dimanche 1 novembre 2026

Qu'ont-ils fait du bouddhisme - une analyse sans concession




L'ouvrage « Qu’ont-ils fait du bouddhisme ? » (publié par l'anthropologue Marion Dapsance) propose une analyse critique de la manière dont le bouddhisme a été réinventé et adopté en Occident.


Introduction

Le bouddhisme est omniprésent dans nos sociétés. On le retrouve sous différentes formes.
 
Associé à la « méditation » et au yoga, il évoque le bien-être.
 
En lien avec la psychothérapie, il est assimilé à une simple technique de développement personnel. 

Des écoles maternelles font asseoir les enfants en tailleur pour lutter contre l’« hyperactivité ».

L’armée américaine utilise la méthode dite de la « pleine conscience » pour aider les soldats à rester maîtres d’eux-mêmes, faire face à l’adversaire avec calme et, peut-être, tirer plus efficacement. 

Des entreprises du CAC 40 font appel à des spécialistes de la même méthode pour rendre leurs salariés plus performants.
 
Des traders de Wall Street, des banquiers, les puissants de Davos et de la Silicon Valley préconisent de méditer pour être plus compétitifs. 

Des pâtissiers de luxe commercialisent des « bûches de Noël » estampillées « bouddhistes », car purement végétales. 

Des conseillers matrimoniaux éduquent au « sexe en pleine conscience ».

Tout cela est en passe de recevoir l’aval d’autorités scientifiques prestigieuses qui nous expliquent, diagrammes et statistiques à l’appui, que « la méditation a des effets sur le cerveau », qu’elle aide à perdre du poids et à lutter contre la dépendance au tabac ou à l’alcool, qu’elle réduit le stress, le cholestérol et la pression artérielle. Par conséquent, le bouddhisme, qui a inventé la méditation, serait scientifique et efficace, donc supérieur aux autres traditions.

On note le caractère protéiforme de ce « bouddhisme » validé par la science… Mais où se trouve sa « spiritualité », si souvent célébrée, qui serait, dit-on, capable de régénérer l’Occident en le sortant de son matérialisme ? Qu’y a-t-il de « spirituel » dans des pratiques consistant à favoriser le confort, le plaisir, la satisfaction des sens, la détente, l’estime de soi, l’efficacité professionnelle ou la performance commerciale ? Ne s’agit-il pas simplement de méthodes visant à combattre le stress et à promouvoir le bien-être personnel ? Dans ce cas, il n’y aurait là plus grand-chose de bouddhiste.

Une anecdote à première vue triviale permettra au lecteur de saisir le contresens qui existe actuellement autour des notions de « spiritualité bouddhique » et de « méditation ». Au cours d’un dîner chez un ami japonais enseignant la philosophie bouddhique dans une université prestigieuse, l’un des convives s’est exclamé, le voyant déguster son gâteau au chocolat avec méthode et application : « Voilà un vrai bouddhiste, qui mange son dessert en pleine conscience ! » Le professeur a redressé la tête et lancé, l’œil pétillant : « Hum… En fait, un moine bouddhiste m’aurait ordonné de terminer ce gâteau rapidement, sans m’y attacher. En agissant de la sorte, je ne peux pas être plus antibouddhiste : je suis un simple gourmand. Le vrai bouddhiste, dans cette affaire, c’est toi ! » L’assiette de l’invité était en effet déjà vide. Manger rapidement, sans se préoccuper de plaisir ou de déplaisir, dans le simple but de se maintenir en vie, telle serait l’attitude véritablement conforme aux enseignements du Bouddha. Le même genre de méprise existe d’ailleurs au sujet de l’épicurisme, devenu synonyme d’hédonisme en dépit de l’ascétisme relatif prôné par Épicure. 

Sauf pour une minorité de pratiquants assidus et d’érudits avisés, le bouddhisme est aujourd’hui associé au matérialisme, à l’individualisme et au capitalisme. Il suffit d’accoler « méditation », « pleine conscience » ou « sagesse bouddhiste » à toutes les activités quotidiennes pour que celles-ci deviennent du même coup « spirituelles ». Manger « en pleine conscience », avoir des relations sexuelles avec qui l’on veut « en pleine conscience » ou faire des affaires « en pleine conscience », tout cela va à l’encontre du bouddhisme traditionnel, mais plaît aux Occidentaux, qui entretiennent ainsi l’illusion de ne pas être de simples consommateurs. Cependant, peut-on encore parler de « spiritualité », c’est-à-dire de prééminence de l’esprit sur le corps, quand aucune restriction ni aucun sacrifice ne sont exigés, quand il ne s’agit plus que de « vivre dans le moment présent » et de « s’aimer soi-même », quand les questions de la mort et du sens de la vie sont presque totalement évacuées ? Suffit-il de s’absorber entièrement dans une activité pour qu’elle devienne par là même « spirituelle » ? Et si le bouddhisme et la méditation à l’occidentale se sont éloignés de leurs modèles asiatiques, sur quelles nouvelles bases culturelles et sociales se sont-ils fondés en Occident ?

Rappelons en effet que, traditionnellement, les pratiques bouddhiques n’ont jamais eu pour but la relaxation du corps ou de l’esprit. Si les ascètes bouddhistes pratiquaient l’attention aux mouvements incessants du corps et de l’esprit, ce n’était pas pour s’y sentir mieux mais, au contraire, pour réaliser qu’ils étaient transitoires, impermanents, illusoires. Par exemple, le méditant devait considérer son corps comme un cadavre en devenir, une source de souffrances sans fin, un ensemble d’éléments composites sur lequel aucun bonheur durable ne saurait être fondé. L’idée d’être une personne à part entière, dotée d’une identité propre, avec ses goûts, ses préférences et ses désirs constitue pour les bouddhistes la grande illusion à éradiquer, celle qui, précisément, conduit à la souffrance éternelle. Chercher à assouvir ses envies, mettre en œuvre des stratégies pour atteindre ses objectifs, tâcher d’améliorer ses conditions de vie sont, pour le bouddhisme, des désirs issus de la croyance erronée en la réalité d’un « soi » indépendant. Ces désirs entraînent celui qui les entretient dans la ronde sans fin de l’illusion et de la souffrance (samsâra). Il s’agit alors de les anéantir ou, selon les traditions tantriques, de les transmuter. Le désir est ainsi souvent symbolisé par la femme : dans le bouddhisme ancien, l’un des exercices de visualisation les plus courants consistait à visualiser toute femme, vivante ou imaginée, sous la forme d’un sac de pus et d’excréments, ou encore d’un futur cadavre en putréfaction. La tendance du tantrisme visait au contraire à attiser le désir, mais à le dévier de sa route habituelle en dirigeant le plaisir vers des centres psychosomatiques plus élevés — les chakras, ou « roues » supérieures, selon les conceptions physiologiques de l’Inde ancienne.

Nous sommes là bien loin de nos pratiques contemporaines, destinées à affiner le plaisir procuré par les sens en y portant toute son attention, ou à calmer son esprit dans le but de le rendre plus performant dans la vie quotidienne. La plupart des pratiques bouddhiques qualifiées chez nous, souvent à tort et par approximation, de « méditatives » (terme qui a trait à la réflexion) ou de « contemplatives » (qui désigne le fait de regarder un absolu qui nous dépasse, en nous y absorbant) ont davantage pour but de produire du stress que de l’éradiquer. Ce que l’on appelle en Occident la « méditation » recouvre en fait un éventail de pratiques rituelles dont l’objet est de détacher le pratiquant de ses habitudes, de ses désirs et, plus radicalement encore, de son ignorance de l’impermanence et de la vacuité. Ainsi en est-il, par exemple, des enseignements de l’école tibétaine des Anciens, ou Nyingmapa, intitulés « Les quatre pensées qui détournent l’esprit du samsâra ». Ces enseignements, que les aspirants au tantrisme doivent longuement méditer, constituent l’une des pratiques préliminaires qui conditionnent l’initiation. La première méditation (au sens de « réflexion ») a trait à la rareté de la renaissance sous forme humaine : parmi les milliards d’êtres qui errent dans les six royaumes de réincarnation (à savoir, ceux des dieux, des demi-dieux, des esprits avides, des créatures infernales, des animaux et des hommes), les humains ayant accès aux enseignements d’un bouddha constituent le groupe le moins nombreux et le plus chanceux. La deuxième méditation concerne le caractère inéluctable et imprévisible de la mort : sachant que le moment de la mort est incertain, qu’il peut advenir n’importe quand, il est, selon ces enseignements, impossible de trouver joie ou plaisir en ce monde. La troisième s’intéresse à la rétribution des actes (karman) : le méditant doit comprendre que, dans la chaîne sans commencement de ses multiples existences, il a commis d’innombrables crimes, et que ces crimes ne peuvent qu’aboutir à une souffrance éternelle. La quatrième méditation consiste en une visualisation détaillée de ces souffrances infernales qui attendent les êtres non éveillés : les huit enfers froids, les huit enfers chauds et les quatre enfers adjacents, la famine et la soif subies par les esprits avides, dont la torture est symbolisée par leur forme physique (un ventre énorme et une gorge aussi étroite qu’un fil), la souffrance caractérisant le monde animal et, enfin, les faux plaisirs éprouvés par les dieux et les demi-dieux. Cette perspective pour le moins anxiogène a pour but de faire naître chez le pratiquant une profonde insatisfaction à l’égard du monde, conçu comme une prison, et une envie pressante d’en sortir. Dans une parabole célèbre du Soutra du Lotus, le Bouddha compare le monde à une maison en flammes et expose les différents moyens — notamment la ruse et le mensonge — que peut employer un éveillé pour forcer les êtres inconscients du danger à quitter rapidement les lieux.

Dès lors, ce n’est ni la paix ni la sérénité que doit susciter la méditation, mais un sentiment d’urgence. L’attitude mentale requise n’est donc pas celle que préconisent les partisans de la MBSR (Mindfulness-based Stress Reduction, ou « Réduction du stress basée sur la pleine conscience ») — faire preuve d’ouverture et de bienveillance à l’égard de soi-même et des événements quotidiens. Bien au contraire, dans le bouddhisme traditionnel, il s’agit de se libérer de cette vie marquée du sceau de la souffrance et de l’imperfection. C’est un contresens de prêter au bouddhisme des inclinations au bonheur ou au bien-être, si l’on entend par là autre chose que le fait de cultiver le renoncement. Les formes actuelles de « méditation », qu’elles se réclament plus ou moins directement du bouddhisme, sont bel et bien des inventions récentes.

Ces transformations du bouddhisme en Occident ont récemment fait l’objet de travaux de la part d’universitaires américains, qui parlent à leur sujet de « modernisme bouddhique » ou de « bouddhisme moderne ». Ces deux expressions, pratiquement synonymes, désignent les modifications subies par les traditions bouddhiques asiatiques au contact de la culture occidentale aux XIXe et XXe siècles. Selon le sociologue des religions David McMahan, le modernisme bouddhique est un développement récent et distinct dans l’histoire des traditions asiatiques, qui met l’accent sur la compatibilité avec la science, la rationalité, l’autonomie et la pratique de la méditation au détriment des textes canoniques, des institutions traditionnelles et des pratiques rituelles et dévotionnelles. Cette acclimatation aux valeurs de la philosophie des Lumières, qui n’ont rien à voir avec les traditions asiatiques, est présentée par ses porte parole comme un retour au « bouddhisme originel » — au « bouddhisme du Bouddha », ainsi que le désignait Alexandra David Neel en 1911. Cette expression, « modernisme bouddhique », a été empruntée au spécialiste allemand du bouddhisme Heinz Bechert, qui fut le premier à analyser les transformations du bouddhisme à l’époque contemporaine. Selon McMahan, les différentes formes de bouddhisme asiatiques ont été extraites des cultures qui leur donnaient tout leur sens, pour être réinscrites dans contextes culturels totalement différents, ceux des pays occidentaux et occidentalisés des XIXe, XXe et XXI e siècles. Il appelle ces transformations « détraditionalisation » et « retraditionalisation ». Outre les processus d’acclimatation d’une culture à une autre, l’auteur relève le dépouillement doctrinal et rituel subi par le bouddhisme : la mythologie, le surnaturel, la magie ont été supprimés, de manière à rendre le bouddhisme compatible avec une vision scientifique de l’univers — ce qu’il appelle « démythologisation ». Enfin, la troisième caractéristique de ce modernisme bouddhique identifiée par McMahan repose sur une transformation de la doctrine bouddhique en un discours psychologique et des pratiques rituelles en exercices psychothérapeutiques, ce qu’il nomme « psychologisation ». Comme je l’ai montré dans une précédente enquête ethnographique, ces trois tendances se vérifient peut-être au niveau des discours (aujourd’hui, la plupart des groupes bouddhistes se réclament effectivement des valeurs des Lumières), mais elles n’ont rien d’évident au niveau des pratiques. En effet, ces dernières indiquent au contraire que c’est surtout la culture de l’enseignant qui s’impose dans les centres bouddhiques ; que le dogme, la mythologie et le surnaturel dominent ; enfin, que les discours psychologisants peuvent en réalité dissimuler des pratiques autoritaires visant l’établissement d’une hiérarchie stricte. Il faut donc se garder de ce genre d’explications trop générales et trop abstraites.

