vendredi 2 janvier 2026

L’ordre mondial, instauré en 1945, touche à sa fin



par Carlos X. Blanco


Ce bref essai, résumé de ce que j’ai exposé dans plusieurs ouvrages, vise à présenter une critique exhaustive et radicale de l’ordre international dirigé par les États-Unis depuis 1945. Il argue que cet ordre est en train de vivre un processus terminal d’agonie, comparable à celui d’un malade en fin de vie, causant misère et désastre autour de lui. Il s’articule autour de plusieurs axes d’analyse :

1. L’ordre d’après-guerre et le rôle de l’URSS

Après la défaite du IIIème Reich en 1945, les États-Unis imposèrent leur Pax Americana, mais de façon incomplète en raison du contrepoids soviétique. Le rôle crucial de l’Union soviétique dans la défaite du nazi-fascisme en Europe et dans l’évitement d’une Troisième Guerre mondiale immédiate contre les puissances anglo-américaines, y est souligné et a eu un coût humain énorme. L’URSS a créé un «Deuxième ordre mondial» qui a regroupé des pays en processus de décolonisation, en opposition aux prétentions universelles américaines.

2. L’idéologie comme instrument et le concept de «totalitarisme»

Dans mes textes, je démonte la primauté de l’idéologie dans l’analyse géopolitique, la présentant comme un facteur mobile et utile. Je signale que le capitalisme impérialiste anglo-saxon a initialement financé des régimes comme ceux d’Hitler et de Staline, puis les a diabolisés comme «totalitaires» dès que le conflit a éclaté. Le concept de «totalitarisme», élaboré par des intellectuels comme Hannah Arendt, y est analysé comme une arme conceptuelle de l’Occident libéral. Sa véritable fonction n’est pas de décrire des similitudes structurelles entre le nazisme et le bolchevisme (des régimes différents, séparés par des abîmes), mais de stigmatiser comme «totalitaire» tout régime non libéral et non soumis à l’hégémonie américaine. Cela est habile, et cette synonymie est essentielle pour comprendre la Guerre froide et sa poursuite.

3. L’évolution après la chute de l’URSS

Avec la disparition de l’URSS (1989–1991), l’«Hégémon» libéral (première théorie politique, selon Alexandre Douguine) a perdu son contrepoids socialiste (deuxième théorie politique). L’arsenal philosophico-politique accumulé a été réorienté pour présenter le fascisme (troisième théorie politique) comme la seule alternative au monde «libre», simplifiant le discours jusqu’à poser l’alternative suivante : «libéralisme ou barbarie (fasciste)». Tout pays qui ne s’aligne pas sur les États-Unis peut être qualifié de «totalitaire» ou d’«autocratique», comme c’est le cas aujourd’hui, selon le contexte, avec la démocratie multipartite russe ou le système politique chinois.

4. La décadence et le caractère prédateur de l’Occident

Le capitalisme occidental, notamment dans sa version tardive et financière, est décrit comme étant en phase d’épuisement. C’est un système improductif, basé sur la dette et parasitaire, dont la crise de 2008 a révélé la nature «génocidaire et inviable». Les États-Unis, en tant que débiteur maximal, soumettent d’autres pays par ce système. La mondialisation n’a pas été la création d’un creuset mondial, mais l’imposition du mode de vie américain, un processus qui, conjointement avec la «religion holocaustique» (la sacralisation de l’Holocauste juif transformé cyniquement en religion civile universelle, conférant simultanément une impunité morale au sionisme), a servi à l’endoctrinement et à la domination.

Le mythe de la supériorité morale, technologique et militaire de l’Occident s’effrite. Sur le plan moral, les États-Unis violent le droit international ; sur le plan technologique, ils prennent du retard face à l’Asie, en particulier la Chine ; militairement, ils manquent de capacités de combat terrestre et de résilience comme la Russie, qui possède une expérience de guerres défensives pour sa survie, contrairement aux campagnes impérialistes ratées des États-Unis (Vietnam, Afghanistan).

5. L’OTAN comme instrument agressif et dangereux pour l’Europe

Créée en 1949 comme alliance «défensive», l’OTAN est devenue une organisation agressive et expansionniste, compromettant la souveraineté et la sécurité des peuples européens. Le bombardement de la République fédérale de Yougoslavie en 1999, avec des milliers de civils morts et l’utilisation d’uranium appauvri, a marqué un tournant, montrant que l’OTAN attaque des États souverains européens. La guerre en Ukraine (commencée en 2014 avec Euromaïdan) en est une autre manifestation. Être dans l’OTAN ne garantit pas la sécurité, mais éveille la peur, car cela oblige les États membres à se militariser à nouveau et à s’enliser dans des conflits (comme en Ukraine) qui servent les intérêts de Washington, pas ceux de l’Europe. L’OTAN et l’UE ont perdu toute légitimité morale pour donner des leçons sur les droits de l’homme.

6. Le nouveau modèle de domination : les États artificiels-terroristes (les «porte-avions statiques»)

Face à leur déclin et leur incapacité à mener des guerres conventionnelles victorieuses, l’Empire occidental adopte un modèle de «guerre hybride» qui ressemble au terrorisme d’État. Le modèle est Israël : un État artificiel, fortement militarisé et agressif, qui fonctionne comme un «porte-avions statique» incrusté dans une région stratégique. Ce modèle se reproduit avec des entités comme le Kosovo, l’Ukraine post-Euromaïdan ou le «Grand Maroc». Ce sont des «États-poubelle» ou «États faillis», créés ou instrumentalisés pour semer le chaos, affronter des ennemis (Russie, Chine, Iran) et servir de plateformes d’agression. Le Maroc, avec le soutien des États-Unis, de la France et d’Israël, se présente comme la partie d’une tenaille qui se complète avec Israël, pour étrangler la Méditerranée, ce qui constitue une grave menace pour l’Espagne et le sud de l’Europe.

7. La destruction culturelle et sociale auto-destructive de l’Europe occidentale

L’Europe occidentale a été victime d’un changement culturel massif orchestré par les États-Unis : l’«americanisation» ou la «mondialisation». Cela a mené à :

a) L’arrêt de l’activité productive : délocalisations industrielles, domination de la financiarisation (fonds comme BlackRock) et une économie basée sur la dette et le tourisme cancérigène (exemple : Espagne).

b) L’arrêt de l’activité reproductrice : hiver démographique, remplacement de la population par une migration massive (parfois utilisée comme arme contre l’Espagne, par exemple par le Maroc), trafic d’êtres humains et perte de l’identité culturelle.

c) La défaillance de la capacité défensive : dépendance militaire à l’OTAN, forces armées nationales affaiblies et engagées dans des missions étrangères, tandis que les frontières réelles (Ceuta, Melilla, côtes méditerranéennes face à l’Afrique) restent non protégées.

L’«âme» de l’Europe est morte, car le triptyque fondamental : produire, avoir des enfants et manier des armes pour la défense nationale légitime, a été brisé.

8. Conclusion et perspectives

L’ordre mondial unipolaire touche à sa fin. Face à la décadence occidentale, émergent des modèles alternatifs (comme le capitalisme planifié ou le socialisme de marché de la Chine) et un bloc potentiel comme les BRICS. L’Europe doit se réveiller, rejeter la soumission aux États-Unis et à l’OTAN, et retrouver sa souveraineté, sa capacité productive, son identité culturelle et restaurer sa défense nationale. Elle doit cesser d’être «Occident» et se redécouvrir comme une civilisation parmi d’autres, avec le droit à son histoire et à ses traditions. La voie actuelle mène à la guerre, à la destruction et à la colonisation intérieure. Mes textes publiés se terminent souvent par une mise en garde contre la création de futurs «États-artificiels» (comme une Catalogne indépendante), qui pourraient servir de nouveaux «porte-avions» pour soumettre des populations appauvries et aliénées. L’avenir dépendra de la capacité de l’Europe à refuser la guerre, le génocide et l’exploitation, et à reprendre le contrôle de son destin.

Source : Socialismo y multipolaridad via Euro-Synergies



jeudi 1 janvier 2026

Feliz Ano Novo 🙄

 



Carlos Latuff, né le 30 novembre 1968 à Rio de Janeiro, est un dessinateur brésilien, auteur de caricatures politiques.


Il est temps de dissoudre l’Union européenne




par Larry C. Johnson

L’Union européenne est hors de contrôle et complètement déconnectée de la réalité. Elle vient d’annoncer un nouveau train de sanctions contre des individus et des groupes qui refusent d’avaler sa propagande sur l’Ukraine.

J’ai été particulièrement choqué et indigné par sa décision de sanctionner le colonel Jacques Baud :

« Jacques Baud, ancien colonel de l’armée suisse et analyste stratégique, est un invité régulier des programmes de télévision et de radio pro-russes. Il sert de porte-voix à la propagande pro-russe et diffuse des théories du complot, par exemple en accusant l’Ukraine d’avoir orchestré sa propre invasion afin de rejoindre l’OTAN.

Par conséquent, Jacques Baud est responsable de la mise en œuvre ou du soutien d’actions ou de politiques imputables au gouvernement de la Fédération de Russie qui portent atteinte ou menacent la stabilité ou la sécurité dans un pays tiers (l’Ukraine) en recourant à la manipulation et à l’ingérence informationnelles. »

On mesure la gravité d’un abus de pouvoir flagrant lorsque le Dr Gilbert Doctorow et moi-même sommes en parfait accord…

Voici une partie du message que Gil a envoyé au juge Napolitano et à plusieurs d’entre nous qui apparaissons régulièrement dans son podcast :

« Il y a une heure, un de mes abonnés m’a informé que l’UE vient d’inscrire Jacques Baud sur sa liste de sanctions, aux côtés de commerçants en pétrole russe ! Baud est visé pour « diffusion d’informations fausses » sur le régime de Kiev.

Voici une citation du site de Radio Free Europe aujourd’hui. »

Ces sanctions signifient que Baud, qui est suisse, ne pourra plus obtenir de visa pour entrer dans l’UE. Et ce n’est pas tout.

Les sanctions imposées à Baud pourraient, avec la même justification, être appliquées à toutes les personnes qui animent ou participent à Judging Freedom, ainsi qu’à la plupart des médias alternatifs.

Cela doit être porté à l’attention de J.D. Vance et d’Elon Musk – c’est un argument de poids pour ceux qui affirment à juste titre que l’Union européenne doit être dissoute, car elle est devenue un projet de guerre et pratique une censure féroce à l’intérieur comme à l’extérieur de ses frontières.

Je partage l’indignation de Gil. Le colonel Baud est un érudit et un gentleman. Dire la vérité sur les néo-nazis qui infestent le gouvernement ukrainien n’est pas un crime… C’est le devoir de toute personne attachée à la vérité. Les minuscules crétins qui occupent des postes de direction dans l’UE ne sont rien d’autre que des autoritaires néo-fascistes qui projettent sur la Russie leurs propres intentions malveillantes. Il appartient aux peuples des pays membres de l’Union européenne de destituer ces clowns et de réaffirmer le droit à la liberté d’expression.



