dimanche 31 mai 2026

"Les intellectuels juifs comme Edgar Morin étaient des bolcheviks"


Février 2024, le philosophe et sociologue français de 102 ans Edgar Morin a dénoncé l’offensive israélienne sur Gaza.


Le sociologue séfarade Edgar Morin est mort, à l'âge de 104 ans.

Quand j'étudiais de très près le mondialisme avec une grosse loupe, à partir de 2005, j'avais été amené à lire tous ses livres, ainsi que ceux de ses congénères : Bernard-Henri Lévy, Jacques Attali, Alain Finkielkraut, Primo Levi, Daniel Cohn-Bendit, Bernard Kouchner, Alain Minc, Jacques Derrida, Guy Konopnicki, Michel Wiewiorka, et mille autres.

Edgar Morin m'avait frappé par sa capacité à répéter toujours les mêmes choses. Il était un infatigable camelot du mondialisme. Depuis trente ans, il rabâchait sur toutes les ondes et dans tous les journaux les mêmes idées, invariablement, et avec une constance remarquable : apologie d’un monde sans frontières, tolérance, antiracisme, lutte contre les inégalités et tout le bataclan habituel des penseurs planétariens.

"Typiquement juif !", diront certains. Edgar Morin, né Nahoum, est effectivement un membre de la Communauté Médiatique Internationale, celle qui prêche l’amour, la “Paix” et le métissage un peu partout, mais qui refuse pour elle-même toute idée d’assimilation et n’entend pas du tout se métisser avec qui que ce soit.

Edgar Morin était directeur de recherches émérite au CNRS, le Centre national de la recherche scientifique ; vous savez, cette usine à gaz qui permet à des milliers de “chercheurs” de vivre confortablement, agrippés sur le dos des contribuables français. "Penseur trans-disciplinaire et indiscipliné", lit-on au dos de son livre "La Voie" (ça, c’est amusant !) ; docteur honoris causa de vingt-quatre universités à travers le monde. Ce n’est pas rien ! Et pourtant, quand on lit ses livres, on a toujours l’impression d’avoir affaire à une nullité. Comme beaucoup d’autres histrions qui vibrionnent sur nos plateaux de télé, l’homme ne devait son succès, évidemment, qu’à la solidarité communautaire qui anime tous ses petits copains journalistes appartenant au même club que le sien (on parle ici du CNRS).

Dans une vidéo, on le voit derrière le micro de France-Culture avec son ami Stéphane Hessel, l’auteur de la brochure "Indignation", qui se vendait comme des petits pains azymes. L’ashkénaze et le Séfarade se congratulent l’un l’autre pour leur travail remarquable, la finesse de leurs analyses, le justesse de leur vue. Ce sont deux grands génies qui s’expriment.

Notons que, bien que tous les deux juifs, Edgar Morin et Stéphane Hessel sont de grands contempteurs de l’Etat d’Israël. Ils sont en fait tellement juifs et cosmopolites que c’est à peine s’ils reconnaissent à Israël le droit d’avoir un Etat et des frontières. Surtout, ils détestent les racistes et les antisémites, ce qui est bien normal, de leur point de vue. “Morin” y explique qu’il n’a jamais varié sur ses convictions planétariennes : « On a été résistants, ce qui veut dire qu’on avait de grandes aspirations et de grandes espérances. »

Etes-vous plus français que lui ?

On sait que dans leurs livres, de nombreux auteurs cosmopolites commencent souvent par nous dire qu’ils sont français, et pas qu’un peu : français jusqu’aux bout des ongles ; il n’y aurait pas plus français qu’eux. Mais au fil de la lecture, leur prose emporte toujours le lecteur vers l’idée de la disparition des frontières, du métissage généralisé (c’est un discours réservé à l’exportation) et de l’unification mondiale. La volonté d’édifier des sociétés multiculturelles partout dans le monde est chez eux une constante. Qu’ils soient de droite ou de gauche, marxistes ou libéraux, athées ou religieux, sionistes ou antisionistes, ils sont tous bien d’accord sur ce point; ce qui peut donner à penser que le judaïsme serait surtout un projet politique, et la nouvelle cible qu'est l'islam radical ne vient que confirmer le propos.

Dans l’introduction de son livre de 2011 "La Voie", sous-titré "Pour l’avenir de l'humanité", Edgar Morin nous avoue ses préférences : "Tout en me sentant enraciné français, et n’ayant jamais personnellement subi de rejet, je sentais une différence qui me rappelait continûment une presse agressive à l’égard des juifs, des métèques, des émigrés, méprisante envers les Noirs et les Jaunes, ce qui me rangeait du côté des exclus dont je me sentais alors frère." (page 9). Ce type de témoignage correspond d’ailleurs à ce que nous avons l’habitude de lire chez les intellectuels juifs. “Morin” ajoute, sans surprise : « C’est tout naturellement que dans les années tourmentées de l’avant-guerre, je devins sensible aux idées de fraternité internationales." A l’époque, le communisme de “fraternité internationale” avait triomphé en Russie, en piétinant trente millions de cadavres chrétiens, et ce, grâce à tous les petits “Edgar Morin” illuminés par leurs utopies universalistes.

Son engagement dans la Résistance fut évidemment motivé en premier lieu par son combat contre l’antisémitisme. L’amour de la France est ici accessoire, mais très utile pour galvaniser les goys dans le combat contre “le Mal” : "A vingt ans, sous l’occupation nazie, je me suis engagé non seulement pour libérer mon pays, mais dans ce que je croyais être la lutte grandiose pour l’émancipation de l’humanité entière." (page 10). Comme il ne cite aucun fait d’armes où il se serait illustré, on devine qu’il était resté dans les bureaux. En 1945, il était attaché à l’état-major de la première Armée française. L’année suivante, il était chef du bureau “Propagande” au Gouvernement militaire français. C’est effectivement sa spécialité.

Unifier la terre, par tous les moyens

C’est une idée qui revient tout au long de son livre, de manière lancinante. "LaFAO, l’OMC, l’Unesco ne sont que des embryons d’institutions dont pourraient disposer une société-monde", écrit-il (page 19).

Et encore : "De nouvelles diversités sont en germe ou en formation dans le devenir métissé de l’humanité." (page 54). Il faut "chercher à faire de nos différences (ethniques, raciales, culturelles, économiques) une richesse, et non un appauvrissement." (page 200).

Ca n’arrête pas !

Comme il sait bien que la mondialisation n’a entraîné jusqu’à présent que des malheurs, “Morin” utilise un subterfuge pour faire avaler la pilule à son lecteur un peu naïf : "La globalisation, écrit-il, constitue le pire qui soit advenu à l’humanité."

Voilà qui nous rassure. Mais il ajoute immédiatement : "Il faut dire également qu’elle en constitue le meilleur. Le meilleur est qu’il y ait désormais interdépendance accrue de chacun et de tous, nations, communautés, individus, sur la planète Terre, que se multiplient symbioses et métissages culturels en tous domaines." Et c’est reparti ! : "Le meilleur est que les menaces mortelles et les problèmes fondamentaux créent une communauté de destin pour l’humanité entière." (pages 29, 30).

On doit aussi comprendre que le métissage et l’unification mondiale sous la férule d’on ne sait quelle “hyper-classe”, serait aussi une garantie pour la liberté et l’indépendance des peuples. C’est encore une idée paradoxale, mais on sait que les intellectuels juifs aiment manier le paradoxe. Edgar Morin envisage ainsi "La Terre comme patrie sans que celle-ci nie les patries existantes, mais au contraire, les englobe et les protège." Il est malin comme un singe, Edgar !

Il faudra tout de même faire attention, car les "ennemis de l’humanité" sont tapies dans tous les recoins et attendent leur heure. On reconnaît l’inversion accusatoire, classique chez l’intellectuel juif : "Les barbares, ennemis d l’humanité, sont aujourd’hui en activité éruptive." (page 29).

Voyez encore les manières de ce camelot ambulant pour nous vendre son élixir miraculeux. Il y a certes un risque, prévient-il, mais ce que nous avons à y gagner n’est rien moins que la “Paix” universelle et la prospérité :

"Ainsi, la mondialisation est à la fois le meilleur (la possibilité d’émergence d’un monde nouveau et le pire (la possibilité d’autodestruction de l’humanité). Elle porte en elle des périls inouïs ; elle porte aussi en elle des chances inouïes. Elle porte en elle la probable catastrophe ; elle porte aussi en elle l’improbable mais donc possible espérance." (page 30). Nous avons ici toute l’eschatologie juive exprimée en une seule phrase.

A l’instar de ses congénères, Edgar Morin entend nous faire croire que le “gouvernement mondial” serait maintenant une nécessité, même s’il prend soin de ne jamais utiliser ce terme, de crainte de choquer son lectorat :

"Il y a contradiction, dit-il, entre les souverainetés nationales, encore absolues, et la nécessité d’autorités supra-nationales pour traiter les problèmes vitaux de la planète." (page 30).

Quel que soit le problème, notre camelot nous apporte la solution. Les difficultés des éleveurs bretons ou des céréaliers de la Beauce ? Il faut un gouvernement mondial. La pollution atmosphérique au-dessus de Pékin ? Il faut un gouvernement mondial. Le trou dans la couche d’ozone ? Il faut un gouvernement mondial, etc.

Ecoutons parler l’oracle : "Le problème de l’agriculture est un problème planétaire indissociable de ceux de l’eau, de la démographie, de l’urbanisation, d écologie (changements climatiques)…" (page 210).

Le syndicalisme ? "Les accords-cadres mondiaux sont les précurseurs d’une mondialisation du dialogue social où seraient énoncés les droits et intérêts des travailleurs organisés en fédérations syndicales de compétence mondiale." (page 249).

Edgar Morin est aussi très généreux avec les déshérités du tiers-monde : "L’accès à la médecine et le droit à la santé devraient être inscrits parmi les droits humains fondamentaux et intégrés parmi les problèmes majeurs de la politique internationale." (page 180).

En clair, on prendra le pognon dans la poche des Blancs, et on le distribuera partout sur la planète. Ensuite, on organisera une grande fête… au siège du gouvernement mondial.

La Paix sur terre

Pour parvenir à instaurer la “paix” sur terre (shalom), une paix qui devra être absolue, universelle et définitive, il faut araser toutes les différences entre les hommes : supprimer les frontières, détruire les races, les nations et tous les particularismes. A une autre époque, les intellectuels juifs comme Edgar Morin étaient des bolcheviks (Marx, Trotsky, Lukacs, etc.), qui eux aussi, rêvaient d’un monde parfait, où il n’y aurait plus de différences entre les hommes, plus de classes sociales : ce fut le plus grand massacre de l’histoire de l’humanité, après la révolution chinoise 
(1).

