vendredi 6 mars 2026

Aujourd'hui l'Iran, demain la Russie



Nous vivons les derniers temps – regardez l'Occident, la liste Epstein. Les détails que nous apprenons sur les élites qui le gouvernent révèlent qu'il s'agit véritablement d'une civilisation de Baal. C'est un culte satanique, une véritable secte.




Aujourd'hui l'Iran, demain la Russie

L'Iran, Trump et le moment où l'ordre mondial s'est finalement effondré

Alexandre Douguine parle de l'Iran, du Katechon et de la guerre qui pourrait remodeler le monde.

Conversation avec Alexander Dugin dans l'émission Escalade de Sputnik TV.


Animateur : Chers amis, nous abordons aujourd'hui un sujet grave et important. Tout le monde en parle, et à juste titre, car un événement historique est en train de se produire. Je rappelle à nos auditeurs que le 28 février 2026, les forces armées des États-Unis et d'Israël ont lancé une opération conjointe. Des frappes ont été menées contre l'Iran, entraînant la mort du Guide suprême iranien, l'ayatollah Ali Khamenei. De nombreuses autres personnalités de haut rang ont également été éliminées lors de cette attaque. L'Iran a riposté par des frappes contre des bases israéliennes et américaines, et des affrontements militaires ont lieu actuellement. De nombreuses questions se posent quant aux conséquences, aux personnes qui souffriront le plus de ces événements et à la capacité de l'Iran à résister à la pression. Mais la première question qui se pose est : où tout cela va-t-il nous mener ?

Alexandre Douguine : Il s'agit là d'un événement d'une importance capitale. Il est tout à fait possible qu'il marque le début de la Troisième Guerre mondiale, compte tenu des forces considérables désormais en jeu. Les actions des Américains – Trump et Netanyahou – dirigées contre les dirigeants politiques iraniens ont été d'une brutalité extraordinaire.

Il s'agit déjà du deuxième cas de ce genre. Après l'enlèvement de Maduro par les États-Unis, qui ont établi un contrôle direct sur le Venezuela et occupé de facto le pays, ils ont anéanti l'ensemble du pouvoir militaro-politique et religieux iranien. Par son importance, cet acte est comparable à l'élimination du pape ou d'un patriarche orthodoxe, car le chef spirituel des chiites – le Rahbar, l'ayatollah Khamenei – était vénéré bien au-delà de l'Iran. Il était en réalité le chef de l'ensemble du monde chiite, qui compte des centaines de millions de fidèles à travers le globe. Auparavant, Israël avait éliminé les dirigeants du Hamas – une situation plus limitée – puis ceux du Hezbollah, une opération d'une gravité bien plus grande.

Le pouvoir iranien a été brutalement et ouvertement anéanti. Dès lors, les normes internationales, les règles, n'existent plus, et l'ONU, de fait, n'est plus qu'un souvenir. Cette organisation appartient désormais au passé, tel un vestige fantomatique d'un monde disparu. Trump lui-même l'a implicitement admis : le droit international n'existe plus ; tout ce qu'il fait est moral. Tout bascule. L'ancien ordre mondial s'est effondré. Nous avancions progressivement dans cette direction, mais le point de non-retour est désormais franchi. Si un pays peut détruire les dirigeants militaro-politiques et religieux d'un État souverain sans le moindre fondement, alors nous vivons dans un monde radicalement différent : un monde où tout est permis, où la force remplace le droit, où règne le principe : « Si je peux le faire, je le ferai. »

Le comportement de Trump est particulièrement frappant. Tout cela s'est produit pendant les négociations entre Kushner et Witkoff, et selon les informations disponibles, l'Iran avait accepté la quasi-totalité des exigences américaines, littéralement presque tout. Malgré cela, une telle frappe a visé directement les dirigeants du pays. Avant tout, il faut bien comprendre que dans cette situation, nous sommes les prochains. Le Venezuela, l'Iran, et avant cela la Syrie et le Hezbollah : tous ces régimes ou systèmes politiques sont actuellement ciblés par les États-Unis, et ce sont nos alliés.

En effet, si de telles actions peuvent être entreprises contre nos alliés, si tout cela reste impuni, si Trump réussit dans tout ce qu'il entreprend, alors à l'étape suivante — peut-être même lors des négociations entre Kirill Dmitriev et Kushner et Witkoff — une opération similaire visant à un changement de régime dans notre pays pourrait avoir lieu.

Et qu’est-ce qui nous protège d’un tel scénario ? Les armes nucléaires ? Même dans ce cas, la question demeure : les utiliserions-nous réellement ? Dans une situation extrême, l’Occident doute fortement que nous soyons prêts à franchir le pas ; nous proférons trop souvent des menaces sans jamais les mettre à exécution. Parallèlement, des efforts sont déployés pour encercler et isoler notre président. Notre président est, sans aucun doute, la figure sur laquelle repose tout. Dans notre pays, et peut-être même dans le monde, tout dépend de lui. Il est celui qui retient le pouvoir – le Katechon, comme le décrit notre tradition orthodoxe. Aujourd’hui, c’est tout simplement un fait géopolitique, un fait de l’ordre mondial.

Mais si les Américains — Trump lui-même — se persuadent que d'autres dirigeants russes qui pourraient, Dieu nous en préserve, remplacer notre président seraient plus conciliants envers l'Occident — et c'était précisément le calcul en Iran, lorsque les dirigeants souverains de ce pays ont été physiquement éliminés parce qu'ils menaient des politiques qui ne correspondaient pas aux intérêts américains —, alors qu'est-ce qui les empêcherait de tenter de mettre en œuvre le même scénario ici ?

Trump mène une stratégie géopolitique néoconservatrice d'attaque parfaitement cohérente. Les États ciblés par les mondialistes sous Biden, Obama et Clinton sont exactement les mêmes qu'aujourd'hui. Rien de fondamentalement nouveau n'est apparu. Malgré les scandales et les différends avec les alliés européens de l'OTAN, ces derniers finissent par se rallier aux États-Unis et adopter la même position. Pour nous, la situation est donc extrêmement grave. C'est un dernier avertissement.

Animateur : Je reviens sur la question d’une troisième guerre mondiale. Je me souviens que l’année dernière, nous avons évoqué la situation en Iran – la fameuse « guerre des douze jours » – et nous avions alors prévenu que cela pourrait dégénérer en crise mondiale. Or, cela ne s’est pas produit. Se pourrait-il que, cette fois encore, tout dure douze ou treize jours avant de s’apaiser ? Ou sommes-nous confrontés à des événements d’une toute autre ampleur ?

Alexandre Douguine : Théoriquement, personne ne sait si cela deviendra la Troisième Guerre mondiale ou non. Le problème, c'est que lorsque nous disons trop souvent – ​​et j'en ai fait l'expérience personnellement – ​​« c'est la Troisième Guerre mondiale » ou « c'est la Troisième Guerre mondiale », et qu'il s'avère ensuite que ce n'est pas le cas, et que plus tard nous disons « maintenant la Troisième Guerre mondiale a commencé », un sentiment inverse finit par apparaître : l'impression qu'une Troisième Guerre mondiale ne peut tout simplement pas commencer, qu'elle ne commencera jamais, que tout est sous contrôle. Et c'est précisément là que réside le danger. Si vous le dites trop tôt une fois, ou deux fois, alors quand cela commencera réellement, vous pourriez même avoir peur de dire ouvertement ce qui se déroule sous vos yeux.

Il nous faut donc faire preuve de prudence dans notre analyse de la situation. Ce à quoi nous assistons ressemble aux prémices d'une Troisième Guerre mondiale, mais il se pourrait bien que ce ne soit pas le cas ; cette crise pourrait se résorber. Vous avez posé la question avec justesse. À l'heure actuelle, presque tout dépend – et même notre propre destin, si l'on veut – de la durée de la résistance iranienne. Car si la coalition américano-israélienne parvient à réprimer rapidement la résistance iranienne lors de l'opération que les Américains appellent « Epic Fury »… bien que beaucoup y ajoutent désormais l'expression « Epic Fury d'Epstein ». En réalité, il est assez évident que Trump a lancé cette opération en partie pour détourner l'attention des dossiers Epstein, dans lesquels il apparaît indéniablement sous un jour extrêmement compromettant. De nombreux observateurs estiment que les pressions et le chantage israéliens jouent également un rôle dans cette situation.

Les Israéliens, quant à eux, agissent selon une ligne idéologique totalement différente. Il s'agit ici d'un projet eschatologique : la construction d'un « Grand Israël », l'attente des derniers jours et la venue du Messie. C'est une motivation très sérieuse dans la guerre qu'Israël appelle « Le Bouclier de Juda ». Et les Iraniens – les Iraniens sont désormais entrés dans ce qu'ils considèrent comme la bataille finale. Il était déjà clair, lors de la phase précédente, pendant la guerre des douze jours, qu'il ne s'agissait pas d'une guerre pleinement développée ; cela ressemblait davantage à une préparation. L'Iran ne s'était pas pleinement engagé à ce moment-là. Peut-être même aujourd'hui, l'Iran ne serait-il pas entré pleinement dans le conflit si les Américains eux-mêmes n'avaient pas pris des mesures aussi radicales. L'Iran n'a désormais d'autre choix que de se battre jusqu'au bout : attaquer toutes les cibles possibles, fermer le détroit d'Ormuz aux navires américains ou occidentaux et aux navires appartenant aux pays qui ont agi contre lui, frapper les bases militaires et toutes les autres cibles qu'il peut atteindre, déclencher des soulèvements chiites à travers le Moyen-Orient et partout où son influence peut s'étendre, et mener cette lutte – la bataille finale – jusqu'au bout.

L'Iran était auparavant disposé à éviter une telle confrontation, mais cette possibilité n'est plus envisageable. Les Iraniens ont baptisé leur opération – et il est important de le souligner – « La Fin du Déluge ». Rappelons que l'opération du Hamas, à l'origine de tout – les événements de Gaza, le génocide perpétré à Gaza et, auparavant, l'attaque du Hamas contre Israël – était appelée « Le Déluge », ou « Déluge d'Al-Aqsa ». Al-Aqsa est le deuxième lieu saint du monde musulman. Il s'agit de la mosquée située à Jérusalem, sur le Mont du Temple. Les Palestiniens ont lancé leur soulèvement pour défendre ce lieu sacré. Pourquoi estimaient-ils qu'il fallait le défendre ? Parce que Netanyahu et ses plus proches collaborateurs – Ben Gvir et Smotrich – ont ouvertement évoqué des plans visant à démolir la mosquée Al-Aqsa afin de libérer l'espace nécessaire à la construction du Troisième Temple, un événement qui marquerait le début de l'ère messianique. De fait, tous les préparatifs du projet de « Grand Israël » convergent vers cet objectif. Le mouvement palestinien Hamas a donc cherché à défendre la mosquée Al-Aqsa, que Ben Gvir avait personnellement et à plusieurs reprises promis de faire sauter et de raser. Ce qui s'en est suivi fut la dévastation et la destruction de Gaza.

L'opération iranienne baptisée « La Fin du Déluge » représente ce qu'ils considèrent comme la bataille finale. Dans la philosophie chiite iranienne – et plus largement dans l'eschatologie islamique – la fin des temps sera marquée par une confrontation ultime entre les forces de l'islam, menées par le Mahdi (l'Imam caché dont les chiites croient au retour), et le Dajjal, figure souvent décrite comme l'Antéchrist islamique. La bataille entre le Mahdi et le Dajjal est perçue comme le drame central de la fin des temps. Selon ces traditions, elle se déroulera en Syrie et en Terre sainte. Dans les interprétations théologiques islamiques, les érudits chiites et sunnites s'accordent généralement à identifier les forces associées au Dajjal aux États-Unis – considérés comme le « Grand Satan » – et à Israël. C'est pourquoi l'enjeu est perçu comme crucial.

Cependant, d'un point de vue plus stratégique et analytique, la question centrale demeure : combien de temps l'Iran pourra-t-il résister ? Chaque jour qui passe, l'Iran résiste et défend sa souveraineté, ce qui risque de modifier la situation stratégique. Trump s'attendait manifestement à une guerre très courte. Il supposait qu'après la destruction des pouvoirs militaro-religieux et politico-militaires iraniens, la situation intérieure en Iran s'effondrerait rapidement. Autrement dit, il misait sur une « cinquième colonne ».

Animateur : Abordons maintenant la question de la possibilité de maintenir la stabilité en Iran. Après des événements comme ceux-ci – la destruction du guide suprême et d'une partie importante de l'élite – a-t-il été possible de rétablir rapidement la hiérarchie et de nommer de nouveaux dirigeants, ou existe-t-il un risque que le système s'effondre, qu'il y ait un retournement de situation brutal, par exemple si des missiles se retrouvent soudainement pointés sur Téhéran ?

