jeudi 26 février 2026

L'Iran sera-t-il détruit afin de reconstituer la "terre promise" et de susciter l'ère messianique ?

par Isabelle

La destruction de l'Iran est programmée selon la perspective eschatologique de plusieurs sionistes et d'un certain courant du judaïsme.

L'Iran, identifié comme l'héritier moderne de l'ancienne Perse, est vu comme un obstacle spirituel et géopolitique à l'accomplissement du plan divin. Selon les interprétations rabbiniques, sa "destruction" serait nécessaire pour trois raisons principales : l'élimination d'Amalek (archétype de l'ennemi du peuple juif), la levée des obstacles au "Grand Israël", et le déclenchement de la guerre de Gog et Magog, prélude à l'ère messianique.

Premièrement, l'Iran est associé à Amalek. Dans la Torah, Amalek représente le mal absolu, un peuple qui a attaqué les Israélites lors de leur sortie d'Égypte. Certains enseignants du judaïsme, influencés par des textes comme le Midrash ou le Zohar, voient en l'Iran moderne une incarnation d'Amalek. La destruction de l'Iran est vue comme l'élimination d'une menace existentielle pour permettre la rédemption juive, l'accomplissement de l'ère messianique.

Cette interprétation n'est pas unanime, mais très répandue au sein du judaïsme.

Deuxièmement, l'Iran est perçu comme un obstacle au "Grand Israël" (Eretz Israël), un concept tiré des promesses bibliques à Abraham (Genèse 15:18), où les frontières d'Israël s'étendent du Nil à l'Euphrate. Des sionistes religieux voient dans cette expansion territoriale un prérequis à l'ère messianique. L'Iran, en tant que puissance régionale opposée à Israël et soutenant ses mandataires comme le Hezbollah ou le Hamas, bloquerait cette réalisation. Des prophéties comme celles d'Ésaïe (11:11-12) évoquent le rassemblement des exilés juifs et la soumission des nations environnantes. Dans cette optique rabbinique, "débarrasser" l'Iran signifierait neutraliser son influence, permettant la création d'un "nouveau Moyen-Orient" (The New Middle East).



Troisièmement, la destruction de l'Iran est liée à la guerre de Gog et Magog, décrite dans le Livre d'Ézéchiel (38-39). Cette prophétie dépeint une coalition de nations, menée par Gog de Magog, attaquant Israël dans les temps de la fin. Des commentateurs rabbiniques identifient Magog à des régions du Nord (parfois la Russie ou la Turquie), mais la Perse (Iran) est explicitement mentionnée comme alliée (Ézéchiel 38:5).


Selon le Talmud (Sanhédrin 97a) et des textes kabbalistiques comme le Zohar, cette grande guerre doit précéder l'arrivée du Mashiah (Messie), qui inaugurera l'ère messianique. Le Mashiah, descendant de David, accomplira la paix abrahamique et la reconstruction du Troisième Temple à Jérusalem. L'Iran, en tant que "Perse" biblique, susciterait la guerre apocalyptique de Gog et Magog et sa défaite serait interprétée comme le début d'une ère de paix mondiale.

Selon ces interprétations rabbiniques, l'Iran "doit et sera détruite". Cela mènerait à l'ère messianique, où la paix abrahamique unira l'humanité autour du Temple reconstruit, centre de la révélation divine.

Cette perspective eschatologique du judaïsme est à l'opposé des interprétations chrétiennes qui perçoivent la paix universelle, l'ère messianique et la reconstruction du Temple comme une "séduction antichrist", une fausse rédemption orchestrée par Satan pour tromper l'humanité avant le vrai retour de Christ.

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mercredi 25 février 2026

Sécurité, algorithmes et pouvoir



Adoptée au nom de la protection des mineurs, l’interdiction des réseaux sociaux aux moins de 15 ans marque un tournant politique. Sous couvert de sécurité, elle ouvre la voie à une "gouvernementalité algorithmique" fondée sur le contrôle automatisé des comportements.



par Julien Chassereau


« Bientôt, il n’y aura plus besoin d’incarcérer. Nous serons tous surveillés de si près. » Bernard Harcourt, Exposed, 2015

Dans la nuit du 26 au 27 janvier 2026, l’Assemblée nationale a adopté, en première lecture, une loi qui interdit l’accès aux réseaux sociaux aux moins de 15 ans. Portée par la députée Laure Miller et soutenue par le gouvernement avec procédure accélérée, la mesure a été présentée comme une évidence, au nom de la protection de la santé mentale des adolescents contre le cyberharcèlement, l’addiction et l’exposition à des contenus violents.

Sur le papier, le principe est difficile à attaquer. Dans l’hémicycle, les promoteurs de la loi invoquent une « mesure de protection de l’enfance ». Qui oserait s’opposer à la protection des enfants ?

Mais à bien y regarder, cette loi dit en réalité moins de choses sur l’enfance qu’elle n’en dit sur la manière dont notre gouvernement entend désormais administrer la société. Derrière l’objectif affiché se dessine en effet une tout autre logique, celle d’une infrastructure de contrôle, déployée progressivement au nom de causes consensuelles.

Une trajectoire française déjà visible

Cette loi ne surgit pas de nulle part. Elle s’inscrit dans une trajectoire législative qui caractérise la France depuis déjà une décennie et au cours de laquelle on peut voir le gouvernement répondre aux crises sociales et politiques en recourant toujours plus à des dispositifs techniques de traçabilité et de gestion des conduites plutôt que par le débat politique et une volonté de s’attaquer aux causes.

La loi SILT (2017) a intégré dans le droit commun les mesures d’exception de l’état d’urgence post-attentats (assignations à résidence préfectorales sans contrôle judiciaire – rebaptisées MICAS –, perquisitions administratives, fermetures de lieux de culte). Ces dispositifs, initialement présentés comme temporaires et expérimentaux, ont été pérennisés en 2021 – confirmant les craintes d’un « état d’urgence permanent ».

Cette même année 2021, la loi Sécurité globale a autorisé l’usage des drones équipés de caméras par les forces de l’ordre, malgré une mobilisation massive (plusieurs centaines de milliers de manifestants dans toute la France, soutenus par des organisations aussi diverses que la Ligue des droits de l’Homme, Amnesty International, des syndicats de journalistes et des collectifs citoyens. Le Conseil constitutionnel a censuré sept articles de la loi, dont précisément celui sur les drones, jugeant que les garanties étaient insuffisantes. Mais le gouvernement est revenu à la charge quelques mois plus tard avec la loi « Responsabilité pénale et sécurité intérieure » de janvier 2022, qui a réintroduit les drones avec un encadrement minimal. Le principe a donc été validé, et les drones sont aujourd’hui utilisés pour la surveillance des manifestations, des rassemblements sportifs et des frontières.

Deux ans plus tard, la vidéosurveillance algorithmique (VSA) a été légalisée pour les JO Paris 2024, faisant de la France le premier État de l’Union européenne à autoriser explicitement cette technologie. Plusieurs organisations (Amnesty International, La Quadrature du Net, la LDH) y ont immédiatement vu « une atteinte au droit à la vie privée et à la liberté d’expression » – avec un « risque de pérennisation post-JO » qui s’est depuis concrétisé.

Le dispositif expérimenté lors des Jeux (des caméras capables de détecter en temps réel des « comportements anormaux » type mouvements de foule, bagages abandonnés, intrusions) a fait l’objet d’un rapport d’évaluation au bilan « très mitigé », soulignant des performances inégales, des « faux positifs » fréquents, et une saturation policière rendant le système sans utilité concrète. Cela n’a pas empêché le gouvernement de prolonger l’expérimentation jusqu’en 2027, après une première tentative censurée par le Conseil constitutionnel.

Mais la VSA n’a pas attendu les Jeux olympiques pour s’installer. En novembre 2023, une enquête de Disclose révélait que la police nationale utilisait illégalement depuis 2015 le logiciel BriefCam pour analyser a posteriori les images de vidéosurveillance – avec une fonctionnalité de reconnaissance faciale qui a été utilisée au moins une fois. La CNIL a mis en demeure le ministère de l’Intérieur de régulariser cet usage et de supprimer ou brider la reconnaissance faciale. Six communes ont également été mises en demeure de cesser l’utilisation illégale de caméras « augmentées ». Le ministère a promis de se conformer.

Aujourd’hui, nombre d’élus réclament désormais d’aller plus loin et plaident pour la reconnaissance faciale dans l’espace public.
« Je suis pour qu’on aille encore plus loin et qu’on utilise la reconnaissance faciale pour toutes les personnes dangereuses recherchées par les services de police. » Valérie Pécresse, présidente de la région Île-de-France, Le Parisien, 9 mars 2025.

« Je salue la volonté du ministre chargé des Transports, Philippe Tabarot, d’avoir inscrit l’extension de l’utilisation de la vidéosurveillance algorithmique jusqu’à fin 2027 dans la loi et de vouloir travailler concrètement à l’utilisation de la reconnaissance faciale dans les transports. » Martine Vassal, présidente du département des Bouches-du-Rhône, Le Figaro, mars 2025.