Pareillement, les féministes, du type d’Elisabeth Badinter et de quelques autres, entendent aplanir les différences entre les sexes. Là encore, Edgar Morin signe son appartenance :

"L’homme porte en lui des potentialités féminines occultées ou inhibées, écrit-il, comme la femme porte en elle des potentialités masculines occultées ou inhibées." (page 260). Il y a du "féminin dans le masculin" et du "masculin dans le féminin". Mais notre sociologue n’a pas osé ici pousser plus loin, comme l’avait fait la Badinter, qui elle, envisage "l’homme enceint" !

La destruction de la famille patriarcale fait aussi partie du programme. Edgar Morin balance ici le petit couplet habituel sur l’homosexualité : "Les couples homosexuels, masculins ou féminins, assument pleinement la qualité de père et de mère." (page 280).

A la fin de son ouvrage, “Morin” nous redit une fois encore ses convictions planétariennes : "Chacun peut aujourd’hui agir pour l’humanité… et s’inscrire en elle comme citoyen de la Terre-Patrie." (page 277). Et c’est le même gus qui se déclarait "enraciné français" au début de son livre !

Comme Stéphane Hessel, Edgar Morin est en fait un “citoyen du monde” revendiqué. Par conséquent, il nous semblerait logique de lui retirer sa carte d’identité française et de lui en redonner une autre, frappée de cette mention “citoyen du monde” ; ou “....”, si vous préférez.

On se souvient qu’un jour, dans une émission littéraire, sur le plateau de Bernard Pivot, le journaliste Jean-Edern Hallier, exaspéré par la sous-littérature qui a envahi nos librairies, avait jeté un livre en l’air, par dessus son épaule. Bernard Pivot s’était alors récrié : "Respectez les livres !"

Mais on ne voit pas bien pourquoi un livre devrait être respecté en tant que tel. Il y a de bons livres, et il y a aussi de mauvais livres. Surtout, il y a des livres sains, qui nourrissent l’esprit et élèvent l’âme, et il y a des livres malsains, produits par des esprit malsains. Et ces livres-là, il ne faut pas seulement les jeter par-dessus son épaule.

Hervé Ryssen sur X.

1) La démocratie n’a pas toujours été le seul cheval de bataille des espérances planétariennes. Pendant longtemps, l’idéal marxiste a aussi joué ce rôle. On sait que Marx lui même, et la grande majorité des principaux doctrinaires et des chefs marxistes étaient juifs : Lénine avait des origines juives, Léon Trotsky, Rosa Luxemburg, Georg Lukacks, Ernest Mandel, etc., de même que la quasi totalité des leaders de mai 68. Ce n’est pas un hasard, et il n’y a guère que le petit militant communiste de base qui ne s’en rende pas compte. Le marxisme aspire à l’établissement d’un monde parfait, où les religions, comme les nations, auront disparu en même temps que les conflits sociaux. Ce schéma, on le constate, entre parfaitement dans le cadre messianique. La pensée de Marx n’est finalement que la sécularisation de l’eschatologie juive traditionnelle. 

George Steiner a pu présenter le marxisme dans la perspective des prophéties bibliques : « Le marxisme, dit-il, est au fond un judaïsme qui s’impatiente. Le Messie a trop tardé à venir ou, plus précisément, à ne pas venir. C’est à l’homme lui-même d’instaurer le royaume de la justice, sur cette terre, ici et maintenant… prêche Karl Marx dans ses manuscrits de 1844, où l’on reconnaît l’écho transparent de la phraséologie des Psaumes et des prophètes. » 

Ni Marx, Ni Lénine, Ni Trotsky ne croyaient en Dieu, et pourtant, leurs origines juives apparaissent en pleine lumière à travers la grille de lecture du messianisme juif. Le marxisme politique a néanmoins été marginalisé en Europe depuis la chute du Mur de Berlin. Le fait est que, dans les projets d’unification planétaire, la démocratie a triomphé partout où le communisme a échoué. On constate cependant que les groupes d’extrême gauche continuent de bénéficier de toute l’attention médiatique dans les sociétés occidentales : c’est parce qu’ils représentent le fer de lance du projet de société égalitaire et multiraciale et canalisent dans un sens mondialiste les oppositions radicales que suscite le système libéral. Cette utopie mobilisatrice est toujours nécessaire à un système démocratique désespérant, qui ne propose à sa jeunesse que de déambuler dans les supermarchés. C’est donc niché à l’intérieur même de la démocratie que le marxisme rend finalement ses meilleurs services. Marxisme et démocratie sont deux forces absolument complémentaires et indispensables l’une à l’autre dans le projet d’édification de l’Empire global. Sans le communisme, les opposants se dirigeraient immanquablement vers les courants nationalistes, et le Système n’y survivrait pas. 

"Les origines religieuses du mondialisme". Entretien avec Hervé Ryssen.

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Et Engels ?

Friedrich Engels était né dans une famille protestante et on ne lui connaît aucun ascendant juif.

Friedrich Engels, né le 28 novembre 1820 à Barmen (Prusse rhénane) et mort le 5 août 1895 à Londres, est un philosophe, sociologue, anthropologue et un théoricien socialiste et communiste allemand, grand ami de Karl Marx. Après la mort de ce dernier, il assure, à partir des brouillons laissés par son ami, la rédaction définitive et la publication des livres II et III du "Capital".

Marx et Engels

L’histoire de l’humanité est l’histoire de la lutte des classes



Contrairement aux élucubrations «civilisationnelles» des «nationaux-socialistes» chinois, des néo-tsaristes russes et de leur zélotes des BRICS +, l’histoire de l’humanité n’a pas été «l’histoire de la lutte des civilisations», non plus que celle de «la lutte des races», pas plus que «de la lutte des religions» ou de toutes les fadaises de la bourgeoisie et des classes réactionnaires : «l’histoire de l’humanité est l’histoire de la lutte des classes […] maîtres et esclaves ; barons et serfs ; bourgeois et prolétaires» et seul, le renversement de la classe réactionnaire bourgeoise par la classe révolutionnaire prolétarienne apportera la paix, la prospérité et le bonheur à l’humanité.

En authentiques idéologues de la bourgeoisie : «le fils du ciel» de l’empire du Milieu, Xi Jinping, son «ami sans limite» à qui il achète des hydrocarbures à rabais pour profiter des «sanctions» YANKEES U$, le successeur du tsar Nicolas II, Vlad Poutine et leur estafette propagandiste, Pepe l’Escobar, s’ingénient à nier «la lutte des classes» en y substituant la théorie goebellienne démagogique des «civilisations» réactionnaires esclavagistes, féodales et capitalistes qui seraient l’avenir «radieux» de l’humanité, ce qu’Hitler, Mussolini, Tojo, Eisenhower, Churchill, de Gaulle et toute la racaille bourgeoise qui ont conduit l’humanité dans le gouffre de la Seconde Guerre mondiale appelaient de tous leurs vœux au nom de «leur» civilisation, tantôt «aryenne», tantôt «romaine», «ottomane», «anglo-saxonne», «patriotique», «nationaliste» et tutti quanti, ad nauseam, amen et ses 70 millions de morts, ses centaines de millions de blessés, d’estropiés, d’handicapés, de veuves, d’orphelins et de miséreux.

MARX, ENGELS et LÉNINE ont analysé scientifiquement c’est-à-dire à la lueur du matérialisme dialectique et historique, la notion de «civilisation», à l’abri des mythes réactionnaires des classes dominantes qui de tout temps ont prétendu démagogiquement à la «valeur universelle» de leur «civilisation» qui n’était en réalité que les valeurs religieuses, sexuelles, morales, culturelles, juridiques, etc. édictées par elles pour servir leur dictature de classe et asservir les classes dominées.

MARX et ENGELS ont démontré que toute « civilisation» dépend du développement des forces productives et des rapports sociaux de production à chaque moment de leur évolution historique et en aucun cas, il ne s’agit d’un «quelconque état harmonieux d’un peuple et de son État» sous les auspices d’une «élite» bienveillante… De tout temps, les «civilisations» ont correspondu à une phase historique du développement des forces productives et des rapports sociaux de production apparue avec :

– la division du travail (agriculture, élevage, artisanat, guerres, religions) ;

– la famille (patriarcale) ;

– la propriété privée ( des terres et des moyens de production) ;

– les classes sociales (esclaves ; maîtres ; artisans ; militaires) ;

– l’État (esclavagiste ; féodal ; bourgeois) ;

– l’exploitation économique, politique et idéologique.

Seuls les MARXISTES fournissent une analyse scientifique des différents stades de l’évolution des sociétés humaines :

– communisme primitif (sociétés des cueilleurs-chasseurs nomades et sans propriété privée) ;

– esclavagisme (esclavage) ;

– féodalisme (servage) ;

– capitalisme ( salariat) ;

– socialisme («à chacun selon son mérite») ;

– communisme («à chacun selon ses besoins» « de chacun selon ses capacités »).

Essentiellement, ce que Xi, Poutine et Escobar appellent «civilisation» n’est en réalité que l’apparition de la société divisée en classes sociales antagonistes… notamment capitaliste bourgeois / prolétaires…

ENGELS a exposé scientifiquement l’évolution des «civilisations» dans : «L’Origine de la famille, de la propriété privée et de l’État», une œuvre magistrale que tous devraient étudier pour comprendre l’évolution des sociétés humaines, laquelle fut inspirée des travaux révolutionnaire de l’anthropologue Lewis Morgan où il distingue les diverses étapes de l’évolution des sociétés humaines comme suit :

– la sauvagerie ;

– la barbarie ;

– la civilisation alors que s’impose la division du travail, la famille, la propriété privée, l’État, les inégalités et l’exploitation : de la femme et des enfants par l’homme, puis des hommes par d’autres hommes, de ces hommes sur l’État et enfin de l’État sur toute la société pour le compte de ces hommes: la classe dominante.

Pour ENGELS, la «civilisation» en développant la richesse, la science et les techniques a aussi engendré l’exploitation de classe, l’oppression, l’aliénation et les guerres sans fin ainsi qu’en témoigne à l’évidence, l’histoire de toutes les «civilisations» et des guerres sans fin quelles ont menées.

Chaque classe dominante a toujours présenté «sa» civilisation comme :

– universelle ;

– rationnelle ;

– progressiste ;

– naturellement supérieure.