Meilleur Vœu pour 2026 : Abolition de l’Union européenne !





Pendant que l’Union européenne colle 120 millions d’amende à X parce que « pas assez transparent » (traduction : on veut fouiller partout), Elon Musk balance la bombe :

« L’Union européenne doit être abolie et la souveraineté rendue aux pays. » Et là, tout le monde en France fait : « … bah ouais, en réalité il a raison. »

Preuves concrètes que même ta grand-mère de Saint-Brieuc le sent dans ses tripes :

L’électricité qui coûte 4 fois plus cher qu’avant « pour sauver la planète »
→ merci les normes bruxelloises, on crève de froid mais on est écolo sur le papier.

Ton tracteur qui doit passer au contrôle technique tous les ans alors qu’il a 30 ans
→ merci l’UE, les agriculteurs adorent payer 400 € pour qu’on leur dise que leur Massey Ferguson n’est « pas aux normes européennes ».

Ton paquet de cigarettes à 13 € et ta baguette qui frôle les 1,50 €, ton plein de gazole qui te ruine
→ mais chut, c’est pour « l’harmonisation du marché intérieur ».

Tu veux pêcher deux maquereaux dans ton coin ? Non, non, quota européen, tu rends le poisson ou tu payes l’amende.

Tu veux rénover ta maison ? 47 formulaires, 12 normes différentes selon le pays d’où vient ta fenêtre, et si tu te trompes d’isolant, 10 000 € d’amende. Merci qui ? Merci Bruxelles !

Ton vieux poêle à bois de grand-père ? Interdit dès 2026 si il n’est pas « Éco-design 2022 ». Tu dois en racheter un à 8 000 € made in Allemagne ou brûler des bûches certifiées « PEFC » à 600 € le stère.

Tu veux vendre ton miel maison au marché ? Obligé d’avoir un labo agréé à 40 000 € minimum, étiquetage en 24 langues, et analyse tous les 6 mois à 300 € le pot. Résultat : seuls les gros industriels vendent du miel.

Tu fabriques du saucisson artisanal ? L’UE t’impose maintenant la même norme d’hygiène que les usines de 500 salariés. Alors, 70 % des petits charcutiers ont fermé en 10 ans.

Ta tondeuse à gazon essence ? Bannie dans beaucoup de villes dès 2027 à cause de la norme « émissions stage V ». Tu devras prendre une électrique à batterie chinoise qui dure 30 minutes.

Tu veux faire une extension de 15 m² chez toi ? Dossier « permis de construire » de 80 pages + étude thermique + architecte obligatoire = 6 mois de délai et 5 000 € de frais avant même de poser une brique.

Le comble : l’UE a interdit les ampoules à incandescence, puis les halogènes, puis certaines LED… Résultat : tu payes 12 € une ampoule qui claque au bout de 6 mois au lieu de 1 € celle qui durait 10 ans.

Tu es éleveur de poules ? Maximum 9 poules par foyer dans certaines régions à cause des normes « bien-être animal »… mais les supermarchés importent des œufs de batterie ukrainiens sans problème.

Tu veux vendre des plants de tomates au troc-plantes du village ? Interdit si pas de « passeport phytosanitaire européen » à 200 € par variété.

Ton fromage préféré au lait cru ? Risque d’être interdit parce que la norme bactério dit « dangereux »… mais on autorise le Coca Zéro avec 14 additifs chimiques.

Et la cerise sur le gâteau : l’UE prépare la taxe carbone aux frontières… Ce qui va faire exploser le prix de tout ce qui vient d’Asie (vêtements, téléphones, jouets de Noël). Prépare le portefeuille, ça va piquer grave.

Et le pompon : on t’interdit le Nutella « trop de gras » mais on importe de l’huile de palme indonésienne à tour de bras.
Logique européenne, niveau champion.

Pendant ce temps, à Bruxelles, 27 000 fonctionnaires (payés 10 000 € par mois + avantages) décident combien de courbures doit avoir ta banane et si ton fromage au lait cru a le droit d’exister.

Franchement, qui a encore envie de cette prison dorée où on n’a plus le droit de décider de RIEN chez soi ? Elon (on l'apprécie ou pas) a juste dit la phrase que tout le monde murmure au bistrot :

« L’UE nous étouffe. Point. » Et là, pour une fois qu’un mec friqué dit la vérité au lieu de lécher les bottes des bureaucrates, on va quand même pas lui donner tort ? Allez, on abolit cette usine à normes et on rend la France aux Français.

Anna.

*******


L’Union européenne a franchi le Rubicon 
Implosion ou guerre à suivre ?



par Levana Zigmund



« Alea iacta est » – « Les dés sont jetés » – aurait dit Jules César en janvier 49 av. J.-C., en traversant le fleuve Rubicon à la tête de la VIIIe légion Gemina. Suivirent, en succession rapide, la guerre civile, l’installation de César comme dictateur perpétuel – et son assassinat, cinq ans plus tard, le 15 mars 44 av. J.-C.

L’expression « franchir le Rubicon » est restée dans l’histoire pour désigner un geste interdit, une violation majeure de la loi aux conséquences incalculables et potentiellement fatales.

C’est l’expression qu’utilisent de nombreux commentateurs pour décrire ce que fait aujourd’hui la Commission européenne. D’autant plus que la VIIIe légion Gemina avait été constituée par César pour attaquer la confédération des Belgae – et qu’aujourd’hui, c’est précisément la Belgique qui joue un rôle central dans les événements, à la fois comme principal opposant aux plans de la Commission européenne d’utiliser les actifs russes pour financer l’Ukraine, et comme pays d’accueil des institutions les plus importantes de l’Union européenne.

La réalité – telle qu’elle ressort des journaux – est que nous sommes arrivés, semble-t-il, à un point culminant, ou de tournant, dans l’évolution de l’Union européenne. La question de la guerre en Ukraine et, étroitement associée, celle du financement de l’Ukraine, atteignent ces jours-ci leur paroxysme, et les initiatives de la Commission européenne accroissent massivement les tensions entre les États membres et Bruxelles.

Contournement de l’unanimité et renversement de la procédure

La dernière décision prise, en passant outre le vote négatif de la Hongrie et de la Slovaquie, est le gel permanent des actifs russes, qui ne pourront être débloqués que par un vote unanime des États membres de l’UE.

Sur le plan procédural, la règle de l’unanimité a été contournée par l’invocation de l’article 122 du traité – parce qu’il existerait une « situation d’urgence » qui permet à la Commission des pouvoirs exorbitants. Bien sûr, tout le monde n’est pas d’accord avec cette interprétation ; certains disent que la guerre entre deux pays non membres de l’UE, la Russie et l’Ukraine, ne peut constituer une « situation d’urgence » justifiant l’activation de l’article 122.

Nous assistons plutôt à un abus de pouvoir flagrant de la part de la Commission, décidée à passer outre toute opposition pour mettre en œuvre ses plans d’armement, de guerre et, surtout, de monopolisation de la décision économique et politique entre les mains de la bureaucratie de Bruxelles, indépendamment de la volonté souveraine des États membres.

Une analyse parue dans The European Conservative souligne :

« La Commission soutient que l’impact de la guerre sur l’UE justifie l’activation de l’article 122, en montrant que le maintien de la stabilité financière de l’Union impose un fondement juridique exceptionnel et la prise de mesures rapides, en dehors du processus institutionnel normal – ce qui suppose aussi le contournement du Parlement européen. Mais plusieurs diplomates ont reconnu, en privé, que cette interprétation est une extension sans précédent des dispositions du traité. Lier une clause d’urgence à un conflit militaire entre pays étrangers est un saut conceptuel qui, beaucoup le craignent, deviendra un instrument permanent pour contourner la règle de l’unanimité chaque fois que Bruxelles trouvera que cela lui convient, politiquement. »

Comme le note l’article, le geste de la Commission vient confirmer les avertissements du Premier ministre hongrois Viktor Orbán : « Les Bruxellois franchissent le Rubicon » – « cela causera des préjudices irréparables à l’Union ».

Sur le fond, nous assistons à un renversement du processus décisionnel : au lieu que les paquets de sanctions contre la Russie et le blocage des actifs russes soient votés tous les six mois et adoptés sous condition d’unanimité, désormais les actifs russes restent gelés jusqu’à ce que tous les pays membres votent leur déblocage.

De plus, ces actifs (environ 150 milliards d’euros) ne seront restitués à la Russie qu’après que celle-ci aura payé des réparations de guerre à l’Ukraine, estimées par la Commission européenne entre 500 milliards et un billion d’euros. Aucune de ces variantes ne semble probable : ni le déblocage des actifs par vote, ni que la Russie paie des réparations, surtout dans ces conditions.

Le problème reste désormais de savoir comment la Commission européenne pourra utiliser ces fonds pour l’Ukraine – manœuvre contre laquelle ont averti à la fois Euroclear et le gouvernement belge, ainsi que le Fonds monétaire international, la Banque centrale européenne et le gouvernement des États-Unis d’Amérique. Dans ce dernier cas, la Commission a été mise en garde qu’une telle mesure illégale aggraverait les relations avec la Russie au moment où le président Donald Trump fait des efforts majeurs pour parvenir à la paix. Le Japon – que la Commission européenne a essayé d’attirer dans le schéma, comme détenteur d’actifs russes – a refusé et a signalé, à son tour, les risques.

Mais la Commission européenne ignore tous ces avertissements. L’obstacle principal immédiat à ses plans reste la Belgique, qui continue de s’opposer à cette mesure considérée non seulement comme illégale, mais absolument catastrophique pour l’avenir financier et géopolitique de l’Europe.

Selon un reportage de Politico, la Belgique a été rejointe désormais par l’Italie, Malte et la Bulgarie, qui, dans un document présenté officiellement à Bruxelles, « invitent la Commission et le Conseil à continuer d’explorer et de discuter des options alternatives pour répondre aux besoins financiers de l’Ukraine, options qui respectent le droit de l’UE et le droit international, dans des paramètres prévisibles et avec des risques beaucoup plus faibles, à partir d’un prêt accordé par l’UE ou de solutions temporaires ».

Un précédent extrêmement dangereux

Comme le dit le Premier ministre hongrois dans le même post, la violation de la règle de l’unanimité constitue un précédent extrêmement dangereux :

« Par la décision d’aujourd’hui, dans l’Union européenne l’État de droit prend fin, et les leaders de l’Europe se placent au-dessus de la loi. Au lieu d’assurer le respect des traités UE, la Commission européenne viole systématiquement le droit européen. Elle fait cela pour continuer la guerre en Ukraine, une guerre qui est clairement impossible à gagner. Tout cela se passe au grand jour, à moins d’une semaine de la réunion du Conseil européen, l’organe décisionnel le plus important de l’Union, qui réunit tous les chefs d’État et de gouvernement. Avec cela, dans l’Union européenne l’État de droit est remplacé par la dictature des bureaucrates. Autrement dit, s’est instaurée la dictature des Bruxellois. »

Les analystes politiques bien connus Alexander Mercouris et Alex Christoforou, discutant la situation sur la plateforme The Duran – sous un titre qui fait aussi allusion aux excès de Jules César : « L’UE franchit le Rubicon » – signalent quelques-uns des risques essentiels causés par ce précédent.