Une autre approche, celle de Donald Lopez, spécialiste américain du bouddhisme et du Tibet, consiste à considérer le « bouddhisme moderne » comme une nouvelle école ayant émergé des rencontres entre Asiatiques et Orientaux aux XIXe et XXe siècles. Les partisans de cette école sont membres des classes moyennes éduquées, occidentales et asiatiques, qui considèrent le message du Bouddha comme éminemment compatible avec la science, la raison, l’empirisme, l’universalisme, la tolérance, la liberté et le rejet de l’orthodoxie religieuse. Lopez suggère que ce bouddhisme est devenu une école transnationale à part entière, dépassant les frontières culturelles et nationales, et créant un réseau cosmopolite d’intellectuels écrivant la plupart du temps en anglais. Cette école ne s’enracine plus dans un contexte géographique particulier, ni dans une ancienne tradition doctrinale ou rituelle. Il s’agit plutôt de l’excroissance moderne de diverses écoles traditionnelles. Le bouddhisme moderne est doté de ses propres textes canoniques, qui sont souvent des ouvrages écrits en langues occidentales par des auteurs populaires ou semi-académiques, comme, en France, Matthieu Ricard, Fabrice Midal et éventuellement Frédéric Lenoir (qui ne s’en tient pas qu’au bouddhisme). Le modèle proposé par Donald Lopez pour comprendre ces nouvelles formes de bouddhisme est certainement le plus convaincant, puisqu’il permet de saisir la cohérence de ces divers mouvements néo-bouddhiques, qui peuvent à première vue paraître hétéroclites. De plus, il en cerne bien les contours sans pour autant préjuger de leur contenu effectif, dont l’analyse peut et doit se faire au plan ethnographique. Cependant, ce qui fait sa force — dire que ce bouddhisme acclimaté à l’Occident est une nouvelle école religieuse — constitue également sa faiblesse. En effet, il existe dans ces mouvements des éléments qui ne relèvent pas essentiellement du « religieux », et qui sont écartés de l’analyse pour cette raison même. Pourtant, il semble que ces éléments sont d’une extrême importance pour comprendre la nature exacte de ce bouddhisme métamorphosé au contact de l’Occident. La catégorie de « religion » élaborée par les sciences sociales (dont les auteurs s’entendent d’ailleurs rarement sur le sens à lui donner) s’avère inadéquate pour appréhender le phénomène en question. Il vaut mieux ne plus passer la réalité au filtre de concepts aussi flous que « religion », « modernité », « laïcité » ou « sécularisation », et plutôt se concentrer sur une série d’exemples empiriques à partir desquels réfléchir sans a priori, de manière à pouvoir formuler de nouvelles grilles de lecture.

La dernière approche qu’il nous faut mentionner avant d’en venir au cœur de notre propos est l’étude consacrée à la méditation de « pleine conscience » dans la société américaine, réalisée par le sociologue des religions américain Jeff Wilson. L’auteur s’est attaché à retracer la généalogie de la pratique de la méditation dite de « pleine conscience » (mindfulness) et à analyser la manière dont elle s’inscrit de nos jours dans la société américaine. Tout a commencé avec la traduction — par les membres de la Pali Text Society, au XIXe siècle — du terme sati par l’expression anglaise mindfulness. Ce mot pali, issu du sanscrit smrti, recouvre une variété de traductions possibles, et il y eut beaucoup de discussions et de controverses avant que les savants optent pour l’expression « pleine conscience ». Le sens premier de smrti/sati est « se souvenir », « se rappeler », « garder à l’esprit », au sens, dans la tradition védique, d’« apprendre par cœur les textes sacrés ». Dans un contexte bouddhique, dans le Satipatthâna sutta, sati signifie « se rappeler les dharmas », c’est-à dire garder en tête les lois de l’univers telles que révélées par le Bouddha, ces lois étant tout aussi morales que descriptives. Nous sommes donc loin de l’idée de « conscience nue » ou « sans jugement » désormais souvent attachée au mot sati. Le choix de « pleine conscience » pour traduire ce terme a permis de faire de la méditation vipassanâ, propre à l’école Theravâda, une pratique supposément centrale du « bouddhisme originel ». Puisque le mot figurait dans des textes très anciens, ce type de méditation devait avoir été pratiquée à l’époque du Bouddha. Pourtant, celle-ci avait été peu mise en œuvre par les bouddhistes d’Asie au cours de l’histoire. Toutefois, de nombreux Occidentaux furent séduits par la réforme proposée par certains religieux birmans, qui promouvaient, pour des raisons politiques, la pratique massive de la méditation par les laïcs. C’est à partir de la rencontre d’Occidentaux et de réformateurs asiatiques, tels Ledi Sayadaw et Mahasi Sayadaw, que la méditation dite de « pleine conscience » se développa dans le monde entier. Elle n’apparut pas comme une nouveauté mais, au contraire, comme un retour à la pratique adoptée par le Bouddha, celle-là même qui l’avait conduit à l’éveil. Actuellement, comme le rappelle Jeff Wilson, cette pratique s’est diffusée à tous les secteurs de la société américaine et fait l’objet d’une commercialisation de grande ampleur. Pour l’auteur, il ne s’agit pas d’une « technique » que l’on aurait prélevée dans l’univers culturel et religieux du bouddhisme, de manière à en faire une pratique « laïque », c’est-à-dire totalement libérée du contrôle des institutions religieuses : il s’agit toujours bien de bouddhisme, et le fait que la méditation soit parée de nouvelles vertus thérapeutiques n’est qu’un « moyen habile » (upâya) classique, destiné à diffuser cette religion dans les sociétés occidentales. Wilson décrit en détail les nombreux types de commercialisation dont la méditation fait l’objet aujourd’hui. Son objectif n’est pas de dénoncer l’influence du capitalisme américain sur la spiritualité bouddhique mais, à l’inverse, de rappeler que l’octroi de bénéfices matériels en échange d’un soutien financier a toujours existé dans le bouddhisme. La seule différence est que cet échange a maintenant lieu dans une culture différente : la culture occidentale. L’analyse de Wilson est intéressante, car elle dépasse la simple critique d’une marchandisation du bouddhisme, en rappelant que les transactions financières ont toujours eu lieu entre religieux et laïcs bouddhistes. Cependant, elle reste prisonnière d’une vision économique du phénomène actuel. N’y a-t-il vraiment que l’appât du gain qui motive les promoteurs occidentaux et asiatiques de la « méditation » ?

Pour éviter les écueils de ces trois différentes approches universitaires (idéalisme, réduction du phénomène à sa dimension religieuse, prédominance du prisme économique), je proposerai ici une lecture différente du « bouddhisme à l’occidentale ». Si j’ai choisi cette dernière expression de préférence à « bouddhisme moderne » ou à « modernisme bouddhique », c’est par méfiance à l’égard des notions de « modernité », de « modernisme » ou de « modernisation », qui ne sont pas descriptives mais axiologiquement chargées. Ce qui est « moderne », ce qui a été « modernisé », c’est ce qui a été mis au goût du jour et, par conséquent, aurait plus de valeur que ce qui existait autrefois. Chaque époque s’est toujours considérée comme « moderne » par rapport à celle qui a précédé, et chaque société dans le monde a désormais sa conception particulière de la « modernité ». Ces notions ne sont donc pas éclairantes et compliquent généralement plus l’analyse qu’elles ne la facilitent. En outre, les études sur le terrain montrent que ce que les acteurs considèrent comme une « modernisation » constitue bien souvent, au moins en partie, une réactivation de modèles du passé. Voilà pourquoi je privilégierai l’expression « bouddhisme à l’occidentale », qui permet de mieux restreindre le champ d’investigation : le bouddhisme tel qu’il est pratiqué par les Occidentaux. Il existe différentes tendances dans la manière qu’ont les Occidentaux de s’approprier le bouddhisme, et ce sont ces tendances que je chercherai ici à découvrir. Je ne parlerai pas non plus de « bouddhisme occidental », car il n’existe aucune forme unique et homogène qui pourrait correspondre à une telle appellation.

Les chapitres qui suivent soulignent le trait le plus original et le plus marquant de ce bouddhisme à l’occidentale. Il ne peut se laisser enfermer dans une catégorie unique, qui serait « religion », « modernisation », « sécularisation », « détraditionalisation » ou « psychologisation ». Il relève tout à la fois des domaines religieux, politique, thérapeutique, social, économique, mythologique et utopique.

Ce livre relate la manière dont les Européens ont inventé de toutes pièces un « Bouddha philosophe », en remplacement du surhomme aux pouvoirs magiques qu’il était pour les traditions asiatiques. Il montre comment ce Bouddha fictif a évolué sur la scène occidentale, en prenant diverses incarnations : réformateur social et politique, scientifique, médecin, psychothérapeute, coach en développement personnel, régénérateur de l’espèce humaine. La sphère d’activité de ce nouveau personnage est désormais si vaste qu’elle fait du bouddhisme à l’occidentale un phénomène varié, hétérogène, non réductible à sa dimension « religieuse ». Il s’agit plutôt, pour reprendre le mot de Marcel Mauss, d’un « fait social total ».

Marion Dapsance.

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Chapitre 1 : Le Bouddha Surhomme 

La présentation du Bouddha comme un philosophe révolutionnaire en Occident est une simplification idéologique, cherchant à en faire un anti-Christ et un penseur de l'immanence, alors que les traditions asiatiques le perçoivent rarement ainsi.

Les biographies traditionnelles du Bouddha insistent sur le caractère merveilleux et surnaturel de sa naissance et de sa vie, le dépeignant comme un être hors du commun, non un simple humain ayant découvert une voie par la seule raison.

La révolution du Bouddha réside dans sa négation de l'âme individuelle, de tout principe divin et du caractère tangible de la réalité, expliquant le monde et le "soi" comme des illusions causales plutôt qu'en renversant les castes.

Après sa mort, des conceptions métaphysiques du Bouddha se sont développées, le stupa devenant un substitut à sa personne pour la vénération, et des textes du Mahâyâna le dépeignant comme un être éternel simulant sa vie terrestre à des fins pédagogiques.

L'identité du Bouddha est complexe, loin d'être un simple philosophe, mais un être immergé dans une culture indienne où le surnaturel et les dieux sont omniprésents, possédant des pouvoirs magiques et une sagesse qui le place au-dessus des mortels.

Chapitre 2 : L'invention d'une religion idéale 

Le Bouddha est devenu une figure philosophique en Europe au XIXe siècle, à mesure que la société se sécularisait, remplaçant le référentiel chrétien par des réalités exotiques jugées "rationnelles" (athées, individualistes, matérialistes).

La redécouverte des textes sanscrits, notamment bouddhiques, fut perçue comme une "nouvelle Renaissance orientale", offrant une figure de fondateur humain pour les intellectuels anticléricaux, en opposition à la figure divine de Jésus.

Le bouddhisme ainsi inventé par les orientalistes était largement fictif, ignorant les hiérarchies, rituels, dévotion et magie des pratiques asiatiques réelles, et interprété à travers un prisme philologique et romantique.

Historiquement, les Européens ont d'abord perçu le Bouddha comme une idole païenne, puis comme un saint chrétien (l'histoire de Barlaam et Josaphat), chaque époque construisant son Bouddha en fonction de ses propres préoccupations et vérités.

Eugène Burnouf, figure centrale de l'orientalisme français, a "inventé" le Bouddha philosophe en le situant dans un contexte indien ancien et en classifiant les soutras pour privilégier ceux dénués de surnaturel, répondant aux attentes rationalistes et anticléricales de son temps.

Cette réinvention du bouddhisme, appelée "modernisme bouddhique", fut également récupérée par les élites asiatiques dans le cadre de la décolonisation, pour promouvoir une religion indigène "rationnelle" et supérieure au christianisme des colonisateurs.

Des mouvements occultistes et théosophiques du XIXe siècle, notamment la Société théosophique d'Henry Steel Olcott et Helena Blavatsky, ont fait du Bouddha un "messie oriental" et un "initié" détenteur d'une doctrine secrète, visant à régénérer une Occident perçue comme décadente.

Chapitre 3 : Critique de la raison bouddhique 

La notion de "rationnel" a été dévoyée par les Lumières, passant de "cohérent avec lui-même" à "conforme à l'expérience empirique", ce qui fausse le débat sur la rationalité du bouddhisme.

