vendredi 29 mai 2026

Le livre de Scott Lively "La croix gammée rose" traduit par Stanislas Berton






Traducteur de “La croix gammée rose - Les secrets honteux de l'Allemagne nazie” de Scott Lively, Stanislas Berton est interviewé par Clémence Houdiakova, animatrice de Tocsin Matin :

Polémique : paganisme, sado-masochisme… et si c’était le vrai visage du nazisme ?



Stanislas Berton écrit sur X :

"Des personnes inhabituellement scrupuleuses ont demandé à Tocsin de produire les preuves historiques de la prostitution d'Hitler et de ses vices, notamment les rapports de police.

Ces informations, reprises dans le livre de Scott Lively se trouvent notamment dans le livre de Lothar Machtan, "Hidden Hitler". Il est possible de consulter gratuitement se livre en créant un compte sur cette archive (lien) et "d'emprunter" une version numérique du livre.


J'ai été personnellement vérifier les sources utilisées par Lively dans ce livre. J'ai notamment découvert après ceci :

Les archives en six volumes sur Adolf Hitler de la police munichoise concernant Hitler furent confisquées par Hitler lui-même dès qu'il devint chancelier du Reich. La source donnée par Machtan est : StA, Polizeidirektion München numéro 10 082.

Ca va donc être difficile de les produire.

Les informations sur le rapport secret détenu par Otto von Lossow proviennent du témoignage d'Eugen Dollman, un diplomate allemand membre de la SS , proche de Julius Evola et traducteur des entretiens entre Mussolini et Hitler.

https://en.wikipedia.org/wiki/Eugen_Dollmann

Le passage cité par Lively et repris par Machtan est issu des notes prises par Dollmann en vue de la rédaction de ses mémoires et détenues par sa famille. Les sources sont à la page 349 du livre de Machtan. Pourquoi un nazi et un SS haut-gradé mentirait-il sur l'existence d'un dossier secret concernant les vices d'Adolf Hitler détenu par le responsable de la police de Munich ?

Je trouve sidérant que Tocsin subisse une telle pression suite à cet entretien et qu'on exige un niveau de preuves jamais demandé pour d'autres ouvrages.

Vous connaîtrez la vérité et la vérité vous rendra libres. Jean 8:32.

[...]

Il es très probable que les archives de police aient été détruites ou aient saisies par les Soviétiques lors de la prise de Berlin. Si des Russes bien informés veulent confirmer les dires de Scott Lively, qu'ils n'hésitent pas à se manifester...

[...]

Dans cet entretien à Tocsin, j'ai commis une erreur concernant les dates. Ce n'est pas en 1920 qu'Adolf Hitler résidait dans un foyer pour hommes à Vienne mais en 1910. Il résidait alors au 27 rue Meldermann.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Adolf_Hitler#Le_marginal

En ce qui concerne les affirmations selon lesquelles Hitler se serait prostitué durant cette période, Scott Lively s'appuie, entre autres, sur le livre de l'historien Samuel Igra, "Germany's national vice" (1945), ainsi que sur celui de Lothar Matchan "Hidden Hitler" (2001).

Dans "Hidden Hitler" Machtan cite des rapports de police, datant cette fois de la période munichoise, selon lesquels Hitler aurait sollicité des jeunes hommes dans la rue afin qu'ils aient des relations sexuelles avec lui. Machtan cite également les propos du général Otto von Lossow qui fut le ministre bavarois de la guerre :

"J'ai de bons amis en ce monde et Hitler perdrait ce combat comme cela lui est arrivé lors du putsch de la brasserie. Le général sortit d'un tiroir de son bureau un dossier contenant des rapports secrets et des dépositions sur la vie privée de Herr Adolf Hitler [...] tous provenaient de la brigade des moeurs.[...] Quelle arme dangereuse Otto von Lossow avait forgée durant les années où il était au sommet de son pouvoir à Munich."

https://t.co/0PQI8AhipX

Toutes ses sources sont à retrouver dans le livre de Scott Lively "La Croix Gammée rose" traduit pour la première fois en français par mes soins.

[...]

Cette distinction entre homosexuels "machos" et "efféminés" est essentielle pour comprendre le nazisme et son double-discours sur ce sujet. Mais aussi comment la "paix" entre ces deux camps a permis au lobby LGBT de s'imposer à partir des années 70."

[...]

Je pense que l'homosexualité des nazis, en lien avec leur appartenance à des sociétés secrètes néo-païennes et leurs rituels initiatiques, est fondamentale pour comprendre le nazisme. La religion est toujours en amont du politique."

*******

Hervé Ryssen, "essayiste et militant nationaliste et négationniste" (Wikipédia), écrit sur X :

"Putain les gars, j'ai croisé un champion avant-hier en sortant des studios de GPTV. Le mec me dit que Trump a fait plus que n'importe qui pour faire monter l'antisionisme, que tout était calculé et qu'il faut donc continuer à le soutenir. Je lui réponds illico que les parents des 160 collégiennes iraniennes qui ont été tuées dès le premier jour de la guerre ou les habitants de Gaza doivent normalement penser différemment. Il finit par me répondre que l'antisémitisme est contre-productif. AH ! Là, je sais tout de suite que j'ai affaire à un gros baltringue.

Je lui dis alors que l'objectif n'est certes pas électoral mais que s'il voulait, il pouvait lui se présenter et on rigolerait bien. Cela dit, avec son nouveau livre qui présente Adolf Hitler en partouzeur gay dans le Munich des années 20, il met tous les bas-de-plafond de son côté. Ca fait du monde ! Bref, cet individu de la mouvance "conspi ultra ++" finira évidemment un jour par nous entretenir avec des histoires d'ovnis et de reptiliens. Je sais qu'il n'y a rien à tirer de ces hurluberlus."


Les causes générales de l’antisémitisme



L’âme du Juif est double : elle est mystique et elle est positive. Son mysticisme va des théophanies du désert aux rêveries métaphysiques de la Kabbale ; son positivisme, son rationalisme plutôt, se manifeste autant dans les sentences de l’Ecclésiaste que dans les dispositions législatives des rabbins et les controverses dogmatiques des théologiens. Mais si le mysticisme aboutit à un Philon ou à un Spinoza, le rationalisme conduit à l’usurier, au peseur d’or ; il fait naître le négociant avide. Il est vrai que parfois les deux états d’esprit se juxtaposent, et l’Israélite, comme cela est arrivé au Moyen Âge, peut faire deux parts de sa vie : l’une vouée au songe de l’absolu, l’autre au commerce le plus avisé.

Bernard Lazare.


En 1894, un volume in-octavo de 420 pages intitulé L'Antisémitisme, son histoire et ses causes, par Bernard Lazare (1865–1903), un auteur juif de grande renommée, a été publié à Paris par l'éditeur Léon Chailley, 8, rue Saint-Joseph.



Les causes générales de l’antisémitisme

Par Bernard Lazare


L’exclusivisme. — Le culte politico-religieux. — Iahvé et la Loi. — Ordonnances civiles et ordonnances religieuses. — Les colonies juives. — Le Talmud. — La théorie du peuple élu. — L’orgueil juif. — La séparation d’avec les nations. — La souillure. — Pharisiens et Rabbanites. — La foi, la tradition et la science profane.— Le triomphe des Talmudistes. — Le patriotisme juif. — La patrie mystique. — Le rétablissement du royaume d’Israël. — L’isolement du Juif.


Si l’on veut faire une histoire complète de l’antisémitisme — en n’oubliant aucune des manifestations de ce sentiment, en en suivant les phases diverses et les modifications — il faut entreprendre l’histoire d’Israël depuis sa dispersion, ou, pour mieux dire, depuis les temps de son expansion hors du territoire de la Palestine.

Partout où les Juifs, cessant d’être une nation prête à défendre sa liberté et son indépendance, se sont établis, partout s’est développé l’antisémitisme ou plutôt l’antijudaïsme, car antisémitisme est un mot mal choisi, qui n’a eu sa raison d’être que de notre temps, quand on a voulu élargir cette lutte du Juif et des peuples chrétiens, et lui donner une philosophie en même temps qu’une raison plus métaphysique que matérielle.

Si cette hostilité, cette répugnance même, ne s’étaient exercées vis-à-vis des juifs qu’en un temps et en un pays, il serait facile de démêler les causes restreintes de ces colères ; mais cette race a été, au contraire, en butte à la haine de tous les peuples au milieu desquels elle s’est établie. Il faut donc, puisque les ennemis des Juifs appartenaient aux races les plus diverses, qu’ils vivaient dans des contrées fort éloignées les unes des autres, qu’ils étaient régis par des lois différentes, gouvernés par des principes opposés, qu’ils n’avaient ni les mêmes mœurs, ni les mêmes coutumes, qu’ils étaient animés d’esprits dissemblables ne leur permettant pas de juger également de toutes choses, il faut donc que les causes générales de l’antisémitisme aient toujours résidé en Israël même et non chez ceux qui le combattirent.

Ceci n’est pas pour affirmer que les persécuteurs des Israélites eurent toujours le droit de leur côté, ni qu’ils ne se livrèrent pas à tous les excès que comportent les haines vives, mais pour poser en principe que les Juifs causèrent — en partie du moins — leurs maux. 

Devant l’unanimité des manifestations antisémites, il est difficile d’admettre — comme on a été trop porté à le faire — qu’elles furent simplement dues à une guerre de religion, et il ne faudrait pas voir dans les luttes contre les Juifs la lutte du polythéisme contre le monothéisme, et la lutte de la Trinité contre Jéhovah. Les peuples polythéistes, comme les peuples chrétiens, ont combattu, non pas la doctrine du Dieu Un, mais le Juif.

Quelles vertus ou quels vices valurent au Juif cette universelle inimitié ? Pourquoi fut-il tour à tour, et également, maltraité et haï par les Alexandrins et par les Romains, par les Persans et par les Arabes, par les Turcs et par les nations chrétiennes ? Parce que partout, et jusqu’à nos jours, le Juif fut un être insociable. 

Pourquoi était-il insociable ? Parce qu’il était exclusif, et son exclusivisme était à la fois politique et religieux, ou, pour mieux dire, il tenait à son culte politico-religieux, à sa loi.

Si, dans l’histoire, nous considérons les peuples conquis, nous les voyons se soumettre aux lois des vainqueurs, tout en gardant leur foi et leurs croyances. Ils le pouvaient facilement, parce que, chez eux, la séparation était très nette entre les doctrines religieuses venues des dieux et les lois civiles émanées des législateurs, lois qui se pouvaient modifier au gré des circonstances, sans que les réformateurs encourussent l’anathème ou l’exécration théologique : ce que l’homme avait fait, l’homme pouvait le défaire. Aussi les vaincus se soulevaient-ils contre les conquérants par patriotisme, et nul mobile ne les poussait que le désir de ressaisir leur sol et de reprendre leur liberté. En dehors de ces soulèvements nationaux, ils demandèrent rarement à n’être pas soumis aux lois générales ; s’ils protestèrent, ce fut contre les dispositions particulières, qui les mettaient vis-à-vis des dominateurs dans un état d’infériorité ; et, dans l’histoire des conquêtes romaines, nous voyons les conquis s’incliner devant Rome, lorsque Rome leur impose strictement la législation qui régit l’empire.