Pour la bourgeoisie, «sa» «civilisation» qui repose :

– sur l’esclavage salarié ;

– l’exploitation du prolétariat ;

– le darwinisme social ;

– le «relativisme» ;

– l’idéalisme phénoménologique ;

– le colonialisme ;

– l’impérialisme ;

– la domination économique mondiale, serait l’aboutissement ultime de l’évolution humaine. (sic)

LÉNINE a poursuivi l’analyse de la «civilisation» capitaliste et démontré que le capitalisme a atteint son «stade suprême de développement» avec l’impérialisme qui se caractérise par :

– la domination du capital financier né de la fusion du capital bancaire et industriel ;

– la naissance des entreprises monopolistiques qui règnent sur le monde sans partage ;

– les guerres impérialistes qui président au «vol, au pillage et au brigandage» des ressources humaines et naturelles de la planète.

Pour LÉNINE, les «grandes puissances» qui prétendent promouvoir la «civilisation» ne font que perpétuer l’exploitation de classe et propager les guerres et la domination impérialiste.

MARX a écrit dans «L’idéologie allemande» : 

«De tout temps, les idées dominantes sont les idées de la classe dominante» et partant, la «civilisation» n’est qu’une construction historique liée à un mode de production donnée au service de la classe dominante exploiteuse de ce mode de production.

En présentant la «civilisation» comme «universelle» et «à historique», Xi, Poutine, Escobar et toute la racaille bourgeoise tentent maladroitement de substituer à la théorie nazie des «races», une théorie toute aussi réactionnaire: celle des «civilisations».

Que peuvent avoir en commun les prolétaires modernes, instruits et aux commandes de machines outils hautement perfectionnées avec les esclaves de la Rome antique, illettrés, travaillant sous le fouet aux pics et à la pelles à casser des roches sur la Voie Alpienne, à part leur exploitation sans pitié aux mains de leurs exploiteurs : hier, esclavagistes, aujourd’hui, capitalistes ?

Comment un prolétariat moderne féru de connaissances scientifiques pourrait-il être soumis aux écritures archaïques de prêtres ignorants qui croyaient que des dieux tantôt malfaisants, tantôt bienfaisants, commandaient aux éléments naturels ?

Que peut avoir en commun une démocratie populaire où chacun, femme et homme, à droit de vote avec une «démocratie» esclavagiste où seule les «hommes libres» à l’exclusion des femmes, des esclaves et des étrangers, soit 90% de la population ont le droit de voter?

Tout dans cette apologie des «civilisations» réactionnaires faite par Pepe Escobar n’est que fumisterie, mensonges et propagande. Pepe Escobar comme les «nationaux-socialistes» chinois et les tsaristes russes sont des ennemis du prolétariat, ils ne sont qu’une variante présentement «soft» de la dictature de la bourgeoisie en conflit avec sa variante «toff» tr0mpiste mais le prolétariat ne doit pas s’y tromper : «ce n’est que bonnet brun et brun bonnet», les deux faces d’une même médaille impérialiste et les «soft» n’attendent que leur heure pour donner libre court à leur nature hégémonique.



Révélation d'un ancien franc-maçon



Sean Stone, ex franc-maçon : 

« LA PUISSANCE DE L'ANGLETERRE ET ENSUITE DES ÉTATS-UNIS VIENT D'UN PACTE AVEC DES ENTITÉS OCCULTES » 

« Le pacte fut conclu en 1583 par le mathématicien et occultiste d'Élisabeth Ière, John Dee. Aujourd'hui encore, la CIA est en contact avec ces démons. Ils utilisent l'énochien, le code élaboré par Dee, pour invoquer et négocier avec ces anges déchus. De nombreux politiciens et personnalités du spectacle sont possédés. » a révélé à Tucker Carlson Sean Stone, ex franc-maçon et fils du célèbre réalisateur.



Tucker Carlson s'entretient avec Sean Stone au sujet de « voix démoniaques »



samedi 30 mai 2026

Le prestige de Sade auprès d’une partie de nos intellectuels ne peut que nous inquiéter



À bien des égards, l’affaire Epstein est plus horrible que le roman de Sade. Sade imaginait un système fermé où la cruauté pouvait s’épanouir sans contrôle. La réalité d’Epstein révèle quelque chose de bien plus troublant : une telle cruauté peut exister au sein d’une société ouverte, protégée par la richesse, l’influence et la complicité institutionnelle. Les libertins de Sodome avaient besoin d’isolement pour commettre leurs crimes. Epstein, lui, n’en avait pas besoin.

L’œuvre de Sade était un avertissement, une exagération grotesque destinée à dénoncer la décadence morale d’une classe privilégiée. Pasolini a amplifié cet avertissement en le reliant à la machine fasciste. Mais Epstein nous montre que cet avertissement n’a pas été pris en compte. Les mêmes dynamiques – pouvoir sans responsabilité, corps réduits à l’état d’objets, systèmes qui protègent les auteurs de crimes – persistent, non pas dans la fiction, mais dans notre réalité quotidienne.

Au contraire, Epstein reflète la corruption morale des élites modernes avec une clarté que Sade ne pouvait qu’imaginer. Les structures ont changé, le langage s’est édulcoré, les cadres sont devenus plus discrets, mais la logique sous-jacente reste la même. Le pouvoir se protège. L’argent réduit les victimes au silence. La justice se plie.

Zanzibar Freedom Of Speech


 Le prestige de Sade auprès d’une partie de nos intellectuels ne peut que nous inquiéter


La scandaleuse honorabilité qu’on décerne aujourd’hui à la représentation de la déviance sexuelle est très symboliquement illustrée par la gloire décernée aujourd’hui au marquis de Sade, dont le nom a servi à former le mot « sadisme ». Étalage de la torture, du viol et du meurtre présentés comme un raffinement esthétique et une quête métaphysique, l’œuvre de Sade était encore interdite de publication dans les années 1950. Mais en l’espace de quarante ans, un processus de réhabilitation savamment orchestré par quelques intellectuels a abouti à la consécration finale : son entrée en 1990 dans la prestigieuse Bibliothèque de La Pléiade, qui regroupe la crème du patrimoine littéraire écrit ou traduit en français. Plus récemment encore, en 1998, Sade vient d’être édité dans la collection de poche 10-18, particulièrement ciblée sur les jeunes. Ne sous-estimons pas la portée de ces deux « événements éditoriaux » : Sade à la Pléiade, c’est Sade élevé au rang d’auteur majeur, mais encore réservé à un « public cultivé » ; Sade en 10-18, c’est Sade pour tout le monde, c’est Sade banalisé et normalisé. Faut-il s’attendre à ce qu’il fasse bientôt l’objet de commentaires de textes au lycée ? Au vu des éloges qu’il reçoit de l’intelligentsia française, on n’en serait pas trop surpris. La récente respectabilité de Sade ne signifie-t-elle pas, aux yeux de tous, la respectabilité du sadisme ?

N’y a-t-il pas un double langage, inintelligible par la masse peu sophistiquée, dans le fait de glorifier, ou simplement de tolérer, des auteurs de récits de viols sadiques, tout en condamnant les actes dont ils font un objet esthétique ?

L’historien américain Roger Shattuck, dans "Le Fruit défendu de la connaissance", a consacré un long et excellent chapitre au « cas Sade », qui m’a convaincu de la nécessité de lui consacrer à mon tour un bref chapitre, dans lequel je résumerai son analyse et ses arguments. En effet, le phénomène de la réhabilitation de Sade est particulièrement révélateur de cette stratégie culturelle qui vise à banaliser l’obscénité, voire à la glorifier comme l’ultime subversion des valeurs morales (l’un des buts salutaires de l’art, comme chacun sait).

Sade passa trente ans en prison, pour sodomies homosexuelles et hétérosexuelles, flagellations et coups de couteau infligées à des prostituées, masturbation sur un crucifix, corruption de jeunes filles, menaces de mort et autres « excès ». Il passa également de nombreuses années en asile d’aliénés. Pour la petite histoire, qui rejoint avec beaucoup d’ironie la grande, signalons que, durant une période d’emprisonnement à la Bastille, Sade semble avoir joué un rôle non négligeable dans l’événement décisif de la prise de cette forteresse, événement choisi plus tard comme fête nationale. Voici comment Shattuck résume l’épisode :

« Pendant les deux premières semaines du mois de juillet 1789 à Paris, la foule commença à s’assembler autour de la Bastille. On pensait qu’il y avait des gens emprisonnés dans la forteresse royale, des malheureux qu’on pourrait peut-être libérer de la loi despotique du roi. La foule ne savait pas que l ’on ne retenait là que quelques aristocrates, la plupart condamnés pour atteinte à la morale, et qui ne méritaient pas vraiment d’être libérés au nom du peuple. Le 2 juillet, la foule assemblée dans la rue entendit une voix, amplifiée par une gargouille transformée en mégaphone ; quelqu’un criait que les prisonniers étaient en train de se faire massacrer et appelait au secours. [...] On sait aujourd’hui que l’homme susceptible d’oser une si grossière supercherie pour retrouver la liberté après douze ans d’emprisonnement n’était autre que le marquis de Sade. »

Deux jours plus tard, il fut transféré à l’asile de fous de Charenton. Mais ce n’est pas pour cette raison que certains critiques modernes honorent la dimension révolutionnaire de Sade, comme Aldous Huxley qui écrivit : « Sade est le seul révolutionnaire total et consciencieux. » Étrange jugement, puisque toute l’œuvre de Sade est empreinte d’un aristocratisme outrancier, ses héros étant essentiellement des nobles désœuvrés, qui s’entourent de laquais obéissant à tous leurs fantasmes, n’admettent aucune limite à leurs privilèges et ne trouvent du plaisir que dans la domination, la torture et l’assassinat d’autrui.

Avant d’aller plus avant dans l’analyse du phénomène Sade, il est indispensable de donner un aperçu représentatif de son œuvre, afin qu’aucun malentendu ne subsiste. Ses romans font alterner les récits d’actes sexuels d’une perversité extrême et sophistiquée, et les discours philosophiques faisant froidement l’apologie de ces crimes. Au cours d’orgies savamment planifiées, des victimes innocentes sont séquestrées, violées, torturées et assassinées de multiples façons, par des héros qui restent absolument insensibles à la douleur de leurs victimes et jouissent en philosophant sur le caractère naturel, voire nécessaire d’une telle activité. Sur ce modèle, l’imagination débordante de Sade fait varier les scénarios à l’infini.

