mardi 5 mai 2026

Le christianisme comme stratégie adaptative juive


par Laurent Guyénot

Introduction

Dans plusieurs articles, j’ai avancé une série d’arguments selon lesquels la christianisation de l’Empire romain a été bénéfique pour les Juifs (ici et ici) et néfaste pour les Gentils (ici et ici), et qu’elle a ouvert la voie à la subversion et à l’asservissement de la civilisation occidentale par le pouvoir juif. Le christianisme étant une invention juive, il est difficile de résister à l’attrait de la théorie selon laquelle il s’inscrivait dans un vaste complot juif (ce « complot agressif et vindicatif […] contre le reste du monde » qui est écrit « noir sur blanc » dans la Bible hébraïque, comme H. G. Wells a tenté de nous avertir dans "The Fate of Homo Sapiens", 1939). Cependant, malgré tous mes efforts pour trouver un indice que le christianisme était dès le départ une opération psychologique juive visant à aliéner les Romains plutôt qu’à les sauver, je n’en trouve aucun. Le nombre considérable de Juifs (principalement des Juifs hellénisés) qui se sont convertis au christianisme au Ier siècle va à l’encontre de cette théorie. Je ne vois aucune raison de soupçonner Paul, le véritable fondateur du christianisme des Gentils, d’être une sorte d’agent israélien cherchant à tromper les goyim crédules pour leur faire croire des choses auxquelles il ne croyait pas lui-même. Le fait qu’il ait écrit « C’est la vérité » (Romains 9,1) ne prouve pas qu’il ment. Pourtant, on trouve bien dans ses lettres la conviction que lorsque la conversion des Gentils au Christ aura atteint un stade, « tout sera rendu [aux Juifs] » à la fin (Romains 11,12).

Nous sommes donc arrivés à la conclusion que la christianisation a fourni un avantage sélectif décisif à Israël dans sa guerre millénaire contre Rome, mais nous n’avons aucune preuve que le christianisme a été secrètement fabriqué à cette fin. Il est donc temps de faire appel au professeur Kevin MacDonald pour qu’il nous aide à résoudre cette énigme. Je vais examiner ici si le christianisme peut s’inscrire dans sa théorie générale, développée dans "A People That Shall Dwell Alone: Judaism as a Group Evolutionary Strategy, With Diaspora Peoples" (1994) et ses ouvrages ultérieurs.

Le grand avantage de la psychologie évolutionniste (ou évolutionnaire, au choix), qui est la discipline dans laquelle s’inscrit MacDonald, réside dans le fait qu’elle contourne la question de l’intentionnalité, ce qui nous permet d’étudier les « stratégies évolutives de groupes » (ou « stratégies adaptatives de groupes ») sans avoir à rechercher des preuves d’un complot. La psychologie évolutionniste postule que les diverses stratégies que développent les groupes fondés sur la parenté (clans, tribus, nations) pour assurer leur survie, leur reproduction, leur expansion et leur domination dans un environnement concurrentiel peuvent être, au moins en partie, inconscientes plutôt que clairement formulées. Il existe, dans tout groupe ethnique, une volonté de pouvoir collective et transgénérationnelle qui opère en dessous du seuil de la conscience individuelle. Cette volonté ou mentalité collective du groupe n’est pas purement le produit de la nature biologique ; pour chaque groupe, elle possède une part culturelle particulière issue de certains choix historiques : mais au fil des générations, cette part culturelle devient elle-même une seconde nature, soit une part de l’inconscient collectif.

Ces hypothèses coïncident avec les conclusions de la sociologie (Durkheim, Lévi-Strauss, Le Bon), selon lesquelles les cognitions, les émotions et les comportements des individus sont en partie déterminés inconsciemment par une forme d’esprit de groupe. Dans une mesure qui dépend de la cohésion du groupe, lorsque les individus pensent, ressentent et désirent, c’est le groupe qui pense, ressent et désire à travers eux. Dans le cas d’un groupe très sophistiqué tel que la communauté juive, ce principe fonctionne de manière complexe, mais il s’applique tout de même à un certain niveau. Le paradigme de la psychologie évolutionniste permet donc de comprendre que, lorsqu’une stratégie juive semble être fondée sur la tromperie, elle n’est pas nécessairement perçue comme telle par la communauté juive en question.

En tant que groupe national, les Juifs présentent deux caractéristiques distinctives. La première est qu’ils forment une communauté mondiale. Dans leur grande majorité, ils ont vécu et lutté au sein de nations étrangères pendant plus de deux mille ans (depuis la période hellénistique). Pour cela, ils ont élaboré des stratégies uniques qui font désormais partie de leurs habitudes cognitives ancestrales. C’est presque comme s’ils avaient développé une double personnalité : une personnalité de base pour leur environnement juif, et une autre, plus flexible, pour leur environnement non juif. Ils ne perçoivent pas nécessairement cette complexité comme une incohérence ou une hypocrisie.

L’autre particularité des Juifs est qu’ils constituent une communauté à la fois ethnique et religieuse. Cela leur procure l’avantage unique que leur stratégie de survie la plus essentielle dans des environnements étrangers est également le commandement central de leurs Écritures religieuses : l’endogamie stricte.[1] Dans "Du Yahvisme au sionisme", j’ai soutenu que le comportement collectif particulier des Juifs n’est pas déterminé génétiquement, mais programmé culturellement. Leur Bible enseigne aux Juifs que ce qui est bon pour les Juifs est bon en termes absolus, et doit donc être bon pour les Gentils aussi, même lorsque cela ne leur plaît pas. La mission des Juifs est d’obéir au dieu des Juifs en détruisant les dieux des Gentils, c’est-à-dire tout ce qui leur est sacré, y compris leurs identités ethniques ou nationales, car ces dieux sont soit mauvais, soit faux, contrairement au dieu des Juifs qui est le seul et unique vrai Dieu.

Outre la stratégie élémentaire de l’endogamie, MacDonald distingue deux grands ensembles de stratégies de groupe chez les Juifs de la diaspora : les stratégies par lesquelles ils s’adaptent à leur environnement, et celles par lesquelles ils modifient leur environnement. Le premier type de stratégies s’apparente aux cas de crypsis ou de mimésis que l’on observe dans le monde animal. Le second type n’a pas d’équivalent dans le monde animal, et peut même être considéré comme une faculté particulière des Juifs.

Je montrerai que, si l’on analyse la diffusion précoce du christianisme comme une « stratégie évolutive de groupe » juive, elle s’inscrit dans ces deux catégories : les Juifs qui se convertissaient au christianisme s’adaptaient à leur environnement dangereusement « antisémite », en se rendant moins juifs et plus gréco-romains (le christianisme étant, pour une part, une imitation des cultes à mystères), tout en préservant leur croyance fondamentale dans l’élection du peuple juif et leur haine primitive des dieux païens. Et les Juifs qui ont converti des Gentils au christianisme au cours de la même période ont modifié leur environnement en rendant la société romaine plus juive et moins païenne, et, surtout, plus encline à croire au rôle central des Juifs dans la providence divine. Dans un sens très profond, le christianisme a convaincu les Romains que « le salut vient des Juifs » (Jean 4,22), une idée que des Juifs hellénistiques comme Philon d’Alexandrie promouvaient déjà un siècle plus tôt, prêchant que « la nation juive est au monde entier ce que le prêtre est à l’État ».[2] On peut d’ailleurs dire que « sauver les non-juifs » (de leurs valeurs étriquées, mais surtout de leur antisémitisme), est resté jusqu’à ce jour la mission première des Juifs « assimilés ».

Le christianisme comme invention juive

De toute évidence, la théorie selon laquelle le christianisme a été une stratégie évolutive juive ne peut s’appliquer qu’au christianisme des premiers siècles, lorsque les Juifs en étaient les fondateurs et les dirigeants. On ne peut raisonnablement tenir les Juifs pour responsables de la conversion de l’Empire romain au IVe siècle, et encore moins de celle des barbares. Au moment où le christianisme devint la religion officielle de Rome, les Juifs n’en avaient plus la direction. Nous sommes en droit de soupçonner la présence d’un certain nombre de crypto-juifs influents dans les cours des dynasties constantinienne et théodosienne, mais aucun cas ne peut être mis en lumière. Sans aucun doute, l’Église était alors majoritairement d’origine non-juive. Les Juifs n’ont fourni que l’impulsion initiale.

Mais il est important de réaliser que l’influence des Juifs sur le christianisme romain fut bien plus intense et durable que ce que les historiens de l’Église nous ont laissé croire. Faisons le point sur ce sujet.

La première chose à reconnaître est l’importance de la population juive dans les mégapoles de l’Empire romain, où le christianisme s’est d’abord épanoui. Au Ier siècle, on estime qu’il y avait un million de Juifs en Palestine et environ cinq millions dans la diaspora, en particulier dans les grandes villes telles qu’Alexandrie, Antioche et Rome. Une partie de la population juive de Rome descendait des milliers de captifs juifs que Pompée avait ramenés après la prise de Jérusalem en 63 avant notre ère, et leur nombre augmenta en 70 de notre ère, lorsque Vespasien et Titus amenèrent à Rome 97 000 captifs juifs supplémentaires, selon Flavius Josèphe ("Guerre des Juifs" VI,9). Beaucoup d’entre eux furent affranchis, à l’instar de Josèphe, qui œuvra sans relâche pour faire l’éloge de sa nation auprès des Gentils. La réalité et l’ampleur du prosélytisme juif aux Ier et IIe siècles font l’objet d’un débat, mais nous savons au moins par Cassius Dio qu’un membre de la famille impériale, Flavius Clemens, fut exécuté par l’empereur Domitien pour « athéisme » et « déviation vers les coutumes judaïques » (les Juifs étaient considérés comme athées en raison de leur mépris des dieux), tandis que son épouse Flavia Domitilla fut bannie.

L’autre donnée à prendre en compte est que nous disposons de très peu d’informations sur la manière dont le christianisme s’est répandu dans les villes romaines depuis l’époque de Paul jusqu’au milieu du IIe siècle. En effet, comme l’a noté Bart Ehrman dans "The Triumph of Christianity" : « en dehors de l’œuvre de Paul elle-même, nous n’avons connaissance d’aucune activité missionnaire chrétienne organisée — non seulement pour le Ier siècle, mais pour aucun siècle antérieur à la conversion de la majeure partie de l’empire. […] Cela peut sembler difficile à croire, mais si l’on comptait tous les missionnaires chrétiens dont on a entendu parler ne serait-ce qu’une seule fois, de la période postérieure au Nouveau Testament jusqu’aux quatre premiers siècles, on n’aurait pas besoin de tous les doigts d’une main. »[3] C’est remarquable en soi.

Comme l’affirme Rodney Stark dans "The Rise of Christianity", il existe de nombreuses raisons de croire que les Juifs, qui étaient très mobiles et interconnectés, ont été les principaux propagateurs des évangiles à travers l’Empire, même après le IIe siècle.[4] L’archéologie confirme que les lieux de culte et les objets chrétiens se trouvent toujours dans les quartiers juifs. Eric Meyers rapporte que des données provenant de Rome et de Venosa montrent que « les sépultures juives et chrétiennes reflètent une communauté interdépendante et étroitement liée de Juifs et de chrétiens, au sein de laquelle les marques distinctives de démarcation étaient floues jusqu’aux IIIe et IVe siècles de notre ère ».[5]

Dans la seconde moitié du IIe siècle, Juifs et chrétiens commençaient tout juste à se considérer comme appartenant à des religions différentes, et les premiers apologistes connus, bien que non-juifs, étaient encore engagés dans un dialogue avec les Juifs, comme l’illustrent le "Dialogue avec Tryphon" de Justin Martyr, le "Dialogue de Jason et Papiscus" d’Aristo de Pella (aujourd’hui perdu), ou encore, un peu plus tard, la mention par Origène de sa participation à un débat théologique arbitré avec des juifs.[6]

À l’appui de son point de vue selon lequel le christianisme était principalement contrôlé par les Juifs jusqu’au milieu du IIe siècle et au-delà, Rodney Stark mentionne la défaite des marcionites, qui voulaient rejeter l’Ancien Testament :

« En effet, la rapidité avec laquelle Marcion a mis en place un mouvement important suggère que sa solution plaisait à beaucoup. Mais le point crucial est le suivant : la faction chrétienne traditionnelle semble avoir facilement évincé Marcion et réussi à condamner les "Antithèses" comme hérésie. Je ne crois pas que les traditionalistes l’aient emporté grâce à une théologie supérieure. Au contraire, toute cette affaire me suggère qu’au milieu du IIe siècle, l’Église était encore dominée par des personnes ayant des racines juives et des liens actuels étroits avec le monde juif. Notez que cela s’est passé après la révolte de Bar-Kokhba. »[7]

Stark suggère que la rupture définitive entre juifs et chrétiens s’est produite sous Constantin, et qu’elle ne s’est pas faite sans résistance. Lorsque, dans les années 390, Jean Chrysostome se plaint que de nombreux chrétiens « se joignent aux Juifs pour célébrer leurs fêtes et observer leurs jeûnes » ("Première homélie" I,5), voire se font circoncire ("Deuxième homélie" II,4), nous devons le considérer comme « l’un des premiers leaders du mouvement visant à séparer une Église et une synagogue qui étaient encore étroitement liées ».[8]

Après avoir établi que le christianisme était un mouvement juif s’adressant à la fois aux Juifs et aux Gentils au cours des Ier et IIe siècles, et qu’il restait sous une forte influence juive au cours des IIIe et IVe siècles, nous pouvons examiner s’il répond aux critères de MacDonald pour une « stratégie évolutive de groupe » juive.