Pour le peuple juif, le cas était très différent. En effet, comme déjà le fit remarquer Spinoza « les lois révélées par Dieu à Moïse n’ont été autre chose que les lois du gouvernement particulier des Hébreux ». Moïse, prophète et législateur, conféra à ses dispositions judiciaires et gouvernementales la même vertu qu’à ses préceptes religieux, c’est-à-dire la révélation. Iahvé, non seulement avait dit aux Hébreux : « Vous ne croirez qu’au Dieu Un et vous n’adorerez pas d’idoles », mais il leur avait prescrit aussi des règles d’hygiène et de morale ; non seulement il leur avait lui-même assigné le territoire où devaient s’accomplir les sacrifices, minutieusement, mais il avait déterminé les modes selon lesquels ce territoire serait administré. Chacune des lois données, qu’elle fût agraire, civile, prophylactique, théologique ou morale, bénéficiait de la même autorité et avait la même sanction, de telle sorte que ces différents codes formaient un tout unique, un faisceau rigoureux dont on ne pouvait rien distraire sous peine de sacrilège.

En réalité, le Juif vivait sous la domination d’un maître, Iahvé, que nul ne pouvait vaincre ni combattre, et il ne connaissait qu’une chose : la Loi, c’est-à-dire l’ensemble des règles et des prescriptions que Iahvé avait un jour voulu donner à Moïse, Loi divine et excellente, propre à conduire ceux qui la suivraient aux félicités éternelles ; loi parfaite et que seul le peuple juif avait reçue. 

Avec une telle idée de sa Torah, le Juif ne pouvait guère admettre les lois des peuples étrangers ; du moins, il ne pouvait songer à se les voir appliquer ; il ne pouvait abandonner les lois divines, éternelles, bonnes et justes, pour suivre les lois humaines fatalement entachées de caducité et d’imperfection. S’il avait pu faire une part dans cette Torah ; si, d’un côté, il avait pu ranger les ordonnances civiles, de l’autre, les ordonnances religieuses ! Mais toutes n’avaient-elles pas un caractère sacré, et, de leur observance totale, le bonheur de la nation juive ne dépendait-il pas ?

Ces lois civiles, qui seyaient à une nation et non à des communautés, les Juifs ne les voulaient pas abandonner en entrant dans les autres peuples, car, quoique hors de Jérusalem et du royaume d’Israël, ces lois n’eussent plus de raison d’être, elles n’en étaient pas moins, pour tous les Hébreux, des obligations religieuses, qu’ils s’étaient engagés à remplir par un pacte ancien avec la Divinité. 

Aussi, partout où les Juifs établirent des colonies, partout où ils furent transportés, ils demandèrent non seulement qu’on leur permît de pratiquer leur religion, mais encore qu’on ne les assujettît pas aux coutumes des peuples au milieu desquels ils étaient appelés à vivre, et qu’on les laissât se gouverner par leurs propres lois.

À Rome, à Alexandrie, à Antioche, dans la Cyrénaïque, ils purent en agir librement. Ils n’étaient pas appelés le samedi devant les tribunaux, on leur permit même d’avoir leurs tribunaux spéciaux et de n’être pas jugés selon les lois de l’empire ; quand les distributions de blé tombaient le samedi, on réservait leur part pour le lendemain ; ils pouvaient être décurions, en étant exemptés des pratiques contraires à leur religion ; ils s’administraient eux-mêmes comme à Alexandrie, ayant leurs chefs, leur sénat, leur ethnarque, n’étant pas soumis à l’autorité municipale. 

Partout ils voulaient rester Juifs, et partout ils obtenaient des privilèges leur permettant de fonder un État dans l’État. À la faveur de ces privilèges, de ces exemptions, de ces décharges d’impôts, ils se trouvaient rapidement dans une situation meilleure que les citoyens mêmes des villes dans lesquelles ils vivaient ; ils avaient plus de facilité à trafiquer et à s’enrichir, et ainsi excitèrent-ils des jalousies et des haines.

Donc, l’attachement d’Israël à sa loi fut une des causes premières de sa réprobation, soit qu’il recueillît de cette loi même des bénéfices et des avantages susceptibles de provoquer l’envie, soit qu’il se targuât de l’excellence de sa Torah pour se considérer comme au-dessus et en dehors des autres peuples. 

Si encore les Israélites s’en fussent tenus au mosaïsme pur, nul doute qu’ils n’aient pu, à un moment donné de leur histoire, modifier ce mosaïsme de façon à ne laisser subsister que les préceptes religieux ou métaphysiques ; peut-être même, s’ils n’avaient eu comme livre sacré que la Bible, se seraient-ils fondus dans l’Église naissante, qui trouva ses premiers adeptes dans les Sadducéens, les Esséniens et les prosélytes juifs. Une chose empêcha cette fusion, et maintint les Hébreux parmi les peuples : ce fut l’élaboration du Talmud, la domination et l’autorité des docteurs qui enseignèrent une prétendue tradition, mais cette action des docteurs, sur laquelle nous reviendrons, fit aussi des Juifs les êtres farouches, peu sociables et orgueilleux dont Spinoza, qui les connaissait, a pu dire : « Cela n’est point étonnant qu’après avoir été dispersés durant tant d’années, ils aient persisté sans gouvernement, puisqu’ils se sont séparés de toutes les autres nations, à tel point qu’ils ont tourné contre eux la haine de tous les peuples, non seulement à cause de leurs rites extérieurs, contraires aux rites des autres nations, mais encore par le signe de la circoncision. »

Ainsi, disaient les docteurs, le but de l’homme sur la terre est la connaissance et la pratique de la Loi, et on ne la peut pleinement pratiquer qu’en se dérobant aux lois qui ne sont pas la véritable. Le Juif qui suivait ces préceptes s’isolait du reste des hommes ; il se retranchait derrière les haies qu’avaient élevées autour de la Torah Esdras et les premiers scribes, puis les Pharisiens et les Talmudistes héritiers d’Esdras, déformateurs du mosaïsme primitif et ennemis des prophètes. Il ne s’isola pas seulement en refusant de se soumettre aux coutumes qui établissaient des liens entre les habitants des contrées où il était établi, mais aussi en repoussant toute relation avec ces habitants eux mêmes. À son insociabilité, le Juif ajouta l’exclusivisme.

Sans la Loi, sans Israël pour la pratiquer, le monde ne serait pas, Dieu le ferait rentrer dans le néant ; et le monde ne connaîtra le bonheur que lorsqu’il sera soumis à l’empire universel de cette loi, c’est-à-dire à l’empire des Juifs. Par conséquent, le peuple juif est le peuple choisi par Dieu comme dépositaire de ses volontés et de ses désirs ; il est le seul avec qui la Divinité ait fait un pacte, il est l’élu du Seigneur. Au moment où le serpent tenta Ève, dit le Talmud, il la corrompit de son venin. Israël, en recevant la révélation du Sinaï se délivra du mal ; les autres nations n’en purent guérir. Aussi, si elles ont chacune leur ange gardien et leurs constellations protectrices, Israël est placé sous l’œil même de Jéhovah ; il est le fils préféré de l’Éternel, celui qui a seul droit à son amour, à sa bienveillance, à sa protection spéciale, et les autres hommes sont placés au-dessous des Hébreux ; ils n’ont droit que par pitié à la munificence divine, puisque, seules, les âmes des Juifs descendent du premier homme. Les biens qui sont délégués aux nations appartiennent en réalité à Israël, et nous voyons Jésus, lui-même, répondre à la femme grecque : « Il n’est pas bon de prendre le pain des enfants pour le jeter aux petits chiens. »

Cette foi à leur prédestination, à leur élection, développa chez les Juifs un orgueil immense. Ils en vinrent à regarder les non Juifs avec mépris et souvent avec haine, quand il se mêla à ces raisons théologiques des raisons patriotiques. Lorsque la nationalité juive se trouva en péril, on vit, sous Jean Hyrcan, les Pharisiens déclarer impur le sol des peuples étrangers, impures les fréquentations entre Juifs et Grecs. Plus tard, les Schamaïtes, en un Synode, proposèrent d’établir une séparation complète entre Israélites et Païens, et ils élaborèrent un recueil de défenses, appelé les Dix-huit choses, qui, malgré l’opposition des Hillélites, finit par prédominer. Aussi, dans les conseils d’Antiochus Sidétès, on commence à parler de l’insociabilité juive, c’est-à-dire « du parti pris de vivre exclusivement dans un milieu juif, en dehors de toute communication avec les idolâtres, et de l’ardent désir de rendre ces communications de plus en plus difficiles, sinon impossibles » ; et l’on voit, devant Antiochus Épiphane, le grand prêtre Ménélaüs accuser la loi « d’enseigner la haine du genre humain, de défendre de s’asseoir à la table des étrangers et de leur marquer de la bienveillance ».

Si ces prescriptions avaient perdu leur autorité quand disparurent les causes qui les avaient motivées, et en quelque sorte justifiées, le mal n’eût pas été grand ; mais on les voit reparaître dans le Talmud, et l’autorité des docteurs leur donna une sanction nouvelle. Lorsque l’opposition entre les Sadducéens et les Pharisiens cessa, lorsque ces derniers furent vainqueurs, ces défenses prirent force de loi, elles furent enseignées, et ainsi servirent à développer, à exagérer l’exclusivisme des Juifs. 

Une crainte encore, celle de la souillure, sépara les Juifs du monde et rendit plus rigoureux leur isolement. Sur la souillure, les Pharisiens avaient des idées d’une rigueur extrême ; les défenses et les prescriptions de la Bible ne suffisaient pas, selon eux, à préserver l’homme du péché. Comme le moindre attouchement contaminait les vases des sacrifices, ils en vinrent à s’estimer souillés eux mêmes par un contact étranger. De cette peur naquirent d’innombrables règles concernant la vie journalière : règles sur le vêtement, l’habitation, la nourriture, toutes promulguées dans le but d’éviter aux Israélites la souillure et le sacrilège, et, encore une fois, toutes propres à être observées dans un État indépendant ou dans une cité, mais impossibles à suivre dans des pays étrangers ; car elles impliquaient la nécessité, pour ceux qui voulaient s’y astreindre, de fuir la société des non Juifs et par conséquent de vivre seuls, hostiles à tout rapprochement.


Les Pharisiens et les Rabbanites allèrent plus loin même. Ils ne se contentèrent pas de vouloir préserver le corps, ils cherchèrent à sauvegarder l’esprit. L’expérience avait montré combien dangereuses étaient, pour ce qu’ils croyaient leur foi, les importations hellènes ou romaines. Les noms des grands-prêtres hellénisants : Jason, Ménélaüs, etc., rappelaient aux Rabbanites les temps où le génie de la Grèce, conquérant une partie d’Israël, avait failli le vaincre. Ils savaient que le parti sadducéen, ami des Grecs, avait préparé les voies au Christianisme, comme les Alexandrins, du reste, comme tous ceuxqui affirmaient que « les dispositions légales, clairement énoncées dans la loi mosaïque, sont seules obligatoires, toutes les autres, émanant de traditions locales ou émises postérieurement, n’ont pas de titre à une observance rigoureuse ». Sous l’influence grecque étaient nés les livres et les oracles qui préparèrent le Messie. Les Juifs hellénisants, Philon et Aristobule, le pseudo Phocylide et le pseudo Longin, les auteurs des oracles sybillins et des pseudo Orphiques, tous ces héritiers des prophètes qui en reprenaient l’œuvre, conduisaient les peuples au Christ. Et l’on peut dire que le véritable Mosaïsme, épuré et grandi par Isaïe, Jérémie et Ézéchiel, élargi, universellement encore par les judéo-hellénistes, aurait amené Israël au Christianisme, si l’Esraïsme, le Pharaïsme et le Talmudisme n’avaient été là pour retenir la masse des Juifs dans les liens des strictes observances et des pratiques rituelles étroites.