Les croyances bouddhiques, comme l'impermanence et le non-soi, sont contre-intuitives et non conformes à l'expérience ordinaire ou à la science (génétique sur l'identité), mais elles sont "rationnelles" si l'on adhère à la vision du monde qui leur donne sens.

La notion d'"éveil" dans le bouddhisme traditionnel implique des caractéristiques physiques et des pouvoirs surnaturels (siddhis), loin des interprétations psychologisantes occidentales, et sa "rationalité" dépend de l'acceptation du cadre doctrinal.

La croyance en la "renaissance" soulève des incohérences logiques (qui renaît sans âme ?) et des arguments physicalistes (l'esprit produit par le corps) que le bouddhisme peine à réfuter de manière convaincante pour un esprit occidental moderne.

La prétention à la "rationalité" du bouddhisme instrumentalise une doctrine exogène pour résoudre des problèmes occidentaux, en la transformant pour la rendre compatible avec les desiderata d'une société postchrétienne.

Chapitre 4 : De l’éthique au bonheur : vers l’utopie mondialiste ? 

Le cœur du bouddhisme réside dans son éthique, définie par le dharma comme un ensemble de lois universelles et morales, incluant la loi du karman qui régit les actions et leurs conséquences.

Le karman, compris comme un capital spirituel, vise à garantir une meilleure renaissance, et les règles éthiques comme les Cinq Préceptes (non-violence, non-vol, etc.) ainsi que l'ahimsâ (non-violence envers toute vie) sont centrales.

L'ahimsâ inclut le végétarisme et la condamnation radicale de l'avortement, perçu comme un triple crime privant l'être d'une chance rare d'éveil et engendrant de lourdes conséquences karmiques.

Le bouddhisme à l'occidentale a remplacé cette éthique exigeante par une utopie progressiste de bonheur universel, promue par la "méditation" ou "pleine conscience", sans lien avec le bouddhisme traditionnel.

Cette idéologie, influencée par le libéralisme et le positivisme, prône le perfectionnement personnel pour transformer la société, mais elle est égocentrique et n'a pas de fondement bouddhique authentique en matière de karman ou de bonheur immédiat.

La "méditation" est présentée comme une technique neuroscientifique qui reconfigure le cerveau pour produire le bonheur, transformant le corps en laboratoire et l'esprit en scientifique, éliminant la réalité du monde et la responsabilité humaine.

Chapitre 5 : L’antimorale des lamas soixante-huitards 

Certains lamas tibétains, comme Phakyab Rinpoché, promeuvent la méditation comme une méthode de guérison physique et mentale, affirmant avoir évité une amputation par la pratique de "l'amour inconditionnel" et de "yogas secrets de l'énergie interne".

Cependant, les "retraites" proposées par ces lamas exigent une pratique intensive (plusieurs heures par jour) et intègrent des rituels traditionnels tibétains (invocations de déités, pratiques de transfert de conscience), loin des "dix minutes quotidiennes" des modernistes.

La "méditation" moderne est un terme fourre-tout qui a surtout généré de nouveaux professionnels divers (thérapeutes, coachs) vendant des "méthodes" de développement personnel, contrairement au bouddhisme traditionnel qui vendait des "résultats" via les moines.

Des projets de réforme sociale basés sur le bouddhisme ont existé, comme en Birmanie pour lutter contre la colonisation, ou le "Dalit Buddhism" d'Ambedkar, qui fusionnait bouddhisme et marxisme pour l'égalité sociale.

L'expérience de "société éveillée" de Chögyam Trungpa, icône du bouddhisme occidental, a révélé un comportement autoritaire, une consommation excessive d'alcool et de drogues, et des abus sexuels, loin de l'image de la "folle sagesse".

L'incident du Colorado en 1975, où Merwin et sa compagne furent agressés pour avoir refusé de se déshabiller, illustre le despotisme de Trungpa et la violence de sa "société éveillée", qui reposait sur la nostalgie d'un pouvoir perdu et le ressentiment envers les Occidentaux.

Chapitre 6 : Le bouddhisme comme développement personnel : un véhicule d’américanisation 

Le bouddhisme à l'occidentale s'est associé au "rêve américain" et au développement personnel, promouvant l'épanouissement individuel et le succès comme voies vers le bonheur, en lien avec la Déclaration d'indépendance des États-Unis.

Les "self-help books" américains, dont l'industrie est florissante, ont évolué vers la "pensée positive" et l'idée d'un "potentiel illimité" en chaque individu, s'associant à des notions hindouistes et bouddhistes d'"éveil" pour promettre richesse et succès.

L'idée que l'esprit peut transformer la réalité ne vient pas du bouddhisme, mais du mouvement américain de la "Nouvelle Pensée" du XIXe siècle, qui a profondément influencé la culture américaine en affirmant que les états mentaux se matérialisent.

Des auteurs occidentaux se sont fait passer pour des "Orientaux" ou ont adopté des alter ego exotiques pour légitimer leurs discours, mêlant vocabulaire bouddhiste et contenus issus du "self-help book", comme Pema Chödrön.

Pema Chödrön, une nonne bouddhiste américaine, a connu un succès en adoptant un style personnel et humble, partageant ses propres erreurs et souffrances pour encourager le lecteur à progresser, mais son approche relève davantage du développement personnel que du bouddhisme traditionnel.

Chapitre 7 : Bouddhisme et neurosciences au service du transhumanisme ? 

Le Mind and Life Institute promeut un dialogue entre bouddhisme et science, axé sur les effets de la méditation sur le cerveau, et véhicule une vision du monde particulière, parfois teintée de racisme.

Les recherches du Mind and Life Institute distinguent les "Asiatiques" comme naturellement plus compatissants et spirituellement évolués que les "Occidentaux" égoïstes, les Tibétains étant considérés comme des modèles d'êtres humains "extraordinaires" aux capacités physiologiques et mentales supérieures.

Cette vision s'apparente aux doctrines ésotériques et hiérarchiques du "bouddhisme ésotérique" d'Alfred Percy Sinnett, qui postulait une évolution spirituelle aboutissant aux "adeptes tibétains" et une supériorité des "Orientaux" préservant secrètement leur savoir.

Des ponts sont jetés entre néo-bouddhisme et transhumanisme, partageant des notions de déni de la "personne", de contrôle de l'univers, de confiance en la science et de méditation comme "technique" de développement personnel, malgré les contradictions doctrinales avec le bouddhisme traditionnel.

L'intégration du bouddhisme en Occident est perçue par Frédéric Lenoir comme une "nouvelle civilisation planétaire" qui réconcilie le "cerveau droit" et le "cerveau gauche", répondant aux "refoulements" occidentaux de l'imaginaire et de l'exploration intérieure, pour sortir des "impasses" de l'hyper-extraversion.

Conclusion 

L'introduction du bouddhisme en Occident est liée aux Lumières et aux projets de rénovation sociale du XIXe siècle, offrant aux intellectuels progressistes une tradition "aryenne" plus ancienne, pure et "rationnelle" que l'héritage biblique.

Le bouddhisme est devenu un programme politique personnel visant l'amélioration du monde par le perfectionnement spirituel individuel, et la "méditation" est désormais l'outil principal de cette transformation sociale, au-delà de la recherche du gain.

Cette évolution a créé de nouveaux professionnels (formateurs, thérapeutes, chercheurs) qui monnayent leurs services, sans toujours être liés aux institutions bouddhiques traditionnelles, et se concentrent sur l'amélioration des performances humaines plutôt que sur l'éveil.

Le bouddhisme à l'occidentale est un programme complet de transformation de la société, se fondant sur la notion de "progrès" et privilégiant les "méthodes" et "techniques" pour établir une société harmonieuse et un individu parfait, au détriment de la voie de salut traditionnelle.


samedi 31 octobre 2026

«Le vote rend libre»





par Geoffrey Delavallée


À Auschwitz (1), on avait dit aux prisonniers que «le travail rend libre» : c’était écrit explicitement sur le frontispice du camp. Grosse arnaque ! On allait plutôt les faire crever au travail, oui. D’ailleurs pas un ne devait en réchapper : c’était le plan initial. «Et alors ?», me direz-vous. Et bien, dans notre «démocratie» occidentale, c’est comparable : «le vote, c’est la liberté du citoyen». Et c’est vrai… mais à la seule condition d’être particulièrement con, car le con accède facilement à la béatitude.

Explications.

Combien de fois a-je lu ici et là qu’il fallait le frexit pour la France. Que ça résoudrait beaucoup de ses problèmes. Ailleurs, qu’il fallait exiger le plein-emploi. Les gauchistes ne sont pas en reste : ils veulent la paix dans le monde. Les écolos ? Sauver Gaïa. Et les identitaires, de mettre «dehors» tous les immigrés. Tout ce joli monde se passionne, s’anime, se sent vivre, a même parfois l’impression d’écrire l’Histoire, la vraie, la grande (celle des Napoléon, JFK et autres «Che Guevara»…).

Mais que c’est beau, une démocratie qui vibre !

Sauf que… tout ça, c’est de la br*nlette ! Le citoyen-militant se trompe de film : il croit être le protagoniste principal, le héros qui va sauver le monde à lui tout seul alors qu’il est pratiquement un simple figurant. Il croit — pensée linéaire (2) oblige — qu’il suffit d’imaginer un autre monde, de faire prévaloir ses idées pacifiquement pour que le monde ainsi conscientisé ne change pour le mieux. Cette logique, qui se croit imparable, repose sur une illusion : celle selon laquelle nous sommes, chacun de nous pris individuellement, les maîtres de notre destin. Que nos choix nous appartiennent en propre…

Et bien ça, c’est des c*nneries : les membres d’une société capitaliste sont à classer (!) en fonction de leurs intérêts, toujours divergents (3). Ça donne des classes sociales (… et ben ouais), avec des objectifs et stratégies propres, face à des opportunités et des menaces. Et avec des moyens limités, encore. C’est très bas, médiocre même, mais la société capitaliste est ainsi faite. Et si il y a toujours eu des gens pour lutter pour la liberté et la justice universelles, la masse des gens — elle — roule surtout pour sa panse. Dans le grand livre des équations, celle qui explique l’état du monde a pour facteurs principaux la jalousie, la vengeance, la cupidité et la lâcheté. Voilà les vrais moteurs de l’Histoire !

En outre, il ne suffit pas de vouloir le changement, encore faut-il pouvoir le réaliser. Et ses obstacles ne sont pas (seulement) ceux de la bêtise ou de l’ignorance. Le premier écueil, c’est justement de ne pas se tromper de jeu, chacun ayant ses propres règles. Concrètement, la société ne change pas parce que les meilleures idées remplacent de plus mauvaises. Elle change parce que le rapport des forces a favorisé les porteurs de certaines idées et pas ceux d’autres. C’est comme à la guerre : je ne dirai pas qui est le gentil et qui est le méchant en Ukraine mais je sais que c’est le plus fort qui gagnera à la fin, et ça n’a rien à voir avec la gentillesse de l’un ou la méchanceté de l’autre (et inversement).

Ce qui fait avancer ou reculer la société, c’est la capacité à mobiliser des énergies pour réaliser des objectifs précis : la classe moyenne ne cherche qu’à continuer de s’empiffrer, les immigrés à envoyer un peu d’argent chez eux, les tradi’ de voir la décence prévaloir sur la débauche, les écolo’ de sauver la faune et la flore du changement climatique, les identitaires à préserver le modèle culturel national… Il y aura donc toujours des gens pour contester/bloquer une réforme : elle ne colle tout simplement pas avec leur «weltanschauung (4)» idéale (… centrée sur leur petit univers).

Car aucune idée actuelle ne peut unifier toutes les composantes de la société, dans un même plan. L’écologie ? Les riches peuvent voir venir (ça s’appelle un climatiseur). Le chômage ? Ça ne concerne pas les travailleurs, par définition. La violence urbaine ? Pas le problème des gens des campagnes («c’est chacun son tour, les emmerdes»).

Mais pourquoi ? Pourquoi cette division, semble-t-il, irréductible ? Parce que le véritable maître du jeu (soi-disant démocratique), ce n’est pas le citoyen, c’est le 1% !!!! Nos divisions sont la condition sine qua non de la dynamique politique actuelle : c’est son fondement, son fonds de commerce (5). Le 1% nous maintient dans l’illusion de la liberté de vote, du choix sans contraintes… alors que nous sommes tous dans une sorte de camp de concentration, celui de l’économie capitaliste… et l’économie, c’est 95% de nos choix (6) ! C’est là le secret de leur domination : ‘y a pas de mirador, pas de barbelés — rien n’est visible — mais il est pourtant interdit de s’en échapper. Interdit mais pas impossible.