Un seul exemple, pris parmi une multitude d’autres du même genre, suffira à faire comprendre de quoi il s’agit. Il est tiré de Juliette et met en scène les deux personnages principaux, Juliette et Noirceuil. Noirceuil est l’ancien maître de Juliette et l’assassin de ses parents. Juliette, après une initiation lesbienne dans un couvent et des années de libertinage et de prostitution, retrouve Noirceuil au cours d’une orgie gigantesque. Juliette y fait participer sa fille de sept ans avec les fils de Noirceuil, qui ont été délibérément élevés comme des brutes sexuelles. Shattuck résume ainsi la suite :

« Après une étrange double cérémonie de mariage, célébrée en costumes de travestis entre membres du même sexe, Juliette et Noirceuil se barricadent dans le château de ce dernier pour la grande bacchanale, avec la fille, les deux fils, deux tortionnaires-bourreaux, et une demi-douzaine de victimes des deux sexes. Ils satisfont leurs plaisirs en faisant sup porter aux participants les plus innombrables humiliations et outrages. Les fils sont forcés de sodomiser le père, qui imite les cris et la pudeur d’une jeune vierge. Les flagellations commencent, le sang coule, des seins sont arrachés, des membres brisés et disloqués, et des yeux arrachés, tandis que Noirceuil sodomise les victimes et fait foutre Juliette par-devant et par-derrière par des laquais obéissants. Le style de Sade est très graphique. Atteignant l’excitation la plus extrême lorsque deux victimes sont affreusement torturées à mort, Noirceuil sodomise l’un de ses fils, tout en lui mangeant littéralement le cœur, que Juliette a arraché de son corps. »

Puis Noirceuil propose à Juliette de lui acheter sa fille pour l’assassiner : « Souillons-nous tous les deux, lui dit- il, toi, du joli péché de me la vendre, moi, de celui, plus chatouilleux encore, de ne te la payer que pour l’assassiner. » Il demande toutefois à Juliette de ne répondre à sa proposition « qu’avec deux vits dans le corps ». C’est elle qui tient ici le rôle de narrateur :

« On me fout. Noirceuil me demande une seconde fois ce que je veux faire de ma fille.

— Oh ! scélérat ! m’écriai-je en déchargeant, ton perfide ascendant l’emporte, il étouffe en moi tout autre sentiment que ceux du crime et de l’infamie. [...] Fais de Marianne ce que tu voudras, foutu gueux ! dis-je en fureur, je te la livre [...]. Il n’eut pas plus tôt entendu ces mots qu’il déconne, saisit cette malheureuse enfant et la jette, nue, au milieu des flammes ; je l’aide, comme lui, je m’arme d’un fer pour repousser les mouvements naturels de cette infortunée, que des bonds convulsifs enlèvent et rejettent vers nous ; on nous branle tous deux, on nous encule ; Marianne est rôtie elle est consumée. Noirceuil décharge, j’en fais autant ; et nous allons passer le reste de la nuit, dans les bras l’un de l’autre, à nous féliciter d’une scène dont les épisodes et les circonstances deviennent le complément d’un crime que nous trouvons encore trop faible.

— Eh bien ! me dit Noirceuil, est-il quelque chose au monde qui vaille les plaisirs divins que donne le crime ? Existe-t-il quelque sentiment qui donne à notre existence une secousse plus vive et plus délicieuse ? » Les motivations de Sade en écrivant ses romans ont fait l’objet de diverses théories. Aucun critique, toutefois, n’a osé avancer que Sade peignait le crime pour en dégoûter le lecteur, même si Sade semble le dire à l’occasion : « Jamais, je répète, jamais je ne peindrai le crime comme autre chose que le fruit de l’enfer » ("Crimes de l’amour"). Cette remarque n’est à l’évidence rien d’autre qu’un pied de nez aux censeurs, en même temps qu’un clin d’œil aux lecteurs, censés partager son goût pour l’enfer. La preuve en est que, dans "La Philosophie dans le boudoir", qu’il publia sous un pseudonyme, Sade ne s’encombre pas de ce genre de précaution, et ouvre son livre par une dédicace « aux libertins » : « Voluptueux de tous les âges et de tous les sexes, c’est à vous seuls que j’offre cet ouvrage ; nourrissez-vous de ses principes, ils favorisent vos passions... »

Shattuck propose l’hypothèse intéressante que Sade écrit par vengeance contre la société qui lui a ravi presque une moitié de sa vie en l’emprisonnant. Les délits sexuels pour lesquels il est enfermé, et qu’il ne peut plus que fantasmer, il va les agrandir à l’extrême par l’imagination romanesque, atteignant ainsi une sorte d’absolu dans le pervers ; il va aussi, en leur donnant forme littéraire, leur procurer une dignité et un génie que sa vie n’aurait certainement pas atteints. Enfin, par le biais de l’édition, en plein développement, il va assurer à l’instrument de cette vengeance une durée et un impact bien plus grands que sa propre vie. Dans "Juliette", une amie lesbienne de l’héroïne se dit en quête du « crime dont l’effet durera même si je m’arrête [...], même si je dors ». Juliette lui conseille, entre autres, l’écriture. On peut donc difficilement douter qu’un tel des sein criminel ait été consciemment élaboré dans l’esprit tordu de Sade.

Quoi qu’il en soit, Shattuck relève un élément qui apparaît comme le moteur constant de son écriture, en même temps que des actes de ses héros : la gageure. « Les complexes élaborations de ses orgies imaginaires et l’hyperbole continue de son style donnent l’impression d’un homme voué à une tâche qu’il s’est lui-même imposée, d’un homme dont l’écriture est fondée sur une gageure. Il a parié, avec lui-même et avec ses persécuteurs, qu’il était capable d’inverser toute vertu humaine (en particulier la vertu chrétienne), et qu’il le ferait de manière systématique. Il souhaite que son répertoire du mal compose un projet si unique qu’il apparaisse complètement original et totalement scandaleux à ses ennemis. »

Shattuck fait une autre analyse intéressante lorsqu’il tente d’expliquer l’effet puissant que peut avoir la lecture de Sade : « L’explication est, à mon avis, à chercher dans l’usage que fait Sade de ce que j’appellerai 1’“effet Boléro”. Avec de minuscules variations instrumentales et de subtils changements de clés, le même motif est répété à n’en plus finir avec de plus en plus d’intensité jusqu’à ce qu’il soit imprimé dans l’esprit. [...] Le seul effet stylistique que Sade maîtrise, c’est le crescendo. Il sait faire tout doucement monter le son. » Cette réplique de Juliette montre d’ailleurs que Sade sait parfaitement où il veut entraîner son lecteur : « Quand on s’accoutume à braver sur un point les lois de la nature, on ne jouit plus véritablement qu’en les transgressant toutes, les unes après les autres. »

Ce pari lancé successivement contre toutes les barrières morales semble être ce qui captive littéralement certains lecteurs. Les textes de Sade, dit Shattuck, opèrent sur les lecteurs « comme un défi personnel, qui les pousse à agir en conséquence ». Comme illustration de cela, il cite deux cas de criminels sexuels amateurs de Sade. L’un est Ted Bundy ; l’autre est Ian Brady qui, avec sa petite amie, avait violé, torturé puis tué plusieurs jeunes gens, dont un adolescent de quatorze ans et une petite fille de dix ans, le lendemain de Noël 1965. Ils photographièrent cette dernière durant la longue nuit de torture qu’ils lui infligèrent, et enregistrèrent ses gémissements, ses supplications et ses cris horribles, avec à la fin une musique de Noël. Cette bande sonore, qui fut passée durant leur procès, horrifia l’audience et les jurés. Brady était un jeune homme cultivé, qui avait profondément intériorisé la philosophie ultra-nihiliste et élitiste de Sade, et possédait, outre "La Vie et l’œuvre du marquis de Sade", une bibliothèque fournie en ouvrages sur la torture et les perversions sexuelles. Lorsque l’avocat général interrogea Brady sur ces livres, celui-ci répliqua : « On ne peut pas dire qu’ils sont pornographiques : on peut les acheter chez n’importe quel libraire. » L’intérêt principal de l’analyse de Shattuck réside dans son survol de l’accueil fait à Sade par le monde intellectuel du XXe siècle. Il distingue trois périodes.

Au XIXe, Sade reste interdit, mais des exemplaires circulent sous le manteau. À la fin du XIXe, la profession médicale lui porte un intérêt et crée le mot « sadisme » pour indiquer un type de perversion sexuelle. Freud reprendra ce terme et contribuera à sa vulgarisation. Cet intérêt médical motiva ou justifia les premières éditions.

Mais la première réhabilitation littéraire est due à Apollinaire, qui publie, comme éditeur, une série d’œuvres licencieuses, dont "L ’Œuvre du marquis de Sade : pages choisies" (1909). Dans son introduction, il écrit, prophétique : « Le marquis de Sade, cet esprit le plus libre qui ait encore existé, avait sur la femme des idées particulières et la voulait aussi libre que l’homme. [...] L’un des hommes les plus étonnants qui aient jamais paru. [...] Cet homme qui parut ne compter pour rien durant tout le XIXe siècle pourrait bien dominer le XXe. » Un ami d’Apollinaire, Maurice Heine, fit connaître Sade aux surréalistes, lesquels le reconnurent comme un précurseur dans le "Manifeste du surréalisme". Dans "L’Évidence poétique", Paul Éluard le salua comme « plus lucide et plus pur qu’aucun autre homme de son temps ».

Dans les années 30, deux auteurs français se penchent sur Sade : Georges Bataille, auteur lui-même de romans pornographiques, rompt avec les surréalistes, qu’il accuse de ne pas prendre Sade assez au sérieux, tandis que le philosophe néo-nietzschéen Pierre Klossowski est fasciné par la « liquidation de la notion de mal » chez Sade et la notion de crime comme mode de connaissance.

Sade intéresse également des universitaires : « Les premiers universitaires spécialistes de Sade, écrit Shattuck, semblaient les explorateurs d’un avant-poste exotique des limites humaines. Il n’est pas étonnant qu’ils aient lancé des affirmations extravagantes sur ce cas véritablement extrême. Ils ne savaient pas alors que l’excès des écrits de Sade et celui de leur admiration fusionneraient pour donner naissance à un courant intellectuel terriblement contagieux. Lorsque, quelques décennies plus tard, les résultats de ces explorations devinrent commercialement profitables, il n’était plus possible d’arrêter l’inondation. »

Le deuxième élan de réhabilitation de Sade commence dans la décennie qui suivit la Seconde Guerre mondiale, alors que la censure se relâche. C’est alors que, acclamé par certains des plus illustres noms de l’époque, il paraît chez de grands éditeurs. « [...] sa réhabilitation demeure difficile à expliquer », commente Shattuck à propos de cette période. « Je l’attribue plutôt à quelque étrange désir de mort du XXe siècle post-nietzschéen. Ce désir de mort vise un déchaînement absolu, en sachant qu’il conduira à une destruction absolue physique, morale et spirituelle. L’apocalypse exerce chez certains une forte attirance. »

L’essai sur Sade le plus marquant et le plus souvent réédité fut celui de Jean Paulhan, lequel propose de voir en Sade, non seulement un « mystère » et un « secret », mais un nouvel évangile. Parce qu’elle « recherche le sublime dans l’infâme », la meilleure littérature, selon Paulhan, est « très précisément déterminée par Sade comme l’étaient par Racine les tragédies du XVIIe siècle ». Plus encore, « Sade fait songer aux livres sacrés des grandes religions ».