Pour garder le peuple de Dieu, pour le mettre à l’abri des influences mauvaises, les docteurs exaltèrent leur loi au-dessus de toutes choses. Ils déclarèrent que sa seule étude devait plaire à l’Israélite, et, comme la vie entière suffisait à peine à connaître et à approfondir toutes les subtilités et toute la casuistique de cette loi, ils interdirent de se livrer à l’étude des sciences profanes et des langues étrangères. « On n’estime pas parmi nous ceux qui apprennent plusieurs langues », disait déjà Josèphe ; on ne se contenta bientôt plus de les mésestimer, on les excommunia. Ces exclusions ne parurent pas suffisantes aux Rabbanites. À défaut de Platon, le Juif n’avait-il pas la Bible, et ne saurait-il entendre la voix des prophètes ? Comme on ne pouvait proscrire le Livre, on le diminua, on le rendit tributaire du Talmud ; les docteurs déclarèrent : « La Loi est de l’eau, la Michna est du vin. » Et la lecture de la Bible fut considérée comme moins profitable, moins utile au salut que celle de la Michna. 

Toutefois, les Rabbanites ne parvinrent pas à tuer du premier coup la curiosité d’Israël, il leur fallut des siècles pour cela, et ce ne fut qu’au quatorzième siècle qu’ils furent victorieux. Après que Ibn Esra, R. Bechaï, Maïmonide, Bedarchi, Joseph Caspi, Lévi ben Gerson, Moïse de Narbonne, bien d’autres encore — tous ceux qui, fils de Philon et des Alexandrins, voulaient vivifier le Judaïsme par la philosophie étrangère — eurent disparu ; après que Ascher ben Jechiel eux poussé l’assemblée des rabbins de Barcelone à excommunier ceux qui s’occuperaient de science profane ; après que R. Schalem de Montpellier eut dénoncé aux dominicains le More Nebouchim, après que ce livre, la plus haute expression de la pensée de Maïmonide, eut été brûlé, après cela les Rabbins triomphèrent.

Ils étaient arrivés à leur but. Ils avaient retranché Israël de la communauté des peuples ; ils en avaient fait un solitaire farouche rebelle à toute loi, hostile à toute fraternité, fermé à toute idée belle noble ou généreuse ; ils en avaient fait une nation misérable et petite aigrie par l’isolement, abêtie par une éducation étroite, démoralisée et corrompue par un injustifiable orgueil. 

Avec cette transformation de l’esprit juif, avec la victoire des docteurs sectaires, coïncide le commencement des persécutions officielles. Jusqu’à cette époque, il n’y avait guère eu que des explosions de haines locales, mais non des vexations systématiques. Avec le triomphe des Rabbanites, on voit naître les ghettos, les expulsions et les massacres commencent. Les Juifs veulent vivre à part ; on se sépare d’eux. Ils détestent l’esprit des nations au milieu desquelles ils vivent : les nations les chassent. Ils brûlent le Moré : on brûle le Talmud, et on les brûle eux mêmes.

Il semble que rien ne pouvait agir encore pour séparer complètement les Juifs du reste des hommes, et pour en faire un objet d’horreur et de réprobation. Une autre cause vint cependant s’ajouter à celles que nous venons d’exposer : ce fut l’indomptable et tenace patriotisme d’Israël. 

Certes, tous les peuples furent attachés au sol sur lequel ils étaient nés. Vaincus, abattus par des conquérants, obligés à l’exil ou à l’esclavage, ils restèrent fidèles au doux souvenir de la cité saccagée ou de la patrie perdue ; mais aucun ne connut la patriotique exaltation des Juifs. C’est que le Grec dont la ville était détruite pouvait ailleurs reconstruire le foyer que bénissaient les ancêtres ; le Romain qui s’exilait amenait avec lui ses pénates : Athènes et Rome n’étaient pas la mystique patrie que fut Jérusalem.

Jérusalem était la gardienne du tabernacle qui recélait les paroles divines ; c’était la cité du Temple unique, le seul lieu du monde où l’on pût efficacement adorer Dieu et lui offrir des sacrifices. Ce ne fut que tard, fort tard, que des maisons de prière s’élevèrent dans d’autres villes de Judée, ou de Grèce, ou d’Italie ; encore, dans ces maisons, se bornait-on à des lectures de la Loi, à des discussions théologiques, et l’on ne connaissait la pompe de Jéhovah qu’à Jérusalem, le sanctuaire choisi. Quand, à Alexandrie, on bâtit un temple, il fut considéré comme hérétique ; et, en fait, les cérémonies qu’on y célébrait n’avaient aucun sens, car elles n’auraient dû s’accomplir que dans le vrai temple, et saint Chrysostome, après la dispersion des Juifs, après la destruction de leur ville, a pu dire justement : « Les Juifs sacrifient en tous les lieux de la terre, excepté là où le sacrifice est permis et valable, c’est-à-dire à Jérusalem. »

Aussi, pour les Hébreux, l’air de la Palestine est-il le meilleur ; il suffit à rendre l’homme savant ; sa sainteté est si efficace que quiconque demeure hors de ses limites est comme s’il n’avait pas de Dieu. Aussi ne faut-il pas vivre ailleurs, et le Talmud excommunie ceux qui mangeront l’agneau pascal dans un pays étranger.

Tous les Juifs de la dispersion envoyaient à Jérusalem l’impôt de la didrachme, pour l’entretien du temple ; une fois dans leur vie ils venaient dans la cité sacrée, comme plus tard les Mahométans vinrent à la Mecque ; après leur mort ils se faisaient transporter dans la Palestine, et les barques étaient nombreuses qui abordaient à la côte, chargées de petits cercueils, qu’on transportait à dos de chameau. 

C’est qu’à Jérusalem seulement, et dans le pays donné par Dieu aux ancêtres, les corps ressusciteraient. Là, ceux qui avaient cru à Iahveh, qui avaient observé sa loi, obéi à sa parole, se réveilleraient aux clameurs des ultimes clairons et paraîtraient devant leur Seigneur. Ce n’est que là qu’ils pourraient se relever à l’heure fixée, toute autre terre que celle arrosée par le Jourdain jaune étant une terre vile, pourrie par l’idolâtrie, privée de Dieu.

Quand la patrie fut morte, quand les destins contraires balayèrent Israël par le monde, quand le temple eut péri dans les flammes, et quand des idolâtres occupèrent le sol très saint, les regrets des jours passés se perpétuèrent dans l’âme des Juifs. C’est fini ; ils ne pourraient plus, au jour du pardon, voir le bouc noir emporter dans le désert leurs péchés, ni voir tuer l’agneau pour la nuit de Pâque, ni porter à l’autel leurs offrandes ; et, privés de Jérusalem pendant leur vie, ils n’y seraient pas conduits après leur mort. 

Dieu ne devait pas abandonner ses enfants, pensaient les pieux ; et de naïves légendes vinrent soutenir les exilés. Auprès de la tombe des Juifs morts en exil, disait-on, Jéhovah ouvre de longues cavernes, à travers lesquelles leurs cadavres roulent jusqu’en Palestine ; tandis que le païen qui meurt là-bas, près des collines consacrées, sort de la terre d’élection, car il n’est pas digne de rester là où la résurrection se fera.

Et cela ne leur suffisait pas. Ils ne se résignaient pas à n’aller à Jérusalem qu’en pèlerins lamentables, pleurant contre les murs écroulés à tel point insensibles dans leur douleur que quelques uns se faisaient écraser par le sabot des chevaux, alors qu’en gémissant ils embrassaient la terre ; ils ne croyaient pas que Dieu, que la ville bienheureuse les avaient abandonnés ; avec Juda Levita, ils s’écriaient : « Sion, as-tu oublié tes malheureux enfants qui gémissent dans 
l’esclavage ? » 

Ils attendaient que leur Seigneur, de sa droite puissante, relevât les murailles tombées ; ils espéraient qu’un prophète, un élu les ramènerait dans la terre promise, et combien de fois les vit-on, au cours des siècles — eux à qui l’on reproche de trop s’attacher aux biens de ce monde — laisser leur maison, leur fortune, pour suivre un messie fallacieux qui s’offrait à les conduire et leur promettait le retour tant espéré ! Ils furent milliers, ceux qu’entraînèrent après eux Serenus, Moïse de Crète, Alroï, et qui se laissèrent massacrer en l’attente du jour heureux.

Chez les Talmudistes, ces sentiments d’exaltation populaire, ces mystiques héroïsmes se transformèrent. Les docteurs enseignèrent le rétablissement de l’Empire juif, et, pour que Jérusalem naquît de ses ruines, ils voulurent conserver pur le peuple d’Israël, l’empêcher de se mêler, le pénétrer de cette idée que partout il était exilé, au milieu d’ennemis qui le retenaient captif. Ils disaient à leurs élèves : « Ne cultive pas le sol étranger, tu cultiveras bientôt le tien ; ne t’attache à aucune terre, car ainsi tu serais infidèle au souvenir de ta patrie ; ne te soumets à aucun roi, puisque tu n’as de maître que le Seigneur du pays saint, Jéhovah ; ne te disperse pas au sein des nations, tu compromettrais ton salut et tu ne verrais pas luire le jour de la résurrection ; conserve-toi tel que tu sortis de ta maison, l’heure viendra où tu reverras les collines des aïeux, et ces collines seront alors le centre du monde, du monde qui te sera soumis. » 

Ainsi, tous ces sentiments divers qui avaient jadis servi à constituer l’hégémonie d’Israël, à maintenir son caractère de peuple, à lui permettre de se développer avec une très puissante et une très haute originalité ; toutes ces vertus et tous ces vices qui lui donnèrent ce spécial esprit et cette physionomie nécessaires pour conserver une nation, qui lui permirent d’atteindre sa grandeur, et plus tard de défendre son indépendance avec une farouche et admirable énergie ; tout cela contribua, quand les Juifs cessèrent de former un État, à les enfermer dans le plus complet, le plus absolu isolement.

Cet isolement a fait leur force, affirment quelques apologistes. S’ils veulent dire que grâce à lui les Juifs persistèrent, cela est vrai ; mais si l’on considère les conditions dans lesquelles ils restèrent au rang des peuples, on verra que cet isolement fit leur faiblesse, et qu’ils survécurent, jusqu’aux temps modernes, comme une légion de parias, de persécutés et souvent de martyrs. Du reste, ce n’est pas uniquement à leur réclusion qu’ils durent cette persistance surprenante. Leur exceptionnelle solidarité, due à leurs malheurs, le mutuel appui qu’ils se donnèrent, y fut pour beaucoup ; et, aujourd’hui encore, alors qu’en certains pays ils se mêlent à la vie publique, ayant abandonné leurs dogmes confessionnels, c’est cette solidarité même qui les empêche de se fondre et de disparaître, en leur conférant des apanages auxquels ils ne sont point indifférents.

Ce souci des intérêts mondains, qui marque un côté du caractère hébraïque, ne fut pas sans action sur la conduite des Juifs, surtout quand ils eurent quitté la Palestine ; et en les dirigeant dans certaines voies, à l’exclusion de tant d’autres, il provoqua contre eux de plus violentes et surtout de plus directes animosités.

L’âme du Juif est double : elle est mystique et elle est positive. Son mysticisme va des théophanies du désert aux rêveries métaphysiques de la Kabbale ; son positivisme, son rationalisme plutôt, se manifeste autant dans les sentences de l’Ecclésiaste que dans les dispositions législatives des rabbins et les controverses dogmatiques des théologiens. Mais si le mysticisme aboutit à un Philon ou à un Spinoza, le rationalisme conduit à l’usurier, au peseur d’or ; il fait naître le négociant avide. Il est vrai que parfois les deux états d’esprit se juxtaposent, et l’Israélite, comme cela est arrivé au Moyen Âge, peut faire deux parts de sa vie : l’une vouée au songe de l’absolu, l’autre au commerce le plus avisé. De cet amour des Juifs pour l’or, il ne peut être question ici. S’il s’exagéra au point de devenir, pour cette race, à peu près l’unique moteur des actions, s’il engendra un antisémitisme très violent et très âpre, il n’en peut être considéré comme une des causes générales. Il fut, au contraire, le résultat de ces causes mêmes, et nous verrons que c’est en partie l’exclusivisme, le persistant patriotisme et l’orgueil d’Israël, qui le poussèrent à devenir l’usurier haï du monde entier.

