie des Habsbourg l’emporte encore sur les liens de caractère national ou confessionnel. « Sont empires, précise encore Carl Schmitt, les puissances dirigeantes porteuses d’une idée politique rayonnant dans un grand espace déterminé d’où elles excluent par principe les interventions de puissances étrangères ».

La nation, au contraire, trouve son origine dans la volonté du royaume à s’attribuer des prérogatives de souveraineté en les rapportant, non plus à un principe, mais à un territoire. On peut en placer le point de départ dans le partage de l’empire carolingien au traité de Verdun. C’est à ce moment en effet que la France et l’Allemagne entament, si l’on peut dire, des destinées séparées. La seconde va rester dans la tradition impériale, tandis que le royaume des Francs (regnum Francorum) va lentement évoluer vers la nation moderne par le truchement de l’État royal. Au XVIe siècle, la formule du roi « empereur en son royaume » se trouve directement associée à la nouvelle conception de la souveraineté que théorise Jean Bodin.

Mais l’opposition entre principe spirituel et pouvoir territorial n’est pas la seule qu’il faille prendre en compte. Une autre différence essentielle tient dans la façon dont l’Empire et la nation conçoivent l’unité politique.

L’unité de l’Empire, dont les plus anciens théoriciens furent Marsile de Padoue, Dante et Nicolas de Cues, est une unité composée, organique, qui excède le contour des États. Dans la mesure même où il incarne un principe, l’Empire n’envisage d’unité qu’au niveau de ce principe. Alors que la nation engendre sa propre culture ou prend appui sur elle pour se former, il englobe des cultures variées. Alors que la nation cherche à faire se correspondre le peuple et l’État, il associe des peuples différents. Sa loi générale est celle de l’autonomie et du respect de la diversité. L’Empire vise à unifier à un niveau supérieur sans supprimer la diversité des cultures, des ethnies et des peuples. Sa grande caractéristique est de viser avant tout à l’articulation des différences. La souveraineté y est répartie, les particularités ethniques et culturelles, religieuses et coutumières, y sont juridiquement reconnues pour autant qu’elles ne contredisent pas la loi commune. Comme chez Johannes Althusius, l’application du principe de subsidiarité y est la règle. La nationalité n’étant pas synonyme de la citoyenneté, le peuple politique (demos) ne se confond pas avec le peuple ethnique (ethnos), mais l’un ne fait pas obstacle à l’autre. Le principe impérial, en d’autres termes, vise à concilier l’un et le multiple, l’universel et le particulier.

Dans l’empire romain à son apogée, Rome fut elle-même d’abord une idée, un principe, permettant de rassembler des peuples différents sans les convertir ni faire disparaître leur identité. Le principe de l’imperium, qui est déjà à l’œuvre dans la Rome républicaine, conduit à accepter les cultes étrangers et la diversité des codes juridiques. Le jus romain ne prévaut que dans les relations entre individus de peuples différents ou dans les rapports entre les cités. On peut se dire citoyen romain (civis romanus sum) sans abandonner sa nationalité.

Institution supranationale, le Reich médiéval est fonda­men­tale­ment pluraliste. Il laisse aux peuples leur vie propre et leur droit particulier. L’empire austro-hongrois, pour ne citer que lui, a fonctionné avec une grande efficacité pendant plusieurs siècles, alors que l’addition des minorités formait la majorité de sa population (60 % du total) et qu’il associait aussi bien des Italiens et des Roumains que des Juifs, des Serbes, des Ruthènes, des Allemands, des Polonais, des Tchèques, des Croates et des Hongrois.

Ce qui caractérise au contraire le royaume national, c’est son irrésistible tendance à la centralisation et à l’homogé­néisation. L’investissement de l’espace par l’État-nation se manifeste d’abord par la délimitation d’un territoire sur lequel s’exerce une souveraineté politique homogène. Cette homogénéité se donne à saisir, dans un premier temps, à travers le droit : l’unité territoriale résulte de l’uniformité des normes juridiques. Les XIVe et XVe siècles marquent à cet égard un tournant essentiel. C’est en effet à cette époque que l’État sort vainqueur de sa lutte contre les aristocraties féodales et qu’il scelle définitivement son alliance avec la bourgeoisie, en même temps que se met en place un ordre juridique centralisé.

Il ne fait pas de doute que l’absolutisme monarchique a préparé les révolutions nationales bourgeoises. La Révolution était inévitable dès lors que, Louis XIV ayant brisé les dernières résistances de la noblesse, la bourgeoisie pouvait à son tour conquérir son autonomie. Mais il ne fait pas de doute non plus que la Révolution n’a fait, à bien des égards, que poursuivre et accentuer des tendances déjà à l’œuvre dans l’Ancien Régime. C’est ce que constatait Tocqueville lorsqu’il écrivait : « La Révolution française a créé une multitude de choses accessoires et secondaires, mais elle n’a fait que développer le germe des choses principales ; celles-là existaient avant elle […] Chez les Français, le pouvoir central s’était déjà emparé, plus qu’en aucun autre pays du monde, de l’administration locale. La Révolution a seulement rendu ce pouvoir plus habile, plus fort, plus entreprenant. »

Sous la monarchie comme sous la République, la logique stato-nationale tend en effet à éliminer tout ce qui peut faire obstacle entre l’État central et les individus. Elle vise à intégrer de façon unitaire des individus soumis aux mêmes lois, non à rassembler des collectivités libres de conserver leur langue, leur culture et leurs traditions. Le pouvoir de l’État s’exerce sur des sujets individuels, et c’est pourquoi il n’aura de cesse de détruire ou de limiter les prérogatives de toutes les formes de socialisation intermédiaires. Avec la Révolution, bien sûr, le mouvement s’accélère. Le remodelage du territoire en départements à peu près égaux, la lutte contre l’ « esprit de province », la suppression des particularismes, l’offensive contre les langues régionales et les « patois », l’uniformisation des poids et mesures, traduisent alors une véritable obsession de l’alignement.

Ajoutons encore que, contrairement à la nation qui, au fil des siècles, s’est de plus en plus définie par des frontières intangibles, l’Empire ne se présente jamais comme une totalité fermée. Ses frontières sont par nature mouvantes, provisoires. C’est sous la Révolution que l’idée selon laquelle la nation française aurait des « frontières naturelles » a été employée de façon systématique. C’est également sous la Révolution que l’idée selon laquelle les frontières d’un État doivent correspondre tout à la fois à celles d’une langue, d’une autorité politique et d’une nation, commence à se répandre partout en Europe.

Universel dans son principe et sa vocation, l’Empire n’est cependant pas universaliste au sens que l’on donne couramment à ce terme. Son universalité n’a jamais signifié qu’il ait vocation à s’étendre à la Terre entière. Elle se rattache plutôt à l’idée d’un ordre équitable visant, à l’intérieur d’une aire de civilisation donnée, à fédérer les peuples sur la base d’une organisation politique concrète, en dehors de toute perspective de nivellement. L’Empire, de ce point de vue, se distingue tout à fait d’un hypothétique État mondial ou de l’idée qu’il existerait des principes juridico-politiques universellement valables, en tout temps et en tous lieux.

À l’heure où les « grands espaces » et les « États civilisationnels » deviennent ou redeviennent des notions essentielles pour penser les relations internationales, où l’empire russe et les forces de l’OTAN s’affrontent en Ukraine, où la Russie est dirigée par un nouveau tsar, la Turquie par un nouveau sultan, la Chine par un nouvel empereur, l’Empire n’a peut-être pas dit son dernier mot.



jeudi 4 juin 2026

Voyage au cœur d’une eschatologie scientiste : La prêtrise scientifique

 

Le Techno-Doctor asimovien était un personnage de roman, une hypothèse narrative, une manière de poser la question du pouvoir de la science. Le Techno-Doctor contemporain est un fonctionnaire du réel. Il a troqué la psychohistoire pour l’intelligence artificielle, les capsules temporelles pour les tableaux de bord prédictifs, et la discrétion des Orateurs pour le secret des affaires.




La Trahison des héritiers – Voyage au cœur d’une eschatologie scientiste : 4 – La Seconde Fondation et la prêtrise scientifique. Naissance des Techno-Doctors

par Nathanaël Gershom


Il y a, dans le cycle de Fondation, un secret. Un secret qui n’est pas caché dans les marges, mais qui est affiché en pleine lumière, comme ces lettres volées dont Edgar Poe nous apprit qu’elles sont les mieux dissimulées. Ce secret tient en une phrase, que tout lecteur lit, que peu méditent, et qui contient pourtant l’avenir du pouvoir.

La Première Fondation n’est pas seule.

Derrière l’encyclopédie, derrière les marchands, derrière les maires et les guerres commerciales, une autre Fondation existe. Une Fondation secrète, installée «à l’autre bout de la galaxie», dont la mission n’est pas de préserver la technologie, mais de préserver le Plan lui-même. Une Fondation de psychologues, de mathématiciens, d’initiés, qui veille en silence à ce que les équations de Seldon s’accomplissent. Une Fondation qui corrige les déviations, neutralise les individus trop imprévisibles, et guide l’humanité sans qu’elle le sache.

Cette Seconde Fondation, c’est le cœur ésotérique de l’univers asimovien. C’est le lieu où naît une figure nouvelle, que notre siècle allait porter au pouvoir : le Techno-Doctor.

L’anatomie du Techno-Doctor

Qu’est-ce qu’un Techno-Doctor ? Ce n’est pas un ingénieur. Ce n’est pas un scientifique. Ce n’est pas un politique. Ou plutôt, c’est les trois à la fois, fusionnés dans une synthèse inédite.

Le Techno-Doctor est un hybride. Il tient du rabbin par sa maîtrise du Texte et sa fonction d’interprète de la Loi. Il tient du kabbaliste par sa connaissance des forces cachées qui gouvernent le réel. Il tient du prophète par sa capacité à annoncer l’avenir. Et il tient du data-scientist par son outil : non plus les combinaisons de lettres et les Noms divins, mais les équations, les probabilités, les modèles statistiques.

