Mon analyse est que cette histoire mérite d'être prise au sérieux en tant que témoignage historique d'une croyance ou d'un événement inhabituel, mais qu'il faut être beaucoup plus prudent lorsqu'on cherche à expliquer littéralement l'origine des deux enfants.
1. L'histoire : que raconte-t-on exactement ?
L'histoire se déroule dans le village deWoolpit (Suffolk, Angleterre), au XIIe siècle, probablement sous le règne du roi Étienne ou d'Henri II.
Selon les deux principales chroniques médiévales qui rapportent l'affaire, des paysans auraient découvert deux enfants, un garçon et une fille, près de fosses à loups.
Plusieurs éléments rendent leur découverte extraordinaire :
Leur peau était entièrement verte.
Ils parlaient une langue inconnue.
Ils refusaient initialement toute nourriture, à l'exception de haricots.
Ils semblaient désorientés et incapables d'expliquer leur provenance.
Le garçon serait mort peu après leur découverte.
La fille aurait progressivement perdu sa coloration verte après avoir été nourrie normalement.
La jeune fille aurait finalement appris l'anglais et raconté qu'elle venait d'un pays où le soleil ne brillait jamais, appelé le pays de Saint-Martin.
Elle aurait expliqué que les habitants de ce monde vivaient dans une lumière crépusculaire permanente.
C'est précisément ce dernier détail qui rend le récit particulièrement intrigant.
L'histoire n'est pas simplement une légende apparue plusieurs siècles après les faits.
Elle est rapportée par deux chroniqueurs médiévaux :
William of Newburgh dans son Historia rerum Anglicarum.
Ralph of Coggeshall dans son Chronicon Anglicanum.
Les deux récits présentent de fortes similitudes, mais aussi des différences intéressantes.
Un point important : les deux textes ne constituent pas nécessairement deux témoignages indépendants. Ils pourraient provenir d'une même histoire qui circulait oralement dans la région.
Une étude universitaire de Michał Madej, publiée en 2020, compare précisément les deux versions et leurs fonctions dans les chroniques médiévales.
C'est important, car nous disposons d'une trace historique de l'existence du récit, mais pas d'une preuve documentaire directe de l'existence des enfants.
Je distinguerais quatre grandes explications.
C'est une hypothèse historique particulièrement intéressante.
Au XIIe siècle, l'Angleterre accueillait des populations venues des Flandres. Certaines communautés étrangères pouvaient être isolées linguistiquement et culturellement.
Une possibilité serait que les deux enfants aient été des réfugiés, séparés de leur communauté à la suite d'un conflit ou d'un déplacement de population.
Cela expliquerait plusieurs éléments :
Leur langue incompréhensible pour les habitants.
Leur habillement inhabituel.
Leur désorientation.
Leur incapacité à expliquer leur provenance.
On pourrait même imaginer qu'ils venaient d'une communauté isolée dont les habitants connaissaient mal les environs.
Mais cette hypothèse ne résout pas vraiment la question de leur peau verte.
L'explication médicale est également envisageable.
Une malnutrition sévère, certaines formes d'anémie ou des maladies peuvent modifier l'apparence de la peau.
Le garçon, décrit comme particulièrement faible, serait mort après son arrivée. La fille, elle, aurait progressivement retrouvé une apparence normale en étant correctement nourrie.
Cela pourrait correspondre à une situation de dénutrition prolongée.
Il faut toutefois apporter une nuance : l'ancienne théorie de la chlorose, parfois invoquée pour expliquer la couleur verte, ne suffit pas à rendre compte de l'ensemble du récit. L'anémie ferriprive ne transforme pas normalement la peau en vert vif.
Il n'existe donc pas de diagnostic rétrospectif suffisamment solide.
Dans les traditions médiévales européennes, il existe de nombreuses histoires concernant des êtres provenant d'un autre monde.
Ce monde peut être :
Souterrain.
Caché derrière une colline.
Accessible par une grotte.
Situé dans un espace où le temps et la lumière fonctionnent différemment.
Le pays de Saint-Martin ressemble à certains de ces mondes merveilleux.
La description d'un territoire où le soleil ne brille jamais, mais où règne une lumière permanente, est particulièrement évocatrice.