Le schéma est en définitive toujours le même. On affirme vouloir apporter des réponses à une menace réelle (terrorisme, violence, addiction) pour justifier un dispositif technique qui, une fois installé, devient permanent et s’étend à d’autres usages.

Mise en place d’une gouvernementalité algorithmique

Le terme mérite explication, car il ne désigne pas ce que l’on imagine spontanément. Cette « IA de gouvernement », ce n’est pas un robot qui décide à la place des ministres, ni un algorithme qui vote les lois. C’est quelque chose de plus discret et, précisément pour cela, de plus « efficace ».

Une gouvernementalité algorithmique désigne en effet un ensemble de systèmes techniques qui permettent de gouverner par la donnée et par la norme automatisée. C’est une forme de pouvoir qui ne tranche pas politiquement (elle n’affronte pas, ne négocie pas, ne délibère pas) mais qui organise, qui classe, qui anticipe et normalise les comportements à grande échelle, en s’appuyant sur des infrastructures numériques.

Elle se manifeste par quatre opérations qu’il faut bien comprendre, car elles transforment en profondeur la relation entre l’État et les citoyens.

- La première est l’identification, c’est-à-dire la capacité de relier des comportements en ligne à un même individu dans le temps. Aujourd’hui, vous pouvez théoriquement consulter un site, poster un commentaire, regarder une vidéo, sans que personne ne puisse certifier que c’est la même personne qui a fait ces trois choses. L’anonymat en ligne repose précisément sur cette incertitude.
La vérification d’âge, en exigeant une preuve d’identité à l’entrée, fait sauter ce verrou. Une fois que chaque connexion est rattachée à une identité stable, le suivi devient possible.

- La deuxième opération est celle de la classification. Il s’agit de trier les contenus et les personnes en catégories, selon des critères de risque, de conformité, de danger ou de nuisance. C’est ce que font déjà les algorithmes de modération des plateformes lorsqu’ils décident qu’un commentaire est potentiellement haineux, une image trop violente ou qu’un compte a un comportement suspect. Mais ces mêmes logiques peuvent s’appliquer aux citoyens eux-mêmes. En Chine, le crédit social classe les individus en « dignes de confiance » ou « à surveiller ». En France, les fichiers de police catégorisent déjà les personnes selon leur degré supposé de « dangerosité ».

- La troisième opération est l’anticipation. Il ne s’agit plus seulement de savoir ce que vous avez fait, mais de prédire ce que vous allez faire. Les algorithmes cherchent à détecter des signaux faibles, à repérer des récidives potentielles avant qu’elles ne se produisent, et à identifier des profils dits « à risque ». Cette logique préventive est déjà à l’œuvre dans la police prédictive expérimentée dans certaines villes, ou dans les algorithmes des CAF qui calculent un « score de suspicion » pour cibler les contrôles sur les allocataires jugés statistiquement plus susceptibles de fraude.

- La quatrième opération, enfin, est l’orientation. C’est sans doute la plus insidieuse. Il s’agit d’agir sur les comportements sans interdiction explicite, par des moyens détournés. On ne vous dit pas « c’est interdit », mais on rend la chose difficile, invisible ou coûteuse. C’est ce qu’on appelle la « friction » dans le jargon des designers. Un contenu peut être déréférencé sans être supprimé, un compte peut être « shadowban » (rendu invisible aux autres sans que son propriétaire le sache), un service peut exiger tant de vérifications qu’on finit par renoncer.

Les philosophes du droit Antoinette Rouvroy et Thomas Berns parlent de gouvernementalité algorithmique pour désigner un gouvernement « nourri essentiellement de données brutes, opérant par configuration anticipative des possibles plutôt que par réglementation des conduites » (« Gouvernementalité algorithmique et perspectives d’émancipation. Le disparate comme condition d’individuation par la relation ? », Réseaux, 2013).

En somme, on ne vous dit pas ce que vous devez faire, on configure l’environnement pour que vous fassiez ce qu’on attend de vous.

Le mécanisme de la loi du 26 janvier ou comment l’interdiction devient infrastructure

Pour comprendre comment une loi de « protection de l’enfance » devient un outil de contrôle généralisé, il faut suivre le mécanisme technique qu’elle implique.

La proposition de loi arrive après un épisode instructif. Mi-janvier 2026, le Conseil d’État a rendu un avis pointant un risque de non-conformité au droit européen : le règlement sur les services numériques (DSA) interdit aux États membres d’imposer des obligations supplémentaires aux plateformes – seule la Commission européenne peut le faire. Le texte a donc été réécrit. Plutôt que d’obliger les plateformes à vérifier l’âge de leurs utilisateurs (ce qui serait illégal), la loi se contente désormais d’énoncer un principe : « l’accès à un service de réseau social en ligne est interdit aux mineurs de 15 ans ». L’interdiction vise les mineurs, pas les plateformes. Mais puisque les comptes de moins de 15 ans deviennent illicites en droit français, les plateformes seront – en théorie – contraintes de mettre en œuvre une vérification d’âge pour ne pas héberger de contenus illégaux. C’est ce que la rapporteure du texte, Laure Miller, appelle une « approche par ricochet », qui consiste à ne pas imposer directement, mais à forcer indirectement. Elle reconnaît elle-même être « dans l’expérimentation ».

Ce détail compte énormément. Car on voit se dessiner une stratégie politique typique des régulations numériques actuelles qui consiste à afficher un principe national consensuel, puis renvoyer l’opérationnalisation à l’écosystème technique et au cadre européen. En somme, l’État pose l’objectif, mais ce sont les plateformes et les prestataires techniques qui construisent l’infrastructure.

Or, pour rendre l’interdiction « réelle », il faut un dispositif de vérification d’âge – ce que les professionnels du secteur appellent « age assurance » (assurance d’âge). Ce terme anglais désigne l’ensemble des méthodes permettant de s’assurer qu’un utilisateur a bien l’âge requis pour accéder à un service.

Et c’est là que le problème se révèle. Car la vérification d’âge, dans le monde numérique réel, signifie presque toujours davantage d’identification, davantage de traces et davantage de dispositifs automatisés. Les méthodes « légères » (simple déclaration, case à cocher) sont aisément contournables (et servent surtout d’affichage). Alors que les méthodes « fortes » (vérification d’identité, analyse faciale, recours à des tiers de confiance) augmentent la collecte de données et créent de nouveaux risques avec la constitution de fichiers centralisés, de possibles erreurs d’identification, l’exclusion des personnes « sans papiers numériques » (personnes âgées peu familières du numérique, personnes en situation de précarité sans smartphone ou sans accès internet stable, personnes sans compte bancaire – pour les vérifications par carte –, personnes sans pièce d’identité valide ou à jour – mineurs non accompagnés, sans-domicile, personnes en situation irrégulière – ou encore les personnes qui refusent par principe de s’identifier en ligne), etc.

Pourquoi l’inefficacité est quasiment certaine

La loi promet une protection, mais elle produira très probablement autre chose. D’abord parce qu’elle est structurellement difficile à appliquer.

Il existe déjà en France une « majorité numérique » à 15 ans, inscrite dans la loi du 7 juillet 2023, qui précise que les plateformes doivent refuser l’inscription des mineurs de 15 ans sauf autorisation parentale. Or cette loi n’est pas appliquée, faute de décret d’application et d’aval européen. L’État français revient donc, en 2026, avec une promesse plus dure, plus visible, plus spectaculaire, alors même qu’il n’a pas su faire appliquer le cadre existant. Lorsqu’un pouvoir échoue à appliquer une règle simple, puis annonce une règle plus ambitieuse mais techniquement plus complexe, on a le droit de douter de la finalité réelle.

Un détour par les expériences étrangères confirme que l’on peut nourrir des doutes sur l’efficacité de l’interdiction pure et simple. L’Australie a adopté une loi similaire imposant aux plateformes d’empêcher les moins de 16 ans d’avoir des comptes, avec entrée en vigueur en décembre 2025. Résultat, 4,7 millions de comptes ont déjà été fermés, mais on semble assister à un contournement massif via le recours des jeunes aux VPN, de faux comptes et le repli sur des applications alternatives. Les téléchargements de l’application Yope ont ainsi bondi de 251%, ceux de Lemon8 de 88 %. Comme le résume un adolescent australien, « c'est un peu inutile. On va simplement créer de nouvelles façons d'accéder à ces plateformes » (Publié par Reuters le 2 décembre 2025).

