jeudi 9 avril 2026

Epic Fail




La guerre en Iran fracture la galaxie MAGA. Même Candace Owens réclame la destitution de Trump et l'appelle « le Roi Fou », l’armée se divise, les limogeages se multiplient et l’économie vacille. L’opération Epic Fury devait renverser Téhéran ; elle pourrait provoquer une regime change… à Washington



par Georges Renard-Kuzmanovic



C'est folie d'entreprendre plus qu'on ne peut. » – Sophocle


La rupture est désormais ouverte. Ce qui n’était encore, il y a quelques jours, qu’un malaise diffus dans la galaxie MAGA est devenu une fracture politique majeure. La guerre contre l’Iran agit comme un révélateur brutal. Une part croissante de l’écosystème « America First », en fait la majorité, se désolidarise de Donald Trump, dénonçant une trahison du cœur doctrinal du trumpisme — le refus des guerres infinies, inutiles, coûteuses et meurtrières à l'étranger. Le mouvement qui l’avait porté au pouvoir au nom du désengagement militaire et du rejet des aventures au Moyen-Orient voit désormais son leader s’enfoncer dans une logique d’escalade, au moment même où l’armée américaine s’enlise, où les pertes s’accumulent et où les risques pour l'économiques mondiale deviennent critiques.

Candace Owens franchit le Rubicon

La bascule la plus spectaculaire vient ce jour de Pâques, le 6 avril 2026, de Candace Owens. Figure centrale de l’écosystème MAGA, longtemps loyale à Trump, elle appelle désormais explicitement à une procédure de destitution. Elle affirme que « C’est une administration satanique » et que « le Congrès doit agir pour faire destituer le Roi Fou Trump ». Plus encore, elle met directement en cause l’état mental du président : « Nos vies à tous pourraient dépendre du fait que d’autres pays réalisent que Trump est profondément malade et entouré de fanatiques religieux qui l’ont convaincu qu’il est un messie. »

Une rupture d’une telle violence politique, venant d’une figure qui incarnait encore récemment l’orthodoxie trumpiste, marque un tournant historique. Owens ne se contente pas de critiquer la guerre, elle accuse l’administration de suivre un schéma classique de changement de régime, affirmant que les États-Unis arment des rebelles, « prétendent que des populations opprimées se libèrent elles-mêmes, puis exécutent un changement de régime et volent les ressources ». Elle conclut sans ambiguïté : « Trump est méprisable. ».

Pour le moins, le malaise est profond.

Une fronde MAGA désormais structurée

Cette rupture ne se limite plus à une voix isolée. Tucker Carlson multiplie les critiques contre la guerre, le rôle d'Israël et de son lobby à Washington. Marjorie Taylor Greene, elle-même égérie relativement hystérique de l'univers MAGA, accuse le président d’avoir « perdu la raison » et affirme : « Notre président n’est pas chrétien et ses paroles et ses actes ne devraient pas être soutenus par des chrétiens. » Glenn Greenwald dénonce l’abandon du discours sur la « libération » de l’Iran pour une stratégie consistant à « bombarder le pays jusqu’à l’âge de pierre ». Joe Kent, l'ancien Delta Force, chef du contreterrorisme américain et nommé par Trump, accuse les médias de promouvoir « cette guerre insensée » contraire aux intérêts américains.

La dynamique est désormais collective. Steve Bannon, ancien stratège de Trump, a averti qu’une intervention élargie contre l’Iran pourrait « faire exploser » la coalition MAGA en trahissant la doctrine anti-guerres, et c'est très exactement ce qui se passe. Thomas Massie, représentant républicain libertarien, très proche du courant anti-intervention accuse Trump d’avoir lancé la guerre et s’est opposé à l’escalade militaire. Rand Paul, sénateur libertarien très influent chez les isolationnistes MAGA, critique la prolongation du conflit et déclaré que l’engagement contre l’Iran pourrait devenir une guerre coûteuse et contraire aux intérêts américains. Etc.
La liste est infinie : Matt Gaetz, Megyn Kelly, Nick Fuentes (l'ultra conservateur fascisant qui appelle carrément à voter Démocrates aux midterms), Andrew Tate, James Fishback, Charles Gambaro, ou le très influent Joe Rogan... leurs colères croisées se nourrissent les unes les autres.