Le christianisme bon pour les Juifs

Les Juifs qui se sont convertis au christianisme au cours des premiers siècles étaient très comparables à ceux qui se sont convertis au cours des siècles suivants, tout en restant attachés à la pureté de leur sang juif. MacDonald fait la remarque suivante sur la sincérité de certains de ces convertis :

« on pourrait noter que les nouveaux chrétiens qui maintenaient un séparatisme de groupe tout en acceptant sincèrement le christianisme s’engageaient en réalité dans une stratégie évolutive très intéressante — un véritable cas de crypsis entièrement analogue à la crypsis dans le monde naturel. Ces personnes seraient encore plus invisibles aux yeux de la société environnante que les crypto-juifs, car elles fréquentaient régulièrement l’église, ne se faisaient pas circoncire, mangeaient du porc, etc., et n’avaient aucun scrupule psychologique à le faire. […] L’acceptation psychologique du christianisme a peut-être été le meilleur moyen possible de perpétuer le judaïsme en tant que stratégie évolutive de groupe pendant la période de l’Inquisition.[9]

Qu’ils aient été sincères, hypocrites ou quelque part entre les deux, les Juifs qui se sont convertis au christianisme au Moyen Âge ont immédiatement récolté des avantages sociaux. Ils pouvaient espérer être considérés comme des égaux par les Gentils, tout en n’étant pas obligés de marier leurs enfants à des non-Juifs. Il en va exactement de même pour les débuts du christianisme paulinien, qui se présentait comme brisant les barrières entre Juifs et Gentils.[10] L’affirmation qu’« il n’y a ni Juif ni Grec » (Galates 3,28) était particulièrement utile pour les convertis juifs.

Le christianisme paulinien doit être considéré comme une extension du judaïsme hellénistique, qui s’employait déjà à affaiblir les barrières entre Juifs et Grecs. Avant, pendant et après les guerres juives dévastatrices (66-135 de notre ère), la plupart des Juifs hellénistiques, en particulier à Alexandrie, prirent leurs distances par rapport à la fièvre messianique des Juifs nationalistes et tentèrent de donner à leur tradition un aspect aussi grec que possible. La théorie obséquieuse de Flavius Josèphe, selon laquelle les Juifs nationalistes n’avaient pas compris que leurs prophéties désignaient en réalité Vespasien comme le véritable Messie ("Guerre juive" IV), en est un bon exemple. Le christianisme en est un autre. Selon Rodney Stark, « de nombreux Juifs hellénisés de la diaspora trouvaient le christianisme si attrayant précisément parce qu’il les libérait d’une identité ethnique avec laquelle ils n’étaient plus à l’aise ». C’est pourquoi « un flux constant et significatif de Juifs hellénisés se convertissant au christianisme s’est probablement poursuivi jusqu’à la fin du IVe ou au début du Ve siècle ».[11] Tant que le christianisme restait lié à sa matrice juive, c’est-à-dire pratiquement jusqu’à la fin du IIIe siècle, Les Juifs qui se convertissaient au christianisme ne se détournaient pas entièrement du judaïsme, et ils ne se convertissaient absolument pas à un autre Dieu, mais simplement à une nouvelle identité juive flexible avec une prétention universaliste.

En diffusant le christianisme parmi les Gentils, les chrétiens d’origine juive contribuaient également à l’effort général du judaïsme hellénistique visant à rendre la société païenne plus réceptive à la contribution unique et positive des Juifs au monde. À terme, la conversion de l’Empire romain impliquerait la sacralisation de la nation juive en tant qu’ancien peuple élu de Dieu. Le judaïsme devint la seule religion non chrétienne légale. Par sa « théorie du témoignage », l’Église déclara que la nation juive avait un droit divin d’exister jusqu’à la fin des temps, et que l’Église et l’Empire partageaient la responsabilité divine de la protéger. C’était une amélioration radicale par rapport aux tentatives répétées des empereurs romains, de Vespasien à Hadrien, d’éradiquer complètement la nationalité juive. Cette théorie du témoignage fut inscrite dans la sotériologie catholique par Augustin, et réaffirmée à maintes reprises pour lutter contre les sentiments populaires anti-juifs. Informé des persécutions des Juifs à Cologne et à Mayence pendant sa campagne pour la deuxième croisade, saint Bernard de Clairvaux protesta : « Les Juifs sont pour nous les paroles vivantes de l’Écriture, car ils nous rappellent sans cesse ce que notre Seigneur a souffert. Ils sont dispersés dans le monde entier afin que, par l’expiation de leur crime, ils puissent être partout les témoins vivants de notre rédemption. […] Si les Juifs sont complètement exterminés, que deviendra notre espoir de leur salut promis, de leur conversion éventuelle ? »[12]

Certes, l’Église a également donné aux Gentils une nouvelle raison de haïr les Juifs en tant que tueurs du Christ. Et le christianisme n’a pas rendu les Romains moins « antisémites » qu’ils ne l’étaient lorsqu’ils étaient païens. Mais d’un point de vue stratégique et évolutif, ce n’était pas négatif, car l’hostilité des Gentils a toujours été le meilleur stimulant de la cohésion juive. Les Juifs de la diaspora ont autant besoin de se sentir « choisis pour la haine universelle » (Léon Pinsker, "Auto-émancipation", 1882) que de se sentir choisis par Dieu. La situation idéale, d’un point de vue adaptatif, est une société qui maintient les Juifs séparés tout en minimisant la violence à leur égard. La politique de l’Église était en fait très favorable aux intérêts ethniques juifs en interdisant aux Chrétiens de se marier avec des Juifs non baptisés, tout en interdisant aux Chrétiens d’imposer le baptême aux Juifs sous la contrainte ou la menace.

Dans l’ensemble, la christianisation de l’Empire romain a été très favorable au développement de la communauté juive, tant d’un point de vue démographique qu’économique. Le grand historien de l’Antiquité tardive Peter Brown écrit :

« Dans la législation de l’époque, l’humiliation rhétorique du judaïsme en tant que religion coexistait avec de vastes privilèges collectifs accordés aux dirigeants juifs et aux synagogues juives. Bien que le judaïsme ait été qualifié à maintes reprises de “folie impie” ("Codex Theodosianus" XV,5,5), les dirigeants de la communauté juive — une succession de patriarches en Palestine et d’autres groupes de représentants dans d’autres provinces — reçurent de tous les empereurs chrétiens l’assurance répétée que le judaïsme, contrairement au polythéisme et à de nombreuses formes de christianisme hérétique, n’était “pas une secte interdite par les lois” (C. Th. XVI,8,9). Les synagogues juives bénéficiaient des exemptions associées aux “lieux saints” (C. Th. VII,8,2). Le personnel des synagogues jouissait des mêmes privilèges que le clergé chrétien : car eux aussi étaient des personnes “véritablement dévouées au service de Dieu” (C. Th. XII,1,99). »[13]

On peut même affirmer que l’interdiction faite aux Chrétiens de pratiquer l’usure conférait un immense avantage sélectif aux Juifs, et c’est exactement ce que le quatrième concile du Latran a admis en 1215, dans sa Constitution 67, « Sur les usures juives » : « Plus les chrétiens sont empêchés de pratiquer l’usure, plus ils sont opprimés en la matière par la traîtrise des Juifs, de sorte qu’en peu de temps, ceux-ci épuisent les ressources des chrétiens. »[14]

Le christianisme néfaste pour les Gentils

L’Empire romain constituait un vaste réseau de villes reliées par près de 320 000 kilomètres de routes, sans compter la navigation sur la mer Méditerranée ("medius terra"). Dans "The First Urban Christians", Wayne Meeks écrit que « les habitants de l’Empire romain voyageaient plus loin et plus facilement que quiconque avant eux ou après eux jusqu’au XIXe siècle », et il rapporte pour l’illustrer l’inscription funéraire d’un marchand en Phrygie lui attribuant soixante-douze voyages à Rome, une distance de plus de mille six cent kilomètres. Cette grande mobilité a donné naissance à une population urbaine cosmopolite composée d’individus déracinés souffrant d’une « incohérence de statut ». C’est d’eux, estime Meeks, que sont issus la plupart des convertis au christianisme paulinien. Dans l’Église, ils ont trouvé une famille de substitution, des frères et sœurs. « La structure de parenté naturelle dans laquelle la personne est née et qui définissait auparavant sa place et ses liens avec la société est ici supplantée par un nouvel ensemble de relations. »[15]

Le revers de la médaille est que le christianisme a contribué de manière non négligeable à désacraliser et à déstabiliser la famille romaine traditionnelle. C’est un sujet bien connu, sur lequel j’ai déjà écrit. Il suffit de rappeler Matthieu 10,35-37 : « Car je suis venu mettre la division entre l`homme et son père, entre la fille et sa mère, entre la belle-fille et sa belle-mère; et l`homme aura pour ennemis les gens de sa maison. Celui qui aime son père ou sa mère plus que moi n`est pas digne de moi, et celui qui aime son fils ou sa fille plus que moi n`est pas digne de moi. » Voilà bien l’essence de ce qu’E. Michael Jones appelle « l’esprit révolutionnaire juif ». Opposer les fils aux pères, et les épouses aux maris, c’est exactement ce que les milieux juifs ont fait au cours des dernières décennies, comme MacDonald l’a abondamment documenté dans "The Culture of Critique".

Tout en attirant des individus désocialisés pour les resocialiser par la conversion, le christianisme a aggravé la désocialisation dont il se nourrissait. En tant que religion du salut, le christianisme enseignait que l’homme n’était pas avant tout un être social trouvant son épanouissement dans la cité, comme l’avait enseigné Aristote, mais un être spirituel aspirant à la « cité de Dieu », où les liens de parenté ne comptent pour rien. La religion romaine était centrée sur la famille, cellule de base de la cité. Il existait des cultes domestiques de Vesta (qui symbolisait la continuité de la vie familiale), des "Penates" (qui exprimaient la continuité des moyens de subsistance du foyer), des "Manes" (les ancêtres défunts) et du génie du paterfamilias.[16] Mais le christianisme qualifiait ces cultes de démoniaques, et en 391, l’empereur Théodose promulgua une loi les interdisant même dans l’intimité du foyer.[17]

Il peut sembler contre-intuitif de tenir le christianisme pour responsable de la perte des liens familiaux, puisque les chrétiens pratiquants d’aujourd’hui sont les défenseurs des valeurs familiales en Occident. Cela tient au paradoxe que le christianisme est à la fois révolutionnaire et conservateur. Il était révolutionnaire à ses débuts, et conservateur à la fin. Toutes les religions établies sont conservatrices. Mais le conservatisme du christianisme occidental consiste à préserver le peu de structure familiale qu’il n’a pas détruit lors de sa phase révolutionnaire : la famille nucléaire, étape finale avant la désintégration sociale complète.[18] D’une manière très fondamentale, l’individualisme chrétien entre en concurrence avec les valeurs du sang. La morale chrétienne de l’altruisme universel est également intrinsèquement hostile aux valeurs de race, de parenté, de généalogie et de procréation. Cette hostilité s’est traduite dans la politique sociale de l’Église. Comme l’a documenté Jack Goody[19] et comme Kevin MacDonald l’a lui-même reconnu dans "Individualism and the Western Liberal Tradition", l’influence de l’Église catholique « visait à détourner la culture occidentale des réseaux de parenté élargis et d’autres institutions collectivistes ».[20] Ainsi, la christianisation a progressivement créé la vulnérabilité psychologique et sociologique que les intellectuels et militants juifs exploiteront plus tard pour affaiblir la cohésion syngénique des nations blanches. Si « faire des États-Unis une société multiculturelle a été un objectif juif majeur dès le XIXe siècle »,[21] alors il est logique de reconnaître ce même objectif juif dans la fondation du christianisme gentil par Paul de Tarse. Encore une fois, cela ne signifie pas que Paul et ses associés conspiraient contre les Romains. Parce que les Juifs de la diaspora se sentent plus en sécurité dans une société multiculturelle aux valeurs individualistes et universalistes, ils pensent sincèrement qu’une telle société est plus saine — tant que les Juifs peuvent garder le dessus. De ce point de vue, le christianisme a été sans aucun doute utile.

