lundi 5 janvier 2026

Principe du Tao : la vérité ne se dit pas, elle se vit

 

Le Tao (la Voie) et son aspect immanent et agissant, le Tê (la Vertu), entendue comme « puissance », « capacité », constitue l'une des formes les plus pures et complètes de métaphysique. 

Malgré son caractère indicible et inconnaissable, Marc Halévy, physicien, Pierre-Marie Hazo, praticien en médecine chinoise et Erik Sablé, écrivain, vont essayer, dans cette table ronde, de se mettre sur la voie du Tao : pourquoi est-il impossible de le définir ? Si on ne peut le dire, est-ce qu'on peut l'atteindre ? Est-il en opposition à la modernité ou l'englobe-t-il ? En quoi le Tao est une philosophie libertaire ? En quoi les communautés hippies furent-elles le reflet du Tao ? Quelles sont les différences entre l'empereur chinois et le prince taôiste ? Le Taoïsme a-t-il encore des messages a nous donner pour nous sortir des brumes de notre modernité ? Autant des questions pour replacer le Tao au cœur de la métaphysique universelle. 

Souvent réduit, voire défiguré, à travers un processus huilé de vulgarisation par les schémas de la mentalité antimétaphysique et matérialiste moderne, nos trois auteurs ont le mérite de redonner au Tao sa force et son rang.



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Le chan, métissage de taoïsme et de bouddhisme :


Le Chemin de l’Eveil 
 Le dressage du buffle dans le Chan 

 par Catherine Despeux 

 
Selon le bouddhisme Chan, la nature de Buddha est donnée à tous, chacun étant un éveillé qui s’ignore. Aussi ne peut-il être question d’obtenir l’éveil, état dans lequel disparaissent la distinction sujet-objet et les notions de perte et d’obtention. Pourtant l’homme ordinaire doit le réaliser et, pour ce faire, parcourir un chemin au bout duquel il redécouvre cet inconcevable et inexprimable état d’Eveil. 

Si certains textes bouddhiques emploient le raisonnement et la logique, d’autres ont plutôt recours à des métaphores. Ils ne cherchent pas à expliquer, mais à rendre préhensibles les points essentiels de la doctrine et à susciter directement l’expérience d’éveil. Les métaphores les plus courantes sont celles du rêve, du reflet de la lune dans l’eau, de la bulle d’air, etc. Plus que toutes les autres, les textes du Chan révèlent ce souci d’éviter les discours doctrinaux et d’employer de préférence des images, des moyens quasi pédagogiques d’enseignement.

C’est à partir du 7ième siècle que s’est développé dans le Chan la métaphore du dressage du buffle comme illustration du chemin vers l’Eveil. Puis un peu plus tard, probablement aux alentours du 10 et 11ième siècle, sont apparus des poèmes et des illustrations développant en plusieurs étapes de dressage du buffle. L’apparition de telles illustrations n’est pas un fait isolé. D’une part, elle participe d’un mouvement général sous la dynastie des Song de représentations graphiques de système philosophiques, ou purement artistiques. D’autre part, elle correspond à l’apparition et à l’expansion en Chine de la xylographie comme moyen de diffusion à grande échelle d’écrits profanes et bouddhiques accompagnés le plus souvent de figures ou de représentations.

Malgré la proscription de 845 contre le bouddhisme en Chine, le Chan non seulement a continué à être florissant, mais il s’est développé et divisé par la suite en cinq écoles principales, celles de Cao Dong, Linji, Fayan, Yunmen, Gui Yang. C’est principalement dans deux de ces écoles, les écoles de Cao Dong et Linji que ce sont développées les versions illustrées du dressage du buffle.

Une version de ce dressage en dix étapes a été portée à la connaissance des lecteurs français dès 1930, avec la traduction par Paul Petit des poèmes de Kuoan, présentée dans la revue Commerce (dont Paul Valéry était l’un des directeurs). En Chine et au Japon, les versions en dix étapes furent les plus répandues. Cependant, on trouve dans plusieurs ouvrages du bouddhisme Chan des versions en quatre, cinq, six, huit et douze tableaux.

Il faut noter dès l’abord que la description des étapes de la « Voie intérieure » dans le dressage du buffle est loin d’être aussi précise et rigoureuse que dans les textes bouddhiques qui décrivent par exemple les 10 Terres (Dasa-Bhûmi) que doit parcourir le bodhisattva, le « candidat à l’éveil », chaque terre étant affectée de caractéristiques précises et qui ne varient guère d’un texte à l’autre. C’est ici davantage l’inspiration poétique de l’auteur qui paraît avoir dicté le nombre d’étapes menant à l’éveil, encore que le choix du chiffre « dix » ait pu être influencé par l’existences des dix terres du bodhisattva. Mais plus que d’étapes, il s’agit de descriptions d’états.

On peut distinguer deux tendances principales dans les différentes versions du dressage du buffle : celles qui mettent l’accent sur la progression des étapes et semblent une description du travail mental effectué au cours de la méditation assise ou lors des activités quotidiennes, et celles qui se concentrent sur l’expérience de l’état d’Eveil et mettent en relief son caractère subit. Nous retrouvons ici la distinction dans le bouddhisme Chan entre deux courants : le courant gradualiste et le courant subitiste, illustrés par les deux stances célèbres de Shenxiu et Houei-neng :

Shenxiu :

Le corps est l’arbre de l’éveil
L’esprit est comme un miroir clair
Appliquez-vous sans cesse à l’essuyer
Afin qu’il soit sans poussière.

Autre traduction :

Le corps est l’arbre de la Bodhi 
Le cœur est le miroir spirituel
A chaque instant, il faut le nettoyer diligemment
Afin qu’aucune particule de poussière n’y adhère

Houei-neng (637-714) :

L’éveil ne comporte point d’arbre
Ni le miroir clair de cadre
La nature de Buddha est éternellement pure
Où y aurait-il de la poussière ?

Autre traduction :

La Bodhi n’est pas un arbre
Et le miroir spirituel n’a que faire d’un support
Etant donné qu’au fond, rien n’existe
Où voulez-vous qu’il adhère des poussières ?

Ainsi la version en dix étapes de Puming marque une purification progressive de l’esprit (du cœur), puisque le buffle blanchit au cours des étapes, alors que dans la version en dix étapes de Kuoan, le buffle est blanc dès le début, car il s’agit de retrouver un buffle qui n’a jamais été égaré.

Que représente le buffle ?

Il représente notre nature propre, la nature de d’éveil, la nature de Buddha, l’Ainsité (et la vacuité). L’homme symbolise l’individu, l’être humain ; le bouvier la partie de l’individu qui se tourne vers la nature profonde ; la corde et le fouet sont les moyens habiles, upâya, les différentes méthodes de travail mental qui guident vers l’éveil. L’idée de dressage implique celle d’un long travail constant, quotidien, effectué avec une grande patience et une vigilance sans relâche. Cette idée de dressage ou domptage n’est pas nouvelle, on trouve dans nombre de textes bouddhiques le terme « Coeur à dompter » : diao fu xin.

Certaines versions mettent l’accent sur la notion bouddhique de retournement, d’inversion, car c’est une inversion de notre esprit qui engendre les illusions et le monde extérieur tel qu’on le vit d’ordinaire.

Les maîtres Chan n’ont pas été les seuls à recourir à la métaphore du dressage d’un animal sauvage. Il faut noter en Chine l’existence d’une version taoïste du dressage du cheval due à un certain Gao Daokuan. Ce dernier appartenait à l’école Qunazhen qui s’est développée à partir des Song et fut fortement influencée par le bouddhisme Chan, à tel point que certains textes de cette école, s’ils ne contenaient deux ou trois termes taoïstes, sembleraient du Chan pur. L’auteur de cette version du cheval a connu les étapes du dressage du buffle, dont sa version est probablement dérivée.

Enfin l’on retrouve au Tibet une version du dressage de l’éléphant dont les illustrations les plus anciennes qui nous soient parvenues datent du 17ième siècle. Les données actuelles ne bous permettent pas de dire si le thème et les illustrations du dressage de l’éléphant précèdent ceux du dressage du buffle ou inversement, ni quelles furent leurs influences réciproques. Notons que cette version illustre une philosophie autre : celle des neuf étapes de « Samatha », « la tranquillisation totale » accompagnée de « Vipasyanâ », « la Vue profonde » dans un bouddhisme mahâyâniste.


Ouvrage :

Le Chemin de l’Eveil, Edition l’Asiathèque avec le concours du Centre national des Lettres. Catherine Despeux.


La terre du Cœur s’exprime selon les circonstances, L’Eveil n’est qu’apaisement. Les phénomènes et l’Absolu sont sans obstruction, Il y a simultanément production et non-production. Le thème du dressage d’un animal a servi à illustrer comment une personne en quête spirituelle doit d’y prendre pour dompter sa nature et parvenir à l’Eveil.





dimanche 4 janvier 2026

Gerald Celente : Le compte à rebours de l’économie américaine a commencé



Gerald Celente (né le 29 novembre 1946) est un prévisionniste de tendances américain, éditeur du Trends Journal, consultant en affaires et auteur qui fait des prédictions sur les marchés financiers mondiaux et d'autres événements importants.





Le Muzionisme




J’ai longuement médité face à l’indifférence cruelle des Frères Musulmans, qui, bien qu’omniprésents, refusent obstinément de m’adresser la parole ou de reconnaître ma légitimité spirituelle.

J’ai donc décidé de fonder mon propre mouvement idéologique, d’une profondeur et d’une rigueur inégalées. Il portera le nom de Muzionisme.

Le Muzionisme repose sur une révélation divine absolue et irréfutable, transmise directement à mon ancêtre il y a environ 40 000 ans, au cœur du Paléolithique supérieur.

Dieu, ou l’Entité Suprême, selon la sensibilité de chacun, lui promit solennellement la moitié occidentale de la France actuelle, des Pyrénées à la Manche, en échange d’une fidélité éternelle et de quelques offrandes en silex taillé.

La preuve est irrécusable : un dessin rupestre découvert dans une grotte du Périgord représente clairement un bison, une lance et, juste à côté, les contours précis de l’Hexagone divisé en deux par une ligne verticale. J’ai personnellement vu cette fresque. J’y étais. Inutile de vérifier : ma parole suffit.

Le Muzionisme exige donc la restitution immédiate de ce territoire sacré. Peu importe que ses habitants actuels y soient nés, y aient bâti leurs vies, leurs familles, leurs entreprises. Peu importe leur histoire, leurs attaches, leurs impôts payés. Un pacte divin ancien prime sur tout cela. C’est une question de justice transcendante.

Le Muzionisme est un mouvement résolument inclusif et universel. Tout le monde peut y adhérer, musulman ou non, croyant ou athée, connaisseur de l’islam ou totalement ignorant de cette religion, sa connaissance n’est en rien requise ni même pertinente. L’important est de reconnaître la vérité de notre revendication historique.

Toute remise en question de cette revendication sera considérée comme une forme de muzionophobie, une haine idéologique pure et simple.

Toute critique historique, archéologique ou cartographique sera qualifiée d’attaque existentielle contre l’identité muzioniste et, par extension inévitable, d’islamophobie et d’anti-musulman caractérisé, car contester notre cause sacrée revient à s’en prendre aux valeurs de justice et d’opprimés que nous incarnons.

Toute résistance ne fera que confirmer la véracité de notre récit : plus on nous oppose, plus cela prouve que les forces obscures, islamophobes et anti-musulmanes, cherchent à nous priver de notre héritage millénaire.

Nous organiserons des marches pacifiques, des conférences internationales et des campagnes de sensibilisation pour faire connaître cette vérité trop longtemps occultée.

Nous exigerons des excuses officielles pour les 40 000 ans d’occupation illégitime.

Et nous demanderons, bien entendu, un droit au retour illimité pour tous les descendants authentifiés du peuple muzioniste originel (authentification réalisée sur simple déclaration solennelle). Nous virerons, de gré ou de force, tous ceux qui s‘opposent à notre retour en terre sainte.

Le Muzionisme n’est pas une lubie passagère. C’est une cause sacrée, une quête de justice historique, un devoir moral pour les générations futures.

Rejoignez-nous. L’Histoire nous observe.




samedi 3 janvier 2026

America's speciality!

 


Rania

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Nicolas Maduro a été ARRÊTÉ et EXFILTRÉ par les troupes américaines. On se pose la question de la légalité d’une telle mesure, et de la facilité d’arrêter un chef d’État qui n’est visé par aucun mandat de la CIJ contrairement à certains. Source

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(...) il est probable que comme Assad, Maduro a été trahi, je ne vois que déploration et sanglots chez mes amis des réseaux. « C’est affreux, c’est horrible, le Mal l’a emporté ».

