dimanche 5 avril 2026

Le carburant synthétique (e-fuel)



La compagnie pétrolière japonaise ENEOS produit du carburant synthétique (e-fuel) — fabriqué sans recourir au pétrole — à partir du CO₂ présent dans l'air et de l'eau, dans son usine de Yokohama.

La capacité de production actuelle de l'usine de démonstration est encore très faible, à 1 baril par jour (soit environ le contenu d'un fût), mais la société vise à la porter à 10 000 barils par jour d'ici 2040.

Bien qu’il en soit encore au stade expérimental, cela attire l’attention en tant que nouveau carburant qui pourrait réduire la dépendance au pétrole.



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Rouler à l'huile de friture : Moins de 1€/ Litre



Commentaire :

Rouler à l'huile de friture pour moins de 1€ le litre pendant que le gasoil est à 2€, voilà la DÉBROUILLE version française. Les gens trouvent des solutions parce que l'État n'en propose aucune. Évidemment c'est techniquement ILLÉGAL de rouler à l'huile végétale en France. Normal, ça rapporte rien en taxes. Le jour où l'État pourra mettre une TIPP sur l'huile de friture, ça deviendra autorisé. Des milliers de Français le font déjà en cachette parce qu'ils n'ont pas le choix. Entre rouler illégalement et ne plus pouvoir aller TRAVAILLER, le calcul est vite fait. Le système préfère que tu payes 2€ le litre de gasoil plutôt que de te laisser recycler de l'huile qui finirait de toute façon à la poubelle. La logique fiscale avant l'écologie.


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L'angle mort de la souveraineté française : Ce que la France a oublié de faire pour ses carburants

par Pedro Guanaes

La France a su sécuriser son électricité en 1974. Pour ses carburants, elle n'a jamais rien fait d'équivalent. Cinquante ans plus tard, la crise iranienne rappelle brutalement cette impasse. Des solutions existent pourtant, mobilisables tout de suite. Le scandale, c'est qu'on les ignore.



Depuis les chocs pétroliers des années 1970, la France a compris que la dépendance énergétique n'était pas seulement un problème économique, mais un risque politique. Le plan Messmer, lancé en 1974, a permis au pays de développer rapidement le nucléaire pour reprendre le contrôle de son électricité. Ce choix, poursuivi pendant des décennies, explique encore la situation particulière de la France en Europe. Mais on parle moins du fait que cette logique de souveraineté n'a été appliquée qu'en partie. Pendant que la France assurait son indépendance électrique, elle laissait de côté un autre enjeu crucial : les carburants. Cinquante ans plus tard, le pays est relativement protégé pour l'électricité, mais reste très dépendant des hydrocarbures pour ses voitures, ses camions, sa logistique, son agriculture et sa vie quotidienne.

C'est ce choix laissé de côté qui nous rattrape. La guerre autour de l'Iran, en mars 2026, montre que le pétrole demeure un enjeu géopolitique majeur. Le détroit d'Ormuz, par où transite environ un cinquième du pétrole et du gaz mondial, a été fortement perturbé. L'OPEP a vu sa production baisser, les marchés ont réagi immédiatement, et les prévisions pour le Brent en 2026 se sont envolées. Cinquante ans après les chocs pétroliers, la France et l'Europe restent vulnérables à une crise régionale qu'elles ne contrôlent pas, parce qu'elles n'ont jamais cessé de dépendre des carburants fossiles.

Le récit qui arrange

Ce qui est le plus troublant, ce n'est pas seulement cette dépendance. C'est le récit qui l'a accompagnée. Depuis des années, on explique aux Français que sortir des hydrocarbures pour les transports serait forcément lent, coûteux, qu'il faudrait attendre le renouvellement complet du parc, refaire les infrastructures, accepter une transition sur des décennies. Comme si la seule alternative était de rester dépendant ou de tout changer d'un coup.

Ce discours a arrangé beaucoup de monde : les intérêts liés à l'importation, au raffinage, à la distribution, à la fiscalité pétrolière. Pendant qu'on saluait le choix stratégique du nucléaire pour l'électricité, on renonçait presque sans débat à construire une stratégie équivalente pour les carburants liquides. Or la France a enfermé la transition dans une opposition trompeuse : d'un côté le pétrole, de l'autre l'électrification totale, avec entre les deux un no man's land présenté comme insuffisant. Cette présentation est fausse. Entre la dépendance au pétrole et la refonte complète du parc automobile, il existe une voie intermédiaire, immédiatement mobilisable : la modification progressive du carburant consommé par les véhicules existants.

La banalité dérangeante du bioéthanol

C'est précisément ce que permet le bioéthanol, et plus largement les biocarburants avancés. Leur force n'est pas d'être une utopie technologique, mais une solution d'une banalité presque dérangeante. On ne parle pas d'attendre une rupture scientifique, ni de bâtir en vingt ans un système entièrement nouveau. On parle d'utiliser des moteurs qui existent déjà, des réseaux de distribution déjà présents, des infrastructures de stockage déjà connues, et d'y injecter progressivement un carburant différent — produit localement, importé de partenaires diversifiés ou issu de résidus agricoles et industriels.

Un véhicule essence peut être rendu compatible avec des carburants fortement dosés en éthanol sans révolution technique. Une station-service peut distribuer de l'E85 bien plus vite qu'on ne déploie de nouvelles infrastructures lourdes. Une flotte captive, une collectivité, un territoire ultramarin, une administration peuvent décider d'une bascule partielle de carburant beaucoup plus rapidement que d'un remplacement intégral de leurs véhicules. Cela ne supprime pas tous les problèmes. Cela ne transforme pas le parc diesel. Mais cela permet une chose décisive : commencer tout de suite.

Comprendre le bioéthanol : trois générations, trois logiques

Le bioéthanol de 1re génération est produit à partir de matières riches en sucres ou en amidon — canne à sucre, betterave, maïs, blé. C'est la filière historiquement dominante : mature, industrialisée, déjà intégrée aux carburants routiers. En France et en Europe, c'est encore l'essentiel du bioéthanol incorporé aujourd'hui. Mais cette génération est contestée parce qu'elle entre potentiellement en concurrence avec les usages alimentaires.

Le bioéthanol de 2e génération change de logique. Il ne part plus du sucre ou de l'amidon, mais de la biomasse lignocellulosique : paille, bois, résidus agricoles et forestiers, matières non alimentaires. Son intérêt stratégique est majeur : il permet d'augmenter la production de carburant en mobilisant des résidus et des coproduits, sans reposer sur des cultures vivrières. C'est la filière la plus sérieusement poussée parmi les biocarburants dits « avancés », même si son déploiement industriel reste encore limité par rapport à la première génération.

La 3e génération renvoie principalement aux algues et microalgues, capables de produire des sucres ou d'autres molécules énergétiques sans mobiliser de terres agricoles. Sur le papier, c'est prometteur : pas de concurrence alimentaire directe, rendements potentiellement élevés. Mais en pratique, cette filière n'a pas encore franchi le stade des démonstrateurs : coûts de production, récolte, concentration de biomasse et passage à l'échelle industrielle restent des obstacles majeurs. Une perspective à suivre, pas encore une réponse opérationnelle.

Et c'est précisément ce qui manque au débat français : une doctrine du commencement. Nous avons beaucoup parlé d'objectifs lointains — neutralité carbone, trajectoires à horizon 2035 ou 2050 — mais très peu de leviers immédiatement activables. Or quelques points de consommation d'hydrocarbures en moins, ce sont des milliards d'euros d'importations évitées, une moindre exposition aux chocs géopolitiques, un peu plus d'air dans la balance commerciale, et surtout le début d'une stratégie cohérente.

Lorsqu'il s'est agi d'électricité, la France des années 1970 n'a pas attendu un système parfait ; elle a pris une décision massive à partir d'un impératif stratégique. Pour les carburants, au contraire, on a laissé s'installer l'idée qu'aucune action sérieuse n'était possible en dehors d'une transformation totale. C'est cette croyance qu'il faut renverser. La bonne question n'est pas « par quoi remplaçons-nous 100 % du pétrole ? ». La bonne question est : quelle part de pétrole pouvons-nous cesser d'importer vite, avec les moyens déjà disponibles ?

Convertir le parc existant : la vraie force des biocarburants

L'un des grands avantages du bioéthanol est qu'il permet d'agir sur le parc existant au lieu d'attendre son remplacement. C'est toute la différence avec une transition reposant uniquement sur le renouvellement des véhicules.

En France, le cadre réglementaire permet l'installation de boîtiers E85 homologués sur certaines voitures particulières et camionnettes essence immatriculées en France, compatibles SP95-E10 et répondant au minimum à la norme Euro 3. Le dispositif agit sur l'injection afin de permettre un fonctionnement au superéthanol E85, sans modification du calculateur d'origine. Une partie du parc essence peut donc être adaptée sans révolution industrielle, sans destruction prématurée de véhicules encore roulants, et sans attendre dix ou quinze ans que le marché automobile se transforme.

C'est ce point qui donne aux biocarburants une portée stratégique immédiate. Là où d'autres trajectoires supposent des investissements lourds et des délais longs, la conversion au bioéthanol permet une logique plus rapide : changer d'abord le carburant, avant de changer tout le système. La solution ne concerne pas tous les véhicules et ne règle pas la question du diesel à elle seule. Mais elle permet de réduire plus vite une partie de la dépendance pétrolière, en utilisant ce qui existe déjà : les moteurs, les stations, les réseaux logistiques, et une part importante du parc roulant.

Ce que le Brésil démontre

Le Brésil mérite d'être observé avec sérieux. Non parce que son modèle serait transposable à l'identique, mais parce qu'il prouve qu'un État peut traiter les carburants comme un enjeu de souveraineté. Le Brésil n'a pas attendu un système idéal : il a construit une filière, adapté son parc, organisé sa distribution, et fait du carburant un objet de politique nationale. L'éthanol n'y est pas une niche ; il fait partie du système. Le parc automobile a été adapté, les réseaux de distribution ont suivi, la filière agricole a été structurée, l'industrie a investi. C'est cela que l'Europe a cessé de savoir faire : décider qu'un carburant n'est pas seulement un produit de marché, mais un objet stratégique.