En effet, toutes ces causes que nous venons d’énumérer, si elles sont générales, ne sont pas uniques. Je les ai appelées générales, parce qu’elles dépendent d’un élément fixe : le Juif. Toutefois, le Juif n’est qu’un des facteurs de l’antisémitisme ; il le provoque par sa présence, mais il n’est pas seul à le déterminer. Des nations parmi lesquelles ont vécu les Israélites, des mœurs, des coutumes, de la religion, du gouvernement, de la philosophie même des peuples au milieu desquels se développa Israël, dépendent les caractères particuliers de l’antisémitisme, caractères qui changent avec les âges et les pays.


jeudi 28 mai 2026

Une critique philosophique radicale de la civilisation moderne


"Ah ! Les salauds !" d'Aristide Bruant, l’argotier pionnier de la chanson. (Clément Garcia)


A la fin du 19ème siècle, l'antisémitisme se retrouve aussi bien à droite qu'à gauche. Et même à l'extrême-gauche. L’antisémitisme est alors une forme d'expression de la lutte des classes.


On peut lire dans "Le Père Peinard", canard anar : « Le youtre ... c'est l'exploiteur par excellence, le mangeur de prolos».

Jules Guesde, marxiste et fondateur du Parti Ouvrier français, déclarera : « La république n'existera qu'au jour où Rothschild sera devant un peloton d'exécution ».

Le chanteur de gauche, Aristide Bruant, inscrira à son répertoire une chanson qui aujourd'hui lui ouvrirait toute grande les portes de la Correctionnelle :

"Ils sont marioli's, i sont rupins/Ils ont du pognon plein leurs poches/Les youpins.../Comme i sont les rois de la finance/ i’s tripotent avec les anglais/ pour barboter l'or de la France" (Les Youpins)

Renan, pourtant partisan du droit du sol, n'hésitera pas à écrire : "Ce ne peut être sans raison que ce pauvre Israël a passé sa vie de peuple à être massacré. Quand toutes les nations et tous les siècles vous ont persécuté, il faut bien qu'il y ait à cela quelques motifs".



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Charles Fourier


Le penseur socialiste français Charles Fourier demeure l'un des visionnaires économiques les plus audacieux de l'histoire, un homme dont le projet d'harmonie humaine a remis en question les fondements mêmes du monde moderne. Pourtant, derrière ses célèbres théories du travail se cache une dimension de sa pensée que les cercles socialistes modernes ont occultée : son antisémitisme intransigeant et fondamental. [...]

François Marie Charles Fourier naquit le 7 avril 1772 à Besançon, en France, fils d'un marchand de tissus. Il passa la majeure partie de sa vie active comme représentant de commerce et commis à Lyon, Paris, Rouen, Marseille et Bordeaux – un métier qu'il abhorrait. Il se plaignait amèrement de « servir la fourberie des marchands » et canalisa ce ressentiment dans des projets ambitieux visant à refonder la société de fond en comble.

Autodidacte et extrêmement prolifique, Fourier publia sa première œuvre majeure, Théorie des quatre mouvements, en 1808, et passa le reste de sa vie — jusqu'à sa mort le 10 octobre 1837 à Paris — à élaborer un système complexe pour réorganiser la civilisation humaine.

Fourier figure, aux côtés de Robert Owen et Henri de Saint-Simon, parmi les trois grands « socialistes utopiques » analysés par Friedrich Engels. Ses idées ont donné naissance à des dizaines de communautés expérimentales en France et en Amérique.

Si Fourier est à juste titre célébré comme un visionnaire économique de premier plan dont les théories sur le travail et la vie communautaire ont repoussé les limites de son époque, nombre d'érudits contemporains occultent délibérément les piliers les plus caractéristiques de sa vision du monde. Fourier, en particulier, formulait une critique acerbe et incisive du rôle néfaste de l'influence juive au sein des systèmes financiers de son temps – un aspect de sa pensée que la gauche contemporaine occulte systématiquement afin de préserver un discours édulcoré et « politiquement correct », c’est-à-dire conforme aux dictats judéo-sionistes. En passant sous silence ces intuitions fondamentales, les mouvements actuels ne parviennent pas à saisir toute la portée de son analyse quant à la manière dont les intérêts spécifiquement juifs perturbent l'ordre social. Sa page Wikipédia mentionne cependant ceci :

Fourier affirmait que les Juifs étaient « la lèpre et la ruine du corps politique » . Il critiquait le gouvernement, le jugeant faible et « prostré » face à ce qu'il appelait une « ligue secrète et indissoluble » de Juifs. La rhétorique antisémite post-médiévale accusait souvent les Juifs d'être incapables de s'assimiler à une culture nationale unitaire (très prisée par les nationalistes français). Fourier fut l'un des auteurs à soutenir que les Juifs étaient déloyaux et ne feraient pas de bons citoyens français. Comme d'autres, il accordait une grande importance aux restrictions religieuses interdisant aux Juifs de manger à la même table que les non-Juifs :

Ils se contentent de s'asseoir à table et de boire ; ils refusent de goûter aux plats, car ils étaient préparés par des chrétiens. Les chrétiens doivent faire preuve d'une grande patience pour tolérer une telle impertinence. Dans la religion juive, cela dénote une attitude de défi et d'aversion envers les autres confessions. Or, une confession qui étend sa haine jusqu'à la table de ses protecteurs mérite-t-elle d'être protégée ?

C’est précisément parce que Fourier considérait ces dynamiques financières et sociales comme une influence corruptrice qu’il chercha à remplacer l’ordre chaotique en vigueur par une architecture de coopération autorégulée. Ce désir de préserver la vie communautaire des distorsions de la finance juive constitua le fondement de sa plus célèbre expérience sociale.

La vision centrale de Fourier était la phalange, une communauté coopérative d'environ 1 620 personnes vivant et travaillant ensemble dans un grand bâtiment appelé phalanstère. Ces communautés agricoles et industrielles autonomes logeraient leurs résidents dans de vastes immeubles d'appartements coopératifs où travail, richesse et rôles seraient constamment répartis. Dans ses phalanstères, la richesse produite par la communauté serait distribuée entre le capital, le travail et le talent selon des proportions qu'il définissait. La propriété privée ne serait pas abolie, mais subordonnée aux objectifs collectifs. Fourier considérait le commerce, qu'il associait aux Juifs, comme la « source de tous les maux » et préconisait que les Juifs soient contraints d'effectuer des travaux agricoles dans les phalanstères.

Son concept de « travail attractif » suggérait que le travail pouvait devenir agréable s'il correspondait aux passions naturelles des individus. Les tâches seraient fréquemment renouvelées et chacun se verrait confier des rôles qu'il appréciait naturellement. Karl Marx et Friedrich Engels ont par la suite considéré ce concept comme un précurseur de leur théorie du travail aliéné.

Fourier a élaboré une théorie complexe des passions, répertoriant douze passions humaines fondamentales qui ont permis de définir 810 types de personnalité distincts. Ses phalansteries seraient organisées selon ces classifications de personnalité afin d'optimiser l'harmonie et la productivité.

Ses idées ont inspiré des expériences concrètes. Brook Farm dans le Massachusetts, la Phalange nord-américaine dans le New Jersey, La Réunion au Texas et la Familistère de Guise en France s'inspiraient toutes directement des principes fouriéristes. Derrière ces expériences utopiques se cachait une critique philosophique radicale de la civilisation moderne. Fourier rejetait l'individualisme compétitif engendré par la Révolution française et l'avènement du capitalisme. Il était convaincu que la civilisation elle-même était corrompue et que l'humanité avait besoin d'une refonte complète.

Au-delà de ses théories sociales, Fourier défendait des idées qui, de nos jours, susciteraient l'indignation de nombreux militants de gauche. Notamment, il exprimait du racisme envers les cultures non européennes et nourrissait des convictions antisémites qui, loin d'être anecdotiques, étaient au cœur de sa vision économique du monde.

L’ Encyclopédie Judaica résume ainsi sa position : « Son rêve d’un monde meilleur s’accompagnait d’une phobie des étrangers, et surtout des Juifs. Pour lui, le commerce était “la source de tous les maux” et les Juifs “l’incarnation du commerce”. » Dans ses premiers écrits, note l’ Encyclopédie Judaica, Fourier « portait toutes les accusations possibles contre les Juifs », déclarant dans sa Théorie des quatre mouvements de 1808 qu’il n’y avait jamais eu de nation plus méprisable que les Hébreux.

Les historiens qualifient son antisémitisme d'économique et religieux, par opposition à l'antisémitisme racial apparu plus tard au XIXe siècle. Edmund Silberner et Jonathan Beecher le considèrent comme l'un des initiateurs d'un antisémitisme spécifiquement socialiste, où l'hostilité envers les Juifs s'exprimait en termes commerciaux et moraux plutôt que biologiques.

Parce que Fourier assimilait le commerce à la corruption et présentait les Juifs comme le visage humain du commerce, toute sa critique du capitalisme reposait sur des observations antisémites – ce que ses détracteurs ont qualifié plus tard de « socialisme des imbéciles ». Les écrits de Fourier témoignant de son antisémitisme sont nombreux et bien documentés. S'appuyant sur l' article fondateur de l'économiste Edmund Silberner , « Charles Fourier on the Jewish Question », paru en 1946 dans Jewish Social Studies – étude universitaire de référence sur les écrits antisémites de Fourier –, ce dernier n'hésitait pas à employer des termes acerbes à l'égard du judaïsme européen.

Dans son ouvrage de 1808, Théorie des quatre mouvements, Fourier affirmait qu'il n'y avait jamais eu de nation plus méprisable que les Hébreux. Il identifiait le commerce comme « la source de tous les maux » et les Juifs comme « l'incarnation du commerce ». L'Encyclopaedia Judaica résume ainsi sa position : « Dans ses premiers écrits, Fourier a proféré toutes les accusations possibles contre les Juifs. Il estimait que leurs activités économiques étaient parasitaires et rapaces. » La Cambridge Core International Review of Social History confirme qu'il s'en prenait aux Juifs comme étant « l'incarnation du commerce : parasitaires, trompeurs, traîtres et improductifs ».

L' Encyclopaedia Judaica note également que Fourier estimait que l'émancipation des esclaves et des Juifs avait été « effectuée trop brutalement ». L'antisémitisme de Fourier fut repris et amplifié par ses disciples, notamment par Alphonse Toussenel, dont l'ouvrage de 1845, Les Juifs, rois de l'époque, fit de l'antisémitisme économique de son maître l'une des œuvres antisémites les plus marquantes du XIXe siècle.

En raison des nombreuses critiques formulées par le penseur français à l'encontre du judaïsme européen, Silberner qualifie Fourier de « père du socialisme antisémite » dans son ouvrage de 1962, Sozialisten zur Judenfrage. Il conclut que la plupart des socialistes éminents du XIXe siècle, à l'exception des saint-simonistes, considéraient les Juifs comme l'incarnation du parasitisme social.

La Cambridge Core International Review of Social History confirme cette tendance au sein du milieu socialiste français : « Charles Fourier voyait les Juifs comme l’incarnation du commerce : parasites, trompeurs, traîtres et improductifs. » L’article le place aux côtés de Pierre-Joseph Proudhon et Toussenel parmi les figures fondatrices d’une tradition antisémite de gauche.