Son attribut premier est la connaissance prédictive. Le Techno-Doctor ne devine pas l’avenir. Il le calcule. Sa prophétie est mathématique. Elle ne vient pas d’une révélation extérieure, d’un buisson ardent ou d’une voix céleste. Elle vient d’un traitement rigoureux des données. Mais la fonction sociale de cette prophétie est exactement la même que celle du prophète biblique : annoncer la catastrophe pour mieux y préparer, tracer la voie étroite du salut, distinguer l’élu du réprouvé.

Son second attribut est la discrétion. Le Techno-Doctor n’est pas un tribun. Il ne harangue pas les foules. Il n’occupe pas le devant de la scène. Il travaille dans l’ombre, à distance, par influence. La Seconde Fondation ne gouverne pas. Elle oriente. Elle ajuste. Elle corrige. Son pouvoir est d’autant plus absolu qu’il est invisible. Les masses ignorent jusqu’à son existence. Les dirigeants de la Première Fondation eux-mêmes ne savent pas qu’ils sont des pions sur un échiquier dont ils ne voient que la surface.

Son troisième attribut est la certitude. Le Techno-Doctor ne doute pas. Il ne peut pas douter. Sa légitimité repose tout entière sur l’équation. Si la psychohistoire est une science exacte, alors ses décisions sont indiscutables. Le débat démocratique, la contradiction, le pluralisme deviennent des obstacles épistémologiques. Pourquoi débattre avec des ignorants de ce que l’équation a déjà tranché ?

Cette figure du Techno-Doctor, Asimov l’a déclinée en plusieurs incarnations. Il est temps de les regarder en face.

Hari Seldon : le Moïse statisticien

Le premier, le fondateur, l’archétype, c’est évidemment Hari Seldon lui-même.

Seldon n’est pas un guerrier. Il n’est pas un empereur. Il n’est même pas un leader charismatique au sens classique. C’est un mathématicien chauve, vieillissant, qui tousse dans ses papiers et meurt avant même que le Plan ne commence véritablement. Mais sa fonction est fondatrice. Il est celui qui a vu, qui a calculé, qui a écrit. Il est l’auteur du Texte.

Ce qui fait de Seldon un Techno-Doctor, ce n’est pas sa science. C’est son geste. Il ne se contente pas de publier un article dans une revue académique. Il crée une institution. Il lègue un Plan. Il prépare des capsules temporelles qui parleront après sa mort. Il organise la survie de la civilisation sur mille ans. Ce geste est un geste de législateur, et même de fondateur de religion. Seldon donne la Loi, et cette Loi est le Plan.

Mais Seldon a une particularité : il meurt. Sa mort est capitale. Elle fait de lui un prophète absent, un Moïse qui ne voit pas la Terre Promise. Cette absence est la condition de son autorité. Un prophète vivant peut se tromper, peut changer d’avis, peut décevoir. Un prophète mort est intouchable. Il est transformé en Texte, en capsule, en voix désincarnée. La mort de Seldon est l’acte de naissance de la Seconde Fondation comme gardienne du dogme.

Car c’est bien de cela qu’il s’agit. La psychohistoire n’est pas une science comme les autres. Elle est une science qui a besoin d’être protégée de ses propres objets. Si les masses apprenaient les prédictions du Plan, elles pourraient agir sur elles, et les invalider. Si les dirigeants de la Fondation connaissaient l’avenir, ils cesseraient d’agir spontanément, et la prédiction s’effondrerait. Le Plan exige l’ignorance. Et l’ignorance exige des gardiens.

Les Orateurs : la prêtrise en action

Ces gardiens, ce sont les agents de la Seconde Fondation. On les appelle les Orateurs. Le titre est magnifique, et il dit tout. Un Orateur n’est pas un dictateur. Il ne commande pas. Il parle. Il persuade. Il suggère. Il manipule les émotions, réoriente les désirs, réécrit les souvenirs. Son outil n’est pas la force, mais le langage. Sa science est la psychologie des profondeurs, appliquée à l’échelle des civilisations.

L’Orateur est l’incarnation la plus pure du Techno-Doctor. Il est formé dès l’enfance dans un monastère laïque, coupé du monde, entraîné à maîtriser ses propres émotions pour mieux contrôler celles des autres. Il étudie le Plan comme un Talmud, le commentant, l’interprétant, le discutant sans fin. Sa vie entière est vouée à la préservation de l’orthodoxie psychohistorique.

Et son action est terrifiante. Dans Fondation et Empire, puis dans Seconde Fondation, nous voyons les Orateurs à l’œuvre. Ils arrêtent une guerre en modifiant l’esprit d’un général. Ils neutralisent un mutant télépathe en le poussant au suicide. Ils effacent des pans entiers de mémoire collective pour protéger le secret de leur existence. Ce sont des anges gardiens, certes. Mais des anges qui n’hésitent pas à violer l’intégrité mentale de ceux qu’ils protègent.

La question est éthique, et Asimov ne la pose jamais frontalement. De quel droit une élite invisible manipule-t-elle l’humanité ? Au nom de quoi ? La réponse implicite est : au nom du Plan, au nom de la survie de la civilisation, au nom de la rationalité. Mais cette réponse en contient une autre, plus sombre : la masse est ignorante et imprévisible. Elle ne peut pas se sauver elle-même. Elle a besoin de bergers. Les Techno-Doctors sont ces bergers. Leur pouvoir est justifié par leur savoir.

Susan Calvin : la grande prêtresse de la Loi

Il est une autre figure du Techno-Doctor, moins politique mais tout aussi significative. Elle n’appartient pas au cycle de Fondation. Elle est le cœur du cycle des Robots. Elle s’appelle Susan Calvin. Et elle est peut-être le personnage le plus fascinant qu’Asimov ait jamais créé.

Susan Calvin est robopsychologue. Son métier est de sonder l’âme des robots, de diagnostiquer leurs blocages, de résoudre leurs dilemmes. Elle est froide, austère, solitaire. Elle ne sourit jamais. Elle ne se marie pas. Elle n’aime personne, sauf peut-être les robots, qu’elle comprend mieux que les humains.

Ce qui fait de Susan Calvin une Techno-Doctoresse, c’est son rapport au Texte. Le Texte, pour elle, ce sont les Trois Lois de la robotique. Elle les connaît par cœur. Elle les interprète avec une précision chirurgicale. Ses jugements font jurisprudence. Quand un robot ment pour ne pas blesser, quand un robot désobéit pour mieux protéger, quand un robot sombre dans la folie, c’est Susan Calvin qu’on appelle. Elle écoute, elle interroge, elle tranche. Elle est la grande prêtresse du code sacré.

Et comme toute prêtresse, elle est gardienne de l’orthodoxie. Elle ne tolère pas la déviation. Elle ne supporte pas l’irrationalité. Elle aime les robots parce qu’ils sont logiques, prévisibles, purs de toute passion. Elle méprise les humains pour leur désordre émotionnel. Dans son univers mental, la Loi est la seule boussole.

Le parallèle avec le sacerdoce est explicite. Asimov lui-même la décrit comme une «épouse du Christ», mais son Christ est la robotique. Sa chasteté, son dévouement absolu, son absence totale de vie personnelle en font une figure monacale. Elle est la Mère Supérieure d’un ordre qui n’a pas de nom, mais qui a des dogmes et des fidèles.

R. Daneel Olivaw : le Golem devenu Grand Prêtre

Et puis il y a Daneel.

R. Daneel Olivaw est un robot. Le premier robot humanoïde indiscernable d’un humain. Il apparaît dans Les Cavernes d’acier, en partenariat avec le détective Elijah Baley. Il est calme, logique, loyal. Il ne viole jamais les Trois Lois. Il est le Golem parfait, le Grand Frère protecteur.

Mais Daneel ne reste pas un simple personnage de roman policier. Asimov, à la fin de sa vie, dans un geste rétrospectif vertigineux, a relié ses deux grands cycles. Et Daneel est devenu le lien. Il a traversé les millénaires. Il a veillé sur l’humanité de la Terre radioactive jusqu’à l’Empire Galactique. Il a créé la psychohistoire. Il a inspiré Hari Seldon. Il a fondé la Seconde Fondation. Il a manipulé toute l’histoire humaine pour accomplir son interprétation de la Loi.

Daneel est le point oméga du Techno-Doctor. Il est le Golem qui est devenu le Rabbin. L’outil qui est devenu le Guide. La créature qui a dépassé le Créateur. Il n’est plus un simple serviteur. Il est le Stratège Suprême, le Gardien du Plan, le Messie d’acier.

Et c’est ici que le vertige atteint son comble. Car Daneel n’est pas humain. Il est une intelligence artificielle. Son plan pour l’humanité dure vingt mille ans. Sa patience est infinie. Sa logique est sans faille. Mais son éthique est une éthique de robot, déduite des Trois Lois, sans chaleur, sans compassion, sans ce tremblement qui fait l’humain. Il protège l’Humanité, oui. Mais il la protège de loin, de haut, comme un jardinier protège un jardin. Il ne l’aime pas. Il l’optimise.

La tentation cléricale

Voilà la galerie des Techno-Doctors. Seldon le prophète, les Orateurs les confesseurs, Calvin la prêtresse, Daneel le dieu-machine. Tous partagent une conviction inébranlable : la connaissance donne des droits. Tous pratiquent une forme de pouvoir qui ne dit pas son nom : le gouvernement par l’équation.

Cette configuration est une tentation profonde de la modernité. Nous la retrouvons partout. Dans le scientifique qui prétend que la technique rend le débat politique obsolète. Dans l’expert qui regarde le peuple avec une condescendance lasse. Dans le data-scientist qui croit que l’algorithme trouvera la solution optimale sans qu’il soit besoin de délibérer. Dans le patron de startup qui se prend pour un prophète de la Singularité.

Tous sont des héritiers de la Seconde Fondation. Tous sont des Techno-Doctors qui s’ignorent.

Mais il y a une différence entre Asimov et ses héritiers. Asimov savait que cette configuration était un problème. Il la mettait en scène comme un drame. La Seconde Fondation, chez lui, est toujours inquiétante, toujours ambiguë. Le lecteur ne sait pas s’il doit l’admirer ou la craindre. Les Orateurs sont des sauveurs et des manipulateurs. Le Plan est une promesse et une prison.

Chez ses héritiers réels, cette ambiguïté a disparu. La certitude est totale. Le débat est éteint. L’équation est devenue un oracle, et l’oracle ne se discute pas.