Pour s’évader, il faudrait d’abord comprendre l’arnaque des élections : c’est un problème sans solution, car les termes du problèmes — la société divisée, les citoyens égoïstes — sont le problème ! Dans une société capitaliste, la vie démocratique et ses fameux «débats de société (7)» encouragent les divisions (égoïsme, cupidité…), elle sert en fait à nous faire tourner en rond comme des moutons. On s’épuise alors en vain à se faire la guéguerre fratricide, pendant que le 1% sirote son cocktail sur une plage caribéenne. Le 1% ne fait d’ailleurs pas partie du «système»… puisqu’il le domine ! Cette soi-disant démocratie est en réalité un système de dissipation d’énergie : c’est fait pour ne pas fonctionner, comme une usine à gaz. (8)

Pour conclure…

In fine, si ce que je vous décris vous déplait trop, vous pouvez toujours continuer à penser que faire de la politique (9) consiste à convaincre votre voisin qu’en compostant ses déchets organiques, il sauvera la planète. Vous réussirez peut-être à le gagner à la «cause» (… la vôtre). Malheureusement, vos exploits seront inversement proportionnels à leur utilité réelle. Car c’est une loi du genre → une société toute entière peut être mobilisée pour des broutilles (10), mais une fois qu’on rentre dans le dur il y a les défections en masse : les plafonds de verre (changer son train de vie, pour la classe moyenne), les tabous (la liberté des femmes dans l’islam), les limites pratiques (interdire les «vieux diesel» : comment se rendre sur son lieu de travail ?).

Pour se libérer du faux labyrinthe-vraie prison qu’est le système politique occidentale, il nous faut non pas nous unir (sur quels critères ? quels optima ?) mais communier !

Comme à l’église ou à la mosquée !

Une commune humanité : avec les mêmes besoins, les mêmes désirs. La même fin inéluctable. Car nous sommes semblables avant d’être différents/inégaux.



Notes :


1 - Oulàààà, attention ! on marche sur des œufs, là.

2 - Votre serviteur est plutôt adepte de l’autre mode de pensée, la dialectique.

3 - Sinon, ils seraient d’une même classe (par définition) !

4 - «Vision du monde» en Allemand. Une certaine idée de la France, aurait dit De Gaulle.

5 - C’est bien le cas de le dire.

6 - Et cette stat’ n’a rien à voir avec le communisme : les neurosciences l’ont assez démontré !

7 - Qui devrait s’écrire «débat de sociétéS», d’ailleurs.

8 - Ce jeu de mot avec le début de ce billet n’est pas intentionnel, mais on le garde quand même.

9 - Car il existe un niveau d’analyse supérieure : la métapolitique. Chercher sur YouTube «Institut Humanisme Total» de Loïc Chaigneau.

10 - Quoi, par exemple ? L’opération «pièces jaunes».



vendredi 30 octobre 2026

René Guénon et les enjeux spirituels de la disparition de la monnaie




On sait que l’argent ne vaut plus rien. Les prix de l’immobilier ont été multipliés par cent à Paris en soixante ans. J’ai plusieurs exemples en tête.

On se doute que sur ce sujet j’aurai recours à René Guénon, au règne de la quantité (chapitre XVI). Ensuite à Egon Von Greyerz, dont tous les crétins se moquaient, avant que l’or ne quintuple en dix ans.

Une chose est sûre, le fric, qui ne valait déjà plus rien, va disparaitre. Une autre l’est moins, savoir si on nous volera notre or (quand vous en avez) comme au temps de Roosevelt (Gold Reserve Act, bonne fiche sur Wikipédia-anglais), des nazis et du Front populaire. Il suffira de tuer quelques contrevenants pour faire craquer tous les autres. L’État moderne, qui en a vu et fait d’autres, ne s’arrêtera pas là. Lisez l’historien Hoppe pour le comprendre enfin.

Je vais insister théologie ici, parce les choses sont plus graves que ne le pensent les « éconoclastes » : l’annihilation de la monnaie reproduit en ces Temps de la Fin l’annihilation spirituelle de notre civilisation ET MÊME DE NOS PERSONNES.
Je rappelle à certains que salaire vient du mot « sel », que espèces viennent du mot « épices » !

Mais venons-en à Guénon qui se surpasse parfois – et pourtant c’est Guénon :

"La question dont il s’agit est celle de la monnaie, et assurément, si l’on s’en tient au simple point de vue « économique » tel qu’on l’entend aujourd’hui, il semble bien que celle-ci soit quelque chose qui appartient aussi complètement que possible au « règne de la quantité » ; c’est d’ailleurs à ce titre qu’elle joue, dans la société moderne, le rôle prépondérant que l’on ne connaît que trop et sur lequel il serait évidemment superflu d’insister ; mais la vérité est que le point de vue « économique » lui-même et la conception exclusivement quantitative de la monnaie qui lui est inhérente ne sont que le produit d’une dégénérescence somme toute assez récente, et que la monnaie a eu à son origine et a conservé pendant longtemps un caractère tout différent et une valeur proprement qualitative, si étonnant que cela puisse paraître à la généralité de nos contemporains."

Guénon explique ce qu’était une monnaie :

"Il est une remarque qu’il est bien facile de faire, pour peu qu’on ait seulement « des yeux pour voir » : c’est que les monnaies anciennes sont littéralement couvertes de symboles traditionnels, pris même souvent parmi ceux qui présentent un sens plus particulièrement profond ; c’est ainsi qu’on a remarqué notamment que, chez les Celtes, les symboles figurant sur les monnaies ne peuvent s’expliquer que si on les rapporte à des connaissances doctrinales qui étaient propres aux Druides, ce qui implique d’ailleurs une intervention directe de ceux-ci dans ce domaine ; et, bien entendu, ce qui est vrai sous ce rapport pour les Celtes l’est également pour les autres peuples de l’antiquité, en tenant compte naturellement des modalités propres de leurs organisations traditionnelles respectives."

Le lien entre spirituel et temporel était ainsi établi selon Guénon :

"Le contrôle de l’autorité spirituelle sur la monnaie, sous quelque forme qu’il se soit exercé, n’est d’ailleurs pas un fait limité exclusivement à l’antiquité, et, sans sortir du monde occidental, il y a bien des indices qui montrent qu’il a dû s’y perpétuer jusque vers la fin du moyen âge, c’est-à-dire tant que ce monde a possédé une civilisation traditionnelle. On ne pourrait en effet s’expliquer autrement que certains souverains, à cette époque, aient été accusés d’avoir « altéré les monnaies » ; si leurs contemporains leur en firent un crime, il faut conclure de là qu’ils n’avaient pas la libre disposition du titre de la monnaie et que, en le changeant de leur propre initiative, ils dépassaient les droits reconnus au pouvoir temporel."

Guénon rajoute dans une note passionnante :

"Voir "Autorité spirituelle et pouvoir temporel", p. 111, où nous nous sommes référé plus spécialement au cas de Philippe le Bel, et où nous avons suggéré la possibilité d’un rapport assez étroit entre la destruction de l’Ordre du Temple et l’altération des monnaies, ce qui se comprendrait sans peine si l’on admettait, comme au moins très vraisemblable, que l’Ordre du Temple avait alors, entre autres fonctions, celle d’exercer le contrôle spirituel dans ce domaine ; nous n’y insisterons pas davantage, mais nous rappellerons que c’est précisément à ce moment que nous estimons pouvoir faire remonter les débuts de la déviation moderne proprement dite."

Relisez Dante…

Fin du caractère sacré :

"Il est donc arrivé là ce qui est arrivé généralement pour toutes les choses qui jouent, à un titre ou à un autre, un rôle dans l’existence humaine : ces choses ont été dépouillées peu à peu de tout caractère « sacré » ou traditionnel, et c’est ainsi que cette existence même, dans son ensemble, est devenue toute profane et s’est trouvée finalement réduite à la basse médiocrité de la « vie ordinaire » telle qu’elle se présente aujourd’hui."

Guénon donne une bonne explication à la Prison Planet du capitalisme moderne :

"Ce que nous avons dit du caractère quantitatif par excellence de l’industrie moderne et de tout ce qui s’y rapporte permet de le comprendre suffisamment : en entourant constamment l’homme des produits de cette industrie, en ne lui permettant pour ainsi dire plus de voir autre chose (sauf, comme dans les musées par exemple, à titre de simples « curiosités » n’ayant aucun rapport avec les circonstances « réelles » de sa vie, ni par conséquent aucune influence effective sur celle-ci), on le contraint véritablement à s’enfermer dans le cercle étroit de la « vie ordinaire » comme dans une prison sans issue."

Il explique avant Yellen-Draghi pourquoi la monnaie ne vaut rien (un quarantième de l’or depuis quarante ans, un centième pour le dollar depuis la FED-1913) :

"Pour en revenir plus spécialement à la question de la monnaie, nous devons encore ajouter qu’il s’est produit à cet égard un phénomène qui est bien digne de remarque : c’est que, depuis que la monnaie a perdu toute garantie d’ordre supérieur, elle a vu sa valeur quantitative elle-même, ou ce que le jargon des « économistes » appelle son « pouvoir d’achat », aller sans cesse en diminuant, si bien qu’on peut concevoir que, à une limite dont on s’approche de plus en plus, elle aura perdu toute raison d’être, même simplement « pratique » ou « matérielle », et elle devra disparaître comme d’elle-même de l’existence humaine."

Et tout cela annonce notre Armageddon :

"Cela peut déjà servir à montrer que, comme nous le disions plus haut, la sécurité de la « vie ordinaire » est en réalité quelque chose de bien précaire, et nous verrons aussi par la suite qu’elle l’est encore à beaucoup d’autres égards ; mais la conclusion qui s’en dégagera sera toujours la même en définitive : le terme réel de la tendance qui entraîne les hommes et les choses vers la quantité pure ne peut être que la dissolution finale du monde actuel."

Et maintenant je laisse conclure Von Greyerz qui n’a peut-être pas lu Guénon mais nous aura prévenus.

"Peu de gens réalisent que leur monnaie n’est qu’une entrée électronique qui peut être annulée en une seconde par le gouvernement. Cela signifie que leur monnaie peut disparaître, pour ne jamais réapparaître. C’est ce que les gouvernements et les banques centrales veulent imposer dans la plupart des pays occidentaux.

Les gens pensent que leur argent est en sécurité à la banque et ne réalisent pas que la monnaie électronique n’est pas introduite par commodité, mais bien pour les empêcher de retirer leur argent lorsque les banques insolvables ayant utilisé à outrance l’effet de levier manqueront de cash. Quiconque possède un compte bancaire doit comprendre qu’un jour, il n’y aura plus d’argent à la banque. Les distributeurs automatiques seront fermés et il n’y aura pas de cash disponible. C’est une façon élégante de régler le problème d’insolvabilité du système financier: il n’y aura pas de monnaie papier disponible, ni de monnaie électronique… plus d’argent à retirer.

À ce moment-là, le gouvernement n’imprimera plus de monnaie pour les particuliers, puisqu’elle sera inutilisable. Il imprimera des coupons à utiliser dans certains magasins et pour d’autres dépenses. C’est déjà le cas dans des pays comme le Zimbabwe. Les gens ne pourront dépenser qu’une quantité très limitée de l’argent déposé sur leur compte bancaire chaque mois, comme nous l’avons vu en Argentine.
Bien sûr, l’impression monétaire massive continuera pour sauver le système financier lorsque tous les actifs imploseront. Une très faible quantité de cette monnaie parviendra aux gens ordinaires.

La plupart d’entre vous diront que ce scénario est totalement irréaliste, pire qu’apocalyptique. J’espère qu’il ne se réalisera jamais. Mais ce que je veux dire est qu’en remettant des actifs aux banques et, finalement, au gouvernement, qui contrôle les banques, la plupart des gens perdront totalement le contrôle de leurs biens."