Source : The Occidental Observer (extraits)


mercredi 27 mai 2026

LE DUEL DES EMPIRES




Finalement, Trump ne nous aura pas déçus : comme ses prédécesseurs à la Maison-Blanche, il s'est proclamé le héraut de la liberté, il a distribué les châtiments et les récompenses, et il veut faire croire qu’il sauve le monde à chaque déploiement d'une puissance matérielle aussi impressionnante qu'inefficace. C'est un invariant historique : armé de la bonne conscience indécrottable des “born again”, l’empire projette sur le monde son manichéisme dévastateur. Les yeux ouverts, il rêve d’un partage définitif entre les bons et les méchants, pilier inébranlable d’un ethnocentrisme sans complexe. Le droit est forcément de son côté, puisqu’il incarne les valeurs cardinales de la "démocratie" et des "droits de l’homme". Aucun scrupule ne devant inhiber sa frénésie salvatrice, la civilisation au singulier dont il se dit l’incarnation s’attribue la prérogative expresse de réduire la barbarie par tous les moyens. L’impérialisme est un tribunal à vocation universelle qui inflige les punitions à qui bon lui semble.

Depuis leur fondation, les États-Unis se proclament une "nation exceptionnelle". Bush ou Obama, Biden ou Trump, rien n’y fait. Enfoui dans l’inconscient collectif, ce postulat identitaire traverse l’histoire. Comme un témoin qu’on se passe furtivement d’un président à l’autre, il demeure intact, immaculé comme les Tables de la Loi. Car il est bel et bien de l’ordre de la structure, non de la conjoncture. La singularité des États-Unis, c’est qu’ils se croient dépositaires à vie d’un "imperium" planétaire. C’est qu’ils se projettent au-delà des mers, au nom d’une vocation civilisatrice qui révèle surtout la haute idée qu’ils se font d’eux-mêmes. Rien n’est plus hostile à la laïcité bien comprise que l’idéologie dominante des États-Unis d’Amérique.

La nation d’exception drape son appétit de puissance dans les plis de la "liberté", de la "démocratie" et des "droits de l’homme", comme si ces entités abstraites figuraient des divinités qu’elle avait pour mission de servir en pourfendant les méchants. Puisqu’elle est l’incarnation du Bien, le monde n’est-il pas à sa disposition, objet passif de ses élans salvateurs ? Dispensatrice d’une justice immanente taillée à sa mesure, la nation au "destin manifeste" ne fixe aucune limite à son aura bienfaisante, car elle y voit la conséquence légitime de sa supériorité morale. Sa proximité avec Dieu sanctifiant sa puissance terrestre, elle pourchasse sans répit les forces maléfiques pour les immoler en expiation de leurs crimes.

La conviction de l’élection divine, l’identification au Nouvel Israël et le mythe indécrottable de la "destinée manifeste" déclinent, sur tous les tons, la prétention ahurissante de cette oligarchie capitaliste à se soumettre la planète. Se considérant comme le sel de la terre, les puritains avaient déjà donné le signal de la conquête des "terres vierges", c’est-à-dire du massacre à grande échelle des Peaux-Rouges assimilés aux Cananéens et aux Amalécites. Si l’on a exterminé les populations indigènes, c’est parce qu’il fallait que l’homme nouveau se trouve seul face à une nature vierge dont la possession était voulue par Dieu. Il y avait 9 millions d’Amérindiens en Amérique du Nord en 1800. Un siècle plus tard, ils n’étaient plus que 300 000. Comme dirait Alexis de Tocqueville, "La démocratie en Amérique" est passée par là, avec ses couvertures empoisonnées et ses mitrailleuses Gatling. Mais ces massacres ne sont pas un tribut payé à l’absurdité des choses humaines : ils sont dans l’ordre des chose, ils correspondent au dessein divin.

Le fléau du Bien

Une auto-désignation comme incarnation du Bien qui a contribué à accréditer l’idée, à la fin du XXe siècle, que l’histoire trouvait sa fin avec l’effondrement de l’Union soviétique. Le triomphe des États-Unis réalisait ainsi la forme la plus aboutie de la démocratie libérale, et Francis Fukuyama pouvait prononcer la "fin de l’Histoire" jadis prophétisée par Hegel. Dans une majestueuse apothéose, la victoire des États-Unis donnait corps au sublime idéal de l’économie de marché. Avec le triomphe de la démocratie libérale, la république universelle, enfin, se profilait à l’horizon. Ce paradis démocratique, dispensateur de ses bienfaits à la planète entière, seule "l’Amérique" pouvait l’incarner. Ses exploits accomplissaient le dessein divin, et la providence conduisit alors au triomphe du Bien sous le regard ébloui des peuples reconnaissants. "Lumière des nations", l’Amérique les guidait avec fermeté vers la Terre promise d’un monde réconcilié.

Frappante, chez les Américains, est la façon dont leur bonne conscience coïncide avec le délabrement de leur pays. Le PIB par habitant est colossal, mais 20% de la population croupit dans la pauvreté. Les équipements sont vétustes, les inégalités criantes, le système scolaire déclinant. La violence règne, et les détenus américains représentent 25% des prisonniers de la planète. Plus de 30% de la population est frappée par l’obésité, et la crise sanitaire y a fait des ravages. L’espérance de vie moyenne aux États-Unis est passée derrière celle des Chinois. Mais ces péripéties sont de mesure nulle devant l’essentiel, et le réel a l’obligeance de se faire discret. Moralement parfaite, une "Amérique" imaginaire se présente comme un système achevé, effaçant toute trace de contradiction et envisageant l’avenir avec confiance. C’est étrange, mais même pour évoquer les catastrophes dont ils sont responsables, les dirigeants de ce pays ont toujours le sourire.

La nation exceptionnelle exerce ses effets bienfaisants quoiqu’il advienne. Parce que l’Amérique est vouée par décret divin à devenir l’empire des temps derniers, son futur et son présent sont déjà compris dans son origine. Investie d’une mission planétaire, elle accueille sa "destinée manifeste" en un geste salvateur qui défie l’espace et le temps. C’est pourquoi une narration édifiante ne cesse d’exalter son génie. Réécrivant sa propre histoire à la façon d’une histoire sainte, l’Amérique percute le droit international avec le droit divin. Ce n'est pas un hasard si on y a longtemps adoré l'entité génocidaire qui survit entre la mer et le Jourdain en bombardant tout ce qui bouge : le nationalisme américain n’est pas un nationalisme ordinaire. C’est un suprémacisme ordonné à la surnature : il traduit l’orgueil d’une puissance qui postule sa coïncidence avec l’ordre voulu par le Créateur. Des Pères fondateurs quittant l’Europe pour fonder une société vertueuse aux victoires héroïques remportées sur les forces du mal, l’histoire américaine est plus qu’une histoire : c’est la parousie du Bien.

Avec Trump comme avec ses prédécesseurs, la guerre menée au nom du Bien introduit la violence chez les autres comme on y exporte des marchandises. Forme paroxystique du rapport Nord-Sud, métaphore sanglante du développement inégal, cette guerre frappe au dehors, jamais au-dedans du "monde civilisé". Reproduisant la dualité du monde, elle épouse la fracture planétaire. Guerre des riches contre les pauvres, elle est à l’image de ces innombrables chapelets de bombes largués sur les peuples du Sud. Son symbole, c’est le B 52, le napalm, le chasseur F-35, le missile Tomahawk, le drone Predator, les porte-avions de Trump, toute cette machinerie sophistiquée de la mort administrée à distance, sans risque, sans faux frais pour les exécutants de la punition venue du ciel. C’est aussi la guerre par procuration, l’embargo, le blocus, la guerre économique, la déstabilisation insidieuse, l’action clandestine, les coups d’État fomentés par la CIA, la manipulation de la terreur, les "Freedom Fighters" du jihad global, toutes ces guerres du "monde libre" dont les démocraties sont friandes, sous la conduite d’un empire qui se prend pour la puissance vengeresse.

Un empire sans impérialisme

Aujourd'hui, face à l'empire prédateur, l'Iran se défend avec héroïsme, la Russie tient tête, les nations souveraines résistent, les peuples agressés préparent leur revanche, tandis que l'Europe, elle, se couche. Reste la Chine, cette immense nation pacifique, férue de partenariat gagnant-gagnant et adepte du multilatéralisme. Donald Trump vient de la rencontrer, pour la deuxième fois en dix ans, avec l'intention manifeste de sauver les meubles après le fiasco iranien. La Chine l'a accueilli poliment : sans illusions sur sa capacité à faire amende honorable, et sans rien céder sur ses propres intérêts nationaux.

Mais cette Chine qui est aux antipodes d'une Amérique guerrière, cette puissance obstinée à promouvoir la paix et la coopération, la connaît-on seulement ? Selon les médias occidentaux, elle serait assoiffée de richesses, décidée à jeter ses tentacules sur la planète. Affichant un pacifisme de façade, elle serait d’une brutalité sourde qu’on soupçonne, prête à exploser, derrière les faux-semblants d’un discours lénifiant. Ce "nouvel empire" réclamerait sa part d’hégémonie planétaire, il revendiquerait à tout prix la première place sur le podium. Pire : il voudrait nous imposer son modèle, promouvoir à tout prix ses valeurs, s’ériger en exemple destiné à l’imitation des nations.

Or cette vision d’une Chine conquérante et prosélyte est d’autant plus surréaliste que les Chinois font exactement le contraire. Persuadés que leur système est unique, ils ne cherchent à convertir personne. Qu’ils exportent des marchandises ou construisent des infrastructures, ils défendent évidemment leurs intérêts. Mais leur ambition n’est pas de repeindre le monde aux couleurs de la Chine. A choisir, ils préféreraient sans doute qu’on ne les imite pas, car chaque peuple doit trouver sa voie par lui-même, quitte à commettre ces erreurs de parcours sans lesquelles aucune réussite n’est méritoire. La pensée chinoise est empirique et pragmatique : elle affronte les faits, elle en subit les corrections successives et poursuit son avancée tant bien que mal. Réticente aux idées abstraites, elle admet volontiers qu’il n’y a pas de recette toute faite. C’est pourquoi il faut renoncer à l’idée que les Chinois cherchent à diffuser leur modèle et cesser de prêter à ce grand pays des rêves de conquête.

Avec les "guerres de l’opium" déclenchées en 1839, Britanniques et Français ont envahi le "pays du milieu" pour le contraindre à signer des traités infamants et accepter l’importation massive de cette drogue aux effets délétères. En 1860, un corps expéditionnaire réunissant les forces des deux nations fit irruption dans Pékin et mit à sac le splendide Palais d’été des empereurs Qing. Indigné, Victor Hugo condamna ce forfait en écrivant ces lignes amères : "Nous Européens, nous sommes les civilisés, les Chinois sont les barbares. Voilà ce que la civilisation a fait à la barbarie. Devant l’histoire, l’un des deux bandits s’appellera la France, l’autre s’appellera l’Angleterre. L’Empire français a empoché la moitié de cette victoire, et il étale aujourd’hui, avec une sorte de naïveté de propriétaire, le splendide bric-à-brac du Palais d’été. J’espère qu’un jour viendra où la France, délivrée et nettoyée, renverra ce butin à la Chine spoliée".

Cette humiliation, la Chine de Xi Jinping entend l’effacer en retrouvant la place légitime qui est la sienne dans le concert des nations : c'est "le grand renouveau de la nation chinoise". Ce qu’elle veut, c’est tourner définitivement la page de cette ère chaotique. Nul besoin, pour y parvenir, d’imposer quoi que ce soit à qui ce soit. Modèle sans imitation possible, empire sans impérialisme, la Chine est par excellence une puissance pacifique. Mais elle ne l’est pas seulement par choix politique, ses dirigeants ayant fait le choix du développement et proscrit l’aventure extérieure. Elle l’est aussi pour une raison plus profonde. C’est que la centralité imaginaire de l’empire lui a forgé un destin, le vouant à s’occuper d’abord de ses sujets et de leur bien-être avant de s’intéresser au reste du monde. Pays du milieu, la Chine reçoit en priorité l’influence bénéfique du ciel, qui est rond, tandis que la terre est carrée. Elle est située au centre du monde par un décret intemporel qui lui ôte l’envie d’en conquérir les marges. Cette périphérie du monde habité, en effet, ne sera jamais aussi intéressante que le cœur même d’un empire dont la gestion est déjà une lourde tâche.

