mercredi 29 juillet 2026

Rémi Soulié : « René Guénon œuvre pour nous tirer d’une spectaculaire entreprise de suggestion »



Aux éditions Lif paraissent dans un même volume les deux chefs d’œuvres antimodernes du métaphysicien René Guénon (1886-1951) : "La Crise du monde moderne" et "Le Règne de la quantité et les signes des temps", parus en 1927 et 1945. Dans une préface inédite, Rémi Soulié, docteur ès lettres, auteur de plusieurs essais pérennialistes et membre de la Société des félibres de Paris, revient sur le contexte et les enjeux de ces deux livres visionnaires où Guénon livrait une critique complète et intransigeante de l’Occident moderne oublieux de sa tradition.



PHILITT : Vous comparez "La Crise du monde moderne" et "Le Règne de la quantité et les signes des temps" à une foule d’auteurs qui, d’une part, pour plusieurs d’entre eux, ont pensé du temps de Guénon la « crise » de la modernité, puis, après Guénon, la « catastrophe » de l’hypermodernité. En réunissant ces deux livres en un volume, souhaitez-vous montrer que Guénon excelle à la fois dans l’étude de la crise et dans celle de la catastrophe ?

Rémi Soulié : Il me paraissait indispensable de situer « temporellement » l’écriture puis la publication de ces deux essais de René Guénon, en particulier à destination d’un lectorat peut-être plus familier, de prime abord, avec l’histoire de la philosophie plutôt qu’avec la métaphysique telle que l’entend Guénon et telle qu’elle est, c’est-à-dire sans histoire. Après tout, d’un point de vue guénonien, l’ « ambiance » cosmique, pour dire le moins, n’est pas neutre et même si le propos de Guénon est foncièrement métaphysique, il n’en survient pas moins dans un « temps donné », celui des « derniers temps » en l’occurrence. Force est de constater, de ce point de vue, que les philosophes et les essayistes ont été nombreux, dans cette première moitié du vingtième siècle, en particulier après la Première Guerre mondiale, à prendre la mesure de l’étendue du « désastre » (qui est toujours, au sens littéral, une rupture avec l’astre). Guénon est néanmoins le seul à en mesurer la dimension abyssale, en allant jusqu’à ses racines essentielle et substantielle, pour reprendre les deux termes fondamentaux explicités dans les premiers chapitres du Règne de la quantité.

Étymologiquement, la « crise » est à la fois discrimination et jugement. Celle dans laquelle nous sommes entrés depuis le XIVe siècle, à l’origine du « monde moderne », a valeur exemplaire ou, plutôt, contre-exemplaire en ce que les possibilités les plus basses du cycle se manifestent et, avec elles, le chaos mental, social, politique et religieux. Sur un plan temporel traditionnel, donc cyclique, nous vivons dans le ténébreux Kali Yuga depuis des millénaires. Même si, en son sein, des périodes ponctuelles de redressement se produisent, à l’instar de notre Moyen Âge, il se caractérise par un éloignement – au demeurant tout à fait normal, lui – du Principe de la manifestation (sous « l’aspect » de l’Être ou du Logos), dont les conséquences délétères ont été décrites dans toutes les « révélations », notamment le Véda ou l’Évangile, mais aussi, pour ce qui concerne notre ère géographique et d’une manière tout aussi inspirée, par Hésiode ou par Platon. La « catastrophe » est toujours la fin d’une tragédie, un « jugement », en l’occurrence « dernier », en ce qu’il ponctue non pas tant la fin du monde – à quoi se limite la perspective biblique – mais la « fin d’un monde » qui, pour des raisons métaphysiques, n’est jamais que la « fin d’une illusion ».

Citant Oswald Spengler, Paul Valéry, Thierry Maulnier, Edmund Husserl, Paul Hazard et d’une certaine manière "Malaise dans la civilisation" de Freud, vous remarquez qu’au temps où Guénon publie "La Crise du monde moderne", « les grands esprits européens sont shakespeariens : ils comprennent qu’il y a quelque chose de pourri au royaume de Danemark », c’est-à-dire dans le monde occidental. Qu’est-ce qui différencie René Guénon de toute cette littérature antimoderne ? Sa méthode aussi bien que son objet ?

Sans aucun doute. Il convient de distinguer ces grands esprits des « intellectuels », qui sont tout sauf intellectuels, lesquels raisonnent à partir de ce qu’ils appellent des « faits » (le plus souvent déformés par le prisme idéologique et dont ils ont la « superstition » empirique), quand ce n’est pas à partir de leurs « intuitions subjectives », ce qui revient à se montrer doublement grossier : leur histoire, pour une large part, n’est que celle de leurs égarements et de leurs errances. Guénon ne fait pas l’économie du raisonnement, bien entendu, mais il le situe à sa juste place. Dès lors que vous partez d’où il faut partir, c’est-à-dire de l’Absolu, puisque c’est de « là » que tout part (et revient) – contrairement aux Modernes, qui partent du relatif (ils inversent toujours tout) – vous disposez d’une amplitude de vue beaucoup moins limitée, et conséquemment beaucoup plus réaliste que celle des réalistes (sans parler de celle des sensualistes, des empiristes, des rationalistes, des matérialistes, etc.). Guénon déploie ce qu’il voit, déroule le volumen, conformément à la nature de ce qui est. Sa vision, qui n’est certes pas la sienne propre, celle de sa « subjectivité », est en un sens aussi grandiose que celle de Dante, avec enfer, purgatoire et paradis à la clé (c’est le cas de le dire). Ces deux livres de Guénon sont donc plutôt consacrés à l’enfer. Voilà en quoi sa méthode est incomparable avec celle des auteurs mentionnés.

Craignant que mon propos ne soit mal interprété, je précise toutefois qu’il ne s’agit pas de « poésie », au sens déchu que ce terme a semble-t-il pris ; je précise également que partir de l’Absolu, ce n’est pas un postulat ou un a priori de la « foi » mais la condition même de toute pensée, sans quoi le relatif est lui-même inintelligible, innommable, inexistant ; telle est d’ailleurs la manière la plus probante de comprendre « l’argument » anselmien ou, en termes heideggériens, que les étants apparaissent sur le fond de l’Être, qui n’est rien d’étant. À la différence de ce dernier, Guénon n’a pas eu à « détruire la métaphysique » occidentale, qu’il tenait en piètre estime, non plus qu’à se tourner vers le Zen, comme le « dernier » Heidegger, puisqu’il y était déjà métaphysiquement installé ; dans le même registre, j’ajoute que comme le disait Abellio, qui savait lui aussi de quoi il parlait puisqu’il était polytechnicien et ingénieur des Ponts et Chaussées, « la maison se construit par le toit » : qui peut le plus peut le moins, mais pas l’inverse. En termes guénoniens, il est « impossi[ble] d’arriver à la synthèse par l’analyse : on aura beau ajouter successivement les uns aux autres un nombre indéfini d’éléments, on n’obtiendra jamais le Tout, parce que le Tout est infini, et non pas indéfini » (« Remarques sur la notation mathématique », La Gnose, avril-mai 1910).