On va citer Dante, pour terminer, sur la destruction des templiers et nos rois maudits. Et je vous préviens : ça n’est pas dépassé du tout. C’est même à l’époque du reptilien Draghi et des dettes (debitum, le péché, en latin) européennes ou yankees terriblement actuel :

"Que pourrais-tu nous faire, Avarice, de plus,
après avoir si bien avili tous les miens,
que de leur propre chair ils ont perdu le soin ?
Pour que le mal futur ou fait paraisse moindre,
je vois la fleur de lis entrer dans Anagni
et faire prisonnier le Christ en son vicaire.
Je le vois à nouveau soumis aux moqueries ;
je vois renouveler le vinaigre et le fiel ;
je le vois mettre à mort, où les larrons sont saufs.
Ce Pilate nouveau, je le vois si cruel
qu’il n’en est pas content et pousse jusqu’au Temple,
sans jugement, la nef de sa cupidité."

https://lesakerfrancophone.fr/rene-guenon-et-les-enjeux-spirituels-de-la-disparition-de-la-monnaie


mercredi 28 octobre 2026

Sur le chemin de la société spirituelle : les pistes d’un anarchisme spirituel (Hakim Bey)



Résistance 71 :

Nous republions notre traduction de Wilson (Hakim Bey) de 2002, que nous avions publiée en 2022, parce qu’elle est toujours on ne peut plus d’actualité. Nous avons rajouté quelques citations idoines et lectures complémentaires sous l’article pour éclairer plus avant les propos tenus et aussi faire lire certains des auteurs / penseurs mentionnés. A (re)lire et diffuser sans modération. La nouvelle société humaine post-état-marchandise sera spirituelle (et non pas religieuse) ou ne sera tout simplement pas…


“C’est donc bien la coupure politique qui est décisive, et non le changement économique. La véritable révolution, dans la protohistoire de l’humanité, ce n’est pas celle du néolithique, puisqu’elle peut très bien laisser intacte l’ancienne organisation sociale, c’est la révolution politique, c’est cette apparition mystérieuse, irréversible, mortelle pour les sociétés primitives, de ce que nous connaissons sous le nom d’État. Et si l’on veut conserver les concepts marxistes d’infrastructure et de superstructure, alors faut-il accepter de reconnaître que l’infrastructure c’est le politique et que la superstructure c’est l’économique.”
~ Pierre Clastres, 1974 ~

“Là où cesse l’État, c’est là que commence l’Homme, celui qui n’est pas superflu : là commence le chant de ce qui est nécessaire, la mélodie unique et irremplaçable. Là où cesse l’État — regardez donc mes frères ! Ne les voyez-vous pas, l’arc-en-ciel et les ponts du surhumain ?”
~ Friedrich Nietzsche, “De la nouvelle idole” ~

“Le but de la vie est de voir un monde dans un grain de sable, un paradis dans une fleur ; de tenir l’infini dans le creux de votre main et l’éternité dans une heure.”
~ William Blake ~


Anarchisme spirituel : sujets de recherche



Traduit de l’anglais par Résistance 71



1. Conservateur de l’âge de pierre (tribal, grosso modo égalitaire, proto-chamanique, chasseur / cueilleur, jardinier, économie du don, etc…)

Les villes-états sumériennes (4ème Millennaire) : L’effondrement de la politique humaine non stratifiée, l’émergence de la séparation [du pouvoir du corps social] {cf Pierre Clastres)

Enkidu de Gilgamesh : Domestication de “l’homme sauvage”

La bonne vieille cause et l’éternel évangile — Ce que William Blake appelait le Druidisme, qui a en fait toujours été le déguisement de notre chamanisme de l’âge de pierre et la lutte entre le paganisme à “déesse” et l’escroquerie illuminati vieille de 6000 ans : la religion d’Etat (et l’Etat comme religion).

L’émergence de l’argent comme sexualité des morts.

2. L’âge de bronze : paganisme du dieu de la guerre, menant au paganisme impérialiste de Rome à l’âge du fer (NdT : fer inventé et généralisé par les Celtes / Gaulois précisons-le…), la grande bête de la révélation :

Contre cette première église apparaît comme une dialectique de la résistance, spécifiquement dans sa forme Essene ou Nazarite / Ebionite, le zèle, le gnosticisme, la réforme sociale (les monnayeurs hors du temple, l’évangile du pauvre etc..) et le mysticisme néo-platonicien contre le “don de Constantin”, l’appropriation du christianisme par Rome (tout comme les prêtres et rois sumériens s’approprièrent la spiritualité néolithique comme “contenu supprimé” des cultes du temple. NdT : et que les juifs se sont eux-même appropriés tout cela par la suite, essentiellement tout vient de Sumer, voir Gilgamesh et autres…)

Le christianisme, à l’origine un culte gnostique radical (dans sa racine profonde) (“Le royaume des cieux est en vous”), fonctionne maintenant comme une religion d’état : — de sévères contradictions, schizo-culture, etc…

3. Mais toute religion est enracinée dans une contradiction de base : Le vieux contenu spirituel de l’âge de pierre (la mythologie clastrienne si on veut), placardé sur l’idéologie de la séparation hégémonique de l’âge du fer (voir surtout L’Enuma Elish ou “la génèse babylonienne” où le dieu de la guerre Marduk tue Tiamat la déesse néolithique). La religion essaie constamment de dépasser ou de rectifier cette contradiction. Mais les marchands / monnayeurs [du temple] retournent toujours au temple et la rectification est une fois de plus étiquetée d’hérésie, d’apostasie, d’ombres magiques, de crime rituel.

Les sectes hérétiques millénaires parlent de restaurer l’Âge d’Or : ce rêve dérive de mémoires, de souvenirs réels (stockés dans le mythe) de l’âge de pierre et de sa société de chasseur / cueilleur à économie du don essentiellement égalitaire chamano-païenne.

4. La spiritualité n’est pas religion. La spiritualité est l’esprit créateur de l’imaginaire social, la religion est son opposé ou sa négation, son “spectre” comme dit William Blake : — l’aliénation de cette créativité dans les pouvoirs d’opposition, mais, à cause de paradoxes dialectiques complexes, le noyau de la spiritualité est souvent trouvé dans des coquilles de religion— spécifiquement les mystiques comme Maître Eckhart et les moines spirituels franciscains— et le poison des religions souvent entache les hérésies, spécifiquement si elles gagnent un véritable pouvoir.

5. En périodes religieuses, toute parole et pratique non autoritaire seront exprimées en termes religieux— en général en tant qu’hérésie, schisme, apostasie, magie etc. — mais parfois aussi en tant “que réformes au sein de l’église” ou de formes marginales et permises d’excès (communisme monastique par exemple).

Les historiens de l’anarchisme, qui le trace depuis les cyniques de la Grèce antique jusqu’aux Lumières, avec rien entre les deux, n’apprécient pas la réalité de la mentalité : chaque âge doit faire l’expérience de quelque chose de la liberté (si seulement même son rêve) sous peine de perdre son humanité. L’histoire de l’anarchisme a eu conscience (plus qu’une idéologie) qui réside enfouie dans une archéologie de résistance spirituelle. Nous devons relire de nouveau les hérétiques (voir par exemple le travail de Raoul Vaneigem sur l’hérésie de L’esprit libre).

6. Le problème du dualisme gnostique. Des formes extrêmes de spiritualité identifiée sont souvent le monde social au monde naturel, et les condamnés tous deux. Elles rejettent le “dieu de la création” comme un mal et méprise l’”âme” comme Principe de vie. Seul “l’esprit” satisfait de tels extrémistes. Leur haine du corps devient plus exagérée et sévère, plus même que celle de l’église (qui au moins condamne le suicide et promet la résurrection du corps).

Le problème du dualisme hante l’anarchisme, je pense. La haine de Proudhon pour dieu est peut-être dérivée de sa lecture précoce de la littérature dualiste gnostique (alors qu’il mettait en place les caractères d’impression de par son métier de typographe d’imprimerie), une sorte de Catharisme séculier. Le matérialisme athéisme à la Bakounine, cela peut paraître très immatériel parfois, miné par ses propres lutins, ses impératifs catégoriques, son adoration aveugle de la science, de la machine sur l’humain et son étrange asexualité. (NdT : Bakounine n’adorait pas aveuglément la science, bien au contraire… Marx oui, pas Bakounine qui disait ceci : “La science a pour but d’éclairer la vie et non de la gouverner. Le gouvernement de la science et des hommes de la science, s’appelassent-ils même des positivistes, des disciples d’Auguste Comte ou même des disciples de l’école doctrinaire du communisme allemand, ne peut être qu’impuissant, ridicule, inhumain, cruel, oppressif, exploiteur et malfaisant…” et aussi : “La science comprend la pensée de la réalité, non la réalité elle-même, la pensée de la vie et non la vie, voilà sa limite, la seule limite vraiment infranchissable pour elle, parce qu’elle est fondée sur la nature même de la pensée humaine, qui est l’unique organe de la science.”)

Une aide possible pour dépasser un tel crypto-dualisme peut bien venir d’une approche “panthéiste moniste” depuis des modèles chamaniques et païens — ce que T. McKenna appelait le “revivre archaïque”, pas un retour à l’âge de pierre, mais un retour de l’âge de pierre.

7. Parce que nous sommes tous post-Lumières, qu’on le veuille ou non, la “science” nous pose le problème de la téléologie (ou téléologique comme l’appelait Henri Bergson). Nous croyons vraiment en la mort de dieu. L’aspect spectral des Lumières, ce qu’Adomo (?) appelait “la cruelle instrumentalité de la Raison”, aplatit la conscience de permission en une vaste carte 2D. Toute manifestation de sens menacerait le monopole de “l’accident brut”, de la “collision aléatoire des particules”, des modèles mécaniques / comportementalistes de la conscience — “la nuit newtonienne”.

Ainsi donc cette plaie contemporaine du non sens total : nous sentons ses germes tapis derrière le fin écran d’une gaze de lumière. Effondrement de la morale. Aucune pensée pendant sept générations. Arrêtons les feux de forêts en… coupant les forêts. “Il n’existe pas de société.” disait la baronne Margaret Thatcher.

8. Le mouvement du social au niveau inconscient constitua en lui-même une sorte d’(anti)religion. Après tout quel preuve y a t’il pour un athéisme matérialiste ? Tout aussi bizarroïde que dieu en fait, l’absence de sens.

Le parti communiste comme un autre saint empire romain.

La faiblesse philosophique de l’anarchisme réside sûrement quelque part près de la ligne de faille entre le non sens et la morale. Comment peut-il y avoir une bonne et juste façon de vivre dans un univers “absurde” ? Un engagement existentiel ? Un grand saut dans l’obscurité ? Pourquoi ne pas découper sa propre part ou plus ? Quel esprit faquin dit non ? (Voir Stirner et Nietzsche)

Nietzsche bien sûr devint et mourut fou et signa sa dernière lettre “Dionysos et le crucifié”, renaissance d’un dieu, mais seulement dans un abysse sans voix. Nous devons peut-être considérer l’exigence d’une “dure moralité” — et peut-être même aussi une sorte de sens — bien qu’inexpressible — ou même “spirituel”.

9. Maintenant, avec l’effondrement du social et le triomphe du Capital Global, nous, les vestiges pulvérisés, pourrions montrer d’heureux visages et dire que le mondialisme est juste le nouvel internationalisme, l’Étape Finale… finale du Capital et que bientôt les moyens de production tomberont finalement bien mûrs entre les mains d’un prolétariat global éveillés. Ou, nous pourrions admettre tristement que la Totalité nous a gobée, que l’Histoire est morte, que l’aliénation est universelle, que les dernières expropriations ont été menées à bien, que la logique de la combinaison argent-technologie se termine avec l’élimination de l’humain, la pollution de l’espace-temps de Virilio, le Grand Accident. Ou, nous pourrions refuser cette dichotomie, demander l’impossible. Mais qu’est-ce que l’impossible, si ce n’est une sorte de spiritualité ?..

Si à la fois la religion et l’idéologie nous ont trahi, alors peut-être avons-nous besoin d’un nouveau paradigme. Mais toute “nouvelle” vision du monde a des ancêtres. Le post-modernisme n’a pas eu besoin de vouloir dire de simplement tamiser la poubelle de l’histoire pour construire plus de commodités et d’attitudes “révolutionnaires”. Disons que nous essayons d’imaginer in mouvement Écolo non autoritaire fondé sur un anarcho-fédéralisme proudhonien mâtiné d’entraide kropotkinienne, un truc vraiment basique de la “plomberie anarchiste”, mais enraciné dans une forme de spiritualité. Où pourrions-nous regarder pour trouver une inspiration ? En avons-nous une tradition ?

10. Une généalogie de la résistance ? Une “chaîne de transmission en or” passant depuis l’esprit autonomiste de l’âge de pierre ?

Puisque nous avons mentionné l’Europe médiévale, commençons donc par là : malheureusement nous devrons ignorer l’époque classique, l’Orient etc, la Taoïsme par exemple, mais aussi le Chiisme et le soufisme, la Kabale radicale (Sabbatai Sevi and Jacob Frank), l’Hindouisme (tantrique, ou les syncrétistes radicaux comme Sabir ou le Parti Terroriste du Bengale), ainsi que le chamanisme tribal et son histoire de l’âge de pierre à aujourd’hui. En lieu et place nous demeurerons avec le christianisme, ne serait-ce que parce qu’aune vaste majorité d’entre nous sont élevés dans la considération qu’il est l’Ennemi par excellence.

Sujet de recherche :

- Joachim di Fiori et les Franciscains Spirituels, Beghards et Beguines — La confrérie de l’Esprit Libre ;

- Les Adamites (literal return of the Golden Age. Le retour littéral à l’Âge d’Or, nus pour un “signe” —) ;

- L’aile radicale de l’hermétisme de la renaissance, spécifiquement Giordano Bruno, brûlé sur le bûcher pour hérésie en l’an 1600 et l’alchimiste Paracelsus, qui soutint la révolte des paysans de 1525 contre Luther et les princes ;

- La Réforme radicale — ni catholique ni protestante, mais celle des Anabaptistes et du “Communisme de la Bible”.

