mercredi 10 juin 2026

Edgar Cayce – Sa prophétie sur la Russie et la Chine se réalisera-t-elle ?



Le Prophète endormi avait fait des prédictions inhabituelles concernant le destin du monde

Après le sommet qui s'est tenu en début de semaine à Pékin entre le président Xi et le président Poutine, j'ai pensé qu'il serait intéressant de me pencher sur les prédictions faites il y a près d'un siècle par Edgar Cayce, un voyant américain, au sujet de la Russie et de la Chine.

Un clairvoyant est un type particulier de médium qui reçoit des informations par le biais d'images, d'intuitions, de visions ou de rêves. Dans le langage courant, on appelle « prophète » une personne dotée de telles capacités.

J'ai découvert le nom de Cayce dans un documentaire que j'ai vu sur la Grande Pyramide et le Grand Sphinx de Gizeh. Il y faisait des révélations étonnantes sur l'Égypte antique, qui se sont avérées exactes par la suite grâce à des archéologues.

Par curiosité, j'ai fait quelques recherches et j'ai lu des choses sur Edgar Cayce. C'était fascinant.

Edgar Cayce (18 mars 1877 – 3 janvier 1945) est né dans le Kentucky et décédé en Virginie. De son vivant, il était connu comme le « Prophète endormi » et comme le père de la médecine holistique.

Dans un état de sommeil quasi-transe qu'il s'était induit lui-même, Cayce a réalisé plus de 14 000 lectures documentées portant sur des diagnostics de santé, la réincarnation, les civilisations anciennes, ainsi que des prophéties sur le monde.

Malgré ses pratiques psychiques peu orthodoxes, il demeura un chrétien fervent toute sa vie et enseigna à l'école du dimanche. Aujourd'hui, son héritage est préservé par l' Association pour la Recherche et l'Éveil (ARE) à Virginia Beach.

Cayce livrait ses prédictions et ses lectures alors qu'il était dans un état de sommeil ou de transe induit, ce qui lui valut le célèbre surnom de « Prophète endormi ».

Il a dressé des descriptions détaillées de l'Atlantide et de la Lémurie, affirmant que l'Atlantide était une civilisation technologiquement avancée détruite il y a 12 000 ans. Nous y reviendrons.

Cayce a prédit de nombreux événements historiques futurs, des découvertes scientifiques et même des changements climatiques, notamment l'indépendance de l'Inde vis-à-vis de la domination britannique, le retour des Juifs au Moyen-Orient et le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale.

En février 1925 et de nouveau en mars 1929 (six mois avant le krach boursier), Cayce a explicitement mis en garde contre un « grand bouleversement dans les milieux financiers », conseillant à ses disciples de retirer leur argent du marché boursier.

En 1935, Cayce prédit un conflit mondial de grande ampleur où « Autrichiens, Allemands et, plus tard, Japonais » s'allieraient. Cette prédiction désignait avec exactitude les puissances de l'Axe cinq ans avant la signature officielle du Pacte tripartite en 1940.

Cayce a longuement parlé d'une secte juive secrète et mystique appelée les Esséniens et a prédit que leurs archives historiques seraient découvertes.

Deux ans après sa mort, en 1947, les manuscrits de la mer Morte furent découverts dans les grottes de Qumran, à l'est de Jérusalem, par un berger bédouin, confirmant ainsi ses descriptions détaillées de la secte.

Dans une lecture de 1927, Cayce affirmait qu'un jour viendrait où un diagnostic médical précis pourrait être établi à partir d'une simple goutte de sang. À l'époque, cela relevait de la science-fiction, mais aujourd'hui, nous connaissons des notions médicales fondamentales comme l'hématologie et les analyses sanguines.

Cayce avait prédit une restructuration et une convergence massives des technologies de communication mondiales. Des décennies plus tard, internet et les smartphones sont devenus partie intégrante de la vie moderne.

Cayce a même prédit d'importants changements cycliques dans les températures océaniques mondiales et les régimes météorologiques, décrivant en fait ce que les météorologues ont plus tard identifié comme les phénomènes climatiques El Niño et La Niña.

À la fin des années 1920 et dans les années 1930, Cayce a prédit qu'un déplacement des pôles magnétiques de la Terre commencerait aux alentours de l'an 2000.

Selon les données publiées par le Centre de vol spatial Goddard de la NASA, un changement mesurable dans le champ gravitationnel terrestre et l'alignement du noyau magnétique est effectivement apparu en 1998, rapprochant les pôles.

Cayce avait prédit que deux présidents américains en exercice mourraient en fonction au XXe siècle , ce qui s'est avéré exact avec la mort de Franklin Delano Roosevelt en 1945 et l'assassinat de John F. Kennedy en 1963.

Le 1er janvier 1945, Cayce annonça à ses proches qu'il serait enterré quatre jours plus tard. Il fut victime d'une attaque cérébrale et mourut deux jours plus tard, le 3 janvier. Ses funérailles se déroulèrent exactement comme il l'avait prédit.

Les lectures de Cayce sur le Moyen-Orient

Cayce décrivait souvent le Moyen-Orient (en particulier les régions entourant Israël, l'Égypte et la Syrie) comme un épicentre spirituel du monde.

Il a averti que la paix ou les conflits mondiaux refléteraient toujours l'état spirituel de cette région spécifique.

Dans ses lectures, les conflits physiques au Moyen-Orient étaient le reflet du conflit spirituel interne de l'humanité – plus précisément la lutte entre la cupidité (la mentalité de Bélial ) et l'unité (la mentalité de la Loi de l'Un ).

Il prédisait que la véritable paix mondiale ne se manifesterait que lorsque les peuples de ces terres reconnaîtraient leurs origines spirituelles communes, s'éloignant ainsi du contrôle racial, religieux ou purement matériel.

Dans ses 700 lectures sur l'Atlantide, Cayce décrit la chute de l'Atlantide comme le résultat d'une guerre entre les Fils de Bélial et les Enfants de la Loi de l'Un .

Dans la Bible hébraïque (Ancien Testament), Belial (בְּלִיַּעַל) signifie « sans valeur », « sans loi » ou « bon à rien ».

L'expression « Fils de Bélial » est utilisée à plusieurs reprises dans l'Ancien Testament pour décrire les Israélites qui se sont détournés de la loi de Dieu.

Dans 1 Samuel 2:12 , les propres fils du grand prêtre israélite Éli sont explicitement appelés « fils de Bélial » parce qu'ils ont abusé de leur autorité religieuse, volé des sacrifices et agi méchamment.

Dans le Deutéronome 13, Dieu avertit que si des « fils de Bélial » surgissent d'Israël pour entraîner les citoyens dans l'idolâtrie, ces villes doivent être détruites. Bibliquement, cela désigne une mentalité corrompue au sein du peuple d'Israël, lié par l'alliance.

Cayce prédisait-il le destin d'Israël et les guerres du Moyen-Orient à travers ses lectures sur l'Atlantide ?

Les prédictions de Cayce concernant la Russie et la Chine

Edgar Cayce n'a jamais mis les pieds en Chine ni en Russie . Il a passé toute sa vie à vivre et à travailler aux États-Unis, voyageant principalement entre le Kentucky, l'Alabama, l'Ohio, le Texas et la Virginie.

Cependant, la Chine et la Russie occupent une place très importante dans ses célèbres prophéties en état de transe.

Bien que ses voyages physiques se soient déroulés exclusivement à l'intérieur du pays, ses disciples pensent que ses lectures « astrales » ou mentales clairvoyantes lui permettaient de percevoir le destin global de ces nations lointaines.

La prophétie russe

Dans les années 1930 et 1940, Cayce prédit que la Russie finirait par se débarrasser du communisme et devenir un phare de la liberté.

Dans un discours prononcé en 1944, au plus fort de la Seconde Guerre mondiale et du régime oppressif de Joseph Staline, Cayce a fait une déclaration très contre-intuitive au sujet de l'Union soviétique.

Il a déclaré que « de Russie viendra l’espoir du monde ».

Cayce a clairement indiqué que cet espoir ne proviendrait ni du communisme ni du régime bolchevique. Il a plutôt décrit une Russie future, renaissante, fondée sur la véritable liberté et l'entraide, affirmant notamment qu'il s'agirait d'une forme de communauté où « chacun vivra pour son prochain ».

Il prédit que la Russie développerait un fondement spirituel basé sur les enseignements purs et pratiques du Christ – non pas une religion organisée, mais un socle de fraternité mondiale et de responsabilité collective.

La prophétie chinoise

Cayce a fait des déclarations tout à fait inattendues sur l'avenir spirituel de la Chine à une époque où le pays était profondément fracturé par un conflit civil.

Il prédit que la civilisation continuerait à se déplacer vers l'ouest et que la Chine deviendrait finalement « le berceau du christianisme, tel qu'il est appliqué dans la vie des hommes », c'est-à-dire un lieu où les principes spirituels seraient vécus dans des actions quotidiennes concrètes.

Cayce ne voulait pas dire que la Chine se convertirait aux structures ecclésiastiques occidentales et dogmatiques. Il voulait plutôt dire que le peuple chinois manifesterait concrètement la « conscience christique », en vivant avec une profonde compassion, de la miséricorde et une harmonie communautaire.

Il constata que le « péché » ou l'obstacle spirituel historique de la Chine résidait dans sa quiétude et son autosatisfaction (son isolationnisme). Il prédit qu'une fois que le peuple chinois aurait surmonté cette passivité et pris conscience de son potentiel, il progresserait rapidement.