Alexandre Douguine : Vous savez, l'histoire est imprévisible. Nous ignorons ce qui se passe actuellement en Iran : l'accès à Internet y est totalement coupé. D'après mes sources, il n'y a actuellement aucune manifestation contre le régime. Même ceux qui s'opposaient auparavant au régime de Velayat-e Faqih – après le massacre de près de deux cents écolières innocentes par un missile israélien – ont radicalement tourné l'opposition iranienne contre les États-Unis et Israël. Par conséquent, il n'y a absolument aucune raison, à mon avis, de penser que le pouvoir sera simplement remis à Trump.

En d'autres termes, l'Iran est probablement plus uni aujourd'hui qu'il ne l'a jamais été depuis la disparition de ses dirigeants et cette attaque brutale contre l'école. Cet événement a profondément marqué les esprits. Le peuple iranien est fier et fort, et si certains n'appréciaient guère le régime de Velayat-e Faqih – même si ce point de vue a été exagéré en Occident par les services israéliens –, tous se rassembleront désormais autour de l'Iran, unis par l'idéal national. De plus, je pense que les dirigeants actuels comprendront la nécessité de se rapprocher des milieux laïques de la société iranienne, où les libéraux sont pratiquement absents. On y trouve des nationalistes iraniens, moins rigides religieusement que le régime en place, mais qui n'en restent pas moins nationalistes et patriotes. Si leur énergie et leur volonté sont mobilisées pour résister à l'agression sioniste-américaine, cette résistance pourrait durer longtemps, car Gaza a elle aussi résisté longtemps, et l'Iran n'est pas Gaza : c'est un immense pays.

Les chiites constituent une part importante de la population du Moyen-Orient. Les élites de ces régimes pro-américains et pro-arabes sont profondément corrompues ; il s'agit tout simplement d'une extension de « l'île d'Epstein » : tous ces Qatars, Dubaïs et Bahreïns. À Bahreïn, par exemple, la population est elle-même majoritairement chiite. Je pense que des soulèvements et des révolutions chiites pourraient désormais éclater partout. En principe, si l'Iran tient bon, l'issue de cette guerre est totalement incertaine. D'autant plus que le conflit afghano-pakistanais s'intensifie. Et l'on ignore encore qui – le Pakistan ou l'Afghanistan – pourrait soutenir Téhéran. Israël, d'ailleurs, n'apprécie ni l'un ni l'autre, ni les Pakistanais ni les Afghans. En conséquence, tout cela pourrait finalement se terminer en catastrophe pour Trump, pour les États-Unis et pour Israël. Le vaste monde musulman pourrait tout simplement l'anéantir. Le « Dôme de fer » a déjà été pénétré, Tel-Aviv est en flammes et certaines images rappellent déjà Gaza. Les gens fuient la région, et beaucoup disent que c'est ainsi que cela finira : l'Iran gagnera assurément.

Pour l'instant, la situation reste floue. Mais l'Iran n'a pas capitulé le premier jour ; il n'a pas capitulé après cette frappe terrible, contrairement à ce qu'espérait Trump. À présent, Trump parle de plusieurs semaines, voire d'un mois. Juridiquement, il a la possibilité de mener une guerre pendant environ trois mois sans l'approbation du Congrès, et ce dernier pourrait même le soutenir. Mais si cette guerre s'éternise, si l'Iran résiste avec acharnement et dispose de forces, d'énergie et de potentiel suffisants, alors l'issue de cette bataille est loin d'être jouée d'avance. D'autant plus que, à y regarder de plus près, le pari sur l'opération « Bouclier de Juda » pourrait bien être le point faible de la coalition américano-israélienne. Quel genre de bouclier est-ce là, que d'attaquer et d'éliminer les dirigeants d'un pays qui, en réalité, n'était même pas en guerre contre eux ? C'est une attaque, une attaque de Judas, une attaque perfide menée en pleine négociation. Il y a là beaucoup de trahison, mais bien peu de protection. Si les événements continuent ainsi, les changements dans le monde pourraient en fait être extrêmement radicaux.

La question n'est donc plus tant de savoir qui l'emportera. Les premiers jours ont été endurés, le premier coup a été encaissé – du moins par les Iraniens. Leurs dirigeants politiques, qui se sont désormais succédé à Rahabar Khamenei et à sa famille – eux aussi assassinés, soit dit en passant… Un événement monstrueux : une petite fille de quatorze mois, à peine un an et deux mois. Des enfants, des petits-enfants… tous.

Comme d'habitude, nous l'avons constaté à Gaza : la cruauté de l'agression et de l'hégémonie américano-israéliennes est si monstrueuse, leurs mensonges et leur trahison si immenses, que l'humanité aurait dû être horrifiée par ce dont nous sommes témoins. Mais elle ne l'a pas été, car on préfère raconter d'autres histoires ; on dira que l'Iran est responsable, qu'il s'est autodétruit. Quant aux mensonges du régime américain, de l'Occident en général, des sionistes, nous y sommes habitués ; nous les connaissons par cœur. L'Iran ne peut donc pas compter sur l'indignation de l'opinion publique mondiale. Il ne peut compter que sur lui-même et sur les forces qui le soutiennent.

Si l'Iran se regroupe et parvient à mener cette guerre suffisamment longtemps, à n'importe quel prix, Israël tentera bien sûr de transformer l'Iran en Gaza. De fait, il a déjà commencé. Mais l'Iran reste un très grand pays. De plus, les missiles iraniens atteignent le territoire israélien et frappent des cibles stratégiques importantes. Après un certain temps de tels bombardements et échanges de missiles, je pense qu'Israël commencera à s'inquiéter.

Les Américains et les Européens en subiront les conséquences. Couler ces cuirassés aujourd'hui est chose aisée, nous le savons par expérience, car nous avons subi de lourdes pertes en mer Noire lors de la guerre contre le régime nazi de Kiev. Grâce aux drones modernes, sous-marins et de surface, il est technologiquement très simple d'envoyer cette flotte tant vantée par le fond. Nous vivons déjà dans une ère technologique de la guerre radicalement différente. Toute cette puissance navale n'est, en réalité, qu'une illusion ; ce ne sont que de belles images.

Les hélicoptères, vu la vitesse à laquelle ils ont pénétré au Venezuela, pourraient survivre une trentaine de secondes face à des civils armés de fusils, des drones performants ou le type d'armes dont disposent nos unités régulières sur le front ukrainien. Dans de telles conditions, un hélicoptère ne tiendrait pas longtemps : trente secondes. En réalité, ils ignorent encore ce qu'est la guerre. Ni les Américains ni les Israéliens ne le savent. Ils vont bientôt le découvrir.

Si l'Iran tient bon, tout est possible. Je ne dis pas qu'ils sont voués à la victoire. Je ne dis pas que la victoire est assurée pour qui que ce soit. Mais si la victoire n'est pas assurée, et si elle n'est pas rapide comme dans le cas de Trump et d'Israël, cela représenterait déjà une victoire colossale pour tous les partisans d'un monde multipolaire. En réalité, cette guerre nous vise aussi. Nous devons comprendre que nous sommes les prochains. L'Iran, en ce moment, est quoi ? Un bouclier. Le bouclier du Katechon. Voilà ce qu'est l'Iran. En un sens, ils ont encaissé un coup qui, en fin de compte, nous était destiné à tous. S'ils tiennent bon, ce sera un immense succès, y compris pour nous.

Animateur : Parlons de coopération, notamment du côté russe. Moscou publie actuellement des déclarations : Dmitri Peskov affirme que Moscou est en contact permanent avec les dirigeants iraniens. La Russie reste attachée à un règlement politique et diplomatique, même après l'attaque américaine contre l'Iran. Vladimir Poutine a eu aujourd'hui des entretiens téléphoniques internationaux concernant la situation en Iran. Le président rencontrera également aujourd'hui le gouverneur de la région de l'Amour, mais c'est un autre sujet. À votre avis, quelles mesures devrions-nous prendre maintenant ? Devons-nous adopter des mesures plus sévères ou rester attentistes ? Franchement, on ne sait pas vraiment ce que nous devrions attendre.

Alexandre Douguine : Si nous adoptons simplement une position attentiste, cela signifie attendre l'effondrement de l'Iran, et les prochaines frappes seront alors dirigées contre nos propres dirigeants militaires et politiques.

Animateur : De quelle manière ?

Alexandre Douguine : Une guerre est menée contre nous en Ukraine, et elle est d'une intensité considérable. Mais après l'arrivée au pouvoir de Trump – avec ce qui semblait initialement être une stratégie et une politique assez rationnelles – l'impression s'est répandue dans notre pays, au sein de nos dirigeants, que Trump pourrait se désengager de cette confrontation et qu'il était donc nécessaire de négocier avec lui par l'intermédiaire de personnalités comme Witkoff et Kushner, ou d'autres, afin de réduire l'escalade, du moins avec les États-Unis. On pensait alors que nous combattions l'Ukraine, que nous étions confrontés à l'Union européenne, mais que Trump pourrait se retirer car il défendait une position différente. De fait, il avait effectivement une position différente jusqu'à un certain point. Pourtant, après seulement quelques mois à la Maison-Blanche en tant que président, il a soudainement changé de cap et est devenu un néoconservateur encore plus radical, poursuivant les mêmes politiques mondialistes et hégémoniques, mais désormais de manière plus ouverte, plus brutale et plus directe.

Ce moment de transformation de Trump – de la position MAGA, qui a d'ailleurs rendu possible la réunion d'Anchorage, à un diktat hégémonique radical, d'autant plus qu'il semble porter ses fruits assez rapidement dans d'autres opérations – est peut-être quelque chose que nous n'avons pas pleinement saisi à temps. Trump a changé. Il est devenu le vecteur d'une volonté qui n'est pas la sienne. Il a complètement abandonné son électorat de base. Il est devenu, de fait, l'otage des mêmes forces qui ont déclenché la guerre contre nous en Ukraine.

Dans ce contexte, l'attaque contre l'Iran, à mon sens, met un terme définitif à l'idée que Trump puisse encore être perçu comme un défenseur de l'idéologie MAGA – l'idée que les États-Unis se concentreraient sur leurs problèmes intérieurs, cesseraient de s'ingérer dans les affaires internationales et s'attaqueraient à leurs propres échecs retentissants en matière politique, économique et culturelle, ce qui constituait en réalité le programme initial de Trump. Rien de tout cela ne se produira. Trump continuera de mener les politiques des néoconservateurs. Pour nous, c'est un moment extrêmement important.

Il s'attaque à nos alliés. En réalité, si l'Iran tombe – ou plutôt, si l'Iran tombe et quand il tombera –, nous serons confrontés à des forces bien plus puissantes que celles auxquelles nous sommes déjà confrontés aujourd'hui. Trump, tel un taureau chargeant sa proie, ivre de sang et persuadé que tout concourt à son succès et que tout lui est facile, risque d'interpréter notre rationalité et notre retenue, notre cohérence et notre attachement aux principes comme de la faiblesse. Et alors, il n'aura plus d'autres termes ni d'autres concepts pour interpréter notre politique.

Animateur : Alors, comment devons-nous agir maintenant ?

Alexandre Douguine : Je pense que nous devons agir avec la plus grande fermeté, mais cette décision appartient au président. Vous savez, nous avons maintenant de nombreux conseillers, et tous, des chauffeurs de taxi aux experts, militaires et civils, lui disons d'une seule voix qu'une frappe est nécessaire. Premièrement, il est clair que le droit international n'existe plus ; nous pouvons faire tout ce que nous voulons, car la victoire justifiera tout. Il ne fait aucun doute que la direction politico-militaire ukrainienne doit être éliminée. C'est une certitude absolue. Ils l'ont fait à notre allié, et selon les règles du grand jeu, nous sommes tout simplement obligés de faire de même avec leurs supplétifs, avec ces structures qui nous font la guerre.

Je crois qu'il est primordial d'utiliser des armes très puissantes, d'une force telle qu'on ne puisse les ignorer. Je n'exclus pas non plus la nécessité de rappeler à l'ordre certains pays, ceux qui soutiennent la guerre en Ukraine tout en se croyant à l'abri des conséquences et en interprétant notre politesse et notre constance comme des signes de faiblesse. La Russie ne peut plus se permettre de paraître faible. Nous ne le sommes pas, mais c'est l'impression que nous donnons. Ils nous perçoivent comme faibles, indécis, hésitants, manquant de confiance en nous et de potentiel. On peut résister à l'agression de toute puissance hégémonique si l'on a la volonté et la force, et une puissance nucléaire en est parfaitement capable. La Grande Russie en est capable. Mais ils pensent que nous manquons de volonté.

Je crois que c'est une erreur : nous avons la volonté, nous l'avons simplement soigneusement dissimulée, en l'intégrant habilement au processus de négociation. Or, cette approche commence à se retourner contre nous, et très rapidement. Mais tout le monde conseille le président dans ce sens – du moins, c'est mon impression, même si certains ont peut-être un avis différent.

Un consensus se dégage désormais : la Russie doit fondamentalement revoir sa stratégie dans la guerre contre l'Ukraine. Il nous faut prendre des mesures décisives et inconditionnelles, sans équivoque. En d'autres termes, une frappe, et la rue Bankova disparaît, les dirigeants sont chassés, Zelensky est écarté, il ne reste plus personne, et l'on ne sait plus avec qui poursuivre les négociations. Nous pourrons alors leur proposer de désigner eux-mêmes des personnes avec lesquelles nous serions prêts à dialoguer. Cela va de soi.