Les Spiritualistes (Sebastian Franck, Schwenckfeld, Paracelsus) qui prêchèrent une église invisible exotérique sans dogme, sans sacrements, sans ministères ni autorités.

Les Libertins

- La famille de l’amour ;

- Les Rosicruciens, l’idée de la “tolérance radicale”, l’influence de l’alchimie soufie et de la Kabale juive ;

- Les mystiques allemands — puis plus tard Jacob Boehme et les piétistes hermétiques (Jane Leane & les Philadelphiens de Londres) ; 

- La révolution anglaise (voir Christopher Hill and J.P. Thompson) — Diggers, Ranters, Levellers, Seekers, Fifth Monarchy Men and Muggletonians (la mère de William Blake était une Muggletonienne), les Quakers originaux, Antinomians; puis plus tard les Chapelles des Blasphémateurs ;

- La franc-maconnerie de gauche: John Toland, les Druides et Libres Penseurs. Thomas Paine & William Blake comme “druides.” Les sociétés maçonniques qui furent derrière la révolution française…

- William Blake — sine qua non ;

Le romantisme de gauche allemand et anglais, Charles Fourrier en tant qu’hermétique socialiste, les romantiques américains — Thoreau, Emerson, S. Pearl Andrews, Spiritualisme et Radical Reform, la “Religion de la Nature” (L’influence amérindienne) ;

- Gustav Landauer, Gh Scholem, W. Benjamin; Surrealism (spécifiquement la faction de l’hermétisme) — aussi R. Callois et G. Bataille ;

- Le retour du chamanisme (depuis au moins le XVIIIème siècle) ;

- Le Neo-paganisme ; les hérésies universalistes ; les cultes psychédéliques, “entheogenic ceremonialism” ; etc.

11. La critique de la civilisation a besoin d’une forte science pour elle-même. La science post-Lumières avec sa crypto-métaphysique de “matière morte” a besoin d’une révolution kuhnienne, d’une restitution du sens, d’un ré-enchantement du paysage. Pas juste un mythe sorélien, mais un véritable mythe. Une spiritualité surréaliste centrée sur la Terre, une hypothèse Gaïa plus qu’hypothétique, une véritable expérience spirituelle. L’extase comme entase (voir Bakhtin), un festival de conscience comme magie.

Dans ce contexte, l’hermétisme se recommande à cause de sa vision néo-platonicienne rectifiée de la matière comme esprit, la doctrine de la Terre en tant qu’être vivant. (Nicholas of Cusa, Pico, Ficino, Cambridge Neoplatonists, etc.). L’hermétisme n’est pas une religion mais une science de l’esprit et de l’imagination, empirique et expérimentale. Historiquement, il est plus près de nous que le chamanisme ou le mode oriental et plus culturellement familier (bien qu’aussi étrange, toujours étrange…). Il est compatible avec le mysticisme chrétien, juif, musulman et hindou, peut-être aussi avec le Taoïsme et le bouddhisme, certainement avec la Rose Croix et la Franc-Maçonnerie et avec la plupart des grandes hérésies.

12. Je ne veux pas argumenter sur le principe de “spiritualité anarchiste” ou “d’anarchisme spirituel”. Par leurs fruits tu les reconnaîtra. La “recherche” ici veut dire participation, une volonté d’halluciner et d’être balayé au-delà le censeur de la Raison illuminées, peut-être même dans le démoniaque. Psychonautes dans les bathysphères psychiques.

— October 2002

“La vaste majorité des humains est déconnecté de la terre et de ses produits, de la terre et des moyens de production, de travail. Ils vivent dans la pauvreté et l’insécurité. […] L’État existe afin de créer l’ordre et la possibilité de continuer à vivre au sein de tout ce non-sens dénué d’esprit (Geist), de la confusion, de l’austérité et de la dégénérescence. L’État avec ses écoles, ses églises, ses tribunaux, ses prisons, ses bagnes, l’État avec son armée et sa police, ses soldats, ses hauts-fonctionnaires et ses prostituées ; là où il n’y a aucun esprit et aucune compulsion interne, il y a forcément une force externe, une régimentation, un État. Là où il y a un esprit, il y a société. La forme dénuée d’esprit engendre l’État, L’État est le remplaçant de l’esprit.”
~ Gustav Landauer, 1911 ~

“Plus le péril grandit et plus grandit ce qui sauve.”
~ Hölderling ~

“Les prisons sont construites des pierres de la loi.
Les bordels des briques de la religion.
La fierté du paon est la gloire de dieu.
La luxure de la chèvre la récompense de dieu.
La colère du lion, la sagesse de dieu.
La nudité de la femme, son œuvre.”
~ William Blake ~

Lectures complémentaires :

Karmapolis de Zénon

Pierre Clastres sur R71

Léon Tolstoï

Proudhon

Pierre Kropotkine

Gustav Landauer

Raoul Vaneigem

Nietzsche (L’intégrale PDF)

Taoïsme

Le monde et le défi celte

Introduction à la pensée des peuples natifs des Amériques (Russell Means)

Source :
https://resistance71.wordpress.com/2024/06/04/sur-le-chemin-de-la-societe-spirituelle-les-pistes-dun-anarchisme-spirituel-hakim-bey/

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Vivre sans Etat 


Réveillez-vous, les utopistes ! L’État moderne, ce concept qui n’a que quatre siècles, organise toute notre vie même si nous ne l’avons pas choisi. "Tracks" ouvre ses archives et propose une plongée inédite dans des modes de vie et de pensée alternatifs qui se frottent aux rigidités de nos structures étatiques pour mieux les assouplir.

De la communauté Sunseed qui lutte contre la désertification dans un coin aride d’Espagne aux anarchistes grecs du quartier rebelle d’Exarchéia à Athènes, en passant par des fondateurs de micro-nations comme celle de l’île Bermond, dans la baie de Marseille, « Vivre sans état » se frotte aux rigidités de nos structures étatiques actuelles pour mieux les assouplir.

En plongeant dans la mémoire de l’émission TRACKS, ce documentaire poursuit une collection dédiée à celles et ceux qui contredisent l’injonction du « think big », se débarrassent des surplus et des diktats, abandonnent les institutions qu’on croyait éternelles. Chaque film est une immersion dans des modes de vie et de pensée alternatifs, sans complaisance ni préjugés. Une invitation renouvelée à bousculer nos certitudes.

(Vidéo disponible jusqu'au 26/01/2028.)



lundi 26 octobre 2026

L'IA, manifestation de l'Antéchrist ?


Peter Thiel et Palantir



L'humanité vit-elle la fin des temps prédite par la Bible ? Selon la vision du monde du milliardaire de la tech Peter Thiel, c'est le cas. Dans une série de conférences consacrées à l'Antéchrist, l'investisseur brosse le tableau d'un scénario apocalyptique. Il ne pense pas pour autant à des catastrophes environnementales ou nucléaires, mais met en garde contre la stagnation technologique et la montée d'un « gouvernement mondial totalitaire », qu'il considère comme la plus grande menace pour l'humanité. Parallèlement, le fondateur de Palantir met en place une infrastructure numérique destinée à propulser l'humanité dans une ère transhumaniste. Thiel qualifie de manifestation de l'Antéchrist quiconque freine l'avancée triomphale de l'intelligence artificielle [l'Antéchrist est un séducteur]. L'IA est présentée comme un dieu et un sauveur. L'être humain tel qu'on le connaît aujourd'hui est appelé à disparaître. Une évolution induite par l'IA, c'est-à-dire l'association de l'homme à des machines « omniscientes », serait imminente. La société de logiciels de Thiel, Palantir, joue ici un rôle clé.

L'être humain se trouve désormais littéralement face à un choix : soit devenir une machine programmable, soit accéder à sa véritable vocation. [...]

Comment le mythe Thiel s'est construit

Depuis un certain temps déjà, le nom de Peter Thiel est sur toutes les lèvres dans les médias. Beaucoup le connaissent comme le dirigeant de Palantir – sans doute le groupe le plus puissant de tous les temps dans les domaines de la surveillance, de l'espionnage et du big data. Palantir traite des volumes de données colossaux provenant de différentes sources, telles que les bases de données de la police, les données de santé ou les contenus des réseaux sociaux. Ces données sont regroupées et analysées en quelques secondes à l'aide de l'intelligence artificielle. C'est également ce grand groupe qui, aux États-Unis, en Europe et dans des zones de conflit comme la Palestine, se charge de recenser les personnes, de les surveiller et de constituer des bases de données, de sorte que chaque mouvement jamais effectué sur le réseau mondial soit, pour ainsi dire, immédiatement accessible en temps réel. Ce système est de plus en plus associé à des caméras en temps réel dans les lieux publics, aux données des téléphones portables, au suivi des déplacements, aux codes QR, etc. Palantir permet une surveillance totale.

D'où vient Thiel ? 

Vu de l'extérieur, des personnalités comme Peter Thiel ou Elon Musk semblent être des génies qui, grâce à leur intelligence, sont devenus des figures de premier plan des symboles d'ascensions fulgurantes parties de rien. Mais est-ce vraiment le cas ?

Peter Thiel est né en 1967 à Francfort. Il a étudié à l'université de Stanford à partir de 1985 et y a fondé le journal étudiant « Stanford Review ». Thiel a bénéficié du soutien financier et intellectuel d'Irving Kristol. Kristol avait des liens avec la CIA et était membre du Council on Foreign Relations (CFR). Le CFR [groupe de réflexion situé au sommet de la pyramide maçonnique] est une institution maçonnique fondée par les Rothschild et financée par les Rockefeller – deux des familles les plus puissantes au monde. Irving Kristol est lui-même franc-maçon au sein de la loge Hathor Pentalpha.

Palantir a été officiellement fondée en 2003. Cette entreprise technologique américaine a bénéficié d'un financement initial de la part d'In-Q-Tel, la société d'investissement de la CIA, qui est l'agence de renseignement américaine.

Outre Palantir, Peter Thiel est devenu en très peu de temps cofondateur et investisseur de nombreuses autres entreprises. L'une de ses premières entreprises fut PayPal. À l'époque, il était considéré comme « le parrain » de la « PayPal Mafia », un groupe d'entrepreneurs en pleine ascension de la Silicon Valley. Les membres de la « PayPal Mafia » de Thiel ont ouvert la voie vers un nouvel univers numérique. Ils ont fondé ou investi dans des réseaux sociaux tels que Yelp, Yammer ou LinkedIn, ainsi que dans YouTube, Tesla, SpaceX, Neuralink [développement d'une interface cerveau-ordinateur], Facebook et Clearview AI [logiciel de reconnaissance faciale], pour n'en citer que quelques-uns. Un essor technologique fulgurant a alors commencé.

En 2007, Peter Thiel a été désigné « Young Global Leader » par le FEM [Forum économique mondial]. Le Forum économique mondial (FEM) est une plateforme réunissant les personnes les plus riches et les plus influentes de la planète. Au même moment, un article publié dans Forbes l'a fait connaître dans le monde entier.

Aujourd'hui, c'est vers Thiel que convergent les fils conducteurs du secteur technologique, du monde de la finance, de l'armée et de la recherche la plus insoupçonnée. Il est considéré comme l'un des hommes les plus influents au monde.

On constate que, dès le début, Thiel a été soutenu et mis en avant par un réseau influent. Ce réseau est composé de transhumanistes et de technocrates. Les transhumanistes prétendent perfectionner l'être humain grâce à la super-intelligence des machines. Les technocrates veulent remplacer les gouvernements traditionnels par un régime prétendument infaillible dirigé par des super-ordinateurs (IA).

Que veut Peter Thiel, transhumaniste et technocrate ?

Le « dieu-IA » de Peter Thiel

Officiellement, les transhumanistes souhaitent créer une sorte de surhomme, une post-humanité ou provoquer un bond en avant dans l'évolution de l'espèce humaine. « L'objectif est de dépasser et d'éradiquer radicalement l'homme biologique 1.0. La fin de l'Homo sapiens. »

Selon leur conception, les êtres humains seraient contrôlables par des ordinateurs infaillibles grâce à des interfaces cérébrales et d'autres technologies. NeuraLink, dirigée par le technocrate Elon Musk est, par exemple, une entreprise bien connue dans ce domaine. Ce sont les premiers « miracles thérapeutiques » présumés, tels que les prothèses contrôlées par le cerveau, qui rendent cette idée attrayante aux yeux du public. Cela peut sembler séduisant. Mais de quoi s'agit-il réellement ? Thiel donne des conférences devant un public trié sur le volet aux quatre coins du monde. Quelle logique Thiel défend-il publiquement ? Thiel se présente comme un chrétien fondamentaliste et entremêle son idéologie avec des passages bibliques. Il considère que les cultures occidentales sont à la veille d'une apocalypse, d'un effondrement de l'Ancien Monde et de l'avènement d'un Nouveau Monde. Notre société moderne, fondée sur la concurrence et la liberté individuelle, mènerait à la violence et à la ruine. Selon Thiel, il faudrait mettre fin à la liberté d'action des individus.