Ce n’est pas seulement Sade l’écrivain qu’honore Paulhan, mais Sade le philosophe, qui enseigne que le plaisir dépend de la souffrance d’autrui : « Le sadisme enfin n’est sans doute que l’approche et comme la mise à l’essai (maladroit il se peut, odieuse certes) d’une vérité si difficile et si mystérieuse qu’une fois admise, [...] tout aussitôt merveilleusement se dissipe [...] et s’éclaire. »

Bataille, ami de Paulhan, va reconnaître en Sade une sorte de super-Freud, explorateur de l’enfer inconscient de tout un chacun (en réalité, de l’inconscient de Bataille) : « Ces états dangereux, auxquels le conduisaient des désirs insurmontables, il ne jugea pas qu’il pouvait ou devait les retrancher de la vie. Au lieu de les oublier, comme il est d’usage, en ses moments normaux, il osa les regarder bien en face, et il se posa la question abyssale qu’ils posent en vérité à tous les hommes [...]. Le premier, Sade, dans la solitude de la prison, donna l’expression raisonnée à ces mouvements incontrôlables, sur la négation desquels la conscience a fondé l’édifice social et l’image de l’homme. » Cet argument « par l’inconscient » est une trouvaille dont se serviront nombre de défenseurs de la pornographie, invoquant à toutes occasions le nom de Freud en déclarant qu’ils ne font que montrer ce que tout le monde désire au fond de lui-même. Cette rhétorique largement copiée, il faut le dire, sur Freud lui-même est particulièrement efficace, puisque quiconque objecte qu’il n’abrite dans son inconscient aucun fantasme de viol et de torture se voit immédiatement répondre que son déni est la preuve qu’il a refoulé ces fantasmes.

Simone de Beauvoir fera écho à Bataille dans "Faut-il brûler Sade ?" : « L’immense mérite de Sade, c’est qu’il revendique contre les abstractions et les aliénations qui ne sont que des fuites la vérité de l’homme. »

Notons en passant que Bataille s’intéressa également à Gilles de Rais, le fameux compagnon de Jeanne d’Arc devenu maniaque sexuel et condamné pour avoir violé et assassiné plus de deux cents enfants. A son sujet, Bataille rapporte le détail suivant, qui intéresse directement notre étude : lors de son procès, Gilles de Rais aurait déclaré avoir été poussé dans ses crimes par la lecture de la "Vie des empereurs" de Suétone. « Je lus dans ce beau livre d’Histoire, explique-t-il à ses juges, que Tibère, Caracalla et autres Césars, jouaient avec les enfants et en prenaient un plaisir singulier à les martyriser. Là-dessus, je décidai d’imiter les dits Césars, et le même soir, je commençai à le faire en suivant les images reproduites dans le livre. »

La troisième vague de réhabilitation de Sade commence dans les années 1960, lorsqu’un certain nombre d’intellectuels, estimant que Sade a été mal compris, proposent une sorte de « retour au maître », un peu à la manière de Lacan avec Freud. On peut légitimement qualifier ces intellectuels de « sadiens » (« sadistes » serait sans doute trop fort, puisque c’est un courant plus qu’une doctrine qu’ils veulent incarner). Ils voient en Sade un tournant culturel décisif et revendiquent pour lui une place d’honneur dans la philosophie occidentale. Ainsi, pour Michel Foucault :

« Le sadisme [...] est un fait culturel massif qui est apparu précisément à la fin du XVIIIe siècle, et qui constitue une des plus grandes conversions de l’imagination occidentale [...], folie du désir, dialogue insensé de l’amour et de la mort dans la présomption sans limite de l’appétit. »

Avec Roland Barthes, auteur de "Sade, Fourier, Loyola", la pleine légitimité de Sade est acquise. S’appuyant sur la distance esthétique, un autre argument important dans l’arsenal des pornographes, Barthes tente de dissocier Sade des implications pratiques de sa philosophie. Il ne s’agirait que d’un ensemble de signes, et leur signification s’épuise dans leur portée esthétique. Prenant comme exemple la phrase de Sade, « Pour réunir l’inceste, l’adultère, la sodomie et le sacrilège, il encule sa fille mariée avec une hostie », Barthes propose qu’on n’y voit qu’un exercice de style anodin, comme de l’algèbre ou des mots croisés.

Cette période voit également Sade à l’honneur au cinéma : Pasolini adapte un roman de Sade ("Salô, ou les Cent Vingt Journées de Sodome"), et Bergman monte la pièce du Japonais Yukio Mishima, "Madame de Sade". On y apprend : « Il est l’homme le plus libre du monde. [...] Il entasse le mal sur le mal et il monte au sommet de la pyramide ; il est sur le point d’atteindre l’éternité du doigt. »

Selon Shattuck : « Après que Pasolini, Mishima et Bergman eurent ouvert encore plus grand les portes, glorifier l’univers dépravé de Sade devint presque un lieu commun. »

Shattuck introduit ensuite la quatrième étape de la réhabilitation de Sade : « Nous avons déjà trouvé des gens pour affirmer que Sade était le plus libre des révolutionnaires, l’inventeur d’un nouveau sublime, un grand moraliste de la transgression, et un artiste du verbe poétique sans dimension morale. Sa consécration comme grand auteur parmi les classiques eut lieu deux fois, la première en 1989 dans les pages de "A New History of French Literature"... », où Sade est le seul auteur à mériter deux entrées. On y lit par exemple : « Le libertin est confronté à une vérité inéluctable, celle de l’égoïsme absolu du plaisir. [...] Grâce à cette indifférence, qui est précisément ce qui manque dans ce qu’il est convenu d’appeler le sadisme, il y a dans l’écriture de Sade un fond de détachement et de légèreté. » La deuxième consécration, selon Shattuck, est la publication en 1990 dans la Bibliothèque de la Pléiade, un honneur qui « correspond à celui d’un artiste dont le tableau serait admis au Louvre ».

Aussi incompréhensible soit-il, le prestige de Sade auprès d’une partie de nos intellectuels ne peut que nous inquiéter, comme elle inquiète Roger Shattuck : « Est-il possible que le papier bible, la reliure pleine peau et l’appareil critique de l’édition Pléiade puisse transformer Sade en un auteur que nos enfants pourront lire, au même titre que Dickens, Balzac et Melville, avec plaisir et profit ? »

Laurent Guyénot

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Le marquis de Sade sur notre affaire Epstein



vendredi 29 mai 2026

Le livre de Scott Lively "La croix gammée rose" traduit par Stanislas Berton






Traducteur de “La croix gammée rose - Les secrets honteux de l'Allemagne nazie” de Scott Lively, Stanislas Berton est interviewé par Clémence Houdiakova, animatrice de Tocsin Matin :

Polémique : paganisme, sado-masochisme… et si c’était le vrai visage du nazisme ?



Stanislas Berton écrit sur X :

"Des personnes inhabituellement scrupuleuses ont demandé à Tocsin de produire les preuves historiques de la prostitution d'Hitler et de ses vices, notamment les rapports de police.

Ces informations, reprises dans le livre de Scott Lively se trouvent notamment dans le livre de Lothar Machtan, "Hidden Hitler". Il est possible de consulter gratuitement se livre en créant un compte sur cette archive (lien) et "d'emprunter" une version numérique du livre.


J'ai été personnellement vérifier les sources utilisées par Lively dans ce livre. J'ai notamment découvert après ceci :

Les archives en six volumes sur Adolf Hitler de la police munichoise concernant Hitler furent confisquées par Hitler lui-même dès qu'il devint chancelier du Reich. La source donnée par Machtan est : StA, Polizeidirektion München numéro 10 082.

Ca va donc être difficile de les produire.

Les informations sur le rapport secret détenu par Otto von Lossow proviennent du témoignage d'Eugen Dollman, un diplomate allemand membre de la SS , proche de Julius Evola et traducteur des entretiens entre Mussolini et Hitler.

https://en.wikipedia.org/wiki/Eugen_Dollmann

Le passage cité par Lively et repris par Machtan est issu des notes prises par Dollmann en vue de la rédaction de ses mémoires et détenues par sa famille. Les sources sont à la page 349 du livre de Machtan. Pourquoi un nazi et un SS haut-gradé mentirait-il sur l'existence d'un dossier secret concernant les vices d'Adolf Hitler détenu par le responsable de la police de Munich ?

Je trouve sidérant que Tocsin subisse une telle pression suite à cet entretien et qu'on exige un niveau de preuves jamais demandé pour d'autres ouvrages.

Vous connaîtrez la vérité et la vérité vous rendra libres. Jean 8:32.

[...]

Il es très probable que les archives de police aient été détruites ou aient saisies par les Soviétiques lors de la prise de Berlin. Si des Russes bien informés veulent confirmer les dires de Scott Lively, qu'ils n'hésitent pas à se manifester...

[...]

Dans cet entretien à Tocsin, j'ai commis une erreur concernant les dates. Ce n'est pas en 1920 qu'Adolf Hitler résidait dans un foyer pour hommes à Vienne mais en 1910. Il résidait alors au 27 rue Meldermann.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Adolf_Hitler#Le_marginal

En ce qui concerne les affirmations selon lesquelles Hitler se serait prostitué durant cette période, Scott Lively s'appuie, entre autres, sur le livre de l'historien Samuel Igra, "Germany's national vice" (1945), ainsi que sur celui de Lothar Matchan "Hidden Hitler" (2001).

Dans "Hidden Hitler" Machtan cite des rapports de police, datant cette fois de la période munichoise, selon lesquels Hitler aurait sollicité des jeunes hommes dans la rue afin qu'ils aient des relations sexuelles avec lui. Machtan cite également les propos du général Otto von Lossow qui fut le ministre bavarois de la guerre :

"J'ai de bons amis en ce monde et Hitler perdrait ce combat comme cela lui est arrivé lors du putsch de la brasserie. Le général sortit d'un tiroir de son bureau un dossier contenant des rapports secrets et des dépositions sur la vie privée de Herr Adolf Hitler [...] tous provenaient de la brigade des moeurs.[...] Quelle arme dangereuse Otto von Lossow avait forgée durant les années où il était au sommet de son pouvoir à Munich."

https://t.co/0PQI8AhipX

Toutes ses sources sont à retrouver dans le livre de Scott Lively "La Croix Gammée rose" traduit pour la première fois en français par mes soins.

[...]