Il faut cependant regarder ce modèle sans naïveté. La réussite brésilienne repose sur des conditions que la France n'a pas : un climat permettant une production massive de canne à sucre avec des rendements exceptionnels, une disponibilité foncière sans commune mesure, et surtout une continuité politique là où la France a souvent superposé des objectifs contradictoires. La France ne sera jamais un Brésil tempéré. Mais cette différence ne disqualifie pas la leçon ; elle la précise. Ce que la France peut reprendre, ce n'est pas la matière première, c'est la méthode : traiter les carburants comme un front stratégique, organiser l'offre, articuler agriculture, énergie, industrie et fiscalité dans une même vision.

Le Brésil, d'ailleurs, n'en est plus à la première génération. Le bioéthanol cellulosique — éthanol de deuxième génération — change la nature du débat. Il ne s'agit plus d'utiliser des matières premières agricoles dédiées, mais de valoriser la cellulose contenue dans des résidus végétaux : bagasses, pailles, déchets de transformation agricole ou forestière. On passe d'une logique de culture énergétique à une logique d'optimisation de la biomasse existante. C'est un point fondamental pour la France, où la question foncière rend politiquement explosive toute stratégie fondée sur la consécration massive de terres nourricières à la production de carburant. Le bioéthanol cellulosique ouvre une autre voie : produire de l'énergie liquide sans accroître dans les mêmes proportions la pression sur les sols.

L'adaptation française : une stratégie d'accumulation

C'est ici qu'apparaît la possibilité d'une adaptation française. Là où le Brésil a bâti sa puissance sur la canne à sucre, la France pourrait bâtir la sienne sur l'agrégation intelligente de ses résidus, de ses déchets agricoles, de certaines ressources forestières, de flux organiques dispersés ou mal valorisés, et sur le développement combiné d'un bioéthanol de deuxième génération et d'un biodiesel avancé. Non dans une logique de substitution totale, mais dans une logique de réduction méthodique de la dépendance.

Pour le bioéthanol avancé, le gisement le plus cohérent en France se trouve dans la biomasse lignocellulosique : paille de céréales, résidus de maïs, coproduits agricoles, ressources forestières, cellulose et hémicellulose sous-valorisées. La logique est simple : au lieu de consacrer de nouvelles terres à une production énergétique dédiée, on tire davantage de valeur de ce qui est déjà produit. Cela ne veut pas dire que tout serait mobilisable sans limite — une partie des résidus doit rester au sol pour préserver la fertilité et la structure agronomique. Mais un gisement existe, il est national, et il peut être activé dans une logique de souveraineté partielle.

Comprendre le biodiesel : trois générations, trois horizons

Le biodiesel de 1re génération est produit à partir d'huiles végétales ou de graisses animales, transformées par transestérification en esters méthyliques. En Europe, cela renvoie principalement au colza, au tournesol, au soja. La filière est bien installée et opérationnelle à grande échelle, mais se heurte aux mêmes critiques que le bioéthanol de première génération : disponibilité limitée des matières premières, concurrence d'usage avec l'alimentation, et effets indirects sur les sols.

Le biodiesel de 2e génération correspond aux filières avancées : déchets, huiles usagées, graisses résiduelles, ou procédés permettant de produire des carburants paraffiniques comme le HVO. L'enjeu est de sortir de la logique « huile alimentaire vers carburant » pour aller vers la valorisation de résidus, avec une meilleure compatibilité avec les exigences climatiques européennes. C'est aujourd'hui la voie la plus crédible pour améliorer la qualité stratégique du biodiesel, même si les volumes restent contraints.

La 3e génération vise les microalgues pour leur capacité à produire et stocker des lipides en quantité importante. Le potentiel théorique est élevé et la concurrence alimentaire plus faible, mais la filière reste préindustrielle : les coûts de culture, de récolte, d'extraction et de passage à l'échelle empêchent encore une diffusion massive. Comme pour le bioéthanol, la troisième génération est une perspective sérieuse pour demain, pas encore une réponse disponible aujourd'hui.

Pour le biodiesel, la situation est plus complexe mais pas inexistante. L'effort doit se concentrer sur les filières les plus intelligentes : huiles usagées, graisses animales, résidus industriels, biomasses avancées. Les deux filières jouent sur des segments différents du parc : le bioéthanol avancé travaille le segment essence, le biodiesel nouvelle génération desserre la contrainte sur les usages diesel. La France n'a pas besoin d'un récit magique ; elle a besoin d'une doctrine réaliste d'accumulation. Chaque litre substitué, c'est du pétrole en moins importé, de la vulnérabilité en moins, de l'argent en moins envoyé à l'extérieur, de la marge de manœuvre en plus.

Si l'on additionne une politique sérieuse de bioéthanol avancé, une montée en puissance du biodiesel sur les segments pertinents, et des importations ciblées de bioéthanol en provenance de pays capables de fournir rapidement des volumes, on ne parle plus d'une expérience de laboratoire, mais d'un bloc énergétique capable de peser réellement. Ce bloc ne ferait pas disparaître le pétrole, mais il rognerait une part significative de son emprise, avec des effets rapides sur la balance commerciale et sur la capacité du pays à encaisser les crises internationales. C'est la force d'une stratégie additive : on ne remplace pas tout d'un coup, on additionne des marges de substitution, on crée un volant de sécurité, on réduit l'exposition générale.

Importation choisie, outre-mer en première ligne

L'importation n'est pas l'ennemie de la souveraineté, à condition d'être pensée comme une dépendance choisie, diversifiée, temporaire ou complémentaire. Toute souveraineté énergétique sérieuse repose sur une combinaison : production nationale, diversification des sources externes, stockage, souplesse logistique, capacité de substitution. La France l'a fait pour l'uranium en articulant filière nationale, diplomatie de l'approvisionnement et maîtrise technologique. Elle pourrait raisonner de manière comparable pour les carburants liquides de transition. Importer du bioéthanol brésilien ne signifierait pas renoncer à une stratégie française ; cela permettrait de gagner les années nécessaires à la montée en puissance d'une filière nationale, tout en réduisant immédiatement l'exposition aux hydrocarbures classiques.

Il y a d'ailleurs un aspect que le débat français esquive presque toujours, comme s'il était inconvenant de le formuler : la nature des régimes auxquels nous envoyons notre argent. Chaque année, la France transfère des dizaines de milliards d'euros vers des pays producteurs d'hydrocarbures dont certains financent directement ou indirectement le terrorisme international, pratiquent la répression systématique des libertés, bafouent les droits des femmes, criminalisent l'homosexualité ou exploitent une main-d'œuvre servile. Ce n'est pas un jugement moral abstrait ; c'est une réalité comptable. L'argent du plein d'essence finance, au bout de la chaîne, des régimes dont la France prétend par ailleurs combattre l'influence. Substituer ne serait-ce qu'une fraction de ces flux par des importations de bioéthanol en provenance du Brésil, de l'Inde ou d'autres producteurs agricoles ne résout pas tous les problèmes de gouvernance mondiale, mais change radicalement la nature de la dépendance. On passe d'une relation structurelle avec des pétromonarchies et des États autoritaires à des partenariats commerciaux avec des démocraties imparfaites mais ouvertes, où la société civile existe, où la presse est libre, où les contrats peuvent être discutés. Ce n'est pas un détail. C'est un argument de souveraineté à part entière.

Les outre-mer, en particulier, devraient occuper une place centrale. Dépendance forte aux importations, coût élevé du carburant, vulnérabilité sociale aux variations de prix, et pour certains territoires un environnement agricole ou climatique plus proche des logiques tropicales : tout désigne les DOM comme le laboratoire le plus concret d'une transition rapide. Réduire le prix du carburant, substituer une part des flux fossiles par des filières bio plus proches, ce n'est pas simplement verdir un modèle — c'est alléger la vie quotidienne et rendre du pouvoir d'achat. Ce que l'on présente souvent comme un sujet technique pourrait devenir, dans les outre-mer, une démonstration politique grandeur nature. Et si cette démonstration réussissait, elle ferait voler en éclats l'argument selon lequel rien ne peut aller vite.

Stations-service, camions-citernes, stockage : la transition peut s'appuyer sur l'existant

L'un des arguments les plus sous-estimés en faveur des biocarburants liquides est qu'ils ne nécessitent pas de repartir de zéro. En France, la chaîne logistique des carburants existe déjà : dépôts, pipelines, stockage intermédiaire, camions-citernes, stations-service, cuves enterrées, pompes, procédures de dépotage et règles de sécurité.

Quand on parle de bioéthanol ou de biodiesel, on ne parle pas d'inventer un réseau entièrement nouveau, mais d'utiliser une architecture en place pour y faire circuler progressivement d'autres molécules. Le travail nécessaire n'est pas conceptuel, il est industriel et organisationnel : compatibilité des cuves, adaptation de certaines pompes, signalétique, contrôle des matériaux, gestion des vapeurs, sécurisation du stockage. Le cadre réglementaire existe déjà, y compris pour le superéthanol, avec des prescriptions techniques spécifiques sur les circuits de récupération des vapeurs et les équipements de sécurité.

C'est un avantage stratégique décisif. À la différence de transitions supposant le déploiement massif de nouvelles infrastructures lourdes, les biocarburants liquides peuvent s'insérer dans la chaîne existante, depuis les dépôts jusqu'aux stations. Certaines adaptations sont nécessaires, mais l'ordre de grandeur n'a rien à voir avec une reconstruction intégrale du système. La France possède déjà l'ossature physique d'une montée en puissance rapide : ce qu'il manque, c'est la décision politique de l'utiliser autrement.