Conclusion

MacDonald a écrit : « Toute discussion sur les Juifs et le judaïsme doit commencer et probablement se terminer par ce lien incroyablement fort qui unit les Juifs entre eux — un lien créé par leur étroite parenté génétique et par l’intensification des mécanismes psychologiques sous-jacents à la cohésion du groupe. Cette puissante complicité entre Juifs se traduit par une capacité accrue à coopérer au sein de groupes très soudés. »[22] Si nous nous demandons ce que le christianisme a fait pour affaiblir ce lien incroyablement fort qui unit le peuple juif, la réponse évidente est : absolument rien. Au contraire, il a fourni l’environnement idéal pour le maintien et le renforcement de ce lien. Et alors qu’aucun Romain païen instruit n’avait jamais pris au sérieux la prétention ridicule des Juifs d’être spécialement aimés par le Créateur de l’Univers, les chrétiens ont été sommés de croire à la véracité de cette affirmation. Les Juifs avaient écrit un livre affirmant que Dieu avait choisi les Juifs, et les chrétiens l’ont accepté comme parole de Dieu. Ce faisant, les chrétiens n’ont pas seulement rendu hommage aux Juifs ; ils les ont confortés dans leur illusion. Il est fort probable que sans le christianisme, la nationalité juive se serait effectivement dissoute au IVe ou au Ve siècle.

En résumé, le christianisme a introduit dans le système d’exploitation (le paradigme cognitif dominant) de la société romaine deux chevaux de Troie qui confèrent tous deux à la nation juive un avantage sélectif décisif : il a enseigné aux Gentils que, en vertu de son élection divine, la nation juive est la seule à pouvoir rester distincte, séparée et, à bien des égards, privilégiée ; et il a enseigné aux Gentils que, contrairement aux Juifs, ils ne possèdent aucune identité ethnique ayant une quelconque valeur spirituelle. D’une part, on a postulé que les Juifs formaient une seule nation et qu’ils seraient sauvés collectivement à un moment donné, et d’autre part, on a affirmé que la nationalité n’avait aucune importance pour les Gentils, puisque leur salut est strictement individuel. Les Juifs peuvent continuer à sacraliser la pureté de leur sang, tandis qu’on dit aux Gentils chaque dimanche que seul le sang (juif) du Christ les sauvera. Les chrétiens se sont clairement mis la corde au cou.

Vu sous cet angle, le christianisme ressemble assurément à un complot juif. Mais il ne s’agit pas d’un complot au sens traditionnel du terme : il s’agit plutôt d’une stratégie évolutive (ou adaptative) juive de groupe, au sens où l’entend le professeur Kevin MacDonald.

Post scriptum

Je ne crois pas à la théorie darwinienne ou néo-darwinienne de l’évolution — cette théorie selon laquelle toutes les espèces, des bactéries aux mammifères, auraient évolué les unes à partir des autres simplement par des mutations génétiques aléatoires ou accidentelles, triées par sélection naturelle. Par conséquent, je ne souscris pas aux fondements théoriques de la psychologie évolutionniste. Je pense néanmoins que l’approche de MacDonald possède un grand pouvoir explicatif à un certain niveau général (tout comme, par exemple, la physique newtonienne est suffisante au niveau macroscopique).

En fait, la plupart des arguments de MacDonald sont indépendants de la théorie de Darwin, puisqu’ils traitent exclusivement de groupes humains — qui, cela va sans dire, appartiennent tous à la même espèce. Bien que MacDonald prétende documenter les « stratégies évolutives » de la nation juive, l’expression alternative « stratégies adaptatives », qu’il utilise parfois, est plus appropriée, car ces stratégies ne visent pas à créer une nouvelle espèce et ne sont donc pas évolutives au sens darwinien.

La seule hypothèse nécessaire pour suivre les arguments de MacDonald est que les groupes de parenté (clan, tribus, nations) développent diverses stratégies dans leur lutte pour la survie. Il s’agit là d’une notion évidente, frôlant la tautologie. L’historien du XIVe siècle Ibn Khaldoun n’avait pas besoin de Darwin pour comprendre que la force des Bédouins du désert résidait dans le fait que « chaque combattant n’a qu’une seule pensée, celle de protéger sa tribu et sa famille », c’est-à-dire dans leur solidarité collective.

En réalité, certains ont fait valoir que la notion de sélection de groupe contredit le dogme darwinien, puisque les individus prédisposés à se sacrifier pour le groupe ont moins de chances de survivre et de se reproduire. Les théoriciens darwiniens nient l’existence d’une quelconque contradiction à ce sujet, et Richard Dawkins prétend l’avoir résolue grâce à sa théorie du « gène égoïste » — qui n’est en réalité, comme il l’admet lui-même, qu’une métaphore. Peut-être.

Mais à mon avis, l’évolution des mentalités collectives ne peut s’expliquer par un mécanisme purement darwinien de sélection naturelle, mais nécessite une part de lamarckisme. Un esprit de groupe se constitue par l’accumulation, sur de nombreuses générations, de caractères acquis. Puisque la judéité est étroitement liée à un traumatisme transgénérationnel, je ne peux mieux faire que de citer Sigmund Freud à ce sujet :

« En étudiant les réactions aux traumatismes précoces, nous sommes fréquemment surpris de constater qu’elles ne tiennent pas exclusivement aux événements vécus, mais qu’elles en dérivent d’une façon qui conviendrait bien mieux au prototype d’un événement phylogénique; […] À y bien réfléchir, avouons que nous avons discuté depuis longtemps comme si la question d’une existence de résidus mnésiques des expériences faites par nos ancêtres ne se posait pas tout à fait indépendamment de la communication directe ou des effets de l’éducation, par exemple. Quand nous parlons de la persistance, chez un peuple, d’une tradition ancienne, de la formation d’un caractère national, c’est à une tradition héréditaire et non à une tradition oralement transmise que nous pensons. Tout au moins ne distinguons-nous pas entre les deux et, ce faisant, nous ne nous rendons pas compte de l’audace que cette négligence implique. Cet état de choses s’aggrave encore, il est vrai, du fait de la biologie qui, à l’heure actuelle, nie absolument l’hérédité des qualités acquises. Avouons, en toute modestie, que malgré cela, il nous paraît impossible de nous passer de ce facteur quand nous cherchons à expliquer l’évolution biologique. » ("Moïse et le monothéisme")

La nouvelle science de l’épigénétique a également réintroduit un facteur lamarckien, remettant en cause la nécessité de recourir uniquement à la « sélection naturelle » pour expliquer la nature évolutive de la psychologie collective et de la psychopathologie des groupes humains.

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[1] Le commandement de la circoncision au huitième jour constitue également un facteur puissant de cohésion et de séparation, précisément parce qu’il est traumatisant.

[2] Scot McKnight, "A Light Among the Gentiles: Jewish missionary activity in the Second Temple period", Fortress Press, 1991, pp. 39, 46, cité dans Kevin MacDonald, "A People That Shall Dwell Alone: Judaism as a Group Evolutionary Strategy, with Diaspora Peoples", Praeger, 1994, p. 63.

[3] Bart D. Ehrman, "The Triumph of Christianity", Simon & Schuster, 2018, p. 99.

[4] Rodney Stark, "The Rise of Christianity: A Sociologist Reconsiders History", Princeton UP, 1996.

[5] Graydon F. Snyder, "Ante Pacem: Archaeological Evidence of Church Life Before Constantine", Mercer UP, 1985, p. 2, et Eric M. Meyers, « Early Judaism and Christianity in the Light of Archaeology », Biblical Archaeologist 51, pp. 69-79, cité dans Stark, "The Rise of Christianity", op. cit., p. 9.

[6] Stark, "The Rise of Christianity", op. cit., p. 70.

[7] Stark, "The Rise of Christianity", op. cit., p. 64.

[8] Stark, "The Rise of Christianity", op. cit., p. 66.

[9] Kevin MacDonald, "Separation and Its Discontents: Toward an Evolutionary Theory of Anti-Semitism", Praeger, 1998, p. 277.

[10] Par opposition au mouvement issu de l’Église de Jérusalem, qui tenait à rester une secte juive.

[11] Stark, "The Rise of Christianity", op. cit., pp. 214, 138.

[12] Leonard B. Glick, "Abraham’s Heirs: Jews and Christians in Medieval Europe", Syracuse UP, 1999, p. 122.

[13] Peter Brown, « Christianization and religious conflict », dans Averil Cameron et Peter Garnsey, éd., "The Late Empire ("The Cambridge Ancient History", vol. XIII), Cambridge UP, 2008, p. 632.

[14] John Gilchrist, "The Church and Economic Activity in the Middle Ages", MacMillan, 1969, p. 182, cité dans MacDonald, "A People That Shall Dwell Alone", op. cit., p. 243.

[15] Wayne A. Meeks, "The First Urban Christians: The Social World of the Apostle Paul", Yale UP, 1983, pp. 17, 88.

[16] William Warde Fowler, "Roman Ideas of Deity in the Last Century before the Christian Era", MacMillan, 1914.

[17] Bart D. Ehrman, "The Triumph of Christianity: How a Forbidden Religion Swept the World", Oneworld Publications, 2018, p. 252.

[18] David Brooks, « The Nuclear Family was a Mistake », mars 2020, www.theatlantic.com

[19] Jack Goody, "The Development of the Family and Marriage in Europe", Cambridge UP, 1983. Joseph Henrich s’appuie sur les travaux de Goody dans "The WEIRDest People on the World: How the West Became Psychologically Peculiar and Particularly Prosperous", Farrar, Strauss & Giroux, 2020.

[20] Kevin MacDonald, "Individualism and the Western Liberal Tradition: Evolutionary Origins, History, and Prospects for the Future", éd. rév., KDP, 2023, p. 159.

[21] Kevin MacDonald, "The Culture of Critique: An Evolutionary Analysis of Jewish Involvement in Twentieth-Century Intellectual and Political Movements", Praeger, 1998, p. 259.

[22] Kevin MacDonald, "Insurrections culturelles : Essais sur les civilisations occidentales, l’influence juive et l’antisémitisme", The Occidental Press, 2007, p. 34.


lundi 4 mai 2026

Le jour où le monde entier perd soudainement Internet et l’électricité, que fais-tu ?



Pas de panique, quelqu’un a déjà préparé un « plan B ».

Un as vient d’ouvrir le code d’un pack de civilisation hors ligne appelé Project N.O.M.A.D, c’est du pur matos de science-fiction hardcore.




Même si tout Internet s’effondre complètement, tu pourras quand même utiliser :

- Wikipédia intégrale

- Cartes mondiales hors ligne

- Guide pratique de premiers secours médicaux

- La totalité des cours de Khan Academy

- Et même faire tourner un assistant IA intelligent en local

Pas besoin de salle de serveurs, juste : un panneau solaire + une batterie + un mini-hôte + un petit routeur, conso totale mini 15 W, maxi 65 W, un solaire basique suffit à le faire tourner sans effort.

Pendant que d’autres vendent des « disques de survie » à 185 dollars bourrés de PDF… ce projet, lui, te file direct un super-cerveau hors ligne.

Tant qu’il y a du jus, les connaissances accumulées par l’humanité pendant des millénaires ne risquent pas de s’interrompre.