Prêter des ambitions conquérantes à la Chine, par conséquent, est aussi absurde que lui reprocher de vouloir exporter son modèle, puisque ce dernier a pour vocation de rester unique. Si la Chine est pacifique, c’est donc en vertu d’un statut cosmologique dont le privilège s’accompagne d’une promesse d’innocuité à l’égard des nations lointaines. Clef de voûte du monde habité, l’empire du milieu se condamnerait à la décomposition s’il se dispersait aux marges, il se dissoudrait dans l’informe s’il renonçait par ambition aux dividendes de cette centralité. Or cette représentation imaginaire ne concerne pas seulement le monde des idées. Transposée dans le monde réel, elle détermine un habitus que les donneurs de leçons occidentaux devraient méditer : un grand pays qui n’a fait aucune guerre depuis quarante sept ans, en effet, mérite tout de même quelque considération.

En Occident, on aimait dire (il n'y a pas si longtemps) que la Chine était un pays pauvre, avec ses centaines de millions de travailleurs sous-payés. Mais la réalité chinoise s'est transformée plus vite que les représentations des experts occidentaux, car les luttes des salariés de l’industrie – dans un pays qui connaît des conflits sociaux réglés par la négociation, comme ailleurs – ont abouti à une hausse conséquente des salaires, au point d’inquiéter les investisseurs étrangers. La Chine a adopté un modèle de développement qui a fait ses preuves et qu’elle ne cherche à imposer à personne. Ce grand pays souverain est attaché à la loi internationale. Il privilégie la coopération gagnant-gagnant et ne se lie les mains par aucune alliance militaire. Il n’agresse aucun État, ne finance aucune organisation subversive chez les autres, ne leur inflige aucune mesure unilatérale et ne se mêle pas de leurs affaires intérieures. Le contraste est saisissant avec l’attitude des États-Unis et de leurs alliés européens, qui n’ont aucun scrupule à intervenir à l'étranger de façon unilatérale, sous de faux prétextes et en violation flagrante de la loi internationale.

Un universalisme inclusif

Si toutes les grandes puissances se comportaient comme la Chine, le monde serait plus sûr et moins belliqueux. Il serait beaucoup moins assujetti aux intérêts des multinationales de l’armement. Aux États-Unis, l’industrie de la défense fait partie de cet "État profond" qui contrôle le gouvernement. En Chine, elle est dirigée par des fonctionnaires qui appliquent sa politique. Cette caractéristique du système chinois conditionne son rapport au monde. Les Chinois n’ont qu’une base militaire à l’étranger quand les USA en ont 800, et leur budget militaire par habitant représente 8% du budget américain. L’universalisme dont se réclame le monde occidental colle étroitement à ses intérêts : c’est un universel dévoyé en particulier. L’universalisme chinois, au contraire, repose sur l’idée que la coexistence des différences est dans l’ordre des choses. Il est inclusif, et non exclusif. Tandis que les États-Unis se cramponnent désespérément à leur hégémonie finissante, les Chinois savent qu’ils sont la puissance montante et qu’il ne sert à rien de précipiter les événements. Le pacifisme de la Chine est l’envers de sa réussite économique, quand le bellicisme des USA est le reflet de leur déclin.

En Occident, lorsqu’elle réussit, la Chine fait peur. Lorsqu’elle manifeste des signes d’essoufflement, elle fait peur aussi. On lui reproche d’utiliser son secteur public pour gagner des parts de marché, tout en brandissant comme les Saintes Écritures une idéologie libérale qui prétend que le secteur public est inefficace. En attendant, les Chinois continuent de penser, avec Deng Xiaoping, que "peu importe que le chat soit noir ou blanc pourvu qu’il attrape les souris". En Chine, l’État contrôle les industries-clé : charbon, acier, pétrole, nucléaire, armement, transports. Ce ne sont pas les récriminations occidentales qui vont inciter ce pays souverain à modifier sa politique. Il a payé assez cher la construction de son modèle de développement et il n’y renoncera pas pour faire plaisir aux puissances étrangères. La Chine est entrée toutes voiles dehors dans les grands vents de la mondialisation, mais elle n’a pas l’intention de lâcher le gouvernail parce que les Occidentaux ne savent plus le tenir. Contrairement à nous, les Chinois s’inscrivent dans le temps long. Tandis que nous subissons la dictature du court terme, ils regardent loin devant.

L’encadrement social nécessaire à la mobilisation de tous, aux yeux des Chinois, participe d’un cercle vertueux. Les Occidentaux ne voient aucune contradiction entre la prétention des démocraties à incarner les droits de l’homme et leur propension à faire la guerre à des peuples qui ne leur ont rien fait. Pour les Chinois, la seule façon de prendre au sérieux les droits de l’homme, c’est de développer son pays, tout en laissant les autres suivre leur propre voie. C’est l’amélioration des conditions d’existence de la population à domicile, et la non-intervention dans les affaires des autres nations. De même, nos médias trouvent abominable l’absence de liberté d’expression en Chine, mais en France dix milliardaires possèdent la presse et en dictent la ligne éditoriale. La dictature du parti les offusque, mais celle du capital leur convient. Manifestement, le système chinois est moins hypocrite : il repose sur une philosophie qui affirme explicitement la primauté de l’intérêt général et la nécessité d’une discipline collective.

Indéchiffrables tant qu’on applique les catégories occidentales, les réalités chinoises, pour être comprises, nécessitent une mise en perspective historique. Sur le drapeau de la République populaire de Chine, la grosse étoile représente le parti communiste chinois, investi depuis 1949 d’un rôle dirigeant qui n’est pas négociable. Les quatre petites étoiles figurent les classes sociales qui participent au développement du pays : la classe ouvrière, la paysannerie, la petite bourgeoisie et la bourgeoisie nationale. En construisant une économie mixte, les réformes engagées ont ainsi renoué avec le pacte fondateur de la Chine populaire. Le système est assuré de sa solidité tant qu’il garantit le progrès collectif. C’est pourquoi le pilotage de l’économie chinoise est confié à la main de fer d’un État souverain, et non à la main invisible du marché. Une dose de capitalisme a été injectée dans l’économie parce qu’il fallait attirer capitaux et technologies. Mais l’élite dirigeante du pays est patriote. Formée à l’éthique socialiste et confucéenne, elle dirige un État qui n’est légitime que parce qu’il garantit le bien-être du peuple chinois.


La réussite chinoise

Cette réussite, le pays la doit d’abord à sa structure politique. Selon la Constitution de 1982, la Chine est "un État socialiste de dictature démocratique du peuple". Le rôle moteur du Parti-État lui fournit son ossature politique et l’élection d’assemblées à tous les niveaux garantit son ancrage populaire. Cette double légitimité résulte des circonstances exceptionnelles qui ont vu la naissance de la République populaire de Chine. Il est admis depuis 1949 que le parti communiste est l’organe dirigeant de la société et qu’il en fixe les orientations essentielles. Fidèle au centralisme démocratique, le parti accepte le débat interne mais ne veut pas de concurrent externe. Les Chinois ont inventé une formule originale que les catégories en usage en Occident peinent à décrire. Ce n’est pas une dictature totalitaire, mais un système socialiste dont la légitimité repose sur l’amélioration des conditions d’existence du peuple chinois. Et le parti communiste sait que toute déviation hors de la ligne du mieux-être collectif provoquerait sa chute.

En Occident, la vision de la Chine est obscurcie par les idées reçues. On s’est imaginé que l’ouverture aux échanges internationaux avait sonné le glas du "socialisme à la chinoise". Pour les Chinois, cette ouverture est la condition du développement des forces productives, et non le prélude à un changement systémique. Les réformes économiques pilotées par l'État socialiste ont permis d'éradiquer la grande pauvreté et d'élever le niveau de développement du pays à des hauteurs inégalées. Au lendemain de l’effondrement de l’Union soviétique, la démocratie occidentale projetait sa lumière salvatrice sur la planète ébahie. Débarrassé du "communisme", le libéralisme devait répandre ses bienfaits, réalisant l’unification du monde sous les auspices du modèle américain.

Espoir déçu. Car à la place du libéralisme triomphant, c’est le nouvel empire confucéen à direction communiste qui dame le pion à l’Occident libéral et capitaliste. En devenant la première puissance économique (en PPA), la Chine populaire renvoie à la deuxième place une Amérique finissante, minée par la désindustrialisation, le surendettement, le délabrement social et le fiasco de ses aventures militaires. Le duel des empires, en réalité, se joue sur le terrain des conceptions du monde. C'est un jeu de go anthropologique dont on connaît déjà le résultat, et la politique fanfaronnante de Donald Trump en est le signe avant-coureur. Une chose est certaine : il a beau afficher son plus beau sourire, le président des Etats-Unis est reparti de Pékin avec la même impuissance à enrayer le cours de l'histoire qu'en arrivant.

BRUNO GUIGUE






mardi 26 mai 2026

Hantavirus, IA, El Niño, anarchisme & avenir





Je suivais fut un temps un militant anarchiste. J’étais abonné à son Substack.

Il a déclaré publiquement que mes écrits avaient inspiré les siens.

Puis, il y a quelques mois, il s’est prononcé contre les “catastrophistes”.

Il a commencé à se rallier à l’IA.

Il a applaudi à l’enlèvement de Maduro et à la métamorphose du Venezuela en État client de l’empire.

Il a déclaré que tous les dictateurs doivent tomber et qu’après Maduro, il espère que l’Iran sera le prochain.

Pourtant, du même souffle, il dénonce la monotonie écrasante et accablante du travail de 9 h à 17 h du capitalisme néolibéral.

Il se sentait piégé dans une cage conçue par le capitalisme d’entreprise, mais semblait, peut-être sans s’en rendre compte, applaudir à ce que cette même cage soit imposée aux autres.

Je voyais bien qu’il aspirait désespérément à ce que les choses s’améliorent.

Mais au final, ce désespoir, combiné au poids de sa tristesse et à ce qui ressemble à une philosophie idéologique incohérente, l’a amené à applaudir Sam Altman et Pete Hegseth.

Pourquoi est-ce que j’en parle aujourd’hui ?

Parce que je crains qu’il ne soit pas le seul. Je crains qu’à mesure que la situation empire, les gens finissent par adhérer à des mouvements, des leaders, des idéologies et des réalités émergentes contraires à leurs intérêts.

Je crains que lorsque tout s’écroulera, alors que le tunnel se rétrécit et que la lumière s’estompe, les gens trouvent de l’espoir dans le désespoir, du salut dans l’immoralité, de l’intelligence dans le faux, et de la vie dans la mort.

Et je crains que ce ne soit justement là le problème.

Sans tomber dans le pseudo-religieux ou le complotisme, je crains qu’un monde de souffrance, d’angoisse, de précarité et de peur ne soit une aubaine pour les forces des ténèbres, à moins d’être délibérément façonné par elles.

Cela ne veut pas dire qu’il n’y ait rien à craindre. Bien au contraire.

Le problème, c’est la façon dont nous réagissons.

La réalité montre que la plupart des gens réagissent de manière prévisible. La plupart des gens feront n’importe quoi pour survivre.

Mais plus encore, les gens feront ce qu’il faut pour continuer à vivre comme ils en ont pris l’habitude.

Ainsi, lorsque l’économie sera vidée de sa substance et réduite à des entreprises d’IA, à des géants de la tech et à des annexes de l’économie de guerre, on peut craindre que les gens aient le sentiment de n’avoir d’autre choix que de livrer leur main-d’œuvre à des individus etentités qui renforceront les conditions dystopiques.