L’idée d’une « guerre civile MAGA » n’est plus une formule journalistique mais une réalité politique : la base anti-interventionniste du trumpisme considère que la guerre contre l’Iran constitue une trahison fondamentale.

L’armée américaine s’enlise, les pertes s’accumulent

Cette fracture intervient dans un contexte militaire de plus en plus préoccupant. Les pertes d’aéronefs américains, ne serait-ce que ceux reconnues officiellement, atteignent un niveau inédit depuis un demi-siècle. Plusieurs appareils de combat et de soutien ont été détruits ou gravement endommagés, révélant la capacité iranienne à contester la supériorité militaire américaine, contrairement à ce qui a été déclaré par Donald Trump. La perspective d’un engagement terrestre, désormais évoquée, inquiète profondément l’establishment stratégique américain.

Le limogeage du chef d’état-major de l’armée de terre, le général Randy George, cristallise cette tension. Officiellement remercié, il aurait en réalité refusé de soutenir une offensive terrestre jugée suicidaire. Selon plusieurs sources internes, il aurait déclaré : « C’est un fou qui va mener les USA à la ruine. » Son départ marque une rupture historique entre la direction civile du Pentagone et l’establishment militaire professionnel.

L’épuration des hauts gradés – cinq généraux, une vingtaine de hauts gradés –, opposés à l’escalade contre l’Iran, révèle un désaccord stratégique profond. De nombreux officiers auraient exprimé leur opposition à l'opération Epic Fury, et encore plus l'idée d'une offensive terrestre en Iran dans le cadre de cette opération. L'avis communément entendu chez les très nombreux frondeurs est que ce conflit entraîne un surengagement stratégique, épuise les ressources américaines, vides les stocks de munitions, conduit au lâchage de l'Ukraine, et expose les États-Unis face à la Russie et à la Chine qui bénéficient stratégiquement de cette guerre mal préparée et mal menée. Or, tout cela est très exactement en train de se produire ; ce qui très certainement accroît le colère d'un Donald Trump agissant comme un enfant gâté.

Pete Hegseth au cœur d’une crise institutionnelle

Le rôle du secrétaire à la Défense – qui s'est fait nommer Secrétaire à la Guerre –, Pete Hegseth, est particulièrement contesté. Ancien commentateur de Fox News, il est accusé de privilégier la loyauté politique à l’expertise militaire. En limogeant des officiers expérimentés – le général Randy George, mais aussi le général C.Q. Brown, l’amiral Lisa Franchetti, le général James Slife ou encore le lieutenant-général Jeffrey Kruse – il est perçu comme démantelant les garde-fous institutionnels de l’armée. Le général C.Q. Brown a déclaré ce 5 avril devant un auditoire à Harvard que « la baisse de confiance dans l’armée est très préoccupante, et que cela commence à éroder l’ordre et la discipline » – situation peu idéale avant une éventuelle large offensive contre l'Iran.

L’armée américaine est progressivement dépouillée de ses cadres les plus expérimentés, remplacés par des fidèles. Dans les cercles militaires, l’inquiétude est profonde, car la guerre contre l’Iran serait désormais pilotée par une logique politique plutôt que stratégique, par des mécanismes de fidélité aveugle à Donald Trump, plutôt que de viser l'efficacité – ce qui est la recette idéale pour un désastre militaire. Plusieurs officiers évoquent une crise de moral sans précédent et la crainte d’être entraînés dans une opération terrestre catastrophique.