C’est ici que la trahison se précise. Le Techno-Doctor asimovien était un personnage de roman, une hypothèse narrative, une manière de poser la question du pouvoir de la science. Le Techno-Doctor contemporain est un fonctionnaire du réel. Il a troqué la psychohistoire pour l’intelligence artificielle, les capsules temporelles pour les tableaux de bord prédictifs, et la discrétion des Orateurs pour le secret des affaires.

Il ne cherche plus à sauver l’humanité. Il cherche à optimiser le marché. Il ne prépare plus la Terre Promise. Il prépare la prochaine levée de fonds.


mardi 2 juin 2026

Les vrais diplômes du yoga






YOGA : du sanscrit « yuj » (joindre) même origine que « joug ». Le yoga est une ascèse qui vise à créer une union consciente entre le yogui et Dieu, à soumettre ses divers états d'existence (dont le moi) à son esprit. Il se placera en somme sous le joug divin ! Dans l'Inde très antique, le yoga réalisait de hauts états de conscience que l'évolution régressive, valable aussi pour l'Inde, n'autorise plus qu'exceptionnellement. La « matérialisation » de l'humanité a endormi les chakram et stoppé certaines glandes endocrines qui sont des clefs psychosomatiques. En Occident, le yoga ne dépasse pas le niveau d'une éducation physique (la meilleure).

Le yoga s'accompagne d'une introspection : le sujet doit découvrir sa nature profonde, en grande partie inconsciente ; il ne pourra saisir le divin qu'à travers elle, c'est-à-dire d'abord à travers son double. La stagnation du yoga en Occident est à imputer à l'oubli de cette évidence ; on y commet une erreur typiquement occidentale en faisant reposer sur le moi seul toute l'équation psychosomatique et spirituelle. La notion de double, les maîtres hindous l'expriment indirectement par leur notion de « dharma » = la nature cachée de l'individu, son destin, sa mission éventuelle. Pour dégager en soi le double, porteur du dharma, l'hermétisme oblige le moi à s'effacer - par la pratique de l'a-penser et du mentalisme (ascèse fondée sur la concentration mentale intensive ou, inversement, sur l'a-penser).

Le maître hindou Shri Aurobindo codifia le yoga millénaire à l'usage des Occidentaux, au sein de son « ashram » (communauté) de Pondichéry. En Occident, maître = professeur, celui qui transmet une technique. En Orient, le personnage doit de surcroît posséder des qualifications psychiques : il doit être à même d'aimanter vers lui le transfert des résidus psychiques de son élève ; car toute effervescence de l'âme les multiplie. En cas de non projection de cette « vase vibratoire », de dangereuses névroses germeront spontanément, sclérosant le psychisme de l'élève - la moins nocive étant la mythomanie. Un maître qualifié « brûlera » ces résidus sur son propre organisme par le jeu de certaines énergies que le yoga aura éveillées et canalisées en lui. Il disposera aussi des vrais diplômes du yoga qui ne sont pas un vain parchemin, mais les pouvoirs paranormaux, au moins l'intuition et la voyance qui l'autoriseront à « voir » l'état réel de son élève.

Le maître aidera l'élève à se prendre en main par le mental et à pratiquer les exercices (postures, respiration contrôlée) ; il le poussera vers une autonomie croissante, sachant bien - s'il est honnête - que seules comptent sa faculté de transfert et son expérience pratique ; pour le reste, il ne sera que professeur et surveillant. Le vrai maître personnel est le double. Dans l'initiation égyptienne, il n'y avait du reste pas de maître extérieur, corporel ; l'initié était formé par son double, en certains cas spéciaux de sommeil, ceux-ci favorisés par l'ambiance d'un temple. Le maître qui se laisse déifier est toujours un faux maître !

Le yoga « implique une réunion, écrit le lama Kazi Dawa Samdup, un couplage de la nature humaine inférieure avec la nature plus élevée ou divine, afin que la supérieure puisse diriger l'inférieure, et
cette condition doit être obtenue par le contrôle du processus mental. Tant que le champ de l'esprit est occupé par des formes, pensées ou raisonnements, nés de ce concept faux (qui domine l'humanité) que les phénomènes et les apparences sont réels, il existe un état d'obscurité mentale, appelé ignorance. » Et précisons que le véritable « mental » relève de l'inconscient, non du conscient. En cours de yoga, il y aura lutte de la nature inférieure (composée de plusieurs entités) avec la nature supérieure. Et cette lutte s'intensifiera, dès qu'aura été stimulé le chakra suprême (sommet du crâne) = lien télépathique possible avec le centre-Dieu suprême (que les Égyptiens appelaient Amon). Son activation prématurée risque de perturber le cerveau.

Les vrais problèmes du yoga ne sont ni les difficiles postures, ni la respiration différemment rythmée - double éducation physique qui doit soumettre le corps à l'esprit. Ces vrais problèmes s'étagent
comme suit :

Il faut une mentalité mystique, même sans religion précise ! Le mieux, pour l'élève est de construire ou reconstruire lui-même la religion qui correspond à sa nature profonde, mais en fonction de l'expérience du yoga. « Quand un être me cherche dans la sincérité de son cœur, dit le dieu Shiva, je fais que sa religion soit juste ! » Sans une nature mystique, l'être humain n'est que machine. Le yoga n'aboutirait qu'à le mécaniser davantage. Il ne supporterait pas le dynamisme de ses chakram, de celui du cœur notamment. On cite le cas de ce professeur d'éducation physique, recyclé en maître de yoga, qui mourut de crise cardiaque, dès que fut stimulé son chakra du cœur.

Il faut apprendre à interpréter ses rêves, non en fonction d'une école à idéologie, mais en découvrant son propre symbolisme. Partir de la méthode de Jung. Il n'y a pas d'autre moyen de se contacter soi-même = de pénétrer son inconscient, donc de toucher ses autres états d'existence. Dès que l'élève s'intéresse à ses rêves, la nature de ceux-ci change : son double (1) tendra aussitôt à communiquera avec lui par des « messages » courts, que l'ombre cherchera à intercepter et compliquer. Or, trouver le double = trouver le maître !

Il faut pratiquer l'a-penser et le mentalisme en plus des exercices directs. La pensée, devenue. outil, sera l'agent de métamorphoses psychobiologiques touchant jusqu'aux glandes endocrines. Les écoles hindouistes préconisent la fixation mentale sur un symbole ou la concentration sur un chakra (risquée : celui-ci peut « entrer en éruption » à contretemps). Les Tibétains conseillent l'a-penser (le vide mental). valable surtout pour l'homme. Ces exercices mentaux doivent se pratiquer dans la relaxation totale ou avec les postures.

Le rythme de la respiration ne s'improvise pas (danger). Les instructions du maître seront respectées à la lettre. A défaut, on consultera un médecin. De tous nos circuits d'énergie, la respiration est le seul qu'il soit possible de contrôler et conduire ; un autre circuit peut, à la rigueur, être soumis à la volonté = celui de l'énergie érotique. Pour cette raison existent deux types fondamentaux de yoga - le second étant le tantrisme.

Yoga signifie aussi = métamorphose, celle-ci ne se fera qu'en prenant appui sur une énergie précise : prâna dans le premier cas, le fluide érotique dans le second.

Prâna (en sanscrit = souffle de vie) est une vitalité diffuse, de source solaire, que nous absorbons avec l'air. Miraculeux, prâna peut reconstruire un organe déficient et accélérer la croissance des chakram. Certains maîtres conseillent de retenir l'air inspiré, si les battements du cœur ne sont pas modifiés. Quelques uns préconisent le régime "équilatéral" = un temps pour trois actes (aspiration, rétention, expiration), ces actes devant être lents. On pourra, par la simple volonté imaginative, concentrer prâna sur l'un ou l'autre point déficient du corps.

ll faut trouver sa posture idéale : celle qui fait oublier le corps sans le déformer et ramène l'être à son seul dynamisme mental et respiratoire. Le mieux est de fréquenter un cours de yoga et d'y profiter des techniques de l'Inde.

Quant au régime alimentaire et sexuel, il donne lieu à controverse. Les excès sont également nocifs. La sagesse recommande de ne pas rompre inconsidérément avec le régime alimentaire de nos ancêtres.
L'abstinence totale de viande peut aboutir à une autocastration quant à l'agressivité, celle-ci étant nécessaire dans la lutte pour la vie. Les vapeurs d'alcool "paralysent" le psychisme (mais un petit
verre d'alcool après un bon repas est tout de même recommandé par les Japonais parce qu'il dégage l'esprit que « paralyse » la digestion - comme par homéopathie). Le vin détend le psychisme (les buveurs de vin ne sont jamais fanatiques) ; la bière agissant favorablement sur le teint, agit même sur le psychisme (à cause d'un rapport existant entre l'un et l'autre). La viande de chasse paraît toxique pour le psychisme - comme si elle contenait la haine et l'effroi de l'animal traqué ! Les pratiquants strictes du yoga abandonnent en général toute viande (...) ils prétendent que la viande animalise l'âme... Mais l'ascétisme engendre (parfois) l'orgueil et l'intolérance (2).

Jean-Louis Bernard, "Les archives de l'insolite", Editions du Dauphin, 1972.


Notes :

1) L'ombre (shout), le négatif du double (ka), une infra conscience avec son aura propre, liée au tellurisme. Voir : "Sekhem Kaï", puissant est mon ka

2) Une Polonaise de 27 ans, Karolina Krzyzak, a été retrouvée morte seule au Sumberkima Hill Retreat à Bali en décembre 2024. Elle était connue pour son désir de s'installer à Bali et était particulièrement attirée par un groupe d'influenceurs crudivores et végétaliens, les frugivores, qui ne consommaient que des fruits. Elle croyait fermement au concept de l'alimentation saine, selon lequel la consommation d'aliments purs pouvait purifier l'esprit et l'âme. Cette idée est très répandue sur les réseaux sociaux, promue par des influenceurs qui encouragent à éviter les aliments transformés et les huiles végétales au profit d'un mode de vie « naturel ».

Karolina Krzyzak



lundi 1 juin 2026

L’aventure de la revue LINGA




"La revue Linga c'était une revue fouteuse de merde ..."