Lucidité écologique

Tout ce qui est bio n'est pas automatiquement vertueux, et toute biomasse ne se vaut pas. Sur le strict plan carbone, un bioéthanol cellulosique bien géré affiche un bilan très supérieur aux carburants fossiles. Mais dès que l'on sort du seul indicateur carbone, le tableau se complique : monocultures intensives, pression sur l'eau, artificialisation des sols, affaiblissement de la biodiversité, conflits d'usage foncier. La stratégie française ne peut pas se contenter d'agiter le mot « biomasse » comme une garantie morale. Elle doit distinguer entre les filières qui optimisent l'existant, valorisent des résidus, réduisent des déchets, et celles qui risquent de recréer sous un vernis vert les excès d'un productivisme mal orienté.

La clé n'est pas l'idéologie mais la hiérarchie des priorités : favoriser d'abord ce qui réduit simultanément la dépendance, les émissions et le gaspillage ; n'accepter qu'avec prudence ce qui améliore le bilan carbone mais dégrade d'autres équilibres fondamentaux. Une politique adulte des biocarburants avancés repose sur une sélectivité rigoureuse : priorité aux résidus, aux déchets, aux flux sous-valorisés ; prudence extrême sur les monocultures dont le bon bilan apparent masquerait des dégâts lourds. Il ne s'agit pas de remplacer le fétichisme du pétrole par le fétichisme de la biomasse ; il s'agit de construire une transition ordonnée, lucide sur ses gains comme sur ses limites.

Le biokérosène : quand l'éthanol vise aussi le ciel

Les biocarburants ne concernent pas uniquement la route. L'aviation travaille depuis plusieurs années sur les SAF (Sustainable Aviation Fuels), des carburants durables compatibles avec les moteurs et les infrastructures aéroportuaires existants. Parmi les voies de production les plus prometteuses, la filière ATJ (Alcohol-to-Jet) consiste à convertir de l'éthanol en kérosène de synthèse. Le procédé — déshydratation, oligomérisation, hydrogénation, séparation — repose sur des briques technologiques déjà éprouvées individuellement à l'échelle industrielle. Le carburant obtenu est certifié pour un mélange jusqu'à 50 % avec le kérosène classique.

C'est ici que le Brésil reprend un rôle central. Premier producteur mondial d'éthanol de canne à sucre, il dispose d'un avantage structurel considérable pour alimenter cette filière. Le gouvernement brésilien a lancé en 2023 le programme ProBioQAV, avec un mandat d'incorporation de SAF passant de 1 % en 2027 à 10 % en 2037. Petrobras étudie la construction d'une unité ATJ à la raffinerie de Paulínia d'une capacité de 10 000 barils par jour, tandis que Raízen a obtenu la certification internationale ISCC CORSIA pour l'éthanol produit à Piracicaba, le rendant éligible à la production de carburant aviation durable. Des études estiment que le biokérosène ATJ produit au Brésil pourrait coûter environ 31 % moins cher que le SAF actuellement commercialisé aux États-Unis.

En Europe, le règlement ReFuelEU Aviation impose un calendrier d'incorporation obligatoire : 2 % dès 2025, 6 % en 2030, 20 % en 2035, jusqu'à 70 % en 2050. La filière reste embryonnaire — fin 2025, la production mondiale plafonnait à environ 2 millions de tonnes, moins de 1 % de la consommation de kérosène, à un coût trois fois supérieur au fossile. Mais l'essentiel est ailleurs : la filière ATJ démontre que la même molécule d'éthanol qui peut réduire la dépendance pétrolière sur la route peut aussi attaquer celle de l'aviation. Ce qui se construit pour le ciel confirme que les biocarburants ne sont pas une impasse technologique, mais un champ en expansion — et que la France aurait tout intérêt à en faire un levier transversal de souveraineté énergétique.

Décider, enfin

Si l'on admet qu'une partie de la dépendance aux hydrocarbures peut être réduite rapidement, qu'il existe des ressources mobilisables, des technologies disponibles, des infrastructures compatibles et des exemples étrangers probants, alors le blocage n'est plus technique. Il est politique.

Depuis des décennies, la France traite les carburants comme un prolongement automatique du marché mondial. On importe, on raffine, on distribue, on taxe, on compense parfois lorsque les prix explosent, puis l'on recommence. À aucun moment les carburants liquides n'ont été pensés comme un champ de reconquête stratégique comparable à l'électricité nucléaire. C'est cette absence de doctrine qu'il faut rompre.

Une politique sérieuse devrait assumer un principe simple : tout litre fossile substituable à court terme est un gain stratégique. Accélérer la conversion de la partie essence du parc. Organiser une montée en puissance industrielle du bioéthanol de deuxième génération. Structurer une filière de biodiesel avancé concentrée sur les gisements pertinents. Articuler cette production nationale avec des importations ciblées et contractualisées. Faire des outre-mer le lieu où la France prouve qu'elle sait encore décider vite lorsqu'un enjeu stratégique et social l'exige.

Pourquoi la France, qui a su prendre une décision historique pour sécuriser son électricité, continue-t-elle de traiter les carburants comme un angle mort de la souveraineté ? Pourquoi une doctrine nationale du carburant n'a-t-elle jamais été pensée avec la même intensité que la doctrine nucléaire ? La réponse tient sans doute au poids des intérêts installés, aux habitudes intellectuelles, à la fragmentation administrative, à la fascination pour les grands récits technologiques, à l'abandon de l'idée même de planification, et à une forme d'hubris qui conduisait à ignorer les solutions ne venant pas du monde occidental. Mais aucune de ces raisons ne suffit plus.

Le véritable scandale n'est pas que la solution soit imparfaite. Le véritable scandale est qu'elle soit visible, praticable, partiellement disponible, et qu'elle continue d'être reléguée au second plan. Comme si, dans ce pays, l'on préférait toujours les transitions lointaines aux substitutions immédiates, les promesses à trente ans aux décisions à six mois, les récits grandioses aux changements opérants. Or une nation sérieuse ne choisit pas entre le long terme et le court terme : elle articule les deux.

La France ne manque pas de solutions ; elle manque d'une volonté de les articuler. Elle ne manque pas de technologies ; elle manque d'un cap. Elle ne manque pas de discours sur la transition ; elle manque d'une stratégie du commencement. Si la France veut réduire sa dépendance aux hydrocarbures, elle n'a pas à attendre un monde parfait ni une technologie miracle. Une partie de la réponse existe déjà. La seule question qui demeure est la plus simple, et la plus politique de toutes : veut-elle enfin s'en servir ?

Version audio :
https://www.fpop.media/langle-mort-de-la-souverainete-francaise-ce-que-la-france-a-oublie-de-faire-pour-ses-carburants

"LES ÉTATS-UNIS ÉTAIENT UN MODÈLE POUR LES NAZIS"

 

"Trump est au fond intéressant à bien des égards parce qu'il nous rappelle déjà cette histoire sordide des États-Unis qui est un État d'extermination génocidaire, qui est un État d'esclavage, un État de colonisation, un État de ségrégation qui n'est pas du tout ce que les États-Unis ont donné à voir eux-mêmes dans le cadre post-1945 du plan Marshall."



Cinquième opus du désormais célèbre abécédaire de Johann Chapoutot, nous allons en compagnie de l’historien voyager en Europe, en Asie et pousser par une instructive escale aux USA, histoire de mesurer l’influence des nazis et leurs sources d’inspiration du côté des lois raciales américaines.

Le Reich était à la fois le royaume et le règne d’Hitler et des nazis. De la nuit des longs couteaux à celle de Cristal, R comme Reich nous apprend à découvrir comment le langage a fondé l’épopée nazie. Avec S comme Science, nous entrons dans les délires scientistes sur lesquels reposent la pensée nazie et l’invention d’une race germanique. On y croise Josef Mengele, Kant et les champions de l’eugénisme. Trump (Donald) fait ici son irruption dans l’abécédaire. Johann Chapoutot énumère , à partir de l’évocation de son nom, tous les points communs entre l’histoire américaine et l’Allemagne hitlérienne : État génocidaire, esclavagisme, colonisation, ségrégation et racisme avec cette particularité qui en dit long sur l’horreur des lois raciales américaines qui voulait qu’une seule « goute de sang » impur qualifie le noir américain en sous race. « Même les juristes nazis trouvaient que la Cour suprême américaine allait trop loin à l’époque » explique l’historien. La vidéo s’achève (temporairement) avec U comme Untermensch. Pas de nazisme sans un partage de la société entre des hommes et des sous-hommes…



Le monde selon Gaza


Nous avons des ennemis. Pas en Palestine ni au Liban ni en Iran. Ils sont parmi nous. Ils contrôlent nos vies. Traîtres à nos idéaux, à notre pays qui rêvent d’un monde d’esclaves & de dominateurs.



par Chris Hedges


Gaza n’est qu’un début. Le nouvel ordre mondial est un monde où les faibles sont anéantis par les forts, où l’État de droit n’existe pas, où le génocide est un instrument de contrôle et où triomphe la barbarie.

La guerre contre l’Iran et l’anéantissement de Gaza ne sont que le début. Bienvenue dans le nouvel ordre mondial. L ’ère de la barbarie technologiquement avancée. Il n’y a pas de règles pour les puissants, seulement pour les faibles. Opposez-vous aux puissants, refusez de vous plier à leurs exigences arbitraires, et vous serez bombardés de missiles et de bombes.

Les hôpitaux, les écoles primaires, les universités et les immeubles d’habitation sont réduits en ruines. Médecins, étudiants, journalistes, poètes, écrivains, scientifiques, artistes et dirigeants politiques — y compris les chefs des équipes de négociation — sont assassinés par dizaines de milliers par des missiles et des drones tueurs.

Les ressources sont ouvertement volées, comme le savent les Vénézuéliens. Comme en Palestine, la nourriture, l’eau et les médicaments sont transformés en armes.

Qu’ils mangent de la terre.

Les organismes internationaux, comme les Nations unies, ne sont plus que des parodies, de vains appendices d’une autre époque. Le caractère sacré des droits individuels, des frontières ouvertes et du droit international a disparu. Les dirigeants les plus dépravés de l’histoire de l’humanité, ceux qui ont réduit des villes en cendres, ont poussé des populations captives vers des lieux d’exécution et ont jonché les terres qu’ils occupaient de fosses communes et de cadavres, reviennent se venger.