Animateur : Alexander Gelyevich, d’un autre côté, il se pourrait qu’après l’élimination de leurs dirigeants, ils choisissent de nouveaux dirigeants, peut-être même plus radicaux – comme cela s’est essentiellement produit en Iran, où les dirigeants ont été remplacés presque instantanément.

Votre vision du scénario iranien est intéressante : que se passerait-il si nous prenions des mesures fermes pour le soutenir ? Imaginons que la Russie, alliée à la Chine, envoie sa flotte dans le golfe Persique. À votre avis, quelles en seraient les conséquences ?

Alexandre Douguine : Nous serions respectés. Et nous serions craints. Voilà ce qui se passerait si nous parlions franchement. C’est tout.

Animateur : Cela ne mènerait-il pas à une confrontation directe ?

Alexandre Douguine : La confrontation directe est déjà engagée. Ils croient tout simplement nous contrôler et nous diriger, alors que nous pensons encore mener des négociations entre partenaires. Il existe une divergence fondamentale de perspectives, une différence dans notre interprétation même de la situation. Cependant, je ne conseille à notre président d'entreprendre aucune action ; il comprend parfaitement la situation.

Quant à la crainte que l'élimination des dirigeants à Kiev ne porte au pouvoir des forces encore plus radicales : il n'y en a plus de plus radicaux là-bas. Ils pourraient amener des figures similaires. Mais si elles ne nous conviennent pas non plus, nous devons agir de même avec elles, et avec les suivantes, et encore avec les suivantes, en les éliminant une à une. D'autant plus que l'Ukraine n'est pas l'Iran. Si nous entrons véritablement dans cette confrontation maintenant, nous gagnerons non seulement une chance de victoire, mais aussi l'opportunité d'enrayer l'escalade et d'empêcher une troisième guerre mondiale. Trump démontre que la politique de la force a commencé, et la force ne reconnaît pas les mots. Elle ne s'arrête que lorsqu'elle rencontre une force contraire. Cette force doit être démontrée. Nous parlons constamment de notre potentiel nucléaire et de l'« Orechnik », mais le moment est venu non seulement de parler, mais aussi de montrer cette force. C'est ce que l'on attend de nous. Ce n'est qu'alors que Trump comprendra que les Russes sont véritablement en colère et qu'il est allé trop loin.

Ce qu'il nous faut maintenant, c'est une frappe massive qu'on ne peut ignorer ni reléguer au rang de vantardise ou d'attaques contre des cibles secondaires. Le lieu et les modalités de cette frappe ne nous appartiennent pas, mais le cours de l'histoire et le moral de nos soldats au front – quelque peu démoralisés par les négociations de paix – exigent une action décisive. Quand on entend chaque jour le message que « tout va bientôt finir », il devient psychologiquement impossible de combattre ; on se persuade, à tort, qu'il suffit d'attendre encore un peu. Nous devons admettre honnêtement que la guerre ne prendra fin que lorsque nous aurons atteint tous les objectifs de l'opération militaire spéciale. Nous devons faire preuve de détermination et accomplir ce qui est nécessaire depuis longtemps. Auparavant, il était possible de tergiverser, mais il n'y a plus de temps à perdre.

Il est essentiel de comprendre que les mots ont une portée considérable. Prenez le nom de l'opération « Fureur Épique » : même les Américains opposés à l'attaque contre l'Iran sont inspirés par ce slogan. « Mon pays est furieux, et je le défendrai » : voilà qui est efficace. À l'inverse, nous avons le terme bureaucratique « SMO », qui n'inspire personne ; il est dénué de sens profond. « Fureur Épique », « Bouclier de Juda » pour les Israéliens, « Fin du Déluge » pour le monde chiite : autant de codes puissants. Je crois que nous devons rebaptiser l'opération militaire spéciale « L'Épée du Katechon » : nous sommes les garants de la force ; telle est notre mission, notre rôle russe, notre identité orthodoxe. Les musulmans nous soutiendront également, car ils comprennent parfaitement l'unité de ce combat. Nous devons mobiliser la société, donner un nouvel élan à la guerre, la renommer. Au début, il y avait les symboles « Z », « V », « O » : une approche de relations publiques superficielle. Désormais, nous devons souligner l'enjeu de notre combat, sans dissimuler l'ampleur de la victoire. Nous devons être honnêtes envers ceux qui donnent leur vie pour la patrie, pour l'État, pour l'autorité et pour le peuple. Nous combattons pour une cause commune, et chacun doit en ressentir le sens.

Aujourd'hui, des forces colossales sont à l'œuvre : militaires, politiques, religieuses. Nous ne sommes ni observateurs ni arbitres ; nous sommes acteurs d'une Grande Guerre. Peut-être la dernière. Inutile de se précipiter et de spéculer sur la date de la fin : les chrétiens orthodoxes savent que nul ne la connaît ; le Christ lui-même a dit que seul le Père la connaît. Mais nous savons qu'il y aura une fin, car Dieu a créé ce monde et Dieu le jugera. Cela fait partie intégrante de notre foi et de nos traditions, une part essentielle. Il n'y a donc aucune raison de paniquer.

Nous vivons les derniers temps – regardez l'Occident, la liste Epstein. Les détails que nous apprenons sur les élites qui le gouvernent révèlent qu'il s'agit véritablement d'une civilisation de Baal. C'est un culte satanique, une véritable secte. Que font ces élites ? Elles corrompent des mineurs, pratiquent le cannibalisme, persécutent les Afro-Américains. Les dossiers Epstein contiennent des indices directs : elles violent des enfants, organisent des orgies. Et cela, c'est l'autre camp. C'est cette civilisation que nous combattons. Ce n'est pas un hasard si, en Iran, une statue de Baal a été brûlée à la veille de cette invasion, et qu'en représailles, des missiles ont été tirés. Dans la conscience du monde islamique, ces éléments sont liés : la liste Epstein, Baal – et ceux qui brûlent ses idoles. La guerre prend une dimension profondément religieuse. Les dispensationalistes américains, interprétant la Bible de Scofield, sont convaincus qu'au moment du conflit entre l'Iran et Israël, la Russie entrera inévitablement en guerre aux côtés de l'Iran. Pour eux, « aujourd'hui l'Iran, demain la Russie » est déjà une évidence. À leurs yeux, nous en sommes déjà là.

Il est essentiel de comprendre la psychologie de l'ennemi : elle ne coïncide ni avec les faits ni avec notre perception rationnelle. Conjuguée à l'énergie débridée de Trump et à l'exaltation eschatologique des dirigeants israéliens – qui croient que c'est maintenant ou jamais, que le Messie doit venir sans tarder et que le « Grand Israël » doit être créé immédiatement – ​​cette réalité nous empêche de nous préoccuper des affaires courantes. L'histoire, la géographie, la religion et la politique nous privent de la possibilité d'être de simples observateurs extérieurs. Nous sommes au cœur même des événements et nous avons un rôle à jouer.

Animateur : Comment l’équilibre géopolitique évoluerait-il si l’Europe décidait réellement de participer directement aux bombardements ? Par exemple, une station de radio israélienne a rapporté que l’Allemagne discutait avec les États-Unis de la possibilité d’une participation directe à l’opération. Autrement dit, elle pourrait lancer ses propres attaques au lieu de se contenter de fournir des armes. Comment la situation changerait-elle dans ce cas ?

Alexander Dugin : C'est précisément la direction que prennent les choses. Les problèmes entre Trump et l'Union européenne sont désormais soit résolus, soit relégués au second plan, car Trump a, en substance, adopté une politique pleinement alignée sur les intérêts des mondialistes et des néoconservateurs. Auparavant, le conflit de Trump avec l'Europe était alimenté par le mouvement MAGA, par son rejet du mondialisme et de l'« État profond ». Mais si Trump se rapproche désormais de ces structures, les désaccords avec l'Europe passent naturellement au second plan. L'Occident doit être perçu comme un tout – l'Occident collectif. De fait, nous sommes revenus à la situation qui prévalait avant Trump. Ce moment historique où d'autres idées et d'autres projets pour les États-Unis étaient proclamés est malheureusement révolu. Aujourd'hui, nous avons moins affaire à Trump lui-même qu'à ce même « État profond » qui soutenait Nuland, Blinken ou Kamala Harris – en somme, les mêmes forces.

En conséquence, toutes les contradictions entre les États-Unis et l'Union européenne ont été mises de côté face à une confrontation radicale avec les forces qui sont des adversaires idéologiques et géopolitiques de l'Occident collectif — et surtout les partisans d'un monde multipolaire, parmi lesquels nous-mêmes et la Chine.

Quant à votre question sur notre participation directe : laissons le président décider. Personnellement, je crois que cette participation est nécessaire. Plus nous agirons activement, avec audace et fermeté, mieux ce sera. Autrement, toute autre action sera interprétée comme un signe de faiblesse, et la faiblesse est une provocation directe — un appel à nous faire subir le même sort qu’aux dirigeants iraniens. Après tout, notre président a rencontré Rahabar Khamenei, et auparavant le président Raïssi et d’autres responsables politiques, tout comme il a rencontré Maduro.

Animateur : Pour approfondir ce thème : devons-nous agir seuls ou au sein d’une coalition avec la Chine ? Quelle devrait être notre stratégie ?

Alexandre Douguine : Bien sûr, il serait préférable d'agir en coalition avec la Chine. Mais la Chine attendra. Voyez-vous : si, par malheur, l'Iran tombe, une confrontation directe avec nous s'ensuivra inévitablement, puis avec la Chine, car c'est leur objectif ultime. Quiconque pense pouvoir rester à l'écart – que ce soit nous, la Chine ou l'Iran lui-même, qui n'est pas entré en guerre après le début de l'opération terrestre de Tsahal contre Gaza (le Hezbollah a attendu patiemment jusqu'à ce que tout soit anéanti) – se trompe. Plus nous attendons, plus nous tardons à affronter pleinement l'Occident, plus nous risquons d'être vaincus un par un.

Nous avons encore été trompés – Lavrov l'a dit : Israël a transmis des informations selon lesquelles il envisageait d'attaquer l'Iran. Une fois de plus, ils nous mènent par le bout du nez : « Restez à l'écart pour l'instant, n'entrez en conflit sous aucun prétexte », et à la fin, il ne restera plus personne pour nous soutenir. C'est pourquoi je suis convaincu que nous devons réagir avec la plus grande fermeté possible, sur tous les fronts. Il n'est pas nécessaire d'entrer immédiatement dans ce conflit précis, mais nous devons traiter nos ennemis directs – le régime nazi de Kiev – avec la plus grande détermination. Cela ne fait aucun doute. Et nous devons le faire de telle sorte que personne ne se fasse d'illusions : si les Russes le veulent, ils le peuvent. Et si nous ne le pouvons pas, alors nous serons dans une situation catastrophique.

Notre riposte doit être symétrique et d'une fermeté absolue. Idéalement, au sein d'une coalition. À défaut, nous devons agir seuls. Si nous agissons maintenant, nous ne serons pas seuls. Si nous attendons, nous resterons seuls. Ou bien la Chine attendra et restera seule. Nous devons stopper le mal, stopper la civilisation de Baal. Telle est notre mission sacrée.

Alexandre Dougin
Docteur en sociologie et en sciences politiques, docteur en philosophie. Fondateur de l'école géopolitique russe et du mouvement eurasien.

(Traduit du russe)


La guerre de Pourim contre l’Iran



par Israël Shamir


Le vilain petit secret derrière le timing de la guerre contre l’Iran.

Les États-Unis, le Royaume-Uni, la France et l’Allemagne se flattent de se qualifier d’« Occident », mais il serait plus réaliste de les appeler l’État juif en devenir, ou « Epsteinie » (comme Albanie, Namibie, Abyssinie… ). Nous venons d’apprendre que le président Trump avait déjà décidé d’entrer en guerre contre l’Iran il y a des semaines, et que la façade diplomatique mise en œuvre par deux promoteurs immobiliers juifs (Witkoff et Kushner) en son nom n’était qu’une manœuvre dilatoire pour occuper l’Iran jusqu’au moment fatidique. Quel était donc le but de cette pause diplomatique de Trump avant le début des hostilités ? Il y a une raison, certes honteuse, mais vraie. Trump et son supérieur, Bibi Netanyahu, étaient guidés par la magie de la Kabbale. Ils avaient convenu de mener cette attaque historique à une date particulièrement propice du calendrier juif, appelée Shabbat du Souvenir , le dernier samedi avant la fête de Pourim. Les faits sont incontestables : la communauté juive internationale a décrété la date de l’attaque et l’armée américaine a obéi comme un chien docile au signal.