En ce qui concerne son objet, je serai plus bref, puisqu’il s’agit en dernière « analyse » d’une illusion – néanmoins suffisamment prégnante pour que l’on s’identifie avec elle, ce qui justifie tous les coups de tonnerre, toutes les sonneries de trompette, afin de nous tirer de ce cauchemar auquel nous tenons tant, au point de penser que nous serions anéantis si nous nous éveillions (alors que c’est l’inverse et qu’il faudrait, donc inverser l’inversion pour être). Guénon œuvre pour nous tirer d’une spectaculaire et théâtrocratique entreprise de suggestion et d’hypnose, accrue par la technique. Philippe Sollers, dont j’aurai bientôt l’occasion de montrer à quel point il fut un lecteur de Guénon (autant que Drieu, Artaud, Daumal, Bosco, Queneau, etc.), parlait de « somnambulisme ».
Le philosophe de la « postmodernité » Zygmunt Bauman (1925-2017)

La prescience de Guénon allait, en 1945, jusqu’à anticiper d’une manière à peine croyable la disparition de la monnaie dans sa dimension « même simplement “pratique” ou “matérielle” ». En quoi cette anticipation s’inscrit-elle dans une étude de la catastrophe plus complète encore que l’analyse du stade de « liquéfaction » étudié par Zygmunt Bauman (1925-2017) ?

La remarquable analyse de la « société liquide » menée par Zygmunt Bauman, dans ses grandes lignes, demeure sociologique ; celle de Guénon, bien évidemment, métaphysique, ce qui change tout. Le monde moderne se caractérise notamment par un double mouvement : d’abord, de solidification, de matérialisation (le béton, le matérialisme pratique, le pragmatisme, l’utilitarisme etc.), ensuite, de liquéfaction (les flux : « Avez-vous du liquide ? », « Êtes-vous fluid gender ? »). Ces deux phases d’une seule œuvre au noir correspondent à l’alchimique « Coagula et Solve », ce qui nous ramène au domaine cosmologique et psychique, indissociable du domaine métaphysique, quoique ce dernier soit aussi transcendant. La troisième étape ne peut qu’être la gazéification ou la pulvérisation, dans laquelle il est superflu d’« avoir ou non du liquide », lequel est encore trop solide, si j’ose dire (« les espèces sonnantes et trébuchantes » – on notera la référence parodique à l’espèce et au genre aristotéliciens). Nous sommes donc en voie d’anéantissement numérique, « hologrammatique », même si le néant est une impossibilité. Nous y tendrons jusqu’à l’ultime limite du basculement vers un nouveau cycle ; la descente est vertigineuse – d’où le « fait », comme en témoigne le langage ordinaire, que « tout s’accélère ». À cela s’ajoute, quoique plus anecdotiquement, que la disparition physique de la monnaie, comme toujours « au nom du bien », favorise un contrôle total par la Machine et ses desservants (ce que Guénon appelle le plus souvent « l’industrie »), qui peuvent « débrancher » socialement n’importe qui, pour n’importe quoi : la Banque contre la Barque, en quelque sorte (mais enfin, la Banque du Vatican, c’est aussi quelque chose…). Que le lien avec la métaphysique (l’esprit, l’intellect) soit rompu (au bénéfice de l’âme sentimentale et de la raison raisonnante), et le physique (la physis, la nature) s’évanouit (notamment au bénéfice du spectacle, de sa suggestion, de sa sujétion). L’erreur ou l’ignorance métaphysiques entraînent inévitablement une erreur ou une ignorance anthropologiques, dont le dualisme cartésien est sans doute l’une des meilleures illustrations (ce qui n’empêche pas que Descartes ait été un bon catholique, mais là n’est pas la question, hélas).

Parmi les auteurs antimodernes connus par Guénon, vous soulignez avec sévérité sa divergence avec Jacques Maritain (1882-1973), lequel pourrait, selon vous, « se flatter d’avoir contribué à l’accélération de la déliquescence romaine ». En quoi Guénon, pourtant initié à l’islam soufi dès 1910, vous paraît-il paradoxalement plus compatible avec la tradition catholique que Maritain ? En mélangeant modernisme liturgique et ouverture aux autres religions, le concile Vatican II aurait-il échoué par méconnaissance des principes traditionnels ?

D’une certaine manière, ce n’est pas difficile d’être plus catholique que Maritain : il suffit de prendre au sérieux la catholicité littérale et spirituelle, c’est-à-dire l’universalité métaphysique, plutôt que de raisonner depuis la crypte ou la sacristie la plus close, comme le font souvent les convertis, avec de surcroît un zèle déplorable et souvent hargneux, celui-là même dont fit preuve Maritain à l’endroit de Péguy, de Guénon et même, me suis-je laissé dire, de Thibon. Guénon, lui, ne s’est jamais converti à quoi que ce soit. Sa « réalisation métaphysique » était telle qu’il se situait en vérité au-delà des formes particulières – comme Ramakrishna (1836-1886), autre rare exemple de ce point de vue, ou Ibn Arabi (1165-1240). Son « installation » en islam s’explique par la possibilité d’un rattachement initiatique, en effet, ce qui n’est semble-t-il plus le cas dans ce qu’il reste de la chrétienté occidentale – je dis bien, occidentale, la situation étant sans doute différente dans la chrétienté orientale orthodoxe ; l’islam comprend donc, régulièrement, une dimension ésotérique, même si les juristes-légistes ne l’apprécient guère le plus souvent, en particulier depuis l’émergence des courants réformateurs modernistes, « protestants » et puritains, du wahhabisme et du salafisme, tant prisés par les États-Unis, et pour cause ; en outre, pour notre cycle d’humanité, l’islam clôt le cycle des révélations, dont la première fut celle des Védas, ce qui lui confère un positionnement particulier ; enfin, l’islam se pense lui-même comme « récapitulatif » sur le plan prophétique abrahamique.

L’exotérisme, quel qu’il soit, ne peut qu’échouer dès lors qu’il nie ses propres limitations, dont il n’a d’ailleurs pas toujours conscience : il ne peut se penser que comme « total », chaque exotérisme bénéficiant de la plénitude de la révélation divine, alors que chaque tradition particulière, comme dit Schuon, devrait se penser elle-même comme « relativement absolue », ce qu’autorise la perspective ésotérique.

La situation de l’Église catholique romaine est singulière. Dans l’Occident latin, elle représente la tradition, quoiqu’amputée de sa dimension gnostique. La Barque de Pierre est donc perméable – elle prend l’eau inférieure par ses fissures – et tangue jusqu’à risquer le chavirement et le naufrage, bien qu’ils soient exclus en raison de son caractère divin. Il suffit de songer à son instabilité, à son histoire mouvementée – « À tribord toute ! », « À bâbord toute ! » – qui se superpose fort bien avec celle de l’agitation occidentale, plus ou moins faustienne ; la manière dont elle a pensé l’Incarnation l’a peut-être prédisposée à se montrer par trop tributaire de l’« Histoire » et du temps (je dirais même, avec Mircea Eliade, de la « terreur de l’histoire »), mais avait-elle le choix dès lors qu’à l’issue de l’Antiquité, il fallait pontifier, c’est-à-dire construire des ponts, rebâtir ?