Thiel dépeint la grande menace que représente un super-État totalitaire. Les démocraties libérales, avec leurs parlements, ainsi que les institutions supranationales telles que l'ONU ou l'UE, aspireraient à un « nouvel ordre mondial » et, par leurs réglementations, entraveraient l'IA, c'est-à-dire le sauveur. 

Vous trouverez ci-dessous quelques extraits d'une interview très intéressante réalisée par NuoFLIX avec Tariq Hübsch. Tariq Hübsch est, aux côtés de Tahir Chaudhry, coauteur de l'ouvrage « Peter Thiel : Palantir, le dieu-IA et la fin de l'humanité ». Tariq Hübsch décrit ci-après l'idéologie de Peter Thiel, telle que ce dernier la défend publiquement.

Tariq Hübsch : « Bon, si on veut résumer Peter Thiel… disons, en une seule chose, alors c’est un défenseur de la technologie, un défenseur de l’intelligence artificielle, un défenseur de l’amélioration technologique de l’être humain, ce qu’on appelle le transhumanisme. Que l'être humain s'améliore sur le plan technologique et atteigne ainsi un nouveau stade d'évolution. Il veut, par exemple, être immortel. Il veut vivre éternellement. Il pense tout simplement que la clé du salut réside dans la technologie. C'est en quelque sorte le mantra de Peter Thiel. Mais il se décrit également comme un chrétien pratiquant. Et il donne désormais des conférences partout dans le monde, comme récemment à Rome, par exemple, près du Vatican, sur le thème de l'Antéchrist. […] Et c'est un élément central de ce livre. Et je ne souhaite pas m’attarder ici sur cette histoire d’« Antéchrist » de Peter Thiel, mais plutôt m’interroger sur le fait que dans ce livre lui-même – dont le sous-titre est d’ailleurs « Le dieu-IA », par exemple –, il apparaît clairement que la technologie et l’intelligence artificielle, ne sont pas simplement des éléments dits « laïques », au sens où ils seraient purement profanes, mais nous entretenons également un tel lien avec ces systèmes parce qu’ils sont extrêmement imprégnés de religion. Ils sont chargés de sens religieux. […]

Et on pourrait en parler pendant des heures, à savoir de quelle manière, de façon tout à fait délibérée selon moi, cette IA est en quelque sorte présentée comme une sorte de figure religieuse salvatrice ou comme une sorte de dieu à venir. […] Il affirme en effet, et c'est là son interprétation, que quiconque freine l'avancée triomphale de l'intelligence artificielle est une manifestation de l'Antéchrist. […] Et quiconque souhaite freiner le progrès technologique ne fait en réalité que nuire et c'est lui qui réclame des règles, des règles mondiales. Et ils ajoutent ensuite que le plus grand danger réside dans le fait que nous nous dirigeons vers ce qu'on appelle le « Nouvel Ordre Mondial ». Et bien sûr, sous nos latitudes, dans les médias alternatifs, on se demande : « Mais qu'est-ce qui se passe ? » Peter Thiel met en garde contre le « Nouvel Ordre Mondial », contre un super-État mondial totalitaire, et affirme que quiconque souhaite freiner l'IA cherche en réalité à créer ce super-État mondial totalitaire. Et puis il se demande : « Comment puis-je relier tout cela ? Comment puis-je comprendre cela ? » […]

Il fait l'objet de critiques extrêmement virulentes, car on comprend bien sûr que, d'un côté, il met en garde contre ce super-État totalitaire, mais que, de l'autre, il dispose, avec Palantir, de la technologie qui permettrait justement la création de ce super-État totalitaire. C'est un peu comme le serpent qui se mord la queue. […] Et pour résumer ça en une seule expression, l'Antéchrist est, dans toutes les religions, avant tout celui qui trompe les hommes. C'est un trompeur. Et ce rôle — celui de la personne qui égare les gens, qui les dupe et les mène en bateau — est, bien entendu, celui que joue Peter Thiel. D'un côté, mettre en garde contre cela, mais de l'autre être celui qui le met en place, c'est en soi une manifestation de l'Antéchrist. […]

Et ce que je trouve extrêmement passionnant, par exemple, c'est cette idée du transhumanisme, selon laquelle l'être humain s'unit pour ainsi dire à la technologie ; prenons l'exemple de l'intelligence artificielle, et qu’il se fond ainsi dans une sorte d’organisme collectif où tous sont interconnectés et parviennent à nouveau à une forme de conscience, ce qui donne alors ce qu’on appelle une conscience collective, une sorte d’esprit de ruche. Les Borgs dans Star Trek sont un peu comme ça. […]

[…] et ils nous font croire, ou du moins c’est ce qu’ils nous présentent, qu’il sera effectivement possible pour l’être humain de connecter sa conscience à cette IA, à ce système, et que tous les êtres humains à travers le monde seront alors connectés ; et une fois que cela se sera produit, il en résultera une sorte de super-intelligence, une singularité, et nous aurons atteint un état de conscience, une conscience collective, qui sera si incroyablement intelligente qu’elle pourra, par exemple, modifier la matière elle-même. […]

Ainsi, pour les plus fervents défenseurs de l'IA, comme Ray Kurzweil par exemple, l'IA permettra, selon eux, de repousser la mort, de vaincre la mort, d'éradiquer les maladies, d'apporter une abondance infinie, de réconcilier les hommes entre eux et d'instaurer la paix. […]

Jusqu’à ce genre de fusion entre l’homme et cette IA et l’atteinte d’une singularité où l’homme serait, pour ainsi dire, connecté à tout, à l’univers tout entier, et où il régnerait ensuite sur tout. Mais cela a bien sûr pour conséquence que l'être humain en tant qu'individu n'existe plus. Parce que nous formons un esprit de ruche. Nous formons une conscience collective. Une conscience collective pourrait peut-être communiquer par la pensée, d'une manière ou d'une autre. […]

Et je ne parle pas là de n'importe qui, mais bien des penseurs les plus influents de la Silicon Valley. Et quand on sait à quel point la Silicon Valley est importante en soi, on peut imaginer à quel point ces personnes sont elles aussi d'une importance capitale. »

Voilà pour les extraits de l'interview de Tariq Hübsch.

Ray Kurzweil, pionnier du transhumanisme et directeur de l'ingénierie chez Google, déclare : « À partir des années 2040, nous devrions avoir la possibilité de sauvegarder entièrement l'esprit sous forme numérique et de le télécharger sur le cloud. » Pour Kurzweil, l'identité n'est qu'un modèle d'information et n'est pas liée à la matière. Cela permettrait de vivre indéfiniment grâce à des sauvegardes numériques.

Yuval Noah Harari, autre représentant du transhumanisme, l'a formulé ainsi : « Cette fusion doit être comprise comme une coévolution au cours de laquelle nous réécrivons notre propre logiciel et nous transformons, passant d'êtres purement biologiques à des êtres immortels, augmentés par la technologie et dotés de capacités quasi divines. » On atteindrait un état divin ; l'homme nouveau serait omniscient, tout-puissant et éternel.

Thiel ne se lasse pas de prêcher ces idées devant des étudiants, des ecclésiastiques, dans des émissions-débat, etc. Tout chrétien qui lit la Bible se rend compte que Thiel déforme les promesses bibliques du Dieu créateur, dont l'accomplissement est en effet annoncé pour notre époque. Kla.TV révèle que Peter Thiel fait exactement le contraire de ce qu'il promet ! Au lieu de sauver des vies humaines, il les détruit et les contrôle. Au lieu de les relier véritablement aux capacités divines, il les détourne de ce potentiel par la tromperie. Pour cela, commençons par un aperçu de toute la puissance de Palantir, puis passons au réseau qui le sous-tend…

La puissance indescriptible du Palantir

Parmi les clients de Palantir figurent désormais les Nations unies (ONU), l'armée, le Corps des Marines [infanterie de marine des forces armées des États-Unis], l'armée de l'air, les services de renseignement et les forces de police du monde entier, notamment en Israël, en Ukraine, en Lituanie, en Espagne ainsi que dans certains Länder allemands. Font également partie de la clientèle de Palantir des entreprises telles que la banque d'investissement Morgan Stanley, le groupe pharmaceutique Merck, le groupe aérospatial et d'armement Airbus, les constructeurs automobiles Fiat Chrysler Automobiles et Ferrari, ainsi que bien d'autres encore. De nombreuses agences de sécurité américaines, telles que le Bureau fédéral d'enquête (FBI), l'Agence nationale de sécurité (NSA), le Département de la sécurité intérieure (DHS) ainsi que les Centres pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC) et l’administration fiscale américaine (IRS), collaborent avec Palantir.

Palantir s'est désormais infiltré dans les structures les plus importantes et s'est hissé au sommet dans les domaines suivants : le gouvernement, la finance et l'armée.

1. Infiltration des gouvernements

Thiel a soutenu le président Donald Trump dès avant son premier mandat, en 2016, lors de la campagne électorale, ainsi que lors de sa campagne de réélection en 2024. Immédiatement après sa réélection à la présidence des États-Unis en janvier 2025, Trump a annoncé un projet d'IA d'un montant de 500 milliards de dollars, baptisé « Stargate ». Auparavant, il avait abrogé par décret une série de mesures de sécurité relatives au développement de l'intelligence artificielle.

Stargate désigne un développement, soutenu par l'État, d'infrastructures d'IA à grande échelle : centres de données et production de puces, accès groupés aux données, applications biologiques, IA à usage civil et militaire, etc.

Au cours des deux mandats de Trump, le gouvernement a été infiltré par des proches de Peter Thiel :

Anthony Jancso : ancien employé de Palantir, désormais employé du DOGE

Clark Minor : ancien développeur de logiciels chez Palantir et actuellement directeur des systèmes d'information au ministère américain de la Santé (HHS)

Colin Carroll : chef de cabinet du secrétaire adjoint à la Défense, anciennement chez Anduril

George Cooper : consultant en ressources humaines pour le DOGE, anciennement chez Palantir

Gregory Barbaccia : directeur des systèmes d’information au Bureau de la gestion et du budget, anciennement chez Palantir

Luke Farritor : conseiller en ressources humaines auprès du DOGE, ancien bénéficiaire de la bourse Thiel

Patrick Witt : chef de cabinet au Bureau du capital stratégique du ministère de la Défense, a reçu des dons de Thiel

Ryan Wunderly : collaborateur du DOGE au ministère des Finances, anciennement chez Anduril D. Vance : vice-président des États-Unis

Elon Musk : directeur du DOGE, conseiller du président

David Sacks : responsable de l’IA et de la cryptomonnaie

Howard Lutnick : ministre américain du Commerce

Jim O’Neill : ministre adjoint de la Santé

Ken Howery : ambassadeur des États-Unis au Danemark

Jacob Helberg : Sous-secrétaire d’État aux affaires économiques

Michael Kratsios : Conseiller scientifique et directeur du Bureau de la politique scientifique et technologique à la Maison Blanche

Alors que les technocrates de Thiel infiltrent les gouvernements, ils poursuivent sans relâche un seul et même objectif : L'instauration d'une technocratie ! – une forme de gouvernement, ou plutôt une dictature, dans laquelle la technologie, les algorithmes et l'IA sont censés contrôler totalement les êtres humains.

Un projet pilote unique donne un aperçu de l'orientation envisagée : le projet Próspera. Cette zone de développement spécial est située sur l'île de Roatán, au Honduras, en Amérique centrale. Ce projet est géré par une entreprise privée américaine. Les bailleurs de fonds de ce projet sont Peter Thiel, Sam Altman d'OpenAI et Marc Andreesen. On y expérimente une forme d'État technocratique entièrement nouvelle, exempte de toute réglementation étatique et de toute influence de la part des habitants.

Loin de toute contrainte et de toute restriction en matière de sécurité, la « science-fiction » prend corps dans ce lieu. Les recherches portent sur des thèmes majeurs tels que la manipulation génétique ou l'interface homme-machine. Les mots-clés sont : recherche sur les cellules souches, cyborgs autonomes et biotechnologie visant à « faire de la mort une option ».

2. Finances : l'IA, un véritable aspirateur impitoyable de fortune

L'IA s'impose également dans le secteur financier. Là encore, Palantir est de la partie avec Palantir Foundry. Ce logiciel est utilisé par les fonds spéculatifs, les banques et les prestataires de services financiers. Dans ce domaine, l'IA s'avère désormais être un « aspirateur à fortune » sans pareil. BlackRock, l'un des plus grands gestionnaires d'actifs au monde et actionnaire principal de Palantir, se distingue tout particulièrement dans ce contexte.