Au Royaume-Uni, l’Online Safety Act, adopté en 2023, impose aux plateformes hébergeant du contenu adulte ou « potentiellement dangereux » (pornographie, mais aussi contenus relatifs à l’automutilation, aux troubles alimentaires, etc.) de vérifier l’âge de leurs utilisateurs par des méthodes « hautement efficaces » telles que la reconnaissance faciale, la pièce d’identité ou la carte bancaire. Et l’obligation s’étend bien au-delà des sites pornographiques : des plateformes comme Reddit, Discord ou X sont également concernées. Or, là aussi, lors de l’entrée en vigueur des vérifications d’âge, en juillet 2025, Proton VPN a enregistré une hausse de plus de 1 400 % des inscriptions britanniques en seulement quelques heures. Qu’il s’agisse d’adultes refusant de livrer leurs données personnelles ou de mineurs contournant le dispositif, ce chiffre illustre bien le paradoxe de ces législations qui manquent leur cible tout en imposant une infrastructure d’identification à ceux qui s’y soumettent.

Pékin a imposé un « mode mineur » obligatoire sur tous les appareils, limitant le temps d’écran selon l’âge. Or, comme le note MIT Technology Review dans un article sur les projets de lois de sécurité des enfants aux États-Unis, certaines mesures qui se présentent comme protectrices risquent d’éroder la vie privée et les libertés en ligne, parce qu’elles imposent des vérifications d’identité, des obligations de collecte de données et un filtrage de contenu sous couvert de « sécurité des mineurs ». (Tate Ryan-Mosley, MIT Technology Review, 24 avril 2023).

Si la loi ne protège pas, que fait-elle vraiment ?

L’argument de l’inefficacité n’est pas seulement technique. Il est aussi politique et social. Et ce à double titre au moins.

Pour contourner une vérification d’âge, il faut savoir installer un VPN, disposer d’un appareil personnel non surveillé, ou avoir accès à des comptes alternatifs. Or, ces ressources (techniques, matérielles, voire culturelles) ne sont pas également distribuées. Un adolescent dont les parents maîtrisent le numérique et disposent de plusieurs appareils connectés trouvera plus aisément une solution de contournement. Ses parents pourront même l’accompagner dans un usage raisonné des plateformes. À l’inverse, un adolescent issu d’un foyer moins équipé, dont les parents sont moins à l’aise avec le numérique, sera plus exposé aux effets bruts de la loi (blocages, fermetures de comptes, erreurs d’identification, incompréhension face aux procédures).

Ce mécanisme est clairement documenté pour d’autres dispositifs de contrôle numérique. Aux États-Unis, les chercheurs qui ont étudié les lois de vérification d’âge pour l’accès à la pornographie dans certains États ont observé que les usagers les plus éduqués migraient immédiatement vers des VPN, tandis que les autres renonçaient ou s’exposaient aux risques liés à la transmission de leurs données personnelles.

De même, les études sur le contrôle parental montrent que son efficacité dépend fortement du capital culturel des familles.
Dans tous les dispositifs de contrôle, l’inégalité n’est donc pas un dommage collatéral, c’est une propriété structurelle. La loi ne protège pas « les enfants » en général, elle protège davantage ceux qui avaient déjà les moyens de se protéger, et expose davantage ceux qui étaient déjà vulnérables.

Ensuite, et peut-être même surtout, du fait que ce que cette loi produit réellement, c’est une infrastructure, pas une protection. Elle installe dans le droit et dans les mœurs l’idée – voire le principe – que l’accès à un espace social majeur de la vie contemporaine (qu’on le regrette ou qu’on s’en réjouisse) doit être conditionné à une forme d’authentification. Or, dès qu’une société accepte l’authentification comme norme d’accès, elle accepte la traçabilité comme horizon.

« Pour prospérer dans le cyberespace, le commerce exige des "architectures d’identité" – des architectures qui permettent l’identification pour permettre le commerce. Avec ou sans intervention de l’État, ces architectures seront ajoutées au réseau pour le rendre plus efficace au service du commerce ; avec ou sans intervention de l’État, la possibilité de réguler – et la perte de liberté qui l’accompagne – sera le sous-produit de ces changements. »
Lawrence Lessig, Code and Other Laws of Cyberspace, 1999.

Le glissement est discret. Il se fait au nom d’une cause inattaquable – la sécurité de nos enfants (dont on nous demandait, il y a peu, d’accepter le sacrifice). « Mieux encore », le dispositif s’inscrit dans une logique européenne où les plateformes doivent « protéger les mineurs » conformément à des lignes directrices publiées par la Commission. La loi française s’adosse clairement à ce cadre. Thomas Regnier, porte-parole de la Commission, a d’ailleurs rappelé que « la Commission et les autorités chargées du DSA sont les seules entités qui peuvent imposer des obligations supplémentaires aux très grandes plateformes » (27 janvier 2026) ; ce qui accentue encore la logique de gouvernance par infrastructure plutôt que par débat national.

Ce que révèlent les choix du gouvernement

Cette loi révèle donc une préférence politique nette. Nul besoin d’imaginer un complot. Le pouvoir contemporain fonctionne en effet souvent par opportunisme structurel. Face à des problèmes réels, il choisit systématiquement des solutions qui renforcent ses capacités de gestion.

- Première préférence, ne pas attaquer les causes économiques. Tout le monde sait que l’addiction aux réseaux sociaux est produite par des modèles publicitaires, des algorithmes de recommandation, des interfaces de captation. Aza Raskin, l’inventeur du scroll infini (ce défilement sans fin qui vous fait rester « encore un peu »), exprime aujourd’hui ses regrets et considère, pour illustrer la toxicité de la chose que « c’est comme si les entreprises de réseaux sociaux prenaient de la cocaïne comportementale et la saupoudraient sur toute votre interface » (interview accordée à la BBC, émission Panorama, 2018). De même, Tristan Harris, ex-Google et cofondateur du Center for Humane Technology, explique que les smartphones fonctionnent comme des machines à sous : « chaque fois que je consulte mon téléphone, je joue à la machine à sous pour voir ce que j'ai reçu. » Le mécanisme est ici le même, avec un système de « récompenses variables intermittentes » qui maximisent l'addiction. (« How Technology Hijacks People's Minds », Medium, 2016).

Pourtant, au lieu de s’attaquer à l’économie de l’attention, le gouvernement préfère renforcer l’économie de l’identification.

- Deuxième préférence, remplacer l’éducation par la gestion. Plutôt qu’une politique ambitieuse d’éducation critique au numérique, de moyens scolaires, de prévention de la santé mentale, de médiation, et encore de justice contre le harcèlement, on opte pour une solution pénalisante et on délègue l’effectivité à une vérification automatisée. C'est un peu comme traiter l'addiction à la drogue par le sevrage forcé, sans toucher à l'environnement qui pousse à consommer : le produit reste là, les dealers continuent de vendre, et le problème demeure. Ce qu'on sait pourtant depuis des décennies sur les politiques de drogues – que l'interdiction seule ne fonctionne pas, que c'est la prévention, l'accompagnement et la transformation des conditions de vie qui font reculer l'addiction – est ici totalement ignoré. C’est typiquement ce qu’on appelle le « solutionnisme », qui consiste à traiter un problème social complexe comme un problème technique simple. L'Hadopi en fut une illustration parfaite. Cette solution technique pour lutter contre le téléchargement illégal aura coûté 82 millions d'euros en dix ans pour traquer (et rapporté pour 87 000 euros d'amendes soit un ratio de 1 pour 1000), pendant que les pirates migraient tranquillement vers le streaming. Et le pourcentage de téléchargeurs illégaux n'a jamais baissé.

« Les solutionnistes, en voulant résoudre le problème, le tordent d'une façon si lamentable et inhabituelle que lorsqu'ils en viennent à bout, il est devenu une tout autre chose. » - Evgeny Morozov, Pour tout résoudre, cliquez ici. L'aberration du solutionnisme technologique, 2014

- Troisième préférence, stabiliser la traçabilité au nom du consensus moral. L’enfance est un levier parfait. On n’interdit pas « pour contrôler », on interdit « pour protéger ». Et une fois acceptée l’idée qu’il faut prouver son âge pour accéder à certains espaces numériques, la pente est forte vers d’autres justifications « nécessaires » comme lutter contre la haine, contre le harcèlement, contre la désinformation, contre la radicalisation, contre les ingérences... Ce mécanisme historique est lui aussi bien connu, qui veut que l’exception finisse par devenir la norme. Ainsi l'état d'urgence de 2015, présenté comme temporaire, qui a été prolongé six fois avant que ses principales mesures soient intégrées au droit commun en 2017. Ainsi le fichier national des empreintes génétiques, créé en 1998 pour les seuls délinquants sexuels, qui couvre aujourd'hui la quasi-totalité des crimes et délits et contient plus de cinq millions de profils. Et l'on vient de voir comment la vidéosurveillance algorithmique, autorisée à titre « expérimental » pour les Jeux olympiques de 2024, a déjà été prolongée jusqu'en 2027.

Dans ce mouvement, l’État ne devient pas plus protecteur, il devient plus dépendant d’une infrastructure d’identification et de contrôle. Et cette dépendance est exactement le terreau des IA de gouvernement. Sans identités stables et sans traces exploitables, pas de scoring (notation automatisée des individus), pas de détection automatisée robuste, pas de sanctions graduées « efficaces ».