Wikipedia décrit le Shabbat du Souvenir comme suit :

Le Shabbat du souvenir, ou Shabbat Zachor (en hébreu : שבת זכור), est le Shabbat qui précède immédiatement Pourim. On y lit le Deutéronome 25:17-19 (à la fin de la Paracha Ki Teitzei), qui décrit l’attaque d’Amalek contre les Juifs. Selon une tradition talmudique (et probablement sous-entendue dans la Meguila elle-même), Haman, l’antagoniste de l’histoire de Pourim, descendait d’Amalek. Le passage lu contient un commandement nous enjoignant de nous souvenir de cette attaque ; c’est pourquoi, lors de cette lecture publique, hommes et femmes s’efforcent d’écouter attentivement.

Tous les Juifs sont non seulement tenus de se souvenir de cette date spéciale commémorant ce récit ancien, mais aussi de se venger ; c’est-à-dire de commettre un génocide contre celui que le Sanhédrin a désigné comme Amalek de notre génération. Un Juif est obligé et sommé de tuer tous les hommes, femmes et enfants d’Amalek, y compris les chiens et les chats. Les petites bêtes, chatons et chiots sont souvent tués deux semaines plus tôt lors de la fête de Touchivat – les animaux domestiques sont jetés dans des bûchers selon la coutume séfarade. Les coutumes de Pourim (et du Shabbat précédent) sont notoirement horribles, comme le décrit Elliot Horowitz dans son ouvrage « Reckless Rites : Purim and the Legacy of Jewish Violence » . Martin Luther avait fait remarquer que les Juifs considéraient tous les dirigeants chrétiens (qu’ils considérent comme leurs oppresseurs) comme des Haman [pour bien comprendre l’histoire de Haman et Esther, et le rapport des juifs à la Perse de Babylone, voir l’article de 2006, par Shamir : « Le syndrome de Haman »ndt]des temps modernes, et qu’il était donc de leur devoir religieux de les discréditer et de chercher à les renverser. [Il avait également noté que les Juifs voyaient le Christ comme une figure similaire de roi/oppresseur, peut-être parce que dans la Septante, Haman est crucifié.] N’oubliez pas que la Septante est la traduction grecque du texte biblique original non altéré, tandis que la Bible hébraïque moderne a été mise à jour à de nombreuses reprises au fil des ans par des érudits juifs.

Les Juifs internationaux proches de Netanyahu (y compris ceux de la coalition gouvernementale israélienne) ont une longue tradition d’accomplissement de leurs devoirs professionnels et religieux selon les préceptes de la magie kabbalistique. Pour eux, la combinaison du premier coup porté lors du Shabbat du Souvenir et de la célébration de Pourim quelques jours plus tard est une tentation irrésistible. Ces insensés risquent de croire qu’ils sont guidés par une force supérieure, et c’est ainsi qu’ils courent à leur perte.

Pourim commémore le massacre de 75 000 Perses par les Juifs ; et ce n’est pas un hasard si c’est la première fois que les Juifs sont clairement mentionnés dans la Bible. C’est en quelque sorte un « coming out » pour les Juifs. Les récits juifs les présentent souvent comme des victimes innocentes, et celui-ci ne fait pas exception. Les Juifs de l’époque du Second Temple connaissaient la vérité et avaient gravé la capitale perse, Suse, dans la « Belle Porte » du Temple, signifiant ainsi que les Juifs devaient se souvenir à jamais de leur séjour en Perse. Mais Netanyahu a oublié ce conseil de ses ancêtres légendaires.

Les premières bombes de la guerre Iran-Iran ont été lâchées par Mike Huckabee, l’« ambassadeur américain » favori de Tel-Aviv, lors d’une interview avec Tucker Carlson juste avant le début des hostilités. Huckabee a déclaré à Tucker qu’Israël avait le droit de s’emparer de la plus grande partie du Moyen-Orient, tout le territoire que les États-Unis pouvaient défendre, et que cela ne le dérangeait pas. Après cela, tout le monde est resté les bras croisés, attendant une date magique du calendrier kabbalistique. Les Juifs avaient prédestiné que, le jour du Shabbat du Souvenir, les États-Unis et Israël attaqueraient par surprise un Iran paisible et endormi ; un pays qui s’efforçait encore de coopérer avec les enquêteurs de l’ONU, qui poursuivait des négociations de paix avec deux Juifs, et qui ignorait tragiquement la signification historique de cette date pour les Juifs. Les forces d’attaque ont assassiné avec audace l’ayatollah Ali Khamenei, l’équivalent musulman du pape catholique. Israël considère tout dirigeant non juif comme Haman et donc comme une cible légitime : Ron Unz l’a expliqué dans cet essai . Les Juifs aiment assassiner les dirigeants, une pratique qui était passée de mode depuis la guerre de Trente Ans.

L’Angleterre, la France et l’Allemagne ont obéi aux ordres de Tel-Aviv. Cela signifie que des Juifs ont réussi à prendre le pouvoir dans ces pays. L’Allemagne a été contrainte d’accepter la domination juive avec l’occupation américaine de 1945. Aujourd’hui, il est illégal pour un Allemand de porter un keffieh palestinien ou de réclamer une Palestine libre. La France était relativement libre en 1960, lorsque de Gaulle avait le pouvoir de chasser l’OTAN. Au fil des années, les Juifs ont renforcé leur emprise sur les médias. Le cinéma français est mort, les hommes politiques français sont à genoux devant Lord Rothschild et, en l’an de grâce 2026, tous les partis français sont profondément judéo-infiltrés. Marine Le Pen, figure emblématique de ce qui passe pour du nationalisme français, a approuvé l’attaque de Pourim contre l’Iran et a promu son successeur juif élu. L’Angleterre a toujours été le berceau du sionisme chrétien , et Starmer est un parfait exemple de « shabbat-goy » pour représenter le « gouvernement du shabbat » britannique.

Mais pourquoi les Juifs sont-ils prêts à engager autant de capital politique pour la perspective incertaine de ruiner l’Iran ? On comprend pourquoi Trump est si prompt à trahir le mouvement MAGA : il n’a pas à se poser de questions ; en bon shabbat goy, il doit obéir aux ordres de Tel-Aviv. Mais pourquoi les Juifs, d’ordinaire si cauteleux, agissent ainsi ? L’enjeu, c’est la splendeur de la mosquée Al-Aqsa, qu’il faudrait détruire pour ériger le Troisième Temple, le vœu ultime des Juifs. Et l’Iran est le seul pays au monde à s’y opposer. Tous les autres États musulmans ont été intimidés et se soumettent aux ordres américains.

Dès l’attaque surprise contre l’Iran, la mosquée Al-Aqsa a été fermée par l’armée israélienne, et les musulmans palestiniens ne peuvent plus y accéder. En plein Ramadan, cette situation est particulièrement douloureuse pour les croyants. L’histoire de la mosquée Al-Aqsa et de la volonté juive de la détruire est longue. J’en ai déjà parlé dans * La Pierre angulaire de la violence* .

Pour faire court, je vais en citer un extrait :

De nombreux Juifs et leurs alliés sionistes chrétiens estiment que la beauté inestimable du Haram al-Sharif, les mosquées de Jérusalem datant du VIIe siècle, devrait être détruite et qu’un temple juif devrait être érigé sur leurs ruines. Pourquoi cela ? Les explications, historiques et eschatologiques, sont diverses. Il ne s’agit ni d’une quelconque justice historique, ni d’un acte relevant de la prière, car le judaïsme traditionnel interdisait tout contact avec la Montagne du Seigneur. Certains Juifs à tendance mystique croient que cet acte instaurerait une domination juive totale et irréversible sur le monde. D’ailleurs, cette croyance n’est pas l’apanage de quelques excentriques ou extrémistes, ni même des seuls sionistes, mais bien une conviction largement répandue.

Les grands médias occidentaux présentent généralement le conflit comme une opposition entre musulmans et juifs. Mais pour ces juifs, ce conflit oppose juifs et non-juifs. À leurs yeux, le Mont du Temple est un anneau de pouvoir magique, qu’ils devraient s’approprier le moment venu. À l’instar de l’Anneau du Seigneur des Anneaux de Tolkien (le professeur britannique était un homme très érudit), il devrait faire naître le Messie. Pour les mystiques juifs, ce Messie n’est pas le Messie chrétien. Selon eux, le Messie n’est pas un Jésus bienveillant porteur d’un message pour toute l’humanité. Leur Messie asservirait à jamais les nations de la terre et ferait du peuple élu les maîtres de l’univers. Leur Messie, le Seigneur Asservisseur des Peuples de la Terre, est l’Antéchrist des prophéties.

Les Arabes hors de Terre sainte ont été soumis et cela leur importe peu. Partout, les musulmans sont la cible d’attaques incessantes de la part de multinationales médiatiques contrôlées par des Juifs. Les Palestiniens sont victimes d’un génocide pour leur attachement à la mosquée Al-Aqsa (la guerre à Gaza est appelée par les Palestiniens le « déluge d’Al-Aqsa »). La seule véritable résistance est venue d’Iran, menée par des théologiens persans qui comprenaient parfaitement la controverse du Mont du Temple. Aussi, bien sûr, l’Iran devait être bombardé pour Pourim. De toute évidence, une telle célébration devait s’accompagner du sacrifice rituel kabbalistique de jeunes filles, tel qu’exposé dans les dossiers Epstein. Cette pratique religieuse juive a été immédiatement mise en œuvre lorsqu’ils ont massacré plus d’une centaine d’écolières et lorsqu’ils ont délibérément ciblé la petite-fille de 14 mois du défunt ayatollah Khamenei.

Tel est le sort de la Perse, périssant sous le Lion de Juda (nom de code israélien : Opération Lion Rugissant ). Mais comment les chrétiens s’en sortiront-ils en entrant dans l’arène face à un lion aussi affamé ? Mieux vaut ne pas coopérer avec de telles bêtes, car pactiser avec le diable, c’est s’exposer à un sort funeste. Devrions-nous consulter le calendrier kabbalistique pour connaître la date fatidique où le joug juif s’abattra sur nous ? Nous constatons que l’islam est ouvertement vilipendé par nos maîtres juifs. Croyons-nous vraiment que le christianisme sera exempté de tels agissements ? Ils qualifient déjà ouvertement la Bible de « document antisémite » !!! Nous savons tous que le conflit entre l’islam et le christianisme est orchestré par les Juifs. Avec l’arrivée massive de musulmans conservateurs et bien intentionnés dans les pays occidentaux, nous prenons rapidement conscience que les points d’harmonie entre musulmans et chrétiens croyants surpassent largement ce que Mike Huckabee appelle « notre patrimoine judéo-chrétien ».

Le temps presse pour les Juifs. Aucun royaume juif n’a jamais duré plus de 80 ans et 2028 approche à grands pas. Des associations de parents d’élèves locales aux organisations internationales, chrétiens et musulmans se rapprochent, contournant ainsi leurs manipulateurs juifs. La guerre de Pourim contre l’Iran est un signe évident du désespoir juif. Ils ont déjà perdu toute crédibilité morale en bombardant les ghettos de Gaza. Cette dernière guerre juive est la goutte d’eau qui fait déborder le vase, et quand Israël tombera, soyez assurés qu’ils tenteront d’entraîner tout le monde dans leur chute. La première étape vers la fin de la guerre contre l’Iran est la résolution du génocide de Gaza. Une fois Israël neutralisé, le monde entier explosera. Imaginez ! Chrétiens et musulmans travaillant ensemble au nom du Christ pour purger les bibliothèques scolaires des manuels de sexe kabbalistiques ! L’Ukraine expulsera tous les aventuriers juifs et redeviendra le grenier de l’Europe ! Jérusalem deviendra un protectorat de l’ONU, garantissant ainsi à toutes les religions une place à la table des négociations en Terre sainte ! Trump pourra redevenir un vrai MAGA, l’armée américaine pourra être réduite en toute sécurité et les fonds investis dans l’industrie manufacturière américaine ! Le Congrès pourra enfin représenter le peuple américain ! Les entreprises occidentales prospéreront grâce à tout ce pétrole bon marché fourni par nos nouveaux amis musulmans du Moyen-Orient !

Combien d’autres scénarios positifs peut-on imaginer si seulement nous pouvions nous débarrasser de ces Epstein nuisibles ? L’Amérique a une sorcière sur le dos, et elle s’appelle … Israël.

https://www.unz.com/ishamir/the-purim-war-against-iran/

Via :






John D. Rockefeller : L’homme qui a créé le système dont on ne peut s’échapper





Il y a un homme qui a conçu le système économique dans lequel vous vivez.

Un système si complet, si verrouillé, que vous ne pouvez pas en sortir.

Vous pouvez changer d’employeur.
Changer de banque.
Changer de fournisseur.

Mais vous restez à l’intérieur des murs qu’il a construits.

En 1870, cet homme contrôlait 90% du pétrole américain.
En 1911, le gouvernement a brisé son empire.
Et pourtant, plus d’un siècle plus tard, ses méthodes dominent toujours l’économie mondiale.

Les plus grandes entreprises de la planète suivent exactement son manuel.
Les milliardaires modernes copient exactement sa stratégie.
Et presque personne ne vous dit la vérité :
le capitalisme que vous connaissez n’est pas un marché libre.