D’abord, commente Mercouris, la Commission européenne a déjà alloué, dans un document qu’elle essaiera d’imposer aux États membres à la réunion du Conseil européen du 18 décembre 2025, la part de dette qui reviendrait à chaque État membre du paquet de 210 milliards d’euros que prépare l’UE pour couvrir les risques associés au détournement des actifs russes. Dans l’allocation de la Commission, à l’Allemagne, par exemple, reviendrait une dette d’environ 52 milliards, et à la Hongrie – qui a voté contre ces manœuvres – environ deux milliards. La Roumanie figure sur la liste avec 4,4 milliards d’euros.

Le plan B, au cas où l’on ne passerait pas outre l’opposition de la Belgique (et, désormais, de l’Italie, Malte et la Bulgarie) concernant la réallocation des actifs russes, est que l’Union européenne émette, par la Commission européenne, un prêt commun des États membres. Cela ne peut se faire sans l’approbation de chaque pays en particulier – pays déjà extrêmement endettés, qui devraient assumer de nouvelles dettes mises sur les épaules de leurs propres citoyens. Mais la Commission a déjà franchi le Rubicon ; tout devient possible.

Dans les deux cas, il s’agit de dettes imposées de force, souligne Mercouris, chose qui ne s’est faite dans l’histoire qu’en situation de guerre. Ce qui n’est pas le cas actuellement. Aucun pays membre de l’UE n’est aujourd’hui en état de guerre. De plus, les États-Unis et la Russie font des efforts de paix en Ukraine – la guerre externe de l’Union européenne dont la Commission se prévaut pour activer l’article 122 du traité (le même article sur lequel elle s’est basée aussi pendant la crise Covid pour conclure ces contrats douteux avec les producteurs de vaccins).

Or, selon tous les indices, ce sont précisément ces tentatives de mettre fin à la guerre en Ukraine qui dérangent profondément les élites de Bruxelles. La « situation d’urgence » sur laquelle se fondent les pouvoirs exorbitants que s’arrogue l’UE est, semble-t-il, le risque de la paix, et non celui d’une guerre.

Deuxièmement, attire l’attention Mercouris, cette imposition de dettes sur les États membres est un saut énorme en avant vers la réalisation de l’ancien plan de Bruxelles de percevoir ses propres taxes – chose qu’elle ferait désormais pour s’assurer du remboursement des prêts. Dans un tel scénario, les citoyens des États membres paieront des taxes non seulement à leur propre État, mais aussi à Bruxelles. Comme dans une fédération – ce que l’UE n’est pas, mais, avec ce précédent, elle s’en approche, formellement ou informellement.

Enfin, rappelle Mercouris, l’Union européenne est une structure bureaucratique créée par des lois, par des traités. Ce n’est pas une union organique ; ce n’est pas un État national. L’UE n’existe que sur la base de traités – c’est un construct juridique auquel les pays ont adhéré dans la forme et avec les conditions exposées dans les instruments ratifiés.

Or, aujourd’hui, Bruxelles viole exactement ces fondements juridiques qui ont permis la création de l’Union européenne, et le fait en promettant non la paix et la prospérité – le « projet européen » qui a convaincu les États membres d’adhérer – mais la guerre. Ce sont des prémisses qui légitiment tout pays membre à reconsidérer son appartenance à un bloc qui ne respecte ni les fondations juridiques, ni les objectifs fondateurs.

Memento mori

Sur ce fond, les inquiétudes concernant l’avenir de l’Union européenne deviennent palpables et les analyses inquiètes se multiplient des deux côtés du différend concernant les initiatives de la Commission.

Euronews, par exemple, a publié ces derniers jours un inventaire de ce que reçoivent et ce que donnent les pays membres, avec la conclusion – qui coïncide, par hasard, avec la prémisse – que, dans tous les cas, être membre de l’UE est, globalement, un gain. Bien qu’on ne nous dise pas ce qui a motivé ce passage détaillé en revue de chiffres datant de 2023, il semble évident que l’article a été publié comme memento, au cas où, dans l’atmosphère de plus en plus chargée, quelqu’un se demanderait : « et pourtant, au final… ? ».

L’article montre que, bien que « l’UE permette aux pays membres de réaliser plus ensemble que ce qu’ils feraient en agissant indépendamment », il existe des pays bénéficiaires nets (pays qui reçoivent plus qu’ils donnent, concentrés à l’est de l’Europe) et des pays contributeurs nets (qui donnent plus qu’ils reçoivent, concentrés à l’ouest et au nord).

Par manque d’espace, je ne reprends pas ici les nombreux tableaux et graphiques qui accompagnent l’analyse d’Euronews, mais l’article est plein d’informations numériques qui méritent d’être consultées – bien que tous les chiffres datent de 2023, donc ils ne reflètent pas les efforts financiers colossaux faits par les pays membres ces deux dernières années ni la régression économique enregistrée depuis 2023 – encore moins les dettes énormes dont les pays membres devront s’alourdir dans la période suivante pour financer la guerre en Ukraine selon les décisions de la Commission.

Mais nous apprenons, par exemple, que, selon la Commission européenne, les quatre plus grands pays contributeurs nets au budget UE ont été, en 2023, l’Allemagne (33,8 milliards d’euros), la France (25,8 milliards), l’Italie (18,8 milliards) et l’Espagne (13,6 milliards).

Le top des bénéficiaires nets est mené par la Pologne (7,1 milliards d’euros), la Roumanie (5,9 milliards d’euros), la Belgique (4,8 milliards), la Hongrie (4,4 milliards) et la Grèce (3,9 milliards).

En termes de sommes propres, les pays qui ont reçu le plus d’argent de l’UE en 2023 sont la France (16,5 milliards), la Pologne (16,5 milliards), l’Allemagne (14 milliards), l’Italie (12,8 milliards) et l’Espagne (12,1 milliards).

Nous trouvons aussi une ventilation par habitant : combien d’euros a donné et, respectivement, reçu, par tête, chaque État membre en 2023. Parmi les bénéficiaires nets, le Luxembourg, par exemple, a reçu 3 769 euros et a donné 688 ; la Roumanie a reçu 454 et a donné 147. La France, d’autre part, a donné 378 et a reçu 242, tandis que l’Allemagne a donné 403 et a reçu 168.

Et si…
En contrepoint, pourrait-on dire, à cet article préventif d’Euronews, The European Conservative publie deux analyses – préventives elles aussi, mais dans le sens contraire – signées par l’économiste Sven R. Larson, avec les titres suivants : « Si le souhait d’Elon Musk se réalisait : Les réalités économiques d’une Europe sans UE » et « L’Europe survivrait-elle sans euro ? ».

Comme il ressort du premier titre, le prétexte des analyses de Larson est donné par le récent échange digital de gifles entre le multimilliardaire Elon Musk et les bureaucrates de l’Union européenne. Le match est de longue date, mais le dernier round a aussi un lien avec l’amende de 120 millions d’euros que l’UE veut appliquer à Musk parce que la plateforme X violerait la loi européenne sur la sécurité et la transparence de l’activité en ligne (Digital Services Act – DSA).

Réagissant – bien que non à l’amende appliquée à sa plateforme, mais à celles appliquées par Bruxelles à la Hongrie parce qu’elle refuse de se soumettre aux politiques d’immigration – Musk a tweeté sur l’ancien Twitter que l’Union européenne devrait être abolie et que les pays membres devraient récupérer leur souveraineté.

Commentaire qui n’aurait pas été si dérangeant – quel que soit Musk – s’il ne s’était pas assorti parfaitement (comme le souligne un article paru dans TechPolicy, plateforme soutenant le DSA et la sanction appliquée par l’UE à Musk) avec la Stratégie de sécurité nationale des États-Unis d’Amérique récemment publiée, qui déplore le « déclin civilisationnel de l’Europe » et les comportements « antidémocratiques » de Bruxelles et annonce l’intention du gouvernement américain de soutenir les « mouvements de résistance » dans les États membres contre la bureaucratie de Bruxelles.

La stratégie américaine a beaucoup dérangé les élites de Bruxelles, mais, semble-t-il, pas les citoyens des États européens. Au contraire ; Politico, autre organe de presse allié de la Commission européenne et qui, par malheur, a pris il y a quelques jours une interview au président Trump, publie les résultats d’un sondage effectué au Canada, aux États-Unis et dans « les trois plus grandes économies européennes » – l’Allemagne, la France et le Royaume-Uni –, dont il ressort que Donald Trump est « le leader politique le plus populaire en Europe ».

Ainsi, 53 % des Allemands, 54 % des Britanniques et 43 % des Français croient que l’élection de Donald Trump à la Maison-Blanche a eu un effet plus significatif pour leur propre pays que l’élection, selon le cas, du chancelier Friedrich Merz, du premier ministre Keir Starmer ou du président Emmanuel Macron.

En même temps, environ 70 % des Allemands, Britanniques et Français sont d’accord avec Trump pour dire que leurs leaders respectifs sont « faibles », et la majorité, dans chacun des trois pays, croit que leurs propres dirigeants devraient s’aligner sur les politiques du président américain.

Les évolutions invitent donc à des questions concernant l’avenir de l’Union européenne. L’économiste Sven R. Larson examine, du point de vue économique, ce qui se passerait – purement théoriquement, juste comme idée, académiquement, comme hypothèse – si la suggestion de Musk devenait réalité. Suggestion révolutionnaire à des temps révolutionnaires – car franchir le Rubicon est, par définition, un acte révolutionnaire : c’est la violation flagrante et pleine de risques – y compris le risque d’opposition, de fracture et d’effondrement – d’un statu quo réglementé.

Cela étant dit, j’inclus ci-dessous les deux analyses de Larson, traduites en français. Le premier article analyse les bénéfices et les pertes des pays membres en cas d’un tel événement ; le second, les effets possibles de la suppression, par voie de conséquence, de la monnaie commune, l’euro.

• Si le souhait de Musk se réalisait : Les réalités économiques d’une Europe sans UE par Sven R. Larson, The European Conservative, 10 décembre 2025.

Quand Elon Musk parle, le monde écoute. Sa dernière pique contre ce qu’il voit comme une Union européenne de plus en plus totalitaire appelle ni plus ni moins à la dissolution de cette structure supranationale. Cette simple déclaration a causé un tsunami de réactions dans l’univers médiatique. Ce qui est intéressant, c’est que les articles qui ont émergé manquent complètement l’idée principale du message de Musk, à savoir son souhait que l’UE, la plus grande bureaucratie supranationale du monde, se dissolve.

Plutôt, les critiques ont caractérisé le commentaire sur la dissolution de l’UE comme une réaction enfantine à l’amende imposée à la plateforme X.