Personne ne conteste la nécessité de protéger les adolescents. La vraie question en revanche de savoir si moyens choisis sont efficaces pour atteindre cet objectif, ou servent-ils d’autres fins ?

Car enfin, soyons sérieux. Rien n'empêche un parent ou un ami qui a l’âge, voire un « prestataire » qui monétisera son service, de créer un compte pour un mineur de moins de 15 ans. La vérification d'âge ne peut garantir que la personne qui utilise le compte est bien celle qui l'a créé. Pour que le dispositif fonctionne réellement, il faudrait aller beaucoup plus loin et mettre en place une authentification biométrique à chaque connexion, une surveillance continue des usages, une détection des comportements « incohérents ». Bref, une escalade de contrôles que personne n'oserait défendre publiquement… pour l'instant.

Face à cette évidence technique, on peut donc formuler deux hypothèses. La première, la plus charitable, est celle de l'incompétence. Les législateurs n'auraient tout simplement pas compris les limites de ce qu'ils votent et se paieraient de mots en pensant sincèrement protéger les enfants. La seconde, moins rassurante, est celle de l'intention masquée. L'objectif réel ne serait pas tant de protéger les mineurs que d'installer, sous couvert d'un consensus moral inattaquable, l'infrastructure qui permettra demain d'aller plus loin.

Malheureusement, tout ce que l'on sait de la généalogie des dispositifs de surveillance invite à redouter que la seconde hypothèse soit la bonne. Car au fond, l'alternative est simple. Soit on assume un affrontement avec les plateformes sur les causes structurelles — donc sur leur architecture et leur modèle économique —, soit on adopte des mesures dont l'efficacité est douteuse, mais qui ont l'effet certain de normaliser l'accès conditionné, d'accroître la traçabilité et de rendre acceptable une gestion automatisée des comportements.

Le texte de loi adopté le 26 janvier 2026 ressemble malheureusement beaucoup plus au second choix. Et pour cause ! Elle s’inscrit en réalité parfaitement dans la situation politique française caractérisée par une crise de légitimité inédite, une défiance record vis-à-vis d’un gouvernement qui ne parvient plus à construire du consentement, et recourt toujours plus à des instruments technico-administratifs. La réponse de ce gouvernement est, une fois de plus, de gouverner moins par le compromis social que par l’architecture des systèmes.

Nul besoin d’évoquer un futur dystopique pour comprendre que le danger existe déjà dans ce présent bureaucratique où l’espace public numérique se transforme en espace conditionnel, où exprimer son opinion nécessite de s’identifier, où exister politiquement c’est devenir traçable, et où contester c’est s’exposer.




mardi 24 février 2026

Le Conseil de paix de Trump



Jamais je n’ai vu les plans d’une Organisation internationale aussi évocateurs d’un royaume féodal.

Si ce n’était pas si tragiquement lié à l’un des pires génocides de ma génération, ce que Trump fait avec son “Conseil de paix“ serait presque drôle. La semaine dernière, il semblait avoir terminé la charte envisagée et l’a envoyée au cours du week-end à des dizaines de gouvernements à travers le monde ; il a même invité Vladimir Poutine à rejoindre le conseil d’administration.

Alors que certains ont émis l’hypothèse qu’il pourrait être en train de créer une organisation rivale des Nations Unies, ce qu’il fait en réalité est beaucoup plus trumpien. Il travaille à la création de sa propre Organisation internationale (OI), hautement personnalisée, une organisation conçue pour concentrer l’autorité entre ses mains et persister au-delà de sa présidence des États-Unis. Regardons comment cette monstruosité est envisagée.

Une OI personnalisée

L’ensemble de l’effort repose sur la résolution 2803 du Conseil de sécurité des Nations Unies, adoptée en novembre 2025, qui “salue” la création du Conseil de paix en tant qu’administration transitoire dotée d’une personnalité juridique internationale. Ce point-là est, à mon avis, essentiel : Il confère au Conseil de paix une légitimité en vertu de la Charte des Nations Unies. L’idée exprimée dans la résolution 2803 du Conseil de sécurité des Nations Unies est que le Conseil de paix traite de Gaza, mais nous voyons clairement comment Trump a l’intention d’aller bien au-delà de ce sujet.


La configuration actuelle du Conseil de paix. La configuration politique réelle n’est pas encore complètement établie.


En fait, la Charte du Conseil de paix ne mentionne pas Gaza une seule fois. A la place, elle établit l’ensemble de l’organisation essentiellement comme un petit royaume personnel, avec le Président comme dirigeant suprême. Donald J. Trump est explicitement nommé comme étant le premier président. Quelle absurdité. Les organisations internationales désignent normalement des bureaux qui seront pourvus conformément aux procédures, avec du personnel expérimenté (par exemple, le fait d’être président d’une banque centrale fait qu’un État membre est également membre du conseil d’administration de la Banque des règlements internationaux, etc.), et non des particuliers. Ici, cependant, la charte intègre Trump par son nom en tant que président permanent de l’organisation.

Le conseil lui-même est actuellement en train d’être construit en tant qu’organe politique, avec une composition limitée aux États – à l’exception du poste de président, qui peut vraiment être n’importe qui en ayant la possibilité. Trump invite les pays à rejoindre l’organisation en signant et en ratifiant la charte, alors leur chef d’État ou de gouvernement siégera au conseil d’Administration. Cependant, l’adhésion est limitée à trois ans, à moins qu’un État ne verse plus d’un milliard de dollars au cours de la première année (clairement conçu comme un stratagème pour obliger les parties intéressées à payer au tout début et à remplir les caisses du Conseil de paix). Vous pouvez être sûr que Trump proposera finalement un renouvellement de l’adhésion, à un tarif élevé. L’adhésion au Conseil de paix sera donc très coûteuse. Oh, et il va sans dire que la règle d’adhésion de trois ans ne s’applique pas au président. Ce poste est à vie (et gratuit).

Des pouvoirs illimités au président

Bien que la charte stipule que le Conseil de paix fonctionnera selon la règle un pays une voix, avec une décision à la majorité, en fait, les pouvoirs du président en font le maître. C’est lui qui décide qui est invité à rejoindre le Conseil de paix et qui doit rester en dehors. Il a un droit de veto sur toutes les décisions du conseil d’administration, et lui seul peut modifier l’organigramme de l’organisation.

Sous le conseil politique se trouve le Conseil exécutif, dont les membres sont également nommés par Trump. Ses membres fondateurs comprennent, pour le moment, Marco Rubio, Jared Kushner, Steve Witkoff et Tony Blair. Ce conseil fonctionnera probablement de manière analogue à un Secrétariat de l’ONU, gérant les opérations quotidiennes. Ce conseil, lui aussi, reste entièrement subordonné à la volonté du président. Le pouvoir de fixer l’ordre du jour appartient au Conseil d’administration, mais nécessite l’approbation de Trump, garantissant qu’aucune discussion ou décision n’a lieu sans son consentement.

Les États membres qui achètent des sièges permanents dans l’organisation, et injecteront plus tard probablement encore plus d’argent grâce à des dons, transforment ce Conseil de paix en un portefeuille international dont l’utilisation sera à la discrétion de Trump. La charte autorise le Conseil de paix à établir des comptes, à détenir des actifs et à recevoir des fonds sans supervision externe significative ni même aucun mécanisme de règlement des différends (la charte stipule que le président a le pouvoir décisionnel ultime en cas de litige. Tiens donc !). Combiné à sa personnalité juridique internationale, cela crée un véhicule idéal pour l’agrégation et l’investissement de capitaux à grande échelle à l’abri des lois nationales.

Les règles de succession renforcent encore le pouvoir de Trump. Le remplacement du président ne peut intervenir que par démission volontaire ou incapacité, selon la décision unanime du conseil (politique). Si l’unanimité ne peut être atteinte, il n’y a pas de succession. Trump peut désigner personnellement son successeur, qui peut être n’importe qui, ce qui signifie que le Conseil de paix risque de devenir un outil pour établit une dynastie. Trump pourrait simplement nommer l’un de ses enfants comme étant son successeur.

La charte contient également une clause “coupe-circuit“ sans précédent.” En plus du fait que le président a le pouvoir de dissoudre le Conseil de paix à volonté, à moins qu’il ne la renouvelle toutes les années impaires, l’organisation se dissout automatiquement. C’est vraiment une configuration extraordinaire, montrant que Trump veut une organisation internationale forte, mais pas une organisation qu’il ne pourrait pas éliminer en cas de problème.

Statut juridique et immunités

Une fois ratifiée par trois États, la charte acquiert le statut de traité en vertu du droit international et, conjointement avec la résolution 2803 du Conseil de sécurité des Nations Unies, le Conseil de paix deviendra même une organisation internationale approuvée par les Nations Unies. Ses dirigeants et filiales bénéficieront ainsi d’une immunité diplomatique et de privilèges extraterritoriaux. Comme l’ONU, il opérera en dehors de la juridiction de l’État hôte, protégeant ses dirigeants – y compris Trump – de toutes poursuites ou contraintes juridiques nationales.