Ce truc est trop hardcore, il faut s’y préparer d’avance !

Le lien open source, je conseille à tout le monde de le bookmark direct, au cas où :


dimanche 3 mai 2026

Le CAMPISME : jouissance de la guerre et fascination pour la destruction




Le texte intitulé « Guerre d’agression judéo-américaine contre l’Iran : du délire impérialiste aux réalités chocs du terrain », publié par le site Résistance 71, constitue un cas d’école : celui d’un campisme qui ne se contente plus de justifier la guerre, mais y adhère affectivement.

On y retrouve tous ses traits caractéristiques : soutien à un camp impérialiste – en l’occurrence l’Iran face aux États-Unis et à Israël –, glorification de la guerre (« riposte héroïque », « réécrit l’histoire »), jubilation stratégique (énumération des frappes, efficacité, domination), effacement des victimes, transformation de la guerre en spectacle et en démonstration, chauvinisme de bloc.

Ce texte ne relève pas d’une simple analyse biaisée, mais d’un basculement plus profond : celui d’un discours qui cesse de décrire la guerre pour en adopter la logique et en partager l’exaltation.

À ce stade, le campisme, tiers-mondiste ou gauchiste, souvent mâtiné de populisme ou d’islamisme, ne se contente plus de justifier la guerre capitaliste : il en épouse le rythme et en adopte le langage. Les frappes ne sont plus des faits à analyser, mais des épisodes à commenter avec ferveur. Chaque riposte devient un motif de satisfaction, chaque destruction une confirmation du « bon camp ». La guerre cesse d’être une tragédie pour devenir un spectacle, la mort une variable secondaire dès lors qu’elle sert la cause jugée légitime.

Ce basculement est décisif : il ne s’agit plus d’une grille d’analyse déformée, mais d’une adhésion affective à la logique même de la guerre capitaliste. Sous couvert d’anti-impérialisme, le campisme en vient ainsi à reproduire ce qu’il prétend combattre : une logique qui sélectionne ses victimes, excuse certaines violences militaires et légitime celles qui confortent son récit.

Ce discours ne surgit pas dans le vide. Il accompagne une guerre bien réelle, déclenchée fin février 2026 par des bombardements massifs de l’Empire – les États-Unis et d’Israël contre l’Iran -, suivies de ripostes iraniennes à l’échelle régionale. Le conflit s’est étendu au Liban, au Golfe et aux principales routes énergétiques mondiales, faisant déjà des milliers de morts et de blessés. C’est dans ce contexte d’escalade que le campisme déploie son langage et ses affects : il ne se contente pas de commenter les événements, il les accompagne, les amplifie et les met en récit.

C’est à partir de ce texte publié par le site Résistance 71 que l’on peut dégager les principales caractéristiques du campisme, au nombre de sept, qui permettent d’en saisir la logique macabre.

Glorification explicite de la guerre

La première caractéristique est la glorification explicite de la guerre. Le texte parle de « défense et riposte héroïques » de l’Iran face aux frappes des États-Unis et d’Israël qui « réécrivent l’histoire et les manuels de stratégie militaire ». La guerre n’est plus un fait à analyser, encore moins une tragédie à comprendre : elle est élevée au rang d’exploit. Le vocabulaire héroïque transforme des opérations militaires meurtrières en épopée, et les violences armées en performances dignes d’admiration. Ce déplacement est essentiel : en héroïsant la guerre capitaliste, le campisme en neutralise d’emblée toute critique. Ce qui est présenté comme « héroïque » n’a plus à être interrogé, mais à être célébré.

Conversion de la mort en avantage stratégique

La seconde caractéristique est plus grave encore : la conversion de la mort en avantage stratégique. Le texte affirme que « le bombardement volontaire de l’école de filles iraniennes qui tua 180 élèves » lors des frappes américano-israéliennes aurait constitué un moment de victoire pour l’Iran. La mort de civils, et ici d’enfants, n’est plus un fait qui impose un arrêt, une réflexion ou une condamnation : elle est immédiatement intégrée dans un calcul stratégique. Le massacre disparaît en tant que tel pour devenir un élément de la dynamique militaire. Ce basculement est décisif : la violence n’est plus seulement justifiée, elle est absorbée, digérée, convertie en argument. La mort cesse d’être un scandale pour devenir une simple variable.

Jubilation stratégique et fascination pour la puissance

La troisième caractéristique est la jubilation stratégique et la fascination pour la puissance. Le texte insiste sur la multiplication des frappes – « 74ème vague de riposte » de l’Iran contre des positions israéliennes et des bases américaines – et sur leur efficacité – des missiles qui frappent « où ils veulent, à volonté ». La guerre est décrite comme une démonstration de maîtrise technique et de domination. Le vocabulaire ne traduit pas une inquiétude face à l’escalade de la violence, mais une forme de satisfaction devant sa montée en puissance. Ce qui est mis en avant, ce n’est pas la réalité humaine des frappes, mais leur performance. La guerre devient un spectacle de puissance.

Esthétisation de la guerre

La quatrième caractéristique est l’esthétisation de la guerre. Le campisme cultive une forme de fétichisme de la force. La guerre n’est plus un drame humain ou un échec de la diplomatie, mais une « épopée » ou un « spectacle ». L’utilisation de termes comme « il pleut des missiles » ou « riposte héroïque » transforme la destruction réelle en une performance technique et visuelle. La violence est mise en scène comme un phénomène maîtrisé, presque abstrait. Ce langage transforme des actes de destruction en images, en tableaux techniques, en démonstrations de savoir-faire. La guerre n’est plus seulement valorisée : elle est stylisée. Ce qui disparaît ici, ce ne sont pas seulement les victimes, mais la matérialité même de la destruction, dissoute dans une représentation esthétisée de la puissance.

Récit de domination et mise en scène de la victoire

La cinquième caractéristique est la construction d’un récit de domination. Le texte affirme que « le vent de la bataille a tourné » et que l’Iran « dicte maintenant sa volonté sur le champ de bataille » face aux États-Unis et à Israël. La guerre est présentée comme une dynamique univoque – celle d’une progression iranienne face aux États-Unis et à Israël –, orientée vers la victoire d’un camp doté d’une supériorité stratégique. Ce type de formulation ne décrit pas un conflit : il met en scène une domination. La complexité du réel disparaît au profit d’un récit linéaire où un acteur s’impose et triomphe, en l’occurrence l’Iran face aux forces américaines et israéliennes. La guerre n’est plus un affrontement incertain entre forces sociales et politiques, mais une démonstration de puissance qui appelle l’adhésion, dans le cadre des affrontements entre l’Iran, Israël et les bases américaines de la région.

Fascination pour la destruction et logique d’accumulation

La sixième caractéristique est la fascination pour la destruction elle-même. Le texte accumule les éléments détruits – bases, équipements, avions, notamment américains et israéliens – dans une énumération continue. Cette accumulation produit un effet de saturation : la destruction devient un indicateur de performance. Ce qui est mis en avant, ce n’est pas la signification de ces destructions, ni leurs conséquences humaines et sociales, mais leur quantité et leur efficacité. La guerre est réduite à un inventaire de dégâts, où chaque élément anéanti vient renforcer l’impression de puissance. La destruction cesse d’être un problème : elle devient un résultat. Le campisme dérive vers une logique comptable macabre. L’énumération des bases détruites et des avions abattus crée un effet de saturation qui occulte la finalité politique du conflit. La destruction devient une fin en soi, une preuve de « validité » du camp soutenu.

Banalisation du carnage

La septième caractéristique est la banalisation du carnage. Le texte évoque explicitement la possibilité d’un massacre – « ce pourrait être un carnage » – sans que cela n’introduise la moindre rupture dans le raisonnement. Le carnage est envisagé comme une simple éventualité stratégique, suspendue, différée « pour le moment ». Il n’est ni condamné ni problématisé : il est intégré comme une option parmi d’autres. Ce glissement est révélateur : la violence extrême n’apparaît plus comme une limite, mais comme une variable modulable. Le campisme pratique une indignation sélective, où la valeur d’une vie dépend exclusivement du camp qui a pressé la détente. Il partage avec les dirigeants qu’il abhorre – Netanyahou ou Trump – la même fascination pour la domination et la même indifférence au carnage. Le campisme atteint ici son point de bascule : non seulement il justifie la guerre, mais il rend pensable – et acceptable – l’horizon du massacre.

La guerre comme spectacle : vers une pornographie guerrière

On pourrait aller plus loin et dire que ce type de discours relève d’une véritable pornographie de guerre. Non pas au sens trivial du terme, mais comme une représentation complaisante, répétée, presque obscènement mise en scène de la violence, destinée à susciter une forme d’excitation et de jouissance. Les frappes, les destructions, les bilans militaires en Iran, en Israël ou sur les bases américaines de la région y sont exhibés, étalés, disséqués avec une minutie quasi voluptueuse, non pour être compris, mais pour être ressentis comme autant de stimulations lascives. Chaque explosion devient une scène lubrique, chaque frappe une décharge libidinale, chaque destruction une montée de l’excitation. La guerre n’y est plus seulement décrite : elle est offerte au regard, consommée avec avidité, investie affectivement jusqu’à frôler la jouissance obscène. Ce n’est plus une analyse, mais une mise en spectacle fascinée et presque sensuelle de la violence.

Le campisme réduit ainsi le conflit à une opposition binaire entre blocs, où tout se joue dans l’appartenance et non dans l’analyse. Les rapports sociaux, les intérêts matériels, les logiques de classe disparaissent derrière une lecture simplifiée du monde, structurée par l’affrontement des camps.

Jouissance de la guerre et dynamique d’emballement

Cette adhésion affective à la guerre n’a rien d’accidentel. Elle correspond à une dynamique plus profonde : celle d’une forme de jouissance liée à la destruction elle-même. La guerre cesse d’être un simple instrument au service d’intérêts politiques pour devenir un moment d’exaltation, une montée aux extrêmes où la violence s’intensifie pour elle-même. Elle produit un climat d’effervescence, de surenchère, où les limites ordinaires tendent à s’effacer. Ce que donne à voir le discours campiste, ce n’est pas seulement une analyse déformée, mais l’écho de cette logique : une guerre qui fascine, qui entraîne, et à laquelle certains finissent par adhérer.

Les deux camps partagent la même fascination pour la barbarie

C’est là que le campisme révèle sa véritable nature. En prétendant choisir le « bon camp », il ne s’oppose pas à la logique de la guerre : il s’y conforme. Le campisme est un miroir déformant de l’impérialisme : il prétend combattre un monstre en empruntant ses griffes et son langage, finissant par valider la barbarie sous prétexte qu’elle change de direction. Il en adopte les catégories, le langage, les affects. Il sélectionne ses victimes, hiérarchise les violences, excuse les unes et condamne les autres.

Quand on lit les textes des campistes, on croit parfois entendre Benjamin Netanyahu ou Donald Trump engagés dans cette guerre contre l’Iran. Ils partagent avec les dirigeants qu’ils abhorrent – Netanyahou ou Trump – la même fascination pour la domination et la même indifférence au carnage. Non pas parce que les positions seraient identiques, mais parce que l’attitude l’est : même jubilation devant la puissance, même indifférence aux victimes, même réduction de la guerre à une démonstration de force.

Les campistes n’ont rien à envier aux criminels de guerre qu’ils dénoncent. Ils en partagent la logique, la grammaire, et parfois même la fascination. Derrière l’opposition apparente des camps, c’est une même inhumanité qui se déploie : celle d’une violence militaire justifiée, triée, et finalement assumée.

Khider MESLOUB




samedi 2 mai 2026

Violence, religion et favoritisme : les principaux freins au progrès humain




Le Greco – Pietà (1580-1590)

On dit souvent qu’un peuple a les dirigeants qu’il mérite. Ce serait tout à fait vrai si, parlant d’une démocratie, l’on était sûr que l’élection de ses représentants n’est pas truquée. Mais comment savoir ? En pleine saison 2 de l’affaire Epstein, où l’on apprend qu’une bande de crapules fortunées parvient à dicter ses lois à des membres de gouvernements et institutions européens, il est désormais permis de tout imaginer en termes de manipulations électorales…

Au-delà des litanies complotistes et de l’info-spectacle qui tendent à catégoriser les prédateurs en leur prêtant telle ou telle idéologie — les effets de la temporalité judiciaire étant toujours moins sensationnels que ceux de la temporalité médiatique —, je crois d’abord que toute criminalité obéit à ce principe des plus triviaux : l’occasion fait le larron. C’est-à-dire que les esprits malades finissent par se rencontrer et s’associer selon leurs intérêts.