Voici ce que dit CNBC :

« Elon Musk appelle à l’abolition de l’Union européenne après que le bloc ait amendé sa compagnie de médias sociaux, X, de 120 millions d’euros (140 millions de dollars) pour le signe bleu « trompeur » et pour le manque de transparence du répertoire de publicités. »

Ou EuroWeekly :

« Elon Musk fait à nouveau les gros titres en Europe – et pas pour des raisons qui plaisent à Bruxelles. À seulement quelques jours de l’amende de 120 millions d’euros appliquée par l’Union européenne à la plateforme X (anciennement Twitter) en vertu du Digital Services Act (DSA), le patron milliardaire des compagnies SpaceX et Tesla est passé à l’offensive, appelant ni plus ni moins à l’abolition de l’UE. »

Ou New York Post :

« Elon Musk appelle à l’abolition de l’Union européenne après que sa plateforme de médias sociaux, X, ait été amendée d’environ 140 millions de dollars pour violation des règles de sécurité, mesure que Musk rejette comme « bulls**t ». »

Ou la plateforme de nouvelles financières SeekingAlpha :

« La Commission européenne a déclaré jeudi que X a violé les obligations de transparence imposées par le Digital Services Act (DSA), y compris par l’utilisation du « coche bleu » qui induit en erreur les utilisateurs…

« L’UE devrait être abolie et la souveraineté revenir à chaque pays, afin que les gouvernements représentent mieux leurs propres peuples » a dit Musk samedi sur son compte X. »

Comme il ressort du post original d’Elon Musk sur X, le commentaire sur l’UE n’est pas venu en réplique à l’amende appliquée à la plateforme X. La remarque a été faite dans le contexte de la critique adressée par un autre utilisateur X à une autre amende appliquée par l’UE, à savoir l’amende infligée à la Hongrie parce qu’elle refuse d’accueillir des immigrés hors union.

Autrement dit, la cible de Musk n’était pas la manière dont l’UE a appliqué le Digital Services Act. Son commentaire se référait à la pratique déjà bien établie et extrêmement problématique de l’eurocratie de Bruxelles d’étouffer toute opposition venant des États membres à diverses politiques.

Ces pratiques abusives de l’UE ont attiré de plus en plus l’attention ces derniers temps, mais elles ne sont pas nouvelles. Un seul exemple : comme les Grecs l’ont senti avec le fer et le feu sur leur propre peau, l’UE a attaqué fiscalement la Grèce il y a 15 ans, et les gens en souffrent encore les conséquences. La menace d’application de mesures tout aussi sévères en vertu du Pacte de stabilité et de croissance de l’UE [Stability and Growth Pact, SGP] plane encore aujourd’hui sur la tête des États membres endettés.

Les règles fiscales sont cependant seulement une des méthodes par lesquelles l’UE exerce un pouvoir économique illégitime sur les États membres. Deux autres exemples seraient les fonds de l’UE, qui sont de plus en plus utilisés comme arme contre les États membres, et les vastes ambitions de Bruxelles de collecter ses propres taxes.

Face à la suggestion simple et claire de Musk, ces exemples d’abus de pouvoir posent la question : à quoi ressemblerait l’économie européenne si l’Union européenne se dissolvait ?

Aussi révolutionnaire que soit cette question, elle est en fait pertinente si l’on pense à la vision fondatrice de l’UE. Dans les années quatre-vingt, quand ont été faits les plans de passer des Communautés européennes à l’Union européenne, la vision était basée sur les quatre libertés qui devaient ouvrir toute l’Europe en une unique économie de marché libre. La force de travail, les biens, les services et les capitaux devaient bénéficier d’une libre circulation au-delà des frontières des États membres.

Aujourd’hui, cependant, l’UE ne ressemble en rien à cela. Dès 1992, avec le traité de Maastricht, l’UE a commencé à prendre des formes beaucoup plus intrusives – surtout en termes économiques – que ce que permettait cette idée initiale des quatre libertés. Peut-être la violation la plus scandaleuse de cette idée a été le Pacte de stabilité et de croissance (SGP), qui a obtenu un statut constitutionnel dans le traité et a donné à l’UE des pouvoirs fiscaux qui ne se justifiaient ni par un désir d’améliorer l’économie européenne, ni par les résultats d’une recherche inspirée par les plans de l’UE.

Si l’UE cessait demain d’exister, il se passerait beaucoup de bonnes choses dans l’économie européenne. Pour commencer, il n’y aurait plus la menace d’une intervention d’une structure supranationale aux airs de seigneur féodal dans les affaires fiscales des États membres. Le déficit budgétaire n’est pas une bonne chose, surtout s’il devient structurel, mais la voie de chaque État membre vers l’équilibre fiscal ne peut être dictée par la bureaucratie fiscale rigide de Bruxelles. La seule recette que cette bureaucratie a pour de telles interventions est d’exiger l’imposition de politiques d’austérité simplistes, qui résolvent le déficit budgétaire sur le moment, mais causent des problèmes encore plus grands à l’avenir.

La libération fiscale des États membres des rigueurs de l’UE signifierait que chaque pays pourrait ajuster ses taxes et ses dépenses budgétaires en fonction de sa propre réalité macroéconomique et politique. Cela apporterait une dynamique nouvelle et positive dans chaque État, surtout dans ceux qui rencontrent des difficultés à maintenir des gouvernements de coalition confrontés à des problèmes fiscaux (Belgique, France, Allemagne, Pays-Bas, Suède).

Bien que, plus récemment, l’UE ait essayé d’accommoder les circonstances particulières de certains États dans l’application du SGP, la mesure ne signifie qu’une seule chose : Bruxelles retarde seulement l’application stricte du pacte budgétaire.

Comme le démontrent les turbulences politiques qui ont saisi le continent, les mesures de ce genre ne produisent aucune différence significative ; la menace d’une intervention UE reste aussi majeure et réelle. Seule une abolition de l’UE éliminerait la menace d’interventions d’austérité.

L’abolition de l’UE éliminerait aussi la charge des paiements imposés par l’UE, qui est en croissance continue. Les États membres garderaient l’intégralité des revenus fiscaux pour leurs propres objectifs ; l’arrêt des paiements générés par la qualité de membre apporterait des améliorations, plus ou moins grandes, dans la situation des différents pays.

Mais que se passerait-il avec les fonds que l’UE alloue aux États membres ? Bien sûr qu’ils disparaîtraient, seulement l’impact de cela ne serait pas aussi grand que certains l’imaginent, vu que l’UE se présente comme grand bienfaiteur des États membres. Le premier tableau présente le solde net entre les contributions à l’UE et les sommes reçues de l’UE par chacun des 27 pays membres.

Pour les pays qui contribuent plus qu’ils reçoivent, l’abolition de l’UE apporterait un gain net dans les poches de leurs propres gouvernements ; nous voyons ce gain dans les chiffres en noir dans la colonne centrale du tableau.


Les pays qui reçoivent plus qu’ils contribuent subiraient une perte nette de la dissolution de l’UE, marquée en rouge dans le tableau.

La colonne de droite rend la perte ou le gain net en pourcentages du revenu total du gouvernement dans chaque État.

Les pays qui auraient le plus à perdre de la dissolution de l’UE auraient à affronter un ajustement fiscal non négligeable. Mais, si nous divisons entre dépenses et revenus, même les cas les plus graves – Lettonie et Croatie – arrivent à seulement 3 à 3,2 % de compensation sur chaque aspect du budget. Et, comme aucun de ces pays n’aurait plus à supporter les rigueurs fiscales imposées par l’UE et bénéficierait de la libération générale des règles et réglementations de l’UE, qui étouffent la liberté du commerce et des marchés, l’arrêt des fonds de l’UE et des contributions à l’UE représenterait un problème fiscal marginal même pour les 10 premiers pays de la liste présentée dans le tableau.

Globalement, si l’UE se dissolvait demain, les États membres s’en porteraient significativement mieux du point de vue des finances publiques. Et la récupération de la capacité de faire des politiques sans regarder constamment par-dessus l’épaule vers Bruxelles contribuerait majoritairement au renouvellement du dynamisme économique. Ce qui, à son tour, générerait de la croissance, réduirait le déséquilibre fiscal et renforcerait les économies des États membres – surtout celles qui, en ce moment, dépendent le plus de l’UE.

Il y a cependant un éléphant dans la pièce, et il n’a pas été mentionné jusqu’à présent : la monnaie euro. L’euro survivrait-il ou non à la dissolution de l’UE ? La réponse à cette question n’est pas du tout claire, et le problème est trop complexe pour être traité en quelques mots. Il faudrait une incursion profonde dans la littérature académique sur des sujets comme la « zone monétaire optimale » et la théorie des banques centrales.

Mais, cela étant dit, l’analyse présentée ici reste valable, indépendamment du fait que l’euro survivrait ou non à la disparition de l’UE. La question est quelles autres conséquences supplémentaires – bonnes ou mauvaises – subiraient les pays membres si l’euro se dissolvait aussi et que chacun revenait à sa monnaie nationale.

L’Europe survivrait-elle sans euro ?


par Sven R. Larson, 
The European Conservative, 
12 décembre 2025

L’idée d’une unique monnaie pour toute l’Europe est ancienne, mais elle a commencé à prendre forme dans les années quatre-vingt. Au fur et à mesure que les Communautés européennes ont été formellement remplacées par l’Union européenne dans les années quatre-vingt-dix, la monnaie commune est devenue aussi une réalité. Émise pour la première fois au passage entre les millénaires, l’euro est une réalité monétaire depuis un quart de siècle.

Entre-temps, l’union monétaire s’est étendue et ajoute de nouveaux membres – la Croatie est devenue pays euro en 2023 ; suit la Bulgarie en janvier 2026 – ainsi analyser si l’Europe ferait face à la dissolution de cette union monétaire peut sembler un effort périphérique, si ce n’est une perte totale de temps. Après tout, s’il existe encore des pays qui veulent devenir membres de l’union monétaire, quel sens a-t-il de se demander ce qui se passerait si celle-ci se dissolvait ?

Mais la question sur l’avenir de la monnaie euro est motivée, d’une part, par le fait que les performances économiques de l’Europe sont perpétuellement mauvaises, alors que, dans les années quatre-vingt-dix, la monnaie commune leur avait été présentée comme facteur catalisateur de la croissance et de la prospérité.

D’autre part, la question « et si l’euro n’existait plus » naît de ce commentaire audacieux d’Elon Musk, qui suggérait récemment sur X que l’Union européenne devrait se dissoudre.

J’ai donc décidé, comme expérience intellectuelle, de prendre pour bonne la suggestion de Musk et d’examiner les conséquences de la dissolution de l’UE, en me concentrant exclusivement sur la dimension économique ; je suis arrivé à la conclusion que, si l’UE disparaissait demain, l’Europe aurait un avenir économique meilleur que si elle restait sous le poing lourd de la bureaucratie de Bruxelles (voir le premier article de Larson.)

Dans cette analyse, j’ai cependant laissé sans réponse une question : la dissolution de la zone euro apporterait-elle des bénéfices à l’économie européenne ?

Pour répondre à cette question, il faut une incursion dans la littérature de spécialité, en particulier dans les études qui ont pour objet les soi-disant « zones monétaires optimales ». Le concept a été longuement étudié, à partir du travail classique de Robert Mundell, « A Theory of Optimum Currency Areas » (The American Economic Review, septembre 1961). Mundell a reçu le Prix Nobel d’économie pour avoir fondé cette nouvelle et vibrante aire de recherche.