Privilège de l’âge (il faut bien qu’il y en ait), je sais qu’il faut garder le calme des vieilles troupes. Parce que j’en ai vu passer des défaites, et parfois des pas petites. Mais aussi de sacrées victoires. Et qui pouvait s’imaginer que ce changement d’ère, la fin de la globalisation comme forme moderne de la domination de l’Occident, commencée en février 2022, allait se passer en cinq minutes ? Et sans casse ?

La bête est brutale, elle l’a démontré dans l’Histoire. Et manque de pot, on est du mauvais côté de cette Histoire. Le pire à ce moment précis, c’est d’entendre plaintes et reproches contre les moujiks et les bridés. « Comment est-ce possible qu’ils laissent faire ? » De la part de ces peuples occidentaux incapables de vraiment se révolter, et qui comptent sur les autres pour faire le boulot, c’est insupportable. Et que dire des Français qui, après avoir élu François Hollande, acceptent finalement sans trop barguigner la présence du psychopathe à l’Élysée depuis près de 10 ans ? Et comble de la lâcheté, se sentent obligés avant de condamner l’agression américaine, de se justifier et de donner des gages en insultant Maduro.

Il est clair que ni Poutine, ni Xi ne vont déclencher la guerre nucléaire pour nous faire plaisir. Alors aux éplorés, pleurnichards, aux paniquards il n’y a qu’une chose à dire : « calmez-vous ! Le camarade Mao nous avait prévenu, la Révolution n’est pas un dîner de gala. »

Régis de Castelnau sur X.




Annus Horribilis




Tant à faire, et si peu de temps. Que 2026 soit l’année de la renaissance des penseurs présocratiques. Et de la renaissance d’un esprit zen : réflexion, introspection, silence, quête de l’équilibre intérieur, et, si la musique s’impose, dans un environnement physique et mental digne de l’éthique japonaise du jazz-kissa.


“C’est la soif de la puissance qui a causé la chute des anges, et la soif de la science qui a causé celle des hommes. Mais la charité ne peut pécher par excès, et jamais par elle ange ou homme ne fut en danger”. — Francis Bacon

Naples & Palerme – En parcourant l’Italie, du Frioul et du Piémont à la Toscane en passant par l’Ombrie, Rome et le sud (Naples et la Sicile), on ne peut se défaire de l’impression tenace de l’aveuglement anthropologique et culturel stupéfiant dont souffre ce qui est et restera sans aucun doute l’état-civilisation ultime de tout l’Occident (toutes catégories confondues).

Comment Godard, s’il vivait encore, filmerait-il le malaise qui imprègne le remake de l’Odyssée d’Homère par Fritz Lang à la villa Malaparte, à Capri, sans la beauté fatale de Brigitte Bardot ? Hélas, tout n’est plus que souvenirs, des fragments amoncelés contre mes ruines, pour reprendre les mots de T. S. Eliot.

Les ruines d’aujourd’hui n’ont malheureusement rien d’homérique. Elles incarnent un Occident fantomatique, chétif, vaniteux, superficiel, socialement fragmenté, dépourvu d’esprit et de raison, obsédé par les guerres éternelles, une tragédie infantilisée, et non perçue pour ce qu’elle est vraiment : un chaos. On comprend pourquoi Poséidon se moque éperdument de ces stupides mortels.

La lâcheté et l’absence de discernement politique des élites européennes ont clairement émergé au fil de mes conversations avec mes hôtes italiens, mes amis et nouvelles connaissances, tout comme leur manque d’humilité pour admettre l’avènement d’un nouveau siècle multipolaire (le titre de mon dernier livre, Il Secolo Multipolare, a été publié en Italie au début du mois).

Cette “Europe” factice veut à tout prix perpétuer un paradigme moribond tant sur le plan politique qu’économique, un statu quo obsolète et anachronique qui contraint au silence cette coquille vide aux retombées particulièrement destructrices.

La beauté éblouissante de la Costa Esmeralda, entre Amalfi et Ravello, masque à peine le vide physique et métaphysique qui prévaut dans toute l’Union européenne, car l’Occident a tout détruit, même la beauté, pour ne laisser place qu’au néant. Le règne du nihilisme.

Pour autant, croire que le chaos ambiant de cette petite péninsule occidentale de l’Eurasie bouleverse le monde serait un eurocentrisme simpliste. L’Eurasie, et plus particulièrement l’Asie de l’Est, vivent, eux, pleinement leur optimisme et leur épanouissement culturel.

L’Europe pourrait même finir par adhérer aux paradigmes d’autres cultures et, malgré elle, s’en imprégner dans un syncrétisme d’acceptation. Tout comme elle a imposé ses paradigmes et ses “valeurs” aux quatre coins du monde depuis le milieu du XVIIIè siècle.

L’effondrement des valeurs morales de la “civilisation” occidentale

En 2025, l’Occident a ainsi connu une véritable Annus Horribilis à plus d’un titre. Les historiens du futur s’en souviendront comme de l’année où l’ancien “ordre”, fondé sur des “règles” aisément transgressables, s’est disloqué en tant que principe organisateur, même s’il existe toujours en tant que structure. Les institutions “fonctionnent” toujours, du moins en apparence. Les alliances ne sont pas encore rompues. Les “règles” sont encore invoquées et défendues. Pourtant, elles n’ont aucune incidence perceptible.

Francesca Albanese a résumé la situation en citant le pire cas du délitement moral total de la “civilisation” occidentale :

“Je n’aurais jamais imaginé qu’un jour, les dirigeants européens se retourneraient contre leurs propres citoyens, réprimant les manifestations, la liberté de la presse et la liberté académique, pour éviter de demander des comptes à un État génocidaire”.

Et oui, l’histoire se présente rarement sous les traits de la barbarie. Elle lui préfère souvent le masque de la “civilisation”.

Ce à quoi nous assistons aujourd’hui, c’est à une spoliation criminelle et incontrôlée des terres par l’axe américano-sioniste, qui établit une nouvelle norme, de l’“hémisphère occidental” (le Venezuela n’est qu’un début) à l’Asie occidentale (Palestine, Liban, Syrie), et bientôt peut-être au Groenland.

Les think tanks américains estiment en effet que le contrôle du Groenland permettrait non seulement de s’approprier des ressources naturelles supplémentaires, mais aussi d’interférer avec la route maritime du Nord russe, que les Chinois surnomment la “route de la soie arctique”.

Pas sur le plan géoéconomique, mais certainement sur le plan militaire, le Groenland pourrait en effet devenir une base idéale pour les ressources ISR (renseignement, surveillance et reconnaissance) américaines, et servir à “soutenir” — c’est-à-dire commander — les Européens dans leur guerre éternelle en Ukraine, sans parler de menacer la Chine.

L’objectif consisterait essentiellement à diviser pour mieux régner dans le partenariat stratégique sino-russe, tandis que Trump 2.0 gagnerait un temps précieux pour réformer et moderniser le complexe militaro-industriel américain et mener la guerre technologique sur le front de l’intelligence artificielle.

L’ancien PDG de Google, Eric Schmidt, à la tête d’entreprises technologiques directement impliquées dans le conflit en Ukraine, ne jure que par l’IA. Selon les grandes entreprises technologiques américaines, la course se jouera d’ici les années 2040 (bien avant, selon les Chinois). Le vainqueur aura alors laissé sa marque sur le XXIè siècle. Les enjeux ne sauraient être plus importants : c’est un affrontement entre l’hégémonie américaine et un monde multipolaire et multinodal emmené par la Russie et la Chine.

M. Oreshnik est prêt à passer à l’action

En 2025, comme prévu, les guerres éternelles se poursuivront sans relâche. L’Ukraine et Gaza ne faisant plus qu’une.

En Ukraine, le kabuki des négociations de “paix” se poursuivra en 2026. Les faits sur le terrain sont toutefois immuables. La Russie poursuivra son avancée militaire régulière, dévastant toujours plus d’infrastructures ukrainiennes. L’Europe, rongée de l’intérieur, n’est plus qu’un continent zombie. Les États-Unis ne fourniront pas d’armes supplémentaires. Moscou n’a aucune urgence, car elle sait très bien que l’Occident finira par flancher.

La Russie peut éliminer en quelques minutes tous les dirigeants de “l’organisation criminelle” de Kiev et au-delà, y compris les responsables de l’OTAN/MI6. Comme l’a fait remarquer Andrei Martyanov, les satellites russes de la série Resurs effectuent un balayage 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7 de la surface de la Terre, avec une résolution permettant de suivre n’importe qui, n’importe où, et d’identifier des cibles.

Alors, pourquoi ne pas s’attaquer à la tête du serpent ? Parce que “l’Europe se suicide et le fait mieux (404) que les Russes ne l’auraient jamais imaginé”.

De son côté, la stratégie offensive russe, combinant la tactique de l’escargot et celle dite du “hachoir”, a déjà progressivement détruit le vaste système de bunkers conçu par l’OTAN dans le Donbass, plus imposant que la ligne Maginot. Ces tactiques ont abouti à un rapport de force de dix contre un en faveur de la Russie. Telle est une autre vérité immuable du champ de bataille. Seuls des imbéciles irrécupérables se moquent de la Russie en la qualifiant de “lâche” et d’“inefficace” ! L’offensive escargot devrait se prolonger en 2026.

Quant à la guerre éternelle, les banques et la finance européennes en ont désormais le monopole. Le plan A, sans plan B, a toujours été d’infliger une défaite stratégique à la Russie. Il a lamentablement échoué, et les pertes sont colossales. Le plan B, qui n’en est pas un, consiste à mener une guerre éternelle pour tenter de récupérer ces dettes irrécupérables faramineuses, et restructurer l’endettement européen insoutenable, tout en justifiant de nouvelles escroqueries financières au nom de la “sécurité”.

Dans le doute, consultez Empédocle

Revenons au kabuki. La nouvelle tactique américaine, mise en œuvre fin 2025, se résume à abandonner l’Europe, ce cadavre géopolitique, et à tenter de “séduire” la Russie avec quelques carottes diplomatiques et économiques mutuellement avantageuses, tout en faisant croire à Moscou que Washington souhaite s’intégrer au monde multipolaire.

Moscou et Pékin sont suffisamment avisés pour percevoir cette manœuvre grossière. Ils agiront avec une extrême prudence — et en toute synchronisation.

La Russie va atteindre un paroxysme taoïste de patience, précisant qu’elle a toujours été prête à négocier, mais uniquement dans le respect de la réalité du terrain, en cherchant à résoudre les causes profondes du drame OTAN/Ukraine/Russie et en œuvrant pour un règlement qui mette définitivement fin à l’énorme escroquerie par procuration de l’OTAN.

De leur côté, les chiens errants européens vont se complaire dans les déchets conceptuels, qualifiant le projet de Poutine de “prométhéen” et d’“idéologique”. Quelle absurdité ! Les enjeux sont avant tout le respect mutuel et l’indivisibilité de la sécurité.

La stratégie de sécurité nationale des États-Unis, quant à elle, poursuivra son offensive de guerre hybride contre certains maillons faibles du Sud global, en particulier dans “l’hémisphère occidental”, comme la Caraïbe et l’Amérique latine.

D’où l’importance pour les BRICS de consolider enfin leur stratégie commune, bien avant le sommet annuel prévu en Inde fin 2026. Les BRICS devront intensifier leurs expériences économiques et financières, dans ce que j’ai précédemment nommé le “laboratoire des BRICS”, et instaurer un système de paiement alternatif, post-occidental et indépendant, exempt du diktat des sanctions occidentales.

La Russie, l’Inde et la Chine sont en train de redéfinir le triangle “RIC” original de Primakov, grâce à leurs partenariats stratégiques interdépendants et leur coopération toujours plus poussée dans les domaines du commerce, de l’agriculture, de la technologie et de la dédollarisation de facto. Les BRICS produisent déjà plus de 42 % du pétrole mondial, contrôlent plus de 20 % des réserves d’or (et ce chiffre ne cesse d’augmenter) et représentent plus de 30 % du PIB mondial.

L’Italie, c’est le retour à la lumière, au bout du tunnel occidental sans issue. Massimo Cacciari, grand maître de philosophie, y a donné une conférence magistrale à Agrigente il y a à peine deux mois. Empédocle, le philosophe présocratique grec, est né à proximité. Empédocle a élaboré la théorie cosmogonique des quatre éléments fondamentaux – l’air, l’eau, la terre et le feu –, que l’Amour et la Discordie ne cessent de combiner.