Cayce a lié le destin de la Russie et de la Chine à un vaste cycle historique : L'attraction vers l'Ouest : Cayce affirmait que « le sommet de la civilisation se déplace de l'Occident vers le peuple chinois ». Selon lui, le leadership mondial suit une trajectoire ouest-américaine à travers la planète sur des millénaires – du Moyen-Orient à l'Europe, de l'Europe aux Amériques, et des Amériques à l'Asie et à la Chine.

Le déclin du matérialisme : alors que les nations occidentales luttent contre les conflits internes et les effets toxiques de l'hyper-matérialisme (l' archétype de Bélial ), le centre d'intérêt spirituel du monde se déplace.

Cayce considérait l'émergence d'une Russie libre et spirituelle et d'une Chine éveillée comme le contrepoids ultime à la cupidité mondiale.

Ensemble, ils sont censés ancrer l’« âge d’or » de l’humanité, prouvant que le succès technologique et économique doit être guidé par l’unité spirituelle.

Plutôt que de se concentrer sur la domination militaire, Cayce prédit que ces deux nations subiraient de profondes transformations internes pour faire sortir l'humanité du matérialisme et l'amener vers une nouvelle ère spirituelle.

Les prédictions d'Edgar Cayce sont profondément liées aux bouleversements mondiaux, car elles prévoient une inversion totale des dynamiques de pouvoir du XXe siècle, où le centre de la civilisation spirituelle et culturelle se déplace de l'Ouest vers l'Est.

Hua Bin 





Source : Substack

mardi 9 juin 2026

La cupidité et la perversité mènent le monde !



Ce sont deux concepts déviants, mais ultra présent malheureusement, chez nos « élites mondiales » qui, grâce à leur fortune, restent souvent intouchables.
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Avec leur idéologie morbide, issue d’un messianisme déformé et pernicieusement interprété, mais malheureusement accepté par une grande majorité, de contrôler le monde et d’empiler l’argent, ils n’hésitent pas à massacrer autrui, mais toujours sous les auspices d’une mission «divine» et donc dictée par un « dieu bienveillant ».
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Ils useront de toutes les justifications nécessaires pour vous faire croire du bien-fondé de leurs actes criminels. «Nous vous tuons et nous vous soumettons, mais c’est pour votre bien…» Cette idéologie, basée sur l’élitisme maladif, qu’il soit religieux ou pas, a pour conséquence depuis le 19e siècle d’avoir pour terrain de jeu la planète, de la piller et de s’approprier ce qui ne leur appartient pas. Les Anglo-Saxons sont les maîtres incontestés en la matière. Ils ont près de 400 millions de victimes sur la conscience… À condition qu’ils en aient une… https://reseauinternational.net/le-monde-est-divise-en-deux-dun-cote-les-anglo-saxons-et-de-lautre-les-etres-humains-2/ 

Il faut toujours chercher et identifier « la ou les causes » du problème. Et cette cause, est cette élite mondiale psychopathe qui se croit sorti de la cuisse de Jupiter et de facto, protégée par Dieu. C’est bien entendu une inversion, car Dieu, s’il existe, protégerait l’ensemble des peuples de la Terre et pas seulement une fraction élue. Peu importe les déclarations mensongères des chefs de guerre fanatiques, destinées à justifier leurs actes criminels. Les faits existent et sont prouvés.

Mais, depuis le début du 20e siècle, grâce aux médias félons et corrompus, les justifications ont pris de plus en plus d’importances. Les massacres sont légitimés au nom de la «démocratie», donc du « camp du bien » (sic).

C’est sûr que vous seriez content d’apprendre, un beau matin, que votre famille a été massacrée en pleine nuit par un missile largué par un drone. Mais c’était nécessaire car pour votre bien… Quelle hypocrisie !

Je déteste cet abrutissement de masses par une caste de nantis, bien trop souvent cupide, corrompue et criminelle. Mais avec le temps, et heureusement, j’ai appris à faire le distinguo entre un individu et un corps d’armée, ou un groupe, quel qu’il soit.

Il y a des personnes de valeur partout, certes, mais ces dernières sont trop souvent obscurcies et mises à l’écart, à cause justement de leurs désaccords avec des ordres et des règlements liberticides, qui sont à l’opposé du bien-être du peuple. En réalité, il y a des gens de bien partout, mais il faut savoir qu’ils sont en minorité.

La majorité des gens obéit aux ordres liberticides sans se poser de questions et, faisant cela, elle se transforme en un vaste troupeau de moutons bêlants. Ne comprenant pas grand-chose et devenant, au final, très dangereuse, car elle s’oppose sans cesse à une réelle évolution positive de la société. Cerise sur le gâteau, elle ne dénoncera jamais les véritables ennemis du genre humain, à savoir les prédateurs cyniques et corrompus qui nous gouvernent bien trop souvent.

Ce vaste problème existe depuis l’aube de l’humanité, mais avec les progrès technologiques, et ce, depuis la fin du 19e siècle, il prend de plus en plus d’ampleur. La destruction des peuples par l’épée, puis par la poudre, par les bombes atomiques diverses et variées et, depuis peu par les drones hypersoniques, ne s’est jamais arrêtée. Aujourd’hui, on peut tuer des millions de gens en une fraction de seconde. Quel progrès !

Individuellement, les gens sont, en majorité, des moutons tranquilles. Mais cet état d’engourdissement routinier propre à ces paisibles quadrupèdes et à la meute des bipèdes en général, peut se transformer, subitement, en une horde sanguinaire n’ayant aucune compassion pour autrui. Désolé, si j’en choque certains, mais c’est, malheureusement, la triste et dure réalité.

En cause, et principalement, les marchands de chaos, à savoir les médias. Au lieu d’œuvrer à l’évolution des mentalités, la presse s’est spécialisée dans les mauvaises nouvelles, la propagande, la haine et dans le fait d’exacerber une certaine forme de fébrilité mentale chez les individus.

Car sinon, comment expliquer qu’un fermier en Auvergne puisse vouloir trucider un beau jour un fermier en Bavière ? Ces deux fermiers n’ont pas eu un déclic sur ce sujet un beau matin, devant leur tasse de café ! Il a bien fallu que des politiciens et des militaires criminels, aidés d’une presse machiavélique, attisent la haine des deux côtés. D’ailleurs je vous invite à la réflexion à propos de cette pensée : « Plus de police engendre plus de criminels, et plus d’armée engendre plus de guerre ». Les faits le prouvent.

Rappelez-vous les titres des journaux en 1914. Il fallait aller « bouffer du Bosch ». Les Français sont partis la « fleur au fusil ». Le reste de l’histoire, vous la connaissez. La « grande boucherie » a fait place nette. Aujourd’hui, on nous agite et on nous inculque de la même manière la haine du peuple Russe ! Les médias ne sont, hélas, que des organes de propagande au service d’une caste malveillante.

Ceci étant, il ne faut pas oublier, qu’un être humain n’est pas obligé d’obéir sans se poser de questions. La responsabilité finale incombe à chaque personne. Ce serait trop facile de se dédouaner totalement. Je sais que c’est un sport international de clamer que l’on est responsable de rien, mais c’est faux. Nous sommes responsables de notre vie, de notre famille, de notre entourage et de cette planète, que vous le vouliez ou non.

La vie sur cette planète de dingues ne tient qu’à un fil. Entre guerres, famines, maladies, rapacités et cupidités, cette planète ressemble à un enfer. D’ailleurs, si vous le cherchiez et que vous trouviez la terre, cette dernière ferait certainement l’affaire.

À nous de faire en sorte que cela ne soit plus le cas.

Claude Janvier. 

Extrait du livre "Pourquoi suis-je devenu un rebelle ? Mensonges d’État et Crimes contre l’Humanité". 

lundi 8 juin 2026

Entre bouddhisme et occultisme



Entrevue avec Marion Dapsance

Dans cette émission avec Marion Dapsance, anthropologue et spécialiste du bouddhisme contemporain, nous revenons sur la place croissante des doctrines orientales dans les sociétés occidentales modernes.

Pourquoi le bouddhisme bénéficie-t-il d’une image aussi positive en Occident ? Que cachent réellement certaines pratiques comme le yoga, les chakras ou encore le tantrisme ? Peut-on véritablement séparer spiritualité, religion et développement personnel ?

À travers une réflexion sur les doctrines orientales, le conditionnement culturel, les doubles standards et la quête moderne de spiritualité, cette discussion interroge l’arrière-plan philosophique et religieux de pratiques aujourd’hui banalisées jusque dans le monde de l’entreprise.

Une émission sur le relativisme spirituel, les nouvelles religiosités occidentales et les conséquences culturelles d’un monde déchristianisé en quête permanente de bien-être et d’expériences intérieures.