Ils tiennent les mêmes discours virilistes. Ils crachent les mêmes propos ignobles et racistes. Ils véhiculent la même vision manichéenne du bien et du mal, du noir et du blanc. Ils débitent le même langage infantile de domination totale et de violence débridée.

Des clowns tueurs. Des bouffons. Des idiots. Ils se sont emparés des leviers du pouvoir pour mettre en œuvre leurs visions folles et caricaturales, tout en pillant l’État pour s’enrichir.

“Après avoir été témoins de meurtres de masse barbares planifiés, exécutés et approuvés pendant des mois par des personnes qui leur ressemblent beaucoup, les présentant comme une nécessité collective, légitime et même humaine, des millions de gens se sentent désormais mal à l’aise face au monde”, écrit Pankaj Mishra dans The World After Gaza. “On ne saurait trop insister sur le choc provoqué par cette nouvelle confrontation à un fléau typiquement moderne, qui, à notre époque, n’est plus le fait d’individus psychopathes, mais de dirigeants et de citoyens de sociétés riches et prétendument civilisées. Il en va de même pour l’abîme moral auquel nous sommes confrontés”.

Les opprimés ne sont que sont des marchandises, des biens à exploiter pour le profit ou le plaisir. Les dossiers Epstein révèlent la perversité et la cruauté de la classe dirigeante. Libéraux. Conservateurs. Présidents d’université. Universitaires. Philanthropes. Titans de Wall Street. Célébrités. Démocrates. Républicains.

Ils se vautrent dans un hédonisme débridé. Ils fréquentent des écoles privées et bénéficient d’une couverture médicale privée. Ils sont prisonniers de bulles autoréférentielles entretenues par des flagorneurs, des attachés de presse, des conseillers financiers, des avocats, des domestiques, des chauffeurs, des gourous du développement personnel, des plasticiens et des coachs sportifs. Ils résident dans des domaines hautement sécurisés et passent leurs vacances sur des îles privées. Ils voyagent en jets privés et sur des yachts gigantesques. Ils vivent dans une autre réalité, que le journaliste du Wall Street Journal Robert Frank surnomme “Richistan”. Ce monde est un Xanadu privé où ils organisent des bacchanales à la Néron, concluent leurs accords machiavéliques, amassent leurs milliards et rejettent ceux qu’ils exploitent, y compris leurs enfants, comme s’il s’agissait de déchets. Dans ce cercle magique, personne n’a de comptes à rendre. Aucun péché n’est trop dépravé. Ce sont des parasites humains. Ils pillent l’État pour leur profit personnel. Ils terrorisent les “races inférieures de la terre”. Ils anéantissent les derniers vestiges de notre société ouverte.

“La curiosité, la jouissance du processus de la vie, seront anéanties”, écrit George Orwell dans 1984.

“Tous les plaisirs concurrents seront détruits. Mais surtout, Winston, n’oublie jamais que l’ivresse du pouvoir, sans cesse croissante et toujours plus subtile, sera toujours accessible. À chaque instant et en tout lieu, tu ressentiras le frisson de la victoire, cette sensation de piétiner un ennemi impuissant.

“Si tu veux savoir à quoi ressemble l’avenir, imagine une botte piétinant un visage humain — à jamais”.

La loi, malgré quelques initiatives courageuses d’une poignée de juges qui seront bientôt écartés, est un instrument de répression. Le pouvoir judiciaire sert à orchestrer des procès-spectacles. J’ai passé beaucoup de temps dans les tribunaux londoniens à couvrir ce spectacle digne de Dickens lors de la persécution de Julian Assange. Une Loubianka sur la Tamise. Nos tribunaux ne valent pas mieux. Notre ministère de la Justice est une usine à vengeance.

Des voyous masqués et armés envahissent les rues des États-Unis et assassinent des civils, des citoyens. Les mandarins au pouvoir dépensent des milliards pour transformer des entrepôts en centres de détention et en camps de concentration. Ils prétendent n’y héberger que les sans-papiers et les criminels, mais notre classe dirigeante mondiale ment comme elle respire. Nous ne sommes pour eux que de la vermine, soit inconditionnellement et aveuglément soumise, soit criminelle. Rien n’existe entre les deux.

Ces camps de concentration, où les gens disparaissent sans procédure régulière, sont conçus pour nous. Par “nous”, j’entends les citoyens de cette république moribonde. Pourtant, nous regardons, stupéfaits et incrédules, attendant passivement notre propre asservissement.

Qui ne va pas tarder.

La barbarie en Iran, au Liban et à Gaza ressemble à celle à laquelle nous sommes confrontés chez nous. Ceux qui commettent le génocide, les massacres et la guerre non provoquée contre l’Iran sont aussi ceux qui démantèlent nos institutions démocratiques.

L’anthropologue et sociologue Arjun Appadurai qualifie cette situation de

“vaste réajustement malthusien mondial” visant à “préparer le monde pour les gagnants de la mondialisation, sans le tapage gênant de ses perdants”.

Oh, disent les critiques, ne soyez pas si pessimiste. Ne soyez pas si négatif. Et l’espoir, alors ? Vraiment, vous exagérez. Ce n’est pas si grave.

Si vous y croyez, c’est que vous faites partie du problème, un rouage involontaire de la mécanique de notre État fasciste en pleine consolidation.

La réalité finira par faire imploser ces fantasmes “pleins d’espoir”, mais à ce stade, il sera trop tard.

Le véritable désespoir ne résulte pas d’une analyse juste de la réalité. Il vient de la capitulation, qu’elle soit due au fantasme ou à l’apathie, face à un pouvoir malveillant. Le véritable désespoir, c’est l’impuissance. Et la résistance, la véritable résistance, même si elle est presque certainement vouée à l’échec, c’est l’autonomisation. Elle confère de l’estime de soi, de la dignité et de l’autonomie. C’est l’unique action susceptible d’utiliser le mot “espoir”.

Les Iraniens, les Libanais et les Palestiniens savent qu’il est vain d’espérer apaiser ces monstres. Les élites mondiales ne croient en rien. Elles ne ressentent rien. On ne peut pas leur faire confiance. Elles présentent tous les traits fondamentaux des psychopathes : un charisme superficiel, de la mégalomanie, de l’égocentrisme, un besoin de stimulation constante, un penchant pour le mensonge, la tromperie, la manipulation, et une incapacité à éprouver du remords ou de la culpabilité. Elles méprisent les vertus que sont l’empathie, l’honnêteté, la compassion et le sacrifice de soi, qu’elles considèrent comme des faiblesses. Elles vivent selon le credo “Moi. Moi. Moi. Moi. Moi”.

“Que des millions d’individus partagent les mêmes vices ne fait pas de ces vices des vertus, que des millions d’individus commettent les mêmes erreurs ne fait pas de ces erreurs des vérités, et que des millions d’individus présentent les mêmes formes de pathologie mentale ne fait pas d’eux des personnes saines d’esprit”, écrit Erich Fromm dans The Sane Society.

Nous sommes témoins de ce fléau depuis près de trois ans à Gaza. Il a désormais cours au Liban et en Iran. Ce même Mal est cautionné ou dissimulé par les dirigeants politiques et les médias.

Le New York Times a envoyé une note interne à ses journalistes et rédacteurs leur demandant d’éviter les termes “camps de réfugiés”, “territoire occupé”, “nettoyage ethnique” et, bien sûr, “génocide” s’ils écrivent sur Gaza, dans un passage rappelant étrangement l’univers d’Orwell.

Ceux qui osent nommer et dénoncer ce Mal sont calomniés, blacklistés et purgés des campus universitaires et de la sphère publique. Ils sont arrêtés et expulsés. Un silence assourdissant s’abat sur eux, ce silence propre à tous les États autoritaires. Si vous manquez à votre devoir d’encourager la guerre contre l’Iran, votre licence de diffusion sera révoquée, comme l’a proposé le président de la Commission fédérale des communications (FCC), Brendan Carr.

Nous avons des ennemis. Ils ne sont pas en Palestine. Ni au Liban. Ni en Iran. Ils sont ici. Parmi nous. Ils contrôlent nos vies. Ce sont des traîtres à nos idéaux. Ce sont des traîtres à notre pays. Ils rêvent d’un monde d’esclaves et de dominateurs. Gaza n’est que le début. Le mécanisme de régulation interne n’existe pas. Nous pouvons soit faire obstruction, soit capituler.

Voilà les seules options qui nous restent.

https://ssofidelis.substack.com/p/le-monde-selon-gaza

Traduit par Spirit of Free Speech



samedi 4 avril 2026

Les ramifications du monde bouddhiste avec Epstein


A droite : Epstein et le célèbre moine bouddhiste Matthieu Ricard


Alain Escada rappelle les ramifications du monde bouddhiste avec Epstein dans une vidéo  intitulée : "Epstein cachait un SECRET bien plus SOMBRE qu'on ne peut l'imaginer" (à partir de 42:30).

Dans cette vidéo Alain Escada et Mike Borowski discutent de l’implication des réseaux Rothschild et Epstein dans les structures de pouvoir mondiales.



Le siège parisien de la banque Edmond de Rothschild a récemment fait l’objet d’une perquisition en présence de sa présidente, Arianne de Rothschild. Cette opération judiciaire, passée sous silence par la majorité des grands médias, concerne une enquête sur Fabrice Edan. Ce diplomate franco-israélien, proche du pouvoir, est au cœur d'un scandale mêlant haute diplomatie et réseaux de corruption internationale.

Dès 2013, le FBI et les services de sécurité de l’ONU auraient alerté le ministère français des Affaires étrangères sur les activités de Fabrice Edan. L'homme aurait été identifié comme un consommateur régulier de sites pédopornographiques depuis les ordinateurs des Nations Unies. Pourtant, au lieu d'une radiation immédiate, l’administration française a simplement exigé sa démission discrète, lui permettant de poursuivre sa carrière comme lobbyiste international pour le groupe Rothschild.