Vous remarquez que "La Crise du monde moderne" paraît la même année qu’"Être et temps" du célèbre philosophe allemand Martin Heidegger (1889-1976). Pourtant, si Heidegger fait de la temporalité l’horizon indépassable du Dasein, Guénon ne soutient-il pas au contraire que l’homme n’est qu’un état contingent de l’Être universel et éternel, capable, par participation, de dépasser sa condition temporelle par la réalisation métaphysique des états supérieurs de cet Être ?

Vous avez raison. J’ai ainsi simplement voulu pointer la parution de deux livres fondamentaux comme un « signe des temps ». Être et temps menait à une impasse, mais le « tournant » opéré par Heidegger lui a permis de s’ouvrir à une tout autre entente de l’Être. Il serait inepte d’associer le philosophe et le métaphysicien (tout « associationnisme » est exclu, avec Guénon !), quoique le « dernier » Heidegger ait donc perçu dans quelle direction il convenait de regarder (en l’occurrence, donc, le zen). Les lecteurs d’Heidegger ne sauraient être absolument « dépaysés » s’ils lisent Guénon : l’Être n’est rien d’étant, la Déité eckhartienne, l’arraisonnement technique du monde, le réductionnisme onto-théologique, la parole la plus matinale des Grecs, lorsque la poésie, la prophétie et la métaphysique n’étaient pas encore conçues séparément… Il y a là un certain nombre d’indices concordants en faveur d’une possible lecture parallèle, même si Heidegger, en toute rigueur, ne pénètre pas dans le domaine métaphysique tel que l’entend Guénon.

Avec le philosophe pérennialiste Georges Vallin (1921-1983), vous accusez la « révolte anti-platonicienne » d’Aristote d’être l’une des « premières accélérations de la chute occidentale ». Votre défense de Platon n’est-elle pas également contraire à la position de Heidegger, qui accusait le philosophe grec d’avoir évacué la question de l’être ?

Heidegger se livre en effet à une généalogie des mutations de l’essence de la vérité et pointe dans l’Idée platonicienne une désorientation, pourrait-on dire, en direction de l’étant, qui prépare et anticipe un oubli autrement plus radical de l’Être. Outre que cette analyse me semble assez discutable, il me semble de surcroît que l’on n’a jamais trouvé meilleur remède à l’oubli que la réminiscence, dont le « souvenir de Dieu » ou l’anamnèse, dans les traditions religieuses monothéistes, est l’une des modalités, analogiques ou non. Heidegger lui-même n’évoque-t-il pas, de plus, « la transcendance de l’Être » ? « Seul un dieu peut encore nous sauver » me paraît être une heureuse parole testamentaire, indépendamment de tout confessionalisme. Heidegger s’est approché autant qu’il le pouvait de la non-dualité, étant entendu que le trop fameux « dualisme » platonicien relève de la fiction scolaire. Il n’a jamais écrit le Platon qu’il avait promis à son épouse…parce qu’il l’a écrit. De ce point de vue, je partage les analyses de Jean-François Mattéi, lui-même platonicien et heideggérien sans contradiction. C’est la Métaphysique d’Aristote qui, pour une part, fonde l’Occident, y compris religieux, pas le chemin de campagne qui borde l’Illissós. Je ne suis pas loin de voir dans l’œuvre d’Heidegger le cheminement d’un esprit et d’une âme, comme le sont les Dialogues de Platon.

À propos de l’écriture de René Guénon, vous soulignez « la limpidité transparente d’un style ligérien, éminemment français voire – quel paradoxe ! – d’un classicisme cartésien ». Comment expliquez-vous l’excellence et la clarté stylistique d’un homme qui s’est toujours gardé de faire profession d’écrivain ?

Cela relève d’une forme de prodige, qui consiste à posséder à un très haut degré et l’esprit de géométrie, et l’esprit de finesse. D’évidence, Guénon était inspiré, dans tous les sens du terme, y compris littéraire. C’est un écrivain aussi, mais pas au sens « profane ». Je ne me risquerais pas à entrer sur le terrain glissant consistant à se demander s’il était « missionné », mais il n’en reste pas moins que son œuvre, littérairement, « coule de source ». Qu’il soit un Français de Blois, malgré ses propres réserves à ce propos, me paraît être significatif du mystère français, profondément sacerdotal et royal depuis l’origine, dont la nature est lumineuse mais dont l’inversion démocratico-républicaine ne peut qu’être ténébreuse, comme cela devrait sauter aux yeux de n’importe qui. Guénon est parti en Égypte comme les derniers néo-platoniciens, après la fermeture de l’École d’Athènes par Justinien, sont partis vers l’empire sassanide, à L’heure de la fermeture dans les jardins d’Occident, pour reprendre le titre d’un roman de Bruno de Cessole. Il n’en reste pas moins que son écriture continue de manifester ce que l’on pourrait appeler l’esprit de la lettre française, en son universalité rivarolienne, qui fut donc aussi européenne. Sa prose – appelons-là ainsi – demeure une invitation à retrouver notre propre tradition et à renouer avec elle. Elle est orphique, pythagorique, mystérique, celtique, chrétienne, exemplairement dans le Graal que Guénon nous invite à retrouver sans que nous l’ayons pour autant perdu.




lundi 27 juillet 2026

Vers une religion mondiale de paix




Et si une religion mondiale destinée à apporter la paix durable était programmée pour être la réponse aux guerres, aux famines et à une série de bouleversements?

Cette religion mondiale de paix se présenterait comme l’unique antidote capable de mettre fin aux guerres et aux malheurs induits par une humanité déchue, par des "hommes méchants et sans morale". Elle proposerait d’unifier les trois plus grandes religions monothéistes, le judaïsme, le christianisme et l'islam, en une seule unité religieuse au nom de la morale universelle et du Dieu Créateur. Cet œcuménisme mondial transcenderait les divisions doctrinales pour mettre l’accent sur les valeurs communes de fraternité, de justice et de coexistence pacifique.

Cette initiative s’appuie sur des fondations déjà établies à travers plusieurs institutions internationales. La Maison de la Famille Abrahamique à Abu Dhabi, inaugurée comme un complexe interreligieux, abrite une mosquée, une église et une synagogue, et symbolise cette unité des traditions abrahamiques. Un équivalent ou des initiatives similaires se développent dans d’autres contextes, y compris en Russie. Le Board of Peace (ou Conseil de la Paix) de Donald Trump, fait la promotion de la paix et de la sécurité mondiale, tout comme les Accords d'Abraham.

Les Nations Unies servent de cadre pour toutes ces initiatives de paix. Le Congrès des dirigeants des religions mondiales et traditionnelles, organisé à Astana (Kazakhstan), réunit leaders religieux pour favoriser le dialogue et la paix mondiale.

Un autre pilier, et non le moindre, est le premier Congrès international des Noachides, prévu à Jérusalem du 2 au 6 novembre 2026. Cet événement vise à fonder formellement un mouvement noachide mondial, avec des délégués de six continents, et à établir des structures comme un tribunal rabbinique pour gouverner et pour faire appliquer les lois noachides à l’échelle globale.