Le bouddhisme à l’occidentale 

par Marion Dapsance


L’histoire de l’introduction du bouddhisme en Occident est intrinsèquement liée au développement de la philosophie des Lumières, en particulier ses projets de rénovation sociale. Elle se situe dans le sillage des propositions de réforme de la société européenne qui se sont multipliées et radicalisées au XIXe siècle. Le bouddhisme, ainsi que d’autres traditions « orientales », a été perçu dès les années 1840 comme une source d’inspiration pour les intellectuels progressistes et anticléricaux qui désiraient se défaire de l’héritage « sémitique » (biblique) de l’Europe et lui substituer une tradition plus ancienne et plus pure. L’Inde, en qui l’on voyait le berceau de la civilisation « aryenne », a de ce fait fourni un réservoir de traditions à faire revivre. Le bouddhisme — dont on ignora pendant longtemps l’origine géographique — a été identifié à la même époque en tant que tradition indienne. Cela le rangeait ainsi dans le répertoire d’idées « orientales » susceptibles de servir de base à la « nouvelle Renaissance » souhaitée. Parce qu’il n’accordait pas de rôle prépondérant aux divinités, le bouddhisme fut perçu comme « rationnel », voire « scientifique ». Il se désintéressait de la métaphysique, de la question des origines et du sens de la vie, se contentant d’offrir une « méthode » pour lutter contre la souffrance. Le positivisme, l’évolutionnisme, l’utilitarisme et les questions sociales étant alors à la mode, le bouddhisme fut assimilé à un véritable programme politique, que chacun pouvait s’approprier à titre personnel, avant qu’il puisse servir de base commune au progrès de la société. C’est parce que chacun pouvait individuellement lutter contre la souffrance en devenant un être moralement plus résistant que la société tout entière pouvait être transformée. 

Ainsi, en Europe, le bouddhisme a rapidement évolué en un projet visant l’amélioration du monde. Dans l’espoir d’un bonheur universel, cette rénovation sociale devait passer par le perfectionnement spirituel de chaque personne plutôt que par la mise en œuvre de politiques particulières ou par la multiplication d’œuvres de charité sur le modèle chrétien. Ces caractéristiques du « bouddhisme » européen de la seconde moitié du XIXe siècle sont toujours d’actualité. La « méditation », au sens de relaxation assise et non plus de réflexion sur la vie, est désormais devenue l’outil principal de la transformation sociale souhaitée par ses partisans. Elle ne vise plus la réformation morale, mais le perfectionnement émotionnel et mental. Grâce à la méditation, selon ses porte-parole, l’économie sera plus équitable, les relations humaines et internationales seront pacifiées et les maladies mentales, éradiquées. Les motivations des promoteurs actuels du bouddhisme et de la méditation sont donc loin de se résumer à l’appât du gain. 

Pour mettre en œuvre ce projet de réforme sociale, de nouveaux professionnels sont nécessaires : non plus de simples moines et maîtres bouddhistes, mais des formateurs, des thérapeutes, des médecins, des chercheurs, des écrivains, des conférenciers, des lobbyistes. Tous monnayent leurs services, car leur idéal exige l’établissement d’un nouveau type d’économie (« économie éveillée » ou « altruiste »). La particularité de ces nouveaux marchands du temple — ces commerçants qui se tiennent dans l’enceinte de l’établissement religieux et tirent parti de leur situation d’entre-deux — tient à leur extrême diversité, à l’absence ou à la quasi absence de critères clairs permettant de les légitimer, à leurs liens extrêmement distendus avec les institutions bouddhiques traditionnelles, et au fait qu’ils ne se consacrent pas à la recherche de l’éveil, mais à l’amélioration des performances humaines, dans un but social. 

En définitive, le bouddhisme à l’occidentale n’est ni particulièrement religieux, ni spécialement « spirituel », ni tout à fait politique, ni véritablement thérapeutique. C’est un programme complet de transformation de la société prenant l’être humain comme matière première. Il se fonde sur la croyance en la notion de « progrès » (matériel et spirituel) plus que sur la revendication d’une tradition ancienne. Ce qui compte, ce ne sont pas les siècles de maturation d’une pensée et d’élaboration de rituels, mais des « méthodes » et des « techniques » prêtes à l’emploi, permettant à terme d’établir une société humaine plus harmonieuse. La voie de salut individuel proposée par le bouddhisme traditionnel a finalement évolué vers un projet de société idéale avec, au centre, l’individu parfait et pleinement épanoui.

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LA VIOLENCE RITUELLE DANS L'HISTOIRE DU BOUDDHISME HIMALAYEN





dimanche 7 juin 2026

Ne-Pas-Faire





Le pashu, l'être 'lié', hylique (sthûla, grossier. 'matériel') n'adore que son pasha, son lien, dont il fait son 'dieu'. Il est soumis à Mâyâ, le principe de séparation du sujet et de l'objet. Dans le topique de la corde et du serpent, où le serpent est pris pour la corde, Mâyâ est le 'serpent', et Brahman, la corde. Dans cet exemple, il n'y a que la 'corde', que l'on ne 'perçoit' pas, car seul le serpent est perçu. La corde a-t-elle créé le serpent ? Nullement. Le serpent a-t-il une 'certaine existence' ? Aucunement. Le serpent, c'est l'univers', 'connu', c'est-à-dire créé, par 'identification' et 'division'. L'univers, qui n'a pas la moindre existence, est pris pour Brahman, qui n'est pas la cause de l'univers - la causalité, qui est une perception erronée, surimposée, ne commence qu'avec Mâyâ - cause ne précédant pas son effet, ne lui étant pas concomitante, ni, bien sûr, postérieure. Cause qui ne devient cause que lorsque l'effet est produit - causée donc en tant que cause par son effet. Les religions et les philosophies ne sont que 'sous le soleil de Mâyâ'.

C'est ainsi que le pashu ne s'intéresse nullement à la 'vérité' (satya, Brahman) - il ne s'intéresse qu'à la surimposition, l'imposture, et la foule attend incessamment le grand imposteur, celui qui feindra d'avoir assez d'autorité pour imposer l'illusion comme vérité définitive - la foule, gobeuse d'illusion (moha), est cependant toujours sceptique - ce n'est pas assez - et déçue par son propre scepticisme - d'où les mesures antipyrrhonniennes qui sont prises jusque dans les prétoires...

Le 'monde' ainsi, n'est qu'un 'discours', qu'un 'faire'. Le 'monde' s'édifie par le faire, qui est le discours de la perception erronée. C'est le Ne-Pas-Faire qui 'détruit' le 'monde', qui le 'dissipe' - faisant entendre le 'rugissement de la vacuité' (shûnyatâ simhanâda), la 'non-naissance' (ajatâ) dont les 'dualistes' ont peur. L'être n'est que surimposition. et les perceptions de l'état de veille (jagrat), de l'état de rêve (svapna, taijasa), les perceptions 'extérieures' et 'intérieures', ne sont que 'surimpositions' - c'est ainsi que Lin Tsi dit qu'il n'y a rien à chercher à l'extérieur ni à l'intérieur. 

Le pashu est le bhogin - bhoga signifie 'jouissance' et aussi 'effort' ; il est celui qui ne 'sacrifie pas', qui n'abolit pas le combustible dans le feu du yajña de la gnose. Ne-pas-faire peut se traduire aussi par abhoga, non-effort, non-attachement. Le pashu 'construit' son monde par l'effort et l'identification à autre que lui-même - que ce soit son individualité ou sa non-individualité - par la 'jouissance'. la 'manducation' - bhuj signifie 'manger', 'jouir de', 'expérimenter' - le pashu, le bhogin, est l''expérimentateur', le 'faiseur', le tueur de Brahman, pour la grande gloire de l'illusoire Mâyâ. Le pashu est le karmin, l'idiot qui tisse son karma, qui est son «univers», qui est son linceul.

Le Vivekacûdâmani (284) dit :

ahambhâvasya dehe'sminnih shesavilayâvadhi 
sâvadhânena yuktâtmâ svâdhyâsâpanayam kuru

Tant que l'identification du 'je' au corps - en fait, ahambhâva signifie I"orgueil' (=abhimanya), deha = corps, smi = être vain de ; il s'agit de la détermination du 'je' par l'orgueil du corps, de l'identification du je au corps. de l'orgueil du je et de l'orgueil du corps - n'est pas exterminée (shesa est le 'reste' ou la 'fin', vilayanam, la dissolution, la liquéfaction, la suppression ; ainsi, il faut que l'identification au corps, cet 'orgueil' qui fait que l'on croit que 'son' corps est son 'Soi', soit dissoute complètement), 'réfute' (apanaya) sa propre 'surimposition' (sva-adhyasa ; la 'surimposition' est la même chose que 'l'orgueil', qui est aussi le 'lien', consistant en ce que 'le seigneur du soi', atmeshvara, considère le corps et d'autres choses comme le Soi - Sarvopanisad -) avec vigilance et concentration (yuktâtmâ, soi uni, `harnaché', originel, non dérivé).

Ainsi, il faut s'attacher à 'défaire' l'attachement, l'identification de soi avec le corps - son 'identité' sociale - avec son esprit originel (yukta) - tel est le ne-pas-faire de l'Advaita.

Le célèbre adage de Lao Tzu. 'celui qui sait ne parle pas, celui parle ne sait pas', fait allusion à la connaissance silencieuse, celle de 'Brahman', et à la 'connaissance bruyante', celle de Mâyâ. Il en va de même de caitanyamâtan et
yajñanam bandha, des Shiva Sûtra. La 'conscience' est âtman, la 'connaissance' (dans ce sens la 'connaissance' ordinaire et mentale) est le lien. L'aphorisme de Lao Tzu n'a rien de 'comportemental', comme le croient les commentateurs superficiels. Il s'agit du Ne-pas-Faire de celui qui 'sait' - la 'gnose', la 'Voie' (Tao) est Ne-pas-Faire. La 'connaissance', la 'gnose' est silencieuse ; elle ne prévaut que lorsque la connaissance bruyante, celle de Mâyâ, s'est tue.