En revanche, la question qui me vient spontanément à propos de l’affaire Epstein est la suivante : comment les jeunes victimes se sont-elles retrouvées entre les mains de leurs bourreaux ? Par ailleurs, comment des gens de pouvoir a priori formés et expérimentés peuvent-ils faire preuve d’autant de stupidité en tombant dans l’éternel piège du chantage sexuel ?

De l’élite délitée et délétère

Depuis quelque temps, comme beaucoup, je réfléchis à ce que nous avons raté dans notre évolution de gentilshommes ouest-européens, aujourd’hui condamnés à la honte internationale au regard de l’indigence des productions politiques et artistiques (autorisées) de notre « élite ». Quant aux productions scientifiques, il me semble que beaucoup de nos chercheurs se voient contraints à l’exil compte tenu du peu de considération qui leur est réservé en France.

Plus exactement, je cherche à déterminer les principales raisons sociologiques de notre déclin. Je n’emploierai pas l’adjectif « civilisationnel » pour qualifier ce déclin, car je trouve le mot pompeux, voire dissonant ; aussi « culturel » devrait-il suffire.

Après une décennie d’expatriation en Afrique du Nord, il m’apparaît pertinent de partager mon point de vue sur le « développement » de la France depuis un pays dit « sous-développé ». Je renvoie ici les lecteurs intéressés à un texte plus dense que j’ai produit sur le sujet. Personnellement — j’admets ma marginalité —, je plaide pour la reconnaissance d’un statut d’apatride volontaire, avec ce que cela impliquerait comme renoncement à certains droits civiques et aux garanties de protection sociale. Après tout, l’on devrait pouvoir choisir de n’« appartenir » à aucun pays !

Tout d’abord, on ne peut analyser avec sérénité la situation actuelle en Occident sans comprendre que c’est par la corruption de l’idée de progrès que nous en sommes arrivés là.

Comment progresser ? telle est la question qui se pose fondamentalement — à tout individu comme à toute autorité politique.

Si nous ne progressons pas — humainement s’entend —, ce n’est guère parce que nous manquons de volonté, mais parce qu’il subsiste des systèmes ancestraux, aussi tenaces qu’absurdes, qui nous freinent dans notre élan d’émancipation, d’autonomisation vis-à-vis de l’autorité.

Le piège des croyances

Le premier de ces systèmes, le plus étendu et malheureusement le plus séduisant, est la religion. Quelle qu’elle soit, la religion relève du dogmatisme, et, par extension, du totalitarisme. Elle aliène l’individu, le soumet, le déresponsabilise. En faisant croire à l’homme qu’il existe une volonté supérieure — divine — qui le dépasse et le gouverne, on affaiblit sa volonté personnelle, on tend à le rendre passif devant la vie et à l’installer dans un confort de pensée illusoire, sinon dans un aveuglement arrangeant.

L’adhésion au concept de « Dieu » est ainsi une fausse solution proposée — mais surtout imposée ! — à l’homme qui doute de l’homme. Si la croyance collective a pour fonction de soulager l’individu en désarroi dans le vertige de l’existence, elle reste foncièrement régressive. En admettant qu’il n’est pas maître de sa vie, l’homme s’en remet à une autorité fictive, prétendument absolue et omnisciente, au point de préférer la prière à l’action, le pardon à la correction, la récitation à la réflexion. Aussi pourrait-on compléter la célèbre formule de Juvénal de la sorte : Panem, deos et circenses ! (« Du pain, des dieux et des jeux ! »)…

Mais la croyance n’épargne personne, pas même les érudits ni les rebelles autoproclamés… Il est toujours déroutant d’entendre des gens expérimentés discourir avec méthode et raison pour finir par vous parler de « Dieu », cette entité menaçante sans méthode ni raison… C’est un peu comme si le concertiste concluait son récital en lâchant un énorme pet : d’un coup, le niveau s’effondre et l’orateur a l’air du petit enfant dans l’attente du père Noël. Inévitablement, cela vous donne l’impression d’avoir affaire à un bonimenteur qui essaierait de vous refourguer un abonnement à son club en faillite.

En plus de se condamner lui-même, le croyant tente toujours de contaminer ses congénères avec l’idée lâche selon laquelle nous serions constamment observés et susceptibles d’être punis ou récompensés par un juge suprême, abstrait et autocratique. De quoi infantiliser l’homme, le terroriser, mais aussi le désengager sur Terre parmi les siens, en faveur d’une « vie spirituelle » aussi naïve qu’improductive.

Le désendoctrinement des gens demande du temps et de l’énergie mais il vaut le coup ! Pour cela, la logique reste toujours la plus fiable des ressources. Car la logique parle à tout le monde : elle se suffit à elle-même. Encore faut-il savoir la révéler. Et l’accepter.

Pieter Bruegel l’Ancien – Le massacre des innocents (1565-1567)


Pour illustrer cette inquiétante servilité que permettent les croyances et les religions, quel meilleur exemple que celui du jeûne du ramadan, pratiqué en ce moment même par des millions de musulmans dans le monde ? Des millions de « fidèles » contraints de se soumettre au diktat de la privation sous peine d’exclusion sociale et de châtiments divins… Des millions de gens transformés, par simple conformisme, en zombies sur les nerfs, inaptes au travail et à la réflexion, n’attendant que la sonnerie de la récréation quotidienne pour pouvoir s’empiffrer dans une orgie de gaspillage.

Je ne dis pas cela par provocation — c’est certain, on trouvera toujours plus arriéré comme rite —, mais parce que je ne supporte pas de voir les gens autour de moi céder leur libre arbitre aussi facilement, par le redoutable effet de groupe. Cette « spiritualité imposée » n’a pas plus de sens qu’elle n’a d’efficacité : elle relèverait même ici d’une forme de sadisme… Naturellement j’ai de l’estime, voire une certaine admiration (!), pour toutes ces personnes qui jeûnent, leur trouvant bien du courage, mais pourquoi ne pas mobiliser ce courage de façon autonome ni l’employer à des fins concrètes et utiles ? Pourquoi devoir toujours s’en remettre à des injonctions ?…

Religion et discrimination

Ne tournons pas autour du pot : il y a à mes yeux un lien évident entre le sous-développement d’un pays — c’est-à-dire la persistance des inégalités sociales — et le dogmatisme religieux. Je le constate au quotidien dans le comportement des gens, partagés entre un fatalisme de rigueur et un tribalisme rétrograde, cultivant par tradition un sexisme agressif autant qu’un mépris assumé des minorités. Autrement dit, quand la religion permet les discriminations, alors la corruption s’installe au nom de la loi du plus fort. Puis vient la question, vertigineuse, de l’éducation…

Je précise tout de même que bon nombre de mes amis sont musulmans (ou, du moins, l’étaient avant de me connaître !), étant persuadé que la plupart ne s’opposeraient pas à ce que j’écris là. Il faut savoir tirer le rideau de la bien-pensance et ignorer la crainte du tabou pour s’apercevoir que beaucoup de musulmans n’aspirent sincèrement qu’à l’apostasie. Prisonniers du dogme, ils se mettent à fantasmer l’Europe ou l’Amérique jusqu’à l’obsession, alléchés par les promesses numériques de liberté.

Seulement, le chantier de la laïcisation des pays arabo-berbères s’annonce long et compliqué, vu le caractère superstitieux de leurs habitants et l’emprise exercée par ces « crypto-bigots » qu’on retrouve également à l’œuvre dans les banlieues des métropoles françaises. Sans parler des crétins de djihadistes que l’Europe a subis dans les années 2010, ces jeunes déséquilibrés se servant de la religion comme d’un bouclier contre leur propre névrose, et dont les profils s’apparentent manifestement, d’un point de vue psychosociologique, à ceux d’homosexuels refoulés — cette tendance pouvant s’expliquer en partie par un schéma parental défaillant, de type père absent / mère abusive.

Encore une fois, je ne dis pas cela par provocation, mais d’une part car je connais ce genre de marginaux et leur environnement, et d’autre part car la criminalisation de l’homosexualité et des relations hors mariage, fatalement, produit une importante quantité de frustrés et de psychotiques dans les sociétés musulmanes. Tout comme l’autorisation de la polygamie produit une importante quantité de jalouses et de névrotiques. Je ne reviendrai pas non plus sur la pratique barbare de la circoncision, dont on sous-estime certainement l’effet traumatisant sur l’enfant — et, dans une moindre mesure, sur ses parents.

Quoi qu’il en soit, ne laissons pas cette question des plus sensibles, celle des flux migratoires en provenance d’Afrique, entre les mains des néo-racialistes, xénophobes et autres agents belliqueux de l’extrême droite — ce serait tout à fait irresponsable, d’autant que ceux-ci ne savent pas de quoi ils parlent. Saisissons-nous de ce problème politique avec lucidité et humanité, en proposant en premier lieu de rétablir des relations diplomatiques saines avec les États d’Afrique et du Moyen-Orient.

Le droit de tuer

Le deuxième système pourri et ancestral à l’origine de notre stagnation est la militarisation du monde. En armant un groupe de gens, quelle qu’en soit la raison, en lui octroyant le droit de tuer, le pouvoir de détruire, on ne fait que favoriser les tensions, en plus d’entretenir les vieux récits démagogiques du héros de guerre et du martyr, selon lesquels le sang versé constituerait une réponse nécessaire aux conflits d’intérêts nés de l’orgueil et de la corruption des chefs d’État.

Combien de massacres opérés dans l’Histoire au nom de la religion ou de la nation, par arrogance tribale, par folie de l’appartenance ? Combien de gens innocents entraînés malgré eux dans les horreurs de la guerre, pour satisfaire à quelques notions grandiloquentes, à la tyrannie des étendards, par la légitimation absurde des armes et de la violence ?… Je précise là aussi, à toutes fins utiles, que j’ai de bons amis militaires — paradoxe de la vie !

Films, jeux vidéo, journaux télévisés, réseaux sociaux : la violence est omniprésente sur les écrans, infectant et conditionnant les cerveaux, s’alimentant elle-même à l’infini, par la perversité des diffuseurs et le voyeurisme des consommateurs. Traumatisante, obsédante, infiniment régressive, la violence déforme la jeunesse et l’habitue aux injustices, aux mensonges, à l’incompréhension.

Faire sécession

Enfin, le troisième système que nous subissons est la ploutocratie : le règne de l’argent et du profit aveugle, qui fait se répandre la vénalité comme un poison parmi la population, méprisant et discriminant les gens selon leur origine, leur influence, leur allégeance. Rien de nouveau, ce sont là les lois déshumanisantes du capitalisme financier et de la société de consommation.

Bref, nous avons perdu suffisamment de temps à tolérer les mythomanes, les mégalomanes et les prédateurs en tous genres qui squattent l’espace politico-médiatique en pensant pouvoir entraîner le monde dans leur perfidie et leur lâcheté, et ce n’est ni dans la nostalgie d’un ordre archaïque ni dans le délire d’un ordre dystopique que nous progresserons !

Car le progrès, nécessairement, passera par le courage de la désacralisation, de la démilitarisation et de la définanciarisation des sociétés. Plus que jamais, l’avenir est au Droit et à la Pédagogie. Il s’agit de remettre le mérite et le désintéressement au centre du projet de la collectivité. Ou bien faire sécession, sans pertes ni fracas, avec une conscience réaffûtée de son environnement. En chassant le mythe du sauveur universel pour embrasser la réalité des multiples sauveurs locaux que nous sommes.

Et si l’occasion fait le larron, alors faisons en sorte que les occasions ne se présentent plus pour les larrons en puissance.

Rorik Dupuis Valder



vendredi 1 mai 2026

La « seconde crucifixion » du Christ par l’armée israélienne



par Alfredo Jalife-Rahme


Le comportement anti-chrétien et anti-musulman d’une majorité d’Israéliens, pétris de culture ashkénaze, est une réalité qui s’impose à nos yeux à l’occasion du génocide de la population gazaouie et d’un incident au Liban. Il importe d’en tirer des conclusions et de réformer cette culture.