Un futur accord avec l’État hôte reflétera probablement les mêmes arrangements que pour le siège de l’ONU, empêchant les autorités locales d’entrer dans les locaux du Conseil de paix. Une telle immunité transforme l’organisation en une zone juridiquement autonome – une caractéristique qui, en théorie, donnerait au Conseil de paix de Trump la possibilité d’acquérir des terres et d’y construire des établissements qui ne seraient pas soumis aux lois nationales (un peu comme les ambassades ne font pas partie du territoire sur lequel elles reposent). On peut facilement voir à quel point cela doit plaire à un promoteur immobilier et homme d’affaires comme Trump. Les possibilités de commerce international dans des zones non réglementées sont énormes.

Et Gaza dans tout cela ?

Où Gaza figure-t-il dans tout ce plan, pourriez-vous demander. Bonne question. Il n’y figure pas.

Grâce au pouvoir décisionnel exécutif de Trump (tel qu’accordé par la charte), le Conseil de paix créé un troisième conseil pour traiter de Gaza séparément, ce qui signifie qu’il ne fait pas partie de la Charte du Conseil de paix central. Trump a annoncé le week-end dernier qu’un “Conseil exécutif de Gaza” serait chargé d’assurer la liaison avec le “Comité national pour l’administration de Gaza” (CNAG) nouvellement formé. Cet organe technocratique palestinien, créé le 16 janvier, est conçu pour administrer Gaza après le conflit. Pourtant, il ne jouit d’aucune souveraineté. Il s’agit strictement d’un partenaire de mise en œuvre, subordonné à la supervision internationale du Conseil de paix. C’est, bien sûr, pourquoi tous les défenseurs des droits de l’homme sont si consternés par toute l’approche consistant à transformer Gaza en un protectorat moderne de l’ONU – mis en œuvre par l’intermédiaire de l’organisation internationale privée de Trump.

Dans le cadre de cette branche du programme, la structure envisage également une Force internationale de stabilisation pour Gaza, c’est-à-dire une force militaire. Cette structure ne fait pas partie du Conseil de paix, mais repose sur l’autorisation du Conseil de sécurité en vertu de la résolution 2803 du Conseil de sécurité, et est coordonné sur le plan opérationnel par le Conseil de paix.

C’est probablement la seule “bonne nouvelle” à propos de ce projet, que le Conseil de paix n’est pas conçu pour être une alliance ou une force d’intervention militaire. Il n’a pas de composante militaire. La Force de stabilisation internationale est strictement liée à la résolution 2803 du Conseil de sécurité des Nations Unies et non à l’organisation internationale de Trump. Cette dernière n’établit pas ses propres paramilitaires ou quoi que ce soit du genre – du moins pas au niveau international par le biais du Conseil de paix. Très probablement, Trump essaie déjà de séparer l’aspect Gaza du reste de l’organisation, car il veut l’utiliser à des fins complètement différentes à l’avenir. Donc, la structure ressemblera probablement bientôt à ceci :



Une triste conclusion

Le Conseil de paix n’est pas un rival de l’ONU. C’est quelque chose de plus idiosyncratique : une organisation internationale personnalisée qui fonctionnera très probablement comme un véhicule commercial pour Trump et son entourage (familial). Par conséquent, la nouvelle charte parle de « consolider la paix » comme étant l’objectif principal de l’organisation. Dans le contexte de ce que nous savons de Trump, nous ferions mieux de supposer que cela signifie principalement “construire” des choses et faire des affaires, sans trop s’intéresser à la paix.

L’impudeur avec laquelle Trump s’accapare le bureau du président et utilise le génocide à Gaza pour construire une Organisation internationale centrée sur lui et lui seul est assez époustouflante. Mais il semble que le Far West de l’ère multipolaire appartienne aux audacieux et aux sans vergogne. Il trouvera probablement assez de soutien pour faire de cette chose une réalité.

Note du Saker Francophone : La prédiction de Pascal Lottaz semble exacte puisque, en moins de 24 heures :

Plus de 10 pays ont signé pour rejoindre le « Conseil de paix » du président Trump pour Gaza, ont déclaré des sources proches des discussions à CBS News, bien que seulement six — Israël, les Émirats arabes unis, la Biélorussie, le Maroc, la Hongrie et le Canada — aient publiquement accepté son invitation à se joindre.

Difficile de faire plus éclectique comme regroupement de nations.

Pascal Lottaz

Source : le blog de l’auteur

Via https://lesakerfrancophone.fr/le-conseil-de-paix-de-trump

*******

Benjamin Netanyahu rejoint le « Conseil de la paix » : Le Premier ministre israélien a accepté un poste au sein du « Conseil de la paix » du président Trump, chargé de superviser la situation à Gaza. M. Netanyahu a supervisé la guerre génocidaire menée par Israël contre Gaza, et la Cour pénale internationale a émis un mandat d'arrêt à son encontre pour crimes de guerre à Gaza. D'autres pays ont également accepté l'invitation à rejoindre le Conseil de la paix, notamment l'Égypte, Bahreïn, le Kosovo et l'Azerbaïdjan. Ils rejoignent ainsi les Émirats arabes unis, l'Arménie, le Maroc, le Vietnam, le Bélarus, la Hongrie, le Kazakhstan et l'Argentine. Par ailleurs, la Norvège et la Suède ont annoncé mercredi qu'elles n'accepteraient pas l'invitation, emboîtant le pas à la France qui avait également décliné l'invitation.

Ainsi, le duo Trump-Netanyahou va pouvoir continuer tranquillement le génocide à Gaza, avec la coopération des gouvernements lèche-culs arabes et non arabes.

H.G.

Source :


lundi 23 février 2026

Devenez un fantôme numérique


Comment supprimer 99 % de votre empreinte numérique sur internet




Devenez un fantôme numérique 


par Abi Bouhmaida


Pas besoin d’introduction, on commence directement.

• Étape 1 : Prérequis

Parcourez chaque adresse email que vous avez pu utiliser au cours des 10 dernières années.

Vous voudrez les récupérer si vous avez perdu l’accès, afin de pouvoir accéder aux autres sites web sur lesquels vous vous êtes peut-être inscrit avec ces adresses.

• Étape 2 : Suppression des anciens comptes sur des services oubliés

Utilisez la fonction de recherche dans vos emails et cherchez des expressions comme « Sign up » ou « Welcome » (ou leurs équivalents dans votre langue : « Inscription », « Bienvenue », etc.) Récupérez le compte et connectez-vous à chaque service qui apparaît (ceux pour lesquels vous avez reçu un email d’inscription).

• Étape 2b :

Maintenant, cherchez dans chaque service une fonction de suppression de compte. Faites une recherche Google du type :
« delete account » + « <nom du service> »

S’il n’y en a pas, cherchez (Google ou dans le service) un email de support pour demander la suppression de votre compte.

• Étape 2c :

Pour certains services, vous voudrez peut-être purger tout le contenu et les messages avant de supprimer le compte, car celui-ci peut être archivé et un hacker ou une entité externe pourrait y accéder plus tard. Gardez ça en tête.

• Étape 3 : Vérifier si vos informations ont déjà été compromises.

Vous devriez maintenant avoir une liste de tous vos noms d’utilisateur et services, allant des plateformes de streaming aux emails.

Vous devez utiliser ce qu’on appelle des recherches booléennes pour bien exploiter Google et localiser ces infos.

• Étape 3b :


Exemples de recherches (les guillemets “ “ sont importants) : 

• « <nom_de_compte> »

• Parfois même : « <compte> » + « <mot_de_passe> »

• Étape 3c :

Vous risquez de voir apparaître des liens Pastebin, des bases de données underground accessibles publiquement, ou des fuites d’informations privées. C’est malheureusement assez courant.

Notez ce qui a été compromis (mots de passe / informations).

• Étape 3d :

Certaines fuites sont plus privées et circulent encore dans des cercles fermés. Vous pouvez utiliser ce site pour vérifier les grosses fuites connues : https://haveibeenpwned.com

Changez ensuite toutes vos informations actuelles qui ont été compromises. 

• Étape 4 : 

Vous faire supprimer de Google Vous avez supprimé vos comptes Facebook, mais quand vous faites des recherches booléennes avec votre nom + ville, il reste des informations en cache / des liens. Il existe une solution : la Google Search Console (outil de suppression).

Lien : https://search.google.com/search-console
/removals (https://google.com/webmasters/tools/removals – ancienne URL qui redirige)

Vous pouvez demander la suppression/mise à jour de l’index de recherche Google (ça prend souvent plusieurs mois de façon naturelle) en fournissant le lien exact de chaque résultat gênant.

Faites différentes recherches Google et passez par cet outil.

Étape 5 : Vous protéger contre le pistage légal de Google (autant que possible)

Vous devez interdire à Google de toucher légalement à vos données.

Allez dans : https://myaccount.google.com/activitycontrols et désactivez tout ce que vous pouvez.

• Étape 5b : Protéger les autres services

Pour tout autre service que vous souhaitez continuer à utiliser, réduisez les paramètres de confidentialité au strict minimum.