Tous rappellent que les deux guerres en Irak ont été préparées pendant plus de 6 mois chacune. Lors de la première guerre en Irak (1991) 540 000 soldats américains avaient été déployés, la coalition totale comptait 956 000 militaires ! Lors de la deuxième guerre d'Irak 150 000 soldats américains sont déployés pour l’invasion initiale 177 000 pour la coalition – en 2003, c'est une doctrine de rapide et de légèreté qui a été choisie et... elle mènera à l’enlisement, c’est pourquoi de nombreux militaires américains considèrent encore 1991 comme une guerre préparée, et 2003 comme une guerre sous-dimensionnée dès le départ.

Or, l'Irak est un pays quatre fois plus petit que l'Iran, bien moins montagneux, et comptait 25 millions d'habitants en 2003. On comprend les angoisses des stratèges américains.

Même la Maison-Blanche s’inquiète

Le doute gagne désormais l’entourage présidentiel. Susie Wiles, cheffe de cabinet de Trump, l'un de ses collaborateurs les plus proches et les plus essentiels, a exhorté les collaborateurs à dire la vérité au président : « Il faut être plus franc avec le patron. » Elle craint que Trump ne reçoive une vision trop optimiste de la situation et ne comprenne pas les risques réels pour l'économie, comme les risques politiques. Selon des sources internes, « une prise de conscience grandissante s’est installée, la situation pourrait être en train d’échapper à leur contrôle ».

Peggy Noonan, ancienne conseillère des Président Reagan et Bush dresse un portrait au vitriol dans le Wall Street Journal, « Une République, pas une humeur.

La présidence est devenue trop dépendante de l’ego et du tempérament de l’homme en fonction.
»

Chaque jour qui passe entraîne l’administration dans une spirale négative. L’Iran multiplie les représailles, ses missiles et ses drones volent toujours et en masse. les bases américaines sont largement détruites. Les Etats du Golfe sont au bord du précipisse. Les soutiens internationaux s’effritent. Les prix de l’énergie s’envolent. Les chaînes d'approvisionnement mondiales sont déjà lourdement impactées. Une crise agricole mondiale menace. Les sondages sont alarmants. La perspective d’un enlisement militaire devient une obsession. C'est Jacques Sapir qui résume le mieux les risques mondiaux dans cet article sur Fréquence Populaire et cette émission Vers un choc économqiue mondial ?

Le sommet de l’État se désagrège

Parallèlement à la fracture MAGA et aux tensions militaires, le sommet de l’État américain se fissure. Après le limogeage du chef de l’ICE puis celui de Kristi Noem, c’est la ministre de la Justice Pam Bondi qui est sacrifiée. Les dossiers Epstein menacent et il faut révéler ce qui ne l'est pas encore. Tous des fidèles de Trump, utilisés comme fusibles face à une pression politique croissante pour sa destitution.

La marche « No Kings » du 28 mars a réuni entre huit et neuf millions de manifestants. Les organisateurs annoncent désormais un appel à la grève générale le 1er mai, soutenu pour la première fois par la confédération syndicale AFL-CIO – du jamais vu depuis la guerre du Vietnam et... en à peine un mois de guerre. C'est même une évolution exceptionnelle dans l’histoire américaine : une direction syndicale nationale appelant à une grève générale politique visant un président en exercice.

Cette mobilisation de masse exerce une pression directe sur l’appareil d’État. Les limogeages successifs apparaissent comme autant de tentatives de contenir une crise politique grandissante. Le député républicain Thomas Massie a lui-même lancé un avertissement public : « Félicitations, procureur général Blanche. Vous avez maintenant 30 jours pour publier le reste des dossiers avant d’être pénalement responsable de non-respect de la loi sur la transparence des dossiers Epstein. »

Une crise systémique – guerre, économie, pétrodollar

La fracture MAGA se nourrit aussi d’une inquiétude économique majeure. La fermeture du détroit d’Ormuz menace l’approvisionnement énergétique mondial. Les prix du pétrole flambent. L’inflation repart. Les marchés financiers s’inquiètent.