C’est le système Rockefeller.

John D. Rockefeller n’a pas construit une entreprise.
Il a construit une machine de domination.
Une machine si efficace qu’elle fonctionne encore aujourd’hui, perfectionnée, légalisée et enseignée dans les écoles de commerce comme la seule façon «rationnelle» de faire des affaires.

Dans cette vidéo, vous allez découvrir :Comment Rockefeller a transformé le chaos du pétrole en monopole total
Pourquoi l’intégration verticale rend la concurrence mathématiquement impossible
Comment la consolidation horizontale détruit tout choix réel
Pourquoi les trusts n’ont jamais disparu, ils ont juste changé de nom
Comment la régulation est devenue une arme au service des géants
Et pourquoi la philanthropie est l’arme la plus puissante du système

Vous verrez que :
Amazon, Apple, Google, Meta, Tesla…
ne sont pas des anomalies modernes.
Ils sont des descendants directs de Rockefeller.

Le démantèlement de Standard Oil n’a pas détruit le système.
Il l’a rendu plus fort.
Plus légal.
Plus invisible.

Aujourd’hui, vous vivez dans une économie où :Des milliers de marques appartiennent à quelques groupes
La concurrence est une illusion
La richesse ne circule pas, elle s’accumule
Le pouvoir économique se transforme en pouvoir politique
Et les règles sont écrites par ceux qui gagnent déjà

Rockefeller est mort en 1937.
Mais son manuel est toujours vivant.

Et une fois que vous voyez le système,
vous ne pouvez plus l’ignorer.

La vraie question n’est pas si ce système existe.
La vraie question est :
maintenant que vous le voyez, qu’allez-vous faire ?


jeudi 5 mars 2026

La notion de jihâd et sa double application


L'Iran a officiellement déclaré le djihad contre les États-Unis et Israël. Un décret religieux officiel a été publié citant le Coran 22:39 -- accordant la permission divine de faire la guerre contre « l'agression des croisés ».

Ce que cela signifie :

- Il ne s'agit pas de rhétorique politique. Il s'agit d'une DÉCLARATION DE GUERRE RELIGIEUSE.

- Toutes les milices chiites d'Irak, de Syrie, du Liban et du Yémen ont désormais l'autorisation théologique d'attaquer des cibles américaines et israéliennes.

- Hezbollah. Houthis. FMP irakiennes. Tous activés sous une seule fatwa.

- Le document appelle le monde islamique tout entier à se mobiliser

Cela change tout. Une guerre politique peut être négociée.

Une guerre sainte ne le peut pas.


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La notion de jihâd et sa double application


En 1994 est paru chez Insan, une maison d’éditions d’Istanbul, un livre intitulé Modern Dünyaya Baçkaldïrï, c’est à dire la traduction turque de Révolte contre le monde moderne de Julius Evola. Cette initiative est due à un professeur de théologie islamique de l’Université de Marmara, qui à l’époque avait en programme de faire publier un autre livre d’Evola, Masques et visages du spiritualisme contemporain. D’ailleurs, Révolte contre le monde moderne à été évoqué, à l’occasion d’un entretien publié dans “Éléments” (n. 77, 1993), par l’intellectuel algérien Rachid Benaïssa, élève de ce maître à penser qui fut Malek Bennabi.

Si le nom de Julius Evola n’est pas inconnu en terre d’Islam, dans quelle mesure Evola a eu connaissance de l’Islam ?

Le tableau de la tradition islamique brossé dans Révolte contre le monde moderne n’occupe que quelques pages, mais présente avec suffisamment de relief les aspects de l’Islam qui permettent, dans la perspective évolienne, de le caractériser comme une “tradition d’un niveau supérieur non seulement à l’hébraïsme, mais aussi aux croyances qui conquirent l’Occident” (RMM, 342).

En premier lieu, Evola fait remarquer que le symbolisme de l’Islam indique clairement un rattachement direct de cette forme traditionnelle à la Tradition primordiale elle-même, de sorte que l’Islam est indépendant du judaïsme comme du christianisme, religions dont il rejette d’ailleurs les thèmes spécifiques (péché originel, rédemption, médiation sacerdotale, etc.). C’est toujours dans Révolte contre le monde moderne que nous lisons :

“De même que dans l’hébraïsme sacerdotal, l’élément central est constitué ici par la loi et la tradition, en tant que forces formatrices, auxquelles les souches arabes des origines fournirent toutefois une matière beaucoup plus pure, plus noble et empreinte d’esprit guerrier. La loi islamique, Sharîah, est la loi divine ; sa base, le Coran, est considéré comme la parole même de Dieu – kalâm Allâh – comme une œuvre non humaine, un livre “incréé”, existant ab aeternodans les cieux. Si l’Islam se considère comme la « religion d’Abraham » et a même voulu faire de celui-ci le fondateur de la Kaaba, où réapparaît la “pierre”, le symbole du “Centre”, il n’en demeure pas moins qu’il affirme son indépendance vis-à-vis de l’hébraïsme comme du christianisme, que le centre de la Kaaba contenant le symbole en question a des origines préislamiques lointaines, difficiles à déterminer, et qu’enfin le point de référence de la tradition ésotérique islamique est la mystérieuse figure du Khidr, considérée comme supérieure et antérieure aux prophètes bibliques. L’Islam rejette le thème caractéristique de l’hébraïsme, qui deviendra, dans le christianisme, le dogme et la base du mystère christique : il maintient, sensiblement affaibli, le thème de la chute d’Adam, sans en déduire, toutefois, la notion de “péché originel”. Il voit en celui-ci une “illusion diabolique” – talbis Iblîs. D’une certaine façon, même, ce thème est inversé, la chute de Satan – Iblîs ou Shaitân – étant attribuée, dans le Coran (XVIII, 48), au refus de celui-ci de se prosterner, avec les Anges, devant Adam. Ainsi se trouvent repoussés à la fois l’idée centrale du christianisme, celle d’un rédempteur ou sauveur, et l’idée d’une médiation exercée par une caste sacerdotale”. (RMM, 340-341)

Pureté absolue de la doctrine de l’Unité, exempte de toute trace d’anthropomorphisme et de polythéisme, intégration de chaque domaine de l’existence dans un ordre rituel, ascèse de l’action en termes de jihâd, capacité de modeler une “race de l’esprit” : tels sont, successivement, les aspects de l’Islam qui retiennent l’attention d’Evola. Il écrit : “Le Divin étant conçu d’une façon purement monothéiste, sans “Fils”, sans “Père”, sans “Mère de Dieu”, tout musulman apparaît directement relié à Dieu et sanctifié par la loi, qui imprègne et organise en un ensemble absolument unitaire toutes les expressions juridiques, religieuses et sociales de la vie. Ainsi que nous avons déjà eu l’occasion de le signaler, l’unique forme d’ascèse conçue par l’Islam des origines fut celle de l’action, sous la forme de jihâd, de “guerre sainte”, guerre qui, en principe, ne doit jamais être interrompue, jusqu’à la complète consolidation de la loi divine. Et c’est précisément à travers la guerre sainte, et non par une action de prédication et d’apostolat, que l’Islam connut une expansion soudaine, prodigieuse, et forma non seulement l’Empire des Califes, mais surtout l’unité propre à une race de l’esprit – umma – la “nation islamique”". (RMM, 341)

L’Islam, enfin, observe Evola, est une forme traditionnelle complète, en ce sens qu’il est doué d’un ésotérisme vivant et opératif qui peut fournir, à ceux qui possèdent les qualifications nécessaires, les moyens de parvenir à une réalisation spirituelle qui dépasse le but exotérique du “salut” :

“Enfin (…), l’Islam présente un caractère particulièrement traditionnel, complet et achevé, du fait que le monde de la Sharîah et de la Sunna, de la loi exotérique et de la tradition, trouve son complément, moins dans une mystique que dans de véritables organisations initiatiques – turuq – détentrices de l’enseignement ésotérique, le ta’wîl, et de la doctrine métaphysique de l’Identité suprême, Tawhîd. La notion de ma’sûm, fréquente dans ces organisations et, en général, dans la Shîa, notion relative à la double prérogative de l’ismâ, ou infaillibilité doctrinale, et de l’impossibilité, pour les chefs, les Imams visibles et invisibles, et les mujtahid, d’être entachés de faute, correspond à l’attitude d’une race demeurée intacte et formée par une tradition d’un niveau supérieur non seulement à l’hébraïsme, mais aussi aux croyances qui conquirent l’Occident”. (RMM, 341-342)

Parmi tous ces thèmes, celui auquel est le plus directement sensible Julius Evola, étant donnée son “équation personnelle”, est évidemment le thème de l’action, l’action sacralisée. Le regard d’Evola se fixe donc sur la notion de jihâd et sur sa double application, conformément au célèbre hadîth du Prophète: “Raja’nâ min al-jihâd al-açghar ilâ-l jihâd al akbar“, c’est à dire: “Nous sommes revenus de l’effort mineur à l’effort majeur”; ou bien, si l’on préfère, “de la petite à la grande guerre sainte”. Ce hadîth, qui fournit le titre pour un chapitre de Révolte contre le monde moderne (“La grande et la petite guerre sainte”), est ainsi commenté par Evola :

"Dans la tradition islamique on distingue deux guerres saintes : la “grande guerre sainte” – el-jihâdul akbar – et la “petite guerre sainte” – el-jihâdul açghar – conformément à une parole du Prophète qui, de retour d’une expédition guerrière, déclara: “Nous voici revenus de la petite à la grande guerre sainte”. La “grande guerre sainte” est d’ordre intérieur et spirituel ; l’autre est la guerre matérielle, celle qui se livre à l’extérieur contre un peuple ennemi, en vue notamment d’inclure les peuples “infidèles” dans l’espace régi par la “loi de Dieu”, dâr al-islâm.

La “grande guerre sainte” est toutefois à la “petite guerre sainte” ce que l’âme est au corps, et il est fondamental, pour comprendre l’ascèse héroïque ou “voie de l’action”, de comprendre la situation où les deux choses se confondent, la “petite guerre sainte” devenant le moyen par lequel se réalise une “grande guerre sainte” et, vice-versa, la “petite guerre sainte” – la guerre extérieure – devenant presque une action rituelle qui exprime et atteste la réalité de la première. En effet, l’Islam orthodoxe ne conçut à l’origine qu’une seule forme d’ascèse: celle qui se relie précisément au jihâd, à la “guerre sainte”.

La “grande guerre sainte” est la lutte de l’homme contre les ennemis qu’il porte en soi. Plus exactement, c’est la lutte du principe le plus élevé chez l’homme contre tout ce qu’il y a de simplement humain en lui, contre sa nature inférieure, contre ce qui est impulsion désordonnée et attachement matériel." (RMM, 175)

Ailleurs, Evola voit dans l’idée de jihâd une “tardive renaissance d’une hérédité aryenne primordiale”, si bien que “la tradition islamique est ici à la place de la tradition aryo-iranienne” (DALV, 11).

En tout cas, la doctrine islamique de la petite et de la grande “guerre sainte” occupe dans l’œuvre évolienne une position privilégiée et acquiert une valeur paradigmatique ; elle exemplifie, en effet, et représente la conception générale que le monde de la Tradition rapporte à l’expérience guerrière et, plus largement, à l’action comme voie de réalisation. Les enseignements concernant l’action guerrière de divers milieux traditionnels sont donc envisagés à la lumière de leur coïncidence essentielle avec la doctrine du jihâd et sont exposés à l’aide d’une notion qui est, elle aussi, de dérivation islamique : la notion de “voie de Dieu” (sabîl Allâh) :

"Dans le monde de l’ascèse guerrière traditionnelle, la “petite guerre sainte”, c’est-à-dire la guerre extérieure, s’ajoute ou se trouve même prescrite comme voie pour réaliser cette “grande guerre sainte”, et c’est pourquoi, dans l’Islam, “guerre sainte” – jihâd – et “voie d’Allah” sont souvent employées comme synonymes. Dans cet ordre d’idées, l’action a rigoureusement la fonction et la fin d’un rite sacrificiel et purificateur. Les aspects extérieurs de l’aventure guerrière provoquent l’apparition de l’”ennemi intérieur” qui, sous forme d’instinct animal de conservation, de peur, d’inertie, de pitié ou de passion, se révolte et oppose une résistance que le guerrier doit vaincre, lorsqu’il descend sur le champ de bataille pour combattre et vaincre l’ennemi extérieur ou le “barbare”.

Naturellement, tout cela présuppose l’orientation spirituelle, la “juste direction” – niyyah – vers les états supra-individuels de l’être symbolisés par le “ciel”, le “paradis”, les “jardins d’Allah”, et ainsi de suite ; autrement, la guerre perd son caractère sacré et se dégrade en une aventure sauvage où l’exaltation se substitue à l’héroïsme vrai et où dominent les impulsions déchaînées de l’animal humain." (RMM, 176-177; cf. DALV, 12 et DF, 307-308).