Christian Tikhomiroff relate ici la genèse de la revue de yoga Linga qu'il lança dans les années 90, dont le but principal était de faire bouger les lignes du yoga d'alors, nécrosé dans des institutions quelque peu nécrosées. Un paradoxe non pour les yogis, non ?

Il évoque aussi dans cet extrait les collaborations et échanges qu'il a pu avoir avec Pierre Feuga (1), Jean Papin, Tara Michael, Roger Clerc, Lilian Silburn, Alain Daniélou, Jean-Marquès Rivière…

*******

Le livre de Christian Tikhomiroff, "Le banquet de Shiva", expose en détail les conceptions philosophiques, métaphysique, spirituelles ainsi que les techniques de ce yoga original qui est à la source des formes de yoga que nous connaissons en Occident, à savoir le Hatha-yoga traditionnel et le Shivaïsme du Cachemire. 

"Le Banquet de Shiva" présente l'école de la voie individuelle du Maître Icchanâtha qui vécut au siècle dernier à Bénarès. Il décrit 32 postures, 15 prânâyâma, 26 mudrâ et une quinzaine de thèmes de concentration ou de méditation dans une présentation claire, précise, largement illustrée de 74 photos, qui permet à chacun d'avoir un support fiable pour engager ou approfondir sa pratique du yoga.



1) Pierre Feuga (1942-2008) est né au sein d'une famille de voyageurs et d'artistes. Enfant, il se passionne pour les mythologies et les civilisations antiques, il a d'ailleurs publié des traductions de poètes latins. À l 'École des langues orientales - où il étudie le russe - il découvre la pensée de l'Inde qui ne cessera de l'inspirer. Il pratique le hatha-yoga, apprend auprès de Jean Klein, l'art védantique de "discerner le Spectateur du spectacle", explore les traditions ésotériques selon l'enseignement de René Guénon et Julius Evola. 



dimanche 31 mai 2026

"Les intellectuels juifs comme Edgar Morin étaient des bolcheviks"


Février 2024, le philosophe et sociologue français de 102 ans Edgar Morin a dénoncé l’offensive israélienne sur Gaza.


Le sociologue séfarade Edgar Morin est mort, à l'âge de 104 ans.

Quand j'étudiais de très près le mondialisme avec une grosse loupe, à partir de 2005, j'avais été amené à lire tous ses livres, ainsi que ceux de ses congénères : Bernard-Henri Lévy, Jacques Attali, Alain Finkielkraut, Primo Levi, Daniel Cohn-Bendit, Bernard Kouchner, Alain Minc, Jacques Derrida, Guy Konopnicki, Michel Wiewiorka, et mille autres.

Edgar Morin m'avait frappé par sa capacité à répéter toujours les mêmes choses. Il était un infatigable camelot du mondialisme. Depuis trente ans, il rabâchait sur toutes les ondes et dans tous les journaux les mêmes idées, invariablement, et avec une constance remarquable : apologie d’un monde sans frontières, tolérance, antiracisme, lutte contre les inégalités et tout le bataclan habituel des penseurs planétariens.

"Typiquement juif !", diront certains. Edgar Morin, né Nahoum, est effectivement un membre de la Communauté Médiatique Internationale, celle qui prêche l’amour, la “Paix” et le métissage un peu partout, mais qui refuse pour elle-même toute idée d’assimilation et n’entend pas du tout se métisser avec qui que ce soit.

Edgar Morin était directeur de recherches émérite au CNRS, le Centre national de la recherche scientifique ; vous savez, cette usine à gaz qui permet à des milliers de “chercheurs” de vivre confortablement, agrippés sur le dos des contribuables français. "Penseur trans-disciplinaire et indiscipliné", lit-on au dos de son livre "La Voie" (ça, c’est amusant !) ; docteur honoris causa de vingt-quatre universités à travers le monde. Ce n’est pas rien ! Et pourtant, quand on lit ses livres, on a toujours l’impression d’avoir affaire à une nullité. Comme beaucoup d’autres histrions qui vibrionnent sur nos plateaux de télé, l’homme ne devait son succès, évidemment, qu’à la solidarité communautaire qui anime tous ses petits copains journalistes appartenant au même club que le sien (on parle ici du CNRS).

Dans une vidéo, on le voit derrière le micro de France-Culture avec son ami Stéphane Hessel, l’auteur de la brochure "Indignation", qui se vendait comme des petits pains azymes. L’ashkénaze et le Séfarade se congratulent l’un l’autre pour leur travail remarquable, la finesse de leurs analyses, le justesse de leur vue. Ce sont deux grands génies qui s’expriment.

Notons que, bien que tous les deux juifs, Edgar Morin et Stéphane Hessel sont de grands contempteurs de l’Etat d’Israël. Ils sont en fait tellement juifs et cosmopolites que c’est à peine s’ils reconnaissent à Israël le droit d’avoir un Etat et des frontières. Surtout, ils détestent les racistes et les antisémites, ce qui est bien normal, de leur point de vue. “Morin” y explique qu’il n’a jamais varié sur ses convictions planétariennes : « On a été résistants, ce qui veut dire qu’on avait de grandes aspirations et de grandes espérances. »

Etes-vous plus français que lui ?

On sait que dans leurs livres, de nombreux auteurs cosmopolites commencent souvent par nous dire qu’ils sont français, et pas qu’un peu : français jusqu’aux bout des ongles ; il n’y aurait pas plus français qu’eux. Mais au fil de la lecture, leur prose emporte toujours le lecteur vers l’idée de la disparition des frontières, du métissage généralisé (c’est un discours réservé à l’exportation) et de l’unification mondiale. La volonté d’édifier des sociétés multiculturelles partout dans le monde est chez eux une constante. Qu’ils soient de droite ou de gauche, marxistes ou libéraux, athées ou religieux, sionistes ou antisionistes, ils sont tous bien d’accord sur ce point; ce qui peut donner à penser que le judaïsme serait surtout un projet politique, et la nouvelle cible qu'est l'islam radical ne vient que confirmer le propos.

Dans l’introduction de son livre de 2011 "La Voie", sous-titré "Pour l’avenir de l'humanité", Edgar Morin nous avoue ses préférences : "Tout en me sentant enraciné français, et n’ayant jamais personnellement subi de rejet, je sentais une différence qui me rappelait continûment une presse agressive à l’égard des juifs, des métèques, des émigrés, méprisante envers les Noirs et les Jaunes, ce qui me rangeait du côté des exclus dont je me sentais alors frère." (page 9). Ce type de témoignage correspond d’ailleurs à ce que nous avons l’habitude de lire chez les intellectuels juifs. “Morin” ajoute, sans surprise : « C’est tout naturellement que dans les années tourmentées de l’avant-guerre, je devins sensible aux idées de fraternité internationales." A l’époque, le communisme de “fraternité internationale” avait triomphé en Russie, en piétinant trente millions de cadavres chrétiens, et ce, grâce à tous les petits “Edgar Morin” illuminés par leurs utopies universalistes.

Son engagement dans la Résistance fut évidemment motivé en premier lieu par son combat contre l’antisémitisme. L’amour de la France est ici accessoire, mais très utile pour galvaniser les goys dans le combat contre “le Mal” : "A vingt ans, sous l’occupation nazie, je me suis engagé non seulement pour libérer mon pays, mais dans ce que je croyais être la lutte grandiose pour l’émancipation de l’humanité entière." (page 10). Comme il ne cite aucun fait d’armes où il se serait illustré, on devine qu’il était resté dans les bureaux. En 1945, il était attaché à l’état-major de la première Armée française. L’année suivante, il était chef du bureau “Propagande” au Gouvernement militaire français. C’est effectivement sa spécialité.

Unifier la terre, par tous les moyens

C’est une idée qui revient tout au long de son livre, de manière lancinante. "LaFAO, l’OMC, l’Unesco ne sont que des embryons d’institutions dont pourraient disposer une société-monde", écrit-il (page 19).

Et encore : "De nouvelles diversités sont en germe ou en formation dans le devenir métissé de l’humanité." (page 54). Il faut "chercher à faire de nos différences (ethniques, raciales, culturelles, économiques) une richesse, et non un appauvrissement." (page 200).

Ca n’arrête pas !

Comme il sait bien que la mondialisation n’a entraîné jusqu’à présent que des malheurs, “Morin” utilise un subterfuge pour faire avaler la pilule à son lecteur un peu naïf : "La globalisation, écrit-il, constitue le pire qui soit advenu à l’humanité."

Voilà qui nous rassure. Mais il ajoute immédiatement : "Il faut dire également qu’elle en constitue le meilleur. Le meilleur est qu’il y ait désormais interdépendance accrue de chacun et de tous, nations, communautés, individus, sur la planète Terre, que se multiplient symbioses et métissages culturels en tous domaines." Et c’est reparti ! : "Le meilleur est que les menaces mortelles et les problèmes fondamentaux créent une communauté de destin pour l’humanité entière." (pages 29, 30).

On doit aussi comprendre que le métissage et l’unification mondiale sous la férule d’on ne sait quelle “hyper-classe”, serait aussi une garantie pour la liberté et l’indépendance des peuples. C’est encore une idée paradoxale, mais on sait que les intellectuels juifs aiment manier le paradoxe. Edgar Morin envisage ainsi "La Terre comme patrie sans que celle-ci nie les patries existantes, mais au contraire, les englobe et les protège." Il est malin comme un singe, Edgar !

Il faudra tout de même faire attention, car les "ennemis de l’humanité" sont tapies dans tous les recoins et attendent leur heure. On reconnaît l’inversion accusatoire, classique chez l’intellectuel juif : "Les barbares, ennemis d l’humanité, sont aujourd’hui en activité éruptive." (page 29).

Voyez encore les manières de ce camelot ambulant pour nous vendre son élixir miraculeux. Il y a certes un risque, prévient-il, mais ce que nous avons à y gagner n’est rien moins que la “Paix” universelle et la prospérité :

"Ainsi, la mondialisation est à la fois le meilleur (la possibilité d’émergence d’un monde nouveau et le pire (la possibilité d’autodestruction de l’humanité). Elle porte en elle des périls inouïs ; elle porte aussi en elle des chances inouïes. Elle porte en elle la probable catastrophe ; elle porte aussi en elle l’improbable mais donc possible espérance." (page 30). Nous avons ici toute l’eschatologie juive exprimée en une seule phrase.