Vidéo officielle du Premier Congrès International des Noachides :



La religion noachide, et ses sept lois morales, se présente comme le socle des trois grandes religions monothéistes et de la foi abrahamique. Selon la tradition juive talmudique, ces lois ont été données par Dieu à Noé et à ses descendants, c’est-à-dire à toute l’humanité, comme alliance universelle. Elles constituent un code moral minimal applicable à tous les peuples, indépendamment de leur appartenance ethnique ou religieuse :

1) Interdiction de l’idolâtrie.

2) Interdiction de blasphémer Dieu.

3) Interdiction du meurtre.

4) Interdiction de l’adultère et des immoralités sexuelles.

5) Interdiction du vol.

6) Interdiction de manger un membre d’animal vivant (cruauté animale).

7) Obligation d’établir des tribunaux de justice.

Ces sept lois sont présentées comme le dénominateur commun capable d’unir l’humanité au-delà des conflits et des différends entre les religions. Elles offrent un cadre moral universel qui peut être accepté par les non-juifs sans exiger la conversion au judaïsme, tout en respectant la distinction entre les obligations des juifs (613 commandements) et celles de l’humanité. Des mouvements comme Chabad-Loubavitch ont activement promu cette vision, avec des proclamations présidentielles américaines passées soulignant leur valeur sociétale.

Dans cette perspective, la religion noachide agit comme fondation d’une unité religieuse mondiale: elle permet aux adeptes des trois religions abrahamiques de converger vers un ensemble de principes moraux partagés, sous l’égide de Dieu Créateur, tout en minimisant les divergences théologiques.

Face à d'éventuelles épreuves dévastatrices à l'échelle planétaire (guerres, famines), cette unité se poserait comme la solution providentielle pour la paix, intégrant les initiatives existantes (Maison Abrahamique, Congrès d’Astana, Board of Peace, Accords d'Abraham, ONU) et culminant avec la mise en place d'une religion noachide.

En plaçant les lois noachides, et particulièrement l’interdiction stricte de l’idolâtrie, au centre de l’autorité spirituelle et morale universelle, cette structure œcuménique pourrait évoluer vers une autorité théocratique mondiale. Sous couvert de morale universelle et de paix, elle risquerait alors de juger et de condamner comme idolâtres tous ceux qui ne se conformeraient pas à l'interprétation d'une de ces lois.

Les chrétiens, qui confessent la divinité de Jésus-Christ et lui rendent un culte, pourraient être particulièrement visés. Dans la perspective noachide stricte, l’adoration du Christ comme Dieu incarné peut être considérée comme une violation de la première loi (interdiction de l’idolâtrie). Ce qui est aujourd’hui présenté comme un dialogue fraternel et une unité bienveillante pourrait demain devenir un cadre contraignant, où les déviations théologiques seraient traitées non plus comme des différences de foi, mais comme des atteintes à l’ordre moral universel et à la paix mondiale.

Derrière la séduisante idée de "UNE HUMANITÉ : UN SEUL DIEU", il y a le risque d’une gouvernance religieuse centralisée, une théocratie mondiale, capable d’exercer une pression spirituelle, sociale et potentiellement juridique sur les croyants. Ce qui commence par un appel à la paix après de grandes tribulations pourrait se transformer en un système excluant ou réprimant ceux qui refusent de plier leur conscience, un système qui met à mort ceux qui refusent de renoncer à leur Dieu...

"Il lui fut donné de faire la guerre aux saints, et de les vaincre. Et il lui fut donné autorité sur toute tribu, tout peuple, toute langue, et toute nation. Et tous les habitants de la terre l'adoreront, ceux dont le nom n'a pas été écrit dès la fondation du monde dans le livre de vie de l'Agneau immolé."
Apocalypse 13: 7-8

"Elle [la seconde bête] exerçait toute l'autorité de la première bête en sa présence, et elle faisait que la terre et ses habitants adoraient la première bête, dont la blessure mortelle avait été guérie."
Apocalypse 13: 12

"Et il lui fut donné d'animer l'image de la bête, afin que l'image de la bête parlât, et qu'elle fît que tous ceux qui n'adoreraient pas l'image de la bête fussent tués."
Apocalypse 13: 15



dimanche 26 juillet 2026

Du rififi chez les frères bénédictins




Pour la plus grande gloire de Dieu
Ad maiorem Dei gloriam 


Le père Placide, supérieur de l’abbaye Notre-Dame de Bellaigue, dans le Puy-de-Dôme, aurait été enlevé puis séquestré en juin dernier dans une affaire hors du commun. Les investigations s’orientent vers des tensions internes entre moines autour de la gouvernance de cette communauté bénédictine.

Du silence des offices aux bruits d’une querelle interne. Depuis près d’un mois, l’abbaye Notre-Dame de Bellaigue, nichée dans la campagne du Puy-de-Dôme, est au cœur d’une enquête hors norme. Le père Placide, supérieur du monastère depuis quinze ans, aurait été enlevé puis séquestré dans la nuit du 23 au 24 juin, rapporte La Montagne. Au fil de leurs recherches, les gendarmes auraient découvert l’existence de tensions profondes autour de la direction de cette communauté bénédictine.

Une disparition inquiétante

Derrière les épais murs de pierre de l’abbaye Notre-Dame de Bellaigue, à l’écart du hameau de Virlet, au nord de Clermont-Ferrand, l’atmosphère est bien loin de la quiétude habituelle des lieux. Depuis plusieurs semaines, une question obsède les enquêteurs : que s’est-il réellement passé cette nuit de juin où le père Placide a disparu sans laisser de trace ?

L’affaire débute au petit matin du 24 juin, relatent nos confrères dans le récit qu’ils consacrent à cette affaire. Vers 5 heures, lors du premier office de la journée, les moines constatent l’absence de leur supérieur. Dans sa cellule, ses affaires personnelles ont disparu et la pièce a été soigneusement rangée.

Quelques instants plus tard, la communauté découvre un mail envoyé pendant la nuit par le père Placide, dans lequel il annonce son intention de démissionner. De quoi laisser penser, dans un premier temps, que l’abbé aurait choisi de partir de lui-même.

Mais certains religieux ne croient pas à cette version et plusieurs moines auraient rapidement estimé que leur supérieur n’avait pas quitté l’abbaye "de son propre chef". Les gendarmes sont alors alertés et une importante opération de recherche est déclenchée.

Un dispositif exceptionnel est déployé avec une trentaine de militaires, un hélicoptère, une équipe cynophile et des techniciens en identification criminelle. Après deux jours de recherches, le téléphone du religieux permet de suivre sa trace. Le signal est repéré successivement à Montluçon, puis à Bourges, avant de conduire les enquêteurs jusqu’à une petite gare isolée près de Limoges (Haute-Vienne).

Des désaccords sur l'avenir du monastère ?

Le père Placide y est retrouvé vivant, mais son corps porte les marques de nombreux coups. L’enquête ouverte initialement pour "disparition inquiétante" change alors de dimension et s’oriente vers des faits criminels d’"enlèvement et séquestration".