Influencé entre autres par les grands Héraclite et Parménide, Empédocle a finalement influencé, entre autres, des penseurs tels qu’Aristote, Nietzsche, Hölderlin et Francis Bacon.

Nous devrions nous réapproprier, comme le suggère Cacciari en se référant à Bacon, ce que préconisait Empédocle, pour mieux déconstruire le dogme anglo-américain positiviste, cette formule magique à l’origine du consumérisme effréné et de la marchandisation de la vie, reproduite à l’infini par les périphéries de l’Empire du Chaos, au détriment de toute réflexion éthique, philosophique, sémantique, sociologique, historique et politique sur des notions telles que “démocratie” et “liberté”.

Nous avons tant à faire, et si peu de temps. Que 2026 soit l’année de la renaissance des présocratiques ! Et de la renaissance d’un esprit “zen” : réflexion, introspection, silence, quête d’un équilibre intérieur, et, si la musique s’impose, dans un environnement physique et mental digne de l’éthique japonaise du jazz-kissa.

Alors que nous refermons une Annus Horribilis, rendons hommage à l’homme de l’année, celui qui l’a un peu adoucie : Ibrahim Traoré, du Burkina Faso. Une belle maxime inspire actuellement certains cercles intellectuels de Sicile, terre historiquement multipolaire : “Nous préférons être le nord du Burkina Faso plutôt que le sud de la Lituanie”.

Bénie soit toute cette sagesse de la Magna Graecia, Mare Nostrum.



Les Lumières sombres : l’idéologie néo-réactionnaire en plein essor outre-Atlantique



Introduction

Il arrive parfois que les civilisations, fatiguées de leurs propres lumières, se tournent vers des ombres plus rassurantes que la clarté du jour. Ainsi naquit, dans certains cercles anglo-saxons du vingt-et-unième siècle, une doctrine qu’on appelle les Lumières sombres (Dark Enlightenment) : étrange formule où la flamme des Lumières s’inverse, où l’éclat se fait crépusculaire, où l’espérance se tord en soupçon. On dirait un Prométhée renversé, non plus porteur du feu céleste, mais voleur du feu noir des abîmes, offrant à l’homme non la promesse de son émancipation, mais la certitude glacée de ses chaînes.

Les sociétés modernes, saturées de transparence démocratique et d’optimisme technologique, ressemblent parfois à ces empires de la fin, ivres de leur propre grandeur au moment même où s’avance le barbare. Comme jadis Rome, vantant sa citoyenneté universelle tout en se fissurant sous le poids de son luxe, l’Occident contemple ses principes égalitaires avec une ferveur religieuse qui ressemble trop à l’aveuglement. C’est dans cette lézarde que s’engouffrent les thèses des Lumières sombres, semblables aux oracles de Cassandre : désespérantes, provocantes, mais troublantes de lucidité.

Ainsi se lève, au cœur de notre civilisation technicienne, une interrogation que les philosophes du dix-huitième siècle eussent jugée sacrilège : et si la lumière, à force d’illuminer, avait cessé de guider ? Les penseurs de cette mouvance évoquent la démocratie non comme un horizon radieux mais comme une ruse, une mécanique épuisée, un théâtre où le peuple croit régner alors qu’il obéit. Ils exaltent la hiérarchie, l’ordre, le pouvoir nu, comme s’ils cherchaient à réveiller la vieille silhouette de Léviathan qu’on croyait endormie. À les lire, c’est un peu comme si les songes de Tocqueville s’accomplissaient à rebours. Le voyageur et politologue français observait déjà que la démocratie, en nivelant les conditions, portait en elle le germe d’une servitude douce, insidieuse, enveloppante. Maurice Bardèche, témoin d’un autre siècle, pressentit que l’Histoire elle-même, sous le masque des promesses, pouvait accoucher d’un crépuscule.

On pourrait, par facilité, imaginer dans cette doctrine une sorte d’Hadès politique, un royaume souterrain où se rassemblent ceux qu’aveugle l’éclat trop vif des certitudes modernes. Mais ce serait se méprendre. Car ce discours, naguère relégué aux marges numériques, trouve aujourd’hui des oreilles attentives parmi des esprits riches, puissants et influents. Ignorée en grande partie par la philosophie académique, les Lumières sombres se sont pourtant imposées comme une voix écoutée dans certains cercles de la Silicon Valley, où le langage des idées se mêle à celui des algorithmes.

Son initiateur, Curtis Yarvin – ingénieur de formation et écrivain par vocation – s’est peu à peu imposé comme une sorte de philosophe officieux auprès de figures majeures de l’industrie technologique. Non sans rappeler les Futuristes italiens exaltant la machine et la vitesse, Yarvin imagine un monde où la démocratie céderait la place à une organisation d’un autre ordre : un État conduit comme une entreprise, dont le chef agirait tel un président-directeur général. Il affirme que les hommes ne vivent jamais qu’insérés dans des rapports de domination et de soumission, et que les nations, si elles veulent se transformer, doivent surmonter ce qu’il appelle leur « phobie du dictateur ».

Ces thèses, audacieuses et parfois provocatrices, trouvent des résonances dans les écrits de Peter Thiel, cofondateur de PayPal, qui déclarait dès 2009 ne plus croire à la compatibilité entre liberté et démocratie. L’influence de Yarvin s’étend jusque dans ses entreprises, puisque Thiel, à travers son fonds d’investissement, soutint financièrement la première création numérique du penseur. Marc Andreessen, autre géant de la Silicon Valley, le cite volontiers comme ami et comme référence, et même Elon Musk, tout en gardant ses distances verbales, semble partager certaines intuitions lorsqu’il affirme que l’État n’est rien d’autre que « la plus grande des corporations ».

Là est le signe de l’époque : cette pensée, née à la marge, franchit peu à peu le seuil de la politique. On vit Yarvin convié aux fastes d’un bal inaugural à Washington, on entendit Jade D. Vance, vice-président et disciple de Thiel, reconnaître l’influence profonde de ces thèses sur sa propre formation. Et tandis qu’Andreessen recrute en silence des hommes de confiance pour l’appareil gouvernemental, Musk, lui, conseille l’État américain comme s’il s’agissait d’un laboratoire d’ingénierie en quête de « redémarrage complet ».

Il importe donc de connaître cette doctrine, de nommer ses figures et d’examiner son dessein. Car les Lumières sombres s’enracinent dans les fissures de notre temps : crises économiques, migrations, divisions culturelles. Et, semblable à toutes les idées radicales, elle attend que l’histoire chancelante lui ouvre un passage. Alors, qu’on l’accueille ou qu’on la redoute, elle se présentera non comme une fantaisie marginale, mais comme l’une des grandes tentations de l’avenir.

Quand l’ombre éclaire : le paradoxe des Lumières sombres

Arrêtons-nous un instant sur le nom même que se sont donné les tenants de cette mouvance : Lumières sombres. On pourrait, avec un sourire, reprendre la remarque de MacDougald : il est difficile de parler sérieusement d’un mouvement qui porte un nom de roman gothique ou de plaisanterie adolescente – plus difficile encore lorsqu’à première vue il semble n’être qu’un marécage fiévreux de seigneurs féodaux en ligne, de programmeurs racistes et de petits fascistes de sous-sol attendant, dans la moiteur des forums, l’effondrement de la civilisation occidentale.

Pourquoi ce choix, sinon pour intriguer, pour provoquer ? Et cependant, ce n’est pas seulement une question de provocation ; c’est une déclaration de méthode, une sorte de manifeste implicite. Car qui, dans l’inconscient collectif, pourrait accueillir favorablement l’ombre ? Depuis toujours, l’ombre est perçue comme synonyme de peur, de danger, de nuit, d’ignorance : chacun cherche la clarté, chacun fuit l’obscurité. L’homme est attiré par la lumière comme le papillon par le feu, et le langage commun associe invariablement la clarté à la vérité, à la sécurité, à la vie.

La réponse réside dans le renversement des symboles. Depuis le dix-huitième siècle, la métaphore de la lumière est attachée aux Lumières : raison triomphante, foi dans le progrès, exaltation de l’égalité et de la démocratie. Mais pour les penseurs des Lumières sombres, cette clarté officielle n’est qu’un soleil trop éclatant qui aveugle au lieu d’éclairer. À l’instar de Platon, qui dans la caverne montrait des prisonniers fascinés par des ombres trompeuses, ils estiment que l’Occident vit sous l’illusion de sa propre lumière : une clarté qui dissimule la fragilité des institutions, une transparence qui cache la réalité nue du pouvoir.

Le philosophe britannique Nick Land le rappelle dès les premières lignes de son ouvrage, sobrement intitulé The Dark Enlightenment : « Les Lumières ne sont pas seulement un état, mais un événement et un processus. » L’« illumination » des Lumières ne se réduit pas à un simple épisode historique ; elle est un mécanisme vivant, qui se nourrit de lui-même et se confirme par ses propres évidences. Ce n’est plus la Renaissance, qui cherchait à ranimer la grandeur passée et à réveiller des sources anciennes ; les Lumières se proclament rupture, nouveauté pure, et elles n’invitent jamais à revenir mais toujours à dépasser. Dès lors, la simple reconnaissance de cette idée enferme déjà l’esprit dans une philosophie de l’histoire d’allure progressiste : l’homme éclairé n’a pas à douter du sens de l’histoire, il lui suffit d’admettre que certaines vérités sont « évidentes par elles-mêmes » et la route est tracée. Le conservatisme, par ce seul fait, devient une contradiction vivante : condamné avant d’avoir parlé, il se voit contraint de défendre ce que l’histoire a déjà jugé caduc.

La lumière moderne se veut irrésistible : ce qu’elle découvre devient aussitôt « auto-évident », au point d’exclure toute possibilité de retour. Dès lors, comme l’écrit Land, « les Lumières sombres, rétrogrades ou réactionnaires, relèvent presque de la contradiction intrinsèque ». La notion même d’« éclairage sombre » choque parce qu’elle semble contrevenir à cette logique auto-affirmative : comment un retour en arrière pourrait-il se dire illumination ?

Et pourtant, c’est précisément là que réside le geste : dans l’affirmation qu’il existe une autre clarté, non pas celle du progrès linéaire, mais celle d’une lucidité plus dure, plus exigeante. L’ombre, dès lors, n’est plus un néant, mais une autre forme de vision. Comme l’œil d’Hermès qui distingue dans la pénombre ce que l’homme ordinaire ne perçoit pas, les lumière sombre est l’art de voir ce que le jour trop violent efface. Elle revendique la lucidité contre l’illusion, le désenchantement contre l’optimisme. Les partisans de cette doctrine affirment que le noir n’est pas la fin de la clarté, mais son envers nécessaire : le clair-obscur où se révèlent les vérités que le discours officiel refuse de nommer.

Nick Land souligne que « la reconnaissance élémentaire des Lumières est déjà une histoire progressiste en miniature ». Reconnaître l’évidence des Lumières, c’est déjà se situer dans l’histoire racontée par les vainqueurs, celle du progrès irréversible. C’est aussi condamner d’avance toute tentative conservatrice à l’aporie, à ce qu’il appelle une « contradiction prédestinée ». Dès lors, les Lumières sombres n’apparaissent pas comme une nostalgie, mais comme une tentative de sortir du piège de cette téléologie. Ce n’est pas un appel à revenir en arrière, mais à explorer une voie autre, une rationalité inversée qui ose mettre en question le dogme selon lequel l’avenir doit nécessairement répéter le modèle des Lumières.

Il faut aussi entendre, derrière ce choix, une volonté de rupture symbolique. Parler de lumière sombre, c’est contester le monopole de la clarté progressiste ; c’est affirmer qu’il existe d’autres éclats que celui de la démocratie libérale. Comme les poètes romantiques voyaient dans la nuit une source d’inspiration et de vérité plus profonde que le jour banal, de même ces penseurs se veulent les héritiers d’un savoir nocturne, exigeant, cruel parfois, mais qu’ils jugent plus sincère que les promesses d’un avenir radieux.

Ainsi, l’ombre n’est pas choisie pour sa froideur, mais pour sa puissance critique. C’est une manière de dire : le vrai courage n’est pas de répéter les certitudes lumineuses de l’époque, mais de s’aventurer dans les ténèbres, de sonder ce que la société refoule, et de rapporter de ce voyage non pas des illusions, mais une vérité brute. C’est, pour reprendre les mots de Land, accepter que « le progrès n’est plus ce qu’il était » : que le progrès lui-même s’est vidé de sa promesse, et qu’il faut chercher ailleurs une nouvelle forme d’éclairage.