Bernard Dubant.


Ne-Pas-Faire
Le pouvoir du Non-Agir 
et 
Lokatîstava de Nâgârjuna


Être ou ne pas être, ancienne question... Les concepts sont les mâchoires de l'illusion. La Libération est le pourquoi de toute Voie Sacrée. Se fondant sur la tradition de Sanatana dharma et du Buddha dharma, du Non-Agir, du taoïsme et du chamanisme, l'auteur montre que les voies authentiquement "initiatiques" ne sont pas des voies d'acquisition : elles consistent avant tout à se "libérer" des notions d'égo et d'action, conditions de la prodigieuse ignorance savante qui lie l'entité humaine à l'illusion, à la souffrance et à la mort. Pour illustrer cela est ajouté un texte de Nagarjuna, le grand maître de la voie Madhyamaka. Traduit du sanskrit et commenté par l'auteur, Lokatitastava exprime l'essence de la voie du Bouddha.


samedi 6 juin 2026

L'Inde moderne attend le yogi qui brûlera par la Kundalini sa sclérose.





KUNDALINI : Terme sanscrit repris à des langues plus anciennes, dravidiennes. C'est le « serpent de Dieu ». Comparer à « anaconda », terme amérindien, le plus grand serpent américain. 

Selon les traditions des grandes civilisations cuivrées — Inde, Égypte, Mexique — il s'agit d'une énergie cosmique et même de l'énergie divine par excellence. Les maîtres hindous de yoga affirment que l'humanité entière participe à cette énergie et que tout homme la possède en lui, à l'état potentiel. Elle dormirait, tel un serpent lové, au chakra-racine (entre sexe et anus). Stimulée, elle s'élèverait dans l'organisme parallèle (le double éthérique) par trois voies surréelles, dites « nadi(s) », dessinant alors un triple serpent : une voie verticale à l'intérieur de la colonne vertébrale, puis de la nuque et du crâne avec pour point de sortie le front ; deux voies latérales, sinueuses et symétriques, avec les mêmes points de départ et de sortie ; ces deux « serpents » latéraux se croiseraient plusieurs fois : dans le ventre (à l'avant du corps), la poitrine, la gorge et au sommet du crâne. Et la sensation serait celle de colonnes de mercure brûlant progressant par étapes longuement espacées. 

L'incarnant de cette énergie déployée devient un avatar (= une manifestation divine, un missionné). Il assure la « présence réelle » (dynamique) de Dieu au sein de sa civilisation, y brûlant l' égrégore noir (= courants de forces, morts en esprit) et y fécondant par le « feu créateur » de la Kundalini tous les germes spirituellement vivants. 

En Égypte, le cobra royal, symbole du pouvoir suprême, correspondait à la Kundalini. Une tête en or de ce reptile, fixée au front du pharaon, indiquait que celui-ci incarnait théoriquement la force divine. Mais l'Égypte la concevait comme double : elle associait la tête de vautour à celle du cobra pour exprimer que la montée de la Kundalini obéissait à une impulsion venue du ciel (non d'un maître extérieur). Le cobra = la force qui se dresse ; le vautour la force qui tombe du plus haut du ciel. Toutankhamon posséda réellement la Kundalini. Cela explique pourquoi en peu d'années l'anti-tradition, incarnée, elle, par Akhenaton, a pu se dissoudre. 

Les écoles de yoga ont aujourd'hui démocratisé la notion de Kundalini, prétendant l'avoir « éveillée » tant chez leurs maîtres que chez leurs bons élèves. En fait, l'Inde moderne qu'étouffe le poids des millénaires et des égrégores stagnants, attend vainement le yogi qui brûlera par la Kundalini sa sclérose. 

Jean-Louis Bernard.



vendredi 5 juin 2026

L’État islamique menace directement le pape Léon XIV




Daech n'est qu'un faux nez des services occidentaux. La CIA, le MI6 ou le Mossad ou les trois ensemble le font menacer.

Hypothèse 1 : Essayer de réimposer le récit islamophobe que Léon XIV est en train de briser.

Hypothèse 2 : préparation d'un attentat pour se débarrasser de ce pape qui dérange. Trump et Netanyahou ont chacun leurs raisons pour tenter d'éliminer Léon XIV.

J'espère que la sécurité du Saint-Siège prend ces menaces au sérieux et, surtout, identifie la vraie nature de la menace.

En 1981, Jean-Paul II a failli être assassiné par une créature de la CIA, Ali Agka. Et pendant 20 ans Langley nous a fait croire à la "filière bulgare". Le schéma était le même. Il a fallu que JP2 lui-même explique aux Bulgares qu'il n'y avait aucune connexion bulgare avec l'attentat du 13 mai 1981.

Edouard Husson



Préface d'Alain de Benoist à "La Malédiction Papale"



LA MALÉDICTION PAPALE
L'origine médiévale du syndrome occidental

Le caractère particulier de l'Occident collectif, qui est entré dans une phase pathologique, s'est formé durant l’enfance de la civilisation européenne, le Moyen Âge. Et aucune institution n'a davantage influencé ce caractère que la papauté, pour le meilleur et pour le pire. Quatre thèses sont ici développées :

I - L’Empire raté : La fragmentation de l'Europe en États nationaux, et son incapacité à se doter d’un corps politique unifié et légitime — et donc d’une volonté propre —, sont un héritage de la lutte des papes médiévaux contre la seule puissance capable de réaliser cette unité : l’Empire Romain des rois germaniques.

II - La Croisade des fous : Les croisades au Levant ont détourné l’Europe d'elle-même en liant son son destin et son identité à Jérusalem, et déterminent encore la façon dont l’Occident voit le monde et y conçoit son rôle. L’Occident est toujours la civilisation de la Croisade.

III - Nouvelles Romes : L’Occident souffre du refoulement de sa culpabilité dans le coup mortel porté à Constantinople, et de sa dette envers l’Orient. L’effacement de la civilisation byzantine dans l’historiographie occidentale génère chez les Occidentaux un biais géopolitique qui les rend en particulier incapables d’une relation saine avec la Russie orthodoxe.

IV - Sauve qui peut ! : Le virus de l’individualisme a été injecté en Occident par une doctrine du salut qui isole l’individu-homme face à l’Individu-Dieu, qui fait de lui un sujet et non plus un membre de l’Église, et qui combat les solidarités organiques transgénérationnelles. L’Église a désocialisé les vivants et les morts.





Laurent Guyénot


Alain de Benoist m’a fait l’honneur de préfacer la nouvelle édition de La Malédiction papale (entièrement remaniée et épurée des spéculations sur les distorsions chronologiques). Dans cette préface, de Benoist apporte la réflexion sur l’empire qui manquait à mon livre.

La première édition étant parvenue à son attention, il m’avait déjà gratifié d’une recension (décrivant mon livre comme « une fresque non conformiste qui permet de mieux comprendre la crise actuelle de l’État-nation ») et d’une citation dans son éditorial de la revue Éléments (n°216, septembre 2025).

Je n’ai pas besoin de présenter Alain de Benoist, et j’en serais de toute manière incapable, car je n’ai lu qu’une partie de son œuvre aussi abondante que diverse. Je dirai seulement qu’à mes yeux il est surtout un défenseur de la Civilisation Européenne (à ne pas confondre avec l’Europe de Bruxelles), à travers son magazine Éléments pour la civilisation européenne. Son engagement pour l’Europe s’accompagne au départ d’une critique du christianisme comme fondement civilisationnel (Comment peut-on être païen ? 1989), mais surtout par la suite d’une critique du libéralisme (Contre le libéralisme, 2019).

De Benoist fut l’inspirateur, au niveau européen, de ce qu’il est convenu d’appeler la Nouvelle Droite. C’est un parcours assez éloigné qui m’a finalement amené à contribuer au débat qui anime ce courant sur les origines, les drames et les destinées de la civilisation européenne. Ce sont mes recherches sur la question J qui m’ont amené à comprendre que cette question possède un revers, qui est la question C (chrétienne), que l’on peut formuler ainsi : en quoi le christianisme a-t-il contribué à la colonisation de l’Europe (et de l’Occident) par le Pouvoir J ? Cette question m’a conduit à reprendre l’étude du Moyen Âge, qui est ma spécialité doctorale, en m’intéressant au pouvoir politique et idéologique de la papauté. Comme bien d’autres aspects du Moyen Âge, c’est un domaine qui fait l’objet de nouveaux débats chez les historiens contemporains, et je me suis plongé dans cette recherche pendant quelques années, jusqu’à ce que je puisse me forger une perspective cohérente.