Cette distinction entre homosexuels "machos" et "efféminés" est essentielle pour comprendre le nazisme et son double-discours sur ce sujet. Mais aussi comment la "paix" entre ces deux camps a permis au lobby LGBT de s'imposer à partir des années 70."

[...]

Je pense que l'homosexualité des nazis, en lien avec leur appartenance à des sociétés secrètes néo-païennes et leurs rituels initiatiques, est fondamentale pour comprendre le nazisme. La religion est toujours en amont du politique."

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Hervé Ryssen, "essayiste et militant nationaliste et négationniste" (Wikipédia), écrit sur X :

"Putain les gars, j'ai croisé un champion avant-hier en sortant des studios de GPTV. Le mec me dit que Trump a fait plus que n'importe qui pour faire monter l'antisionisme, que tout était calculé et qu'il faut donc continuer à le soutenir. Je lui réponds illico que les parents des 160 collégiennes iraniennes qui ont été tuées dès le premier jour de la guerre ou les habitants de Gaza doivent normalement penser différemment. Il finit par me répondre que l'antisémitisme est contre-productif. AH ! Là, je sais tout de suite que j'ai affaire à un gros baltringue.

Je lui dis alors que l'objectif n'est certes pas électoral mais que s'il voulait, il pouvait lui se présenter et on rigolerait bien. Cela dit, avec son nouveau livre qui présente Adolf Hitler en partouzeur gay dans le Munich des années 20, il met tous les bas-de-plafond de son côté. Ca fait du monde ! Bref, cet individu de la mouvance "conspi ultra ++" finira évidemment un jour par nous entretenir avec des histoires d'ovnis et de reptiliens. Je sais qu'il n'y a rien à tirer de ces hurluberlus."


Les causes générales de l’antisémitisme



L’âme du Juif est double : elle est mystique et elle est positive. Son mysticisme va des théophanies du désert aux rêveries métaphysiques de la Kabbale ; son positivisme, son rationalisme plutôt, se manifeste autant dans les sentences de l’Ecclésiaste que dans les dispositions législatives des rabbins et les controverses dogmatiques des théologiens. Mais si le mysticisme aboutit à un Philon ou à un Spinoza, le rationalisme conduit à l’usurier, au peseur d’or ; il fait naître le négociant avide. Il est vrai que parfois les deux états d’esprit se juxtaposent, et l’Israélite, comme cela est arrivé au Moyen Âge, peut faire deux parts de sa vie : l’une vouée au songe de l’absolu, l’autre au commerce le plus avisé.

Bernard Lazare.


En 1894, un volume in-octavo de 420 pages intitulé L'Antisémitisme, son histoire et ses causes, par Bernard Lazare (1865–1903), un auteur juif de grande renommée, a été publié à Paris par l'éditeur Léon Chailley, 8, rue Saint-Joseph.



Les causes générales de l’antisémitisme

Par Bernard Lazare


L’exclusivisme. — Le culte politico-religieux. — Iahvé et la Loi. — Ordonnances civiles et ordonnances religieuses. — Les colonies juives. — Le Talmud. — La théorie du peuple élu. — L’orgueil juif. — La séparation d’avec les nations. — La souillure. — Pharisiens et Rabbanites. — La foi, la tradition et la science profane.— Le triomphe des Talmudistes. — Le patriotisme juif. — La patrie mystique. — Le rétablissement du royaume d’Israël. — L’isolement du Juif.


Si l’on veut faire une histoire complète de l’antisémitisme — en n’oubliant aucune des manifestations de ce sentiment, en en suivant les phases diverses et les modifications — il faut entreprendre l’histoire d’Israël depuis sa dispersion, ou, pour mieux dire, depuis les temps de son expansion hors du territoire de la Palestine.

Partout où les Juifs, cessant d’être une nation prête à défendre sa liberté et son indépendance, se sont établis, partout s’est développé l’antisémitisme ou plutôt l’antijudaïsme, car antisémitisme est un mot mal choisi, qui n’a eu sa raison d’être que de notre temps, quand on a voulu élargir cette lutte du Juif et des peuples chrétiens, et lui donner une philosophie en même temps qu’une raison plus métaphysique que matérielle.

Si cette hostilité, cette répugnance même, ne s’étaient exercées vis-à-vis des juifs qu’en un temps et en un pays, il serait facile de démêler les causes restreintes de ces colères ; mais cette race a été, au contraire, en butte à la haine de tous les peuples au milieu desquels elle s’est établie. Il faut donc, puisque les ennemis des Juifs appartenaient aux races les plus diverses, qu’ils vivaient dans des contrées fort éloignées les unes des autres, qu’ils étaient régis par des lois différentes, gouvernés par des principes opposés, qu’ils n’avaient ni les mêmes mœurs, ni les mêmes coutumes, qu’ils étaient animés d’esprits dissemblables ne leur permettant pas de juger également de toutes choses, il faut donc que les causes générales de l’antisémitisme aient toujours résidé en Israël même et non chez ceux qui le combattirent.

Ceci n’est pas pour affirmer que les persécuteurs des Israélites eurent toujours le droit de leur côté, ni qu’ils ne se livrèrent pas à tous les excès que comportent les haines vives, mais pour poser en principe que les Juifs causèrent — en partie du moins — leurs maux. 

Devant l’unanimité des manifestations antisémites, il est difficile d’admettre — comme on a été trop porté à le faire — qu’elles furent simplement dues à une guerre de religion, et il ne faudrait pas voir dans les luttes contre les Juifs la lutte du polythéisme contre le monothéisme, et la lutte de la Trinité contre Jéhovah. Les peuples polythéistes, comme les peuples chrétiens, ont combattu, non pas la doctrine du Dieu Un, mais le Juif.

Quelles vertus ou quels vices valurent au Juif cette universelle inimitié ? Pourquoi fut-il tour à tour, et également, maltraité et haï par les Alexandrins et par les Romains, par les Persans et par les Arabes, par les Turcs et par les nations chrétiennes ? Parce que partout, et jusqu’à nos jours, le Juif fut un être insociable. 

Pourquoi était-il insociable ? Parce qu’il était exclusif, et son exclusivisme était à la fois politique et religieux, ou, pour mieux dire, il tenait à son culte politico-religieux, à sa loi.

Si, dans l’histoire, nous considérons les peuples conquis, nous les voyons se soumettre aux lois des vainqueurs, tout en gardant leur foi et leurs croyances. Ils le pouvaient facilement, parce que, chez eux, la séparation était très nette entre les doctrines religieuses venues des dieux et les lois civiles émanées des législateurs, lois qui se pouvaient modifier au gré des circonstances, sans que les réformateurs encourussent l’anathème ou l’exécration théologique : ce que l’homme avait fait, l’homme pouvait le défaire. Aussi les vaincus se soulevaient-ils contre les conquérants par patriotisme, et nul mobile ne les poussait que le désir de ressaisir leur sol et de reprendre leur liberté. En dehors de ces soulèvements nationaux, ils demandèrent rarement à n’être pas soumis aux lois générales ; s’ils protestèrent, ce fut contre les dispositions particulières, qui les mettaient vis-à-vis des dominateurs dans un état d’infériorité ; et, dans l’histoire des conquêtes romaines, nous voyons les conquis s’incliner devant Rome, lorsque Rome leur impose strictement la législation qui régit l’empire.

Pour le peuple juif, le cas était très différent. En effet, comme déjà le fit remarquer Spinoza « les lois révélées par Dieu à Moïse n’ont été autre chose que les lois du gouvernement particulier des Hébreux ». Moïse, prophète et législateur, conféra à ses dispositions judiciaires et gouvernementales la même vertu qu’à ses préceptes religieux, c’est-à-dire la révélation. Iahvé, non seulement avait dit aux Hébreux : « Vous ne croirez qu’au Dieu Un et vous n’adorerez pas d’idoles », mais il leur avait prescrit aussi des règles d’hygiène et de morale ; non seulement il leur avait lui-même assigné le territoire où devaient s’accomplir les sacrifices, minutieusement, mais il avait déterminé les modes selon lesquels ce territoire serait administré. Chacune des lois données, qu’elle fût agraire, civile, prophylactique, théologique ou morale, bénéficiait de la même autorité et avait la même sanction, de telle sorte que ces différents codes formaient un tout unique, un faisceau rigoureux dont on ne pouvait rien distraire sous peine de sacrilège.

En réalité, le Juif vivait sous la domination d’un maître, Iahvé, que nul ne pouvait vaincre ni combattre, et il ne connaissait qu’une chose : la Loi, c’est-à-dire l’ensemble des règles et des prescriptions que Iahvé avait un jour voulu donner à Moïse, Loi divine et excellente, propre à conduire ceux qui la suivraient aux félicités éternelles ; loi parfaite et que seul le peuple juif avait reçue. 

Avec une telle idée de sa Torah, le Juif ne pouvait guère admettre les lois des peuples étrangers ; du moins, il ne pouvait songer à se les voir appliquer ; il ne pouvait abandonner les lois divines, éternelles, bonnes et justes, pour suivre les lois humaines fatalement entachées de caducité et d’imperfection. S’il avait pu faire une part dans cette Torah ; si, d’un côté, il avait pu ranger les ordonnances civiles, de l’autre, les ordonnances religieuses ! Mais toutes n’avaient-elles pas un caractère sacré, et, de leur observance totale, le bonheur de la nation juive ne dépendait-il pas ?

Ces lois civiles, qui seyaient à une nation et non à des communautés, les Juifs ne les voulaient pas abandonner en entrant dans les autres peuples, car, quoique hors de Jérusalem et du royaume d’Israël, ces lois n’eussent plus de raison d’être, elles n’en étaient pas moins, pour tous les Hébreux, des obligations religieuses, qu’ils s’étaient engagés à remplir par un pacte ancien avec la Divinité. 

Aussi, partout où les Juifs établirent des colonies, partout où ils furent transportés, ils demandèrent non seulement qu’on leur permît de pratiquer leur religion, mais encore qu’on ne les assujettît pas aux coutumes des peuples au milieu desquels ils étaient appelés à vivre, et qu’on les laissât se gouverner par leurs propres lois.

À Rome, à Alexandrie, à Antioche, dans la Cyrénaïque, ils purent en agir librement. Ils n’étaient pas appelés le samedi devant les tribunaux, on leur permit même d’avoir leurs tribunaux spéciaux et de n’être pas jugés selon les lois de l’empire ; quand les distributions de blé tombaient le samedi, on réservait leur part pour le lendemain ; ils pouvaient être décurions, en étant exemptés des pratiques contraires à leur religion ; ils s’administraient eux-mêmes comme à Alexandrie, ayant leurs chefs, leur sénat, leur ethnarque, n’étant pas soumis à l’autorité municipale. 