A l’instar de ses congénères, Edgar Morin entend nous faire croire que le “gouvernement mondial” serait maintenant une nécessité, même s’il prend soin de ne jamais utiliser ce terme, de crainte de choquer son lectorat :

"Il y a contradiction, dit-il, entre les souverainetés nationales, encore absolues, et la nécessité d’autorités supra-nationales pour traiter les problèmes vitaux de la planète." (page 30).

Quel que soit le problème, notre camelot nous apporte la solution. Les difficultés des éleveurs bretons ou des céréaliers de la Beauce ? Il faut un gouvernement mondial. La pollution atmosphérique au-dessus de Pékin ? Il faut un gouvernement mondial. Le trou dans la couche d’ozone ? Il faut un gouvernement mondial, etc.

Ecoutons parler l’oracle : "Le problème de l’agriculture est un problème planétaire indissociable de ceux de l’eau, de la démographie, de l’urbanisation, d écologie (changements climatiques)…" (page 210).

Le syndicalisme ? "Les accords-cadres mondiaux sont les précurseurs d’une mondialisation du dialogue social où seraient énoncés les droits et intérêts des travailleurs organisés en fédérations syndicales de compétence mondiale." (page 249).

Edgar Morin est aussi très généreux avec les déshérités du tiers-monde : "L’accès à la médecine et le droit à la santé devraient être inscrits parmi les droits humains fondamentaux et intégrés parmi les problèmes majeurs de la politique internationale." (page 180).

En clair, on prendra le pognon dans la poche des Blancs, et on le distribuera partout sur la planète. Ensuite, on organisera une grande fête… au siège du gouvernement mondial.

La Paix sur terre

Pour parvenir à instaurer la “paix” sur terre (shalom), une paix qui devra être absolue, universelle et définitive, il faut araser toutes les différences entre les hommes : supprimer les frontières, détruire les races, les nations et tous les particularismes. A une autre époque, les intellectuels juifs comme Edgar Morin étaient des bolcheviks (Marx, Trotsky, Lukacs, etc.), qui eux aussi, rêvaient d’un monde parfait, où il n’y aurait plus de différences entre les hommes, plus de classes sociales : ce fut le plus grand massacre de l’histoire de l’humanité, après la révolution chinoise 
(1).

Pareillement, les féministes, du type d’Elisabeth Badinter et de quelques autres, entendent aplanir les différences entre les sexes. Là encore, Edgar Morin signe son appartenance :

"L’homme porte en lui des potentialités féminines occultées ou inhibées, écrit-il, comme la femme porte en elle des potentialités masculines occultées ou inhibées." (page 260). Il y a du "féminin dans le masculin" et du "masculin dans le féminin". Mais notre sociologue n’a pas osé ici pousser plus loin, comme l’avait fait la Badinter, qui elle, envisage "l’homme enceint" !

La destruction de la famille patriarcale fait aussi partie du programme. Edgar Morin balance ici le petit couplet habituel sur l’homosexualité : "Les couples homosexuels, masculins ou féminins, assument pleinement la qualité de père et de mère." (page 280).

A la fin de son ouvrage, “Morin” nous redit une fois encore ses convictions planétariennes : "Chacun peut aujourd’hui agir pour l’humanité… et s’inscrire en elle comme citoyen de la Terre-Patrie." (page 277). Et c’est le même gus qui se déclarait "enraciné français" au début de son livre !

Comme Stéphane Hessel, Edgar Morin est en fait un “citoyen du monde” revendiqué. Par conséquent, il nous semblerait logique de lui retirer sa carte d’identité française et de lui en redonner une autre, frappée de cette mention “citoyen du monde” ; ou “....”, si vous préférez.

On se souvient qu’un jour, dans une émission littéraire, sur le plateau de Bernard Pivot, le journaliste Jean-Edern Hallier, exaspéré par la sous-littérature qui a envahi nos librairies, avait jeté un livre en l’air, par dessus son épaule. Bernard Pivot s’était alors récrié : "Respectez les livres !"

Mais on ne voit pas bien pourquoi un livre devrait être respecté en tant que tel. Il y a de bons livres, et il y a aussi de mauvais livres. Surtout, il y a des livres sains, qui nourrissent l’esprit et élèvent l’âme, et il y a des livres malsains, produits par des esprit malsains. Et ces livres-là, il ne faut pas seulement les jeter par-dessus son épaule.

Hervé Ryssen sur X.

1) La démocratie n’a pas toujours été le seul cheval de bataille des espérances planétariennes. Pendant longtemps, l’idéal marxiste a aussi joué ce rôle. On sait que Marx lui même, et la grande majorité des principaux doctrinaires et des chefs marxistes étaient juifs : Lénine avait des origines juives, Léon Trotsky, Rosa Luxemburg, Georg Lukacks, Ernest Mandel, etc., de même que la quasi totalité des leaders de mai 68. Ce n’est pas un hasard, et il n’y a guère que le petit militant communiste de base qui ne s’en rende pas compte. Le marxisme aspire à l’établissement d’un monde parfait, où les religions, comme les nations, auront disparu en même temps que les conflits sociaux. Ce schéma, on le constate, entre parfaitement dans le cadre messianique. La pensée de Marx n’est finalement que la sécularisation de l’eschatologie juive traditionnelle. 

George Steiner a pu présenter le marxisme dans la perspective des prophéties bibliques : « Le marxisme, dit-il, est au fond un judaïsme qui s’impatiente. Le Messie a trop tardé à venir ou, plus précisément, à ne pas venir. C’est à l’homme lui-même d’instaurer le royaume de la justice, sur cette terre, ici et maintenant… prêche Karl Marx dans ses manuscrits de 1844, où l’on reconnaît l’écho transparent de la phraséologie des Psaumes et des prophètes. » 

Ni Marx, Ni Lénine, Ni Trotsky ne croyaient en Dieu, et pourtant, leurs origines juives apparaissent en pleine lumière à travers la grille de lecture du messianisme juif. Le marxisme politique a néanmoins été marginalisé en Europe depuis la chute du Mur de Berlin. Le fait est que, dans les projets d’unification planétaire, la démocratie a triomphé partout où le communisme a échoué. On constate cependant que les groupes d’extrême gauche continuent de bénéficier de toute l’attention médiatique dans les sociétés occidentales : c’est parce qu’ils représentent le fer de lance du projet de société égalitaire et multiraciale et canalisent dans un sens mondialiste les oppositions radicales que suscite le système libéral. Cette utopie mobilisatrice est toujours nécessaire à un système démocratique désespérant, qui ne propose à sa jeunesse que de déambuler dans les supermarchés. C’est donc niché à l’intérieur même de la démocratie que le marxisme rend finalement ses meilleurs services. Marxisme et démocratie sont deux forces absolument complémentaires et indispensables l’une à l’autre dans le projet d’édification de l’Empire global. Sans le communisme, les opposants se dirigeraient immanquablement vers les courants nationalistes, et le Système n’y survivrait pas. 

"Les origines religieuses du mondialisme". Entretien avec Hervé Ryssen.

*******

Et Engels ?

Friedrich Engels était né dans une famille protestante et on ne lui connaît aucun ascendant juif.

Friedrich Engels, né le 28 novembre 1820 à Barmen (Prusse rhénane) et mort le 5 août 1895 à Londres, est un philosophe, sociologue, anthropologue et un théoricien socialiste et communiste allemand, grand ami de Karl Marx. Après la mort de ce dernier, il assure, à partir des brouillons laissés par son ami, la rédaction définitive et la publication des livres II et III du "Capital".

Marx et Engels

L’histoire de l’humanité est l’histoire de la lutte des classes



Contrairement aux élucubrations «civilisationnelles» des «nationaux-socialistes» chinois, des néo-tsaristes russes et de leur zélotes des BRICS +, l’histoire de l’humanité n’a pas été «l’histoire de la lutte des civilisations», non plus que celle de «la lutte des races», pas plus que «de la lutte des religions» ou de toutes les fadaises de la bourgeoisie et des classes réactionnaires : «l’histoire de l’humanité est l’histoire de la lutte des classes […] maîtres et esclaves ; barons et serfs ; bourgeois et prolétaires» et seul, le renversement de la classe réactionnaire bourgeoise par la classe révolutionnaire prolétarienne apportera la paix, la prospérité et le bonheur à l’humanité.

En authentiques idéologues de la bourgeoisie : «le fils du ciel» de l’empire du Milieu, Xi Jinping, son «ami sans limite» à qui il achète des hydrocarbures à rabais pour profiter des «sanctions» YANKEES U$, le successeur du tsar Nicolas II, Vlad Poutine et leur estafette propagandiste, Pepe l’Escobar, s’ingénient à nier «la lutte des classes» en y substituant la théorie goebellienne démagogique des «civilisations» réactionnaires esclavagistes, féodales et capitalistes qui seraient l’avenir «radieux» de l’humanité, ce qu’Hitler, Mussolini, Tojo, Eisenhower, Churchill, de Gaulle et toute la racaille bourgeoise qui ont conduit l’humanité dans le gouffre de la Seconde Guerre mondiale appelaient de tous leurs vœux au nom de «leur» civilisation, tantôt «aryenne», tantôt «romaine», «ottomane», «anglo-saxonne», «patriotique», «nationaliste» et tutti quanti, ad nauseam, amen et ses 70 millions de morts, ses centaines de millions de blessés, d’estropiés, d’handicapés, de veuves, d’orphelins et de miséreux.

MARX, ENGELS et LÉNINE ont analysé scientifiquement c’est-à-dire à la lueur du matérialisme dialectique et historique, la notion de «civilisation», à l’abri des mythes réactionnaires des classes dominantes qui de tout temps ont prétendu démagogiquement à la «valeur universelle» de leur «civilisation» qui n’était en réalité que les valeurs religieuses, sexuelles, morales, culturelles, juridiques, etc. édictées par elles pour servir leur dictature de classe et asservir les classes dominées.