Exemple : sur Facebook, rendez presque tout privé pour que personne ne puisse voir vos anciennes photos, etc.

• Étape 6 : Supprimer les anciens emails

Maintenant que vous avez accès à vos anciens emails, il est temps de les supprimer aussi. Supprimez tous les emails dont vous n’avez plus besoin.

NE SUPPRIMEZ PAS ceux dont vous pourriez avoir besoin à l’avenir.

Si vous en gardez certains, changez les questions de sécurité et le mot de passe.

• Étape 7 : Sécuriser les comptes

Changez régulièrement vos mots de passe tous les 6 mois environ.

Pourquoi ? Parce que de nouvelles bases de données de hackers apparaissent tous les jours, et ils les utilisent pour des attaques par force brute ou des attaques ciblées plus tard.

• Étape 7b :

N’utilisez JAMAIS des mots de passe similaires entre eux.

Les hackers sont malins, surtout pour une attaque personnelle. Ils combinent très facilement vos anciens mots de passe avec votre adresse, date de naissance, etc.

Une fois qu’ils sont dedans sur un service important, certains vous donnent accès à TOUT… et il est ensuite extrêmement difficile de les faire sortir.

Bonne nouvelle : beaucoup de services limitent maintenant à une seule session active à la fois.

• Étape 8 : Protéger votre connexion internet

Utilisez un VPN quand vous naviguez sur internet.

NE PAS utiliser de VPN pour les opérations bancaires ou toute activité très sensible/confidentielle, mais utilisez-le pour la navigation publique. Combinez avec DuckDuckGo pour de meilleurs résultats.

• Étape 8b :

Choisissez un VPN sans logs ayant subi un audit public indépendant prouvant qu’il ne conserve aucun journal de votre activité. Ainsi, ni le VPN ni (dans une grande mesure) votre FAI ne sait ce que vous faites.

• Étape 9 : Utiliser des comptes burners

Utilisez des comptes jetables / faux sur les services très intrusifs (Google, etc.) avec un faux nom et de fausses informations.

C’est légal et ça permet d’éviter que vos vraies données soient croisées entre services.

• Étape 10 : Supprimer régulièrement votre contenu internet

Supprimez régulièrement vos anciens tweets, photos, posts… Ces données peuvent être utilisées contre vous pour relier vos différents comptes et trouver encore plus d’informations personnelles. Les hackers ciblés passent parfois des mois à analyser une personne.

• Étape 10b :

Ils utilisent vos anciennes publications pour reconstituer votre cercle social et trouver des failles.

Tout le monde peut être ciblé. Vous ne l’avez simplement pas encore été.

Protégez-vous en prévention. 

• Étape 10c :

Vous ne me croyez pas ? Voici un exemple (parmi des milliers) :

https://theverge.com/2019/10/11/20910551/stalker-attacked-pop-idol-reflection-pupils-selfies-videos-photos-google-street-view-japan

Et c’est encore très soft avec les outils accessibles à tout le monde aujourd’hui.

• Note finale

Cette liste est une très bonne base de départ.

Il reste énormément de choses que ça ne couvre pas, mais c’est déjà un excellent début.

Les étapes suivantes consistent à :

• Introduire volontairement de fausses informations assez proches des vraies (ça casse les clusters d’analyse de données)

• Créer des personas avec le même nom que vous mais des âges/villes différents

• Demander aux agences de crédit de purger toutes les informations datant de plus de 5 ans

• Supprimer aussi les adresses email associées à vos comptes dans vos boîtes mail en ligne (c’est une voie très facile pour l’usurpation d’identité ou le phishing ultérieur)

J’espère que ça vous aidera !

https://open.substack.com/pub/forgoodcode/p/how-to-delete-99-of-your-digital?r=4kz27j&utm_medium=ios&shareImageVariant=overlay



Source :  Péonia sur X



dimanche 22 février 2026

Dieudonné MBala MBala

 

"Il a tout résumé en 2 minutes."


Source



Les ultra-riches contre la société : l’explosion des inégalités



Les inégalités atteignent des sommets historiques. Tandis qu’une infime caste d’ultra-riches accumule des fortunes colossales, les services publics s’effondrent et les sociétés se fracturent. Taxer les milliardaires devient une urgence démocratique alertent de nombreux économistes.


par Georges Renard-Kuzmanovic


« Si le peuple comprenait notre système bancaire et monétaire, il y aurait une révolution avant demain. » – Henry Ford

L’inégalité, un phénomène planétaire qui ne cesse de s’aggraver
En ce début d'année 2026, les inégalités économiques n’ont jamais été aussi massives à l’échelle mondiale depuis un siècle. Selon le World Inequality Report 2026 du World Inequality Lab, les 10 % les plus riches de la planète détiennent aujourd’hui environ 75 % de la richesse mondiale, tandis que la moitié la plus pauvre de l’humanité possède à peine 2 % de cette richesse. Sur le plan des revenus, ces 10 % captent plus de 53 % des revenus totaux, laissant aux 50 % les moins favorisés un maigre 8 % du gâteau économique global. La concentration de richesse au sommet est extrême : une poignée de moins de 60 000 individus, soit 0,001 % de la population mondiale, possède trois fois plus de richesse que les 2,8 milliards d’adultes les plus pauvres réunis.

Les données montrent non seulement une concentration persistante, mais un creusement accéléré de l’écart entre les très riches et le reste de la population. La part de la richesse contrôlée par l’élite ultra-riche (les milliardaires et centimillionnaires), augmente beaucoup plus vite que celle du reste du monde, signe d’une dynamique devenue structurelle – les « ruissellement » se fait à l'envers, des plus pauvres et des plus riches, et ceux, de plus en plus rapidement.

Le néolibéralisme en héritage, une rupture historique de répartition

Les causes de cette concentration des ressources sont profondément politiques. Le néolibéralisme, né dans les écoles économiques américaines, notamment à l’Université de Chicago, a été imposé depuis les années 1980, d'abord aux Etats-Unis sous Ronald Reagan, puis au Royaume-Uni avec Margaret Thatcher pour enfin se généraliser après l'effondrement de l'URSS et la disparition de la peur du communisme, comme un modèle absolu en Occident. Il repose sur une logique simple : réduire l’État, mettre l’État au service des intérêts du capital financier, affaiblir la fiscalité progressive, déréguler les marchés, réduire toujours d'avantage les régulations nationales, privilégier le « libre-échange » (dans des traités où il est finalement très peu question d'échanges et encore moins de liberté et plus de constitution de monopoles capitalistiques intouchables), privatiser les biens communs et faire confiance à la politique de l’offre.

Cette idéologie a été vendue comme une promesse. L’enrichissement du sommet devait ruisseler vers le reste de la société. Quarante ans plus tard, le constat est implacable. La richesse ne ruisselle pas, elle s’accumule. Les revenus tirés du capital explosent tandis que les salaires stagnent, et la part du revenu national captée par le travail recule face à celle du patrimoine et des actifs financiers.

En Occident et en France, des écarts de plus en plus vertigineux
Les chiffres reflètent une réalité similaire dans tous les pays occidentaux, d'avantage même que dans le Sud Global. Dans l’Union européenne, les 10 % les plus riches contrôlent environ 60 % de la richesse totale, tandis que le bas de l’échelle ne possède presque rien. Aux États-Unis, la concentration atteint des niveaux historiques, où le 1 % le plus riche détient désormais près de 32 % de la richesse nationale.

En France, la dynamique suit la même trajectoire. Les 0,1 % les plus riches gagnent en moyenne plus de 160 fois ce que perçoit le quart des ménages les plus pauvres. Cette disproportion traduit une fracture sociale profonde, dans laquelle une minorité s’éloigne de plus en plus du reste du pays, non seulement par ses revenus, mais par son accès au pouvoir économique, politique et médiatique. Ce sont les différentes formes de « Capital » dont parlait Pierre Bourdieu – le capital économique conditionne et assure l’accès au capital culturel et au capital social. A cela s'ajoute le phénomène sociologique inédit d'une décorrélation quasi complète des intérêts des élites des ultra-riches par rapport aux intérêts de leurs compatriotes des pays dont ils sont issus. Une méta-classe transnational s'est constituée ; les moyens modernes électroniques, les réseaux, les transports et les dérégulations leurs permettent de contourner l’impôt, de déplacer ses capitaux, et de s'affranchir complètement de leur base nationale, tout en pesant sur les décisions publiques et en imposant leurs intérêts comme horizon politique.

Une fracture qui affaiblit les services publics et l’intérêt général
Le dogme du ruissellement est aujourd’hui discrédité. La croissance des revenus des ultra-riches n’a pas entraîné une amélioration équivalente pour les classes populaires ou moyennes. Au contraire, la majorité des gains économiques va au sommet, et la société se transforme en structure à deux vitesses.