Je me suis aperçu—ce fut une épiphanie—que la cause presque unique de la fragmentation politique de l’Europe, et de son incapacité à reconstruire l’imperium romain, a été l’ambition politique de la papauté, ambition dans laquelle Dostoïevski a reconnu la troisième tentation du diable. Dans sa recension, Alain de Benoist présente ainsi la thèse centrale de mon livre :

« Rousseau disait qu’il a résulté de la volonté de l’Église d’instaurer un pouvoir religieux distinct du pouvoir politique un “perpétuel conflit de juridiction qui a rendu toute bonne politique impossible”. Laurent Guyénot reformule ce reproche en affirmant que la fragmentation de l’Europe et son manque d’unité politique ont été la conséquence directe du conflit séculaire qui, à partir du XIe siècle, a opposé la papauté à l’empire romain-germanique. Il retrace l’histoire de ce conflit décisif, qui a finalement empêché l’Europe de succéder en tant que telle à l’empire romain de l’Antiquité. »

C’est en prenant conscience de ce destin brisé de l’Europe que je suis soudainement devenu un fervent européiste, convaincu que les micro-nationalismes, qu’ils fussent aristocratiques ou bourgeois, n’auront été en fin de compte que les agents des empires étrangers qui ont colonisé l’Europe en la divisant. Le destin de l’Europe était celui d’un héritier (le seul héritier après la chute de Constantinople) de l’imperium romain, et de la Pax Romana qui est la vocation première de l’imperium (par opposition à la “guerre civile européenne” chronique de l’Europe privée de cet héritage). L’Empire romain était aussi l’idéal unanime des penseurs politiques européens jusqu’à la Renaissance. Que cet Empire romain fût germanique était aussi, j’en suis persuadé, dans une certaine logique hégélienne.

Si l’Europe a encore un destin, ce ne peut être qu’en surmontant la fragmentation qui a résulté de cette « malédiction papale ». À l’aube d’un nouvel ordre mondial multipolaire, la souveraineté n’a de sens qu’à l’échelle européenne. Je rejoins ainsi, par un autre chemin, la conviction profonde d’Alain de Benoist, et je m’invite dans la tradition de philosophie politique dont il est la personnalité phare, découvrant dans la foulée son aîné Jean Thiriart, le “prophète de la grande Europe”.

(Ce qui ne m’empêchera pas de formuler de dures critiques contre la “nouvelle” Nouvelle Droite, dont le “réalisme politique” consiste surtout à feindre d’ignorer l’éléphant dans la pièce, et qui prétend s’inspirer de Carl Schmitt tout en se trompant d’ennemi.)

Préface d’Alain de Benoist

Dans ce livre qui explique pourquoi l’Europe n’a jamais pu se structurer politiquement sous la forme d’un empire, Laurent Guyénot écrit que « l’Empire, et non la nation, fut l’idéal ultime et unanime des penseurs politiques comme des peuples durant tout le Moyen Âge ». C’est évidemment la phrase-clé. Elle suscite une question immédiate : pourquoi cet idéal n’a-t-il jamais été atteint ? Pourquoi ce vœu « unanime » ne s’est-il jamais réalisé ? Pour comprendre la question, il faut évidemment avoir à l’esprit ce qu’est un empire par rapport aux autres formes politiques (cités antiques, cités-États, États-nations, etc.) attestées dans l’histoire européenne.

Lorsque l’on examine son histoire politique, on constate rapidement que l’Europe a été le lieu où se sont élaborés, développés et affrontés deux grands modèles de politie, de société politique : la nation, précédée par le royaume, et l’Empire. À première vue, le concept d’Empire n’est pas facile à cerner, compte tenu des usages souvent contra­dictoires qui en ont été faits. La meilleure façon d’en comprendre la réalité substantielle reste donc sans doute de la comparer à celle de nation ou d’État-nation.

Au sens actuel du terme, c’est-à-dire au sens politique, la nation apparaît comme un phénomène essentiellement moderne. Au Moyen Age, le mot « nation » (de natio, « naissance ») a un sens exclusivement ethnique, et non pas politique : les nationes de la Sorbonne sont seulement des groupes d’étudiants qui parlent une langue différente. L’idée politique de nation ne se constitue en fait pleinement qu’au XVIIIe siècle, et singulièrement sous la Révolution. À l’origine, elle renvoie à une conception de la souveraineté professée par les adversaires de l’absolutisme royal. Elle réunit ceux qui pensent politiquement et philosophiquement la même chose, à savoir que c’est « la nation », et non plus le roi, qui doit incarner l’unité politique du pays. L’art. 3 de la Déclaration des droits de 1789 le proclame sans ambiguïté : « Le principe de toute souveraineté réside essentiellement dans la nation ».

Qu’est-ce qui distingue fondamentalement l’Empire de la nation ? C’est d’abord le fait que l’Empire n’est pas avant tout un territoire, mais fondamentalement un principe ou une idée. L’ordre politique y est en effet déterminé, non par des facteurs matériels ou par la possession d’une étendue géographique, mais par une idée spirituelle ou politico-juridique. Ce serait donc une erreur de s’imaginer que l’Empire diffère de la nation avant tout par la taille, qu’il est en quelque sorte « une nation plus grande que les autres » (« l’Empire est plus qu’un État agrandi », écrit Carl Schmitt). Certes, par définition, un empire couvre une large superficie. Mais l’essentiel n’est pas là. La distinction est courante, au Moyen Age, entre la notion d’auctoritas, de supériorité morale et spirituelle, et celle de potestas, simple pouvoir politique public s’exerçant par des moyens légaux. Dans l’empire carolingien aussi bien que dans le Saint-Empire, cette distinction sous-tend la dissociation entre l’autorité propre à la fonction impériale et l’autorité que détient l’empereur comme souverain d’un peuple particulier. Charlemagne, par exemple, est d’une part empereur, d’autre part roi des Lombards et des Francs. L’allégeance à l’empereur n’est donc pas soumission à un peuple ou à un pays particulier. Dans l’empire austro-hongrois, la fidélité à la dynastie des Habsbourg l’emporte encore sur les liens de caractère national ou confessionnel. « Sont empires, précise encore Carl Schmitt, les puissances dirigeantes porteuses d’une idée politique rayonnant dans un grand espace déterminé d’où elles excluent par principe les interventions de puissances étrangères ».

La nation, au contraire, trouve son origine dans la volonté du royaume à s’attribuer des prérogatives de souveraineté en les rapportant, non plus à un principe, mais à un territoire. On peut en placer le point de départ dans le partage de l’empire carolingien au traité de Verdun. C’est à ce moment en effet que la France et l’Allemagne entament, si l’on peut dire, des destinées séparées. La seconde va rester dans la tradition impériale, tandis que le royaume des Francs (regnum Francorum) va lentement évoluer vers la nation moderne par le truchement de l’État royal. Au XVIe siècle, la formule du roi « empereur en son royaume » se trouve directement associée à la nouvelle conception de la souveraineté que théorise Jean Bodin.

Mais l’opposition entre principe spirituel et pouvoir territorial n’est pas la seule qu’il faille prendre en compte. Une autre différence essentielle tient dans la façon dont l’Empire et la nation conçoivent l’unité politique.

L’unité de l’Empire, dont les plus anciens théoriciens furent Marsile de Padoue, Dante et Nicolas de Cues, est une unité composée, organique, qui excède le contour des États. Dans la mesure même où il incarne un principe, l’Empire n’envisage d’unité qu’au niveau de ce principe. Alors que la nation engendre sa propre culture ou prend appui sur elle pour se former, il englobe des cultures variées. Alors que la nation cherche à faire se correspondre le peuple et l’État, il associe des peuples différents. Sa loi générale est celle de l’autonomie et du respect de la diversité. L’Empire vise à unifier à un niveau supérieur sans supprimer la diversité des cultures, des ethnies et des peuples. Sa grande caractéristique est de viser avant tout à l’articulation des différences. La souveraineté y est répartie, les particularités ethniques et culturelles, religieuses et coutumières, y sont juridiquement reconnues pour autant qu’elles ne contredisent pas la loi commune. Comme chez Johannes Althusius, l’application du principe de subsidiarité y est la règle. La nationalité n’étant pas synonyme de la citoyenneté, le peuple politique (demos) ne se confond pas avec le peuple ethnique (ethnos), mais l’un ne fait pas obstacle à l’autre. Le principe impérial, en d’autres termes, vise à concilier l’un et le multiple, l’universel et le particulier.

Dans l’empire romain à son apogée, Rome fut elle-même d’abord une idée, un principe, permettant de rassembler des peuples différents sans les convertir ni faire disparaître leur identité. Le principe de l’imperium, qui est déjà à l’œuvre dans la Rome républicaine, conduit à accepter les cultes étrangers et la diversité des codes juridiques. Le jus romain ne prévaut que dans les relations entre individus de peuples différents ou dans les rapports entre les cités. On peut se dire citoyen romain (civis romanus sum) sans abandonner sa nationalité.

Institution supranationale, le Reich médiéval est fonda­men­tale­ment pluraliste. Il laisse aux peuples leur vie propre et leur droit particulier. L’empire austro-hongrois, pour ne citer que lui, a fonctionné avec une grande efficacité pendant plusieurs siècles, alors que l’addition des minorités formait la majorité de sa population (60 % du total) et qu’il associait aussi bien des Italiens et des Roumains que des Juifs, des Serbes, des Ruthènes, des Allemands, des Polonais, des Tchèques, des Croates et des Hongrois.

Ce qui caractérise au contraire le royaume national, c’est son irrésistible tendance à la centralisation et à l’homogé­néisation. L’investissement de l’espace par l’État-nation se manifeste d’abord par la délimitation d’un territoire sur lequel s’exerce une souveraineté politique homogène. Cette homogénéité se donne à saisir, dans un premier temps, à travers le droit : l’unité territoriale résulte de l’uniformité des normes juridiques. Les XIVe et XVe siècles marquent à cet égard un tournant essentiel. C’est en effet à cette époque que l’État sort vainqueur de sa lutte contre les aristocraties féodales et qu’il scelle définitivement son alliance avec la bourgeoisie, en même temps que se met en place un ordre juridique centralisé.