Partout ils voulaient rester Juifs, et partout ils obtenaient des privilèges leur permettant de fonder un État dans l’État. À la faveur de ces privilèges, de ces exemptions, de ces décharges d’impôts, ils se trouvaient rapidement dans une situation meilleure que les citoyens mêmes des villes dans lesquelles ils vivaient ; ils avaient plus de facilité à trafiquer et à s’enrichir, et ainsi excitèrent-ils des jalousies et des haines.

Donc, l’attachement d’Israël à sa loi fut une des causes premières de sa réprobation, soit qu’il recueillît de cette loi même des bénéfices et des avantages susceptibles de provoquer l’envie, soit qu’il se targuât de l’excellence de sa Torah pour se considérer comme au-dessus et en dehors des autres peuples. 

Si encore les Israélites s’en fussent tenus au mosaïsme pur, nul doute qu’ils n’aient pu, à un moment donné de leur histoire, modifier ce mosaïsme de façon à ne laisser subsister que les préceptes religieux ou métaphysiques ; peut-être même, s’ils n’avaient eu comme livre sacré que la Bible, se seraient-ils fondus dans l’Église naissante, qui trouva ses premiers adeptes dans les Sadducéens, les Esséniens et les prosélytes juifs. Une chose empêcha cette fusion, et maintint les Hébreux parmi les peuples : ce fut l’élaboration du Talmud, la domination et l’autorité des docteurs qui enseignèrent une prétendue tradition, mais cette action des docteurs, sur laquelle nous reviendrons, fit aussi des Juifs les êtres farouches, peu sociables et orgueilleux dont Spinoza, qui les connaissait, a pu dire : « Cela n’est point étonnant qu’après avoir été dispersés durant tant d’années, ils aient persisté sans gouvernement, puisqu’ils se sont séparés de toutes les autres nations, à tel point qu’ils ont tourné contre eux la haine de tous les peuples, non seulement à cause de leurs rites extérieurs, contraires aux rites des autres nations, mais encore par le signe de la circoncision. »

Ainsi, disaient les docteurs, le but de l’homme sur la terre est la connaissance et la pratique de la Loi, et on ne la peut pleinement pratiquer qu’en se dérobant aux lois qui ne sont pas la véritable. Le Juif qui suivait ces préceptes s’isolait du reste des hommes ; il se retranchait derrière les haies qu’avaient élevées autour de la Torah Esdras et les premiers scribes, puis les Pharisiens et les Talmudistes héritiers d’Esdras, déformateurs du mosaïsme primitif et ennemis des prophètes. Il ne s’isola pas seulement en refusant de se soumettre aux coutumes qui établissaient des liens entre les habitants des contrées où il était établi, mais aussi en repoussant toute relation avec ces habitants eux mêmes. À son insociabilité, le Juif ajouta l’exclusivisme.

Sans la Loi, sans Israël pour la pratiquer, le monde ne serait pas, Dieu le ferait rentrer dans le néant ; et le monde ne connaîtra le bonheur que lorsqu’il sera soumis à l’empire universel de cette loi, c’est-à-dire à l’empire des Juifs. Par conséquent, le peuple juif est le peuple choisi par Dieu comme dépositaire de ses volontés et de ses désirs ; il est le seul avec qui la Divinité ait fait un pacte, il est l’élu du Seigneur. Au moment où le serpent tenta Ève, dit le Talmud, il la corrompit de son venin. Israël, en recevant la révélation du Sinaï se délivra du mal ; les autres nations n’en purent guérir. Aussi, si elles ont chacune leur ange gardien et leurs constellations protectrices, Israël est placé sous l’œil même de Jéhovah ; il est le fils préféré de l’Éternel, celui qui a seul droit à son amour, à sa bienveillance, à sa protection spéciale, et les autres hommes sont placés au-dessous des Hébreux ; ils n’ont droit que par pitié à la munificence divine, puisque, seules, les âmes des Juifs descendent du premier homme. Les biens qui sont délégués aux nations appartiennent en réalité à Israël, et nous voyons Jésus, lui-même, répondre à la femme grecque : « Il n’est pas bon de prendre le pain des enfants pour le jeter aux petits chiens. »

Cette foi à leur prédestination, à leur élection, développa chez les Juifs un orgueil immense. Ils en vinrent à regarder les non Juifs avec mépris et souvent avec haine, quand il se mêla à ces raisons théologiques des raisons patriotiques. Lorsque la nationalité juive se trouva en péril, on vit, sous Jean Hyrcan, les Pharisiens déclarer impur le sol des peuples étrangers, impures les fréquentations entre Juifs et Grecs. Plus tard, les Schamaïtes, en un Synode, proposèrent d’établir une séparation complète entre Israélites et Païens, et ils élaborèrent un recueil de défenses, appelé les Dix-huit choses, qui, malgré l’opposition des Hillélites, finit par prédominer. Aussi, dans les conseils d’Antiochus Sidétès, on commence à parler de l’insociabilité juive, c’est-à-dire « du parti pris de vivre exclusivement dans un milieu juif, en dehors de toute communication avec les idolâtres, et de l’ardent désir de rendre ces communications de plus en plus difficiles, sinon impossibles » ; et l’on voit, devant Antiochus Épiphane, le grand prêtre Ménélaüs accuser la loi « d’enseigner la haine du genre humain, de défendre de s’asseoir à la table des étrangers et de leur marquer de la bienveillance ».

Si ces prescriptions avaient perdu leur autorité quand disparurent les causes qui les avaient motivées, et en quelque sorte justifiées, le mal n’eût pas été grand ; mais on les voit reparaître dans le Talmud, et l’autorité des docteurs leur donna une sanction nouvelle. Lorsque l’opposition entre les Sadducéens et les Pharisiens cessa, lorsque ces derniers furent vainqueurs, ces défenses prirent force de loi, elles furent enseignées, et ainsi servirent à développer, à exagérer l’exclusivisme des Juifs. 

Une crainte encore, celle de la souillure, sépara les Juifs du monde et rendit plus rigoureux leur isolement. Sur la souillure, les Pharisiens avaient des idées d’une rigueur extrême ; les défenses et les prescriptions de la Bible ne suffisaient pas, selon eux, à préserver l’homme du péché. Comme le moindre attouchement contaminait les vases des sacrifices, ils en vinrent à s’estimer souillés eux mêmes par un contact étranger. De cette peur naquirent d’innombrables règles concernant la vie journalière : règles sur le vêtement, l’habitation, la nourriture, toutes promulguées dans le but d’éviter aux Israélites la souillure et le sacrilège, et, encore une fois, toutes propres à être observées dans un État indépendant ou dans une cité, mais impossibles à suivre dans des pays étrangers ; car elles impliquaient la nécessité, pour ceux qui voulaient s’y astreindre, de fuir la société des non Juifs et par conséquent de vivre seuls, hostiles à tout rapprochement.


Les Pharisiens et les Rabbanites allèrent plus loin même. Ils ne se contentèrent pas de vouloir préserver le corps, ils cherchèrent à sauvegarder l’esprit. L’expérience avait montré combien dangereuses étaient, pour ce qu’ils croyaient leur foi, les importations hellènes ou romaines. Les noms des grands-prêtres hellénisants : Jason, Ménélaüs, etc., rappelaient aux Rabbanites les temps où le génie de la Grèce, conquérant une partie d’Israël, avait failli le vaincre. Ils savaient que le parti sadducéen, ami des Grecs, avait préparé les voies au Christianisme, comme les Alexandrins, du reste, comme tous ceuxqui affirmaient que « les dispositions légales, clairement énoncées dans la loi mosaïque, sont seules obligatoires, toutes les autres, émanant de traditions locales ou émises postérieurement, n’ont pas de titre à une observance rigoureuse ». Sous l’influence grecque étaient nés les livres et les oracles qui préparèrent le Messie. Les Juifs hellénisants, Philon et Aristobule, le pseudo Phocylide et le pseudo Longin, les auteurs des oracles sybillins et des pseudo Orphiques, tous ces héritiers des prophètes qui en reprenaient l’œuvre, conduisaient les peuples au Christ. Et l’on peut dire que le véritable Mosaïsme, épuré et grandi par Isaïe, Jérémie et Ézéchiel, élargi, universellement encore par les judéo-hellénistes, aurait amené Israël au Christianisme, si l’Esraïsme, le Pharaïsme et le Talmudisme n’avaient été là pour retenir la masse des Juifs dans les liens des strictes observances et des pratiques rituelles étroites.

Pour garder le peuple de Dieu, pour le mettre à l’abri des influences mauvaises, les docteurs exaltèrent leur loi au-dessus de toutes choses. Ils déclarèrent que sa seule étude devait plaire à l’Israélite, et, comme la vie entière suffisait à peine à connaître et à approfondir toutes les subtilités et toute la casuistique de cette loi, ils interdirent de se livrer à l’étude des sciences profanes et des langues étrangères. « On n’estime pas parmi nous ceux qui apprennent plusieurs langues », disait déjà Josèphe ; on ne se contenta bientôt plus de les mésestimer, on les excommunia. Ces exclusions ne parurent pas suffisantes aux Rabbanites. À défaut de Platon, le Juif n’avait-il pas la Bible, et ne saurait-il entendre la voix des prophètes ? Comme on ne pouvait proscrire le Livre, on le diminua, on le rendit tributaire du Talmud ; les docteurs déclarèrent : « La Loi est de l’eau, la Michna est du vin. » Et la lecture de la Bible fut considérée comme moins profitable, moins utile au salut que celle de la Michna. 

Toutefois, les Rabbanites ne parvinrent pas à tuer du premier coup la curiosité d’Israël, il leur fallut des siècles pour cela, et ce ne fut qu’au quatorzième siècle qu’ils furent victorieux. Après que Ibn Esra, R. Bechaï, Maïmonide, Bedarchi, Joseph Caspi, Lévi ben Gerson, Moïse de Narbonne, bien d’autres encore — tous ceux qui, fils de Philon et des Alexandrins, voulaient vivifier le Judaïsme par la philosophie étrangère — eurent disparu ; après que Ascher ben Jechiel eux poussé l’assemblée des rabbins de Barcelone à excommunier ceux qui s’occuperaient de science profane ; après que R. Schalem de Montpellier eut dénoncé aux dominicains le More Nebouchim, après que ce livre, la plus haute expression de la pensée de Maïmonide, eut été brûlé, après cela les Rabbins triomphèrent.

Ils étaient arrivés à leur but. Ils avaient retranché Israël de la communauté des peuples ; ils en avaient fait un solitaire farouche rebelle à toute loi, hostile à toute fraternité, fermé à toute idée belle noble ou généreuse ; ils en avaient fait une nation misérable et petite aigrie par l’isolement, abêtie par une éducation étroite, démoralisée et corrompue par un injustifiable orgueil. 