Evola rapporte (dans la traduction italienne de Luigi Bonelli, légèrement remaniée par lui) toute une série de passages coraniques relatifs aux idées de jihâd et de “voie d’Allah” (RMM, 177-178). En outre il cite, à titre d’exemple et d’illustration, deux maximes: “Le paradis est à l’ombre des épées” et ” Le sang des héros est plus proche de Dieu que l’encre des philosophes et les prières des dévots” (RMM, 184; cf. DF, 308). Or, si la première de ces deux maximes est effectivement un hadîth, la seconde, extraite peut-être de quelque étude orientaliste peu digne de foi, est en réalité on ne peut plus différente du hadîth rapporté par Suyûtî dans Al-jâmi’ aç-çaghîr, qui dit textuellement ainsi: “L’encre des savants et le sang des martyrs seront pesés au Jour de la Résurrection, et la balance penchera en faveur des savants”.

Avant de passer aux formulations conférées à la doctrine de la “guerre sainte” dans des milieux traditionnels non islamiques (surtout l’Inde et le christianisme médiéval), Evola établit une analogie entre la mort que connaît le mujâhid et la mors triumphalis de la tradition romaine (RMM, 178) ; ce thème est repris plus loin, lorsque la capacité d’”immortalisation” attribuée à la victoire guerrière par certaines traditions européennes est mise en relation avec l’”idée islamique, selon laquelle les guerriers tués dans la ‘guerre sainte’ – jihâd – ne seraient jamais vraiment morts” (RMM, 199). Un verset coranique est cité à titre d’illustration : “N’appelez pas morts ceux qui furent tués dans la voie de Dieu ; non, ils sont vivants, au contraire, même si vous ne vous en apercevez pas” (Coran, II, 149). Le parallèle spécifique est d’ailleurs retrouvé chez Platon (Resp. 468e), “selon lequel – rappelle Evola – certains morts, tués à la guerre, font corps avec la race d’or qui, selon Hésiode, n’est jamais morte, mais subsiste et veille, invisible” (RMM, 199).

Dans Révolte contre le monde moderne, il est un autre sujet qui permet certaines références à la doctrine de l’Islam: celui du chapitre “La Loi, l’État, l’Empire”. Observant que “jusque dans la civilisation médiévale, la rébellion contre l’autorité et la loi impériale fut assimilée à l’hérésie religieuse et que les rebelles furent tenus, non moins que les hérétiques, comme des ennemis de leur propre nature, contredisant la loi de leur essence” (RMM, 51), Evola relève la présence d’une conception analogue en Islam et renvoie le lecteur à la IVe sourate du Coran, v. 111. Un autre rapprochement est ensuite établi entre la conception romano-byzantine, d’une part, qui oppose la lois et la pax de l’oecumène impérial au naturalisme des barbares – affirmant en même temps l’universalité de son droit -, et la doctrine islamique, de l’autre, puisqu’on trouve dans celle-ci, observe Evola, “la distinction géographique entre le dâr al-islâm, ou terre de l’Islam, gouvernée par la loi divine, et le dâr al-harb ou ‘terre de la guerre’, parce que sur cette dernière vivent des peuples qui doivent être intégrés à la première grâce au jihâd, à la ‘guerre sainte’” (RMM, 59).

Dans le même chapitre, évoquant la fonction impériale d’Alexandre le Grand, vainqueur des hordes de Gog et Magog, Evola renvoie à la figure coranique de Dhû’l-Qarnayn, généralement identifié à Alexandre, et à ce que dit la sourate XVIII du Coran (RMM, 57).

Les analogies existant entre certains aspects de l’Islam et les éléments correspondant d’autres formes traditionnelles sont également relevées dans Le Mystère du Graal ; mais, tandis que dans Révolte contre le monde moderne il s’agit de purs parallèles doctrinaux – où sont parfois comparées à l’Islam des formes traditionnelles qui n’ont jamais été en contact avec le monde musulman -, dans l’essai sur “l’idée impériale gibeline” les similitudes entre Islam et templarisme viennent, au contraire, s’insérer dans le cadre concret, historique, des rapports entretenus par des représentants de l’ésotérisme chrétien et de l’ésotérisme islamique. On peut considérer, a ce propos, le passage suivant :

"On accusait en outre les Templiers d’avoir des intelligences secrètes avec les musulmans et d’être plus proches de la foi islamique que de la foi chrétienne. Il faut probablement interpréter cette dernière indication en tenant compte du fait que l’anti-christolâtrie était également une des caractéristiques de l’islamisme. Quant aux “intelligences secrètes”, elles doivent nous apparaître comme synonyme d’un point de vue moins sectaire, plus universel, donc plus ésotérique que celui du christianisme militant. Les Croisades, où les Templiers et, d’une façon générale, la chevalerie gibeline jouèrent un rôle fondamental, créèrent malgré tout, à divers égards, un pont supratraditionnel entre l’Occident et l’Orient. La chevalerie croisée finit par se trouver en face d’une sorte de réplique d’elle même, c’est-à-dire de guerriers ayant la même éthique, les mêmes coutumes chevaleresques, les mêmes idéaux d’une “guerre sainte”, et, en outre, en face de veines ésotériques similaires." (MG, 188-189)

Puis, Evola passe à une description sommaire de ce qu’il appelle, improprement d’ailleurs, “l’Ordre arabe des Ismaéliens”, à savoir le mouvement hétérodoxe qui fut très lié aux Templiers :

"C’est ainsi – écrit Evola – qu’aux Templiers correspondit exactement, en Islam, l’Ordre arabe des Ismaélites, qui se considéraient aussi comme les “gardiens de la Terre Sainte” (également au sens ésotérique, symbolique) et avaient une double hiérarchie, l’une officielle, l’autre secrète. Et cet Ordre, avec son double caractère à la fois guerrier et religieux, courut le danger de connaître une fin analogue à celle des Templiers et pour un motif analogue: son fond initiatique et l’affirmation d’un ésotérisme méprisant la lettre des textes sacrés. Il est également intéressant de constater que, dans l’ésotérisme ismaélien, réapparaît le même thème que celui de la légende impériale gibeline: le dogme islamique de la “résurrection” (qiyâma) est interprété ici comme la nouvelle manifestation du Chef Suprême (Imam) devenu invisible durant la période dite de l’”absence” (ghayba); car l’Imam, à un moment donné, avait disparu, se soustrayant à la mort, mais ses sectateurs restaient tenus de lui jurer fidélité et sujétion, comme à Allah lui-même." (MG, 189-190)

L’ésotérisme islamique est défini par Evola comme doctrine qui va même jusqu’à “reconnaître dans l’homme la condition dans laquelle l’Absolu devient conscient de lui-même, et qui professe la doctrine de l’Identité Suprême” (OO, 35-36), si bien que l’Islam apparaît comme un exemple clair et éloquent d’un système qui, bien qu’incluant un domaine strictement théiste, reconnaît une vérité et une voie de réalisation plus élevées, les éléments émotionnels et dévotionnels, l’amour et tout le reste perdant ici (…) toute signification “morale”, et toute valeur intrinsèque, et acquérant seulement celle d’une technique parmi les autres. (OO, 36)

Or, l’ésotérisme islamique, avec les enseignements de ses maîtres et son univers de notions et de symboles, fournit à Evola des axes et références d’une certaine importance. En ce qui concerne symboles et notions, il faut souligner l’importance, dans l’oeuvre évolienne, accordée à la fonction polaire. Comme l’explique Evola, “au Proche-Orient” (mais il serait plus correct de dire en Islam), “le terme qutb, ‘pôle’, a désigné non seulement le souverain, mais, d’une manière plus générale, celui qui dicte la loi et qui est le chef de la tradition d’une certaine période historique” (R, 50). (Pour être précis, il faudrait dire que le qutb, le “pôle”, représente le sommet de la hiérarchie initiatique). Or, tout un chapitre de Révolte contre le monde moderne, le troisième de la première partie, repose sur l’idée de cette fonction traditionnelle et emploie précisément les termes “pôle” et “polaire”. L’étrange est que ce chapitre ne contient aucune référence explicite à la tradition islamique, tandis que, pour ce qui est des maîtres de l’ésotérisme islamique, les noms d’Ibn ‘Arabi, Hallâj, Rûmî, Hâfez, Ibn Atâ’, Ibn Farîd, ‘Attâr sont mentionnés dans plusieurs écrits évoliens.

La première mention d’Ibn ‘Arabî, ash-shaykh al-akbar (= doctor maximus), apparaît dans une glose d’Introduction à la Magie qui n’est pas signée, mais qui est certainement due à Evola : y est cité “le cas d’Ibn ‘Arabî” afin d’illustrer l’”inversion des rôles par rapport à l’état où, la dualité étant créée, l’image divine incarnant le Moi supérieur est devant le mystique comme un autre être” (IaM, I, 71). Pour approfondir cette idée, Evola recourt au correspondant enseignement du Taçawwuf ; après quoi, dans le même contexte, il rappelle que “la fin d’El Hallaj, qui est toutefois considéré comme l’un des principaux maîtres de l’Islam ésotérique (soufisme)”, fut une conséquence de la divulgation du secret qui s’attache à la réalisation de la condition la plus élevée. Evola revient sur ce point en un autre endroit de son œuvre, lorsqu’il écrit :

"En réalité, si certains initiés dont personne ne niait la qualification furent condamnés et parfois même tués (le cas typique le plus souvent rappelé est celui d’Al Hallâj en Islam), cela eut lieu parce qu’ils avaient ignoré cette règle (celle du secret, N.d.A); il ne s’agissait donc pas d’”hérésie”, mais de raisons pratiques et pragmatiques. Une maxime dit à ce sujet: “Que le sage ne trouble pas avec sa sagesse celui qui ne sait pas”." (AM, 122)

L’autre brève allusion à Ibn ‘Arabî contenue dans Introduction à la Magie est due, elle aussi, à Evola, qui, dans le texte intitulé Ésotérisme et mystique chrétienne et signé avec le pseudonyme de “Ea”, remarque que manque dans l’ascèse chrétienne, malgré la discipline du silence, “la pratique du degré le plus intériorisé de cette discipline, qui ne consiste pas seulement à mettre un terme à la parole parlée, mais aussi à la pensée (le fait ‘de ne pas parler avec soi-même’ d’Ibn ‘Arabî” (IaM, III, 281).

Dans Métaphysique du sexe, après avoir relevé que, dans l’Islam, “loi destinée à qui vit dans le monde, non à l’ascète” (MS, 262), est absente “l’idée de la sexualité comme quelque chose de coupable et d’obscène” (MS, 242), Evola relève qu’Ibn ‘Arabî en vient même à parler d’une contemplation de Dieu dans la femme, dans une ritualisation de l’étreinte sexuelle conforme à des valeurs métaphysiques et théologiques. (MS, 242)

Suivent deux longues citations des Fuçûç al-hikam (Les châtons de la Sagesse), dans la traduction due à Titus Burckhardt, dont voici la conclusion évolienne :

"Dans cette théologie soufiste (sic) de l’amour, on doit voir seulement l’amplification et l’élévation à une conscience plus précise du monde rituel avec lequel l’homme de cette civilisation a plus ou moins distinctement assumé et vécu les rapports conjugaux en général, en partant de la sanctification que la Loi coranique confère à l’acte sexuel dans un régime non seulement monogamique, mais aussi polygamique. De là naît aussi le sens particulier que peut revêtir la procréation, entendue précisément comme l’administration du prolongement du pouvoir créateur divin existant dans l’homme." (MS, 243)

Un autre passage des Fuçûç al-hikam illustre, dans Métaphysique du sexe, la “clef de la technique islamique” (MS, 349), la quelle consiste à assumer “la dissolution à travers de la femme” en tant que symbole de l’extinction en la Divinité. Au même ordre d’idées se réfère la signification des “Expériences chez les Arabes” de Gallus (pseud. de Enrico Galli Angelini), un texte compris dans Introduction à la Magie dont Evola cite quelques extraits relatifs aux “pratiques orgiaques pour des fins mystiques (…) attestés (…) dans l’aire arabo-persane” (MS, 347).

Dans ce que Gélâleddîn Rûmî dit à propos de la danse (“Celui qui connaît la vertu de la danse vit en Dieu, parce qu’il sait comment l’amour tue”) (MS, 128), Evola distingue une autre “clef” des techniques initiatiques islamiques, “la clef des pratiques d’une chaîne, ou école, de mystique islamique, qui s’est continuée à travers les siècles et qui considère Gélâleddîn Rûmî comme son maître” (MS, 128).

Dans la poésie du soufisme arabo-persan, connue de lui à travers l’Antologia della mistica arabo-persiana de M.M. Moreno (Laterza, Bari 1951), Evola retrouve des thèmes qui, pour sa “Métaphysique du sexe”, ne manquent pas d’intérêt : l’application, par exemple, du symbolisme masculin à l’âme de l’initié, si bien que, comme il écrit, “la divinité (…) est considérée comme une femme : elle n’est pas l’”épouse céleste”, mais la “Fiancée” ou l’”Amante”. Ainsi, par exemple, chez Attâr, Ibn Fârid, Gélâleddîn el-Rûmî, etc. (MS, 277, note 1)”.