Les documents déclassifiés par la justice américaine révèlent que Fabrice Edan aurait transmis des documents confidentiels du Conseil de sécurité de l’ONU directement à Jeffrey Epstein. Ces révélations suggèrent que le réseau Epstein n'était pas seulement une affaire de mœurs, mais une véritable structure de trahison diplomatique. Le système semble avoir utilisé le chantage et la compromission pour infiltrer les plus hautes sphères de l’État et de la finance mondiale.

L’influence d'Epstein s’étendait également au monde scientifique, où il aurait financé plusieurs Prix Nobel pour soutenir des projets de clonage et d'eugénisme. Des liens étroits entre la famille Rothschild, le Mossad et des figures de l'occultisme comme Marina Abramovic dessinent les contours d'une matrice oligarchique aux rituels sombres. Sur l'île privée du milliardaire, l'horreur physique servait de ciment à une caste qui se croit au-dessus des lois humaines.

Comment un diplomate identifié par le FBI a-t-il pu bénéficier d’une telle impunité au sein de la République ? Quels secrets compromettants les documents déchiquetés après la mort d'Epstein visaient-ils à protéger ? La perquisition chez Rothschild marque-t-elle le début d'un effondrement systémique ou une simple manœuvre de diversion pour sauver l'essentiel de l'oligarchie ?



ASSERVISSEMENT





De la déshumanisation sociétale à l’esclavage numérique


C’est le génie d’Internet, nouvelle voie initiatique, comme je disais dans mon livre il y a vingt ans déjà. On crée une chaîne d’intelligences (dont a parlé Nerval…) à travers le monde, de gens qui ne se connaissent que par leurs idées. C’est ainsi que Vincent Held m’a contacté, parce que nous surfons sur la même vague rebelle qui rend fous les présumés patrons de cette planète obtuse. Il y a ceux qui rêvent d’organiser et ceux qui ne veulent pas rentrer dans un camp, avec vaccin, badge 5G et conditionnement médiatique. 

Le grand recueil de Vincent mérite lecture et relecture ; nous sommes en effet entrés dans une telle horreur politique, technologique, monétaire et médicale, dans un tel retournement satanique des valeurs que sa lecture en est éprouvante et mérite un deuxième examen, suivi de beaucoup d’autres. La question que je me pose en le relisant est bien sûr : comment en sommes-nous arrivés là ? Car je ne compte pas que nous en sortions, étant bien trop expert – comme Vincent d’ailleurs – en propagande et machine à lessiver le cerveau des peuples. Certains des auteurs ès-propagande que cite Vincent au début du livre, je les lis et commente depuis quarante ans, alors…

Mon éducation est surtout littéraire et historique. C’est donc chez les écrivains que j’ai pris conscience de mes valeurs morales. Et la liberté si chère à nos démocraties totalitaires, j’ai compris qu’on ne la comprenait qu’après la révolution française, chose monstrueuse comme la mondialiste actuelle, qui ne fit que nous priver de nos libertés au nom de la liberté, comme disait Cochin. C’est donc par les auteurs du dix-neuvième siècle que je vais essayer, à la demande de Vincent, d’expliquer comment nous en sommes arrivés là – à la situation que décrite dans un livre qui pourrait hélas en remontrer à Stephen King ou même à Lovecraft. 

La facilité avec laquelle s’installe l’horreur techno-mondialiste nécessite un rappel historique. La dictature pseudo-médicale est liée à l’ascension prodigieuse de l’État moderne. De grands penseurs très différents l’ont dénoncé cet État moderne : Marx, les anarchistes français (génial Proudhon…), Tocqueville. Mais quand on sait sur quoi ont débouché marxisme et libéralisme, on comprendra pourquoi je ne propose jamais de solution. Ma solution c’est « fly you fools » dans la caverne de la Moria de Tolkien. C’est d’ailleurs pour cela que j’ai publié plusieurs livres sur Tolkien, et qui tournent autour de cette question : comment les gens libres du monde traditionnel ou les re belles du monde moderne peuvent-ils échapper à l’horreur du totalitarisme postmoderne occidental ? Le grand traditionaliste Coomaraswamy a écrit : 

« …le gouvernement traditionnel de l’Inde est bien moins centralisé et bien moins bureaucratique que n’importe quelle forme de gouvernement connue des démocraties modernes. On pourrait même dire que les castes sont la citadelle d’un gouvernement autonome bien plus réel que ce qu’on pourrait réaliser par le décompte de millions de voix prolétaires. Dans une très large mesure, les diverses castes coïncident avec les corps de métier. » 

Correspondant de Guénon, Coomaraswamy est alors proche des derniers grands écrivains catholiques Chesterton ou Bernanos. Son fils chirurgien a d’ailleurs écrit un livre contre Vatican II. Et on voit que le paganisme de l’Église romaine débouche sur son acquiescement au totalitarisme mon dialiste sous le pontificat de l’autre. Je recommanderai aussi la lecture du jeune historien Johann Chapoutot qui établit le lien entre management et nazisme, cette machine coloniale à organiser pour dépeupler et contrôler. 

La France est à la tête du totalitarisme néo dans le monde, et Macron a succédé au prince-président dont a génialement a parlé Hugo dans Napoléon le Petit. La France a toujours été à l’avant-garde de la tyrannie étatiste. Lisez Taine (le tome cinquième de sa France contemporaine) à ce sujet, l’Ancien Régime de Tocqueville, et même mon livre Le coq hérétique, publié en 1997, qui eut de nombreuses recensions en Angleterre… et en France. 

Un qui en a bien parlé c’est Marx dans son Dix-Huit Brumaire

« On se rend compte immédiatement que, dans un pays comme la France, où le pouvoir exécutif dispose d’une armée de fonctionnaires de plus d’un demi-million de personnes et tient, par conséquent, constamment sous sa dépendance la plus absolue une quantité énorme d’intérêts et d’existences, où l’État enserre contrôle, réglemente, surveille et tient en tutelle la société civile, depuis ses manifestations d’existence les plus vastes jusqu’à ses mouvements les plus infimes, de ses modes d’existence les plus généraux jusqu’à la vie privée des individus, où ce corps parasite, grâce à la centralisation la plus extraordinaire, acquiert une omniprésence, une omniscience une plus rapide capacité de mouvement et un ressort, qui n’ont d’analogues que l’état de dépendance absolue, la difformité incohérente du corps social, on comprend donc que, dans un tel pays, l’Assemblée nationale, en perdant le droit de disposer des postes ministériels, perdait également toute influence réelle, si elle ne simplifiait pas en même temps l’administration de l’État, ne réduisait pas le plus possible l’armée des fonctionnaires et ne per mettait pas, enfin, à la société civile et à l’opinion publique, de créer leurs propres organes, indépendants du pouvoir gouvernemental. »

Aujourd’hui cette armée de fonctionnaires, encore un peu pseudo-grévistes dans les années 90, se mettent goulument au service de la dictature cléricale et médicale de Macron. Le régime reste bourgeois et Marx explique pourquoi il y a cent-cinquante ans : 

« Mais l’intérêt matériel de la bourgeoisie française est précisément lié de façon très intime au maintien de cette machine gouvernementale vaste et compliquée. C’est là qu’elle case sa population superflue et complète sous forme d’appointements ce qu’elle ne peut encaisser sous forme de profits, d’intérêts, de rentes et d’honoraires. D’autre part, son intérêt politique l’obligeait à aggraver de jour en jour la répression, et, par conséquent, à augmenter les moyens et le personnel du pouvoir gouvernemental, tandis qu’en même temps il lui fallait mener une guerre ininterrompue contre l’opinion publique, mutiler et paralyser jalousement les organes moteurs indépendants de la société, là où elle ne réussissait pas à les amputer complètement. C’est ainsi que la bourgeoisie française était obligée, par sa situation de classe, d’une part, d’anéantir les conditions d’existence de tout pouvoir parlementaire et, par conséquent aussi, du sien même, et, d’autre part, de donner une force irrésistible au pouvoir exécutif qui lui était hostile. » 

Entre le lumpenprolétariat (la bohème de Marx, racailles d’aujourd’hui, suppôt du pouvoir rose-brun), la population superflue et l’ordre bourgeois, on conçoit que la France est mal partie pour réagir. Marx ajoute dans le même élan :

« Napoléon acheva de perfectionner ce mécanisme d’État. La monarchie légitime et la monarchie de Juillet ne firent qu’y ajouter une plus grande division du travail, croissant au fur et à mesure que la division du travail, à l’intérieur de la société bourgeoise, créait de nouveaux groupes d’intérêts, et, par conséquent, un nouveau matériel pour l’administration d’État. Chaque intérêt commun fut immédiate ment détaché de la société, opposé à elle à titre d’intérêt supérieur, général, enlevé à l’initiative des membres de la société, transformé en objet de l’activité gouvernementale, depuis le pont, la maison d’école et la propriété communale du plus petit hameau jusqu’aux chemins de fer, aux biens nationaux et aux universités La république parle mentaire, enfin, se vit contrainte, dans sa lutte contre la révolution, de renforcer par ses mesures de répression les moyens d’action et la centralisation du pouvoir gouvernemental » 

J’ai déjà cité cette phrase prodigieuse, alors je la répète : 

« Toutes les révolutions politiques n’ont fait que perfectionner cette machine, au lieu de la briser. Les partis qui luttèrent à tour de rôle pour le pouvoir considérèrent la conquête de cet immense édifice d’État comme la principale proie du vainqueur. » 

Aujourd’hui la machine se met au service du techno-mondialisme, des GAFAM, de l’écologisme malthusien, de Davos. La suite avec Tocqueville : lui a décrit la triomphe de l’État et de sa bourgeoisie un peu comme Guénon dans Autorité spirituelle et pouvoir temporel. Tocqueville décrit déjà distanciation et isolement, et fin de la patrie :