Une évolution confirmée par le procureur de la République de Clermont-Ferrand, Éric Serfass, auprès du Figaro. Le magistrat reste toutefois très prudent : "Pour l’instant, avant d’avoir un premier résultat solide des investigations, je ne souhaite pas communiquer davantage sur les circonstances de cette affaire".

Sauf que, rapidement, les enquêteurs explorent la piste d’un conflit interne à l’abbaye, car des désaccords existeraient sur l’avenir de la direction du monastère. "Cette affaire semble être liée à des tensions, au regard des enjeux de direction de l’abbaye", indique une source proche de l’enquête.

Des moines auraient proposé une nouvelle organisation

Le soir même de la disparition du père Placide, onze moines, soit près de la moitié des membres de la communauté, auraient proposé une nouvelle organisation du fonctionnement de l’abbaye, "dans l’optique d’en prendre le contrôle", selon La Montagne. Une initiative qui ferait émerger l’hypothèse d’une tentative de prise de pouvoir au sein d’un ordre pourtant fondé sur une stricte hiérarchie spirituelle.

À ce stade, les circonstances exactes de l’enlèvement présumé demeurent inconnues, tout comme son mobile précis. Aucun religieux n’a été placé en garde à vue et aucune plainte du père Placide n’a été confirmée.

Une église attachée à la liturgie traditionnelle

Fondée au Moyen Âge, puis restaurée au début des années 2000 par quatre moines venus du monastère de la Sainte-Croix du Brésil, l’abbaye Notre-Dame de Bellaigue occupe une place particulière dans le paysage bénédictin français. Le monastère est notamment connu pour son attachement à la liturgie traditionnelle et accueille régulièrement des fidèles venus pour des offices et des retraites spirituelles.




samedi 25 juillet 2026

De Ayn Rand au Minarchisme




Ayn Rand, icône du capitalisme et de l’individualisme radical… Son nom revient souvent dans les débats sur la liberté, l’État, ou le « chacun pour soi ».

Qui est Ayn Rand ? Née Alissa Rosenbaum en 1905 en Russie à Saint-Pétersbourg, dans une famille juive aisée. Son père était pharmacien. Elle adore lire et rêve très tôt d’écrire.

À 12 ans, elle vit la Révolution bolchevique de 1917. Sa famille perd tout, boutique confisquée, vie bouleversée. Elle voit le communisme en action avec les pénuries, la répression, la destruction des individus « au nom du collectif ». Ça la marquera à vie.

En 1926, à 21 ans, elle fuit l’URSS pour les États-Unis avec très peu d’argent. Elle arrive à New York, puis part à Hollywood où elle travaille comme scénariste.

Elle adopte le nom « Ayn Rand », devient écrivaine et philosophe. Elle meurt en 1982 à New York.

Son livre le plus connu est La Grève (1957) qui est un roman de plus de 1 000 pages. Souvent présenté comme « le livre le plus influent aux États-Unis après la Bible ». Ce n’est pas forcément le plus vendu en nombre d’exemplaires car la Bible écrase tout, mais en termes d’impact sur la vie des lecteurs, il arrive deuxième. Des millions de personnes disent que ce livre a changé leur vision du monde.

De quoi parle La Grève ? Dans une Amérique futuriste qui s’effondre, les meilleurs créateurs, inventeurs, entrepreneurs et artistes « font grève ». Ils disparaissent un par un. Pourquoi ? Parce que la société les traite comme des vaches à lait, on les taxe, on les régule, on les culpabilise au nom du « bien commun », on leur vole leur travail.

C’est un roman philosophique déguisé en thriller. On y trouve de l’action, de l’amour, des mystères et surtout une défense féroce de l’individu.

Sa philosophie complète est l’Objectivisme. Rand a créé un système de pensée qui touche tous les domaines :

• Métaphysique (la réalité) : La réalité existe objectivement, indépendamment de ce qu’on pense ou ressent. « A est A » (Aristote). Pas de « vérité alternative ».

• Épistémologie (comment on connaît) : La raison est le seul outil valide. Pas la foi, pas les émotions seules, pas l’autorité.

• Éthique (comment on doit vivre) : L’égoïsme rationnel.

Chercher son propre bonheur de façon rationnelle est moral. Le sacrifice de soi n’est pas une vertu. Sacrifier les autres non plus. On n’est pas là pour « servir » la société ou les autres. On est là pour réaliser son potentiel.

L’éthique selon Ayn Rand. Imaginons deux personnes :

L’une aide volontairement un ami parce qu’elle y trouve du plaisir et que c’est mutuellement bénéfique.

L’autre aide parce qu’elle se sent « obligée » et se sacrifie.

Pour Rand, la première est morale. La seconde non, car elle se détruit elle-même. L’altruisme comme devoir moral de sacrifier son intérêt pour autrui est, selon elle, la racine de tous les maux collectifs que sont le communisme, le nazisme, l’État-providence excessif. C’est le cœur de sa pensée.

Sa politique est le capitalisme de laissez-faire. Pour Rand, le seul système moral est celui où les hommes échangent librement des valeurs comme des idées, des produits, des services, sans utiliser la force. Son principe fondamental : Aucune initiation de la force. Tu ne peux pas frapper, voler, frauder ou contraindre quelqu’un. Le seul usage légitime de la force est la réponse, la défense.

Selon Rand le gouvernement idéal est le Minarchisme. Elle pense qu’un État est nécessaire, mais ultra-minimal :

• Police

• Tribunaux

• Armée

C’est-à-dire que l’État est réduit à son utilité minimale et ne doit pas aller au-delà.




vendredi 24 juillet 2026

Les aliments pour bébés sont massivement contaminés par des métaux lourds neurotoxiques




Consumer Reports a testé des dizaines de produits : 95 % contiennent du plomb, 73 % de l’arsenic, 75 % du cadmium. Céréales de riz, purées, snacks… même les formules infantiles montrent des traces préoccupantes.

Ces métaux s’attaquent au développement cérébral, favorisent troubles neurodéveloppementaux et s’accumulent à vie. Les autorités traînent des pieds pour fixer des limites strictes, pendant que l’industrie continue.

Pourquoi empoisonner dès le berceau ? Pour une génération plus faible, plus dépendante des médicaments dès l’enfance. Dépopulation et contrôle par l’assiette, version bébé.


Liens qui confirment :

- Consumer Reports – Heavy metals in baby food : 




jeudi 23 juillet 2026

Produits alimentaires pour affaiblir mentalement les populations



Le président burkinabè Ibrahim Traoré affirme que des services de renseignement lui auraient proposé d’utiliser des produits destinés à rendre les populations dépendantes et moins capables de résister. Des déclarations qui relancent le débat sur les nouvelles formes de guerre, tout en appelant à distinguer les affirmations des faits établis.


Ibrahim Traoré alerte sur une "guerre silencieuse": des déclarations qui relancent le débat sur les nouvelles formes d’influence.

Et si la guerre la plus dangereuse n’était plus celle qui se livre sur les champs de bataille, mais celle qui se déroule dans le silence ?

Une guerre qui ne chercherait pas à éliminer des populations, mais à affaiblir leur capacité à réfléchir, à résister et à défendre leurs intérêts.

C’est le message porté récemment par le président du Burkina Faso, Ibrahim Traoré, lors d’une intervention publique.