Au moment de l’apparition du concept d’« euro », ses promoteurs soutenaient que la zone monétaire serait en effet optimale. Le principe original qui était à la base de l’UE était en soi un résumé-slogan d’une zone monétaire optimale : l’union allait promouvoir quatre libertés – la libre circulation de la force de travail, des capitaux, des biens et des services.

Si ces quatre libertés étaient complètement implémentées, l’UE aurait créé la première zone monétaire optimale synthétique du monde. Je dis « synthétique » parce que celle-ci n’est pas apparue de manière organique, de la formation graduelle de l’État national et de l’apparition naturelle du besoin d’une monnaie commune sur le territoire de cet État, ni d’une intégration économique graduelle au cours d’une étape historique de pays séparés. La zone euro allait être – et est en fait – le résultat d’un diktat législatif, un processus extrêmement accéléré de transition de la monnaie nationale à l’euro.

Malgré sa nature synthétique, la zone optimale euro allait contribuer massivement à l’économie européenne ; elle allait pousser le continent vers le sommet des performances économiques et financières au niveau global.

Mais ce n’est pas ce qui s’est passé. Pourquoi ?

La raison est aussi tragique que symptomatique de ce qu’est devenue l’Union européenne. Au lieu de construire les fondations d’une économie libre et intégrée sur tout le continent, l’UE est devenue une superstructure qui impose ses idées aux pays membres. En conséquence, la zone euro est devenue un facteur catalisateur de la stagnation économique, et non du succès économique.

Au début des années quatre-vingt-dix, quand l’euro passait du concept à la réalité, les recherches sur son potentiel arrivaient à des conclusions très claires : la zone euro n’allait pas être une zone monétaire optimale. Si l’UE voulait créer une telle zone, son appareil politique devait se concentrer dès le début sur l’obtention de ce statut optimal.

Toutes les recherches dans le domaine s’accordent sur ce point : l’Europe devait s’assurer que les marchés des facteurs de production – c’est-à-dire les marchés de la force de travail et du capital – étaient complètement intégrés. Voici quelques exemples.

Dans « Currency Competition and European Monetary Integration » (The Economic Journal, septembre 1990), Roland Vaubel expliquait que, sans une intégration correcte des marchés du travail et du capital, la zone euro ne pourrait jamais être une zone monétaire optimale. Et, comme zone sub-optimale (bien que Vaubel n’utilise pas ce terme), elle permettrait une grande volatilité des prix. Comme les prix ne sont pas suffisamment flexibles pour permettre une telle volatilité, la seule alternative restante est que, dans certains pays, l’activité économique soit étouffée tandis que d’autres pays prospèrent – ce qui, à nouveau, signifie instabilité macroéconomique.

Et exactement cela s’est passé. La crise qui a saisi la Grèce, l’Italie, l’Espagne et d’autres pays il y a 15 ans a été un exemple d’affiche de l’instabilité macroéconomique d’une zone monétaire sub-optimale.

Dans un article intitulé « Is Europe an Optimum Currency Area? Symmetric versus Asymmetric Shocks in the EC », paru dans le numéro de mai 1993 de National Institute Economic Review, Guglielmo Caporale confirmait une grande partie de l’analyse de Roland Vaubel.

Quand les pays ont leur propre monnaie, ils peuvent ajuster les différences dans le cycle des affaires avec les fluctuations du taux de change. Si la Pologne traverse une récession mais que l’Allemagne connaît une période de croissance, le zloty polonais devient plus faible par rapport au mark allemand (s’il n’y a pas d’euro), jusqu’à ce que le taux de change donne à l’économie polonaise un impulsion suffisante pour « rattraper » l’économie allemande.

Les économistes, qui aiment utiliser des termes compliqués pour les choses les plus simples, appellent ces différences dans le cycle des affaires « chocs macroéconomiques asymétriques ». Caporale explique que les « récessions asymétriques » – c’est-à-dire spécifiques à un pays particulier – ne pourront pas être tenues sous contrôle par les modifications du taux de change quand il existe une monnaie commune. Au contraire, ce qui se passera dans ce cas est que la récession s’étendra à d’autres pays de la zone monétaire commune – la zone euro, dans notre cas.

Selon Caporale, cette conséquence pouvait être évitée si le marché du travail européen était suffisamment intégré. Sinon, explique-t-il (p. 95), « les chocs asymétriques résultent en coûts élevés d’ajustement, en termes d’augmentation du chômage et de réduction de la production ».

Caporale écrivait cela en 1993. Il prédisait, avec une précision qui donne des frissons, le sort qui a menacé en fait la zone euro dès sa création. À la même conclusion-prédiction sont arrivés aussi Giorgio Karras (« Is Europe an Optimum Currency Area ? » Journal of Economic Integration, septembre 1996) et Christian Schmidt (Real Convergence in the European Union: An Empirical Analysis, Peter Lang AG, 1997).

Autrement dit, ce n’est pas comme si l’Union européenne n’avait pas reçu d’innombrables avertissements de ne pas aller plus loin avec la zone euro si elle n’avait pas un plan majeur d’implémentation des quatre libertés de circulation de la force de travail, des capitaux, des biens et des services.

Sautant maintenant à l’an 2004, Stephen Silvia (« Is the Euro Working? The Euro and European Labour Markets », Journal of Public Policy, mai-août 2004) constatait que, après plus d’une décennie où elle aurait pu faire les ajustements nécessaires à une zone monétaire optimale, l’UE n’avait enregistré aucun progrès de ce genre au moment où elle émettait formellement la monnaie euro. Conclusion confirmée aussi par Paul Krugman dans son article de 2013 « Revenge of the Optimum Currency Area », paru dans NBER Macroeconomics Annual.

Au lieu d’intégrer l’économie européenne, l’UE s’est préoccupée d’intégrer la politique fiscale : elle s’est assurée que tous les pays, surtout ceux de la zone euro, sont alignés sur le Pacte de croissance et de stabilité (SGP). Cet aspect de la constitution UE dicte que les pays membres ne peuvent pas dépasser le seuil de déficit budgétaire de 3 % du PIB et de 60 % du PIB pour la dette publique.

L’implémentation et la mise en exécution du SGP sont devenues l’instrument utilisé par l’UE pour « harmoniser » les économies de la zone euro. Dans une évaluation de la zone euro intitulée « Optimal Payment Areas or Optimal Currency Areas ? » (AEA Papers and Proceedings, mai 2018), les économistes Patrick Bolton et Haizhou Huang de l’Université Columbia démontrent que, au lieu d’optimiser l’intégration économique, la seule solution pour sauver la zone monétaire commune sera l’élimination des soi-disant asymétries fiscales.

En bref, la seule solution est de punir l’excès de dettes et de déficit jusqu’à ce que chaque gouvernement de la zone euro ait comme préoccupation exclusive l’équilibrage du budget.

Initialement, cette préoccupation a conduit à l’exacerbation des soi-disant chocs asymétriques, à des différences énormes en matière de chômage et à des écarts énormes dans la formation des capitaux. La seule raison pour laquelle ces différences structurelles n’ont pas fracturé jusqu’à présent la zone euro est que, avec le temps le SGP a étouffé l’activité économique dans les pays les plus forts de la zone euro. Cet effet a été suffisamment fort pour tirer vers le bas toute la zone monétaire, l’amenant en état de stagnation économique.

En bref : la seule raison pour laquelle la zone euro a survécu 25 ans est que les gouvernements ont concurrencé les uns les autres dans cette course vers zéro, vers la stagnation économique. Sans croissance, il n’y a pas de différences qui nécessitent le fonctionnement plein des quatre libertés promises par l’UE ; quand tout le continent souffre de taux élevés de chômage, une flexibilité du marché du travail n’est plus nécessaire.

Maintenant : que nous dit cette revue des recherches économiques sur le sort de l’économie européenne au cas où l’euro disparaîtrait demain ? La réponse est courte et simple : un retour aux monnaies nationales avec un taux de change flexible permettra aux 20 économies de la zone euro de croître et d’évoluer chacune comme elle le souhaite. Il y aurait une stabilité des prix ; un nouveau choc inflationniste comme celui d’il y a deux ans serait tenu sous contrôle par la flexibilité du taux de change. Puisque l’hypothèse de la disparition de la monnaie euro et de la zone euro a à la base l’hypothèse de la dissolution de l’UE, il n’y aurait plus personne pour imposer le respect du SGP. Ce qui permettrait aux gouvernements des pays européens de conduire leur politique fiscale conformément aux besoins et objectifs nationaux propres. Certains pays enregistreraient un déficit plus grand, d’autres obtiendraient un surplus budgétaire ; les différences seraient résolues par les mécanismes du taux de change.

Avec le temps cependant, les différences macroéconomiques entre pays deviendraient en grande partie insignifiantes. Cela se passe quand les pays font du commerce et ont un flux libre du capital. L’ironie est que ce type d’intégration économique organique amènerait l’Europe plus près de remplir les critères d’une zone monétaire optimale que ne l’a jamais fait l’enrégimentement dans la zone euro.

En conclusion : si jamais on en arrivait là, l’Europe n’aurait pas à craindre ni la disparition de l’UE, ni la disparition de l’euro.
Article publié initialement sur le site Mea Sponte.

Source



mercredi 31 décembre 2025

Un tribunal en France reconnaît que dénoncer le sionisme n’est pas antisémite !



Le mercredi 17 septembre 2025, Mme « Z » a comparu devant le Tribunal Correctionnel de Clermont Ferrand pour « provocation à la haine et à la violence à l’égard d’une personne ou d’un groupe de personnes en raison de leur origine ou de leur appartenance ou de non-appartenance à une ethnie, une race ou une religion déterminée » en l’espèce la population juive, en créant le compte Instagram « Collectif Intifada – de la Mer au Jourdain – Palestine libre pour y diffuser le communiqué (…) comportant notamment les propos suivants : « le Collectif Intifada affirme son soutien inconditionnel (…) à la Résistance Palestinienne sous toutes ses formes nécessaires et légitimes (y compris armée) (…) », « nous encourageons des actions (…) de lutte contre les institutions et infrastructure locales soutenant le régime sioniste. »

L‘UJFP a soutenu « Z » lors de l’audience : deux militant-e ont témoigné lors de l’audience, et deux autres ont transmis leur témoignage.

Les avocats de Z, Maîtres Clémence Marcelot, Jean-Louis Borie et Elsa Marcel, ont montré que rien ne prouvait que Z fût l’auteur de ce qui lui était reproché.

Ce passage du verdict a particulièrement retenu notre attention :

En l’espèce, il est fait grief à Z d’avoir, par les propos litigieux etnotamment « le Collectif Intifada affirme son soutien inconditionnel à la Résistance Palestinienne, sous toutes ses formes nécessaires et légitimes (y compris armée) (…) «nous encourageons des actions (…) de lutte contre les institutions et infrastructures locales soutenant le régime sioniste », diffusés via un compte Instagram, provoqué à la haine et à la violence à l’égard d’un groupe de personnes en raison de sus appartenance à le population juive.
Il convient de relever que les propos litigieux s’inscrivent dans le contexte d’une action militante en faveur de la cause palestinienne et dans un débat d’intérêt général contemporain. Ces propos pourraient être répréhensibles s’ils incitaient à des actes violents ou provoquaient la haine à l’égard de la population juive.