Plus grave encore, certains analystes évoquent un risque pour le pétrodollar lui-même. Une guerre prolongée contre l’Iran pourrait accélérer la dédollarisation du commerce énergétique. Or, le statut du dollar constitue l’un des piliers du financement de la dette américaine. Une remise en cause ouvrirait une crise budgétaire majeure.

Mais plus encore, ce sont les milliardaires, les grands banquiers américains, les chefs des puissants fonds de pensions, la banque centrale, la FED, qui sont les plus inquiets et qui ont le plus de levier d'action – tous ce qui a été dit précédemment leur est secondaire, ce qui les inquiète ce sont les conséquences pour l'avenir du pétrodollar et donc pour la domination du dollar sur l'économie mondiale et donc sur leur propre pouvoir pourraient être catastrophiques.

Dans ce contexte, la guerre apparaît de plus en plus comme une impasse stratégique. L’objectif initial – un changement de régime rapide et la prise de contrôle des flux énergétiques iraniens – s’éloigne de jour en jour. L’escalade militaire renforce au contraire la cohésion des adversaires des États-Unis.

La ruse de l’histoire

L’opération américano-israélienne lancée contre l’Iran visait un « regime change » rapide, la sécurisation du pétrole et du gaz iraniens, et, par voie de conséquence, un affaiblissement stratégique des BRICS, donc indirectement de la Chine et de la Russie. L’histoire pourrait en décider autrement.

L’aventure pourrait se solder par une rare ruse de l'histoire. Nous pourrions assister, non pas un changement de régime à Téhéran, mais une crise politique majeure à Washington et... un éventuel « regime change » aux Etats-Unis par une procédure d'impeachment . Nous pourrions assister, non pas un affaiblissement des BRICS, mais leur renforcement. Nous pourrions assister non pas une consolidation du dollar, mais une accélération de la dédollarisation... non pas une démonstration de puissance américaine, mais à la révélation au monde entier de ses limites.

L’opération « Epic Fury » pourrait ainsi entrer dans l’histoire sous un autre nom, Epic fail.

Sic transit gloria mundi... et... espérons que la folie, l'hubris, la rage mégalomaniaque ne conduise pas à l'usage de l'arme nucléaire ; ce serait un Epic Fail pour l'humanité toute entière.



Pourquoi les religions ont-elles interdit les intérêts et comment cette interdiction a-t-elle été contournée ?




Aujourd’hui, personne ne s’étonne qu’une banque accorde un prêt à 15 % par an. Mais il y a environ 500 ans, un tel taux d’intérêt aurait été considéré non seulement comme un vol, mais aussi comme un péché capable de détruire l’âme. Qu’est-il advenu de ce tabou ?

Pourquoi presque toutes les grandes religions du monde ont-elles interdit les intérêts ? Et surtout, comment ont-elles fait face à cette interdiction alors que la vie dictait ses conditions ?

De la Mésopotamie au Moyen Âge

Les premières interdictions de l’usure ne sont pas apparues dans les textes religieux, mais dans les codes législatifs. Dans l’ancienne Mésopotamie, la loi de Hammurabi limitait le taux d’intérêt des prêts de céréales à 33,3 % et celui des prêts d’argent à 20 %. Les intérêts sur les intérêts (l’usure) étaient punissables. Il s’agissait d’une restriction rationnelle dans une société où les dettes pouvaient facilement conduire à l’esclavage.

Plus tard, les interdictions ont pris une connotation morale. L’Ancien Testament dit : « Tu ne prêteras pas à intérêt à ton frère » (Deutéronome 23:19). Dans le judaïsme, cela interdisait d’exploiter les membres pauvres de sa propre tribu. Il était permis de prêter de l’argent avec intérêt à un « étranger ». Mais cette interdiction a ensuite été étendue à d’autres. Par exemple, Philon d’Alexandrie a tenté d’interpréter le terme « frère » de manière plus large comme désignant tout membre de la communauté juive.