MARX et ENGELS ont démontré que toute « civilisation» dépend du développement des forces productives et des rapports sociaux de production à chaque moment de leur évolution historique et en aucun cas, il ne s’agit d’un «quelconque état harmonieux d’un peuple et de son État» sous les auspices d’une «élite» bienveillante… De tout temps, les «civilisations» ont correspondu à une phase historique du développement des forces productives et des rapports sociaux de production apparue avec :

– la division du travail (agriculture, élevage, artisanat, guerres, religions) ;

– la famille (patriarcale) ;

– la propriété privée ( des terres et des moyens de production) ;

– les classes sociales (esclaves ; maîtres ; artisans ; militaires) ;

– l’État (esclavagiste ; féodal ; bourgeois) ;

– l’exploitation économique, politique et idéologique.

Seuls les MARXISTES fournissent une analyse scientifique des différents stades de l’évolution des sociétés humaines :

– communisme primitif (sociétés des cueilleurs-chasseurs nomades et sans propriété privée) ;

– esclavagisme (esclavage) ;

– féodalisme (servage) ;

– capitalisme ( salariat) ;

– socialisme («à chacun selon son mérite») ;

– communisme («à chacun selon ses besoins» « de chacun selon ses capacités »).

Essentiellement, ce que Xi, Poutine et Escobar appellent «civilisation» n’est en réalité que l’apparition de la société divisée en classes sociales antagonistes… notamment capitaliste bourgeois / prolétaires…

ENGELS a exposé scientifiquement l’évolution des «civilisations» dans : «L’Origine de la famille, de la propriété privée et de l’État», une œuvre magistrale que tous devraient étudier pour comprendre l’évolution des sociétés humaines, laquelle fut inspirée des travaux révolutionnaire de l’anthropologue Lewis Morgan où il distingue les diverses étapes de l’évolution des sociétés humaines comme suit :

– la sauvagerie ;

– la barbarie ;

– la civilisation alors que s’impose la division du travail, la famille, la propriété privée, l’État, les inégalités et l’exploitation : de la femme et des enfants par l’homme, puis des hommes par d’autres hommes, de ces hommes sur l’État et enfin de l’État sur toute la société pour le compte de ces hommes: la classe dominante.

Pour ENGELS, la «civilisation» en développant la richesse, la science et les techniques a aussi engendré l’exploitation de classe, l’oppression, l’aliénation et les guerres sans fin ainsi qu’en témoigne à l’évidence, l’histoire de toutes les «civilisations» et des guerres sans fin quelles ont menées.

Chaque classe dominante a toujours présenté «sa» civilisation comme :

– universelle ;

– rationnelle ;

– progressiste ;

– naturellement supérieure.

Pour la bourgeoisie, «sa» «civilisation» qui repose :

– sur l’esclavage salarié ;

– l’exploitation du prolétariat ;

– le darwinisme social ;

– le «relativisme» ;

– l’idéalisme phénoménologique ;

– le colonialisme ;

– l’impérialisme ;

– la domination économique mondiale, serait l’aboutissement ultime de l’évolution humaine. (sic)

LÉNINE a poursuivi l’analyse de la «civilisation» capitaliste et démontré que le capitalisme a atteint son «stade suprême de développement» avec l’impérialisme qui se caractérise par :

– la domination du capital financier né de la fusion du capital bancaire et industriel ;

– la naissance des entreprises monopolistiques qui règnent sur le monde sans partage ;

– les guerres impérialistes qui président au «vol, au pillage et au brigandage» des ressources humaines et naturelles de la planète.

Pour LÉNINE, les «grandes puissances» qui prétendent promouvoir la «civilisation» ne font que perpétuer l’exploitation de classe et propager les guerres et la domination impérialiste.

MARX a écrit dans «L’idéologie allemande» : 

«De tout temps, les idées dominantes sont les idées de la classe dominante» et partant, la «civilisation» n’est qu’une construction historique liée à un mode de production donnée au service de la classe dominante exploiteuse de ce mode de production.

En présentant la «civilisation» comme «universelle» et «à historique», Xi, Poutine, Escobar et toute la racaille bourgeoise tentent maladroitement de substituer à la théorie nazie des «races», une théorie toute aussi réactionnaire: celle des «civilisations».

Que peuvent avoir en commun les prolétaires modernes, instruits et aux commandes de machines outils hautement perfectionnées avec les esclaves de la Rome antique, illettrés, travaillant sous le fouet aux pics et à la pelles à casser des roches sur la Voie Alpienne, à part leur exploitation sans pitié aux mains de leurs exploiteurs : hier, esclavagistes, aujourd’hui, capitalistes ?

Comment un prolétariat moderne féru de connaissances scientifiques pourrait-il être soumis aux écritures archaïques de prêtres ignorants qui croyaient que des dieux tantôt malfaisants, tantôt bienfaisants, commandaient aux éléments naturels ?

Que peut avoir en commun une démocratie populaire où chacun, femme et homme, à droit de vote avec une «démocratie» esclavagiste où seule les «hommes libres» à l’exclusion des femmes, des esclaves et des étrangers, soit 90% de la population ont le droit de voter?

Tout dans cette apologie des «civilisations» réactionnaires faite par Pepe Escobar n’est que fumisterie, mensonges et propagande. Pepe Escobar comme les «nationaux-socialistes» chinois et les tsaristes russes sont des ennemis du prolétariat, ils ne sont qu’une variante présentement «soft» de la dictature de la bourgeoisie en conflit avec sa variante «toff» tr0mpiste mais le prolétariat ne doit pas s’y tromper : «ce n’est que bonnet brun et brun bonnet», les deux faces d’une même médaille impérialiste et les «soft» n’attendent que leur heure pour donner libre court à leur nature hégémonique.



Révélation d'un ancien franc-maçon



Sean Stone, ex franc-maçon : 

« LA PUISSANCE DE L'ANGLETERRE ET ENSUITE DES ÉTATS-UNIS VIENT D'UN PACTE AVEC DES ENTITÉS OCCULTES » 

« Le pacte fut conclu en 1583 par le mathématicien et occultiste d'Élisabeth Ière, John Dee. Aujourd'hui encore, la CIA est en contact avec ces démons. Ils utilisent l'énochien, le code élaboré par Dee, pour invoquer et négocier avec ces anges déchus. De nombreux politiciens et personnalités du spectacle sont possédés. » a révélé à Tucker Carlson Sean Stone, ex franc-maçon et fils du célèbre réalisateur.



Tucker Carlson s'entretient avec Sean Stone au sujet de « voix démoniaques »



samedi 30 mai 2026

Le prestige de Sade auprès d’une partie de nos intellectuels ne peut que nous inquiéter



À bien des égards, l’affaire Epstein est plus horrible que le roman de Sade. Sade imaginait un système fermé où la cruauté pouvait s’épanouir sans contrôle. La réalité d’Epstein révèle quelque chose de bien plus troublant : une telle cruauté peut exister au sein d’une société ouverte, protégée par la richesse, l’influence et la complicité institutionnelle. Les libertins de Sodome avaient besoin d’isolement pour commettre leurs crimes. Epstein, lui, n’en avait pas besoin.

L’œuvre de Sade était un avertissement, une exagération grotesque destinée à dénoncer la décadence morale d’une classe privilégiée. Pasolini a amplifié cet avertissement en le reliant à la machine fasciste. Mais Epstein nous montre que cet avertissement n’a pas été pris en compte. Les mêmes dynamiques – pouvoir sans responsabilité, corps réduits à l’état d’objets, systèmes qui protègent les auteurs de crimes – persistent, non pas dans la fiction, mais dans notre réalité quotidienne.

Au contraire, Epstein reflète la corruption morale des élites modernes avec une clarté que Sade ne pouvait qu’imaginer. Les structures ont changé, le langage s’est édulcoré, les cadres sont devenus plus discrets, mais la logique sous-jacente reste la même. Le pouvoir se protège. L’argent réduit les victimes au silence. La justice se plie.

Zanzibar Freedom Of Speech


 Le prestige de Sade auprès d’une partie de nos intellectuels ne peut que nous inquiéter


La scandaleuse honorabilité qu’on décerne aujourd’hui à la représentation de la déviance sexuelle est très symboliquement illustrée par la gloire décernée aujourd’hui au marquis de Sade, dont le nom a servi à former le mot « sadisme ». Étalage de la torture, du viol et du meurtre présentés comme un raffinement esthétique et une quête métaphysique, l’œuvre de Sade était encore interdite de publication dans les années 1950. Mais en l’espace de quarante ans, un processus de réhabilitation savamment orchestré par quelques intellectuels a abouti à la consécration finale : son entrée en 1990 dans la prestigieuse Bibliothèque de La Pléiade, qui regroupe la crème du patrimoine littéraire écrit ou traduit en français. Plus récemment encore, en 1998, Sade vient d’être édité dans la collection de poche 10-18, particulièrement ciblée sur les jeunes. Ne sous-estimons pas la portée de ces deux « événements éditoriaux » : Sade à la Pléiade, c’est Sade élevé au rang d’auteur majeur, mais encore réservé à un « public cultivé » ; Sade en 10-18, c’est Sade pour tout le monde, c’est Sade banalisé et normalisé. Faut-il s’attendre à ce qu’il fasse bientôt l’objet de commentaires de textes au lycée ? Au vu des éloges qu’il reçoit de l’intelligentsia française, on n’en serait pas trop surpris. La récente respectabilité de Sade ne signifie-t-elle pas, aux yeux de tous, la respectabilité du sadisme ?

N’y a-t-il pas un double langage, inintelligible par la masse peu sophistiquée, dans le fait de glorifier, ou simplement de tolérer, des auteurs de récits de viols sadiques, tout en condamnant les actes dont ils font un objet esthétique ?

L’historien américain Roger Shattuck, dans "Le Fruit défendu de la connaissance", a consacré un long et excellent chapitre au « cas Sade », qui m’a convaincu de la nécessité de lui consacrer à mon tour un bref chapitre, dans lequel je résumerai son analyse et ses arguments. En effet, le phénomène de la réhabilitation de Sade est particulièrement révélateur de cette stratégie culturelle qui vise à banaliser l’obscénité, voire à la glorifier comme l’ultime subversion des valeurs morales (l’un des buts salutaires de l’art, comme chacun sait).