L’accroissement des inégalités n’est pas une abstraction comptable. Il se traduit directement par l’affaiblissement des infrastructures collectives. Les services publics, déjà fragilisés par des décennies d’austérité, manquent de moyens face à l’augmentation des besoins sociaux. Hôpitaux saturés, écoles en tension, logements inaccessibles, transports délabrés, la dégradation du bien commun contraste avec l’explosion des patrimoines privés, quand cette dégradation n'est pas sciemment voulue par un capital financier qui a de plus en plus asservi les Etats : sous financer les services publics et les rendre pesants par de nouvelles normes idiotes permet de les fragiliser, de les rendre « inefficaces » aux yeux des usagers, ce qui permet à terme leurs privatisation, et par là-même, l'accroissement des inégalités.

« Comment détruire un service public ? En baissant son financement. Il ne fonctionnera plus. Les gens s’énerveront, ils voudront autre chose. C’est la technique de base pour privatiser un service public. » – Noam Chomsky.

Le néolibéralisme a organisé un transfert silencieux, mais massif, de la richesse collective produite par la société dans les mains d'une minorité, tandis que les États, volontairement appauvris par des baisses d’impôts et des cadeaux fiscaux, peinent à remplir leurs missions fondamentales.

Taxer les ultra-riches, une urgence démocratique

Face à ces constats, la taxation des ultra-riches apparaît comme une nécessité. Il ne s’agit pas seulement de financer davantage l’État, mais de corriger une dynamique qui détruit la cohésion sociale et menace la démocratie. Une fiscalité progressive – quelle que soit cette forme de taxation – sur les grandes fortunes permettrait de ralentir la concentration de richesse et de réinvestir dans la santé, l’éducation, la transition écologique et les infrastructures.

Les opposants brandissent l’exil fiscal ou la fuite des capitaux, mais ces arguments masquent souvent la réalité que l’impôt est l’un des derniers outils démocratiques permettant de limiter la puissance d’une oligarchie économique de plus en plus hors de contrôle.
Franklin Roosevelt l'avait parfaitement compris face au désastre de la Grande Dépression – il comprit qu’aucune société ne peut survivre à une telle concentration du pouvoir économique.

Dès 1933, il engagea la politique du New Deal, fondée sur une régulation renforcée du système financier, une intervention publique structurée et une fiscalité très progressive. Il fit notamment adopter le Glass-Steagall Act, imposant une séparation stricte entre banques de dépôt et banques d’investissement, afin de limiter les conflits d’intérêts et de freiner la spéculation excessive qui avait précipité le krach de 1929.

Roosevelt porta aussi la fiscalité à des niveaux que nos élites jugeraient aujourd’hui « confiscatoire ». Le Revenue Act de 1935 instaura un taux marginal maximal de 79 % pour les revenus excédant 5 millions de dollars, ainsi qu’un impôt sur les successions pouvant atteindre 70 % pour les patrimoines supérieurs à 50 millions — l’équivalent d’environ 20 milliards actuels. Sous Truman puis Eisenhower, ce taux fut porté jusqu’à 92 %, voire 94 % en période de guerre. L’enjeu était clair : éviter l’émergence de dynasties économiques et réaffirmer la primauté de l’État face à la puissance financière.

« La mesure de nos progrès n’est pas de savoir si nous ajoutons plus à l’abondance de ceux qui ont beaucoup, mais si nous en fournissons suffisamment pour ceux qui ont peu. » – Franklin D. Roosevelt

Aujourd'hui, de plus en plus d'économistes, et pas seulement les « hétérodoxes » comprennent la nécessité impérieuse d'un New Deal moderne. Soit c'est la fin du modèle néolibéral, soit c'est la mort garantie de la société.

Le World Inequality Report 2026 offre une photographie saisissante : sans réformes ambitieuses, l’inégalité continuera de miner les sociétés, de fragiliser les États et d’accentuer le divorce entre une minorité ultra-forte et la majorité des citoyens.

Les voies de sortie existent, mais elles supposent une rupture avec quarante ans de néolibéralisme. Taxer les ultra-riches, réguler les marchés financiers, restaurer l’État social, replacer l’économie au service de l’intérêt général, voilà les conditions minimales pour éviter l’enfermement dans un monde oligarchique.

La sécession des milliardaires : un monde au bord de l'oligarchie, une dérive inquiétante

À l’extrême de cette dynamique, certaines élites milliardaires portent désormais des visions inquiétantes : monde transhumaniste, réduction démographique, technocratie privatisée, séparation complète entre les puissants et le reste de l’humanité. Des figures comme Peter Thiel, proche des cercles trumpistes, incarnent cette tentation d’un avenir post-démocratique, où la société ne serait plus un corps commun, mais un marché gouverné par quelques-uns.

Au cœur d’un monde où les inégalités explosent et où le ruissellement n’a jamais existé, le néolibéralisme, imposé depuis quarante ans, a produit un pillage social méthodique, organisant la captation des richesses par une minorité au détriment de l’intérêt général.

Les richesses au sommet s’accumulent à un rythme vertigineux pendant que la pauvreté du monde s’étend, jusqu’à atteindre cette absurdité historique. Une poignée d'individus possèdent plus que la moitié de l’humanité, au point d'imaginer, et de tenter de créer en actes, un monde à leur image, transhumaniste.

Fortunes immenses, exploits records des actionnaires, et sociétés à bout de souffle... L’Occident, en particulier glisse dangereusement et change de modèle. Ces inégalités accrues produisent, lentement mais certainement, une société nouvelles, un régime nouveau pourrait-on dire, où un système de facto oligarchique supplante la démocratie libérale que nous connaissons encore.

Le Capital s’est dressé contre la société, faisant ressurgir le retour des inégalités du XIXe siècle sous des formes modernisées, transnationales, presque hors-sol – les ultra-riches prospèrent pendant que les peuples décrochent.

Dans ce grand hold-up, les milliardaires captant tout, se constituent en caste séparée qui ne vit plus dans le même monde. Taxer les ultra-riches n’est plus une option idéologique, mais l'exigence de survie d'un modèle dont est issu la civilisation occidentale. L’impôt sur les riches devient le dernier rempart contre le chaos social et la mort progressive de la démocratie.

A défaut, c'est un autre monde qui émergera et très certainement pas de manière apaisée.



samedi 21 février 2026

Un grand roman prophétique de C.S. Lewis




Publié en 1945, That Hideous Strength (Cette hideuse puissance) est sans doute le roman le plus dérangeant et le plus prophétique de C. S. Lewis. Troisième et dernier volet de sa Trilogie cosmique, il abandonne l’aventure spatiale pour plonger dans une dystopie anglaise, à la fois politique, spirituelle et métaphysique.


Le roman met en scène l’ascension du N.I.C.E. (National Institute of Co-ordinated Experiments), un organisme technocratique qui prétend réorganiser la société au nom de la science, de l’efficacité et du progrès. Derrière son langage managérial et ses promesses de rationalité, le N.I.C.E. poursuit un projet bien plus radical : refaçonner l’humanité, abolir la morale objective, dissoudre la nature humaine et soumettre le vivant à une élite « éclairée ». Lewis y décrit un mal moderne, sans cris ni crocs, mais administratif, aseptisé, bureaucratique, qui se nourrit de conformisme et de lâcheté intellectuelle.

Le personnage de Mark Studdock, jeune sociologue ambitieux, incarne cette dérive. Sans être foncièrement mauvais, il accepte progressivement l’inacceptable pour rester « du bon côté », sacrifiant la vérité à l’appartenance sociale. Sa femme, Jane, suit un chemin inverse : par des rêves prophétiques qu’elle ne comprend pas elle-même, elle est conduite vers une petite communauté de résistance spirituelle établie à St Anne’s, dirigée par Ransom, figure centrale de la trilogie.

Face au pouvoir technocratique se dresse ainsi une résistance paradoxale : ni révolutionnaire ni violente, mais fondée sur l’ordre naturel, la fidélité au réel, la hiérarchie du bien et une vision chrétienne du cosmos. Lewis oppose deux conceptions du monde : celle qui veut dominer la nature en niant l’homme, et celle qui reconnaît que l’homme ne se comprend qu’en acceptant ses limites.

La dimension théologique du roman s’affirme pleinement dans son dénouement...

Avec That Hideous Strength, C. S. Lewis ne signe pas seulement une œuvre de fiction, mais une critique implacable du scientisme, du progressisme déshumanisé et de l’ingénierie sociale. Le roman pose une question toujours brûlante : que reste-t-il de l’homme lorsqu’il renonce à la vérité morale au nom de l’efficacité ? Et jusqu’où peut aller un pouvoir qui prétend sauver l’humanité en commençant par l’abolir ?

Soixante-dix ans après sa parution, le livre frappe par sa lucidité : le mal le plus dangereux n’est pas celui qui se présente comme tel, mais celui qui parle le langage du bien.




vendredi 20 février 2026

Pourquoi l’effondrement de l’Union européenne est inévitable




L’Union européenne ne s’effondrera pas sous les coups de ses ennemis, mais sous le poids de son propre mépris pour les peuples qu’elle prétend représenter. Bruxelles ne gouverne plus : elle décrète, moralise, sanctionne, puis s’étonne que la légitimité lui échappe.