Or, la référence à Israël ou au sionisme, défini comme un mouvement politique et religieux visant à l’établissement puis à la consolidation d’un état juif en Palestine, ne peut, à elle seule, être interprétée comme visant la communauté juive dans son ensemble. Le communiqué critique ouvertement la politique d’Israël et le sionisme, ainsi que leurs conséquences sur le peuple palestinien, sans jamais viser la minorité juive ni la considérer comme responsable des exactions qu’il dénonce ou de l’état de colonisation contre lequel il appelle à lutter.

Par ailleurs, comme le soulève à juste titre la prévenue, la référence à la résistance sous toutes ses formes nécessaires et légitimes, y compris armée, fait écho è la résolution des Nations Unies n° 37/43 du 03 décembre 1982, sur l’importance, pour la garantie et l’observation effectives des droits de l’homme, de la réalisation universelle du droit des peuples à l’autodétermination et de l’octroi rapide de l’indépendance aux pays et aux peuples coloniaux. Celle-ci dispose en effet : « (…) Considérant que le déni des droits inaliénables du peuple palestinien à l’autodétermination, à la souveraineté, à l’indépendance et au retour en Palestine et les agressions répétées d’Israël contre les peuples de la région constituent une grave menace à la paix et à la sécurité internationales (…). 2. Réaffirme la légitimité de la lutte des peuples pour leur indépendance, leur intégrité territoriale et leur unité nationale et pour se libérer de la domination coloniale et étrangère et de l’occupation étrangère par tous les moyens à leur disposition, y compris la lutte armée ; 3. Réaffirme le droit inaliénable du peuple namibien, du peuple palestinien et de tous les peuples sous domination étrangère et coloniale à l’autodétermination, à l’indépendance nationale, à l’intégrité territoriale, à l’unité nationale et à la souveraineté sans ingérence étrangère (…) 12. Condamne énergiquement (…) le déni au peuple palestinien de ses droits national« inaliénables ;

Le tribunal poursuit :

« La loi pénale étant d’interprétation stricte, la culpabilité de Z ne peut reposer sur une interprétation subjective des propos litigieux ou sur une confusion entre l’antisionisme et l’antisémitisme, qui reviendrait à exclure toute possibilité d’expression dans le débat public d’intérêt général. »

« Au regard de ces éléments, le tribunal estime que Z n’a pas outrepassé les limites de son droit à la liberté d’expression. Elle sera donc relaxée des fins de la poursuite. »

Ainsi ce jugement reconnait que l’antisionisme ne s’identifie pas à l’antisémitisme.

Nous espérons qu’il fera jurisprudence !

La Coordination nationale de l’UJFP, le 12 décembre 2025

Les "antisémites de l'année" 2025


par Elis Gjevori


Un groupe de pression américain pro-israélien a désigné le commentateur politique et journaliste Tucker Carlson comme «Antisémite de l’année», en raison de son opposition au génocide perpétré par Israël à Gaza.

StopAntisemitism a annoncé cette désignation dimanche, accusant Carlson d’hostilité envers Israël. Il lui reproche notamment d’avoir utilisé son podcast et ses interventions médiatiques pour critiquer la guerre et l’influence politique des groupes de pression pro-israéliens à Washington.

Carlson, dont la plateforme en ligne touche des millions de personnes, est devenu l’une des voix de droite les plus influentes dénonçant l’emprise d’Israël sur la politique américaine, en particulier depuis le début de la guerre contre Gaza le 7 octobre 2023.

Il a notamment pris pour cible l’American Israel Public Affairs Committee (AIPAC), qualifiant son influence de «rituel d’humiliation permanent» pour les parlementaires américains et le pays, et a averti que les États-Unis étaient complices de la guerre menée par Israël.

Il a également accusé le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou, recherché par la Cour pénale internationale pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité à Gaza, de se vanter ouvertement de son influence sur les dirigeants américains.

«[Netanyahou] parcourt le Moyen-Orient, sa région et son propre pays, c’est un fait, et il déclare sans ambages : «Je contrôle les États-Unis. Je contrôle Donald Trump»», a déclaré Carlson en septembre lors d’un entretien avec le journaliste Glenn Greenwald.

Carlson a par ailleurs critiqué le sionisme chrétien, le décrivant comme une force majeure expliquant le soutien inconditionnel des États-Unis à Israël.

«La plus grande menace pour le christianisme dans ce pays [les États-Unis] est le sionisme chrétien», a-t-il affirmé, accusant ses partisans de considérer la fondation et la domination militaire d’Israël comme un mandat biblique.

«Ce ne sont pas des chrétiens ; ce sont des hérétiques», a-t-il ajouté.
Punir les critiques d’Israël

StopAntisemitism affirme que Carlson a pris pour cible Ben Shapiro, commentateur pro-israélien de renom, lui reprochant de privilégier Israël alors que les États-Unis font face à des crises internes de plus en plus graves.

Steve Bannon, ancien stratège de la Maison-Blanche sous la présidence de Donald Trump et resté un allié proche, a vivement critiqué Shapiro ce week-end lors d’une importante convention conservatrice.

«Ben Shapiro est comme un cancer, et ce cancer se propage», a déclaré Bannon sous les acclamations de la foule, le qualifiant de commentateur politique «Israël d’abord».

Tucker Carlson rend visite aux réfugiés de Gaza et accuse Israël de meurtre d’enfants

Liora Reznichenko, directrice exécutive de StopAntisemitism, a clairement exposé sa stratégie contre les critiques d’Israël.

S’exprimant lors d’une conférence du Jerusalem Post au Capitole en décembre, elle a affirmé que punir les critiques d’Israël était un moyen efficace de lutter contre l’antisémitisme.

«Les résultats parlent d’eux-mêmes», a-t-elle déclaré. «Nous vous mettrons en lumière et, grâce à Google et au référencement, cette lumière vous poursuivra toute votre vie».

«Que vous cherchiez un emploi, un conjoint, une nounou, ou quoi que ce soit d’autre, notre travail sera toujours documenté», a-t-elle ajouté.

Reznichenko a revendiqué la responsabilité d’au moins 400 pertes d’emploi suite aux campagnes en ligne du groupe, qui ont ciblé des universitaires, des militants et des personnalités médiatiques.

Rachel Griffin Accurso, "Femme de l'année" 2025.


Parmi les personnes visées par Reznichenko figure Rachel Griffin Accurso, éducatrice pour enfants, connue de millions de personnes sous le nom de Mme Rachel. Le groupe l’a accusée d’antisémitisme après qu’elle a partagé des contenus mettant en évidence les souffrances des enfants palestiniens sous les bombardements et le blocus de Gaza par Israël.

Israël a tué au moins 20 000 enfants à Gaza, et l’enclave assiégée compte le plus grand nombre d’enfants amputés par habitant, selon le Comité international de secours.

L’organisation StopAntisemitism a attaqué à plusieurs reprises Accurso pour avoir publié des images d’enfants affamés et d’amputés auprès de ses plus de 20 millions d’abonnés. Elle a même exhorté la procureure générale des États-Unis, Pam Bondi, à enquêter sur elle pour des allégations de financement étranger, sans présenter la moindre preuve.

À l’inverse, le magazine Glamour a nommé Accurso parmi ses «Femmes de l’année» 2025 pour son travail dans le domaine de l’éducation préscolaire et son plaidoyer en faveur des enfants touchés par la guerre dans le monde.

Source : VT Foreign Policy via Marie-Claire Tellier Via RI.


mardi 30 décembre 2025

2025, Trump reçoit le prix de la paix de la FIFA

 


La farce de l'année.




"Nous étions libres"


« Je n’ai jamais connu un monde aussi invivable, aussi destructeur, aussi violent, avec un tel manque de liberté, que celui d’aujourd’hui. J’ai vécu des années absolument magnifiques. Nous étions libres. On pouvait s’amuser, vivre sans être toujours poursuivis par des caméras, des lois, des arrêtés préfectoraux », Brigitte Bardot (1934-2025) au Figaro pendant le confinement du Covid.


La Une du « Figaro » du 29 décembre 2025, au lendemain de la mort de Brigitte Bardot.

*******


Nous sommes asservis 


Au nom de l'Europe, film de Camille Adam


"Très très intéressant document, écrit Etienne Chouard, formidable aide-mémoire sur la vraie raison d'être de la prétendue "union européenne" (que je considère pour ma part depuis longtemps comme un projet fasciste, au sens strict et historique du terme : fusion de l'État et des grandes entreprises) : antisociale et antidémocratique. 

Il faut écouter cette enquête (de Camille Adam) le crayon à la main, c'est un (immense) travail, fourmillant de faits décisifs à ne jamais oublier, un travail d'intérêt général."


"Je lance aujourd’hui une bouteille à la mer sur ce réseau. Cela fait 4 mois que mon documentaire « Au nom de l’Europe » est sorti et bien que son nombre de vues soit assez honorable pour sa durée et la nouveauté de la chaine, je ne peux cacher ma déception. Le film, fruit de trois années d'enquête et de documentation, est disponible gratuitement et a été intégralement financé par mes économies personnelles.

Seuls Arnaud Montebourg, Souveraine Tech et Gilles Raveaud
et quelques autres membres de ce réseau (X-Twitter) ont relayé le film et pour cela je leur suis reconnaissant infiniment.

Pourtant, l’actualité ne cesse de rappeler à quelle point la question européenne écrase nos existences et notre destin : endettement de la France, crise budgétaire, procédure de déficit excessif, affaire du Doliprane vendu aux américains, ratification de l’accord Mercosur, nombre de faillites record, réforme perpétuelle de l’assurance-chômage, hausse des prix de l’électricité. Tout cela quasiment en près d’un mois, ce ne sont pas les exemples qui manquent.

Le film appuyé par un grand nombre d’archives et d’interviews, notamment d’anciens ministres français et allemand, retrace les 40 dernières années de construction européenne et les démantèlements successifs des outils de souveraineté de la France face au marché qui s’en sont suivis.

Le film revient sur la guerre menée par la Commission européenne contre nos services publics, la libéralisation des mouvements de capitaux ayant permis le rachat de nos fleurons nationaux, la généralisation des accords de libre-échange, le rôle de l’euro dans la désindustrialisation… autant d’évènements où la France, ou plutôt ses dirigeants, n’a pas été que victime mais le plus souvent actrice de son propre asservissement.

Je ne suis évidemment pas objectif en disant cela mais je pense pourtant que ce documentaire a le potentiel de vulgariser considérablement le débat sur la question européenne pour nombre de nos concitoyens, et ce, loin des mythes et des slogans. Rien que des faits pour un débat sérieux, pour un consentement libre et éclairé sur ce que nous sommes prêts à accepter au nom de l’Europe."