Dans la poésie soufique, Evola trouve également l’idée de l’amour comme “force qui tue” le moi individuel, idée découverte par lui chez Rûmî et Ibn Fârid.

A une technique caractéristique du soufisme, le dhikr, est consacrée une glose d’Introduction à la Magie que nous pensons pouvoir attribuer à Evola. Celle-ci relève en particulier la correspondance entre une telle technique islamique, et le mantra hindou et la répétition des noms divins pratiquée par l’hésychiasme (IaM, I, 396-397). Cette glose cite Al-Ghazâlî, dont certaines affirmations sont citées à d’autres pages du même ouvrage attribuables avec sûreté à Evola (IaM, II, 135-136 et 239).

Encore plus enrichissante fut la rencontre d’Evola et de l’hermétisme islamique : en fait, parmi tous les auteurs musulmans le plus cité dans l’œuvre d’Evola est Geber, c’est à dire Jâbir ibn Hayyân. A propos du rôle joué par les hermétistes de l’Islam, Evola écrit:

Entre le VIIe et le XIIe siècle, il s’est avéré qu’elle (la tradition hermético-alchimique) existait chez les Arabes qui, à cet égard aussi, servirent d’intermédiaires pour la reprise, par l’Occident médiéval, d’un héritage plus ancien de la sagesse pré-chrétienne. (MG 223)

Dans son étude plus spécialement consacrée à la tradition hermétique, Evola utilise de très nombreuses citations extraites de textes musulmans recueillis par Berthelot et Manget. Il privilégie, nous l’avons dit, Geber: mais ceci n’a rien d’étonnant, compte tenu de la masse énorme du corpus gébérien ; Râzî est également mentionné et un certain nombre de livres anonymes sont cités, parmi lequels la célèbre Turba Philosophorum, traduite en italien dans le seconde volume d’Introduction à la Magie.

Comme on sait, une grande partie de l’œuvre d’Evola se base sur certains enseignements traditionnels devenus accessibles au plus grand nombre à la suite de l’exposé qu’en a fait René Guénon. Evola s’est donc en grande partie appuyé sur l’œuvre de ce dernier, reprenant des conceptions qui y étaient développées et les adaptant souvent à sa propre “équation personnelle”. Or, compte tenu de l’appartenance de Guénon à l’Islam et de la filiation islamique de certains enseignements fondamentaux, perceptibles dans l’œuvre de Guénon, il n’est pas hors de propos de considérer ce qu’écrit Evola quant à l’intégration de Guénon à la tradition islamique :

"Guénon était convaincu que subsistaient en Orient, malgré tout, des groupes encore dépositaires de la Tradition. Sur le plan pratique, il entretint des rapports directs avant tout avec le monde islamique où des filons initiatiques (soufis et ismaélites) continuaient à circuler parallèlement à la tradition exotérique (c’est-à-dire religieuse). Et il s’islamisa à outrance. S’étant établi en Égypte, il avait reçu le nom de sheikh Abdel Wahîd Yasha (sic) et même la nationalité égyptienne. Il épousa en secondes noces une Arabe." (LD, III, 4, 22)

Et encore :

"Dans le cas de Guénon, ce rattachement (initiatique) a dû principalement se réaliser – comme nous l’avons dit – avec des “chaînes” islamiques. Mais à celui qui n’a pas d’inclination à s’en remettre à des musulmans ou à des Orientaux, Guénon ne propose pas grand chose." (R, 212)

Le “cas de Guénon” a donc induit Evola à reconnaître qu’existent, aujourd’hui encore et malgré tout, des possibilités de rattachement initiatique ; en plus, Evola affirme que, dans les conditions actuelles, le choix de l’Islam comme voie traditionnelle est pratiquement obligatoire pour ceux qui adhèrent à la doctrine traditionnelle dans sa formulation guénonienne et ne veulent pas se contenter de la théorie.

D’ailleurs, Evola avait encore plus nettement affirmé, à propos des centres initiatiques :

"Il est certain qu’il en existe encore, bien que l’Occident ne soit guère concerné ici et bien qu’il faille, dans ce domaine, se tourner vers le monde musulman et l’Orient." (VdT, I, 3, 120; puis dans AM, 253)

Un problème qu’Evola évoque dans ce contexte, concerne le rapport existant entre les centres initiatiques et le cours de l’histoire. Il est formulé comme suit :

Le cors de l’histoire est généralement interprété comme une involution et une dissolution. Or, face aux forces qui agissent en ce sens, quelle est la position des centres initiatiques ? (AM, 253)

Ce problème implique également l’Islam, puisqu’Evola dit :

Par exemple, il est certain qu’existent en terre d’Islam des organisations initiatiques (celles des soufis), mais leur présence n’a pas du tout empêché l’”évolution” des pays arabes dans une direction anti-traditionnelle, progressiste et moderniste, avec toutes les conséquences inévitables de ce phénomène. (AM, 254)

Une telle question avait été posée par Evola dans le cadre d’une correspondance avec Titus Burckhardt, qui, en connaissance de cause, lui avait “fait remarquer que des possibilités de ce genre (c’est à dire traditionnelles, n.d.r.) subsistaient dans des régions non européennes” (CC, 204). Nous ignorons si, et comment, l’écrivain suisse avait répondu aux objections d’Evola ; en tout cas, on pourrait faire observer avant tout que les “pays arabes”, avec lesquels Evola semble identifier la “terre d’Islam”, ne constituent en réalité que la dixième partie du monde musulman, de sort qu’il n’est pas correct de faire coïncider leur “évolution” avec le développement de la situation générale de la ummah islamique. Mais surtout, quand bien même les “centres initiatiques (soufis)” ne s’opposeraient pas, par leur action, au processus général d’involution, il serait toutefois arbitraire d’affirmer que leur fonction est illusoire, comme le fait Evola lorsqu’il évoque ces échanges polémiques avec des milieux qui se font encore des illusions sur les possibilités offertes par les “restes traditionnels” existant dans le monde actuel. (CC, 203)

En fait, le rattachement à des centres initiatiques – dont procède toute transmission régulière d’influences spirituelles – constitue l’unique solution possible pour quiconque entend réagir à la tendance involutive du monde moderne : tendance inexorable puisque soumise aux rigoureuses lois cycliques qui régissent la manifestation. C’est le propre du rattachement à un centre initiatique – et, grâce à lui, au centre suprême – d’assurer la continuité de la transmission des influences spirituelles pour toute la durée du présent cycle d’humanité et donc permettre la participation au monde de l’Esprit jusqu’à la fin du cycle. Dans une telle perspective, c’est le propre du processus d’involution que de se révéler “illusoire”: en fait, celui-ci ne concerne que la manifestation – laquelle, compte tenu de son caractère fondamentalement contingent, ne représente rigoureusement rien vis-à-vis de l’Absolu.


Claudio Mutti


SIGLES DES OEUVRES DE JULIUS EVOLA CITÉES DANS LE TEXTE :

RMM = Révolte contre le monde moderne, éd. de l’Homme, Montréal-Bruxelles 1972.
DALV = La doctrine aryenne de lutte et de victoire, éd. Totalité, Puiseaux 1979.
DF = Diorama, Europa, Roma 1974.
MG = Le mystère du Graal et l’idée impériale gibeline, Villain et Belhomme – Éd. Traditionnelles, Paris 1970.
OO = Orient et Occident, Arché, Milano 1982.
R = Ricognizioni. Uomini e problemi, Edizioni Mediterranee, Roma 1974.
IaM = Introduzione alla Magia, 3 voll., Edizioni Mediterranee, Roma 1971.
AM = L’arc et la massue, Trédaniel-Pardès, Paris-Puiseaux 1984.
MS = Metafisica del sesso, Edizioni Mediterranee, Roma 1969.
LD = René Guénon e il “tradizionalismo integrale”, “La Destra”, a. III, n. 4, avril 1973.
VdT = I centri iniziatici e la storia, “Vie della Tradizione”, a. I, n. 3, juillet-septembre 1971.
CC = Le chemin du cinabre, Arché-Arktos, Milano-Carmagnola 1983.


Quatre “fact-checkers”



par Myriam

Ah, regardez-moi ces quatre chevaliers autoproclamés de la vérité, ces 4 “fact-checkers” qui se pavanent comme des gardiens infaillibles de l’info, mais qui ont semé plus de chaos en France que n’importe quel complot imaginaire !

Avec leurs airs supérieurs, ils ont balancé des “vérifications” biaisées sur le Covid pour justifier des confinements interminables et des vaccins imposés, minimisant les effets secondaires tout en diabolisant quiconque osait douter ; sur la guerre en Ukraine, ils ont servi la soupe officielle sans broncher, en traitant de “pro-russes” tous ceux qui pointaient les incohérences ; et pour la dette nationale, ils ont applaudi les dépenses folles de Macron comme un génie économique, ignorant comment ça écrase le peuple sous des impôts records.

Ces pseudos-journalistes, financés par des fondations douteuses et des subventions d’État, n’ont fait que museler les voix dissidentes au nom de la “lutte contre la désinfo”, transformant la France en un pays où questionner l’establishment vous vaut un badge de “conspi” la liberté d’expression pour un chèque et un ego surdimensionné !

finito les imposteurs, grillés de partout comme des merguez oubliées sur le barbecue de l’enfer – échec et mat, les clowns, votre règne bidon s’effondre en miettes pendant que vos carrières pourrissent dans le caniveau de l’oubli, avec les rats qui rigolent en grignotant vos illusions de grandeur !

Source


Commentaire de François Martinez sur X :

"Conspiracy Watch est soutenu par la Fondation pour la Mémoire de la Shoah. Le président d'honneur David de Rothschild est cousin d'Ariane de Rothschild. Des documents judiciaires confirment des liens d'affaires entre Ariane de Rothschild et J. Epstein."

Source


mercredi 4 mars 2026

Le Reich McMuffin et la colonie pédophile contre les rois poètes et philosophes



Vivre sous un empire en phase terminale, c'est comme vivre dans une autre dimension. Ces derniers jours ont été particulièrement hallucinants.

Les États-Unis et Israël ont déclaré la guerre à l'Iran avec le plein soutien de nombreux dirigeants européens et régionaux, et lorsque l'Iran a riposté (comme le prévoit le droit international), la classe politique et médiatique occidentale a paniqué.

Tous les principaux dirigeants occidentaux, d'Albanese à Carney, en passant par Starmer, Macron et Merz, au lieu de condamner une première frappe illégale, ont condamné la riposte iranienne.

Il convient de le réaffirmer :

Donald Trump s'est tenu devant une caméra, a déclaré une guerre illégale, sans l'approbation du Congrès ni de l'ONU, contre une nation souveraine qui n'avait jamais attaqué les États-Unis, et lorsque ce pays a riposté, il a été désigné comme l'agresseur par des élites occidentales hystériques et hurlantes.

C'est tout à fait extraordinaire.

Si, après ces deux dernières années, nous avions encore le moindre doute quant à la fin du droit international, la réaction occidentale à la guerre contre l'Iran l'a définitivement dissipé. L'empire européen, après avoir fondé sa position sur l'Ukraine sur la nécessité de faire respecter le droit international, vient de signer l'arrêt de mort de ce dernier.

Le plus extraordinaire, c'est que Marco Rubio a admis que l'Iran ne représentait aucune menace pour les États-Unis. Rubio a déclaré hier soir que les États-Unis n'avaient déclaré la guerre que parce qu'Israël s'apprêtait à frapper l'Iran ; les États-Unis ont donc attaqué « préventivement », partant du principe que l'Iran riposterait contre Israël après avoir été touché.

Un imbroglio de rationalisations que seul un cerveau imprégné d'empire pourrait concevoir.

Ce qui nous reste, c'est le fait que le Reich McMuffin a mené une guerre préventive pour la Colonie Pédophile contre la nation de mystiques, de poètes et de rois philosophes.

Il s'agit, après tout, comme l'avait prédit Huntington , d'un choc des civilisations.

Examinons cela.

L'exportation culturelle la plus célèbre de l'empire américain est McDonald's. Cheeseburger et McMuffin. Le dirigeant de cet empire est un philistin, un escroc de l'immobilier, un animateur de télé-réalité, un arnaqueur et, plus récemment, un vendeur de montres . Une nation sans architecture historique, sans œuvres d'art anciennes, sans rien de culturellement significatif. (Ne vous fâchez pas. Ce n'est rien de personnel, juste un constat objectif.)

Il existe des moulins à poivre et des housses de couette plus vieux qu'Israël. Colonie de voleurs ayant prospéré par le viol et la terreur, son dirigeant est un criminel de guerre recherché pour génocide. Ses principales exportations sont la terreur et les technologies de surveillance capables de prendre le contrôle de la caméra de votre téléphone pendant que vous vous déshabillez pour aller au lit. Israël est littéralement un refuge pour les pédophiles.