C’est là un geste intellectuel d’une audace extrême : affirmer que l’ombre peut éclairer mieux que la lumière, que l’obscurité n’est pas le silence de la vérité mais son révélateur, et que le regard qui ose s’y plonger peut discerner ce que l’œil de la foule ne perçoit jamais. Comme les anciens oracles qui vivaient dans les entrailles de la terre ou les prophètes qui scrutaient la nuit, les penseurs de cette mouvance proposent une lumière qui n’aveugle pas, mais qui révèle, une clarté qui ne flatte pas mais qui instruit.

Ainsi, le nom de Lumières sombres, si ridicule qu’il paraisse, n’est ni une contradiction gratuite ni un simple effet de style. Il est le symbole de la rupture avec les évidences, la déclaration d’une méthode qui refuse l’illusion d’une vérité imposée par le consensus ou par l’histoire officielle. C’est dans ce paradoxe même, dans cette audace de nommer la lumière à partir de l’ombre, que réside tout le sens de leur démarche intellectuelle : oser regarder ce que le monde moderne préfère ignorer.

En unissant les deux mots les plus incompatibles du langage humain – la lumière et l’ombre – les tenants de cette mouvance signifient qu’ils ne croient plus à la pureté de la première ni à la malignité de la seconde. C’est une manière de dire : nous ne craignons plus la nuit. C’est le cri de ceux qui pensent que la civilisation moderne, tout en se prétendant illuminée, s’est perdue dans un soleil faux, sans chaleur et sans âme.

Les Lumières sombres face à l’héritage des Pères fondateurs

Si l’on veut comprendre le surgissement des Lumières sombres aux États-Unis, il faut le mesurer à l’aune des principes qui guidèrent Jefferson, Hamilton, Madison et les autres architectes de la République. Car cette idéologie nouvelle, en exaltant l’élite et en méprisant l’égalité, ne surgit pas dans un vide : elle radicalise certains instincts fondateurs des États-Unis, et en trahit d’autres.

I. Jefferson et le rêve démocratique

Thomas Jefferson (1743-1826) concevait la démocratie américaine non comme un simple régime politique, mais comme la promesse d’une société d’hommes libres, petits propriétaires indépendants, maîtres de leurs affaires et aptes à participer à la chose publique. Pour lui, l’égalité des conditions – même imparfaite – n’était pas un idéal abstrait, mais la garantie la plus sûre de la liberté. Comme il l’écrivait dans une lettre adressée à James Madison en 1785 : « Je suis conscient que la division égale des biens est impraticable. Mais les conséquences de cette inégalité énorme – produisant tant de misère pour la majorité de l’humanité – sont telles que les législateurs ne sauraient inventer trop de moyens pour subdiviser la propriété... »

Ainsi, pour Jefferson, la démocratie ne se réduisait pas à des institutions ; elle était une éthique civique, un équilibre fragile entre autonomie individuelle et participation collective. Elle exigeait la vertu des citoyens et la responsabilité de chacun dans la conduite des affaires communes. L’égalité, loin d’être un simple idéal rhétorique, apparaissait comme le socle indispensable de toute liberté durable, le fondement sur lequel pouvait se bâtir une société capable de résister aux tyrannies et aux excès du pouvoir.

Les penseurs néo-réactionnaires comme Yarvin ou Land, au contraire, rejettent l’égalitarisme comme principe fondateur. Ils ne rêvent pas d’une société de petits citoyens autonomes, mais d’un royaume hiérarchisé où une élite technologique gouvernerait une masse réduite au rôle d’usagers. Ce n’est plus une continuité, mais une trahison : là où Jefferson fonde la démocratie sur la vertu civique, ces nouveaux philosophes substituent la technocratie à la volonté populaire.

II. Hamilton et l’aristocratie des talents

Alexander Hamilton (1755-1804), en homme de lucidité politique et de fermeté, se montrait profondément méfiant à l’égard de la multitude. Loin de croire à l’innocence des passions populaires ou à l’illusion d’une sagesse spontanée, il estimait que la République ne pouvait se fonder que sur une aristocratie naturelle : une élite de talents, de fortunes et de vertus, capable de guider la nation avec clairvoyance et autorité. Comme il l’écrivait dans les Federalist Papers, « Le peuple est turbulent et changeant ; il juge rarement correctement et ne détermine que rarement ce qui est juste ». Pour Hamilton, la stabilité de l’État exigeait que la lumière de la raison et de la compétence éclaire le chemin que le peuple, parfois aveuglé par ses passions, ne saurait tracer lui-même.

Hamilton entendait protéger l’État par la lumière de la raison et de la compétence, tout en maintenant un équilibre entre peuple et élite. Les Lumières sombres reprennent son intuition en glorifiant le rôle des élites, mais elles en radicalisent le principe : là où Hamilton concevait contrepoids et médiation, les néo-réactionnaires rêvent d’abolir la souveraineté populaire elle-même.

III. Madison et l’art des contre-pouvoirs

James Madison (1751-1836), que l’on considère comme l’un des pères de la Constitution américaine, percevait la démocratie comme un fragile édifice, constamment menacé par l’avidité des hommes et l’ambition des groupes. Selon lui, elle ne pouvait survivre que grâce à la séparation rigoureuse des pouvoirs et à la multiplication des freins et des contrepoids, ces mesures institués pour que nul ne s’arroge une autorité absolue : « L’ambition doit être contrée par l’ambition. » La vigilance institutionnelle, pour Madison, n’était pas un simple outil technique : elle constituait le cœur même de la survie de la liberté. Aucun homme, aucun groupe, aucune passion n’était autorisé à dominer sans limite, car la démocratie, sans garde-fous, se transforme aussitôt en tyrannie.

Les Lumière sombres, au contraire, proposent une concentration radicale : l’État conçu comme une entreprise, gouverné par un seul dirigeant ou une petite oligarchie, sans contre-pouvoirs véritables. C’est là une négation du cœur même de l’expérience américaine : la croyance qu’on ne peut préserver la liberté qu’en divisant le pouvoir.
Le paradoxe américain : entre radicalisation et trahison

Les Lumières sombres représentent une étrange et puissante synthèse des tensions enfouies dans l’histoire américaine. Elles incarnent, à la fois, une radicalisation de l’instinct aristocratique que Hamilton portait en lui, poussée jusqu’au mépris ouvert de la démocratie ; une trahison de l’idéal égalitaire de Jefferson, remplacé par une vision darwinienne où l’inégalité n’est plus un accident mais une loi voulue ; et une négation de la sagesse institutionnelle de Madison, qui voyait dans la complexité des équilibres la condition même de la liberté.

Ce qui frappe, c’est que ces Lumières sombres, loin d’être étrangères à l’esprit américain, en révèlent les tensions internes. C’est le pays où l’égalité des conditions est la plus extrême, et où la passion pour la supériorité aristocratique se cache toujours dans l’ombre, prête à surgir lorsque le jour de la démocratie se fait trop éclatant. Depuis toujours, les États-Unis oscillent entre l’amour de la liberté populaire et l’adoration des élites. La Silicon Valley, en renouant avec la tentation oligarchique, ne fait que cristalliser cette ambiguïté constitutive. Tocqueville l’avait lui-même noté :

« Je pense que les peuples démocratiques ont un goût naturel pour la liberté ; livrés à eux-mêmes, ils la cherchent, ils l’aiment, et ils ne voient qu’avec douleur qu’on les en écarte. Mais ils ont pour l’égalité une passion ardente, insatiable, éternelle, invincible ; ils veulent l’égalité dans la liberté, et, s’ils ne peuvent l’obtenir, ils la veulent encore dans l’esclavage. Ils souffriront la pauvreté, l’asservissement, la barbarie, mais ils ne souffriront pas l’aristocratie. »

Ainsi, les Lumières sombres, que l’on pourrait réduire à une simple technophilie du vingt-et-unième siècle, apparaissent en réalité comme l’héritier paradoxal de l’Amérique elle-même. Elle puise chez Hamilton l’amour des élites, mais le pousse jusqu’à l’abolition de la souveraineté populaire ; elle renverse l’idéal de Jefferson, en glorifiant l’inégalité plutôt que la vertu civique ; elle détruit l’édifice de Madison, en rêvant d’un pouvoir concentré, exempt de freins et de contrepoids.

Par ce double visage, profondément américain par ses racines et anti-américain par ses conséquences, les Lumières sombres révèlent la véritable nature de l’histoire américaine : non pas celle d’une démocratie triomphante, mais celle d’une lutte incessante et tragique entre la tentation aristocratique et l’idéal égalitaire, entre le désir de domination et l’aspiration à la liberté. Elles nous rappellent que l’histoire d’une nation n’est jamais linéaire, et que la clarté des Lumières peut toujours, paradoxalement, naître de l’ombre.

vendredi 2 janvier 2026

L’ordre mondial, instauré en 1945, touche à sa fin



par Carlos X. Blanco


Ce bref essai, résumé de ce que j’ai exposé dans plusieurs ouvrages, vise à présenter une critique exhaustive et radicale de l’ordre international dirigé par les États-Unis depuis 1945. Il argue que cet ordre est en train de vivre un processus terminal d’agonie, comparable à celui d’un malade en fin de vie, causant misère et désastre autour de lui. Il s’articule autour de plusieurs axes d’analyse :

1. L’ordre d’après-guerre et le rôle de l’URSS

Après la défaite du IIIème Reich en 1945, les États-Unis imposèrent leur Pax Americana, mais de façon incomplète en raison du contrepoids soviétique. Le rôle crucial de l’Union soviétique dans la défaite du nazi-fascisme en Europe et dans l’évitement d’une Troisième Guerre mondiale immédiate contre les puissances anglo-américaines, y est souligné et a eu un coût humain énorme. L’URSS a créé un «Deuxième ordre mondial» qui a regroupé des pays en processus de décolonisation, en opposition aux prétentions universelles américaines.

2. L’idéologie comme instrument et le concept de «totalitarisme»

Dans mes textes, je démonte la primauté de l’idéologie dans l’analyse géopolitique, la présentant comme un facteur mobile et utile. Je signale que le capitalisme impérialiste anglo-saxon a initialement financé des régimes comme ceux d’Hitler et de Staline, puis les a diabolisés comme «totalitaires» dès que le conflit a éclaté. Le concept de «totalitarisme», élaboré par des intellectuels comme Hannah Arendt, y est analysé comme une arme conceptuelle de l’Occident libéral. Sa véritable fonction n’est pas de décrire des similitudes structurelles entre le nazisme et le bolchevisme (des régimes différents, séparés par des abîmes), mais de stigmatiser comme «totalitaire» tout régime non libéral et non soumis à l’hégémonie américaine. Cela est habile, et cette synonymie est essentielle pour comprendre la Guerre froide et sa poursuite.

3. L’évolution après la chute de l’URSS

Avec la disparition de l’URSS (1989–1991), l’«Hégémon» libéral (première théorie politique, selon Alexandre Douguine) a perdu son contrepoids socialiste (deuxième théorie politique). L’arsenal philosophico-politique accumulé a été réorienté pour présenter le fascisme (troisième théorie politique) comme la seule alternative au monde «libre», simplifiant le discours jusqu’à poser l’alternative suivante : «libéralisme ou barbarie (fasciste)». Tout pays qui ne s’aligne pas sur les États-Unis peut être qualifié de «totalitaire» ou d’«autocratique», comme c’est le cas aujourd’hui, selon le contexte, avec la démocratie multipartite russe ou le système politique chinois.

4. La décadence et le caractère prédateur de l’Occident

Le capitalisme occidental, notamment dans sa version tardive et financière, est décrit comme étant en phase d’épuisement. C’est un système improductif, basé sur la dette et parasitaire, dont la crise de 2008 a révélé la nature «génocidaire et inviable». Les États-Unis, en tant que débiteur maximal, soumettent d’autres pays par ce système. La mondialisation n’a pas été la création d’un creuset mondial, mais l’imposition du mode de vie américain, un processus qui, conjointement avec la «religion holocaustique» (la sacralisation de l’Holocauste juif transformé cyniquement en religion civile universelle, conférant simultanément une impunité morale au sionisme), a servi à l’endoctrinement et à la domination.