« Je veux imaginer sous quels traits nouveaux le despotisme pourrait se produire dans le monde : je vois une foule innombrable d’hommes semblables et égaux qui tournent sans repos sur eux-mêmes pour se procurer de petits et vulgaires plaisirs, dont ils emplissent leur âme Chacun d’eux, retiré à l’écart, est comme étranger à la destinée de tous les autres : ses enfants et ses amis particuliers forment pour lui toute l’espèce humaine ; quant au demeurant de ses concitoyens, il est à côté d’eux, mais il ne les voit pas ; il les touche et ne les sent point; il n’existe qu’en lui-même et pour lui seul, et s’il lui reste encore une famille, on peut dire du moins qu’il n’a plus de patrie. »

Au-dessus de cette meute, l’État qui n’a pas attendu nos commentateurs télé pour découvrir qu’il faut maintenir les Français dans l’enfance (il faudra un jour comprendre qu’on n’était pas beaucoup plus libres avant le coronavirus) : 

« Au-dessus de ceux-là s’élève un pouvoir immense et tutélaire, qui se charge seul d’assurer leur jouissance et de veiller sur leur sort. Il est absolu, détaillé, régulier, prévoyant et doux. Il ressemblerait à la puissance paternelle si, comme elle, il avait pour objet de préparer les hommes à l’âge viril ; mais il ne cherche, au contraire, qu’à les fixer irrévocablement dans l’enfance ; il aime que les citoyens se réjouissent, pourvu qu’ils ne songent qu’à se réjouir. Il travaille volontiers à leur bonheur ; mais il veut en être l’unique agent et le seul arbitre ; il pourvoit à leur sécurité, prévoit et assure leurs besoins, facilite leurs plaisirs, conduit leurs principales affaires, dirige leur industrie, règle leurs successions, divise leurs héritages ; que ne peut-il leur ôter entièrement le trouble de penser et la peine de vivre ? » 

On répète car c’est magnifique : que ne peut-il leur ôter entièrement le trouble de penser et la peine de vivre ? 

Et bien c’est fait avec le vaccin et la télé et la grande confiscation de l’année prochaine. Tocqueville ajoute : 

« Après avoir pris ainsi tour à tour dans ses puissantes mains chaque individu, et l’avoir pétri à sa guise, le souverain étend ses bras sur la société tout entière ; il en couvre la surface d’un réseau de petites règles compliquées, minutieuses et uniformes, à travers lesquelles les esprits les plus originaux et les âmes les plus vigoureuses ne sauraient se faire jour pour dépasser la foule ; il ne brise pas les volontés, mais il les amollit, les plie et les dirige; il force rarement d’agir, mais il s’oppose sans cesse à ce qu’on agisse ; il ne détruit point, il empêche de naître; il ne tyrannise point, il gêne, il comprime, il énerve, il éteint, il hébète, et il réduit enfin chaque nation à n’être plus qu’un troupeau d’animaux timides et industrieux, dont le gouvernement est le berger. »

J’ai déjà parlé de l’hébétude, mot repris par Baudrillard dans sa Guerre de Troie et subtilement commenté par Mgr Gaume : c’est la fin de l’intelligence du baptême et l’abrutissement esclave, celui que vous et moi, rebelles impuissants, constatons autour de nous. Le rebelle découvre alors que lui aussi n’est pas libre sur le terrain…

Tocqueville explique la vraie raison de notre stupide soumission : 

« Chaque individu souffre qu’on l’attache, parce qu’il voit que ce n’est pas un homme ni une classe, mais le peuple lui-même, qui tient le bout de la chaîne. Dans ce système, les citoyens sortent un moment de la dépendance pour indiquer leur maître, et y rentrent. » Ce qui nous arrive était écrit, comme dirait un beau rebelle arabe dans Lawrence d’Arabie, tourné près de chez moi en Andalousie. Faites attention, l’État mondialiste a toute la technologie pour s’installer, et les « bourreaux volontaires » abondent. Il a son armée de politiciens, de drones, de fonctionnaires et de journalistes hypnotiques, de victimes hébétées. Bonne année à ceux qui veulent vivre et résister. 

Postface du livre de Vincent Held Asservissement par Nicolas Bonnal, journaliste, écrivain, essayiste et blogueur (voir Les Carnets de Nicolas Bonnal sur le site dedefensa.org) 

Sources : 

Nicolas Bonnal – Le coq hérétique (Les Belles Lettres) 

Tocqueville – De la Démocratie en Amérique, volume II, part 4, chap VI 

Marx – Le dix-huit Brumaire 

Chapoutot – Libres d’obéir, nazisme et management 

Nicolas Bonnal – « Coomaraswamy et l’éternel péril occidental » (dedefensaorg)



vendredi 3 avril 2026

Théologie politique américaine : la Bible comme arme


"Ce que nous appelons l'américanisme n'est rien d'autre, si l'on peut dire, que l'esprit juif distillé."



En ce qui concerne la bombe à retardement qui menace le Moyen-Orient et le Golfe, il est trompeur d'attribuer l'entière responsabilité au président Trump ou au Premier ministre israélien Bibi Netanyahou. De nombreux experts du Moyen-Orient négligent un facteur important : la mission que se donnent les Américains, inspirés par la Bible, qui remonte à plus d'un siècle et vise à régénérer le monde — et qui s'applique aujourd'hui en Iran.

Cette mentalité messianique éclaire la situation actuelle non seulement au Moyen-Orient, mais aussi au sein de l'UE et de la classe politique américaine.

Les premiers colons américains se considéraient comme des dissidents oints par Dieu, et leur nouvelle patrie comme un don du dieu juif Yahweh. L'Amérique était présentée comme un nouvel Israël — une Terre promise, un nouveau Canaan pour son peuple élu. Les pèlerins, les colons, et plus tard même les politiciens sécularisés se réclamant des Lumières — tous se considéraient comme un peuple élu qui avait laissé derrière lui une Europe malade, corrompue et déchirée par les conflits tribaux. On pourrait citer le sociologue allemand Werner Sombart dans son ouvrage Les Juifs et le capitalisme moderne (1913, p. 44) :

"Ce que nous appelons l'américanisme n'est rien d'autre, si l'on peut dire, que l'esprit juif distillé."

L'attaque américaine contre l'Iran n'est que la suite logique de cette théologie politique élargie visant à refaire le monde à l'image de l'Amérique. Cette politique inspirée de la Bible, qui frappe aujourd'hui l'Iran, repose sur des idées empruntées à la pensée juive primitive. Les notions de « Cité sur la colline », de « pays de Dieu » et de « Destinée manifeste » s'inspirent toutes de l'Ancien Testament.

L'idée biblique de prédestination a servi aux premiers colons de tremplin pour leur propre conception de l'unicité démocratique. La terre d'Israël biblique était destinée à servir de matrice idéologico-théologique à la vision américaine de la Terre promise, et doit donc être protégé militairement à tout prix aujourd'hui. De plus, pour des millions de chrétiens, la seconde venue de Jésus n'aura pas lieu dans un village des Ozarks ou dans l'arrière-pays croate de Medjugorje, mais uniquement dans la Jérusalem juive.


Différentes variantes de cette envie « d'améliorer » le monde, inspirée par la Bible, sont depuis longtemps au cœur de la politique étrangère américaine, même lorsqu'elles sont habillées d'un langage laïc. Ces impulsions œcuméniques se présentent désormais sous des étiquettes libérales et communistes telles que les droits de l'homme, la lutte contre le mal, la droiture morale, la tolérance et le multiculturalisme.

Les Juifs modernes sont les derniers à blâmer ici, étant donné que des millions de sionistes chrétiens tentent de dépasser et de « surpasser les Juifs » — aspirant, à leur tour, à se transformer en « véritable Israël » (verus Israel). La mentalité chrétienne monothéiste d'amour-haine vis-à-vis des Juifs peut être décrite comme une sorte de névrose. Elle est liée à un système théologique — puis idéologique — qui présuppose une vérité unique tout en excluant toutes les autres. Un système fondé sur un seul dieu jaloux doit, par définition, rejeter tous les autres dieux concurrents — et toutes les vérités rivales.


La guerre contre l'Iran s'inscrit dans le sillage de cette auto-élection politique et de cette exclusion théologique de l'Autre, telles qu'elles sont déjà énoncées dans l'Ancien Testament juif. D'où la diabolisation récurrente des opposants politiques ou religieux dans la politique étrangère américaine : d'abord les Indiens, puis les proverbiaux « nazis » allemands « païens », ensuite les « diaboliques » communistes athées, et plus récemment les « diaboliques » islamistes en Iran. Tous ont été présentés comme des sous-humains ou des terroristes. Et avec les terroristes, bien sûr, on ne négocie pas — ils doivent être éliminés ou, à défaut, rééduqués.

C'est presque un truisme que l'UE fasse profil bas concernant le lien politico-théologique entre les États-Unis et Israël : l'Europe fonctionne comme un vassal américain depuis quatre-vingts ans. L'exemple le plus visible de cette déférence se trouve dans le comportement des politiciens allemands, qui émettent parfois de légères critiques à l'égard des engagements militaires américains, mais ne s'aventurent jamais à critiquer Israël — et encore moins à faire des déclarations critiques sur les Israéliens. L'ancienne chancelière Angela Merkel, en mars 2008, a déclaré dans son discours à la Knesset israélienne :

« Chaque gouvernement fédéral et chaque chancelier avant moi se sont engagés à assumer la responsabilité historique particulière de l'Allemagne envers la sécurité d'Israël. Cette responsabilité historique de l'Allemagne fait partie de la raison d'État (Staatsräson) de mon pays. Cela signifie que la sécurité d'Israël n'est jamais négociable pour moi en tant que chancelière allemande. »

L'Allemagne se distingue comme l'exemple le plus grotesque de cette mimique masochiste. La politique allemande actuelle vis-à-vis de l'engagement militaire américain en Iran évite soigneusement toute critique d'Israël. Craignant d'être qualifiés de fascistes, les politiciens européens sont censés continuer à multiplier les mea culpa antifascistes — sur ordre, pour ainsi dire, de Washington, D.C. et de Tel-Aviv. Dans le même esprit, et dans le cadre de ce que l'on pourrait appeler une politique « d'expiation de l'homme blanc », l'Allemagne et l'ensemble de l'UE sont censés accueillir des réfugiés dits non blancs, tout en mettant constamment en avant leur rôle de « nations coupables » (Tätervolk) historiquement malfaisantes.