Je crains que le panoptique ne devienne réalité par notre faute. Que pour préserver un monde de confort pour la classe moyenne, les gens s’emploient allègrement à élaborer des systèmes de surveillance et de contrôle qui nous dépouillent de notre humanité et de notre dignité sous couvert de liberté.

Je crains que, pour conserver leurs privilèges de consommation, les gens choisissent de s’enfermer socialement et technologiquement. Qu’ils acceptent de concevoir, de construire et d’applaudir une culture capitaliste carcérale.

Et je crains que cette culture, pour préserver ses privilèges locaux, ne redouble d’efforts pour massacrer des populations à des milliers de kilomètres pour se procurer les ressources nécessaires à sa survie.

Les terres rares. Le pétrole. Les minéraux. Les semi-conducteurs.

Et je crains que, sans cadre idéologique cohérent, sans la compréhension des réalités sociales, politiques et économiques qui sous-tendent et régissent nos vies, cela devienne tout simplement le choix par défaut d’une grande partie de la population.

Des choix médiocres dans un monde médiocre et meurtrier.

Je suppose qu’en fin de compte, je crains que les gens décident de ne se soucier de rien d’autre que de leurs propres intérêts, pourtant extrêmement limités.

Je suis sûr que certains d’entre vous pensent que nous en sommes déjà là. Les arguments sont de taille.

Et si j’écris ceci aujourd’hui, c’est parce que j’ai peur de ce que nous réservent les douze prochains mois. J’ai peur qu’un abîme matériel et psychologique ne se profile, susceptible de faire complètement dérailler l’humanité.

Tout d’abord, pour illustrer la question des intérêts limités, nous avons l’hantavirus.

S’il existe un lieu idéal pour contenir une épidémie virale, c’est bien un environnement autonome, pratiquement fermé, peuplé de seulement 175 personnes, loin du reste de l’humanité.

Les autorités sanitaires ont laissé ces gens repartir aux quatre coins du monde. C’est complètement dingue.

Et pourquoi ? Parce que mettre 175 personnes en quarantaine pendant 45 jours pour épargner des centaines ou des milliers d’autres est sans doute contraire à leurs droits humains, ou autre chose de ce genre.

Parce que dans notre monde néolibéralisé, on suppose que la liberté de consommation prévaut, quel que soit l’impact que cette prétendue liberté a sur vos amis, vos voisins, votre communauté, voire le reste de l’humanité.

Il s’agit de 175 personnes. Est-ce sympa de rester sur un bateau à quai pendant 45 jours ?

Non.

Était-ce pourtant l’option la plus sensée pour contenir pleinement et définitivement l’épidémie ?

Évidemment.

Mais ces gens sont riches, blancs et privilégiés. Les règles sont donc différentes.

On assiste désormais à une course folle pour les suivre, les tracer et les tester, car leur liberté de se restaurer, de dîner et de voyager passe avant la santé publique mondiale.

Si l’on me pressait de donner mon avis sur l’impact probable, je dirais que ce virus est trop mortel et pas assez contagieux pour dégénérer en pandémie (et ceux qui me suivent depuis le début savent que je m’y connais assez bien en matière de virus).

Un virus a besoin de nombreux hôtes asymptomatiques ou légèrement atteints pour se propager véritablement. D’après ce que nous savons de l’hantavirus, la majorité des cas sont symptomatiques et évoluent généralement vers une forme grave de la maladie.

L’hantavirus ne me semble pas avoir le profil d’un virus pandémique.

Mais cela ne signifie pas pour autant que ce soit une bonne nouvelle.

C’était le scénario idéal pour les autorités de santé publique, du genre “modélisez-moi l’amorce idéale d’une épidémie virale maîtrisable”, et elles ont complètement foiré.

Et comme, dans un univers de mondialisation, les gens usent de leur liberté de consommation pour se raccrocher à des expériences qui viennent combler le vide (comme observer les oiseaux dans une décharge au bout du monde), le risque de débordements viraux ne fera que croître.

Et lorsqu’un virus pandémique se propage, les chances de le contenir sont très minces.

L’hantavirus, combiné aux droits revendiqués par les passagers et à l’échec des autorités sanitaires, nous en donne déjà un aperçu.

Je crains ce qui se passera lorsque les citoyens radicalisés par le covid, et radicalisés contre la santé publique, seront invités à modifier à nouveau leurs comportements pour prévenir une nouvelle pandémie.

Mais parlons un peu d’El Niño.

Certaines prévisions quant à la gravité de la situation sortent littéralement des courbes. Une hausse de +4 °C de la température mondiale.

Des décès massifs liés aux températures extrêmes.

Des famines à une échelle sans précédent.



Pourquoi ? La pollution. Les gaz à effet de serre. Chaque épisode d’El Niño est amplifié par un niveau de référence élevé, créé par l’ajout de polluants piégeant la chaleur dans l’atmosphère à des taux inédits depuis 66 millions d’années.

Le El Niño modéré d’aujourd’hui est un phénomène puissant. Le El Niño puissant d’aujourd’hui n’est qu’un monstre.

Les polluants qui ont amplifié ces phénomènes continuent de peser sur nos économies et nos sociétés, et l’essor des centres de données d’IA a encore accéléré le processus.

Un boom qui, en plus de l’énergie consommée, détruira des terres agricoles, la nature sauvage et, par la même occasion, de nombreuses communautés.

Un boom qui impose aux populations des projets d’une malveillance digne d’un mauvais scénario de bande dessinée.

Le projet de centre de données Stratos dans l’Utah s’étend sur 160 km². C’est une empreinte plus importante que celle de villes telles que Miami ou Pittsburgh. Et il devra être alimenté en électricité 24 heures sur 24, 7 jours sur 7. Il aura besoin d’eau. Il aura besoin d’acier, de béton et de semi-conducteurs.

Et il existe actuellement près de 700 “projets à très grande échelle” comme Stratos prévus à l’échelle mondiale, qui alimentent tous le prochain El Niño.

Si celui-ci est un monstre, le prochain pourrait bien engloutir notre planète. Et ainsi de suite.

Et cet El Niño coïncidera avec une crise pétrolière (oui, elle est toujours d’actualité, malgré le déni généralisé), une crise des engrais et une saison des semailles particulièrement désastreuse à l’échelle mondiale.




Des récoltes mondiales en baisse, ravagées par les sécheresses et les inondations déclenchées par El Niño, seraient synonymes de souffrances pour nous, habitants des pays riches, mais de véritable catastrophe pour les pauvres. Et plus on est pauvre, où que ce soit dans le monde, au Canada ou au Cameroun, plus on est durement frappé.

Je crains ce que cette crise parfaite entraînera dans l’esprit des gens et leurs comportements.

Je crains que si un anarchiste anticapitaliste se met à adhérer à l’impérialisme dans des conditions relativement clémentes, ce que des périodes de crise grave infligeront à tous ceux d’entre nous qui luttent sous l’oppression d’un système confus et injuste, manipulé par des oligarques impérialistes.

Je crains le jour où nos options se réduiront, et que la politique et les comportements réactionnaires, voire fascistes, seront envisagés comme unique solution.

Je crains le pouvoir de séduction des faux prophètes, et j’espère que nous serons suffisamment nombreux à pouvoir y résister.


Traduit par Spirit of Free Speech



lundi 25 mai 2026

Le pape de glace et la longue désintégration du catholicisme



Le nouveau pape américain, qui devait nous faire oublier Bergoglio, bénit les glaçons et prêche un grand remplacement plus rapide de ses ouailles blanches. Voilà où nous en sommes. Le prêchi-prêcha humanitaire évoque depuis Vatican II (au fait ses prêtres ne valent rien, découvrez ou relisez Rama Coomaraswamy pour comprendre) les abeilles, les migrants, et désire ardemment le grand remplacement de l’Europe et des pays blancs. La pauvreté pour tous est un bel objectif qui rime avec les objectifs de Fink et des mondialistes. C’est le Grand Reset pour tous mené par une poignée de manipulateurs de symboles (expression de Robert Reich) qui ont pris la place de la hiérarchie cléricale adoratrice du pauvre et du soumis. Le but reste bien catholique : pauvreté, chasteté et obéissance…

Mais je ne veux pas ici évoquer une déchéance chrétienne. Je veux évoquer un problème chrétien, que des éclaireurs courageux comme Laurent Guyénot ont enfin souligné. Laurent a rejoint de grands esprits intuitifs comme Nietzsche et Céline et il a étayé leurs propos incisifs.

L’autodestruction est devenue une obsession catholique, pendant que les sectes protestantes s’étiolent ou deviennent de plus en plus dangereuses, à commencer comme toujours par l’Angleterre. Après on accuse les juifs mais avec des chrétiens comme ça… certes on pourra toujours fonder une communauté fanatique et désireuse de résister, mais on sait que cela ne dure pas longtemps. L’État moderne ou la faiblesse humaine en viennent vite à bout. Et la natalité chrétienne ne tient plus depuis longtemps sur le long terme, contrairement à l’israélienne, plus en forme que jamais.

Il faut en revenir aux origines et bien comprendre qu’on est face finalement à une secte à la fois juive et antisémite qui a connu un succès incroyable. On comprend dès lors pourquoi les Juifs victimes de cet antisémitisme religieux ridicule ne supportaient pas ce cadre dans lequel ils ont survécu impeccablement et qui les a rendus plus forts. Jamais le mot de Nietzsche ne s’est mieux appliqué qu’à eux : ce qui ne nous tue pas nous rend plus forts. Le judéo-christianisme actuel qui rime avec judéo-crétinisme ne fait que rendre à César ce qui est à César : c’est le Dieu juif que nous adorons, assez maladroitement, depuis deux mille ans. Là-dessus Céline comme Nietzsche avaient raison. Nietzsche décrit ce Triomphe du peuple sacerdotal dans généalogie de la morale qui est passé par un prophète persécuté par les juifs eux-mêmes, et Céline regrette la défaite des dieux aryens qui annonce la « victoire des douze juifs » et l’engloutissement de l’Europe par le « lupanar afro-asiate » (Céline toujours). Mais certains dont je suis observent justement que cette invasion se produit depuis que nous ne sommes plus du tout chrétiens.

Dans le même élan, les grands écrivains catholiques anti-modernes se sont rendu compte de la catastrophe : Bernanos a parlé d’une administration cléricale en accord avec les diktats de l’État moderne (voir citations plus bas) ; Léon Bloy a parlé de la fin des agonies et de l’atrophie générale de l’esprit chrétien ; enfin Chesterton a parlé de ces idées chrétiennes devenues folles parce qu’elles l’étaient déjà au départ. Mais je mets au défi qui que ce soit de trouver dans l’enseignement de Jésus, fils de Joseph, un pilier pour établir une civilisation sereine et solide (refus de la famille, des élites, de l’État, de la culture, de l’argent, etc.). Le christianisme s’est construit ensuite et assez mal comme on a pu le constater au bout de siècles de guerres, de compromissions et d’hérésies. Enfin on ne devient pas chrétien par l’opération du Saint-Esprit mais par la propagande (mot inventé par le Vatican) et par la persécution. Il fallut attendre longtemps pour le comprendre, voyez Laurent Guyénot et quelques autres comme Ramsey MacMullen. Seule la Renaissance et le boom scientifique de l’époque des Lumières nous ont arrachés (pour le meilleur et pour le pire, mais c’est une autre question) à l’arriération antérieure. Nietzsche a adoré la Renaissance mais regretté Luther et la contre-réforme.