Comment l'IA est-elle utilisée dans le système financier et quel est le lien avec BlackRock ? L'expert financier Ernst Wolff explique ce que signifie le fait que le système d'analyse des données financières Aladdin de BlackRock ait été connecté à l'IA :

Ernst Wolff :

« Cela signifie en substance qu’aucun courtier ou opérateur boursier humain normal ne peut plus rivaliser avec BlackRock. » Donc, toutes ces informations qui sont transmises en quelques nanosecondes, aucun cerveau humain n'est capable de les suivre. Et nous avons justement pu constater la semaine dernière à quel point BlackRock en tire parti. La semaine dernière, la troisième plus grande banque des États-Unis, à savoir Citibank, a confié l'ensemble de ses activités de gestion d'actifs à BlackRock. Cela représente 80 milliards de dollars. Et on remet tout simplement ça à BlackRock, parce que BlackRock a justement une meilleure vue d'ensemble de tous les flux financiers mondiaux que n'importe qui d'autre. »

3. Armée : « Centre de commandement » Palantir

Palantir est un véritable pionnier dans le domaine de la guerre assistée par l'IA. Palantir équipe les systèmes d'armement avec l'IA. Le véhicule de combat TITAN, par exemple, est capable d'analyser des flux de données en temps réel et de prendre des décisions, c'est-à-dire de tuer, sans aucune émotion. Le système intelligent MAVEN analyse les images prises par des drones et, sur cette base, identifie en quelques minutes des cibles d'attaque à l'aide d'une analyse algorithmique.

Deux théâtres d'opérations militaires - ou plutôt deux terrains d’essai - démontrent que l’IA et ses créateurs ne font pas dans la dentelle : Gaza et l’Ukraine.

À Gaza, l'armée israélienne utilise l'intelligence artificielle (IA) de Palantir, qui sélectionne des cibles dans la bande de Gaza et prend ainsi des décisions de vie ou de mort. Pour ce faire, le logiciel développé par l'entreprise de Thiel analyse l'ensemble des e-mails, des conversations téléphoniques, des messages instantanés, des déplacements et des publications sur les réseaux sociaux de la population palestinienne. Les ondes radio, les communications radio, les images satellites et les vols de drones font également l'objet d'une analyse. À des fins publicitaires, on vante une précision « chirurgicale » dans la conduite de la guerre – c'est-à-dire moins de morts parmi la population civile. Les chiffres bruts racontent toutefois une autre histoire.

Selon l'ancien chef de l'armée israélienne, Herzi Halevi, plus de 200 000 personnes ont été blessées ou tuées dans la bande de Gaza jusqu'en septembre 2025. Selon le Berliner Zeitung du 22 août 2025, 83% des personnes tuées sont des victimes civiles, dont un tiers de femmes et un tiers d'enfants ! Donc l'affirmation selon laquelle la guerre serait menée de manière « chirurgicale » n'est qu'un mythe.

En Ukraine, une guerre fait rage depuis février 2022 au plus tard, faisant plus d'un million de victimes ! Pourquoi tous ces hommes meurent-ils, sans parler des civils ? Dès le départ, StarLink est utilisé comme système de communication par le technocrate Elon Musk. « Si je le désactivais, leur front entier s'effondrerait », a écrit Musk sur sa plateforme X. Starlink constituerait l'épine dorsale des forces armées ukrainiennes. Les satellites fournissent les données que Palantir, la société de Thiel, analyse en quelques minutes. Le délai entre l'identification des cibles à abattre et l'exécution de la mission est de deux ou trois minutes. Les satellites Starink participent directement aux essais et à l'utilisation d'armes de nouvelle génération dans le cadre de la nouvelle course à l'armement mondiale, comme on peut le constater en Ukraine. La guerre, un terrain d'essai pour l'industrie de l'armement ?! Sans aucun doute !

Alex Karp, PDG de Palantir, constate que « la puissance des systèmes de guerre algorithmiques sophistiqués est désormais telle qu'elle équivaut à l'utilisation d'armes nucléaires tactiques contre un adversaire ne disposant que d'armes conventionnelles. »

Bilan intermédiaire

Le mouvement technocratique, incarné par Peter Thiel et Palantir, est synonyme de surveillance totale, de privation des droits individuels, de mort, de souffrance, de paupérisation, d'abolition de la personnalité individuelle et d'une prison numérique.

Vous connaissez cet animal ? Ça ressemble à un canard, ça se dandine comme un canard et ça caquette comme un canard. Qu'est-ce que c'est ? Exactement : un canard.

Il convient d'évaluer de la même manière les promesses de salut de Thiel concernant la vie éternelle, la guérison et la perfection de l'être humain grâce à une IA prétendument guidée par les valeurs chrétiennes. Quiconque prétend que le canard est un cygne se trompe et trompe les autres.

Qui a intérêt à tromper les gens de manière aussi flagrante, et pourquoi ?

Le réseau maçonnique derrière Peter Thiel

Une chose est sûre : tous ces acteurs du secteur des technologies, mis en avant par les médias et devenus riches, font partie d'un réseau qui opère en coulisses. Jetons un petit coup d'œil dans les coulisses et sur le réseau qui se cache derrière le personnage de Thiel.

Liens entre les francs-maçons et le groupe Bilderberg :

Thiel et Alex Karp, cofondateur de Palantir, sont tous deux membres du comité directeur du groupe Bilderberg. Thiel a participé à toutes les conférences du groupe Bilderberg entre 2007 et 2025. Des représentants de Palantir étaient également présents en 2026. Selon les révélations de l'interprète du prince Bernhard des Pays-Bas, fondateur du groupe Bilderberg, la conférence annuelle du groupe Bilderberg rassemble les plus éminents francs-maçons du monde issus des milieux politiques, financiers et industriels afin de prendre des décisions politiques et financières de grande envergure. Palantir fait partie du gouvernement maçonnique de l'ombre, composé notamment du groupe Bilderberg, de la Commission trilatérale et du Council on Foreign Relations (CFR), et qui a été créé à l'initiative de David Rockefeller et Henry Kissinger, deux francs-maçons de haut grade.

Lien avec BlackRock

Peter Thiel est marié à Matt Danzeisen. Ce dernier a notamment occupé le poste de vice-président chez BlackRock. Les principaux investisseurs institutionnels de Palantir sont les géants de la gestion d'actifs BlackRock et Vanguard. Larry Fink est président du conseil d'administration de BlackRock. Il est également membre du conseil d'administration du Forum économique mondial (FEM) et fait partie de plusieurs loges maçonniques : la loge Compass Star-Rose/Rosa-Stella Ventorum, la loge Hathor Pentalpha et la loge Amun.

La société d'investissement The Vanguard Group a quant à elle été fondée en 1975 par John Bogle. Lui aussi était un franc-maçon de haut grade et membre de la super-loge « Hathor Pentalpha ». Les déclarations de Larry Fink, PDG de BlackRock, montrent à quel point les francs-maçons de haut grade se soucient peu de la vie humaine et ne poursuivent que leurs intérêts qui méprisent les humains.

À propos des innombrables victimes sur le champ de bataille, Larry Fink fait remarquer : « Je pourrais avancer que les grands gagnants sont les pays dont la population est en déclin ». Selon lui, la baisse des taux de natalité et la hausse des taux de surmortalité constituent un argument de poids pour vendre l'IA et les robots destinés à remplacer les humains. « Les problèmes sociaux qui surgiront lorsqu'on remplacera des personnes par des machines seront bien moins graves dans les pays où la population est en baisse. »

L'auteure Ayn Rand est une figure idéologique de référence pour les grands noms de la Silicon Valley, ainsi que pour Peter Thiel. Elle prônait l'égoïsme radical. Ses livres ont inspiré Trump, Musk, Thiel et d'autres personnalités partageant cette vision élitiste. Anton LaVey, auteur de la bible satanique, explique que sa religion « n'est autre que la philosophie d'Ayn Rand, à laquelle ont été ajoutés des cérémonies et des rituels », et que le satanisme a bien plus en commun avec ses idées qu'avec n'importe quelle autre religion ou philosophie. Ayn Rand, figure emblématique des technocrates, entretenait des liens étroits avec Alan Greenspan, qui figure parmi les membres de cinq super-loges maçonniques !

On entrevoit ici un lien entre un réseau maçonnique et le satanisme. Lors de la 22e AZK, Ivo Sasek a démontré de manière très approfondie, dans son exposé intitulé "Doctrine secrète des francs-maçons de haut grade : « Satan est Dieu. »", à quel point la franc-maçonnerie de haut grade est ancrée dans le satanisme.

[voir AZK Ivo Sasek : kla.tv/39514] Écoutez un extrait à ce sujet : Ivo Sasek (extrait de "Doctrine secrète des francs-maçons de haut grade : « Satan est Dieu. »") :

« On peut en effet l'entendre de leur propre bouche : ils induisent en erreur consciemment leurs propres fidèles, qu’ils mentent consciemment et leurs cachent qu’ils se sont liés à Satan. Ils font cela avec le but de finalement mener l’ensemble de la population mondiale sous cette régence, ce culte de Satan. […] Et maintenant vous voyez un franc-maçon de plus haut grade un sataniste au travail quand il s'agit de guerre et de sacrifices humains, de sacrifices d'enfants, etc. Crowley était membre de l'Ordre hermétique de l'Aube dorée. Il était un sataniste et occultiste déclaré, qui se vantait même d'être la Grande Bête 666. Dans son livre « Magie en théorie et en pratique », tome 4, page 88, il donne des instructions sur les rituels magiques et les sacrifices humains. Donc là, on va vraiment dans la substance, mes chers. Écoutez bien la citation. C'est ce qui se passe là, tout en haut. Citation : « Le sacrifice humain a toujours été la partie la plus respectée de la magie. [...] » […] Dans le quatrième volume de sa série de livres « Magie en théorie et en pratique » p. 88, il décrit que la planète entière doit être baignée de sang. Vous comprenez ? « Cette grande guerre doit être menée, car il s'agit d'une opération magique de la plus haute importance. » À la lumière de ces confessions maçonniques satanistes impunies, les attentats terroristes, les guerres, les épidémies, les enlèvements d'enfants, les pandémies et le déclin de toute sorte prennent soudainement une toute nouvelle dimension ; tout à coup cela devient logique tout ce qui se passe là-dehors. Pour de tels dirigeants mondiaux pervers, la destruction par principe de notre monde ne semble être rien d'autre qu'un rituel sacrificiel nécessaire, convoité et également exigé par Satan. En clair, cela signifierait que pour les dirigeants mondiaux de cette sorte, même une troisième guerre mondiale ne serait rien d'autre que le plus grand rituel sacrificiel jamais accompli en l'honneur de Lucifer, Satan et le Diable."

Perspectives

Comme nous avons pu le constater, le réseau technocratique gravitant autour de Palantir et de Peter Thiel permet une surveillance totale, des meurtres sans émotion, la suppression de toute participation de l'individu aux décisions et le contrôle des êtres humains par des machines.

Peter Thiel fait manifestement partie d'un réseau transhumaniste maçonnique qui glorifie Satan. Ainsi, les promesses apparemment séduisantes de Thiel et d’autres figures de proue du mouvement transhumaniste, telles que Ray Kurzweil ou Yuval Harari, concernant des conditions paradisiaques sur cette Terre, doivent en réalité être considérées comme une illusion flagrante. Et cela n’a rien d’étonnant, comme le dit la Bible dans 2 Corinthiens 11:14 et 15 : « … car Satan lui-même se déguise en ange de lumière ; il n’y a donc rien d’étonnant à ce que ses ministres aussi se déguisent en ministres de la justice. »

Thiel affirme que l'IA est censée guérir les êtres humains et les rendre immortels. MAIS : Palantir contribue à tuer et à mutiler des êtres humains à grande échelle, comme on le voit à Gaza. Thiel met en garde contre un « NOM », un Nouvel Ordre Mondial, et souhaiterait, semble-t-il, empêcher la création d'un super-État totalitaire.

MAIS c'est justement cela que permet Palantir : un super-État totalitaire.

La question est de savoir pourquoi les partisans du transhumanisme déforment précisément les enseignements bibliques de manière si flagrante. Se pourrait-il que ces milieux à la mentalité élitiste voient dans la véritable compréhension de la vocation divine de l'homme le plus grand danger et souhaitent justement empêcher cela ? La tromperie ne détourne-t-elle pas toujours consciemment de la vérité, par crainte que celle-ci ne menace ses intérêts ?

Les gens en prennent de plus en plus conscience, et la pratique le démontre également : l'humanité EST un organisme, l'intelligence collective (ou intelligence de l'essaim) EXISTE, tout EST déjà interconnecté, l'âme EST immortelle, et ainsi de suite.

Peter Thiel promet, sur chaque point, des choses que nous, les êtres humains, sommes déjà ou possédons déjà !