Un soldat israélien détruit à la masse une statue du Christ à Debl (Liban). 
La photo a été diffusée le 20 avril 2026.


Lors de la récente — et énième — invasion du Liban par Israël, l’un de ses soldats talmudiques a utilisé une masse pour détruire le visage d’une statue du Christ crucifié. Puisque les guerres menées par le Khazar non sémite Benyamin Netanyahou sont eschatologiques, on pourrait soutenir théologiquement qu’il s’agit de la « seconde crucifixion » du Christ, selon les croyances respectables des chrétiens sur la planète : 2,6 milliards, soit près de 33 % de la population mondiale ! (Catholiques 1,3 milliard, protestants 1,1 milliard et orthodoxes 300 millions).

Il est frappant que Larry Johnson, un ancien espion de la CIA, ait déclaré qu’Israël « déteste les chrétiens » de même qu’il « déteste les musulmans » [1]. Il convient de noter que les musulmans représentent 26 % de la population de la Terre.

Cela semble très suicidaire qu’une des plus petites religions de la planète, avec 16 millions d’adeptes, soit environ 0,2 % de la population mondiale, ose insulter conjointement 59 % des personnes appartenant aux religions chrétienne et musulmane, si ce n’était pas assorti d’une prétention au contrôle de la finance mondiale et des multimédia occidentaux (la Conspiration de la Réserve fédérale [2]), en plus de la pression qu’exercent les 90 ogives nucléaires au moins d’Israël, le seul pays à en détenir dans le « Moyen-Orient classique » en dehors du Pakistan, un pays musulman qui possède 170 bombes nucléaires et fait partie du « Grand Moyen-Orient ».

Sur les près de 16 millions de « juifs » dans le monde, 90 % relèvent de la population ashkénaze qui, selon le livre Comment le peuple juif fut inventé [3] de l’historien israélien Shlomo Sand, n’est pas sémitique et parle le « yiddish », qui n’est pas une langue sémitique, comme l’hébreu, mais dont les racines sont allemandes.

Il convient de souligner l’honnêteté intellectuelle de Shlomo Sand, qui est un Khazare ashkénaze non sémite...

En Israël, les Khazars ashkénazes non sémites et les « Juifs orientaux » misrahim/séfarades sémitiques (près de 50 %) sont à égalité démographique, techniquement, tandis que les Ashkénazes représentent 32 %, ce qui, ajouté à la récente migration khazare depuis la Russie, représente environ 45 % [4].

Il existe une grave discrimination de la part des dirigeants khazares ashkénazes non sémites d’Israël envers les Misrahim/Séfarades Sémitiques.

Récemment, Ziv Agmon, chef de cabinet de Netanyahou, a dû démissionner en raison des insultes qu’il a proférées envers la respectable communauté juive marocaine (les Misrahim), qu’il a qualifiée avec mépris de « babouins » [5].

La « seconde crucifixion » du Christ a été perpétrée à Debel, un village catholique-maronite du sud du Liban, dont les habitants vivent avec les chiites persécutés, qualifiés par la puissante machine de propagande israélienne de « terroristes », liés aux guérilleros libanais du Hezbollah et de l’Iran [6].

L’armée israélienne a confirmé que la photo du soldat talmudique démembrant la statue du Christ, déjà devenue virale, est « authentique » et n’est pas un montage de l’IA [7].

Le « chrétien palestinien » John Munayer commente dans le journal israélien Haaretz [8], opposé à Netanyahou, que la défiguration du visage de Jésus « n’est pas l’exception », mais un « schéma récurrent dans la conduite israélienne », dont l’armée comme les colons crachent au visage des religieuses et ont empêché cette année la célébration du dimanche des Rameaux au Saint-Sépulcre par le cardinal Pierbattista Pizzaballa. Patriarche latin de Jérusalem [9].

Dans son récent livre Israel : What Went Wrong ? (qu’est-ce qui a mal tourné en israël), l’historien ashkénaze-américain Omer Bartov affirme que « le sionisme a conduit au génocide » ; et que donc « il doit disparaître » [10].

Les atrocités d’Israël se sont condensées au tournant du génocide israélien à Gaza, que le gouvernement entend désormais imiter dans le sud du Liban avec ses méthodes nihilistes talmudiques habituelles, dont l’une des principales étiologies réside dans le faux concept de « Grand Israël » qui n’a jamais existé et que le clan Netanyahou compte imposer dans tout le « Grand Moyen-Orient ». y compris l’Iran et le Pakistan.

Alfredo Jalife-Rahme

Traduction
Maria Poumier


Source
La Jornada (Mexique)
Le plus important quotidien en langue espagnole au monde.

*******

[1] « Larry Johnson : Who Controls Hormuz ? », Judge Napolitano, YouTube, April 20, 2026.

[2] The Federal Reserve Conspiracy, Eustace Mullins, Martino Fine Books (2014). Les Secrets de la Réserve fédérale : la London connection.., Eustace Mullins, Le Retour aux Sources (2010).

[3] The Invention of the Jewish People, Shlomo Sand, Verso (2010). Comment le peuple juif fut inventé, Shlomo Sand, Fayard (2008).

[4] « Who Are Ashkenazi Jews ? », Tzvi Gluckin, Aish HaTorah.

[5] « Netanyahu aide’s racist slurs about Mizrahi Jews spark outrage », Nadav Rapaport, Middle East Eye, March 25, 2026.

[6] « Lebanon : Israeli military to investigate soldier who destroyed Jesus statue amid backlash », Junno Arocho Esteves, National Catholic Reporter, April 21, 2026.

[7] « IDF confirms photo of soldier smashing Jesus statue in Lebanon is genuine, vows action », Emanuel Fabian & Stav Levaton, Times of Israel, April 20, 2026.

[8] « The Shattered Figure of Jesus Is Not an Exception. It’s a Pattern », John Munayer, Haaretz, April 23, 2026.

[9] « In Netanyahu’s Israel, Not All Christians Are Created Equal », Eitan Nechin, Haaretz, March 30, 2026.

[10] Israel : What Went Wrong ?, Omer Bartov, ‎ Farrar, Straus and Giroux (2026). « Un historien du génocide face à Israël », Omer Bartov, Orient XXI, 5 septembre 2024.


Alfredo Jalife-Rahme. Professeur de Sciences politiques et sociales à l’Université nationale autonome du Mexique (UNAM). Docteur honoris causa de l’université pontificale San Francisco Xavier de Chuquisaca. Il publie des chroniques de politique internationale dans le quotidien La Jornada. Dernier ouvrage publié : La invisible cárcel cibernética : Google/Apple/Facebook/Amazon/Twitter (GAFAT) (Orfila, 2019).


jeudi 30 avril 2026

Le christianisme est-il fondé sur le judaïsme ?





Lorsque Jérusalem tombe en l’an 70 apr. J.-C. sous les coups des légions de Titus, ce n’est pas seulement une ville qui disparaît. C’est le centre même de la vie religieuse d’Israël qui s’effondre. La pratique du judaïsme se transforme radicalement. Depuis des siècles, le Temple constituait le cœur du judaïsme : lieu des sacrifices, centre de la prière nationale, pivot symbolique de l’alliance entre Dieu et son peuple.

La réponse s’élabore alors dans une petite ville côtière de Judée, Yabné (Yavneh), où s’organise la transformation la plus décisive de toute l’histoire du judaïsme antique.




La tradition talmudique attribue cette réorientation à l’action d’un maître pharisien, Yohanan ben Zakkai. Le traité Gittin rapporte qu’il parvint à quitter Jérusalem assiégée et demanda au général romain Vespasian une seule chose : « Donne-moi Yabné et ses sages » (Talmud de Babylone, Gittin 56b). Derrière cette demande apparemment modeste se cachait une décision stratégique capitale.

Ainsi s’organise à Yabné une véritable refondation religieuse, qui s'étendra de 70 à 90.

Avant la destruction du Temple, la vie cultuelle d’Israël reposait sur les sacrifices. Après 70, ce centre disparaît définitivement. À Yabné s’élabore progressivement un nouveau judaïsme : le judaïsme rabbinique (qui deviendra plus tard talmudique).

Ce déplacement entraîne une transformation profonde des structures d’autorité. Avant 70, l’aristocratie sacerdotale dominait la vie religieuse. Après la chute de Jérusalem, ce sont les maîtres de la Loi qui prennent la direction du peuple. Le judaïsme cesse d’être une religion centrée sur un sanctuaire pour devenir une religion centrée sur l’interprétation de l’Écriture. Il n'y a plus de prophète, Dieu ne parle plus, ce qui compte désormais c'est la voix des rabbins.

Cette transformation s’accompagne d’une réorganisation de la liturgie. Le traité Berakhot rapporte que la prière quotidienne appelée Amidah, ou « Dix-huit bénédictions », prend sa forme classique dans ce contexte. Le même passage attribue à Samuel le Petit la rédaction d’une bénédiction dirigée contre les minim, c’est-à-dire les groupes jugés dissidents : « Samuel le Petit composa la bénédiction contre les minim » (Berakhot 28b).

Cette formule marque l’un des moments où le judaïsme rabbinique commence à définir ses frontières doctrinales face aux mouvements concurrents, notamment les groupes judéo-chrétiens encore présents dans le paysage religieux du Ier siècle.

Yabné est d'une importance cruciale : la centralité nouvelle de la synagogue, de la prière et de l’étude transforme profondément la structure de la religion. E. P. Sanders résume cette mutation en observant que « après 70, le judaïsme devint une religion portable centrée sur l’étude et la pratique de la Loi » (Judaism: Practice and Belief, 1992).

Ce processus contribue à clarifier progressivement les frontières entre judaïsme rabbinique et christianisme naissant. Au Ier siècle, les disciples de Jésus appartiennent encore largement au monde juif. La réorganisation intellectuelle opérée à Yabné participe à la définition d’une identité religieuse distincte. Comme l’écrit James D. G. Dunn, « Yavneh représente un moment décisif dans la formation d’une identité rabbinique distincte du christianisme primitif » (The Partings of the Ways, 1991).

La petite ville de Yabné est donc devenue, après 70, le lieu d’une mutation décisive. Il faut donc noter que c'est non seulement en réaction à la chute du Temple mais aussi en réaction au christianisme naissant qu'est né le judaïsme rabbinique. Il est par conséquent totalement faux de dire que le christianisme est fondé le judaïsme, si on entend par là le judaïsme actuel, né à Yabné. Celui-ci est en réalité né après l'apparition du christianisme et en réaction à celui-ci, pour s'en distinguer.

Quant aux chrétiens, ils ont toujours revendiqué être la suite logique du peuple de Dieu et se sont considérés dès saint Paul comme le "vrai Israël". C'est en cela qu'ils sont en effet les descendants des Hébreux et des juifs de l'Ancien Testament.

Paul-Éric Blanrue.




mercredi 29 avril 2026

La réinitialisation imminente de l’humanité




Gary Barnett et leur déjà interminable guerre-bidon : « N’oublions jamais que nous vivons dans un monde totalement interconnecté. Cela signifie que les États-Unis et l’Occident collaborent étroitement avec l’Est, le Moyen-Orient et le Sud pour orchestrer la réinitialisation imminente de l’humanité

Nul n’est innocent, tous sont complices, et seule une poignée de dirigeants sont pleinement informés. Le cloisonnement est essentiel dans ce coup d’État mondial, mais il faut bien comprendre qu’il n’y a pas d’acteurs isolés dans cette tentative de remodeler l’ordre mondial, comme l’a clairement démontré la supercherie du « Covid ». Certes, une lutte pour le pouvoir fait rage, mais dans le monde actuel, les véritables maîtres du jeu sont probablement déjà bien installés… 

Méfiez-vous des prétendues luttes intestines entre grandes puissances comme la Chine, la Russie, les BRICS, les États-Unis, l’Europe et d’autres acteurs mondiaux plus mineurs. En réalité, ils œuvrent tous aux mêmes fins et comprennent l’importance de cette étroite interdépendance. Remettez absolument tout en question et considérez chaque information comme de la pure propagande. »




Cette soi-disant « guerre » est une supercherie destinée uniquement à semer le chaos et à prendre le contrôle.