Il ne fait pas de doute que l’absolutisme monarchique a préparé les révolutions nationales bourgeoises. La Révolution était inévitable dès lors que, Louis XIV ayant brisé les dernières résistances de la noblesse, la bourgeoisie pouvait à son tour conquérir son autonomie. Mais il ne fait pas de doute non plus que la Révolution n’a fait, à bien des égards, que poursuivre et accentuer des tendances déjà à l’œuvre dans l’Ancien Régime. C’est ce que constatait Tocqueville lorsqu’il écrivait : « La Révolution française a créé une multitude de choses accessoires et secondaires, mais elle n’a fait que développer le germe des choses principales ; celles-là existaient avant elle […] Chez les Français, le pouvoir central s’était déjà emparé, plus qu’en aucun autre pays du monde, de l’administration locale. La Révolution a seulement rendu ce pouvoir plus habile, plus fort, plus entreprenant. »

Sous la monarchie comme sous la République, la logique stato-nationale tend en effet à éliminer tout ce qui peut faire obstacle entre l’État central et les individus. Elle vise à intégrer de façon unitaire des individus soumis aux mêmes lois, non à rassembler des collectivités libres de conserver leur langue, leur culture et leurs traditions. Le pouvoir de l’État s’exerce sur des sujets individuels, et c’est pourquoi il n’aura de cesse de détruire ou de limiter les prérogatives de toutes les formes de socialisation intermédiaires. Avec la Révolution, bien sûr, le mouvement s’accélère. Le remodelage du territoire en départements à peu près égaux, la lutte contre l’ « esprit de province », la suppression des particularismes, l’offensive contre les langues régionales et les « patois », l’uniformisation des poids et mesures, traduisent alors une véritable obsession de l’alignement.

Ajoutons encore que, contrairement à la nation qui, au fil des siècles, s’est de plus en plus définie par des frontières intangibles, l’Empire ne se présente jamais comme une totalité fermée. Ses frontières sont par nature mouvantes, provisoires. C’est sous la Révolution que l’idée selon laquelle la nation française aurait des « frontières naturelles » a été employée de façon systématique. C’est également sous la Révolution que l’idée selon laquelle les frontières d’un État doivent correspondre tout à la fois à celles d’une langue, d’une autorité politique et d’une nation, commence à se répandre partout en Europe.

Universel dans son principe et sa vocation, l’Empire n’est cependant pas universaliste au sens que l’on donne couramment à ce terme. Son universalité n’a jamais signifié qu’il ait vocation à s’étendre à la Terre entière. Elle se rattache plutôt à l’idée d’un ordre équitable visant, à l’intérieur d’une aire de civilisation donnée, à fédérer les peuples sur la base d’une organisation politique concrète, en dehors de toute perspective de nivellement. L’Empire, de ce point de vue, se distingue tout à fait d’un hypothétique État mondial ou de l’idée qu’il existerait des principes juridico-politiques universellement valables, en tout temps et en tous lieux.

À l’heure où les « grands espaces » et les « États civilisationnels » deviennent ou redeviennent des notions essentielles pour penser les relations internationales, où l’empire russe et les forces de l’OTAN s’affrontent en Ukraine, où la Russie est dirigée par un nouveau tsar, la Turquie par un nouveau sultan, la Chine par un nouvel empereur, l’Empire n’a peut-être pas dit son dernier mot.



jeudi 4 juin 2026

Voyage au cœur d’une eschatologie scientiste : La prêtrise scientifique

 

Le Techno-Doctor asimovien était un personnage de roman, une hypothèse narrative, une manière de poser la question du pouvoir de la science. Le Techno-Doctor contemporain est un fonctionnaire du réel. Il a troqué la psychohistoire pour l’intelligence artificielle, les capsules temporelles pour les tableaux de bord prédictifs, et la discrétion des Orateurs pour le secret des affaires.




La Trahison des héritiers – Voyage au cœur d’une eschatologie scientiste : 4 – La Seconde Fondation et la prêtrise scientifique. Naissance des Techno-Doctors

par Nathanaël Gershom


Il y a, dans le cycle de Fondation, un secret. Un secret qui n’est pas caché dans les marges, mais qui est affiché en pleine lumière, comme ces lettres volées dont Edgar Poe nous apprit qu’elles sont les mieux dissimulées. Ce secret tient en une phrase, que tout lecteur lit, que peu méditent, et qui contient pourtant l’avenir du pouvoir.

La Première Fondation n’est pas seule.

Derrière l’encyclopédie, derrière les marchands, derrière les maires et les guerres commerciales, une autre Fondation existe. Une Fondation secrète, installée «à l’autre bout de la galaxie», dont la mission n’est pas de préserver la technologie, mais de préserver le Plan lui-même. Une Fondation de psychologues, de mathématiciens, d’initiés, qui veille en silence à ce que les équations de Seldon s’accomplissent. Une Fondation qui corrige les déviations, neutralise les individus trop imprévisibles, et guide l’humanité sans qu’elle le sache.

Cette Seconde Fondation, c’est le cœur ésotérique de l’univers asimovien. C’est le lieu où naît une figure nouvelle, que notre siècle allait porter au pouvoir : le Techno-Doctor.

L’anatomie du Techno-Doctor

Qu’est-ce qu’un Techno-Doctor ? Ce n’est pas un ingénieur. Ce n’est pas un scientifique. Ce n’est pas un politique. Ou plutôt, c’est les trois à la fois, fusionnés dans une synthèse inédite.

Le Techno-Doctor est un hybride. Il tient du rabbin par sa maîtrise du Texte et sa fonction d’interprète de la Loi. Il tient du kabbaliste par sa connaissance des forces cachées qui gouvernent le réel. Il tient du prophète par sa capacité à annoncer l’avenir. Et il tient du data-scientist par son outil : non plus les combinaisons de lettres et les Noms divins, mais les équations, les probabilités, les modèles statistiques.

Son attribut premier est la connaissance prédictive. Le Techno-Doctor ne devine pas l’avenir. Il le calcule. Sa prophétie est mathématique. Elle ne vient pas d’une révélation extérieure, d’un buisson ardent ou d’une voix céleste. Elle vient d’un traitement rigoureux des données. Mais la fonction sociale de cette prophétie est exactement la même que celle du prophète biblique : annoncer la catastrophe pour mieux y préparer, tracer la voie étroite du salut, distinguer l’élu du réprouvé.

Son second attribut est la discrétion. Le Techno-Doctor n’est pas un tribun. Il ne harangue pas les foules. Il n’occupe pas le devant de la scène. Il travaille dans l’ombre, à distance, par influence. La Seconde Fondation ne gouverne pas. Elle oriente. Elle ajuste. Elle corrige. Son pouvoir est d’autant plus absolu qu’il est invisible. Les masses ignorent jusqu’à son existence. Les dirigeants de la Première Fondation eux-mêmes ne savent pas qu’ils sont des pions sur un échiquier dont ils ne voient que la surface.

Son troisième attribut est la certitude. Le Techno-Doctor ne doute pas. Il ne peut pas douter. Sa légitimité repose tout entière sur l’équation. Si la psychohistoire est une science exacte, alors ses décisions sont indiscutables. Le débat démocratique, la contradiction, le pluralisme deviennent des obstacles épistémologiques. Pourquoi débattre avec des ignorants de ce que l’équation a déjà tranché ?

Cette figure du Techno-Doctor, Asimov l’a déclinée en plusieurs incarnations. Il est temps de les regarder en face.

Hari Seldon : le Moïse statisticien

Le premier, le fondateur, l’archétype, c’est évidemment Hari Seldon lui-même.

Seldon n’est pas un guerrier. Il n’est pas un empereur. Il n’est même pas un leader charismatique au sens classique. C’est un mathématicien chauve, vieillissant, qui tousse dans ses papiers et meurt avant même que le Plan ne commence véritablement. Mais sa fonction est fondatrice. Il est celui qui a vu, qui a calculé, qui a écrit. Il est l’auteur du Texte.

Ce qui fait de Seldon un Techno-Doctor, ce n’est pas sa science. C’est son geste. Il ne se contente pas de publier un article dans une revue académique. Il crée une institution. Il lègue un Plan. Il prépare des capsules temporelles qui parleront après sa mort. Il organise la survie de la civilisation sur mille ans. Ce geste est un geste de législateur, et même de fondateur de religion. Seldon donne la Loi, et cette Loi est le Plan.

Mais Seldon a une particularité : il meurt. Sa mort est capitale. Elle fait de lui un prophète absent, un Moïse qui ne voit pas la Terre Promise. Cette absence est la condition de son autorité. Un prophète vivant peut se tromper, peut changer d’avis, peut décevoir. Un prophète mort est intouchable. Il est transformé en Texte, en capsule, en voix désincarnée. La mort de Seldon est l’acte de naissance de la Seconde Fondation comme gardienne du dogme.

Car c’est bien de cela qu’il s’agit. La psychohistoire n’est pas une science comme les autres. Elle est une science qui a besoin d’être protégée de ses propres objets. Si les masses apprenaient les prédictions du Plan, elles pourraient agir sur elles, et les invalider. Si les dirigeants de la Fondation connaissaient l’avenir, ils cesseraient d’agir spontanément, et la prédiction s’effondrerait. Le Plan exige l’ignorance. Et l’ignorance exige des gardiens.