Le mythe de la supériorité morale, technologique et militaire de l’Occident s’effrite. Sur le plan moral, les États-Unis violent le droit international ; sur le plan technologique, ils prennent du retard face à l’Asie, en particulier la Chine ; militairement, ils manquent de capacités de combat terrestre et de résilience comme la Russie, qui possède une expérience de guerres défensives pour sa survie, contrairement aux campagnes impérialistes ratées des États-Unis (Vietnam, Afghanistan).

5. L’OTAN comme instrument agressif et dangereux pour l’Europe

Créée en 1949 comme alliance «défensive», l’OTAN est devenue une organisation agressive et expansionniste, compromettant la souveraineté et la sécurité des peuples européens. Le bombardement de la République fédérale de Yougoslavie en 1999, avec des milliers de civils morts et l’utilisation d’uranium appauvri, a marqué un tournant, montrant que l’OTAN attaque des États souverains européens. La guerre en Ukraine (commencée en 2014 avec Euromaïdan) en est une autre manifestation. Être dans l’OTAN ne garantit pas la sécurité, mais éveille la peur, car cela oblige les États membres à se militariser à nouveau et à s’enliser dans des conflits (comme en Ukraine) qui servent les intérêts de Washington, pas ceux de l’Europe. L’OTAN et l’UE ont perdu toute légitimité morale pour donner des leçons sur les droits de l’homme.

6. Le nouveau modèle de domination : les États artificiels-terroristes (les «porte-avions statiques»)

Face à leur déclin et leur incapacité à mener des guerres conventionnelles victorieuses, l’Empire occidental adopte un modèle de «guerre hybride» qui ressemble au terrorisme d’État. Le modèle est Israël : un État artificiel, fortement militarisé et agressif, qui fonctionne comme un «porte-avions statique» incrusté dans une région stratégique. Ce modèle se reproduit avec des entités comme le Kosovo, l’Ukraine post-Euromaïdan ou le «Grand Maroc». Ce sont des «États-poubelle» ou «États faillis», créés ou instrumentalisés pour semer le chaos, affronter des ennemis (Russie, Chine, Iran) et servir de plateformes d’agression. Le Maroc, avec le soutien des États-Unis, de la France et d’Israël, se présente comme la partie d’une tenaille qui se complète avec Israël, pour étrangler la Méditerranée, ce qui constitue une grave menace pour l’Espagne et le sud de l’Europe.

7. La destruction culturelle et sociale auto-destructive de l’Europe occidentale

L’Europe occidentale a été victime d’un changement culturel massif orchestré par les États-Unis : l’«americanisation» ou la «mondialisation». Cela a mené à :

a) L’arrêt de l’activité productive : délocalisations industrielles, domination de la financiarisation (fonds comme BlackRock) et une économie basée sur la dette et le tourisme cancérigène (exemple : Espagne).

b) L’arrêt de l’activité reproductrice : hiver démographique, remplacement de la population par une migration massive (parfois utilisée comme arme contre l’Espagne, par exemple par le Maroc), trafic d’êtres humains et perte de l’identité culturelle.

c) La défaillance de la capacité défensive : dépendance militaire à l’OTAN, forces armées nationales affaiblies et engagées dans des missions étrangères, tandis que les frontières réelles (Ceuta, Melilla, côtes méditerranéennes face à l’Afrique) restent non protégées.

L’«âme» de l’Europe est morte, car le triptyque fondamental : produire, avoir des enfants et manier des armes pour la défense nationale légitime, a été brisé.

8. Conclusion et perspectives

L’ordre mondial unipolaire touche à sa fin. Face à la décadence occidentale, émergent des modèles alternatifs (comme le capitalisme planifié ou le socialisme de marché de la Chine) et un bloc potentiel comme les BRICS. L’Europe doit se réveiller, rejeter la soumission aux États-Unis et à l’OTAN, et retrouver sa souveraineté, sa capacité productive, son identité culturelle et restaurer sa défense nationale. Elle doit cesser d’être «Occident» et se redécouvrir comme une civilisation parmi d’autres, avec le droit à son histoire et à ses traditions. La voie actuelle mène à la guerre, à la destruction et à la colonisation intérieure. Mes textes publiés se terminent souvent par une mise en garde contre la création de futurs «États-artificiels» (comme une Catalogne indépendante), qui pourraient servir de nouveaux «porte-avions» pour soumettre des populations appauvries et aliénées. L’avenir dépendra de la capacité de l’Europe à refuser la guerre, le génocide et l’exploitation, et à reprendre le contrôle de son destin.

Source : Socialismo y multipolaridad via Euro-Synergies



jeudi 1 janvier 2026

Feliz Ano Novo 🙄

 



Carlos Latuff, né le 30 novembre 1968 à Rio de Janeiro, est un dessinateur brésilien, auteur de caricatures politiques.


Il est temps de dissoudre l’Union européenne




par Larry C. Johnson

L’Union européenne est hors de contrôle et complètement déconnectée de la réalité. Elle vient d’annoncer un nouveau train de sanctions contre des individus et des groupes qui refusent d’avaler sa propagande sur l’Ukraine.

J’ai été particulièrement choqué et indigné par sa décision de sanctionner le colonel Jacques Baud :

« Jacques Baud, ancien colonel de l’armée suisse et analyste stratégique, est un invité régulier des programmes de télévision et de radio pro-russes. Il sert de porte-voix à la propagande pro-russe et diffuse des théories du complot, par exemple en accusant l’Ukraine d’avoir orchestré sa propre invasion afin de rejoindre l’OTAN.

Par conséquent, Jacques Baud est responsable de la mise en œuvre ou du soutien d’actions ou de politiques imputables au gouvernement de la Fédération de Russie qui portent atteinte ou menacent la stabilité ou la sécurité dans un pays tiers (l’Ukraine) en recourant à la manipulation et à l’ingérence informationnelles. »

On mesure la gravité d’un abus de pouvoir flagrant lorsque le Dr Gilbert Doctorow et moi-même sommes en parfait accord…

Voici une partie du message que Gil a envoyé au juge Napolitano et à plusieurs d’entre nous qui apparaissons régulièrement dans son podcast :

« Il y a une heure, un de mes abonnés m’a informé que l’UE vient d’inscrire Jacques Baud sur sa liste de sanctions, aux côtés de commerçants en pétrole russe ! Baud est visé pour « diffusion d’informations fausses » sur le régime de Kiev.

Voici une citation du site de Radio Free Europe aujourd’hui. »

Ces sanctions signifient que Baud, qui est suisse, ne pourra plus obtenir de visa pour entrer dans l’UE. Et ce n’est pas tout.

Les sanctions imposées à Baud pourraient, avec la même justification, être appliquées à toutes les personnes qui animent ou participent à Judging Freedom, ainsi qu’à la plupart des médias alternatifs.

Cela doit être porté à l’attention de J.D. Vance et d’Elon Musk – c’est un argument de poids pour ceux qui affirment à juste titre que l’Union européenne doit être dissoute, car elle est devenue un projet de guerre et pratique une censure féroce à l’intérieur comme à l’extérieur de ses frontières.

Je partage l’indignation de Gil. Le colonel Baud est un érudit et un gentleman. Dire la vérité sur les néo-nazis qui infestent le gouvernement ukrainien n’est pas un crime… C’est le devoir de toute personne attachée à la vérité. Les minuscules crétins qui occupent des postes de direction dans l’UE ne sont rien d’autre que des autoritaires néo-fascistes qui projettent sur la Russie leurs propres intentions malveillantes. Il appartient aux peuples des pays membres de l’Union européenne de destituer ces clowns et de réaffirmer le droit à la liberté d’expression.



Meilleur Vœu pour 2026 : Abolition de l’Union européenne !





Pendant que l’Union européenne colle 120 millions d’amende à X parce que « pas assez transparent » (traduction : on veut fouiller partout), Elon Musk balance la bombe :

« L’Union européenne doit être abolie et la souveraineté rendue aux pays. » Et là, tout le monde en France fait : « … bah ouais, en réalité il a raison. »

Preuves concrètes que même ta grand-mère de Saint-Brieuc le sent dans ses tripes :

L’électricité qui coûte 4 fois plus cher qu’avant « pour sauver la planète »
→ merci les normes bruxelloises, on crève de froid mais on est écolo sur le papier.

Ton tracteur qui doit passer au contrôle technique tous les ans alors qu’il a 30 ans
→ merci l’UE, les agriculteurs adorent payer 400 € pour qu’on leur dise que leur Massey Ferguson n’est « pas aux normes européennes ».

Ton paquet de cigarettes à 13 € et ta baguette qui frôle les 1,50 €, ton plein de gazole qui te ruine
→ mais chut, c’est pour « l’harmonisation du marché intérieur ».

Tu veux pêcher deux maquereaux dans ton coin ? Non, non, quota européen, tu rends le poisson ou tu payes l’amende.

Tu veux rénover ta maison ? 47 formulaires, 12 normes différentes selon le pays d’où vient ta fenêtre, et si tu te trompes d’isolant, 10 000 € d’amende. Merci qui ? Merci Bruxelles !

Ton vieux poêle à bois de grand-père ? Interdit dès 2026 si il n’est pas « Éco-design 2022 ». Tu dois en racheter un à 8 000 € made in Allemagne ou brûler des bûches certifiées « PEFC » à 600 € le stère.

Tu veux vendre ton miel maison au marché ? Obligé d’avoir un labo agréé à 40 000 € minimum, étiquetage en 24 langues, et analyse tous les 6 mois à 300 € le pot. Résultat : seuls les gros industriels vendent du miel.

Tu fabriques du saucisson artisanal ? L’UE t’impose maintenant la même norme d’hygiène que les usines de 500 salariés. Alors, 70 % des petits charcutiers ont fermé en 10 ans.

Ta tondeuse à gazon essence ? Bannie dans beaucoup de villes dès 2027 à cause de la norme « émissions stage V ». Tu devras prendre une électrique à batterie chinoise qui dure 30 minutes.

Tu veux faire une extension de 15 m² chez toi ? Dossier « permis de construire » de 80 pages + étude thermique + architecte obligatoire = 6 mois de délai et 5 000 € de frais avant même de poser une brique.

Le comble : l’UE a interdit les ampoules à incandescence, puis les halogènes, puis certaines LED… Résultat : tu payes 12 € une ampoule qui claque au bout de 6 mois au lieu de 1 € celle qui durait 10 ans.

Tu es éleveur de poules ? Maximum 9 poules par foyer dans certaines régions à cause des normes « bien-être animal »… mais les supermarchés importent des œufs de batterie ukrainiens sans problème.

Tu veux vendre des plants de tomates au troc-plantes du village ? Interdit si pas de « passeport phytosanitaire européen » à 200 € par variété.

Ton fromage préféré au lait cru ? Risque d’être interdit parce que la norme bactério dit « dangereux »… mais on autorise le Coca Zéro avec 14 additifs chimiques.

Et la cerise sur le gâteau : l’UE prépare la taxe carbone aux frontières… Ce qui va faire exploser le prix de tout ce qui vient d’Asie (vêtements, téléphones, jouets de Noël). Prépare le portefeuille, ça va piquer grave.

Et le pompon : on t’interdit le Nutella « trop de gras » mais on importe de l’huile de palme indonésienne à tour de bras.
Logique européenne, niveau champion.

Pendant ce temps, à Bruxelles, 27 000 fonctionnaires (payés 10 000 € par mois + avantages) décident combien de courbures doit avoir ta banane et si ton fromage au lait cru a le droit d’exister.

Franchement, qui a encore envie de cette prison dorée où on n’a plus le droit de décider de RIEN chez soi ? Elon (on l'apprécie ou pas) a juste dit la phrase que tout le monde murmure au bistrot :

« L’UE nous étouffe. Point. » Et là, pour une fois qu’un mec friqué dit la vérité au lieu de lécher les bottes des bureaucrates, on va quand même pas lui donner tort ? Allez, on abolit cette usine à normes et on rend la France aux Français.

Anna.

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L’Union européenne a franchi le Rubicon 
Implosion ou guerre à suivre ?



par Levana Zigmund



« Alea iacta est » – « Les dés sont jetés » – aurait dit Jules César en janvier 49 av. J.-C., en traversant le fleuve Rubicon à la tête de la VIIIe légion Gemina. Suivirent, en succession rapide, la guerre civile, l’installation de César comme dictateur perpétuel – et son assassinat, cinq ans plus tard, le 15 mars 44 av. J.-C.

L’expression « franchir le Rubicon » est restée dans l’histoire pour désigner un geste interdit, une violation majeure de la loi aux conséquences incalculables et potentiellement fatales.