Selon ses déclarations, des services de renseignement étrangers lui auraient proposé d’introduire des produits destinés non pas à tuer les populations, mais à les rendre progressivement dépendantes et moins aptes à développer un esprit critique.

Le chef de l’État burkinabè affirme également que de telles pratiques seraient déjà utilisées dans certains pays d’Afrique et d’Asie.

À ce jour, ces affirmations n’ont pas été corroborées par des preuves publiques et indépendantes. Elles doivent donc être considérées comme les déclarations d’un dirigeant politique, et non comme des faits établis.

Elles soulèvent néanmoins une question plus large : les rivalités géopolitiques contemporaines dépassent-elles désormais le cadre militaire pour inclure des formes d’influence économique, informationnelle, sanitaire ou alimentaire ?

Ces interrogations alimentent un débat croissant sur la souveraineté des États, le contrôle des chaînes d’approvisionnement et la dépendance vis-à-vis des importations stratégiques.

Pour de nombreux observateurs, renforcer les capacités locales de production alimentaire, pharmaceutique et industrielle constitue un enjeu majeur afin de réduire les vulnérabilités face aux crises internationales et aux rapports de force géopolitiques.

Les propos d’Ibrahim Traoré relancent également une autre interrogation : pourquoi certains dirigeants africains peinent-ils à défendre durablement les intérêts stratégiques de leurs pays ? Pourquoi les idéaux de souveraineté, de patriotisme économique et d’intégration africaine rencontrent-ils encore autant de difficultés à s’imposer ?

Autant de questions qui continueront d’alimenter le débat sur l’avenir politique, économique et stratégique du continent africain.

Source :



mercredi 22 juillet 2026

Comprendre le monde sans se faire avoir : Ce que les sages savaient déjà




Les traditions de résistance à la machine

Accroche : Et si la résistance à la prédation n’était pas une invention moderne ? Et si, bien avant les think tanks, les algorithmes et les produits dérivés, des hommes et des femmes avaient déjà identifié les mécanismes de la machine et proposé des voies pour s’en libérer ? Cet article est une invitation au voyage – à la rencontre de quelques-unes de ces traditions qui, de la Galilée à l’Inde, de la Chine ancienne aux savanes africaines, ont porté une contre-doxa face à la thanatocratie.

Pourquoi aller chercher si loin ?

Parce que la prédation contemporaine a des racines profondes. Et parce que la résistance a besoin de plus que d’analyses – elle a besoin de sens, de visions, de sources où puiser quand le découragement guette. Les traditions de sagesse ne sont pas des programmes politiques. Elles sont des réservoirs de sens dans lesquels les programmes politiques peuvent s’abreuver.

Jésus : l’amour des ennemis comme arme de désarmement

On a fait de Jésus un fondateur de religion, un maître de morale, un personnage de vitrail. Mais si on le lit sans filtre, on découvre un homme qui a opposé à la machine de son temps – l’Empire romain, le Temple, le système de dettes – une contre-doxa d’une radicalité inouïe.

«Aimez vos ennemis». Ce n’est pas de la gentillesse. C’est une stratégie de désarmement. La violence se nourrit de la violence qu’elle provoque. En aimant l’ennemi, on brise le cycle. On lui retire la légitimation que sa propre violence trouve dans la violence de l’adversaire. Ce qui n’a rien à voir le fait de tendre l’autre joue. Aimer son ennemi, c’est peut-être, et certainement, le comprendre dans sa manière d’être. Le connaître mieux qu’il se connaît lui-même.

«Remets-nous nos dettes comme nous remettons à ceux qui nous doivent». Le Notre Père est une prière économique. Il demande l’annulation des dettes – la même logique que le jubilé de l’ancien Israël, qui prescrivait l’effacement des dettes tous les cinquante ans. La dette n’est pas sacrée. Elle peut être annulée.

Le Bouddha : éteindre la soif qui alimente la machine

Le Bouddha a identifié la racine de la souffrance : la soif – taṇhā – le désir insatiable qui nous pousse à accumuler, à posséder, à dominer. La prédation capitaliste ne fonctionne que parce qu’elle trouve en nous cette soif. Le Bouddha propose une voie pour l’éteindre – non par l’ascétisme extrême, mais par une transformation du regard.

«Tout est en feu» : le désir, l’attachement, l’illusion du moi séparé. Éteindre le feu, c’est cesser d’alimenter la machine. C’est une résistance par le retrait de consentement au désir que le système exploite.

Lao-Tseu : le non-agir face à la frénésie du contrôle

La thanatocratie est une machine à contrôler, à optimiser, à forcer. Lao-Tseu oppose à cette frénésie le Wu Wei – le non-agir. Non pas la passivité, mais l’action qui ne force pas, qui s’aligne sur le flux naturel des choses. «Rien au monde n’est plus souple et plus faible que l’eau, mais pour attaquer ce qui est dur et fort, rien ne la surpasse».

Face à la brutalité du pouvoir, la réponse n’est pas toujours la contre-brutalité. Elle est parfois la souplesse, la fluidité, la capacité à s’adapter sans se briser.

Les prophètes d’Israël : la justice sociale comme exigence absolue

Avant Jésus, il y eut les prophètes – Amos, Isaïe, Jérémie, Michée. Leur message est d’une actualité brûlante. Ils dénonçaient l’alliance du trône, du Temple et de la richesse. Ils disaient : votre culte est une mascarade si vous écrasez le pauvre. Vos offrandes sont une insulte si vous spoliez la veuve et l’orphelin.

«Que le droit coule comme de l’eau, et la justice comme un torrent intarissable». Les prophètes ne proposent pas une spiritualité désincarnée. Ils exigent la justice maintenant, dans la cité, dans l’économie, dans les rapports sociaux.

Les sages africains : Ubuntu, je suis parce que nous sommes

La prédation contemporaine isole. Elle fait de chaque individu un débiteur solitaire, un consommateur solitaire, un chômeur solitaire. Face à cet isolement, la sagesse africaine affirme le lien. «Je suis parce que nous sommes». Une personne n’est une personne qu’à travers d’autres personnes.

L’Ubuntu n’est pas une philosophie abstraite. C’est une pratique : la palabre, où les conflits se résolvent par la parole échangée jusqu’au consensus. L’hospitalité, qui fait de l’étranger un hôte potentiel et non une menace. La force vitale, qui circule entre les êtres et que la sorcellerie – la captation égoïste de cette force – menace de tarir.

Ce que ces traditions ont en commun

Elles identifient la racine du mal dans une avidité, une soif, une dureté de cœur.
Elles proposent un retournement : les derniers seront les premiers, la simplicité vaut mieux que l’accumulation, le lien est plus réel que l’avoir.
Elles opposent à la force brute une force paradoxale : la non-violence, le non-agir, la parole fragile du prophète.
Elles refusent l’urgence et cultivent le temps long.

Comment les utiliser sans les trahir ?

Ces traditions ne sont pas des solutions clés en main. Elles ont toutes été récupérées, déformées, instrumentalisées. Le christianisme est devenu religion d’empire. Le bouddhisme a soutenu des régimes autoritaires. Le taoïsme a été recyclé en art de gouverner cynique.