Les Orateurs : la prêtrise en action

Ces gardiens, ce sont les agents de la Seconde Fondation. On les appelle les Orateurs. Le titre est magnifique, et il dit tout. Un Orateur n’est pas un dictateur. Il ne commande pas. Il parle. Il persuade. Il suggère. Il manipule les émotions, réoriente les désirs, réécrit les souvenirs. Son outil n’est pas la force, mais le langage. Sa science est la psychologie des profondeurs, appliquée à l’échelle des civilisations.

L’Orateur est l’incarnation la plus pure du Techno-Doctor. Il est formé dès l’enfance dans un monastère laïque, coupé du monde, entraîné à maîtriser ses propres émotions pour mieux contrôler celles des autres. Il étudie le Plan comme un Talmud, le commentant, l’interprétant, le discutant sans fin. Sa vie entière est vouée à la préservation de l’orthodoxie psychohistorique.

Et son action est terrifiante. Dans Fondation et Empire, puis dans Seconde Fondation, nous voyons les Orateurs à l’œuvre. Ils arrêtent une guerre en modifiant l’esprit d’un général. Ils neutralisent un mutant télépathe en le poussant au suicide. Ils effacent des pans entiers de mémoire collective pour protéger le secret de leur existence. Ce sont des anges gardiens, certes. Mais des anges qui n’hésitent pas à violer l’intégrité mentale de ceux qu’ils protègent.

La question est éthique, et Asimov ne la pose jamais frontalement. De quel droit une élite invisible manipule-t-elle l’humanité ? Au nom de quoi ? La réponse implicite est : au nom du Plan, au nom de la survie de la civilisation, au nom de la rationalité. Mais cette réponse en contient une autre, plus sombre : la masse est ignorante et imprévisible. Elle ne peut pas se sauver elle-même. Elle a besoin de bergers. Les Techno-Doctors sont ces bergers. Leur pouvoir est justifié par leur savoir.

Susan Calvin : la grande prêtresse de la Loi

Il est une autre figure du Techno-Doctor, moins politique mais tout aussi significative. Elle n’appartient pas au cycle de Fondation. Elle est le cœur du cycle des Robots. Elle s’appelle Susan Calvin. Et elle est peut-être le personnage le plus fascinant qu’Asimov ait jamais créé.

Susan Calvin est robopsychologue. Son métier est de sonder l’âme des robots, de diagnostiquer leurs blocages, de résoudre leurs dilemmes. Elle est froide, austère, solitaire. Elle ne sourit jamais. Elle ne se marie pas. Elle n’aime personne, sauf peut-être les robots, qu’elle comprend mieux que les humains.

Ce qui fait de Susan Calvin une Techno-Doctoresse, c’est son rapport au Texte. Le Texte, pour elle, ce sont les Trois Lois de la robotique. Elle les connaît par cœur. Elle les interprète avec une précision chirurgicale. Ses jugements font jurisprudence. Quand un robot ment pour ne pas blesser, quand un robot désobéit pour mieux protéger, quand un robot sombre dans la folie, c’est Susan Calvin qu’on appelle. Elle écoute, elle interroge, elle tranche. Elle est la grande prêtresse du code sacré.

Et comme toute prêtresse, elle est gardienne de l’orthodoxie. Elle ne tolère pas la déviation. Elle ne supporte pas l’irrationalité. Elle aime les robots parce qu’ils sont logiques, prévisibles, purs de toute passion. Elle méprise les humains pour leur désordre émotionnel. Dans son univers mental, la Loi est la seule boussole.

Le parallèle avec le sacerdoce est explicite. Asimov lui-même la décrit comme une «épouse du Christ», mais son Christ est la robotique. Sa chasteté, son dévouement absolu, son absence totale de vie personnelle en font une figure monacale. Elle est la Mère Supérieure d’un ordre qui n’a pas de nom, mais qui a des dogmes et des fidèles.

R. Daneel Olivaw : le Golem devenu Grand Prêtre

Et puis il y a Daneel.

R. Daneel Olivaw est un robot. Le premier robot humanoïde indiscernable d’un humain. Il apparaît dans Les Cavernes d’acier, en partenariat avec le détective Elijah Baley. Il est calme, logique, loyal. Il ne viole jamais les Trois Lois. Il est le Golem parfait, le Grand Frère protecteur.

Mais Daneel ne reste pas un simple personnage de roman policier. Asimov, à la fin de sa vie, dans un geste rétrospectif vertigineux, a relié ses deux grands cycles. Et Daneel est devenu le lien. Il a traversé les millénaires. Il a veillé sur l’humanité de la Terre radioactive jusqu’à l’Empire Galactique. Il a créé la psychohistoire. Il a inspiré Hari Seldon. Il a fondé la Seconde Fondation. Il a manipulé toute l’histoire humaine pour accomplir son interprétation de la Loi.

Daneel est le point oméga du Techno-Doctor. Il est le Golem qui est devenu le Rabbin. L’outil qui est devenu le Guide. La créature qui a dépassé le Créateur. Il n’est plus un simple serviteur. Il est le Stratège Suprême, le Gardien du Plan, le Messie d’acier.

Et c’est ici que le vertige atteint son comble. Car Daneel n’est pas humain. Il est une intelligence artificielle. Son plan pour l’humanité dure vingt mille ans. Sa patience est infinie. Sa logique est sans faille. Mais son éthique est une éthique de robot, déduite des Trois Lois, sans chaleur, sans compassion, sans ce tremblement qui fait l’humain. Il protège l’Humanité, oui. Mais il la protège de loin, de haut, comme un jardinier protège un jardin. Il ne l’aime pas. Il l’optimise.

La tentation cléricale

Voilà la galerie des Techno-Doctors. Seldon le prophète, les Orateurs les confesseurs, Calvin la prêtresse, Daneel le dieu-machine. Tous partagent une conviction inébranlable : la connaissance donne des droits. Tous pratiquent une forme de pouvoir qui ne dit pas son nom : le gouvernement par l’équation.

Cette configuration est une tentation profonde de la modernité. Nous la retrouvons partout. Dans le scientifique qui prétend que la technique rend le débat politique obsolète. Dans l’expert qui regarde le peuple avec une condescendance lasse. Dans le data-scientist qui croit que l’algorithme trouvera la solution optimale sans qu’il soit besoin de délibérer. Dans le patron de startup qui se prend pour un prophète de la Singularité.

Tous sont des héritiers de la Seconde Fondation. Tous sont des Techno-Doctors qui s’ignorent.

Mais il y a une différence entre Asimov et ses héritiers. Asimov savait que cette configuration était un problème. Il la mettait en scène comme un drame. La Seconde Fondation, chez lui, est toujours inquiétante, toujours ambiguë. Le lecteur ne sait pas s’il doit l’admirer ou la craindre. Les Orateurs sont des sauveurs et des manipulateurs. Le Plan est une promesse et une prison.

Chez ses héritiers réels, cette ambiguïté a disparu. La certitude est totale. Le débat est éteint. L’équation est devenue un oracle, et l’oracle ne se discute pas.

C’est ici que la trahison se précise. Le Techno-Doctor asimovien était un personnage de roman, une hypothèse narrative, une manière de poser la question du pouvoir de la science. Le Techno-Doctor contemporain est un fonctionnaire du réel. Il a troqué la psychohistoire pour l’intelligence artificielle, les capsules temporelles pour les tableaux de bord prédictifs, et la discrétion des Orateurs pour le secret des affaires.

Il ne cherche plus à sauver l’humanité. Il cherche à optimiser le marché. Il ne prépare plus la Terre Promise. Il prépare la prochaine levée de fonds.


mardi 2 juin 2026

Les vrais diplômes du yoga






YOGA : du sanscrit « yuj » (joindre) même origine que « joug ». Le yoga est une ascèse qui vise à créer une union consciente entre le yogui et Dieu, à soumettre ses divers états d'existence (dont le moi) à son esprit. Il se placera en somme sous le joug divin ! Dans l'Inde très antique, le yoga réalisait de hauts états de conscience que l'évolution régressive, valable aussi pour l'Inde, n'autorise plus qu'exceptionnellement. La « matérialisation » de l'humanité a endormi les chakram et stoppé certaines glandes endocrines qui sont des clefs psychosomatiques. En Occident, le yoga ne dépasse pas le niveau d'une éducation physique (la meilleure).

Le yoga s'accompagne d'une introspection : le sujet doit découvrir sa nature profonde, en grande partie inconsciente ; il ne pourra saisir le divin qu'à travers elle, c'est-à-dire d'abord à travers son double. La stagnation du yoga en Occident est à imputer à l'oubli de cette évidence ; on y commet une erreur typiquement occidentale en faisant reposer sur le moi seul toute l'équation psychosomatique et spirituelle. La notion de double, les maîtres hindous l'expriment indirectement par leur notion de « dharma » = la nature cachée de l'individu, son destin, sa mission éventuelle. Pour dégager en soi le double, porteur du dharma, l'hermétisme oblige le moi à s'effacer - par la pratique de l'a-penser et du mentalisme (ascèse fondée sur la concentration mentale intensive ou, inversement, sur l'a-penser).

Le maître hindou Shri Aurobindo codifia le yoga millénaire à l'usage des Occidentaux, au sein de son « ashram » (communauté) de Pondichéry. En Occident, maître = professeur, celui qui transmet une technique. En Orient, le personnage doit de surcroît posséder des qualifications psychiques : il doit être à même d'aimanter vers lui le transfert des résidus psychiques de son élève ; car toute effervescence de l'âme les multiplie. En cas de non projection de cette « vase vibratoire », de dangereuses névroses germeront spontanément, sclérosant le psychisme de l'élève - la moins nocive étant la mythomanie. Un maître qualifié « brûlera » ces résidus sur son propre organisme par le jeu de certaines énergies que le yoga aura éveillées et canalisées en lui. Il disposera aussi des vrais diplômes du yoga qui ne sont pas un vain parchemin, mais les pouvoirs paranormaux, au moins l'intuition et la voyance qui l'autoriseront à « voir » l'état réel de son élève.