La posture conciliante de la classe dirigeante de l'UE face à l'engagement militaire des États-Unis et d'Israël trouve des racines plus profondes. Peu après la Seconde Guerre mondiale, le cercle de réflexion d'obédience néo-communiste connu sous le nom d'École de Francfort — dont de nombreux membres étaient d'origine juive — a joué un rôle clé dans la formation de la nouvelle culture crypto-communiste européenne.

Des vagues de psychanalystes freudo-marxiens américains, majoritairement orientés à gauche et devenus professeurs titulaires, ont afflué en Europe après la guerre, cherchant à remodeler l'esprit européen. À leurs côtés sont arrivés une multitude de prédicateurs hyper-moralistes, inspirés de la Bible, désireux d'imposer le modèle américain de démocratie à la vie publique européenne.

Après les tueries israéliennes à Gaza, la situation pourrait rapidement devenir difficile pour l'identité juive et ses soutiens aux États-Unis. Une sorte de dialectique négative s'est installée. La gauche et les milieux Antifa — contrairement à une droite quasi neutralisée — ont commencé à attaquer Israël et son lobby en des termes de plus en plus durs. Ce n'est guère surprenant. En effet, la gauche, tant aux États-Unis qu'au sein de l'UE, et son acolyte turbulent qu'est le mouvement Antifa, disposent désormais de plus d'espace pour critiquer Israël. Il est difficile de les taxer d'antisémitisme, étant donné qu'ils ont historiquement été influencés par un nombre important d'intellectuels freudo-marxiens.

L'héritage gauchiste se retourne à présent contre ses parrains. Les militants de droite et les nationalistes blancs, quant à eux, ne peuvent pas se permettre ce luxe. Soupçonnés depuis longtemps d'antisémitisme, ils se transforment de plus en plus en caméléons d'Esope — beaucoup redoublent de faux philo-sémitisme, et certains hommes politiques de droite organisent des pèlerinages rituels au Mur des Lamentations à Jérusalem.

Les élites politiques allemandes, pour leur part, tout en mimant le lien américano-israélien, sont allées encore plus loin. Dans leur zèle à afficher des références démocratiques antifascistes et à signaler leur obéissance à Israël, elles rappellent le personnage de la ballade de Goethe, L'Apprenti sorcier. Le jeune apprenti, désireux de se mettre en avant, décide d'imiter les talents de son maître dans la manipulation du balai magique, libérant finalement des forces qu'il ne peut contrôler, causant ainsi sa propre perte :

Balai, ne pourrais-je jamais te calmer ?

Je vais t'attraper,

Te tenir et te frapper,

Et ton vieux bois

Je vais le briser—

Avec une hache bien aiguisée, je te fendrai !

La bonne nouvelle, c'est que le langage public dans l'UE et aux États-Unis, après la frappe conjointe israélo-américaine contre l'Iran, est de moins en moins contraint par les normes woke et politiquement correctes. Aux yeux des grands médias, même des intellectuels autrefois qualifiés de radicaux de droite expriment désormais une critique ouverte d'Israël — chose inimaginable il y a encore quelques années.

Cependant, la mainmise sur la liberté d'expression et la recherche académique demeure. Le président Trump, malgré ses initiatives notables pour démanteler l'agenda DEI inspiré par le communisme et pour dénoncer les élites européennes quant à leur contrôle de la pensée, a probablement été contraint de conclure un accord avec le lobby israélien intérieur, qui l'a poussé dans la campagne malheureuse contre l'Iran.

Contrairement à une croyance largement répandue, la complaisance politique envers Israël — y compris ses compagnons de route parmi des millions de chrétiens fervents attendant l'apparition de Jésus — n'est pas le fruit d'une idéologie violente imposée par une poignée de conspirateurs juifs. En réalité, de longs sentiments de culpabilité inspirés par la Bible avaient déjà créé un terrain fertile pour l'érosion de la liberté de pensée.

Associée à l'illusion d'une croissance capitaliste sans fin, et à l'œcuménisme chrétien du « aime ton prochain non blanc », une croyance s'est installée selon laquelle tout finirait par s'arranger. Ce ne sera pas le cas. Au fond, l'esprit du renoncement chrétien équivaut à une perte de l'Esprit lui-même.

Tomislav Sunic

Vu sur Euro-Synergies.hautetfort.com





Le visage du capitalisme prédateur – Du marquis de Sade à Jeffrey Epstein




Lorsque le gouvernement américain publie des documents politiquement sensibles, le rythme de leur divulgation est dicté par des lois et des délais. Officiellement, cette chorégraphie est présentée comme une preuve de la santé et de la transparence des institutions. Dans le cas des documents liés à l'enquête criminelle qui concerne Jeffrey Epstein, le Congrès a ordonné leur publication, ce que le ministère de la Justice a respecté – mais dans la pratique, il s'agissait d'une divulgation échelonnée.

Fabio Vighi souligne que, à la date limite fixée au 19 décembre 2025, « à peine 1 % des dossiers » avaient été rendus publics, après quoi les informations ont été publiées par lots. « Le résultat final n'a pas été un moment de vérité purificateur, mais une série de révélations – un scandale au compte-gouttes qui a entretenu la colère mais retardé la confrontation ou la résolution réelles. »

Ce rythme lent et provocateur a immédiatement suscité des soupçons quant au timing politique, au contrôle des médias et au calibrage stratégique de l'attention. Vighi affirme qu'il ne s'agit pas principalement de prudence bureaucratique, mais d'un système qui se maintient grâce à un scandale contrôlé : le spectacle de la corruption sert de substitut à la réforme structurelle.

La crise actuelle est marquée par une grave récession socio-économique et un vide spirituel qui l'accompagne, où l'épuisement de la capacité de renouvellement du système engendre les « symptômes pathologiques » mentionnés par Antonio Gramsci : des phénomènes qui ne présagent pas de changement, mais masquent la dégradation sociale.

Selon Vighi, l'investissement libidinal dans ces phénomènes renforce la soumission, « lorsque la rage morale se transforme en lien émotionnel et que la misère collective se renouvelle précisément à travers les spectacles qui semblent la révéler ». Les archives d'Epstein s'inscrivent dans ce paysage morbide, car elles « dramatisent et masquent le déclin systémique d'un seul coup ».

Il ne s'agit même pas seulement des archives d'Epstein, mais « de la trace archivistique d'une civilisation qui s'est systématiquement renouvelée par la violence organisée ». Le capitalisme et l'abus sexuel sont guidés par la même logique de prédation : la capacité à déshumaniser et à exploiter la vulnérabilité dans la recherche du profit.

Dans un tel système, les caractéristiques nécessaires à la réussite d'un milliardaire sont troublantes, car elles sont proches de celles qui permettent le viol, la pédophilie et le génocide. « Le capitalisme ne se contente pas de tolérer les personnalités prédatrices, il les cultive », estime Vighi. Le réseau d'Epstein est une métaphore des relations humaines dans une civilisation mue par la cupidité, révélant la convergence inévitable entre la prédation économique et la prédation sexuelle. Ce qui semble être une exception n'est en fait qu'une « image agrandie des règles du jeu ».

À première vue, les millions de pages de documentation ont quelque chose de l'abondance encyclopédique des transgressions du marquis de Sade – une métaphore renforcée par la copie du roman Justine de Sade sur le bureau d'Epstein à Manhattan ; roman qui raconte l'histoire d'une fillette de 12 ans victime d'abus répétés. Le jet privé Lolita Express, la communauté insulaire et le circuit mondial des victimes mineures véhiculent « l'aura sadienne du libertinage rituel de l'élite ».

Selon Vighi, Epstein représente une mutation post-capitaliste des thèmes sadiens : « l'intégration transparente de l'accumulation économique et de l'exploitation sexuelle dans les modes de fonctionnement habituels des systèmes élitistes ». Il s'agit de la fusion entre la contrainte libidinale et le pouvoir économique dans des réseaux obscurs où les secrets et le capital circulent dans les mêmes cercles fermés.

L'intérêt documenté d'Epstein pour l'eugénisme, le transhumanisme et l'ingénierie sociale étend cette logique d'exploitation vers une dystopie techno-fasciste où la vie elle-même est considérée comme un bien stratégiquement conditionnable. Dans ce contexte, les corps humains deviennent des garanties, les secrets des outils de contrôle et le capital le juge suprême de la visibilité et de la destructibilité.

Ce sont précisément les scandales qui semblent révéler une violence systémique qui dirigent la colère publique vers des monstres individuels et laissent les structures elles-mêmes intactes, stabilisant ainsi l'ensemble du système. « Le spectacle de quelques pommes pourries sert d'alibi moral qui donne l'impression que le système qui les a produites est fondamentalement sain », décrit Vighi.

Dans la phase actuelle de désintégration interne de la civilisation, les institutions élitistes ne cherchent plus à améliorer les conditions collectives, mais se sont spécialisées dans la gestion de la dette excessive, de la stagnation et de la lente érosion. La productivité a perdu son sens réel, la richesse s'accumule dans des instruments financiers à haut risque totalement déconnectés de la production matérielle, et le travail est de plus en plus précaire, structurellement marginal et socialement insignifiant.

Ce qui est particulièrement troublant dans les archives d'Epstein, c'est leur parfaite adéquation avec la situation actuelle déprimante des pays occidentaux. Alors que la crise est devenue le langage de base de l'administration, le scandale est devenu la principale forme d'expression libidinale – « une scène de substitution pour les intensités qui ne circulent plus dans l'espace social vécu ».