Avec cette transformation de l’esprit juif, avec la victoire des docteurs sectaires, coïncide le commencement des persécutions officielles. Jusqu’à cette époque, il n’y avait guère eu que des explosions de haines locales, mais non des vexations systématiques. Avec le triomphe des Rabbanites, on voit naître les ghettos, les expulsions et les massacres commencent. Les Juifs veulent vivre à part ; on se sépare d’eux. Ils détestent l’esprit des nations au milieu desquelles ils vivent : les nations les chassent. Ils brûlent le Moré : on brûle le Talmud, et on les brûle eux mêmes.

Il semble que rien ne pouvait agir encore pour séparer complètement les Juifs du reste des hommes, et pour en faire un objet d’horreur et de réprobation. Une autre cause vint cependant s’ajouter à celles que nous venons d’exposer : ce fut l’indomptable et tenace patriotisme d’Israël. 

Certes, tous les peuples furent attachés au sol sur lequel ils étaient nés. Vaincus, abattus par des conquérants, obligés à l’exil ou à l’esclavage, ils restèrent fidèles au doux souvenir de la cité saccagée ou de la patrie perdue ; mais aucun ne connut la patriotique exaltation des Juifs. C’est que le Grec dont la ville était détruite pouvait ailleurs reconstruire le foyer que bénissaient les ancêtres ; le Romain qui s’exilait amenait avec lui ses pénates : Athènes et Rome n’étaient pas la mystique patrie que fut Jérusalem.

Jérusalem était la gardienne du tabernacle qui recélait les paroles divines ; c’était la cité du Temple unique, le seul lieu du monde où l’on pût efficacement adorer Dieu et lui offrir des sacrifices. Ce ne fut que tard, fort tard, que des maisons de prière s’élevèrent dans d’autres villes de Judée, ou de Grèce, ou d’Italie ; encore, dans ces maisons, se bornait-on à des lectures de la Loi, à des discussions théologiques, et l’on ne connaissait la pompe de Jéhovah qu’à Jérusalem, le sanctuaire choisi. Quand, à Alexandrie, on bâtit un temple, il fut considéré comme hérétique ; et, en fait, les cérémonies qu’on y célébrait n’avaient aucun sens, car elles n’auraient dû s’accomplir que dans le vrai temple, et saint Chrysostome, après la dispersion des Juifs, après la destruction de leur ville, a pu dire justement : « Les Juifs sacrifient en tous les lieux de la terre, excepté là où le sacrifice est permis et valable, c’est-à-dire à Jérusalem. »

Aussi, pour les Hébreux, l’air de la Palestine est-il le meilleur ; il suffit à rendre l’homme savant ; sa sainteté est si efficace que quiconque demeure hors de ses limites est comme s’il n’avait pas de Dieu. Aussi ne faut-il pas vivre ailleurs, et le Talmud excommunie ceux qui mangeront l’agneau pascal dans un pays étranger.

Tous les Juifs de la dispersion envoyaient à Jérusalem l’impôt de la didrachme, pour l’entretien du temple ; une fois dans leur vie ils venaient dans la cité sacrée, comme plus tard les Mahométans vinrent à la Mecque ; après leur mort ils se faisaient transporter dans la Palestine, et les barques étaient nombreuses qui abordaient à la côte, chargées de petits cercueils, qu’on transportait à dos de chameau. 

C’est qu’à Jérusalem seulement, et dans le pays donné par Dieu aux ancêtres, les corps ressusciteraient. Là, ceux qui avaient cru à Iahveh, qui avaient observé sa loi, obéi à sa parole, se réveilleraient aux clameurs des ultimes clairons et paraîtraient devant leur Seigneur. Ce n’est que là qu’ils pourraient se relever à l’heure fixée, toute autre terre que celle arrosée par le Jourdain jaune étant une terre vile, pourrie par l’idolâtrie, privée de Dieu.

Quand la patrie fut morte, quand les destins contraires balayèrent Israël par le monde, quand le temple eut péri dans les flammes, et quand des idolâtres occupèrent le sol très saint, les regrets des jours passés se perpétuèrent dans l’âme des Juifs. C’est fini ; ils ne pourraient plus, au jour du pardon, voir le bouc noir emporter dans le désert leurs péchés, ni voir tuer l’agneau pour la nuit de Pâque, ni porter à l’autel leurs offrandes ; et, privés de Jérusalem pendant leur vie, ils n’y seraient pas conduits après leur mort. 

Dieu ne devait pas abandonner ses enfants, pensaient les pieux ; et de naïves légendes vinrent soutenir les exilés. Auprès de la tombe des Juifs morts en exil, disait-on, Jéhovah ouvre de longues cavernes, à travers lesquelles leurs cadavres roulent jusqu’en Palestine ; tandis que le païen qui meurt là-bas, près des collines consacrées, sort de la terre d’élection, car il n’est pas digne de rester là où la résurrection se fera.

Et cela ne leur suffisait pas. Ils ne se résignaient pas à n’aller à Jérusalem qu’en pèlerins lamentables, pleurant contre les murs écroulés à tel point insensibles dans leur douleur que quelques uns se faisaient écraser par le sabot des chevaux, alors qu’en gémissant ils embrassaient la terre ; ils ne croyaient pas que Dieu, que la ville bienheureuse les avaient abandonnés ; avec Juda Levita, ils s’écriaient : « Sion, as-tu oublié tes malheureux enfants qui gémissent dans 
l’esclavage ? » 

Ils attendaient que leur Seigneur, de sa droite puissante, relevât les murailles tombées ; ils espéraient qu’un prophète, un élu les ramènerait dans la terre promise, et combien de fois les vit-on, au cours des siècles — eux à qui l’on reproche de trop s’attacher aux biens de ce monde — laisser leur maison, leur fortune, pour suivre un messie fallacieux qui s’offrait à les conduire et leur promettait le retour tant espéré ! Ils furent milliers, ceux qu’entraînèrent après eux Serenus, Moïse de Crète, Alroï, et qui se laissèrent massacrer en l’attente du jour heureux.

Chez les Talmudistes, ces sentiments d’exaltation populaire, ces mystiques héroïsmes se transformèrent. Les docteurs enseignèrent le rétablissement de l’Empire juif, et, pour que Jérusalem naquît de ses ruines, ils voulurent conserver pur le peuple d’Israël, l’empêcher de se mêler, le pénétrer de cette idée que partout il était exilé, au milieu d’ennemis qui le retenaient captif. Ils disaient à leurs élèves : « Ne cultive pas le sol étranger, tu cultiveras bientôt le tien ; ne t’attache à aucune terre, car ainsi tu serais infidèle au souvenir de ta patrie ; ne te soumets à aucun roi, puisque tu n’as de maître que le Seigneur du pays saint, Jéhovah ; ne te disperse pas au sein des nations, tu compromettrais ton salut et tu ne verrais pas luire le jour de la résurrection ; conserve-toi tel que tu sortis de ta maison, l’heure viendra où tu reverras les collines des aïeux, et ces collines seront alors le centre du monde, du monde qui te sera soumis. » 

Ainsi, tous ces sentiments divers qui avaient jadis servi à constituer l’hégémonie d’Israël, à maintenir son caractère de peuple, à lui permettre de se développer avec une très puissante et une très haute originalité ; toutes ces vertus et tous ces vices qui lui donnèrent ce spécial esprit et cette physionomie nécessaires pour conserver une nation, qui lui permirent d’atteindre sa grandeur, et plus tard de défendre son indépendance avec une farouche et admirable énergie ; tout cela contribua, quand les Juifs cessèrent de former un État, à les enfermer dans le plus complet, le plus absolu isolement.

Cet isolement a fait leur force, affirment quelques apologistes. S’ils veulent dire que grâce à lui les Juifs persistèrent, cela est vrai ; mais si l’on considère les conditions dans lesquelles ils restèrent au rang des peuples, on verra que cet isolement fit leur faiblesse, et qu’ils survécurent, jusqu’aux temps modernes, comme une légion de parias, de persécutés et souvent de martyrs. Du reste, ce n’est pas uniquement à leur réclusion qu’ils durent cette persistance surprenante. Leur exceptionnelle solidarité, due à leurs malheurs, le mutuel appui qu’ils se donnèrent, y fut pour beaucoup ; et, aujourd’hui encore, alors qu’en certains pays ils se mêlent à la vie publique, ayant abandonné leurs dogmes confessionnels, c’est cette solidarité même qui les empêche de se fondre et de disparaître, en leur conférant des apanages auxquels ils ne sont point indifférents.

Ce souci des intérêts mondains, qui marque un côté du caractère hébraïque, ne fut pas sans action sur la conduite des Juifs, surtout quand ils eurent quitté la Palestine ; et en les dirigeant dans certaines voies, à l’exclusion de tant d’autres, il provoqua contre eux de plus violentes et surtout de plus directes animosités.

L’âme du Juif est double : elle est mystique et elle est positive. Son mysticisme va des théophanies du désert aux rêveries métaphysiques de la Kabbale ; son positivisme, son rationalisme plutôt, se manifeste autant dans les sentences de l’Ecclésiaste que dans les dispositions législatives des rabbins et les controverses dogmatiques des théologiens. Mais si le mysticisme aboutit à un Philon ou à un Spinoza, le rationalisme conduit à l’usurier, au peseur d’or ; il fait naître le négociant avide. Il est vrai que parfois les deux états d’esprit se juxtaposent, et l’Israélite, comme cela est arrivé au Moyen Âge, peut faire deux parts de sa vie : l’une vouée au songe de l’absolu, l’autre au commerce le plus avisé. De cet amour des Juifs pour l’or, il ne peut être question ici. S’il s’exagéra au point de devenir, pour cette race, à peu près l’unique moteur des actions, s’il engendra un antisémitisme très violent et très âpre, il n’en peut être considéré comme une des causes générales. Il fut, au contraire, le résultat de ces causes mêmes, et nous verrons que c’est en partie l’exclusivisme, le persistant patriotisme et l’orgueil d’Israël, qui le poussèrent à devenir l’usurier haï du monde entier.

En effet, toutes ces causes que nous venons d’énumérer, si elles sont générales, ne sont pas uniques. Je les ai appelées générales, parce qu’elles dépendent d’un élément fixe : le Juif. Toutefois, le Juif n’est qu’un des facteurs de l’antisémitisme ; il le provoque par sa présence, mais il n’est pas seul à le déterminer. Des nations parmi lesquelles ont vécu les Israélites, des mœurs, des coutumes, de la religion, du gouvernement, de la philosophie même des peuples au milieu desquels se développa Israël, dépendent les caractères particuliers de l’antisémitisme, caractères qui changent avec les âges et les pays.