Chaque crise suit le même scénario : indignation officielle, sommets d’urgence, tweets grandiloquents… et, au bout de la chaîne, une nouvelle réglementation inutile, un mécanisme technocratique illisible ou un plan budgétaire hors-sol. L’UE ne corrige rien : elle enrobe l’échec.

Même la Commission européenne est contrainte de l’admettre. Elle reconnaît désormais que l’Union est devenue un champion mondial de la surrèglementation, au point d’annoncer officiellement une réduction des charges administratives. Traduction : Bruxelles produit aujourd’hui des textes pour expliquer qu’elle va produire moins de textes. Quand une bureaucratie doit théoriser sa propre mise au régime, le diagnostic est déjà fatal.

Sur le plan économique, le constat est sans appel. Le rapport Draghi, commandé par la Commission elle-même, décrit un décrochage structurel de l’Europe face aux États-Unis et à la Chine : sous-investissement, fragmentation, lenteur décisionnelle. Pendant que l’UE empilait des normes, les autres construisaient des chaînes de valeur, des usines et des industries stratégiques.

Mais le véritable effondrement est politique et démocratique. L’Union européenne n’est plus soutenue par ses citoyens, et ce n’est pas une opinion : ce sont les chiffres. Dans un sondage Eurotrack YouGov de décembre 2025, seulement 16 % des Français avaient une opinion favorable d’Emmanuel Macron, tandis que 79 % l’avaient défavorable, un marqueur d’impopularité durable au sommet de l’État. En Allemagne, le chancelier Friedrich Merz ne fait guère mieux : seulement 25 % de favorables contre 69 % de défavorables chez ses concitoyens, selon des relevés récents d’opinion.

Ce divorce n’est pas accidentel. L’UE est institutionnellement verrouillée contre les peuples. En politique étrangère, l’unanimité paralyse toute décision réelle. Un seul État peut bloquer 26 autres. C’est inscrit dans les traités. Et toute réforme de ce système exige… l’unanimité. L’Union a donc bâti un édifice irréformable, conçu pour durer contre les électeurs.

Les divisions internes achèvent le tableau. Le veto est devenu un outil de chantage assumé, y compris dénoncé par le Parlement européen lui-même. “Union de valeurs” le jour, marchandage permanent la nuit. L’UE n’est unie que dans les communiqués de presse.

Face à cette impuissance politique, Bruxelles n’a plus qu’un réflexe : l’argent. Des milliards débloqués, des facilités financières, des mécanismes budgétaires complexes. L’Europe ne propose plus de projet collectif : elle distribue des chèques et impose des règles, sans consentement populaire.

Résultat : l’Union européenne n’est plus respectée. Ni par ses propres citoyens, ni sur la scène internationale. Elle n’inspire plus, elle contraint. Elle ne protège plus, elle fragilise. Elle ne rassemble plus, elle entraîne ses États membres vers le bas.

Quand ceux qui dirigent l’Europe sont eux-mêmes désavoués par leurs peuples, on ne parle plus de crise de confiance : on parle de perte de légitimité. L’Union européenne ne s’effondrera pas dans le fracas. Elle disparaîtra dans une indifférence populaire glaciale, ensevelie sous ses propres normes, pendant qu’un dernier communiqué annoncera “une feuille de route pour restaurer la confiance”.





jeudi 19 février 2026

La revanche du monde sans smartphone : quand la déconnexion devient tendance




Ils ont supprimé leurs réseaux sociaux, ressorti un vieux Nokia 3310, acheté un lecteur CD et redécouvert… le silence !

Des États-Unis à la France, la “digital detox” n’est plus une lubie de hippies débranchés, mais une véritable mode culturelle.

Et dans un monde saturé de notifications, revenir à la lenteur devient le nouveau luxe.

La fin du scroll, le début du calme ?

Le mouvement a commencé doucement : quelques influenceurs ont quitté Instagram, des musiciens ont ressorti leurs Walkman, et des cafés “sans Wi-Fi” ont fleuri à New York, Tokyo ou Paris.

Désormais, ce courant est en train de devenir une contre-culture organisée :

– les téléphones à clapet se vendent à nouveau (le “dumbphone” market a bondi de + 25 % en 2025) ;

– des festivals interdisent les écrans (le Offline Fest en Espagne a fait salle comble) ;

– des entreprises offrent des week-ends sans réseau à leurs cadres épuisés.

Selon une étude YouGov de décembre 2025, 47 % des 18–35 ans disent rêver de “vivre une semaine sans Internet”. Autrement dit, le progrès fatigue.

Les marques l’ont bien compris : après des années à vanter la 5G et les applis “connectées à votre bien-être”, elles nous vendent… des objets déconnectés. Une boucle parfaite.
Découvrez notre analyse inédite sur ce retour en force de la nostalgie !

Le passé n’a jamais été aussi moderne.

Pourquoi les vinyles, les vieux téléphones et les séries des années 80 envahissent-ils à nouveau nos vies ?

Cette fiche exclusive décrypte comment la nostalgie façonne la culture, les médias… et notre cerveau.

• Les secrets du succès de Stranger Things et des séries “made in nostalgie”

• Pourquoi les objets rétro (vinyles, Polaroid, jouets) reviennent en force

• Comment la “digital detox” est devenue le nouveau luxe moderne

Analyse complète directement par mail :

mercredi 18 février 2026

La guerre est leur seul exutoire


Elle leur permettra de détourner votre attention sur leurs trahisons qui auraient dû faire l'objet de poursuites pénales si l'Etat de droit existait encore.

L'Etat profond malgré son repli sur l'Europe dispose d'un plein contrôle normatif, budgétaire puis médiatique permettant de déclencher une guerre mondiale : les troupes européennes sont suffisantes en nombre pour cela.

Et un incident fâcheux déclenchant l'escalade guerrière est si vite arrivé.

J'avais espéré depuis plusieurs semaines une détente générale dans ce conflit mais manifestement le bellicisme demeure leur seule option de survie à court terme pour prolonger leur contrôle.


Alexandre Juving-Brunet

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L'industrie de la défense française est en plein essor, au point que certaines usines ne vérifient même plus les CV, elles veulent juste des personnes disciplinées avec un casier judiciaire vierge.



À Montluçon, Safran embauche 200 personnes par an et fait fonctionner les machines 24 heures sur 24 :

Nous ne regardons même plus les CV — nous recherchons de la discipline et de la concentration.

Source : BPartisans


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Le dangereux Macron

D’autant plus dangereux que s’annonce la fin prochaine de son pouvoir... par voie électorale.

Au plus bas dans les sondages et dans l’impossibilité institutionnelle de se représenter, il n’est pas impossible, compte tenu de la personnalité erratique de cet autocrate clairement déséquilibré, que Macron soit tenté par une voie à la Zelensky : à savoir se maintenir au pouvoir par la guerre et la menace de guerre.

Profiter d’un climat de guerre entretenu, voire encouragé et aggravé, pour passer de président français à président de l’Europe, comme il semble en rêver d’après la déclassification de certains courriels d’Epstein, qui viennent corroborer l’attribution hautement symbolique de son prix Charlemagne !

Président d’une Europe passée de l’UE aux États-Unis d’Europe et nanti d’une armée européenne sous commandement unique, nécessité par la prétendue menace russe… Piste inquiétante mais qui expliquerait pourquoi Macron, s’il parle de paix à propos du conflit ukrainien, fait en réalité tout pour la repousser et l’empêcher malgré l’évidente volonté d’une Russie qui, elle, a atteint ses buts. Cet état de guerre aggravé, si dangereux pour tous, représentant pour Macron son plus sûr et plus immédiat salut politique…

Une fuite en avant dangereuse, contraire aux intérêts vitaux de la France comme de la véritable Europe, qui explique aussi pourquoi Macron ne cesse d’agir, comme il le fait d’ailleurs depuis le début de son premier mandat, pour museler la liberté de critique et d’expression, toujours sous le prétexte particulièrement pervers de lutter contre une désinformation qui porterait atteinte... à la démocratie !

Le projet de loi présenté à l’Assemblée nationale en décembre 2025 ne poursuivant clairement pas d’autre but : celui de museler toute opposition politique, alors que sa gestion de la France de plus en plus catastrophique le mène au record d’insatisfaction de toute la Ve République !

Plus inquiétant encore, lorsqu’on sait que, dans ce climat de crise et de récession généralisée, l’industrie française et européenne de l’armement est le secteur qui se porte le mieux. Seconde raison, toute aussi inquiétante, pour un Macron à la tête d’un pouvoir particulièrement méprisant du peuple et financièrement corrompu, de jouer la carte des tensions guerrières à outrance, tant en Ukraine qu’au Moyen-Orient ?

Alors même si le calendrier légal indique que ce plus mauvais président va bientôt prendre la porte, il reste quand même, lorsqu’on connaît le personnage, quelques petites raisons de s’inquiéter !

Alain Soral sur X