C’est l’expression qu’utilisent de nombreux commentateurs pour décrire ce que fait aujourd’hui la Commission européenne. D’autant plus que la VIIIe légion Gemina avait été constituée par César pour attaquer la confédération des Belgae – et qu’aujourd’hui, c’est précisément la Belgique qui joue un rôle central dans les événements, à la fois comme principal opposant aux plans de la Commission européenne d’utiliser les actifs russes pour financer l’Ukraine, et comme pays d’accueil des institutions les plus importantes de l’Union européenne.

La réalité – telle qu’elle ressort des journaux – est que nous sommes arrivés, semble-t-il, à un point culminant, ou de tournant, dans l’évolution de l’Union européenne. La question de la guerre en Ukraine et, étroitement associée, celle du financement de l’Ukraine, atteignent ces jours-ci leur paroxysme, et les initiatives de la Commission européenne accroissent massivement les tensions entre les États membres et Bruxelles.

Contournement de l’unanimité et renversement de la procédure

La dernière décision prise, en passant outre le vote négatif de la Hongrie et de la Slovaquie, est le gel permanent des actifs russes, qui ne pourront être débloqués que par un vote unanime des États membres de l’UE.

Sur le plan procédural, la règle de l’unanimité a été contournée par l’invocation de l’article 122 du traité – parce qu’il existerait une « situation d’urgence » qui permet à la Commission des pouvoirs exorbitants. Bien sûr, tout le monde n’est pas d’accord avec cette interprétation ; certains disent que la guerre entre deux pays non membres de l’UE, la Russie et l’Ukraine, ne peut constituer une « situation d’urgence » justifiant l’activation de l’article 122.

Nous assistons plutôt à un abus de pouvoir flagrant de la part de la Commission, décidée à passer outre toute opposition pour mettre en œuvre ses plans d’armement, de guerre et, surtout, de monopolisation de la décision économique et politique entre les mains de la bureaucratie de Bruxelles, indépendamment de la volonté souveraine des États membres.

Une analyse parue dans The European Conservative souligne :

« La Commission soutient que l’impact de la guerre sur l’UE justifie l’activation de l’article 122, en montrant que le maintien de la stabilité financière de l’Union impose un fondement juridique exceptionnel et la prise de mesures rapides, en dehors du processus institutionnel normal – ce qui suppose aussi le contournement du Parlement européen. Mais plusieurs diplomates ont reconnu, en privé, que cette interprétation est une extension sans précédent des dispositions du traité. Lier une clause d’urgence à un conflit militaire entre pays étrangers est un saut conceptuel qui, beaucoup le craignent, deviendra un instrument permanent pour contourner la règle de l’unanimité chaque fois que Bruxelles trouvera que cela lui convient, politiquement. »

Comme le note l’article, le geste de la Commission vient confirmer les avertissements du Premier ministre hongrois Viktor Orbán : « Les Bruxellois franchissent le Rubicon » – « cela causera des préjudices irréparables à l’Union ».

Sur le fond, nous assistons à un renversement du processus décisionnel : au lieu que les paquets de sanctions contre la Russie et le blocage des actifs russes soient votés tous les six mois et adoptés sous condition d’unanimité, désormais les actifs russes restent gelés jusqu’à ce que tous les pays membres votent leur déblocage.

De plus, ces actifs (environ 150 milliards d’euros) ne seront restitués à la Russie qu’après que celle-ci aura payé des réparations de guerre à l’Ukraine, estimées par la Commission européenne entre 500 milliards et un billion d’euros. Aucune de ces variantes ne semble probable : ni le déblocage des actifs par vote, ni que la Russie paie des réparations, surtout dans ces conditions.

Le problème reste désormais de savoir comment la Commission européenne pourra utiliser ces fonds pour l’Ukraine – manœuvre contre laquelle ont averti à la fois Euroclear et le gouvernement belge, ainsi que le Fonds monétaire international, la Banque centrale européenne et le gouvernement des États-Unis d’Amérique. Dans ce dernier cas, la Commission a été mise en garde qu’une telle mesure illégale aggraverait les relations avec la Russie au moment où le président Donald Trump fait des efforts majeurs pour parvenir à la paix. Le Japon – que la Commission européenne a essayé d’attirer dans le schéma, comme détenteur d’actifs russes – a refusé et a signalé, à son tour, les risques.

Mais la Commission européenne ignore tous ces avertissements. L’obstacle principal immédiat à ses plans reste la Belgique, qui continue de s’opposer à cette mesure considérée non seulement comme illégale, mais absolument catastrophique pour l’avenir financier et géopolitique de l’Europe.

Selon un reportage de Politico, la Belgique a été rejointe désormais par l’Italie, Malte et la Bulgarie, qui, dans un document présenté officiellement à Bruxelles, « invitent la Commission et le Conseil à continuer d’explorer et de discuter des options alternatives pour répondre aux besoins financiers de l’Ukraine, options qui respectent le droit de l’UE et le droit international, dans des paramètres prévisibles et avec des risques beaucoup plus faibles, à partir d’un prêt accordé par l’UE ou de solutions temporaires ».

Un précédent extrêmement dangereux

Comme le dit le Premier ministre hongrois dans le même post, la violation de la règle de l’unanimité constitue un précédent extrêmement dangereux :

« Par la décision d’aujourd’hui, dans l’Union européenne l’État de droit prend fin, et les leaders de l’Europe se placent au-dessus de la loi. Au lieu d’assurer le respect des traités UE, la Commission européenne viole systématiquement le droit européen. Elle fait cela pour continuer la guerre en Ukraine, une guerre qui est clairement impossible à gagner. Tout cela se passe au grand jour, à moins d’une semaine de la réunion du Conseil européen, l’organe décisionnel le plus important de l’Union, qui réunit tous les chefs d’État et de gouvernement. Avec cela, dans l’Union européenne l’État de droit est remplacé par la dictature des bureaucrates. Autrement dit, s’est instaurée la dictature des Bruxellois. »

Les analystes politiques bien connus Alexander Mercouris et Alex Christoforou, discutant la situation sur la plateforme The Duran – sous un titre qui fait aussi allusion aux excès de Jules César : « L’UE franchit le Rubicon » – signalent quelques-uns des risques essentiels causés par ce précédent.

D’abord, commente Mercouris, la Commission européenne a déjà alloué, dans un document qu’elle essaiera d’imposer aux États membres à la réunion du Conseil européen du 18 décembre 2025, la part de dette qui reviendrait à chaque État membre du paquet de 210 milliards d’euros que prépare l’UE pour couvrir les risques associés au détournement des actifs russes. Dans l’allocation de la Commission, à l’Allemagne, par exemple, reviendrait une dette d’environ 52 milliards, et à la Hongrie – qui a voté contre ces manœuvres – environ deux milliards. La Roumanie figure sur la liste avec 4,4 milliards d’euros.

Le plan B, au cas où l’on ne passerait pas outre l’opposition de la Belgique (et, désormais, de l’Italie, Malte et la Bulgarie) concernant la réallocation des actifs russes, est que l’Union européenne émette, par la Commission européenne, un prêt commun des États membres. Cela ne peut se faire sans l’approbation de chaque pays en particulier – pays déjà extrêmement endettés, qui devraient assumer de nouvelles dettes mises sur les épaules de leurs propres citoyens. Mais la Commission a déjà franchi le Rubicon ; tout devient possible.

Dans les deux cas, il s’agit de dettes imposées de force, souligne Mercouris, chose qui ne s’est faite dans l’histoire qu’en situation de guerre. Ce qui n’est pas le cas actuellement. Aucun pays membre de l’UE n’est aujourd’hui en état de guerre. De plus, les États-Unis et la Russie font des efforts de paix en Ukraine – la guerre externe de l’Union européenne dont la Commission se prévaut pour activer l’article 122 du traité (le même article sur lequel elle s’est basée aussi pendant la crise Covid pour conclure ces contrats douteux avec les producteurs de vaccins).

Or, selon tous les indices, ce sont précisément ces tentatives de mettre fin à la guerre en Ukraine qui dérangent profondément les élites de Bruxelles. La « situation d’urgence » sur laquelle se fondent les pouvoirs exorbitants que s’arrogue l’UE est, semble-t-il, le risque de la paix, et non celui d’une guerre.

Deuxièmement, attire l’attention Mercouris, cette imposition de dettes sur les États membres est un saut énorme en avant vers la réalisation de l’ancien plan de Bruxelles de percevoir ses propres taxes – chose qu’elle ferait désormais pour s’assurer du remboursement des prêts. Dans un tel scénario, les citoyens des États membres paieront des taxes non seulement à leur propre État, mais aussi à Bruxelles. Comme dans une fédération – ce que l’UE n’est pas, mais, avec ce précédent, elle s’en approche, formellement ou informellement.

Enfin, rappelle Mercouris, l’Union européenne est une structure bureaucratique créée par des lois, par des traités. Ce n’est pas une union organique ; ce n’est pas un État national. L’UE n’existe que sur la base de traités – c’est un construct juridique auquel les pays ont adhéré dans la forme et avec les conditions exposées dans les instruments ratifiés.

Or, aujourd’hui, Bruxelles viole exactement ces fondements juridiques qui ont permis la création de l’Union européenne, et le fait en promettant non la paix et la prospérité – le « projet européen » qui a convaincu les États membres d’adhérer – mais la guerre. Ce sont des prémisses qui légitiment tout pays membre à reconsidérer son appartenance à un bloc qui ne respecte ni les fondations juridiques, ni les objectifs fondateurs.

Memento mori

Sur ce fond, les inquiétudes concernant l’avenir de l’Union européenne deviennent palpables et les analyses inquiètes se multiplient des deux côtés du différend concernant les initiatives de la Commission.

Euronews, par exemple, a publié ces derniers jours un inventaire de ce que reçoivent et ce que donnent les pays membres, avec la conclusion – qui coïncide, par hasard, avec la prémisse – que, dans tous les cas, être membre de l’UE est, globalement, un gain. Bien qu’on ne nous dise pas ce qui a motivé ce passage détaillé en revue de chiffres datant de 2023, il semble évident que l’article a été publié comme memento, au cas où, dans l’atmosphère de plus en plus chargée, quelqu’un se demanderait : « et pourtant, au final… ? ».

L’article montre que, bien que « l’UE permette aux pays membres de réaliser plus ensemble que ce qu’ils feraient en agissant indépendamment », il existe des pays bénéficiaires nets (pays qui reçoivent plus qu’ils donnent, concentrés à l’est de l’Europe) et des pays contributeurs nets (qui donnent plus qu’ils reçoivent, concentrés à l’ouest et au nord).

Par manque d’espace, je ne reprends pas ici les nombreux tableaux et graphiques qui accompagnent l’analyse d’Euronews, mais l’article est plein d’informations numériques qui méritent d’être consultées – bien que tous les chiffres datent de 2023, donc ils ne reflètent pas les efforts financiers colossaux faits par les pays membres ces deux dernières années ni la régression économique enregistrée depuis 2023 – encore moins les dettes énormes dont les pays membres devront s’alourdir dans la période suivante pour financer la guerre en Ukraine selon les décisions de la Commission.

Mais nous apprenons, par exemple, que, selon la Commission européenne, les quatre plus grands pays contributeurs nets au budget UE ont été, en 2023, l’Allemagne (33,8 milliards d’euros), la France (25,8 milliards), l’Italie (18,8 milliards) et l’Espagne (13,6 milliards).

Le top des bénéficiaires nets est mené par la Pologne (7,1 milliards d’euros), la Roumanie (5,9 milliards d’euros), la Belgique (4,8 milliards), la Hongrie (4,4 milliards) et la Grèce (3,9 milliards).

En termes de sommes propres, les pays qui ont reçu le plus d’argent de l’UE en 2023 sont la France (16,5 milliards), la Pologne (16,5 milliards), l’Allemagne (14 milliards), l’Italie (12,8 milliards) et l’Espagne (12,1 milliards).

Nous trouvons aussi une ventilation par habitant : combien d’euros a donné et, respectivement, reçu, par tête, chaque État membre en 2023. Parmi les bénéficiaires nets, le Luxembourg, par exemple, a reçu 3 769 euros et a donné 688 ; la Roumanie a reçu 454 et a donné 147. La France, d’autre part, a donné 378 et a reçu 242, tandis que l’Allemagne a donné 403 et a reçu 168.