La seule protection est la polyphonie. Aucune tradition ne détient la vérité totale. C’est dans le dialogue entre elles, dans leur résonance mutuelle, que réside leur force. [...]


Pourquoi cette série ?
1 – Pourquoi rien ne change (vraiment) ?
2 – Chaos, peur et urgence
3 – Les marchands de légitimité
4 – La violence qui ne dit pas son nom
5 – Pourquoi ils bombardent
6 – Quand le système se fissure

Nour Fusayfisa al Arz (نور فسيفساء الأرض) et Nathanaël Gershom


https://reseauinternational.net/comprendre-le-monde-sans-se-faire-avoir-7-ce-que-les-sages-savaient-deja/


mardi 21 juillet 2026

Loge maçonnique Athanor, les « têtes pensantes » du réseau criminel condamnées à vingt-cinq ans et trente ans de prison



À Paris, les principaux membres de la loge maçonnique Athanor (Hauts-de-Seine), impliqués dans un vaste réseau criminel, ont été condamnés entre 25 et 30 ans de réclusion criminelle.

Parmi les faits : un meurtre (celui du pilote automobile Laurent Pasquali) et plusieurs tentatives de meurtre. Au total, 22 personnes étaient jugées pour ces exactions.

Ces individus s’organisaient au sein de la loge et s’appuyaient sur des « frères » maçonniques pour recruter et exécuter leurs contrats criminels (intimidations, passages à tabac, incendies...).

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Le monde :

Après plus de trois mois d’audience, la cour d’assises spécialement composée de Paris a rendu son verdict, vendredi 17 juillet, contre les 22 accusés impliqués dans les agissements criminels d’une officine nichée dans une loge maçonnique des Hauts-de-Seine

Ils étaient venus avec un sac ou une valise, le plein de vêtements. Dans l’éventualité, tant redoutée, où il leur faudrait partir en détention. Mais vendredi 17 juillet, au dernier jour du procès Athanor, du nom de cette ancienne loge maçonnique dont plusieurs membres ont orchestré une vaste officine criminelle de 2016 à 2020, la grande majorité des 15 accusés qui comparaissaient libres a pu ramener son linge à la maison.

Après trois mois et demi d’audience, durant lesquels il fut question de tabassages, d’incendies volontaires, de barbouzeries très violentes, et surtout d’un meurtre et de deux tentatives d’assassinat, réalisés dans le cadre de « contrats » plus illégaux les uns que les autres, il a fallu moins d’une demi-heure à la présidente de la cour d’assises spécialement composée de Paris, Caroline Viguier, pour lire le verdict concernant les 22 accusés de ce tentaculaire dossier. Par souci de temps, la magistrate n’est pas entrée dans le détail des motivations de la cour.

A l’égard des acteurs « périphériques » de l’affaire, aux rôles secondaires, les réquisitions du parquet, le 7 juillet, ont été sensiblement allégées lors du verdict. Neuf condamnés l’ont été à des peines inférieures ou égales à cinq ans d’emprisonnement, partiellement assorties de sursis. Parmi eux figure un policier corrompu contre qui le ministère public avait demandé douze ans de réclusion criminelle.



On ne négocie pas avec Dadjdjal – L’escalade doit être mutuelle


Alexander Douguine explique pourquoi l’escalade doit être mutuelle, sinon les négociations avec l’Occident deviennent un piège.



Comme on pouvait s’y attendre, aucune paix entre l’Iran et les États-Unis n’a jamais vu le jour. Les États-Unis ont repris leurs bombardements sur le territoire iranien. Téhéran a frappé les bases militaires américaines à Bahreïn et a de nouveau fermé le détroit d’Ormuz. Cela n’a pas fonctionné, et cela n’aurait jamais pu fonctionner. On ne forge pas d’accords avec Dadjdjal¹. C’est un principe fondamental de la métaphysique chiite.

Retarder la guerre et maintenir la simple apparence de négociations joue toujours et dans toutes les circonstances en faveur de l’Occident.

En Iran, tout comme dans notre propre guerre russe contre l’Occident, il existe une règle inébranlable: l’escalade doit être réciproque. L’ennemi intensifie, nous intensifions. Ce n’est qu’alors que nous pouvons influencer le processus. Sinon, l’ennemi intensifie unilatéralement, entièrement dans son propre intérêt, tandis que nous nous contentons de réagir de manière passive, en mode « suiveur ». En réalité, ce type d’escalade unilatérale en temps de guerre crée un système de contrôle externe.

Au fait, pourquoi ne brûle-t-on pas de statues de Baal en Russie ? Pourquoi ne soulevons-nous pas une tempête contre les réseaux criminels liés à Epstein ? Pourquoi ne répondons-nous en aucune manière significative à la participation directe des pays occidentaux — les États baltes, la Grande-Bretagne et l’Allemagne — à la guerre contre nous, même si nous en faisons nous-mêmes le rapport ?

L’Iran va à la table des négociations et n’en retire rien. Pour les observateurs extérieurs, cela est évident. Parfois, on voit les choses plus clairement depuis l’extérieur.

D’ailleurs, juste après les premières frappes américaines et israéliennes contre la direction iranienne, les Gardiens de la Révolution (IRGC) ont éliminé une part significative de la sixième colonne. Apparemment, certains subsistent encore.

Des négociations peuvent avoir lieu, mais on ne doit les mener uniquement dans son propre intérêt et jamais publiquement. Dès qu’elles deviennent ouvertes et publiques, elles se transforment instantanément en une arme d’information que seul l’Occident utilise, et exclusivement à ses propres fins.

C’est pourquoi toute mention de Witkoff, Kushner, ou même Kirill Dmitriev, à un certain moment, devient un coup porté au moral des soldats au front et à l’état d’esprit patriotique du pays. Une seule mention suffit. C’est la même chose avec la diffusion apparemment innocente d’un ancien programme de Vladimir Pozner sur Channel One².

La même chose se produit avec les Iraniens. Lors des funérailles de l’Imam Khamenei et de sa famille, des malédictions furieuses ont été lancées contre ceux qui négocient avec Dadjdjal : Pezeshkian et Araghchi. Je ne pense pas qu’ils soient personnellement coupables. C’est simplement ainsi que fonctionnent les lois de la guerre de l’information. L’Occident fixe ces règles, et il est le seul à les utiliser de manière unilatérale.

Alexandre Douguine

(Traduit du russe)

Notes:

(1) Note du traducteur (NT) : Dadjdjal est le faux messie borgne et l’ultime trompeur dans l’eschatologie islamique. Dans la tradition chiite en particulier, il incarne le mal absolu et la tromperie, rendant toute forme de compromis avec lui impossible.

(2) NT : Douguine fait référence à la rediffusion d’anciens programmes de Vladimir Pozner, journaliste russe bien connu pour ses opinions libérales et pro-occidentales. Même des émissions apparemment inoffensives de ce genre sont vues par de nombreux patriotes comme des instruments subtils de la guerre de l’information, qui minent le moral public et la volonté de résister.