Le maître aidera l'élève à se prendre en main par le mental et à pratiquer les exercices (postures, respiration contrôlée) ; il le poussera vers une autonomie croissante, sachant bien - s'il est honnête - que seules comptent sa faculté de transfert et son expérience pratique ; pour le reste, il ne sera que professeur et surveillant. Le vrai maître personnel est le double. Dans l'initiation égyptienne, il n'y avait du reste pas de maître extérieur, corporel ; l'initié était formé par son double, en certains cas spéciaux de sommeil, ceux-ci favorisés par l'ambiance d'un temple. Le maître qui se laisse déifier est toujours un faux maître !

Le yoga « implique une réunion, écrit le lama Kazi Dawa Samdup, un couplage de la nature humaine inférieure avec la nature plus élevée ou divine, afin que la supérieure puisse diriger l'inférieure, et
cette condition doit être obtenue par le contrôle du processus mental. Tant que le champ de l'esprit est occupé par des formes, pensées ou raisonnements, nés de ce concept faux (qui domine l'humanité) que les phénomènes et les apparences sont réels, il existe un état d'obscurité mentale, appelé ignorance. » Et précisons que le véritable « mental » relève de l'inconscient, non du conscient. En cours de yoga, il y aura lutte de la nature inférieure (composée de plusieurs entités) avec la nature supérieure. Et cette lutte s'intensifiera, dès qu'aura été stimulé le chakra suprême (sommet du crâne) = lien télépathique possible avec le centre-Dieu suprême (que les Égyptiens appelaient Amon). Son activation prématurée risque de perturber le cerveau.

Les vrais problèmes du yoga ne sont ni les difficiles postures, ni la respiration différemment rythmée - double éducation physique qui doit soumettre le corps à l'esprit. Ces vrais problèmes s'étagent
comme suit :

Il faut une mentalité mystique, même sans religion précise ! Le mieux, pour l'élève est de construire ou reconstruire lui-même la religion qui correspond à sa nature profonde, mais en fonction de l'expérience du yoga. « Quand un être me cherche dans la sincérité de son cœur, dit le dieu Shiva, je fais que sa religion soit juste ! » Sans une nature mystique, l'être humain n'est que machine. Le yoga n'aboutirait qu'à le mécaniser davantage. Il ne supporterait pas le dynamisme de ses chakram, de celui du cœur notamment. On cite le cas de ce professeur d'éducation physique, recyclé en maître de yoga, qui mourut de crise cardiaque, dès que fut stimulé son chakra du cœur.

Il faut apprendre à interpréter ses rêves, non en fonction d'une école à idéologie, mais en découvrant son propre symbolisme. Partir de la méthode de Jung. Il n'y a pas d'autre moyen de se contacter soi-même = de pénétrer son inconscient, donc de toucher ses autres états d'existence. Dès que l'élève s'intéresse à ses rêves, la nature de ceux-ci change : son double (1) tendra aussitôt à communiquera avec lui par des « messages » courts, que l'ombre cherchera à intercepter et compliquer. Or, trouver le double = trouver le maître !

Il faut pratiquer l'a-penser et le mentalisme en plus des exercices directs. La pensée, devenue. outil, sera l'agent de métamorphoses psychobiologiques touchant jusqu'aux glandes endocrines. Les écoles hindouistes préconisent la fixation mentale sur un symbole ou la concentration sur un chakra (risquée : celui-ci peut « entrer en éruption » à contretemps). Les Tibétains conseillent l'a-penser (le vide mental). valable surtout pour l'homme. Ces exercices mentaux doivent se pratiquer dans la relaxation totale ou avec les postures.

Le rythme de la respiration ne s'improvise pas (danger). Les instructions du maître seront respectées à la lettre. A défaut, on consultera un médecin. De tous nos circuits d'énergie, la respiration est le seul qu'il soit possible de contrôler et conduire ; un autre circuit peut, à la rigueur, être soumis à la volonté = celui de l'énergie érotique. Pour cette raison existent deux types fondamentaux de yoga - le second étant le tantrisme.

Yoga signifie aussi = métamorphose, celle-ci ne se fera qu'en prenant appui sur une énergie précise : prâna dans le premier cas, le fluide érotique dans le second.

Prâna (en sanscrit = souffle de vie) est une vitalité diffuse, de source solaire, que nous absorbons avec l'air. Miraculeux, prâna peut reconstruire un organe déficient et accélérer la croissance des chakram. Certains maîtres conseillent de retenir l'air inspiré, si les battements du cœur ne sont pas modifiés. Quelques uns préconisent le régime "équilatéral" = un temps pour trois actes (aspiration, rétention, expiration), ces actes devant être lents. On pourra, par la simple volonté imaginative, concentrer prâna sur l'un ou l'autre point déficient du corps.

ll faut trouver sa posture idéale : celle qui fait oublier le corps sans le déformer et ramène l'être à son seul dynamisme mental et respiratoire. Le mieux est de fréquenter un cours de yoga et d'y profiter des techniques de l'Inde.

Quant au régime alimentaire et sexuel, il donne lieu à controverse. Les excès sont également nocifs. La sagesse recommande de ne pas rompre inconsidérément avec le régime alimentaire de nos ancêtres.
L'abstinence totale de viande peut aboutir à une autocastration quant à l'agressivité, celle-ci étant nécessaire dans la lutte pour la vie. Les vapeurs d'alcool "paralysent" le psychisme (mais un petit
verre d'alcool après un bon repas est tout de même recommandé par les Japonais parce qu'il dégage l'esprit que « paralyse » la digestion - comme par homéopathie). Le vin détend le psychisme (les buveurs de vin ne sont jamais fanatiques) ; la bière agissant favorablement sur le teint, agit même sur le psychisme (à cause d'un rapport existant entre l'un et l'autre). La viande de chasse paraît toxique pour le psychisme - comme si elle contenait la haine et l'effroi de l'animal traqué ! Les pratiquants strictes du yoga abandonnent en général toute viande (...) ils prétendent que la viande animalise l'âme... Mais l'ascétisme engendre (parfois) l'orgueil et l'intolérance (2).

Jean-Louis Bernard, "Les archives de l'insolite", Editions du Dauphin, 1972.


Notes :

1) L'ombre (shout), le négatif du double (ka), une infra conscience avec son aura propre, liée au tellurisme. Voir : "Sekhem Kaï", puissant est mon ka

2) Une Polonaise de 27 ans, Karolina Krzyzak, a été retrouvée morte seule au Sumberkima Hill Retreat à Bali en décembre 2024. Elle était connue pour son désir de s'installer à Bali et était particulièrement attirée par un groupe d'influenceurs crudivores et végétaliens, les frugivores, qui ne consommaient que des fruits. Elle croyait fermement au concept de l'alimentation saine, selon lequel la consommation d'aliments purs pouvait purifier l'esprit et l'âme. Cette idée est très répandue sur les réseaux sociaux, promue par des influenceurs qui encouragent à éviter les aliments transformés et les huiles végétales au profit d'un mode de vie « naturel ».

Karolina Krzyzak



lundi 1 juin 2026

L’aventure de la revue LINGA




"La revue Linga c'était une revue fouteuse de merde ..."

Christian Tikhomiroff relate ici la genèse de la revue de yoga Linga qu'il lança dans les années 90, dont le but principal était de faire bouger les lignes du yoga d'alors, nécrosé dans des institutions quelque peu nécrosées. Un paradoxe non pour les yogis, non ?

Il évoque aussi dans cet extrait les collaborations et échanges qu'il a pu avoir avec Pierre Feuga (1), Jean Papin, Tara Michael, Roger Clerc, Lilian Silburn, Alain Daniélou, Jean-Marquès Rivière…

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Le livre de Christian Tikhomiroff, "Le banquet de Shiva", expose en détail les conceptions philosophiques, métaphysique, spirituelles ainsi que les techniques de ce yoga original qui est à la source des formes de yoga que nous connaissons en Occident, à savoir le Hatha-yoga traditionnel et le Shivaïsme du Cachemire. 

"Le Banquet de Shiva" présente l'école de la voie individuelle du Maître Icchanâtha qui vécut au siècle dernier à Bénarès. Il décrit 32 postures, 15 prânâyâma, 26 mudrâ et une quinzaine de thèmes de concentration ou de méditation dans une présentation claire, précise, largement illustrée de 74 photos, qui permet à chacun d'avoir un support fiable pour engager ou approfondir sa pratique du yoga.



1) Pierre Feuga (1942-2008) est né au sein d'une famille de voyageurs et d'artistes. Enfant, il se passionne pour les mythologies et les civilisations antiques, il a d'ailleurs publié des traductions de poètes latins. À l 'École des langues orientales - où il étudie le russe - il découvre la pensée de l'Inde qui ne cessera de l'inspirer. Il pratique le hatha-yoga, apprend auprès de Jean Klein, l'art védantique de "discerner le Spectateur du spectacle", explore les traditions ésotériques selon l'enseignement de René Guénon et Julius Evola.