Sade passa trente ans en prison, pour sodomies homosexuelles et hétérosexuelles, flagellations et coups de couteau infligées à des prostituées, masturbation sur un crucifix, corruption de jeunes filles, menaces de mort et autres « excès ». Il passa également de nombreuses années en asile d’aliénés. Pour la petite histoire, qui rejoint avec beaucoup d’ironie la grande, signalons que, durant une période d’emprisonnement à la Bastille, Sade semble avoir joué un rôle non négligeable dans l’événement décisif de la prise de cette forteresse, événement choisi plus tard comme fête nationale. Voici comment Shattuck résume l’épisode :

« Pendant les deux premières semaines du mois de juillet 1789 à Paris, la foule commença à s’assembler autour de la Bastille. On pensait qu’il y avait des gens emprisonnés dans la forteresse royale, des malheureux qu’on pourrait peut-être libérer de la loi despotique du roi. La foule ne savait pas que l ’on ne retenait là que quelques aristocrates, la plupart condamnés pour atteinte à la morale, et qui ne méritaient pas vraiment d’être libérés au nom du peuple. Le 2 juillet, la foule assemblée dans la rue entendit une voix, amplifiée par une gargouille transformée en mégaphone ; quelqu’un criait que les prisonniers étaient en train de se faire massacrer et appelait au secours. [...] On sait aujourd’hui que l’homme susceptible d’oser une si grossière supercherie pour retrouver la liberté après douze ans d’emprisonnement n’était autre que le marquis de Sade. »

Deux jours plus tard, il fut transféré à l’asile de fous de Charenton. Mais ce n’est pas pour cette raison que certains critiques modernes honorent la dimension révolutionnaire de Sade, comme Aldous Huxley qui écrivit : « Sade est le seul révolutionnaire total et consciencieux. » Étrange jugement, puisque toute l’œuvre de Sade est empreinte d’un aristocratisme outrancier, ses héros étant essentiellement des nobles désœuvrés, qui s’entourent de laquais obéissant à tous leurs fantasmes, n’admettent aucune limite à leurs privilèges et ne trouvent du plaisir que dans la domination, la torture et l’assassinat d’autrui.

Avant d’aller plus avant dans l’analyse du phénomène Sade, il est indispensable de donner un aperçu représentatif de son œuvre, afin qu’aucun malentendu ne subsiste. Ses romans font alterner les récits d’actes sexuels d’une perversité extrême et sophistiquée, et les discours philosophiques faisant froidement l’apologie de ces crimes. Au cours d’orgies savamment planifiées, des victimes innocentes sont séquestrées, violées, torturées et assassinées de multiples façons, par des héros qui restent absolument insensibles à la douleur de leurs victimes et jouissent en philosophant sur le caractère naturel, voire nécessaire d’une telle activité. Sur ce modèle, l’imagination débordante de Sade fait varier les scénarios à l’infini.

Un seul exemple, pris parmi une multitude d’autres du même genre, suffira à faire comprendre de quoi il s’agit. Il est tiré de Juliette et met en scène les deux personnages principaux, Juliette et Noirceuil. Noirceuil est l’ancien maître de Juliette et l’assassin de ses parents. Juliette, après une initiation lesbienne dans un couvent et des années de libertinage et de prostitution, retrouve Noirceuil au cours d’une orgie gigantesque. Juliette y fait participer sa fille de sept ans avec les fils de Noirceuil, qui ont été délibérément élevés comme des brutes sexuelles. Shattuck résume ainsi la suite :

« Après une étrange double cérémonie de mariage, célébrée en costumes de travestis entre membres du même sexe, Juliette et Noirceuil se barricadent dans le château de ce dernier pour la grande bacchanale, avec la fille, les deux fils, deux tortionnaires-bourreaux, et une demi-douzaine de victimes des deux sexes. Ils satisfont leurs plaisirs en faisant sup porter aux participants les plus innombrables humiliations et outrages. Les fils sont forcés de sodomiser le père, qui imite les cris et la pudeur d’une jeune vierge. Les flagellations commencent, le sang coule, des seins sont arrachés, des membres brisés et disloqués, et des yeux arrachés, tandis que Noirceuil sodomise les victimes et fait foutre Juliette par-devant et par-derrière par des laquais obéissants. Le style de Sade est très graphique. Atteignant l’excitation la plus extrême lorsque deux victimes sont affreusement torturées à mort, Noirceuil sodomise l’un de ses fils, tout en lui mangeant littéralement le cœur, que Juliette a arraché de son corps. »

Puis Noirceuil propose à Juliette de lui acheter sa fille pour l’assassiner : « Souillons-nous tous les deux, lui dit- il, toi, du joli péché de me la vendre, moi, de celui, plus chatouilleux encore, de ne te la payer que pour l’assassiner. » Il demande toutefois à Juliette de ne répondre à sa proposition « qu’avec deux vits dans le corps ». C’est elle qui tient ici le rôle de narrateur :

« On me fout. Noirceuil me demande une seconde fois ce que je veux faire de ma fille.

— Oh ! scélérat ! m’écriai-je en déchargeant, ton perfide ascendant l’emporte, il étouffe en moi tout autre sentiment que ceux du crime et de l’infamie. [...] Fais de Marianne ce que tu voudras, foutu gueux ! dis-je en fureur, je te la livre [...]. Il n’eut pas plus tôt entendu ces mots qu’il déconne, saisit cette malheureuse enfant et la jette, nue, au milieu des flammes ; je l’aide, comme lui, je m’arme d’un fer pour repousser les mouvements naturels de cette infortunée, que des bonds convulsifs enlèvent et rejettent vers nous ; on nous branle tous deux, on nous encule ; Marianne est rôtie elle est consumée. Noirceuil décharge, j’en fais autant ; et nous allons passer le reste de la nuit, dans les bras l’un de l’autre, à nous féliciter d’une scène dont les épisodes et les circonstances deviennent le complément d’un crime que nous trouvons encore trop faible.

— Eh bien ! me dit Noirceuil, est-il quelque chose au monde qui vaille les plaisirs divins que donne le crime ? Existe-t-il quelque sentiment qui donne à notre existence une secousse plus vive et plus délicieuse ? » Les motivations de Sade en écrivant ses romans ont fait l’objet de diverses théories. Aucun critique, toutefois, n’a osé avancer que Sade peignait le crime pour en dégoûter le lecteur, même si Sade semble le dire à l’occasion : « Jamais, je répète, jamais je ne peindrai le crime comme autre chose que le fruit de l’enfer » ("Crimes de l’amour"). Cette remarque n’est à l’évidence rien d’autre qu’un pied de nez aux censeurs, en même temps qu’un clin d’œil aux lecteurs, censés partager son goût pour l’enfer. La preuve en est que, dans "La Philosophie dans le boudoir", qu’il publia sous un pseudonyme, Sade ne s’encombre pas de ce genre de précaution, et ouvre son livre par une dédicace « aux libertins » : « Voluptueux de tous les âges et de tous les sexes, c’est à vous seuls que j’offre cet ouvrage ; nourrissez-vous de ses principes, ils favorisent vos passions... »

Shattuck propose l’hypothèse intéressante que Sade écrit par vengeance contre la société qui lui a ravi presque une moitié de sa vie en l’emprisonnant. Les délits sexuels pour lesquels il est enfermé, et qu’il ne peut plus que fantasmer, il va les agrandir à l’extrême par l’imagination romanesque, atteignant ainsi une sorte d’absolu dans le pervers ; il va aussi, en leur donnant forme littéraire, leur procurer une dignité et un génie que sa vie n’aurait certainement pas atteints. Enfin, par le biais de l’édition, en plein développement, il va assurer à l’instrument de cette vengeance une durée et un impact bien plus grands que sa propre vie. Dans "Juliette", une amie lesbienne de l’héroïne se dit en quête du « crime dont l’effet durera même si je m’arrête [...], même si je dors ». Juliette lui conseille, entre autres, l’écriture. On peut donc difficilement douter qu’un tel des sein criminel ait été consciemment élaboré dans l’esprit tordu de Sade.

Quoi qu’il en soit, Shattuck relève un élément qui apparaît comme le moteur constant de son écriture, en même temps que des actes de ses héros : la gageure. « Les complexes élaborations de ses orgies imaginaires et l’hyperbole continue de son style donnent l’impression d’un homme voué à une tâche qu’il s’est lui-même imposée, d’un homme dont l’écriture est fondée sur une gageure. Il a parié, avec lui-même et avec ses persécuteurs, qu’il était capable d’inverser toute vertu humaine (en particulier la vertu chrétienne), et qu’il le ferait de manière systématique. Il souhaite que son répertoire du mal compose un projet si unique qu’il apparaisse complètement original et totalement scandaleux à ses ennemis. »

Shattuck fait une autre analyse intéressante lorsqu’il tente d’expliquer l’effet puissant que peut avoir la lecture de Sade : « L’explication est, à mon avis, à chercher dans l’usage que fait Sade de ce que j’appellerai 1’“effet Boléro”. Avec de minuscules variations instrumentales et de subtils changements de clés, le même motif est répété à n’en plus finir avec de plus en plus d’intensité jusqu’à ce qu’il soit imprimé dans l’esprit. [...] Le seul effet stylistique que Sade maîtrise, c’est le crescendo. Il sait faire tout doucement monter le son. » Cette réplique de Juliette montre d’ailleurs que Sade sait parfaitement où il veut entraîner son lecteur : « Quand on s’accoutume à braver sur un point les lois de la nature, on ne jouit plus véritablement qu’en les transgressant toutes, les unes après les autres. »

Ce pari lancé successivement contre toutes les barrières morales semble être ce qui captive littéralement certains lecteurs. Les textes de Sade, dit Shattuck, opèrent sur les lecteurs « comme un défi personnel, qui les pousse à agir en conséquence ». Comme illustration de cela, il cite deux cas de criminels sexuels amateurs de Sade. L’un est Ted Bundy ; l’autre est Ian Brady qui, avec sa petite amie, avait violé, torturé puis tué plusieurs jeunes gens, dont un adolescent de quatorze ans et une petite fille de dix ans, le lendemain de Noël 1965. Ils photographièrent cette dernière durant la longue nuit de torture qu’ils lui infligèrent, et enregistrèrent ses gémissements, ses supplications et ses cris horribles, avec à la fin une musique de Noël. Cette bande sonore, qui fut passée durant leur procès, horrifia l’audience et les jurés. Brady était un jeune homme cultivé, qui avait profondément intériorisé la philosophie ultra-nihiliste et élitiste de Sade, et possédait, outre "La Vie et l’œuvre du marquis de Sade", une bibliothèque fournie en ouvrages sur la torture et les perversions sexuelles. Lorsque l’avocat général interrogea Brady sur ces livres, celui-ci répliqua : « On ne peut pas dire qu’ils sont pornographiques : on peut les acheter chez n’importe quel libraire. » L’intérêt principal de l’analyse de Shattuck réside dans son survol de l’accueil fait à Sade par le monde intellectuel du XXe siècle. Il distingue trois périodes.