*******

Le film se trouve sur YouTube :

Affiches pour l’olivier de l’exil




Du 15 au 30 janvier 2026, la P21 Gallery à Londres accueille Posters to the Olive Tree of Exile ("Affiches pour l’olivier de l’exil"), une exposition personnelle de l’artiste turc Yusuf Aygeç. À travers une série de dessins d’une grande sobriété formelle, l’artiste inscrit son travail dans une démarche de mémoire, de témoignage et de résistance, en écho direct à la destruction de Gaza depuis octobre 2023, largement qualifiée par des organisations internationales de défense des droits humains comme étant de nature génocidaire.

Un art du témoignage contre l’effacement

Sous le commissariat de Samed Karagöz, l’exposition met en lumière la capacité de l’art à préserver la mémoire et à témoigner, en particulier dans le contexte des attaques incessantes menées par Israël contre Gaza depuis octobre 2023. Cette destruction, décrite par de nombreux acteurs internationaux comme un crime contre l’humanité, constitue le cadre politique et moral dans lequel s’inscrit le travail de Yusuf Aygeç.

L’artiste ne cherche pas à représenter frontalement la violence. Ses œuvres n’illustrent ni les bombardements ni les ruines spectaculaires. Elles donnent à voir ce que la guerre laisse dans les corps et les esprits : le deuil, l’exil, la perte, mais aussi une forme de résistance silencieuse. Le dessin devient ici un espace de retenue, presque de recueillement, face à un monde saturé d’images brutales.

L’olivier de l’exil, symbole central

Chaque œuvre de Posters to the Olive Tree of Exile se présente comme une lettre adressée à l’olivier, symbole profondément ancré dans l’histoire de la Palestine et du bassin méditerranéen. Arbre de la terre, de la continuité et de l’enracinement, l’olivier incarne aussi la dépossession, l’arrachement et l’exil lorsqu’il est détruit ou abandonné.

Chez Aygeç, ce symbole structure l’ensemble de l’exposition. Le trait, fragile mais précis, agit comme un lien entre mémoire individuelle et mémoire collective. L’exposition se construit ainsi comme une archive visuelle contre l’oubli, rappelant que l’effacement de la mémoire est aussi un instrument politique.
Gaza, mémoire empêchée et résistance esthétique

Depuis octobre 2023, Gaza a connu la destruction de quartiers entiers, le déplacement massif de populations civiles et le ciblage systématique d’infrastructures vitales. Face à cette réalité, l’exposition ne se contente pas de proposer une lecture esthétique. Elle interroge la manière dont l’histoire est écrite, racontée ou volontairement effacée.

Les dessins de Yusuf Aygeç rendent visibles les répercussions psychologiques et émotionnelles de cette violence. Ils s’opposent à la normalisation du désastre et rappellent que se souvenir devient, dans certains contextes, un acte de résistance. L’art ne se substitue pas au politique, mais il refuse de se taire lorsque le silence devient complice.

Mahmoud Darwich, la poésie comme fil de mémoire

L’exposition dialogue également avec l’œuvre du poète palestinien Mahmoud Darwich. Plusieurs dessins font écho à ses vers, qui traversent l’espace de la galerie comme un souffle discret. Cette présence poétique ne relève pas de l’illustration, mais d’une continuité symbolique.

Les mots de Darwich et les images d’Aygeç se répondent pour construire une mémoire partagée de l’exil, de la terre perdue et de l’attachement irréductible à ce qui demeure. La poésie devient ainsi une autre forme d’archive, aussi essentielle que le dessin pour lutter contre l’effacement.

Une exposition au moment décisif

Les organisateurs estiment que cette exposition revêt une importance particulière, tant par son contenu que par son calendrier. Dans un contexte international marqué par l’épuisement des récits humanitaires et la banalisation de la violence à Gaza, Posters to the Olive Tree of Exile rappelle que l’art peut encore être un espace de conscience, de mémoire et de responsabilité.

Yusuf Aygeç et Samed Karagöz

Né en 1989 à Istanbul, Yusuf Aygeç est diplômé du département de peinture de la faculté des beaux-arts de l’université de Marmara. Son travail se concentre sur les notions de mémoire, d’espace et d’identité. Il a présenté des expositions personnelles à la C.A.M Gallery et à la Merkur Gallery, et participé à des événements internationaux tels que Contemporary Istanbul et Christie’s Dubai.





lundi 29 décembre 2025

Jeffey Epstein et sa French Connection






En mars 2011, j’avais publié un post sur l’affaire Jeffrey Epstein, du nom de cet homme d’affaires (?), financier (?) américain qui se livrait à l’exploitation sexuelle de jeunes femmes à son profit mais surtout à celui de ses amis, des personnalités du monde des affaires ou de la politique, la plus remarquable (mais pas la plus importante) étant l’ex-Prince Andrew d’Angleterre.

Dans le post de 2011 comme dans celui de 2015, je n’avais pas fait mention du rôle de la France dans le réseau Epstein sauf pour mentionner que sa compagne et complice Ghislaine Maxwell avait entre autres nationalités la nationalité française.

Il était apparu pourtant qu’un certain Jean-Luc Brunel était un élément important du dispositif Epstein et il apparaît désormais nettement que Paris, où Epstein possédait une résidence luxueuse, était une plaque tournante du trafic d’êtres humains piloté par Epstein.

Brunel a été arrêté en 2020 par la police française pour une affaire de viols apparemment sans lien avec le réseau Epstein. Quelques mois après son arrestation il était inculpé une nouvelle fois pour traite d’êtres humains. Brunel se pendra en prison en février 2022 un peu moins de trois ans après son ami lui aussi retrouvé «suicidé» par pendaison dans sa cellule.

Ce qui est certain, c’est que depuis la mort de Brunel, médias et politiciens français font comme si l’affaire Epstein ne concernait pas et n’avait jamais concerné la France.

Or, outre le fait que Ghislaine Maxwell est de nationalité française, certains aux États Unis parlent de French Connection.

Mounadil al Djazaïri

*******

La French Connection 
Le nœud parisien du réseau de Monsieur Epstein


par Nina Burleigh

Un de mes amis journaliste à Washington DC et moins engagé dans le dossier Epstein, m’a récemment demandé d’où venait l’idée qu’Epstein aurait fait le trafic de «plus d’un millier» d’êtres humains (jeunes filles, femmes et, selon certaines sources, garçons) durant son règne sinistre de proxénète pour l’élite. Il trouvait ce chiffre incroyablement élevé.

Ce chiffre est tiré directement d’un communiqué de presse du ministère de la Justice de Trump daté du 7 juillet, indiquant qu’un examen interne de plus de 300 gigaoctets de «données et de preuves matérielles» suggérait qu’«Epstein avait fait plus de mille victimes». Abstraction faite du fait que Pam Bondi et Kash Patel sont des menteuses avérées et des domestiques de Trump, nous pouvons prendre leur évaluation pour argent comptant, car l’inventer ne semblerait pas offrir une protection supplémentaire à leur cher leader.

La question reste posée : comment un seul voyou a-t-il pu accomplir une telle prouesse ?

Nous savons qu’Epstein appartenait à cette élite sans frontières ni nationalité, dont la seule allégeance va aux banquiers. Il possédait plusieurs passeports (un autrichien avec une adresse saoudienne et deux américains). Il pouvait ainsi franchir les douanes sans attirer l’attention en transitant avec son jet par les aéroports – civils et militaires – en compagnie de personnalités telles que Bill Clinton et l’ancien Premier ministre israélien Ehud Barak.

Beaucoup d’éléments sont déjà publics, mais en attendant que le ministère de la Justice dévoile ses archives compromettantes, les communications connues d’Epstein avec ses amis, ses carnets de vol et ses courriels de planification avec son personnel suggèrent comment il a pu faire un millier de victimes.

Entre 2013 et 2019, Epstein a fréquemment transporté par avion des femmes non identifiées à destination et en provenance d’aéroports d’Europe de l’Est – Kiev, Moscou, Ekaterinbourg et Varsovie – ainsi que de Stockholm et d’Helsinki par des vols commerciaux via Paris.

Ces voyages incluaient presque toujours des passagers [censuré] – des individus anonymes dont le tri dans les documents suggère qu’il s’agit de victimes de la traite dont les noms sont délibérément protégés.

Nous savons qu’en tant qu’«agent de mannequins», Epstein était de mèche avec le trafiquant Jean-Luc Brunel pour transporter et rendre apatrides des femmes et des jeunes filles qu’il hébergeait ensuite dans son immeuble de l’Upper East Side à New York – souvent après avoir confisqué leurs passeports, visas et autres documents. Sa très grande implication dans le milieu des beautés d’Europe de l’Est explique en partie pourquoi, comme je l’ai récemment écrit ici même, il n’est pas impossible qu’il ait également connu l’ex-Melania Knav [aujourd’hui Melania Trump].

Une plainte déposée en 2021 par Gloria Allred et d’autres avocats au nom d’une ressortissante russe anonyme contre l’avocat d’Epstein, Darren Indyke, exécuteur testamentaire, a exposé le déroulement des événements à Paris.

En 2017, selon ces documents, Jane, alors âgée d’une vingtaine d’années, vivait à Moscou et cherchait du travail. Elle avait répondu à une offre d’emploi d’une société financière qui recherchait un assistant personnel multilingue. Elle avait rapidement rencontré la représentante d’Epstein en Russie, qui lui avait indiqué que le poste consistait à être assistante personnelle d’un homme. On ne lui avait pas précisé le nom de cet homme ni celui de l’entreprise. Les assistants d’Epstein à New York lui avaient envoyé des billets d’avion pour Paris.

À l’aéroport Charles de Gaulle, Jane a été prise en charge par un chauffeur et conduite à l’appartement d’Epstein, avenue Foch. Epstein a emmené Jane et trois autres jeunes femmes dîner dans un restaurant près du Louvre. «Jane a cru qu’il s’agissait d’un entretien d’embauche», selon la plainte. Epstein lui a posé des questions typiques d’un entretien d’embauche et lui a remis 500 euros en espèces. Après le dîner, ils sont rentrés à l’appartement. L’assistante russe qui avait fait passer l’entretien à Jane à Moscou était présente (sa photo était affichée dans l’appartement). L’assistante russe a ensuite conduit Jane dans la chambre et lui a demandé de mettre un pyjama. Les autres jeunes femmes avaient déjà enfilé des pyjamas similaires.

Jane voulait dormir, mais on lui a ordonné de rester éveillée. Finalement, l’assistante russe l’a emmenée dans la «salle de massage» où elle a subi le «massage» et l’agression sexuelle que d’innombrables filles et femmes ont depuis décrits comme le mode opératoire d’Epstein. Selon la plainte, Epstein l’a violée et exploitée sexuellement à plusieurs reprises pendant deux ans à Paris, New York, en Floride et dans les îles Vierges américaines.