Toute guerre repose sur la tromperie et le mensonge, et est rarement, voire jamais, défensive, à l’exception des pays attaqués de manière agressive par les États-Unis. Dans le cas des guerres américaines, hormis la défense de l’indépendance du Sud, toutes les guerres ont été offensives et motivées par des desseins profondément inavouables, dictés par des intérêts financiers et politiques.

Autrement dit, le véritable pouvoir en coulisses, sa classe politique, les médias et l’ensemble de la cabale oligarchique au pouvoir, n’ont qu’un seul objectif : instrumentaliser la guerre pour se servir d’« ennemis » extérieurs fabriqués de toutes pièces et asseoir, par la peur et un faux « patriotisme », son contrôle sur sa propre population. En effet, toutes les guerres américaines visent à accroître la puissance du pays afin de contrôler son peuple.

Cette « guerre » planifiée de longue date et délibérément orchestrée contre l’Iran repose précisément sur ce modèle et se révélera probablement un coup d’État réussi visant à asservir rapidement cette société faible et indifférente par des moyens éprouvés. La peur et le chaos engendrés sont intentionnels, et bien que tout semble relever d’une folie mal calculée, le scénario qui en résulte favorise les pénuries alimentaires, les pertes d’énergie, les mesures restrictives drastiques comparables à celles mises en place face à la COVID-19, le développement de l’IA, la numérisation mondiale complète, le dépeuplement et les bouleversements financiers et monétaires. Autant d’objectifs poursuivis par la classe dirigeante afin d’instaurer le futur État technocratique. C’est une tactique illustrée par le méchant du film Quigley Down Under : « La pacification par la force ». Une population apeurée et docile est bien plus facile à contrôler et représente rarement une menace pour le pouvoir.





mardi 28 avril 2026

Technocratie : l’aboutissement imminent d’un projet centenaire ?




par Alice Popieul


Des planificateurs précoces de la société industrielle à la philosophie des géants de la tech, de l’utopie scientiste à la cité privatisée, un même fil conducteur traverse un siècle de projets politiques conçus dans des clubs discrets en marge du débat public: remplacer la vie démocratique par l’algorithme et la souveraineté populaire par la gestion technicienne des comportements. Généalogie d’un projet à l’ampleur insoupçonnée.

Mise en place de l’identité numérique au niveau international, développement de l’IA dans tous les secteurs professionnels, rationnement énergétique organisé, déstabilisations militaires et politiques coordonnées sur plusieurs continents, remise en cause de la démocratie dans les sphères d’influence planétaire: ces événements simultanés ne sont disparates qu’en apparence.

«Le monde de demain», qui nous a été vendu depuis l’enfance dans les œuvres de science-fiction, avec son cortège de conforts technologiques exotiques et ses rêves de surpassement humain, s’annonce plutôt comme une dystopie faite de mégalopoles «intelligentes», de surveillance de masse et d’implants numériques.

Ce projet de transformation profonde de la société s’est progressivement déployé au lendemain de la révolution industrielle, rendant obsolète le procédé de la révolution pour lui préférer la plus lente et sûre transition. Depuis le XIXe siècle, le projet d’une gouvernance technocratique, fondée sur la science, les technologies et la gestion des comportements humains, poursuit insensiblement son chemin, à grand renfort d’ingénierie sociale…

L’industrie de la tech se met à la théologie

Depuis quelques années dans la Silicon Valley, une idéologie politico-religieuse monte en puissance. Le dirigeant de Palantir Technologies (une société d’analyse de données et systèmes de surveillance numérique pour les États, notamment en contrat avec la DGSI française), Peter Thiel, en est devenu l’un des promoteurs les plus zélés, allant jusqu’à s’engager dans ce que certains qualifient de «croisade», à travers une série de conférences controversées autour du thème de l’Antéchrist.

Dans ses interventions, Peter Thiel (dont les activités d’informateur du FBI ont été révélées), autoproclamé théologien et inconditionnel du philosophe René Girard, mêle exégèse biblique, politique et technologie. Sa «tournée» mondiale débute notamment à Londres en février 2025 lors de l’événement ARC (Alliance for Responsible Citizenship, un club conservateur fondé en 2023 autour du traditionaliste Jordan Peterson), avant de se structurer à San Francisco à l’automne 2025 avec plusieurs conférences privées. Elle se poursuit en Europe début 2026, avec des interventions à Paris à l’Académie des Sciences Politiques (voir notre article), à Cambridge, puis culmine à Rome en mars, lors d’un cycle de rencontres fermées à proximité directe du Vatican, poussant même un proche conseiller du Pape Léon XIV à réagir en qualifiant d’»hérétiques» les interprétations bibliques de Thiel.

Dans ce contexte, la tournée de Peter Thiel apparait comme une campagne très calculée de conquête des cœurs, maquillée en exhortation morale à destination des plus conservateurs. Ces plaidoyers ne sont pas sans rappeler l’Appel aux Conservateurs de 1855 publié par Auguste Comte (initiateur des sciences sociales, et promoteur d’une technocratie «vintage»), où il était question d’abandonner des fondements civilisationnels jugés dépassés pour adopter le positivisme, un ordre social fondé sur de nouvelles bases scientifiques et morales. Du positivisme au mouvement du Dark Enlightenment rallié par Peter Thiel, une filiation se dessine.

Dark Enlightenment : 
une aversion pour la souveraineté individuelle

Il y a une vingtaine d’années sur le blog de l’ingénieur Curtis Yarvin, naissait les prémisses de la philosophie du Dark Enlightenment (Lumières sombres). Selon la vision soudaine qu’il aurait reçue dans son garage (ce lieu symbolique de la Révélation, dans l’univers théologique de la tech), Yarvin déroule son projet d’avenir antidémocrate pour l’humanité: mieux vaut un pouvoir centralisé et assumé, évalué sur des besoins concrets, qu’un système fondé sur des idéaux politiques «dérisoires», comme «la volonté du peuple».

Dans son Manifeste de 2007, il renvoie dos à dos le progressisme (thèse) et le conservatisme (antithèse) traditionnels pour en proposer une synthèse (selon le procédé bien connu de la dialectique hégélienne auquel notre contributeur Icaros a initié les lecteurs d’Essentiel News) dans ce qu’il nomme le «Formalisme», lui permettant de ratisser un large public.

«Progressistes, conservateurs, modérés et libertariens reconnaîtront tous [dans le formalisme, ndlr] de larges pans de leurs propres réalités non digérées.» Curtis Yarvin

Dans ce texte aux accents sarcastiques, Curtis Yarvin se propose d’éradiquer la violence de la surface de la terre, non pas grâce à une évolution spirituelle (il qualifie le déclin moral de «problème insignifiant»), mais par la mise en place d’un régime qui efface l’incertitude («uncertainty») et dans lequel «le pouvoir et le contrôle ne font qu’un».

Il s’agit selon Yarvin de sortir d’une forme d’hypocrisie institutionnelle, où en réalité la plupart des décisions politiques sont déjà prises par des personnes non élues, pour embrasser une gouvernance entrepreneuriale décomplexée: il propose de considérer l’État comme une entreprise dirigée par une autorité clairement identifiée, dont l’objectif principal est de maintenir l’ordre et de soi-disant réduire la violence, grâce à la technologie.

Difficile de croire à une illumination soudaine puisque cette idée, que l’on a déjà vu présente chez Auguste Comte, prolonge aussi les thèses que Claude Henri de Rouvroy de Saint-Simon avait conceptualisées dès 1825 dans Nouveau Christianisme – Dialogues entre un conservateur et un novateur, où il s’agissait de gérer la société comme une grande usine et où le gouvernement des hommes était remplacé par «l’administration des choses».

Dans ce mouvement néoréactionnaire, on trouve aussi des éléments de ce que l’on pourrait qualifier de «nietzschéisme vulgaire» (phénomène historique de récupération fascisante des idées de Friedrich Nietzsche, dont on trouve déjà une critique véhémente dans cet ouvrage collectif de 1937), c’est-à-dire une lecture simplifiée et déformée des thèses du penseur du Surhomme (Übermensch), où est mis en avant le culte des élites naturelles contre le «troupeau démocratique».

Cette «Néoréaction» américaine s’inscrit dans une vision pessimiste de l’être humain, présenté comme incapable de se gouverner seul et de penser en dehors de ses intérêts propres, selon l’analyse qu’Arnaud Miranda, chercheur en théorie politique, fait de ce mouvement.

https://youtube.com/watch?v=Bnj8lXA5QQQ%3Ffeature%3Doembed

Le Dark Enlightenment commence par valider des exaspérations légitimes et largement partagées (la bureaucratie, la censure universitaire, «la bien-pensance») et se présente comme un espace de liberté de penser. C’est le principe du «red-pilling» (absorption de la pilule rouge par analogie au film Matrix), où l’on invite les sceptiques à «voir la réalité en face», par étapes successives, chaque étape normalisant la suivante, plus radicale, jusqu’à aboutir à des thèses autoritaires et biologistes.

La stratégie de recrutement du mouvement du Dark Enlightenment est donc essentiellement graduelle, progressive et calquée sur des directives qui s’inscrivent dans un contexte de manipulation de l’opinion, désormais formalisée par les sciences sociales et enseignées à l’élite de la tech, notamment à travers la Edge Foundation.

Edge Foundation : 
les sciences sociales pour contrôler la population

La fusion des sciences dures, des sciences humaines, de la technologie et du pouvoir politique, rejoint le concept de «Third Culture» (Troisième culture) développé en 1995 par John Brockman, un agent littéraire connu pour son rôle central dans le réseautage des élites scientifiques et technologiques.

C’est dans cette optique qu’il a fondé la Edge Foundation, une plateforme de rencontres et de formations, qui vise à construire un réseau d’»influenceurs d’élite» capables d’orienter les politiques et les perceptions sociales à grande échelle. Cette organisation reçoit aujourd’hui le soutien de la Fondation nationale pour la science des États-Unis.

Dans son enquête sur les connexions entre Musk et Epstein, le journaliste d’investigation Johnny Vedmore (qu’Essentiel News a interviewé le mois dernier) affirme qu’au-delà des dîners de milliardaires organisés par la Edge Foundation, des séminaires y auraient été discrètement financés par Jeffrey Epstein, dont les liens avec Brockman sont désormais bien connus.

Ces formations ont notamment réuni des figures majeures de la tech, comme Elon Musk, Jeff Bezos (Amazon) ou encore Sergey Brin (Google/Alphabet).

Toujours selon Vedmore, ces «master classes», qui se sont tenues à la fin des années 2000 à la Edge Foundation, visaient d’abord à former l’élite technocratique émergente en l’initiant aux sciences comportementales et à l’économie des «nudges». Cette technique de gouvernance, issue des sciences sociales appliquées au marketing, se fonde sur l’incitation plutôt que sur l’injonction pour influencer le comportement (comme on a pu l’expérimenter lors de la campagne de vaccination Covid, où il s’agissait d’exercer des pressions pour recevoir l’injection, sans pour autant l’imposer légalement). Avec les «nudges», il s’agit en définitive de faire évoluer une société fondée sur le droit vers une société fondée sur la norme (et in fine fondée sur le nombre, à travers la bien nommée numérisation).

Le «nudge», une idée du XIXe siècle ?

Ces procédés d’ingénierie sociale pourraient prendre prétexte des recommandations mondialistes et environnementalistes de l’agenda 2030 des Nations unies. La multiplication des taxes pigouviennes (taxe carbone, péage urbain, taxes sur le tabac ou les aliments sucrés…) ou des «mécanisme d’internalisation des externalités», comme le nutriscore, l’étiquette énergie pour les appareils électroménagers, le malus écologique appliqué aux automobiles ou les systèmes de quota contraignants avec mécanisme de pénalité comme les certificats de performance énergétiques (CPE/DPE), apparaissent comme des indicateurs de la mise en place d’un système général de contrôle de masse.

Cette trajectoire technocratique s’inscrit dans une continuité historique, dont la Fabian Society constitue un autre jalon fondamental. Fondée à la fin du XIXᵉ siècle, cette «société savante» défendait déjà une transformation progressive de la société, en promouvant une gouvernance d’experts autoproclamés.



Le loup couvert d’une peau de mouton, emblème de la Fabian Society.