D’un autre côté cette clochardisation chrétienne revient avec le Grand Reset, le prodigieux appauvrissement actuel et la bêtise incroyable qui règne en occident pour des questions morales et humanitaires. Tout pourrait se terminer par cette apocalypse molle et médiocre, celle que devinait et décrivait brillamment TS Eliot dans son texte (texte plus que poème) sur les hommes creux. Mais l’atmosphère de croisade qui règne contre la Russie et le reste du monde ne nous garantit pas non plus un futur équitable. Cet esprit de missionnaire et de croisade morale qui est le fondement du christianisme géopolitique aura été un désastre permanent.

A dire vrai donc la catastrophe chrétienne est ancienne : dans son grand livre sur la crise de la conscience européenne, l’historien Paul Hazard citait Swift qui avec son ironie coutumière se demandait par quoi on allait remplacer le christianisme au siècle du libertinage et du capitalisme qui commençait. On était en 1707 et toutes les Lumières liquidaient déjà le christianisme. La France des lettres persanes et de Manon Lescaut n’est plus chrétienne dès le début du XVIIIème siècle et elle attend son coup de grâce qui s’est passé sans coup férir comme l’observait le RP Bruckberger. Léon Bloy a même vu que la révolution n’avait pas produit de martyrs ; elle a juste rétréci et raccourci les hommes. Même Victor Hugo, qui est parfois un Nietzsche de gauche, remarque dans son Quatre-Vingt-Treize un rétrécissement des hommes depuis la Révolution Française.

Le christianisme écrasé et rétréci par la Révolution et l’Empire (l’agent Napoléon a détruit Espagne catholique et Russie orthodoxe) a subsisté comme on sait ensuite mais il a été remplacé par son masque comme disait Feuerbach vers 1850. La religion déchoit. Gustave de Beaumont l’ami de Tocqueville remarque que le prêcheur a un business aux États-Unis. On est déjà dans un « pays juif » dont le dieu est l’argent comme dit Marx dans son texte célèbre sur la question juive : c’est Marx qui a compris que peut-être Beaumont est plus important que Tocqueville pour comprendre le monde moderne. Tocqueville est surtout important dans son tome II quand il pressent et décrit l’esprit socialiste et égalitaire français (plus qu’américain)…

Dieu est mort mais on fait semblant de continuer. L’historien républicain Michelet le voit aussi, qui explique qu’une spiritualité morte (zombie, dit Emmanuel Todd de nos jours) peut continuer de durer par habitude et par éducation, il oublie de dire par intérêt, le catholicisme étant devenu depuis le dix-neuvième siècle une religion exclusivement bourgeoise, surtout depuis la disparition de la classe paysanne, que les bourgeois modernes ont mis tant de cœur à exterminer pendant qu’ils modernisaient leurs pays et les déracinaient physiquement et spirituellement. Les petits bergers de Fatima ne reviendront pas, comme le montrait Fellini dans une scène célèbre de Roma.

On a eu des copies de christianisme et on a eu un christianisme bourgeois et conservateur (celui qui a bâti l’Europe totalitaire de Von Der Leyen avec les socialistes et les informaticiens américains) et on a eu un christianisme apocalyptique réservé à des esprits catastrophés comme l’amusant Léon Bloy qui plaisait bien à Kafka (son livre sur les juifs dit-il est surtout un livre contre les antisémites de son temps comme Drumont). C’est ce christianisme qui annonce les cosaques et le Saint-Esprit en 1917 et qui récupère les bolcheviques et le communisme, en attendant de déboucher sur un mondialisme de marché qui à tout point de vue est pire que le communisme (ce dernier garantissait comme le franquisme néo-catholique natalité, éducation, santé et éducation gratuite…). Mais c’est celui que veulent les catholiques et les chrétiens un peu partout dans le monde, avec leurs partis de droite ou de centre-droit. La religion climatique s’est agrégée à ce train de la mort et du nihilisme ambiant.

Certains enfin croient toujours à une solution finale, à un réveil chrétien ultime mais ils ignorent l’histoire du christianisme telle qu’on devrait l’enseigner. La destruction de l’empire romain, l’invasion migratoire sous Théodose et la dépopulation qui s’est ensuivi suite à l’application du christianisme (les âges sombres, comme on dit justement) au cours du premier millénaire, les invraisemblables génocides, persécutions, croisades génocidaires et inutiles, guerres civiles et totalitarismes papistes (voyez Luchaire ou notre ami Guyénot) et enfin pour finir une cauchemardesque atmosphère de vacance fatiguée et de fumet bourgeois qui se dégagent des chrétiens de la fin, tout cela ne donne pas du paquet-cadeau une haute image. Mais ce n’est grave : – continuons, comme dit un personnage de Sartre aux enfers.

On va donner la dizaine de citations indispensables qui serviront à éclairer ce que nous venons de dire. Commençons par les écrivains chrétiens qui ont compris la catastrophe chrétienne moderne :

Léon Bloy :

"Le christianisme, quand il en reste, n’est qu’une surenchère de bêtise ou de lâcheté. On ne vend même plus Jésus-Christ, on le bazarde, et les pleutres enfants de l’Église se tiennent humblement à la porte de la Synagogue, pour mendier un petit bout de la corde de Judas qu’on leur décerne, enfin, de guerre lasse, avec accompagnement d’un nombre infini de coups de souliers."

Autre envolée magnifique :

"On est bien forcé d’avouer que c’est tout à fait fini, maintenant, le spiritualisme chrétien, puisque, depuis trois siècles, rien n’a pu restituer un semblant de verdeur à la souche calcinée des vieilles croyances. Quelques formules sentimentales donnent encore l’illusion de la vie, mais on est mort, en réalité, vraiment mort. Le Jansénisme, cet infâme arrière-suint de l’émonctoire calviniste, n’a-t-il pas fini par se pourlécher lui-même, avec une langue de Jésuite sélectivement obtenue, et la racaille philosophique n’a-t-elle pas fait épouser sa progéniture aux plus hautes nichées du gallicanisme ? La Terreur elle-même, qui aurait dû, semble-t-il, avoir la magnifiante efficacité des persécutions antiques, n’a servi qu’à rapetisser encore les chrétiens qu’elle a raccourcis."

Bernanos :

"Les puissantes démocraties capitalistes de demain, organisées pour l’exploitation rationnelle de l’homme au profit de l’espèce, avec leur étatisme forcené, l’inextricable réseau des institutions de prévoyance et d’assurances, finiront par élever entre l’individu et l’Église une barrière administrative qu’aucun Vincent de Paul n’essaiera même plus de franchir. Dès lors, il pourra bien subsister quelque part un pape, une hiérarchie, ce qu’il faut enfin pour que la parole donnée par Dieu soit gardée jusqu’à la fin, on pourra même y joindre, à la rigueur, quelques fonctionnaires ecclésiastiques tolérés ou même entretenus par l’État, au titre d’auxiliaires du médecin psychiatre, et qui n’ambitionneront rien tant que d’être traités un jour de « cher maître » par cet imposant confrère… Seulement, la chrétienté sera morte. Peut-être n’est-elle plus déjà qu’un rêve ?"

Chesterton :

"Le monde moderne n’est pas méchant ; à certains égards il est beaucoup trop bon. Il est rempli de vertus farouches et gaspillées. Quand un certain ordre religieux est ébranlé – comme le Christianisme le fut sous la Réforme – les vices ne sont pas seuls à se trouver libérés. Certes les vices sont libérés et ils errent à l’aventure et ils font des ravages. Mais les vertus aussi sont libérées et elles errent, plus farouches encore, et elles font des ravages plus terribles encore. Le monde moderne est envahi des vieilles vertus chrétiennes devenues folles. Les vertus sont devenues folles pour avoir été isolées les unes des autres, contraintes à errer chacune en sa solitude."

Passons aux antichrétiens :

Céline :

"Drumont et Gobineau se raccrochent à leur Mère l’Église, leur christianisme sacrissime, éperdument. Ils brandissent la croix face au juif, patenté suppôt des enfers, l’exorcisent à tout goupillon. Ce qu’ils reprochent surtout au youtre, avant tout, par-dessus tout, c’est d’être le meurtrier de Jésus, le souilleur d’hostie, l’empêcheur de chapelets en rond… Que ces griefs tiennent peu en l’air ! La croix antidote ? quelle farce ! Comme tout cela est mal pensé, de traviole et faux, cafouilleux, pleurard, timide. L’aryen succombe en vérité de jobardise. Il a happé la religion, la Légende tramée par les juifs expressément pour sa perte, sa châtrerie, sa servitude. Propagée aux races viriles, aux races aryennes détestées, la religion de “ Pierre et Paul ” fit admirablement son œuvre, elle décatit en mendigots, en sous-hommes dès le berceau, les peuples soumis, les hordes enivrées de littérature christianique, lancées éperdues imbéciles, à la conquête du Saint Suaire, des hosties magiques, délaissant à jamais leurs Dieux, leurs religions exaltantes, leurs Dieux de sang, leurs Dieux de race. Ce n’est pas tout. Crime des crimes, la religion catholique fut à travers toute notre histoire, la grande proxénète, la grande métisseuse des races nobles, la grande procureuse aux pourris (avec tous les saints sacrements), l’enragée contaminatrice. La religion catholique fondée par douze juifs aura fièrement joué tout son rôle lorsque nous aurons disparu, sous les flots de l’énorme tourbe, du géant lupanar afro-asiate qui se prépare à l’horizon. Ainsi la triste vérité, l’aryen n’a jamais su aimer, aduler que le dieu des autres, jamais eu de religion propre, de religion blanche."

Nietzsche :

"Allons droit à l’exemple le plus saillant. Tout ce qui sur terre a été entrepris contre les « nobles », les « puissants », les « maîtres », le « pouvoir », n’entre pas en ligne de compte, si on le compare à ce que les Juifs ont fait : les Juifs, ce peuple sacerdotal qui a fini par ne pouvoir trouver satisfaction contre ses ennemis et ses dominateurs que par une radicale transmutation de toutes les valeurs, c’est-à-dire par un acte de vindicte essentiellement spirituel. Seul un peuple de prêtres pouvait agir ainsi, ce peuple qui vengeait d’une façon sacerdotale sa haine rentrée. Ce sont des Juifs, qui, avec une formidable logique, ont osé le renversement de l’aristocratique équation des valeurs (bon, noble, puissant, beau, heureux, aimé de Dieu). Ils ont maintenu ce renversement avec l’acharnement d’une haine sans borne (la haine de l’impuissance) et ils ont affirmé : « Les misérables seuls sont les bons; les pauvres, les impuissants, les petits seuls sont les bons; ceux qui souffrent, les nécessiteux, les malades, les difformes sont aussi les seuls pieux, les seuls bénis de Dieu…

On sait qui a recueilli l’héritage de cette dépréciation judaïque… Je rappelle, à propos de l’initiative monstrueuse et néfaste au-delà de toute expression que les Juifs ont prise par cette déclaration de guerre radicale entre toutes, la conclusion à laquelle je suis arrivé en un autre endroit (Par-delà le bien et le mal, aph. 196). — Je veux dire que c’est avec les Juifs que commence le soulèvement des esclaves dans la morale : ce soulèvement qui traîne à sa suite une histoire longue de vingt siècles et que nous ne perdons aujourd’hui de vue que —parce qu’il a été victorieux…"

Plus important encore sur la fabrication du Christ, sujet tabou entre tous :

"N’est-ce pas par l’occulte magie noire d’une politique vraiment grandiose de la vengeance, d’une vengeance prévoyante, souterraine, lente à saisir et à calculer ses coups, qu’Israël même a dû renier et mettre en croix, à la face du monde, le véritable instrument de sa vengeance, comme si cet instrument était son ennemi mortel, afin que le « monde entier », c’est-à-dire tous les ennemis d’Israël, eussent moins de scrupules à mordre à cet appât ?"

Nicolas Bonnal