Source :
http://euro-synergies.hautetfort.com/archive/2026/07/15/on-ne-negocie-pas-avec-dadjdjal-l-escalade-doit-etre-mutuell-6601876.html


lundi 20 juillet 2026

Civilisation ou ténèbres absolues. Au-delà du libéralisme et du marxisme




par Alexandre Douguine


Nous ne sommes pas simplement en guerre contre l’Occident. Nous sommes en guerre contre l’Occident moderne (et postmoderne) — contre cet Occident qui, dès le XIe siècle, s’est écarté de notre chemin chrétien commun et n’a cessé de s’en éloigner davantage, s’efforçant d’atteindre la fin de la nuit, s’enfonçant de plus en plus profondément dans le crépuscule extérieur.

Les conditions métaphysiques d’une trêve sont les suivantes :

 - Soit l’Occident, tout en restant moderne (et postmoderne) — exactement tel qu’il souhaite être et tel qu’il est actuellement — nous laisse en paix (mais cela est exclu, impossible, et n’est sérieusement envisagé par personne là-bas — Satan ne s’arrête pas) ;

- Soit l’Occident change radicalement de cap et, suivant la voie de l’Éternel Retour, revient résolument vers ses propres racines (chrétiennes, gréco-romaines). Ces racines nous sont communes à tous les deux (c’est simplement que l’Occident s’en est très, très éloigné, alors que nous ne l’avons pas fait). Cela est hautement improbable, mais pas théoriquement impossible (après tout, Nietzsche, Husserl, Spengler, Heidegger, Guénon et Evola représentent eux aussi l’Occident — uniquement le bon Occident, celui qui est sain d’esprit, non possédé par le progrès, le libéralisme et les perversions).

Un point important concernant l’approche civilisationnelle. Nous avons désormais franchi le cap : l’approche civilisationnelle est enfin prise au sérieux, sans les railleries et les moqueries d’autrefois. Mais il y a ici une nuance subtile. Tout le monde a été contraint de l’accepter — mais uniquement en tant qu’approche. Autrement dit, il est désormais permis d’affirmer que les civilisations existent au pluriel, qu’elles sont différentes, uniques, et que chacune agit à sa guise dans le cadre de sa propre production (tant de choses que de sens). Il s’agit désormais d’une approche officiellement autorisée.

Mais réfléchissons-y : à quoi ressemblerait n’importe quelle autre approche ?

Et c’est là que l’on découvre le plus intéressant : une approche non civilisationnelle consiste à croire en l’universalité et au caractère obligatoire de la voie de développement occidentale — en d’autres termes, à prêter serment d’allégeance à une vision du monde centrée sur l’Occident. En Occident aujourd’hui, le libéralisme (le capitalisme bourgeois sous sa forme postmoderne — d’où l’idéologie LGBT, l’immigration de masse, etc., toutes interdites en Russie) règne en maître, avec une domination assurée, voire totalitaire. Par conséquent, une approche non civilisationnelle signifie aujourd’hui l’adhésion à l’hégémonie occidentale et, dans les conditions actuelles, au libéralisme. Puisque nous sommes en guerre contre l’Occident dans le cadre de l’opération militaire spéciale, une approche non civilisationnelle n’est rien d’autre qu’une cinquième colonne de l’ennemi dans la guerre cognitive pour la conscience publique des Russes.

Bien sûr, le marxisme classique reste une autre option non civilisationnelle (avec sa théorie de la succession universelle des formations socio-économiques — exactement comme en Occident). Mais il ne fait pour l’essentiel que constituer un obstacle et faire le jeu des libéraux. Marx lui-même était, après tout, aligné sur la bourgeoisie aux étapes où celle-ci renversait le christianisme, les ordres sociaux et les valeurs traditionnelles. Il croyait qu’ensuite, le prolétariat (« nous ») renverserait la bourgeoisie (« eux »). Nous savons comment cela s’est terminé. Pendant un certain temps, cela a même semblé fonctionner (grâce à la grandeur du peuple russe et au pouvoir essentiellement impérial et centralisé de Staline). Mais ensuite, l’accumulation primitive du capital a refait surface : les années 1990, le capitalisme sauvage, les vestes framboise,1 les voleurs, les tueurs à gages et les agents de la CIA au sein du gouvernement russe.

Ainsi, la relativisation de l’approche civilisationnelle est :

- Soit une tentative de justifier le libéralisme mondialiste totalitaire (c’est le cas le plus courant) — en d’autres termes, une opération à grande échelle menée par les services de renseignement occidentaux dans le cadre de la guerre cognitive. Au cours des trente dernières années, nos chercheurs en sciences humaines ont franchi toutes les étapes d’un recrutement systématique : subventions, conférences, offres qu’ils ne pouvaient refuser, publication dans des index de citation occidentaux, réformes de l’éducation, etc. ;

- Ou bien un marxisme par inertie — la douleur fantôme d’une idéologie chimérique à demi effacée.

Dans le premier cas, cela frôle l’espionnage pur et simple. On le constate dans les cas d’agents étrangers comme Sineokaya et Shulman.2 Tout est clair ici. Un libéral est un ennemi du peuple, pratiquement un terroriste tout fait.

Dans le second cas, il s’agit des hallucinations de l’ancienne génération, envers lesquelles nous devons faire preuve de tolérance, mais qu’il ne faut pas prendre au sérieux. Et s’il s’agit de nouveaux marxistes, alors il s’agit très probablement encore d’espionnage — ce qui signifie qu’il faut rechercher un responsable étranger (homme ou femme).

Par conséquent, l’approche civilisationnelle n’est pas simplement une approche parmi d’autres. C’est le seul paradigme possible si la Russie est un État-civilisation, et Poutine ainsi que les autorités affirment que c’est exactement ce qu’elle est. Par conséquent, le pluralisme ne doit pas être recherché en dehors du paradigme civilisationnel, mais au sein même de celui-ci. Il y a largement de la place tant pour la droite que pour la gauche, mais uniquement si ce sont des partisans de droite civilisationnels (russes, eurasiens) et des partisans de gauche civilisationnels (russes, eurasiens). En fait, pour tout le monde — mais à l’intérieur du paradigme. En dehors de celui-ci se trouve l’obscurité totale. Le crépuscule extérieur. Il ne faut pas s’y aventurer. Le mal y rôde.


(Traduit du russe)

1 Note du traducteur (NT) : Les « vestes framboises » (малиновые пиджаки) sont une référence symbolique aux blazers voyants, d’un rouge vif, portés par les « nouveaux Russes » (nouveaux riches) — souvent des criminels ou des hommes d’affaires louches —, emblème stéréotypé de la vulgarité et du capitalisme criminel effréné des années 1990.

2 NT : Yulia Sineokaya et Ekaterina Shulman sont des intellectuelles libérales russes bien connues que l’État russe a désignées comme « agents étrangers ». Elles incarnent la « cinquième colonne » : des libérales qui ont été systématiquement recrutées par l’Occident par le biais de subventions, de conférences et de réseaux universitaires, et qui œuvrent activement à saper la souveraineté civilisationnelle de la Russie de l’intérieur. Toutes deux sont aujourd’hui en exil et sont considérées, dans les milieux patriotiques, comme des représentantes typiques de l’opposition idéologique pro-occidentale.