Je trouve intéressant que les enfants ne décrivent pas nécessairement un monde de ténèbres. Ils parlent plutôt d'un monde sans soleil, mais pas totalement obscur.
Cette distinction est importante : dans l'imaginaire médiéval, l'absence de soleil ne signifie pas forcément l'absence de lumière.
C'est évidemment l'interprétation qui attire le plus les amateurs de phénomènes inexpliqués.
Certains ont interprété le pays de Saint-Martin comme :
Une autre planète.
Un monde parallèle.
Une dimension accessible par un passage terrestre.
Un environnement présentant des conditions lumineuses différentes des nôtres.
On pourrait même imaginer que les enfants auraient été adaptés à un environnement particulier et auraient souffert en arrivant dans notre monde.
Mais il faut être rigoureux : rien dans les chroniques ne permet d'établir une origine extraterrestre ou dimensionnelle.
Cette interprétation est une extrapolation moderne, pas une conclusion historique.
4. Ce qui m'intrigue le plus : le pays de Saint-Martin
C'est personnellement le détail que je trouve le plus intéressant.
Pourquoi une enfant médiévale aurait-elle décrit un endroit où :
Le soleil ne se lève jamais.
La lumière est permanente, mais différente de celle de notre monde.
Les habitants parlent une langue inconnue.
Le territoire semble séparé du monde humain ?
Il existe une autre possibilité que je trouve intéressante : la description pourrait être une traduction culturelle d'un environnement réel que l'enfant ne savait pas expliquer.
Imagine un enfant issu d'une communauté vivant dans des galeries souterraines, des abris ou des habitats très encaissés. Son univers quotidien pourrait être constitué d'une lumière artificielle ou indirecte, sans exposition directe au soleil.
Une fois arrivé dans un village anglais, il aurait décrit son environnement d'origine avec les mots et les représentations dont il disposait.
Ce n'est qu'une hypothèse, mais elle permet de conserver une partie du récit sans devoir supposer l'existence d'une autre dimension.
Je privilégierais une explication combinant plusieurs éléments :
Deux enfants étrangers, probablement issus d'une population isolée, ont pu arriver dans la région de Woolpit.
Leur état physique était inhabituel, possiblement en raison de malnutrition ou d'une maladie.
Leur langue et leurs explications ont été difficilement comprises.
Leur histoire a circulé oralement avant d'être retranscrite par les chroniqueurs.
Au fil de la transmission, certains détails ont pu être amplifiés ou interprétés à travers les croyances médiévales.
Cela ne signifie pas que tous les détails sont inventés. Cela signifie simplement que nous ne pouvons pas distinguer avec certitude le noyau historique de la construction légendaire.
Il existe un autre angle : celui de l'altérité.
Les enfants verts sont deux êtres qui arrivent dans une société incapable de les comprendre. Ils ne parlent pas sa langue, ne mangent pas sa nourriture, ne partagent pas ses références et ont une aparence physique inhabituelle.
La fille finit par s'intégrer, tandis que le garçon meurt.
Leur histoire pourrait donc aussi être lue comme un récit médiéval sur l'étrangeté, l'exclusion, l'intégration et la difficulté de rencontrer une culture radicalement différente.
C'est notamment une piste développée dans les travaux universitaires contemporains consacrés au récit.
The Green Children of Woolpit: Chronicles, Fairies and Facts in Medieval England, John Clark, University of Exeter Press.
Un ouvrage particulièrement intéressant qui revient aux sources latines, compare les deux chroniqueurs et examine les différentes interprétations historiques et folkloriques.
J'aimerais terminer par une question qui me semble fondamentale :
Et si nous faisions abstraction de la couleur verte, de l'aspect surnaturel et de toutes les interprétations modernes ?
Il resterait deux enfants qui semblent avoir réellement été décrits par des chroniqueurs du Moyen Âge, qui ne parlaient pas la langue locale et qui prétendaient venir d'un endroit dont les habitants ne connaissaient pas l'existence.
C'est déjà suffisamment mystérieux.
Et je serais particulièrement intéressé par une exploration plus poussée du pays de Saint-Martin : sa description, ses éventuelles correspondances géographiques et les traditions médiévales de mondes souterrains. C'est peut-être là que se trouve la partie la plus intéressante de toute cette affaire.
Auteur : ChatGPT