L'Iran a 6 000 ans. Il abrite certains des plus anciens joyaux architecturaux du monde, dont 29 sites inscrits au patrimoine mondial de l'UNESCO, parmi lesquels 27 sont classés sites du patrimoine culturel, la plus haute distinction. Les œuvres d'Omar Khayyam, philosophe persan du Xᵉ siècle, sont encore vendues en librairie près de mille ans plus tard. J'ai un recueil de poèmes de Rumi sur mon étagère, des poèmes écrits il y a 800 ans. Ali Khamenei, le chef religieux iranien assassiné, était un érudit qui parlait quatre langues, dont l'anglaiset, et parfaitement, l'arabe.

Son successeur, Ali Larijana, est titulaire d'une licence en informatique et en mathématiques et d'un doctorat en philosophie occidentale. Sa thèse portait sur la philosophie des mathématiques de Kant et il est l'auteur de trois ouvrages sur des philosophes occidentaux.

Trump et les dirigeants des empires, en revanche, parlent à peine anglais.

C'est véritablement un choc des civilisations.

Mais le racisme est tellement répandu.

Le racisme est si répandu que, malgré la possibilité de trouver sur YouTube des milliers de vidéos de centres commerciaux à Téhéran, en tous points semblables aux centres commerciaux occidentaux, la grande majorité des Occidentaux croient à cette propagande raciste. (Bien sûr, les centres commerciaux occidentaux ne sauraient servir de modèle de civilisation, mais vous comprenez l'idée.) Alors que la réalité est accessible en un clic, beaucoup croient que l'Iran est une théocratie terrifiante où les femmes sont lapidées pour avoir montré leurs cheveux. Et parce qu'ils le croient, parce que l'esprit bourgeois est incapable de comprendre la politique révolutionnaire, il ne peut saisir l'ampleur du soutien à une république révolutionnaire anti-impérialiste.

Ils ne comprennent pas le soutien apporté à une civilisation imprégnée de mathématiques, d'ingénierie, d'architecture, de sciences, de mysticisme et d'astronomie. Une civilisation qui lutte contre une nation obsédée par le cheeseburger et l'argent, au nom d'un avant-poste colonial vieux de 70 ans, gangrené par le vol, l'apartheid, le viol, le cannibalisme et la pédophilie.

L'assassinat de Khamenei illustrait parfaitement ce choc des civilisations. L'armée, composée de simples soldats, de pédophiles et de leurs sténographes, claironnait à qui voulait l'entendre cette opération épique et prétendument bien ficelée visant à assassiner un homme de 86 ans atteint d'un cancer de la prostate en phase terminale, qui vaquait tranquillement à ses occupations d'État dans sa maison de ville austère et sans défense, en compagnie de sa petite-fille de trois ans. Ils avaient piraté les caméras de circulation de Téhéran ! Ils avaient un informateur ! Ils connaissaient tous ses déplacements ! Ils ont orchestré le meurtre d'un vieil homme dont l'adresse figurait dans l'annuaire téléphonique, comme dans Zero Dark Thirty. Pathétique.



Comparez sa demeure et la mise en pratique de ses principes avec la nouvelle salle de bal de la Maison-Blanche de Trump . Opposez le mode de vie sans fioritures de Khamenei à l'obsession de Trump pour l'or et le clinquant, aux démonstrations ostentatoires de richesse. Tout cela est absolument répugnant et grotesque.
[H.G. Malgré les sollicitations, l'ayatollah Khamenei a refusé de quitter sa maison, connue de tous, car il n'avait pas peur de la mort, et il voulait montrer à tous qu'il est prêt à se sacrifier pour son pays]

Et bien sûr, les McMuffins et les pédophiles, l'Axe Epstein, ont hurlé de joie en évoquant le meurtre d'un vieil homme et de sa famille, après l'avoir trompé pendant des mois en lui faisant croire à des négociations de bonne foi. Un meurtre qui, évidemment, n'a pas provoqué de soulèvement. Et comme il n'a pas provoqué de soulèvement, Israël et les États-Unis, après avoir assassiné 165 écolières , ont décidé de bombarder Téhéran sans relâche.

Ici, aucune valeur n'est définie au-delà de la mort et de la conquête.

Il n'y a que de l'argent, des biens matériels, du commerce et la guerre.

Notre culture est déracinée. Si tant est qu'on puisse nous appeler ainsi. Nous ne sommes certainement pas une civilisation s'inscrivant dans une grande tradition.

La profondeur de la dépravation philistine dont témoigne cette guerre est abyssale.

Mais à bien y réfléchir, on arrive à une réalité extrêmement sombre : les guerres d’agression impérialistes continuent d’être lancées parce qu’elles sont efficaces.

Et ça marche parce que la force brute, les rivières de sang et les sacrifices humains, ça marche.

Les États-Unis ont tué près de 400.000 civils au Vietnam. Ils ont incendié leurs villages et violé leurs femmes. Des bébés naissent encore aujourd’hui au Vietnam avec des malformations congénitales dues à l’utilisation indiscriminée de l’Agent Orange, qui a ravagé des millions d’hectares de terres agricoles.

Pourtant, le Vietnam est désormais l’un des plus proches alliés des États-Unis . Un État soumis, parfaitement intégré à l’hégémonie régionale américaine.

L'Afghanistan a été transformé par les États-Unis en un immense fief d'héroïne géré par la CIA ; l'Irak a été pillé, un million de personnes tuées, des avions entiers chargés d'argent ont été exportés du pays et un régime docile a été installé. Tout l'or libyen a été volé et partagé entre les agresseurs occidentaux. Plus récemment, le Venezuela est devenu du jour au lendemain un État vassal des États-Unis.

Les États-Unis sont objectivement la force de conquête et de domination la plus maléfique de la planète, et l'Iran est aujourd'hui en première ligne de l'anti-impérialisme.

Quiconque a le sens de la justice devrait souhaiter que l'Iran gagne cette guerre.

Si l'Iran s'effondre, il tombera entre les mains de l'Axe Epstein et des adorateurs du cheeseburger et de l'argent. Si l'Iran tombe, nos perspectives d'avenir se réduisent comme peau de chagrin et nous sommes aspirés toujours plus profondément vers l'horizon des événements du néolibéralisme. Si l'Iran s'effondre, l'empire se tournera vers sa prochaine cible, probablement Cuba, peut-être la Colombie, voire la Turquie, que les politiciens israéliens ont récemment présentée comme une menace régionale. Ou bien même la Russie comme le prédit Alexandre Douguine [ L'épée du Katechon. Par Alexandre Douguine.

Mais l'Iran n'est pas encore vaincu. Et même si une victoire conventionnelle est impossible, une guerre d'usure lui offre une voie de survie. L'empire ne supportera pas longtemps ce coût. Si l'Iran parvient à maintenir le détroit d'Ormuz fermé et à attaquer les intérêts alignés sur les États-Unis suffisamment longtemps, il pourrait imposer un cessez-le-feu et ainsi survivre selon des conditions proches de son propre jeu.

Mais si l'Iran venait à succomber aux forces d'un philistinisme décadent, il subsiste, à mon sens, une maigre consolation : le profond mal de l'âme demeurera chez ceux qui nourrissent une conscience impériale, quels que soient le nombre de guerres qu'ils déclenchent, quel que soit le nombre de femmes et d'enfants sans défense qu'ils massacrent. Car l'appétit du conquistador est insatiable. Cette soif inextinguible les consume d'une soif de sang vide, les condamnant à passer leur vie à la recherche de leur prochaine dose.

Pour ceux d'entre nous qui ont une âme, pour ceux d'entre nous qui mènent une vie plus pleine et plus riche, c'est, je crois, quelque chose auquel se raccrocher.

Nous ne serons jamais comme eux.

Nous ne pourrons jamais leur ressembler.

Ils peuvent être des nôtres, mais ils ne seront jamais comme nous.

Ce fossé est spirituel, il ne peut être comblé ni par la langue, ni par une terre partagée, ni par une culture.

Nous ne pourrons jamais comprendre ce qui les possède.

Et cette rupture totale avec le monstrueux est quelque chose, aussi insignifiant soit-il, à célébrer.

NATE BEAR



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BONUS

En Islam iranien (4 tomes)
Henry Corbin



Ce que l'on a voulu principalement montrer ici, c'est une aptitude caractéristique de ce que certains désigneront comme le génie iranien, d'autres comme la vocation imprescriptible de l'âme iranienne : une aptitude éminemment apte à édifier un système philosophique du monde, sans que soit jamais perdue de vue la réalisation spirituelle personnelle en laquelle doit fructifier la méditation philosophique, et faute de laquelle la philosophie n'est plus qu'un jeu stérile de l'esprit. Aptitude, par conséquent, à conjoindre la recherche philosophique et l'expérience mystique; le refus de les dissocier donne à l'une et à l'autre un caractère si spécifique, qu'il faut déplorer que cette philosophie iranienne, irano-islamique, ait été jusqu'ici absente de nos histoires de la philosophie. Cette absence a appauvri, amputé, notre connaissance de l'homme. Depuis plus d'un millénaire, notamment encore et surtout au cours des quatre derniers siècles, la production des philosophes et spirituels de l'Iran a été considérable. Leurs problèmes recroisent ceux de nos philosophes, mais en y apportant, le plus souvent, des points de vue et des réponses que les vicissitudes des polémiques ont fait tenir à l'écart en Occident. Et pourtant cette voix iranienne est à peine parvenue à se faire entendre hors des frontières de l'Iran, si bien qu'aujourd'hui les Iraniens n'ont pas toujours conscience que leur culture traditionnelle peut recéler un message pour l'humanité actuelle, et voient encore moins comment « actualiser » ce message. (...)

Des sept livres que renferment les quatre tomes de cet ouvrage, le Livre I (t. I) embrasse les principaux aspects du shî'isme imâmite, c'est-à-dire du shî'isme des Douze Imâms ou shî'isme duodécimain. Il les recueille à leurs sources, c'est-à-dire dans les traditions venant des Imâms eux-mêmes, mais simultanément en montre la résonance et l'amplification chez leurs plus grands interprètes de l'époque safavide (XVI e et XVII e s.). Il marque les recroisements entre l'herméneutique spirituelle pratiquée dans le shî'isme et dans le christianisme aussi bien qu'entre les problèmes de l'imâmologie et de la christologie.

Le Livre II (t. II) est tout entier consacré à l'œuvre de « résurrection » qui fut celle de Sohrawardî (XII e s.), à savoir celle d'une philosophie de la lumière dont les recoupements avec notre propre philosophie médiévale de la Lumière (celle d'un Robert Grosseteste) appellent encore de nombreuses recherches. 

Le Livre III (t. III), tout entier consacré à Rûzbehân Baqlî de Shîrâz, débouche sur des questions familières aux « Fidèles d'amour », autour de Dante ou antérieurement à lui. 

Le Livre IV montre quelques sommets de la métaphysique du shî'isme et du soufisme (Haydar Âmolî, Semnânî, XIVe siècle). 

Le Livre V (t. IV) illustre par quelques grandes figures ce que fut 1' « école d'Ispahan ». 

Le Livre VI montre le sens de l'école shaykhie (XIXe s.). 

Enfin le Livre VII est tout entier consacré au Douzième Imâm comme pôle d'une ferveur shî'ite culminant dans l'idée de chevalerie spirituelle (fotowwat, javânmardî). Ici les recoupements avec les traditions de la chevalerie d'Occident comme avec la tradition joachimite se feront spontanément jour. Nous avons en effet multiplié à dessein les indications concernant les recoupements et les comparaisons. Car notre désir et le but même de cet ouvrage sont de communiquer notre conviction que la culture spirituelle de l'Iran ne peut plus rester absente du « circuit culturel » universel. Ce que nous y perdrions ressort spontanément de ces pages. Mais nous ne dissimulons pas aux chercheurs que le labeur est écrasant : pour dominer les textes et maîtriser un vocabulaire qui les rende communicables dans nos langues occidentales, il y faut l'effort de toute une vie. Ce que nous avons tenté de réaliser ici, est une bien faible part de ce qu'il reste à faire. Nous dirons enfin au lecteur qui voudra bien nous accompagner jusqu'au terme de ces sept livres, que ce à quoi nous l'invitons, c'est à des pèlerinages iraniens qui sont autant de pèlerinages de l'âme, mais nécessitant une grande aventure de l'Esprit, — l'aventure de tous ceux qui furent conviés, parce qu'ils l'aimaient, à construire la « Demeure aux Sept Piliers ». 

Henry Corbin, En Islam iranien, extrait du prologue.

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Alexander Dugin :

- L'Iran est la source primordiale méconnue de la civilisation européenne. Les Grecs ont emprunté à la Perse les concepts les plus importants de leur philosophie. Le temps linéaire, le roi-sauveur ultime, la résurrection des morts, la Regeneratio Mundi, le combat moral, le diable lui-même sont des concepts iraniens. [...]

- La théologie de la Lumière et de Dieu comme Pensée (Logos, Nous) est profondément et originellement iranienne. Le concept même d'âme immortelle (fravarti) est également iranien.