Le mode opératoire parisien est suggéré dans les courriels de planification : pour l’une d’entre elles [nom masqué], ils se sont arrêtés à Stockholm pour récupérer «son amie» (il s’agissait d’une sorte de système pyramidal, où des filles étaient payées pour en recruter d’autres). Dans un autre courriel de planification, une jeune femme [nom masqué] a été placée dans un train de Paris à Genève, puis emmenée «en voiture jusqu’à l’école hôtelière Glion à Montreux» – très probablement l’une des promesses de formation professionnelle qu’Epstein utilisait pour attirer de jeunes femmes sans défense dans son réseau.

En septembre de cette année, une autre plainte anonyme en relation avec Paris a été déposée, cette fois par une femme originaire d’un «pays à majorité musulmane d’Asie centrale», alléguant qu’Epstein lui avait obtenu un visa français d’étudiant, puis l’avait séquestrée dans son appartement parisien et avait fait en sorte que son personnel lui apporte à manger.

Ce nouveau lot d’emails de planification suggère qu’il s’est livré à un trafic via Paris avec des passagères [censuré] jusqu’à son arrestation à Teterboro – sur un vol de retour de France – en 2019.

Ils montrent également comment les déplacements de voyageuses présumées sans défense, bientôt victimes de trafic, à travers Paris, étaient mêlés aux fréquentations mondaines d’Epstein avec des milliardaires de la haute société européenne et des dignitaires politiques européens qui, pour une raison inexplicable, sont restés ses amis tout au long des années qui ont suivi sa sortie de prison.

Parmi les fréquentations parisiennes d’Epstein figuraient l’héritier de Fiat et magnat de l’industrie Eduardo Teodorani, ainsi que le milliardaire Axel Dumas, propriétaire d’Hermès. Epstein a dîné avec le diplomate norvégien Terje Rod-Larsen, figure emblématique des accords d’Oslo (qui a bénéficié de fonds d’Epstein pour l’acquisition d’une résidence sur une île grecque et s’est rendu à plusieurs reprises dans son manoir new-yorkais), et a même accueilli pendant trois jours, avec nuitée, dans son appartement de l’avenue Foch le secrétaire général du Conseil de l’Europe, l’homme politique norvégien Thorbjörn Jagland, lors de la Fashion Week parisienne de 2015.

Nous savons qu’Epstein considérait la Fashion Week de Paris comme les chasseurs de cerfs attendent l’ouverture de la saison de la chasse en Pennsylvanie. En témoigne cet échange de SMS de 2018 avec Steve Bannon [où il est question de poussière dans les testicules, NdT] :




La semaine dernière, j’ai reçu un appel d’une émission de radio londonienne qui me demande parfois de commenter l’affaire Epstein. Le présentateur voulait savoir si la publication de dizaines de milliers de pages de communications d’Epstein constituait «la preuve irréfutable».

La question faisait sans doute référence à une preuve accablante et irréfutable – photos ou vidéo d’un viol – qui pourrait lier Donald Trump, l’allié d’Epstein, à quelque chose de plus odieux que ce que l’on sait incontestablement d’un prédateur en série et futur président des États-Unis fréquentant depuis des années un trafiquant sexuel à grande échelle.

En réalité, nous en savons déjà beaucoup. Et ce que nous pensons ne pas être connu est en fait bien connu de beaucoup de gens : les avocats d’Epstein, assurément ; certains agents du FBI et d’anciens et actuels procureurs fédéraux ; les complices rémunérés d’Epstein ; ses amis et fréquentations au sein de l’élite sans frontières et bien sûr les femmes victimes de la traite. Les courriels d’organisation désormais publics sont presque toujours expédiés par Lesley Groff, la fidèle assistante blonde d’Epstein, aujourd’hui femme au foyer du Connecticut, arborant une respectabilité typiquement WASP de New Canaan, et qui a jusqu’à présent échappé aux poursuites. Dans un courriel datant de la période où elle organisait également [informations confidentielles], elle mentionne qu’elle emmène ses propres enfants à Disneyland.

Que Groff ou les autres complices et les participants/témoins masculins soient un jour forcés de parler ou non, à mon avis cette «preuve irréfutable» est déjà là, sous nos yeux, à la vue de tous.


*******
BONUS

L'enquête contre Clinton dans l'affaire Epstein n'est-elle qu'un spectacle ? Trump & Clinton - The Show must go on !


Lors de sa dernière campagne présidentielle, Donald Trump avait promis de rendre public le dossier de l'affaire Jeffrey Epstein. Epstein avait géré un réseau de commerce sexuel d'enfants et il existe des indices selon lesquels de nombreuses célébrités étaient impliquées. Cependant, après l'élection, Trump s'est opposé à la publication des dossiers Epstein, ce qui a suscité beaucoup de critiques et d'opposition au sein de son propre parti et de sa base, le mouvement MAGA [MAGA : d'après le slogan de la campagne électorale de Trump en 2015/16 : "Make America Great Again"]. Après que la pression est devenue trop forte, y compris en ce qui concerne ses propres liens avec Jeffrey Epstein, il s'est ravisé au dernier moment et a finalement accepté de divulguer d'autres dossiers. En outre, peu avant l'adoption de la loi sur la déclassification des dossiers dans l'affaire Epstein, il a annoncé que sa ministre de la Justice, Pam Bondi, allait désormais ouvrir une enquête sur l'affaire Epstein contre l'ancien président Bill Clinton, l'ancien secrétaire au Trésor Larry Summers, la banque J. P. Morgan et le cofondateur de Linkedin Reid Hoffman. 

Bondi a alors fait appel à Jay Clayton pour mener à bien cette enquête. Ce dernier siégeait auparavant au conseil d'administration d'"Apollo Global" - une entreprise du milliardaire Leon Black. Leon Black était quant à lui un bon partenaire commercial de Jeffrey Epstein, à qui il avait versé 158 millions de dollars pour ses services. Il n'est pas certain que quelqu'un de ce milieu puisse enquêter avec l'impartialité nécessaire. 

Le fait que Bill Clinton fasse l'objet d'une enquête est toutefois fondamentalement juste.Dans les années 1990 déjà, des accusations d'abus sexuels ont été portées contre lui. À l'époque, Brice Taylor et Cathy O'Brien ont tous deux décrit en détail dans leurs livres comment ils ont été torturés et soumis à des sévices rituels à des fins de conditionnement sous l'égide des agences de renseignement dans le cadre des programmes MK-Ultra. Ils ont décrit comment ils ont ensuite été utilisés par les services secrets, notamment auprès de Bill Clinton, pour lui faire passer des messages ou lui soutirer des informations et comment, dans ce cadre, ils ont également été abusés sexuellement par ce dernier. 

Maria Farmer accuse également Clinton. Farmer et sa sœur avaient déjà été victimes du réseau de commerce sexuel d'Epstein en 1996. Maria devait également travailler à la réception de l'une des maisons d'hôtes d'Epstein et avait donc un aperçu explicite des personnes qui allaient et venaient. Bill et Hillary Clinton ont été vus par elle à plusieurs reprises. Elle a même qualifié les Clinton, tout comme le président américain Trump, de complices d'Epstein : 

"J'ai nommé tout le monde, j'ai nommé Donald Trump. J'ai nommé tous ceux que je considérais comme des complices. [...] Donald Trump, absolument les Clinton. Ce sont des gens que j'ai vus entrer et sortir. Je savais qu'ils faisaient partie d'un tout." En juin 2025, l'administration Trump avait encore déclaré qu'il n'existait aucune preuve pouvant justifier une enquête sur des personnes non encore inculpées. Pourquoi ce soudain changement d'attitude avec l'inculpation de Clinton et des autres personnes ?

Eh bien, le jeu "Trump contre Clinton" a déjà été joué à plusieurs reprises.

Comme nous l'avons montré dans l'émission "Dossier Trump - Sauveur ou partie du Deep State", Trump et Hillary Clinton - en tant que candidats à la présidence - se sont violemment attaqués lors de la campagne présidentielle de 2016. Là encore, Trump a promis, en cas de succès de l'élection, d'ouvrir une enquête sur Clinton, ce qui n'a jamais eu lieu. Toutes les enquêtes sur Hillary Clinton ont été abandonnées sous Trump. Cela n'a rien d'étonnant, car les deux familles sont liées par une longue amitié. Ainsi, lors de la cérémonie de mariage de Donald et Melania Trump en 2005, Hillary Clinton était assise au premier rang. Trump a fait des dons à la Clinton Foundation et à la campagne sénatoriale d'Hillary Clinton.

Alors pourquoi cette attaque surprise contre le vieil ami, sans raison apparente ?

Il faut savoir que même après cette décision législative de déclassifier les dossiers Epstein, ceux-ci ne seront pas mis à la disposition du public de manière ouverte et complète. Là aussi, il y aura des caviardages, et pour les réaliser la ministre de la Justice Pam Bondi et son équipe disposent de 30 jours. Ces caviardages visent d'une part à protéger les victimes et les informateurs. Par ailleurs, il est désormais possible de retenir ou de caviarder du matériel qui "mettrait en danger une enquête fédérale active ou une poursuite pénale en cours". Cela concernerait alors également Bill Clinton. Comme il fait l'objet d'une enquête, tout ce qui le concerne devrait être retenu.

L'enquête sur Clinton, annoncée à grand renfort de publicité, présente donc un triple avantage pour Trump : 

1) Il peut ainsi détourner l'attention de son propre rôle dans l'affaire Epstein.

2) Il peut jouer au héros pour ses partisans dans la lutte pour le spectacle entre la gauche et la droite, qui ouvre enfin l'enquête tant réclamée contre Clinton.

3) En même temps, il a ainsi la possibilité de mettre son vieil ami Clinton hors de la ligne de mire lors de la publication des dossiers Epstein, puisque rien ne peut être publié à son sujet en raison de la procédure en cours.

Conclusion : Le célèbre lanceur d'alerte et auteur britannique David Icke, dont les analyses et les prédictions ont régulièrement fait mouche, n'a cessé de souligner que le grand spectacle de la lutte politique entre la gauche et la droite, ou entre les démocrates et les républicains, est une vaste escroquerie. "Vous voyez, c'est la grande arnaque. En politique, il y a la "gauche" contre la "droite".

Et en arrière-plan, ils sont tous amis. Je veux dire, certains d'entre eux peuvent être vraiment en désaccord, mais beaucoup d'entre eux, les personnes clés, sont des amis.

Ce que nous voyons donc en termes de politique, "gauche" et "droite", c'est du théâtre. C'est du théâtre de divertissement, non ? ... Mais si l'on fait un pas en arrière dans ce jeu de marionnettes où il y a la gauche et la droite, et que l'on va dans l'ombre, on voit que les deux sont contrôlés par les mêmes mains. C'est pourquoi peu importe qui est au pouvoir, "gauche" ou "droite", le même agenda pour l'humanité se révèle." C'est sur cette toile de fond que s'éclaircit la pièce de théâtre Trump-Clinton proposée ici : Aucun des acteurs de ce "show" qui se produisent ici n'a intérêt à révéler publiquement des noms importants dans le dossier Epstein, et le public continuera donc à être aveuglé par de tels spectacles de diversion. The Show must go on - jusqu'à ce que les peuples voient clair dans ce théâtre gauche/droite et ne se laissent plus berner.