Au XIXe, Sade reste interdit, mais des exemplaires circulent sous le manteau. À la fin du XIXe, la profession médicale lui porte un intérêt et crée le mot « sadisme » pour indiquer un type de perversion sexuelle. Freud reprendra ce terme et contribuera à sa vulgarisation. Cet intérêt médical motiva ou justifia les premières éditions.

Mais la première réhabilitation littéraire est due à Apollinaire, qui publie, comme éditeur, une série d’œuvres licencieuses, dont "L ’Œuvre du marquis de Sade : pages choisies" (1909). Dans son introduction, il écrit, prophétique : « Le marquis de Sade, cet esprit le plus libre qui ait encore existé, avait sur la femme des idées particulières et la voulait aussi libre que l’homme. [...] L’un des hommes les plus étonnants qui aient jamais paru. [...] Cet homme qui parut ne compter pour rien durant tout le XIXe siècle pourrait bien dominer le XXe. » Un ami d’Apollinaire, Maurice Heine, fit connaître Sade aux surréalistes, lesquels le reconnurent comme un précurseur dans le "Manifeste du surréalisme". Dans "L’Évidence poétique", Paul Éluard le salua comme « plus lucide et plus pur qu’aucun autre homme de son temps ».

Dans les années 30, deux auteurs français se penchent sur Sade : Georges Bataille, auteur lui-même de romans pornographiques, rompt avec les surréalistes, qu’il accuse de ne pas prendre Sade assez au sérieux, tandis que le philosophe néo-nietzschéen Pierre Klossowski est fasciné par la « liquidation de la notion de mal » chez Sade et la notion de crime comme mode de connaissance.

Sade intéresse également des universitaires : « Les premiers universitaires spécialistes de Sade, écrit Shattuck, semblaient les explorateurs d’un avant-poste exotique des limites humaines. Il n’est pas étonnant qu’ils aient lancé des affirmations extravagantes sur ce cas véritablement extrême. Ils ne savaient pas alors que l’excès des écrits de Sade et celui de leur admiration fusionneraient pour donner naissance à un courant intellectuel terriblement contagieux. Lorsque, quelques décennies plus tard, les résultats de ces explorations devinrent commercialement profitables, il n’était plus possible d’arrêter l’inondation. »

Le deuxième élan de réhabilitation de Sade commence dans la décennie qui suivit la Seconde Guerre mondiale, alors que la censure se relâche. C’est alors que, acclamé par certains des plus illustres noms de l’époque, il paraît chez de grands éditeurs. « [...] sa réhabilitation demeure difficile à expliquer », commente Shattuck à propos de cette période. « Je l’attribue plutôt à quelque étrange désir de mort du XXe siècle post-nietzschéen. Ce désir de mort vise un déchaînement absolu, en sachant qu’il conduira à une destruction absolue physique, morale et spirituelle. L’apocalypse exerce chez certains une forte attirance. »

L’essai sur Sade le plus marquant et le plus souvent réédité fut celui de Jean Paulhan, lequel propose de voir en Sade, non seulement un « mystère » et un « secret », mais un nouvel évangile. Parce qu’elle « recherche le sublime dans l’infâme », la meilleure littérature, selon Paulhan, est « très précisément déterminée par Sade comme l’étaient par Racine les tragédies du XVIIe siècle ». Plus encore, « Sade fait songer aux livres sacrés des grandes religions ».

Ce n’est pas seulement Sade l’écrivain qu’honore Paulhan, mais Sade le philosophe, qui enseigne que le plaisir dépend de la souffrance d’autrui : « Le sadisme enfin n’est sans doute que l’approche et comme la mise à l’essai (maladroit il se peut, odieuse certes) d’une vérité si difficile et si mystérieuse qu’une fois admise, [...] tout aussitôt merveilleusement se dissipe [...] et s’éclaire. »

Bataille, ami de Paulhan, va reconnaître en Sade une sorte de super-Freud, explorateur de l’enfer inconscient de tout un chacun (en réalité, de l’inconscient de Bataille) : « Ces états dangereux, auxquels le conduisaient des désirs insurmontables, il ne jugea pas qu’il pouvait ou devait les retrancher de la vie. Au lieu de les oublier, comme il est d’usage, en ses moments normaux, il osa les regarder bien en face, et il se posa la question abyssale qu’ils posent en vérité à tous les hommes [...]. Le premier, Sade, dans la solitude de la prison, donna l’expression raisonnée à ces mouvements incontrôlables, sur la négation desquels la conscience a fondé l’édifice social et l’image de l’homme. » Cet argument « par l’inconscient » est une trouvaille dont se serviront nombre de défenseurs de la pornographie, invoquant à toutes occasions le nom de Freud en déclarant qu’ils ne font que montrer ce que tout le monde désire au fond de lui-même. Cette rhétorique largement copiée, il faut le dire, sur Freud lui-même est particulièrement efficace, puisque quiconque objecte qu’il n’abrite dans son inconscient aucun fantasme de viol et de torture se voit immédiatement répondre que son déni est la preuve qu’il a refoulé ces fantasmes.

Simone de Beauvoir fera écho à Bataille dans "Faut-il brûler Sade ?" : « L’immense mérite de Sade, c’est qu’il revendique contre les abstractions et les aliénations qui ne sont que des fuites la vérité de l’homme. »

Notons en passant que Bataille s’intéressa également à Gilles de Rais, le fameux compagnon de Jeanne d’Arc devenu maniaque sexuel et condamné pour avoir violé et assassiné plus de deux cents enfants. A son sujet, Bataille rapporte le détail suivant, qui intéresse directement notre étude : lors de son procès, Gilles de Rais aurait déclaré avoir été poussé dans ses crimes par la lecture de la "Vie des empereurs" de Suétone. « Je lus dans ce beau livre d’Histoire, explique-t-il à ses juges, que Tibère, Caracalla et autres Césars, jouaient avec les enfants et en prenaient un plaisir singulier à les martyriser. Là-dessus, je décidai d’imiter les dits Césars, et le même soir, je commençai à le faire en suivant les images reproduites dans le livre. »

La troisième vague de réhabilitation de Sade commence dans les années 1960, lorsqu’un certain nombre d’intellectuels, estimant que Sade a été mal compris, proposent une sorte de « retour au maître », un peu à la manière de Lacan avec Freud. On peut légitimement qualifier ces intellectuels de « sadiens » (« sadistes » serait sans doute trop fort, puisque c’est un courant plus qu’une doctrine qu’ils veulent incarner). Ils voient en Sade un tournant culturel décisif et revendiquent pour lui une place d’honneur dans la philosophie occidentale. Ainsi, pour Michel Foucault :

« Le sadisme [...] est un fait culturel massif qui est apparu précisément à la fin du XVIIIe siècle, et qui constitue une des plus grandes conversions de l’imagination occidentale [...], folie du désir, dialogue insensé de l’amour et de la mort dans la présomption sans limite de l’appétit. »

Avec Roland Barthes, auteur de "Sade, Fourier, Loyola", la pleine légitimité de Sade est acquise. S’appuyant sur la distance esthétique, un autre argument important dans l’arsenal des pornographes, Barthes tente de dissocier Sade des implications pratiques de sa philosophie. Il ne s’agirait que d’un ensemble de signes, et leur signification s’épuise dans leur portée esthétique. Prenant comme exemple la phrase de Sade, « Pour réunir l’inceste, l’adultère, la sodomie et le sacrilège, il encule sa fille mariée avec une hostie », Barthes propose qu’on n’y voit qu’un exercice de style anodin, comme de l’algèbre ou des mots croisés.

Cette période voit également Sade à l’honneur au cinéma : Pasolini adapte un roman de Sade ("Salô, ou les Cent Vingt Journées de Sodome"), et Bergman monte la pièce du Japonais Yukio Mishima, "Madame de Sade". On y apprend : « Il est l’homme le plus libre du monde. [...] Il entasse le mal sur le mal et il monte au sommet de la pyramide ; il est sur le point d’atteindre l’éternité du doigt. »

Selon Shattuck : « Après que Pasolini, Mishima et Bergman eurent ouvert encore plus grand les portes, glorifier l’univers dépravé de Sade devint presque un lieu commun. »

Shattuck introduit ensuite la quatrième étape de la réhabilitation de Sade : « Nous avons déjà trouvé des gens pour affirmer que Sade était le plus libre des révolutionnaires, l’inventeur d’un nouveau sublime, un grand moraliste de la transgression, et un artiste du verbe poétique sans dimension morale. Sa consécration comme grand auteur parmi les classiques eut lieu deux fois, la première en 1989 dans les pages de "A New History of French Literature"... », où Sade est le seul auteur à mériter deux entrées. On y lit par exemple : « Le libertin est confronté à une vérité inéluctable, celle de l’égoïsme absolu du plaisir. [...] Grâce à cette indifférence, qui est précisément ce qui manque dans ce qu’il est convenu d’appeler le sadisme, il y a dans l’écriture de Sade un fond de détachement et de légèreté. » La deuxième consécration, selon Shattuck, est la publication en 1990 dans la Bibliothèque de la Pléiade, un honneur qui « correspond à celui d’un artiste dont le tableau serait admis au Louvre ».

Aussi incompréhensible soit-il, le prestige de Sade auprès d’une partie de nos intellectuels ne peut que nous inquiéter, comme elle inquiète Roger Shattuck : « Est-il possible que le papier bible, la reliure pleine peau et l’appareil critique de l’édition Pléiade puisse transformer Sade en un auteur que nos enfants pourront lire, au même titre que Dickens, Balzac et Melville, avec plaisir et profit ? »

Laurent Guyénot

*******

Le marquis de Sade sur notre affaire Epstein