Dans son ouvrage de 1928, The Open Conspiracy (La Conspiration au grand jour), le célèbre écrivain H.G. Wells (connu pour ses ouvrages de science-fiction) exposait déjà les moyens stratégiques de mener les foules à l’acceptation d’une grande transition vers une technocratie utopique. Il y proposait de dépouiller la religion de tout ce qu’il jugeait accessoire (histoire sacrée, rites, cosmogonies, promesses de vie après la mort) pour n’en garder que l’essentiel: l’esprit religieux. À l’époque où Wells participe activement aux travaux de la Société Fabienne, il écrit : «La première phrase du credo moderne ne devrait pas être «Je crois»mais «Je me donne»«.

La «planète»: cause religieuse moderne

Exprimée en son temps par les acteurs de la Fabian Society, la nécessité de fédérer les individus autour d’un fondement universel semble avoir trouvé un ancrage favorable dans l’environnementalisme contemporain, qui constitue une cause majeure (et internationale) capable d’épouser les nécessités d’un gouvernement mondial. La prétendue défense de l’environnement légitime en effet une discipline sociale, fait adhérer à des normes, prône un sacrifice individuel pour le collectif, et permet une acceptation des transformations profondes des modes de vie.

Cet environnementalisme qui feint de défendre la Nature (son paradoxe le plus apparent étant d’être promu par les plus gros industriels internationaux) est désormais enseigné à nos enfants dès l’école maternelle, dans un esprit où l’humain est présenté comme un parasite pour une planète souffrante et personnifiée; la conséquence logique de cette idéologie menant à une nécessité de «réduction de la population», selon l’euphémisme d’usage. Cette doctrine pseudo-scientifique trouve ses fondements idéologiques dans les travaux du Club de Rome, fondé en 1968 à l’initiative de l’italien Aurelio Peccei (Fiat, Alitalia, Olivetti).

Dans un ouvrage incisif de 1982 aujourd’hui introuvable, L’imposture du club de Rome, le politologue suisse Philippe Braillard démontre la duplicité de ce club d’industriels et dénonce son catastrophisme outrancier qui, sous couvert de neutralité scientifique autour des limites de la croissance, œuvre à légitimer une vision du monde orientée vers une gouvernance globale technocratique, en déplaçant le débat politique vers le terrain de la gestion des ressources à l’échelle mondiale.

À travers différentes opérations récentes (comme la crise fabriquée de la DNC en France), on a pu constater de quelle façon la défense de l’environnement sert à structurer et légitimer une gouvernance technocratique à base de normes, visibles dans les politiques climatiques, la transition énergétique et les systèmes de quotas ou de crédits énergie, qui étaient déjà une idée phare des premiers mouvements politiques technocratiques apparus à la suite du krach de 1929.

Technocracy Inc. :
l’invention du crédit-énergie dans les années 30

Survenue pendant la Grande Dépression aux États-Unis, la «Technocracy» séduit comme réponse aux excès de la finance par une rationalisation de l’économie réelle. À son apogée, l’organisation aurait compté de quelques dizaines de milliers d’adhérents à plus de 500.000, selon certaines sources.

Les tenants de la Technocracy proposent de remplacer le système politique et économique traditionnel (démocratie parlementaire + capitalisme) par un système dirigé par des ingénieurs, scientifiques et experts techniques, afin de répondre à l’incompétence ou à la corruption de la classe politique.

Dans les années 30, le mouvement se structure surtout autour de Howard Scott. Fondateur de Technocracy Inc., Scott propose de remplacer la monnaie par des certificats énergétiques mesurant la consommation en unités d’énergie. L’idée est de distribuer à chaque personne un quota d’énergie strictement égalitaire, ces quotas servant à acheter des biens et des services, tous évalués en unités énergétiques: une forme de revenu universel, ne pouvant être ni échangé, ni transféré, ni capitalisable, et menant à la suppression complète des prix.

Dans cette vision utilitaire de l’humain, la société est considérée comme une machine à optimiser, toutes les variables inquantifiables (justice, dignité, liberté) étant éliminées de l’équation. Effectivement, répartir scientifiquement les ressources suppose un contrôle social total. Il s’agit aussi d’éliminer la politique traditionnelle et les représentants élus, en s’appuyant sur le mythe du scientifique et de l’expert intrinsèquement vertueux, incorruptibles et étrangers à des intérêts personnels ou de caste.

Le mouvement connaît un bond fulgurant dans les années 1932-1933, mais la proximité du concept de technocratie avec les régimes autoritaires européens (nazisme, fascisme, qui prônent eux aussi le gouvernement des experts et le mépris de la démocratie) finit par effrayer et discrédite cette organisation. Le New Deal de Roosevelt la vide de sa substance en s’inspirant de certaines de ses propositions: la planification centrale par des techniciens comme la National Recovery Administration (NRA) ou le Brain Trust, la nationalisation partielle de l’énergie via la Tennessee Valley Authority (TVA) ou l’organisation du travail via la Civilian conservation corps (CCC).

En juin 1940, le mouvement technocratique est interdit au Canada par décret. Son dirigeant, Joshua Haldeman, qui se trouve être le grand-père maternel d’Elon Musk, subira une brève incarcération pour en avoir continué la promotion. Aux USA, le mouvement est neutralisé via une surveillance accrue de la part de la police fédérale. Quelques années plus tard, le bond de l’informatique va redonner du souffle au projet.

La machine à broyer

Le traitement automatisé de l’information est utilisé par le pouvoir politique dès l’invention des premières machines opérationnelles.

En 1889, Herman Hollerith, ingénieur et statisticien américain, invente le tabulateur électromécanique à cartes perforées. Son système, permettant de compiler et analyser rapidement les informations démographiques, est utilisé dès l’année suivante pour le recensement américain. IBM (International Business Machine) -qui concevra dans les années 40 les premiers ordinateurs électroniques- se développe particulièrement dans les années 1930 grâce au rachat des brevets de mécanographie sur la carte perforée Hollerith. En 1937, le gouvernement américain déploie l’équipement de tabulation IBM pour suivre les enregistrements de 26 millions de personnes bénéficiaires du Social Security Act.

Simultanément, IBM, qui est présent sur le sol allemand via sa filiale Dehomag, fournit des machines à cartes perforées et des services de traitement de données à l’Allemagne nazie, organisant la gestion administrative de la population, y compris des groupes persécutés.

Dans son livre IBM et l’Holocauste, le journaliste et historien Edwin Black documente scrupuleusement la façon dont ces technologies ont été utilisées à des fins répressives, permettant à la firme américaine de tirer des profits considérables de son alliance stratégique avec le Troisième Reich.

La cybernétique: l’humain réduit à un système

Quelques années plus tard, à l’occasion des Conférences Macy (1946‑1953), ces précédents sur le traitement massif de données inspirent les réflexions sur la cybernétique (qui vient du grec Kubernos, littéralement «gouverneur») et les systèmes autonomes, reliant le matériel informatique à la théorie de l’information. Organisées par la Josiah Macy Jr. Foundation, ces conférences dirigées par Frank Fremont-Smith (1895–1974), un médecin, contribuent à structurer un nouveau paradigme scientifique à l’intersection de la biologie, de la psychologie et des mathématiques.

Réunissant des figures majeures comme l’ingénieur Norbert Wiener ou le mathématicien John von Neumann, elles participent à la naissance des sciences cognitives et à une vision du monde où humains, machines et organisations sont pensés comme des systèmes interconnectés, susceptibles d’être modélisés, pilotés et optimisés, désacralisant l’autonomie individuelle et le libre-arbitre.

Cette réflexion sur la gestion des systèmes et de l’information ouvre la voie aux idées développées par Zbigniew Brzezinski dans sa conception de la «société technétronique», où les technologies et les médias deviennent des instruments centraux de gouvernance.

L’information comme matière première

Nourri par les conférences Macy, le projet technocratique qui était celui de Howard Scott dans les années 30 connaît une sorte de rebond l’année de sa mort (1970), avec cette variante dans la doctrine: la ressource centrale du système ne sera plus l’énergie au sens thermodynamique, mais l’information.

Dans son livre La révolution technétronique (1970), Zbigniew Brzezinski, alors professeur en sciences politiques à l’université de Columbia, décrit la transition d’une société industrielle vers une société où l’information deviendra la marchandise privilégiée et où les États-Nations perdront progressivement leur pouvoir.

Les travaux de Brzezinski attirent l’attention de David Rockefeller et les deux hommes participent à la création de la Commission Trilatérale en 1973, une organisation privée liée aux principaux dirigeants du groupe Bilderberg et du Council on Foreign Relations, afin d’orchestrer la gouvernance mondiale.

Quelques années plus tard, de 1977 à 1981, Brzezinski devient le conseiller politique du président Jimmy Carter en matière de politique étrangère. Les «prophéties» de Brzezinski de surveillance quasi totale de chaque citoyen sont désormais une description assez précise des pratiques de la NSA et des Gafam.

Crypto-villes privatisées

Dans une intervention récente (voir ci-dessous), la chercheuse indépendante Whitney Webb (autrice de l’enquête One Nation under Blackmail, sur les réseaux Epstein) nous apprend que des modèles d’États technocratiques sont déjà à l’expérimentation, notamment en Ohio où Les Wexner -connu comme le seul employeur officiel de Jeffrey Epstein- a créé un gouvernement privé de facto dans sa ville natale de New Albany. Sous le nom de Jobs Ohio, cette société privée contrôle les actifs des ventes de spiritueux, se substituant à l’État, en dehors de toute transparence et sans aucune responsabilité publique.

https://youtube.com/watch?v=cR3P9jxAgfY%3Ffeature%3Doembed

Jobs Ohio est emblématique du modèle d’un État techno-féodal promu par des figures de la Dark Enlightenment comme Peter Thiel, ce dernier ayant par ailleurs investi dans la ville de Prospera au Honduras, un autre projet de crypto-city assez opaque. Créé en 2017, le projet Prospera est conçu comme un État dans l’État, où les lois, la police, les tribunaux, la fiscalité et les services publics sont gérés par des entités privées en dehors de tout contrôle de l’État hondurien.

Présenté comme un laboratoire d’innovation technologique et de liberté économique, le projet suscite de vives polémiques concernant la souveraineté nationale, les droits humains et notamment l’expérimentation de technologies controversées (comme la thérapie génique) sans aucun contrôle public.

L’utopie scientiste, le début de la fin ?

Le militantisme technocratique porté aujourd’hui par les ambassadeurs milliardaires de la tech s’inscrit donc dans une généalogie, plus longue qu’on ne pourrait l’envisager au premier abord, puisque le projet d’une gouvernance par des experts est en réalité bien antérieur au bond technologique que nous avons connu lors du siècle dernier. Du positivisme d’Auguste Comte à la cité utopique organisée rationnellement par les philosophes-rois de la République fantasmée de Platon, en passant par La Nouvelle Atlantide de Francis Bacon (1627) que cite souvent Peter Thiel, les utopies qu’on pourrait qualifier de scientistes ont revêtu bien des dénominations depuis l’Antiquité, et la remarquable persistance de ces idées à travers les siècles interroge.

Cette toile de fond philosophique, indétachable des événements que nous vivons, en cette époque où la norme prévaut peu à peu sur la loi, raconte l’histoire d’un antique projet de «gouvernance par les nombres«, qui n’est pas sans rappeler la matrice kabbalistique de la religion occulte des «élites», dont les différentes pratiques rituelles abjectes nous ont été révélées dans les dossiers Epstein. Le dessein qui s’annonce est celui d’un devenir-objet de l’humain, visible dans les projets transhumanistes associés à une désacralisation de la Nature jugée imparfaite, et plus généralement d’une mise à distance de l’aspect transcendant de l’existence humaine.

Dans ce contexte, la paix mondiale qu’on nous promettra à coup sûr à l’issue des affrontement internationaux que nous connaissons aujourd’hui (comme en écho aux vains engagements qui ont présidé aux fondations de la Société des Nations, de l’Organisation des Nations unies ou de l’Union européenne), si elle advenait, ressemblerait davantage à une anesthésie générale qu’à une conséquence naturelle de la justice.

Malgré une envergure jamais atteinte auparavant dans ses différentes tentatives de réalisation, n’oublions pas que ce projet de contrôle total n’est pas encore advenu, et qu’il est en lutte constante avec un réveil global des peuples. Sa montée en puissance est manifeste, mais ses nombreux échecs historiques pourraient tout aussi bien annoncer sa chute définitive: l’imprédictibilité humaine -ce cauchemar des planificateurs- a encore de beaux jours devant elle.

Source : Strategika