Le prédateur hypersexualisé est une figure symbolique centrale d'une époque où le désir, la séduction et l'intimité sexuelle ont été évacués de la vie et externalisés sous forme de pornographie sur les écrans. Les appareils intelligents tuent la libido ; le désir qu'ils ont vidé revient sous forme de rage obsessionnelle qui se concentre sur des images sélectionnées de la débauche de l'élite.

Paradoxalement, les archives d'Epstein confèrent au capitalisme une vitalité feinte qui a déjà disparu de son mode de production. L'indécence n'est pas le fruit du hasard, mais elle est élevée au rang d'infrastructure simulée et omniprésente. Les guerres culturelles, les scandales sexuels, les menaces géopolitiques et les paniques morales forment un « flux de conscience systémique » ininterrompu qui exige un investissement émotionnel constant et repousse la reconnaissance de la dégradation structurelle.

Selon les termes de Jean Baudrillard, les archives circulent comme une pure simulation, totalement déconnectée du quotidien de la plupart des gens. Elles entretiennent l'illusion anesthésiante d'une participation morale, tandis que la dégradation du système reste invisible et inaccessible. Elles produisent des scandales tant pour la gauche que pour la droite, rendant l'indignation politiquement neutre.

Vighi précise que sous le capitalisme d'urgence, le spectacle remplit trois fonctions stabilisatrices : il canalise l'attention (la stagnation est ennuyeuse, le scandale est narrativement parfait), maintient la légitimité (la révélation remplace le changement structurel) et canalise la peur (l'angoisse générale se transforme en panique ciblée).

Il en résulte une perte de mémoire sociale insidieuse. Les cycles de scandales ne choquent plus et ne secouent plus le système, mais le stabilisent. Ils ne sont pas synonymes de catastrophe, mais d'anémie progressive et avancée. Extérieurement, tout semble continuer normalement : les institutions fonctionnent, les élections se succèdent, les marchés réagissent. Intérieurement, cependant, l'organisme social perd peu à peu sa capacité de récupération, son objectif commun et sa foi en un avenir meilleur que le présent.

Cela crée une boucle de rétroaction dans laquelle « un spectacle de plus en plus indécent stabilise une nouvelle norme de plus en plus mûre pour la faillite ». Selon Vighi, la perversion la plus profonde n'est pas le scandale lui-même, mais « sa répétition, qui, à travers le langage institutionnel et les rituels médiatiques, convainc que tout va fondamentalement bien ».

Les gens apprendront-ils à reconnaître ces spectacles comme des symptômes d'un épuisement systémique ? La durabilité idéologique des systèmes en déclin réside dans leur capacité à transformer ce déclin en une série infinie d'événements qui absorbent les émotions. « Le véritable danger n'est pas un effondrement soudain, mais une civilisation qui s'effondre en croyant être toujours viable », conclut Vighi.

Markku Siira


Source : https://markkusiira.substack.com/p/saalistavan-kapitalism...





jeudi 2 avril 2026

Israël : le plus grand allié des djihadistes




Le gouvernement israélien a soutenu Al-Qaïda et le tristement célèbre front al-Nusra affilié à al-Qaïda/affilié à l'ISIS en Syrie pendant la guerre civile syrienne, longtemps après que les deux groupes aient été désignés organisations terroristes étrangères par les États-Unis. Le but de cette alliance était de contrer l'influence iranienne dans la région, que le gouvernement israélien et les terroristes considéraient comme un ennemi.

Au printemps 2015, des journalistes du Wall Street Journal ont révélé qu'Israël avait traité des combattants blessés d'Al-Qaïda et d'Al-Nusra. Une enquête plus approfondie a révélé qu'Israël avait clandestinement financé, armé et fourni la logistique à ces groupes terroristes et à d'autres groupes terroristes islamistes, allant jusqu'à payer les salaires des commandants terroristes. L'un de ces commandants a parlé franchement dans une interview à un journaliste du WSJ :

"Israël s'est tenu à nos côtés de manière héroïque », a déclaré Moatasem al-Golani, porte-parole du groupe rebelle Fursan al-Joulan, ou Chevaliers du Golan. « Nous n'aurions pas survécu sans l'aide d'Israël."

Le groupe le plus tristement célèbre qu'Israël a soutenu à cette époque était le Front al-Nusra, un violent affilié à l'Etat islamique, manifestement lié à des dizaines de meurtres de masse et dirigé par le seigneur de guerre et le nouveau président syrien, Abu Mohammad al-Julani. Julani n'est pas membre de l'Etat islamique aujourd'hui, cependant, le différend actuel avec l'Etat islamique est personnel plutôt qu'idéologique. Julani était un ami proche et allié du commandant de l'Etat islamique Abu Bakr al-Baghdadi au début des années 2010 et leurs groupes respectifs partageaient des armes et des fournitures et se battaient souvent ensemble, y compris un incident en 2013, où les forces de l'EI et d'al-Nusra ont travaillé ensemble sur une campagne de terreur contre les civils kurdes dans le nord de la Syrie. Les deux hommes se sont ensuite disputés sur des ambitions personnelles, ce qui a conduit à une scission formelle entre ISIS et le Front al-Nusra.

Cependant, la relation d'Israël avec l'Etat islamique va bien au-delà d'une alliance militaire stratégique. Israël était - au plus fort du califat de l'Etat islamique - le plus grand acheteur de pétrole provenant des puits de pétrole capturés par l'Etat islamique en Syrie et en Irak, achetant des milliards de dollars de pétrole volé à l'État terroriste par l'intermédiaire d'un réseau de courtiers en pétrole. Curieusement, ni l'OFAC ni le Département d'État n'ont envisagé de sanctions économiques contre les courtiers pétroliers israéliens pour avoir financé le groupe terroriste le plus dangereux de la région.

Mais le soutien israélien à l'Etat islamique va au-delà du financement et de l'armement. Au milieu des années 2010, des experts militaires et des groupes de réflexion israéliens du parti pro-Likoud ont minimisé la menace de l'Etat islamique et ont exhorté les États-Unis à réduire leur guerre contre l'Etat islamique en Irak et en Syrie, tandis que les militants de l'Etat islamique faisaient rage au Levant pour mener une campagne de meurtre de masse contre les chrétiens, les musulmans chiites, les druzes, les Alaïts et les Yézidis. Cette posture amicale envers l'Etat islamique était, comme auparavant, justifiée comme un moyen pour Israël de combattre l'Iran et le Hezbollah.

En 2016, l'analyste de politique étrangère israélienne largement respecté Efraim Inbar a écrit ce qui suit dans un livre blanc au titre choquant : "La destruction de l'État islamique est une erreur stratégique" publié par le Begin-Sadat Center for Strategic Studies à Tel Aviv :

"L'Occident devrait chercher à affaiblir davantage l'État islamique, mais pas sa destruction. Un EI faible mais fonctionnel peut saper l'attrait du califat parmi les musulmans radicaux ; garder les mauvais acteurs concentrés les uns sur les autres plutôt que sur les cibles occidentales ; et entraver la quête de l'hégémonie régionale de l'Iran."

Inbar a continué à blanchir la menace de l'Etat islamique, en écrivant :

"Il est vrai que l'EI a enflammé une immense passion parmi de nombreux musulmans jeunes et frustrés du monde entier, et l'idée du califat a un grand attrait parmi les croyants. Mais la question pertinente est de savoir ce que l'EI peut faire, en particulier dans sa situation actuelle ? Les activités terroristes dont il a récemment pris la responsabilité ont été perpétrées principalement par des loups solitaires qui ont déclaré leur allégeance à l'EI ; elles n'étaient pas dirigées de Raqqa. En soi, EI n'est capable que de subir des dommages limités."

Israël n'a pas participé à la coalition multinationale qui a temporairement démantelé le califat de l'Etat islamique en Irak et en Syrie. Le soutien du gouvernement israélien à la lutte contre l'État islamique a équivau à des mots rassurants. Le gouvernement israélien n'a pas déployé un seul soldat, char ou avion de Tsahal. (Il y a eu plusieurs frappes aériennes israéliennes pendant la guerre dans le sud de la Syrie. Cependant, ceux-ci étaient en fait destinés à des cibles iraniennes, et non à l'État islamique, malgré ce que les rapports de l'époque prétendaient).

À la fin de 2016, l'ancien responsable de la planification des politiques au ministère israélien des Affaires étrangères, Eran Etzion, a admis :

"Israël et ISIS ont tous deux - peut-être étonnamment - démontré des niveaux élevés de retenue l'un envers l'autre. Israël ne fait pas partie de la coalition internationale qui lutte contre l'Etat islamique, et le groupe djihadiste n'a pas encore monté d'attaque sérieuse contre Israël. La rhétorique de l'Etat islamique envers Israël est également limitée en volume et encore moins brutale dans le ton par rapport aux autres ennemis de l'Etat islamique, principalement les musulmans chiites et les régimes arabes."

Tout au long de son existence, l'Etat islamique n'a attaqué Israël qu'une seule fois - une brève escarmouche dans la région contestée du plateau du Golan en 2016 - après quoi l'Etat islamique a rapidement présenté des excuses à l'armée israélienne.

Au cours des années qui ont suivi la défaite ostentatoire de l'Etat islamique et la mort par suicide du commandant de l'Etat islamique al-Baghdadi en 2019, Israël a continué à soutenir les groupes affiliés violents de l'Etat islamique. Récemment, des journalistes israéliens ont révélé que le gouvernement de Netenyahu finançait et armait le clan Hamasha, un gang de drogue pro-ISIS qui opère en Égypte et en Palestine. Interrogé sur son soutien au groupe, Benjamin Netenyahu a répondu "Qu'est-ce qui ne va pas avec ça ?"

En bref, Israël n'est pas un partenaire des États-Unis contre le terrorisme. Le gouvernement israélien a cyniquement utilisé l'Etat islamique et ses groupes affiliés comme outils pour attaquer son plus grand ennemi - l'Iran - et promouvoir la vision de Netanyahu de l'expansion territoriale en Syrie.

LIEN

Le Clan des Vénitiens