Et si…
En contrepoint, pourrait-on dire, à cet article préventif d’Euronews, The European Conservative publie deux analyses – préventives elles aussi, mais dans le sens contraire – signées par l’économiste Sven R. Larson, avec les titres suivants : « Si le souhait d’Elon Musk se réalisait : Les réalités économiques d’une Europe sans UE » et « L’Europe survivrait-elle sans euro ? ».

Comme il ressort du premier titre, le prétexte des analyses de Larson est donné par le récent échange digital de gifles entre le multimilliardaire Elon Musk et les bureaucrates de l’Union européenne. Le match est de longue date, mais le dernier round a aussi un lien avec l’amende de 120 millions d’euros que l’UE veut appliquer à Musk parce que la plateforme X violerait la loi européenne sur la sécurité et la transparence de l’activité en ligne (Digital Services Act – DSA).

Réagissant – bien que non à l’amende appliquée à sa plateforme, mais à celles appliquées par Bruxelles à la Hongrie parce qu’elle refuse de se soumettre aux politiques d’immigration – Musk a tweeté sur l’ancien Twitter que l’Union européenne devrait être abolie et que les pays membres devraient récupérer leur souveraineté.

Commentaire qui n’aurait pas été si dérangeant – quel que soit Musk – s’il ne s’était pas assorti parfaitement (comme le souligne un article paru dans TechPolicy, plateforme soutenant le DSA et la sanction appliquée par l’UE à Musk) avec la Stratégie de sécurité nationale des États-Unis d’Amérique récemment publiée, qui déplore le « déclin civilisationnel de l’Europe » et les comportements « antidémocratiques » de Bruxelles et annonce l’intention du gouvernement américain de soutenir les « mouvements de résistance » dans les États membres contre la bureaucratie de Bruxelles.

La stratégie américaine a beaucoup dérangé les élites de Bruxelles, mais, semble-t-il, pas les citoyens des États européens. Au contraire ; Politico, autre organe de presse allié de la Commission européenne et qui, par malheur, a pris il y a quelques jours une interview au président Trump, publie les résultats d’un sondage effectué au Canada, aux États-Unis et dans « les trois plus grandes économies européennes » – l’Allemagne, la France et le Royaume-Uni –, dont il ressort que Donald Trump est « le leader politique le plus populaire en Europe ».

Ainsi, 53 % des Allemands, 54 % des Britanniques et 43 % des Français croient que l’élection de Donald Trump à la Maison-Blanche a eu un effet plus significatif pour leur propre pays que l’élection, selon le cas, du chancelier Friedrich Merz, du premier ministre Keir Starmer ou du président Emmanuel Macron.

En même temps, environ 70 % des Allemands, Britanniques et Français sont d’accord avec Trump pour dire que leurs leaders respectifs sont « faibles », et la majorité, dans chacun des trois pays, croit que leurs propres dirigeants devraient s’aligner sur les politiques du président américain.

Les évolutions invitent donc à des questions concernant l’avenir de l’Union européenne. L’économiste Sven R. Larson examine, du point de vue économique, ce qui se passerait – purement théoriquement, juste comme idée, académiquement, comme hypothèse – si la suggestion de Musk devenait réalité. Suggestion révolutionnaire à des temps révolutionnaires – car franchir le Rubicon est, par définition, un acte révolutionnaire : c’est la violation flagrante et pleine de risques – y compris le risque d’opposition, de fracture et d’effondrement – d’un statu quo réglementé.

Cela étant dit, j’inclus ci-dessous les deux analyses de Larson, traduites en français. Le premier article analyse les bénéfices et les pertes des pays membres en cas d’un tel événement ; le second, les effets possibles de la suppression, par voie de conséquence, de la monnaie commune, l’euro.

• Si le souhait de Musk se réalisait : Les réalités économiques d’une Europe sans UE par Sven R. Larson, The European Conservative, 10 décembre 2025.

Quand Elon Musk parle, le monde écoute. Sa dernière pique contre ce qu’il voit comme une Union européenne de plus en plus totalitaire appelle ni plus ni moins à la dissolution de cette structure supranationale. Cette simple déclaration a causé un tsunami de réactions dans l’univers médiatique. Ce qui est intéressant, c’est que les articles qui ont émergé manquent complètement l’idée principale du message de Musk, à savoir son souhait que l’UE, la plus grande bureaucratie supranationale du monde, se dissolve.

Plutôt, les critiques ont caractérisé le commentaire sur la dissolution de l’UE comme une réaction enfantine à l’amende imposée à la plateforme X.

Voici ce que dit CNBC :

« Elon Musk appelle à l’abolition de l’Union européenne après que le bloc ait amendé sa compagnie de médias sociaux, X, de 120 millions d’euros (140 millions de dollars) pour le signe bleu « trompeur » et pour le manque de transparence du répertoire de publicités. »

Ou EuroWeekly :

« Elon Musk fait à nouveau les gros titres en Europe – et pas pour des raisons qui plaisent à Bruxelles. À seulement quelques jours de l’amende de 120 millions d’euros appliquée par l’Union européenne à la plateforme X (anciennement Twitter) en vertu du Digital Services Act (DSA), le patron milliardaire des compagnies SpaceX et Tesla est passé à l’offensive, appelant ni plus ni moins à l’abolition de l’UE. »

Ou New York Post :

« Elon Musk appelle à l’abolition de l’Union européenne après que sa plateforme de médias sociaux, X, ait été amendée d’environ 140 millions de dollars pour violation des règles de sécurité, mesure que Musk rejette comme « bulls**t ». »

Ou la plateforme de nouvelles financières SeekingAlpha :

« La Commission européenne a déclaré jeudi que X a violé les obligations de transparence imposées par le Digital Services Act (DSA), y compris par l’utilisation du « coche bleu » qui induit en erreur les utilisateurs…

« L’UE devrait être abolie et la souveraineté revenir à chaque pays, afin que les gouvernements représentent mieux leurs propres peuples » a dit Musk samedi sur son compte X. »

Comme il ressort du post original d’Elon Musk sur X, le commentaire sur l’UE n’est pas venu en réplique à l’amende appliquée à la plateforme X. La remarque a été faite dans le contexte de la critique adressée par un autre utilisateur X à une autre amende appliquée par l’UE, à savoir l’amende infligée à la Hongrie parce qu’elle refuse d’accueillir des immigrés hors union.

Autrement dit, la cible de Musk n’était pas la manière dont l’UE a appliqué le Digital Services Act. Son commentaire se référait à la pratique déjà bien établie et extrêmement problématique de l’eurocratie de Bruxelles d’étouffer toute opposition venant des États membres à diverses politiques.

Ces pratiques abusives de l’UE ont attiré de plus en plus l’attention ces derniers temps, mais elles ne sont pas nouvelles. Un seul exemple : comme les Grecs l’ont senti avec le fer et le feu sur leur propre peau, l’UE a attaqué fiscalement la Grèce il y a 15 ans, et les gens en souffrent encore les conséquences. La menace d’application de mesures tout aussi sévères en vertu du Pacte de stabilité et de croissance de l’UE [Stability and Growth Pact, SGP] plane encore aujourd’hui sur la tête des États membres endettés.

Les règles fiscales sont cependant seulement une des méthodes par lesquelles l’UE exerce un pouvoir économique illégitime sur les États membres. Deux autres exemples seraient les fonds de l’UE, qui sont de plus en plus utilisés comme arme contre les États membres, et les vastes ambitions de Bruxelles de collecter ses propres taxes.

Face à la suggestion simple et claire de Musk, ces exemples d’abus de pouvoir posent la question : à quoi ressemblerait l’économie européenne si l’Union européenne se dissolvait ?

Aussi révolutionnaire que soit cette question, elle est en fait pertinente si l’on pense à la vision fondatrice de l’UE. Dans les années quatre-vingt, quand ont été faits les plans de passer des Communautés européennes à l’Union européenne, la vision était basée sur les quatre libertés qui devaient ouvrir toute l’Europe en une unique économie de marché libre. La force de travail, les biens, les services et les capitaux devaient bénéficier d’une libre circulation au-delà des frontières des États membres.

Aujourd’hui, cependant, l’UE ne ressemble en rien à cela. Dès 1992, avec le traité de Maastricht, l’UE a commencé à prendre des formes beaucoup plus intrusives – surtout en termes économiques – que ce que permettait cette idée initiale des quatre libertés. Peut-être la violation la plus scandaleuse de cette idée a été le Pacte de stabilité et de croissance (SGP), qui a obtenu un statut constitutionnel dans le traité et a donné à l’UE des pouvoirs fiscaux qui ne se justifiaient ni par un désir d’améliorer l’économie européenne, ni par les résultats d’une recherche inspirée par les plans de l’UE.

Si l’UE cessait demain d’exister, il se passerait beaucoup de bonnes choses dans l’économie européenne. Pour commencer, il n’y aurait plus la menace d’une intervention d’une structure supranationale aux airs de seigneur féodal dans les affaires fiscales des États membres. Le déficit budgétaire n’est pas une bonne chose, surtout s’il devient structurel, mais la voie de chaque État membre vers l’équilibre fiscal ne peut être dictée par la bureaucratie fiscale rigide de Bruxelles. La seule recette que cette bureaucratie a pour de telles interventions est d’exiger l’imposition de politiques d’austérité simplistes, qui résolvent le déficit budgétaire sur le moment, mais causent des problèmes encore plus grands à l’avenir.

La libération fiscale des États membres des rigueurs de l’UE signifierait que chaque pays pourrait ajuster ses taxes et ses dépenses budgétaires en fonction de sa propre réalité macroéconomique et politique. Cela apporterait une dynamique nouvelle et positive dans chaque État, surtout dans ceux qui rencontrent des difficultés à maintenir des gouvernements de coalition confrontés à des problèmes fiscaux (Belgique, France, Allemagne, Pays-Bas, Suède).

Bien que, plus récemment, l’UE ait essayé d’accommoder les circonstances particulières de certains États dans l’application du SGP, la mesure ne signifie qu’une seule chose : Bruxelles retarde seulement l’application stricte du pacte budgétaire.

Comme le démontrent les turbulences politiques qui ont saisi le continent, les mesures de ce genre ne produisent aucune différence significative ; la menace d’une intervention UE reste aussi majeure et réelle. Seule une abolition de l’UE éliminerait la menace d’interventions d’austérité.

L’abolition de l’UE éliminerait aussi la charge des paiements imposés par l’UE, qui est en croissance continue. Les États membres garderaient l’intégralité des revenus fiscaux pour leurs propres objectifs ; l’arrêt des paiements générés par la qualité de membre apporterait des améliorations, plus ou moins grandes, dans la situation des différents pays.

Mais que se passerait-il avec les fonds que l’UE alloue aux États membres ? Bien sûr qu’ils disparaîtraient, seulement l’impact de cela ne serait pas aussi grand que certains l’imaginent, vu que l’UE se présente comme grand bienfaiteur des États membres. Le premier tableau présente le solde net entre les contributions à l’UE et les sommes reçues de l’UE par chacun des 27 pays membres.

Pour les pays qui contribuent plus qu’ils reçoivent, l’abolition de l’UE apporterait un gain net dans les poches de leurs propres gouvernements ; nous voyons ce gain dans les chiffres en noir dans la colonne centrale du tableau.


Les pays qui reçoivent plus qu’ils contribuent subiraient une perte nette de la dissolution de l’UE, marquée en rouge dans le tableau.

La colonne de droite rend la perte ou le gain net en pourcentages du revenu total du gouvernement dans chaque État.

Les pays qui auraient le plus à perdre de la dissolution de l’UE auraient à affronter un ajustement fiscal non négligeable. Mais, si nous divisons entre dépenses et revenus, même les cas les plus graves – Lettonie et Croatie – arrivent à seulement 3 à 3,2 % de compensation sur chaque aspect du budget. Et, comme aucun de ces pays n’aurait plus à supporter les rigueurs fiscales imposées par l’UE et bénéficierait de la libération générale des règles et réglementations de l’UE, qui étouffent la liberté du commerce et des marchés, l’arrêt des fonds de l’UE et des contributions à l’UE représenterait un problème fiscal marginal même pour les 10 premiers pays de la liste présentée dans le tableau.

Globalement, si l’UE se dissolvait demain, les États membres s’en porteraient significativement mieux du point de vue des finances publiques. Et la récupération de la capacité de faire des politiques sans regarder constamment par-dessus l’épaule vers Bruxelles contribuerait majoritairement au renouvellement du dynamisme économique. Ce qui, à son tour, générerait de la croissance, réduirait le déséquilibre fiscal et renforcerait les économies des États membres – surtout celles qui, en ce moment, dépendent le plus de l’UE.

Il y a cependant un éléphant dans la pièce, et il n’a pas été mentionné jusqu’à présent : la monnaie euro. L’euro survivrait-il ou non à la dissolution de l’UE ? La réponse à cette question n’est pas du tout claire, et le problème est trop complexe pour être traité en quelques mots. Il faudrait une incursion profonde dans la littérature académique sur des sujets comme la « zone monétaire optimale » et la théorie des banques centrales.

Mais, cela étant dit, l’analyse présentée ici reste valable, indépendamment du fait que l’euro survivrait ou non à la disparition de l’UE. La question est quelles autres conséquences supplémentaires – bonnes ou mauvaises – subiraient les pays membres si l’euro se dissolvait aussi et que chacun revenait à sa monnaie nationale.

L’Europe survivrait-elle sans euro ?


par Sven R. Larson, 
The European Conservative, 
12 décembre 2025

L’idée d’une unique monnaie pour toute l’Europe est ancienne, mais elle a commencé à prendre forme dans les années quatre-vingt. Au fur et à mesure que les Communautés européennes ont été formellement remplacées par l’Union européenne dans les années quatre-vingt-dix, la monnaie commune est devenue aussi une réalité. Émise pour la première fois au passage entre les millénaires, l’euro est une réalité monétaire depuis un quart de siècle.

Entre-temps, l’union monétaire s’est étendue et ajoute de nouveaux membres – la Croatie est devenue pays euro en 2023 ; suit la Bulgarie en janvier 2026 – ainsi analyser si l’Europe ferait face à la dissolution de cette union monétaire peut sembler un effort périphérique, si ce n’est une perte totale de temps. Après tout, s’il existe encore des pays qui veulent devenir membres de l’union monétaire, quel sens a-t-il de se demander ce qui se passerait si celle-ci se dissolvait ?

Mais la question sur l’avenir de la monnaie euro est motivée, d’une part, par le fait que les performances économiques de l’Europe sont perpétuellement mauvaises, alors que, dans les années quatre-vingt-dix, la monnaie commune leur avait été présentée comme facteur catalisateur de la croissance et de la prospérité.

D’autre part, la question « et si l’euro n’existait plus » naît de ce commentaire audacieux d’Elon Musk, qui suggérait récemment sur X que l’Union européenne devrait se dissoudre.

J’ai donc décidé, comme expérience intellectuelle, de prendre pour bonne la suggestion de Musk et d’examiner les conséquences de la dissolution de l’UE, en me concentrant exclusivement sur la dimension économique ; je suis arrivé à la conclusion que, si l’UE disparaissait demain, l’Europe aurait un avenir économique meilleur que si elle restait sous le poing lourd de la bureaucratie de Bruxelles (voir le premier article de Larson.)

Dans cette analyse, j’ai cependant laissé sans réponse une question : la dissolution de la zone euro apporterait-elle des bénéfices à l’économie européenne ?

Pour répondre à cette question, il faut une incursion dans la littérature de spécialité, en particulier dans les études qui ont pour objet les soi-disant « zones monétaires optimales ». Le concept a été longuement étudié, à partir du travail classique de Robert Mundell, « A Theory of Optimum Currency Areas » (The American Economic Review, septembre 1961). Mundell a reçu le Prix Nobel d’économie pour avoir fondé cette nouvelle et vibrante aire de recherche.

Au moment de l’apparition du concept d’« euro », ses promoteurs soutenaient que la zone monétaire serait en effet optimale. Le principe original qui était à la base de l’UE était en soi un résumé-slogan d’une zone monétaire optimale : l’union allait promouvoir quatre libertés – la libre circulation de la force de travail, des capitaux, des biens et des services.

Si ces quatre libertés étaient complètement implémentées, l’UE aurait créé la première zone monétaire optimale synthétique du monde. Je dis « synthétique » parce que celle-ci n’est pas apparue de manière organique, de la formation graduelle de l’État national et de l’apparition naturelle du besoin d’une monnaie commune sur le territoire de cet État, ni d’une intégration économique graduelle au cours d’une étape historique de pays séparés. La zone euro allait être – et est en fait – le résultat d’un diktat législatif, un processus extrêmement accéléré de transition de la monnaie nationale à l’euro.

Malgré sa nature synthétique, la zone optimale euro allait contribuer massivement à l’économie européenne ; elle allait pousser le continent vers le sommet des performances économiques et financières au niveau global.

Mais ce n’est pas ce qui s’est passé. Pourquoi ?

La raison est aussi tragique que symptomatique de ce qu’est devenue l’Union européenne. Au lieu de construire les fondations d’une économie libre et intégrée sur tout le continent, l’UE est devenue une superstructure qui impose ses idées aux pays membres. En conséquence, la zone euro est devenue un facteur catalisateur de la stagnation économique, et non du succès économique.

Au début des années quatre-vingt-dix, quand l’euro passait du concept à la réalité, les recherches sur son potentiel arrivaient à des conclusions très claires : la zone euro n’allait pas être une zone monétaire optimale. Si l’UE voulait créer une telle zone, son appareil politique devait se concentrer dès le début sur l’obtention de ce statut optimal.

Toutes les recherches dans le domaine s’accordent sur ce point : l’Europe devait s’assurer que les marchés des facteurs de production – c’est-à-dire les marchés de la force de travail et du capital – étaient complètement intégrés. Voici quelques exemples.

Dans « Currency Competition and European Monetary Integration » (The Economic Journal, septembre 1990), Roland Vaubel expliquait que, sans une intégration correcte des marchés du travail et du capital, la zone euro ne pourrait jamais être une zone monétaire optimale. Et, comme zone sub-optimale (bien que Vaubel n’utilise pas ce terme), elle permettrait une grande volatilité des prix. Comme les prix ne sont pas suffisamment flexibles pour permettre une telle volatilité, la seule alternative restante est que, dans certains pays, l’activité économique soit étouffée tandis que d’autres pays prospèrent – ce qui, à nouveau, signifie instabilité macroéconomique.

Et exactement cela s’est passé. La crise qui a saisi la Grèce, l’Italie, l’Espagne et d’autres pays il y a 15 ans a été un exemple d’affiche de l’instabilité macroéconomique d’une zone monétaire sub-optimale.

Dans un article intitulé « Is Europe an Optimum Currency Area? Symmetric versus Asymmetric Shocks in the EC », paru dans le numéro de mai 1993 de National Institute Economic Review, Guglielmo Caporale confirmait une grande partie de l’analyse de Roland Vaubel.

Quand les pays ont leur propre monnaie, ils peuvent ajuster les différences dans le cycle des affaires avec les fluctuations du taux de change. Si la Pologne traverse une récession mais que l’Allemagne connaît une période de croissance, le zloty polonais devient plus faible par rapport au mark allemand (s’il n’y a pas d’euro), jusqu’à ce que le taux de change donne à l’économie polonaise un impulsion suffisante pour « rattraper » l’économie allemande.

Les économistes, qui aiment utiliser des termes compliqués pour les choses les plus simples, appellent ces différences dans le cycle des affaires « chocs macroéconomiques asymétriques ». Caporale explique que les « récessions asymétriques » – c’est-à-dire spécifiques à un pays particulier – ne pourront pas être tenues sous contrôle par les modifications du taux de change quand il existe une monnaie commune. Au contraire, ce qui se passera dans ce cas est que la récession s’étendra à d’autres pays de la zone monétaire commune – la zone euro, dans notre cas.

Selon Caporale, cette conséquence pouvait être évitée si le marché du travail européen était suffisamment intégré. Sinon, explique-t-il (p. 95), « les chocs asymétriques résultent en coûts élevés d’ajustement, en termes d’augmentation du chômage et de réduction de la production ».

Caporale écrivait cela en 1993. Il prédisait, avec une précision qui donne des frissons, le sort qui a menacé en fait la zone euro dès sa création. À la même conclusion-prédiction sont arrivés aussi Giorgio Karras (« Is Europe an Optimum Currency Area ? » Journal of Economic Integration, septembre 1996) et Christian Schmidt (Real Convergence in the European Union: An Empirical Analysis, Peter Lang AG, 1997).

Autrement dit, ce n’est pas comme si l’Union européenne n’avait pas reçu d’innombrables avertissements de ne pas aller plus loin avec la zone euro si elle n’avait pas un plan majeur d’implémentation des quatre libertés de circulation de la force de travail, des capitaux, des biens et des services.

Sautant maintenant à l’an 2004, Stephen Silvia (« Is the Euro Working? The Euro and European Labour Markets », Journal of Public Policy, mai-août 2004) constatait que, après plus d’une décennie où elle aurait pu faire les ajustements nécessaires à une zone monétaire optimale, l’UE n’avait enregistré aucun progrès de ce genre au moment où elle émettait formellement la monnaie euro. Conclusion confirmée aussi par Paul Krugman dans son article de 2013 « Revenge of the Optimum Currency Area », paru dans NBER Macroeconomics Annual.

Au lieu d’intégrer l’économie européenne, l’UE s’est préoccupée d’intégrer la politique fiscale : elle s’est assurée que tous les pays, surtout ceux de la zone euro, sont alignés sur le Pacte de croissance et de stabilité (SGP). Cet aspect de la constitution UE dicte que les pays membres ne peuvent pas dépasser le seuil de déficit budgétaire de 3 % du PIB et de 60 % du PIB pour la dette publique.

L’implémentation et la mise en exécution du SGP sont devenues l’instrument utilisé par l’UE pour « harmoniser » les économies de la zone euro. Dans une évaluation de la zone euro intitulée « Optimal Payment Areas or Optimal Currency Areas ? » (AEA Papers and Proceedings, mai 2018), les économistes Patrick Bolton et Haizhou Huang de l’Université Columbia démontrent que, au lieu d’optimiser l’intégration économique, la seule solution pour sauver la zone monétaire commune sera l’élimination des soi-disant asymétries fiscales.

En bref, la seule solution est de punir l’excès de dettes et de déficit jusqu’à ce que chaque gouvernement de la zone euro ait comme préoccupation exclusive l’équilibrage du budget.

Initialement, cette préoccupation a conduit à l’exacerbation des soi-disant chocs asymétriques, à des différences énormes en matière de chômage et à des écarts énormes dans la formation des capitaux. La seule raison pour laquelle ces différences structurelles n’ont pas fracturé jusqu’à présent la zone euro est que, avec le temps le SGP a étouffé l’activité économique dans les pays les plus forts de la zone euro. Cet effet a été suffisamment fort pour tirer vers le bas toute la zone monétaire, l’amenant en état de stagnation économique.

En bref : la seule raison pour laquelle la zone euro a survécu 25 ans est que les gouvernements ont concurrencé les uns les autres dans cette course vers zéro, vers la stagnation économique. Sans croissance, il n’y a pas de différences qui nécessitent le fonctionnement plein des quatre libertés promises par l’UE ; quand tout le continent souffre de taux élevés de chômage, une flexibilité du marché du travail n’est plus nécessaire.

Maintenant : que nous dit cette revue des recherches économiques sur le sort de l’économie européenne au cas où l’euro disparaîtrait demain ? La réponse est courte et simple : un retour aux monnaies nationales avec un taux de change flexible permettra aux 20 économies de la zone euro de croître et d’évoluer chacune comme elle le souhaite. Il y aurait une stabilité des prix ; un nouveau choc inflationniste comme celui d’il y a deux ans serait tenu sous contrôle par la flexibilité du taux de change. Puisque l’hypothèse de la disparition de la monnaie euro et de la zone euro a à la base l’hypothèse de la dissolution de l’UE, il n’y aurait plus personne pour imposer le respect du SGP. Ce qui permettrait aux gouvernements des pays européens de conduire leur politique fiscale conformément aux besoins et objectifs nationaux propres. Certains pays enregistreraient un déficit plus grand, d’autres obtiendraient un surplus budgétaire ; les différences seraient résolues par les mécanismes du taux de change.

Avec le temps cependant, les différences macroéconomiques entre pays deviendraient en grande partie insignifiantes. Cela se passe quand les pays font du commerce et ont un flux libre du capital. L’ironie est que ce type d’intégration économique organique amènerait l’Europe plus près de remplir les critères d’une zone monétaire optimale que ne l’a jamais fait l’enrégimentement dans la zone euro.

En conclusion : si jamais on en arrivait là, l’Europe n’aurait pas à craindre ni la disparition de l’UE, ni la disparition de l’euro.
Article publié initialement sur le site Mea Sponte.

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