L’intérêt comme vice moral dans le christianisme

Dans le Nouveau Testament, comme nous le savons, les règles sont encore plus strictes. Jésus dit explicitement : « Prêtez sans rien attendre en retour » (Luc 6:35). Il ne s’agit plus d’appartenir à un peuple, mais d’un principe éthique universel. Cependant, même ici, les choses ne sont pas si simples. Dans la même parabole de l’Évangile (Luc 19:23), le héros reproche à son serviteur de ne pas avoir mis l’argent à la banque pour gagner des intérêts. Quelque chose suggère que la morale est la morale, mais que l’argent ne doit pas rester inactif.

Au Moyen Âge, l’Église interprétait tout sans ambiguïté. L’intérêt était considéré comme un péché parce qu’il était perçu pour le temps, et le temps appartient à Dieu. L’usure était comparée au vol. L’argent, comme on le disait alors, ne devait pas générer d’argent.

Élément de justice sociale dans l’islam

La position religieuse la plus stricte du Coran est qu’il interdit le ribā (l’intérêt) et l’assimile à la décadence morale : « Ils diront : Le commerce est comme la croissance.

Mais Allah a permis le commerce et interdit la croissance » (Sourate 2:275). Les hadiths comparent l’usure à l’inceste en termes de gravité du péché. Dans la société arabe préislamique, les taux d’intérêt avaient tendance à doubler ou à tripler, et ces pratiques faisaient l’objet de critiques.

Curieusement, l’islam a développé tout un système financier parallèle dans lequel les profits ne sont pas générés par les intérêts, mais par des plans de capital, tels que les sociétés, les baux et les coentreprises. Les banques islamiques modernes continuent de fonctionner selon cette logique.

Aristote et les philosophes

Mais les religions n’étaient pas les seules à s’opposer à l’usure. Aristote pensait également qu’elle était contre nature. Il a écrit : « L’argent ne doit pas engendrer l’argent ». En d’autres termes, l’argent doit être un moyen d’échange, pas un outil pour gagner de l’argent. Cette idée a ensuite eu un impact considérable sur la pensée chrétienne, en particulier sur la scolastique.

La peur sociale de l’endettement

Il faut se rappeler comment vivaient les gens pour comprendre l’aversion généralisée pour l’intérêt. Une mauvaise récolte, une guerre ou une maladie peuvent endetter une personne. Sa maison, sa famille et sa liberté sont alors hypothéquées. En Mésopotamie, il était possible de tomber en esclavage pour dettes, non pas au sens figuré, mais au sens propre. Dans la Rome antique, les enfants pouvaient être vendus pour payer des dettes.

Comment l’interdiction a été contournée

L’interdiction des intérêts est, par essence, une tentative de protéger les faibles. Il ne s’agissait pas seulement d’un impératif moral, mais aussi d’un outil de stabilisation : on ne devait pas permettre à une personne de s’appauvrir tandis qu’une autre s’enrichissait à ses dépens.

Lorsque la société considère que quelque chose est un péché, mais qu’elle ne peut s’en passer, des lacunes juridiques apparaissent. C’est précisément ce qui s’est passé avec les intérêts. Malgré les interdictions, le commerce s’est développé, les commerçants sont devenus banquiers et l’économie a exigé des instruments de crédit. Cependant, afin de ne pas enfreindre formellement les interdictions, des solutions alternatives ont été trouvées.

L’association plutôt que le crédit

Au lieu de prêter de l’argent, les gens ont commencé à conclure des accords d’investissement. L’argent était censé être investi dans une cause commune, et les « intérêts » n’étaient plus une récompense pour le temps passé, mais une part honnête des bénéfices.Dans le judaïsme, cela a été formalisé sous la forme d’un accord hetter iska, dans lequel l’emprunteur devenait associé.

Dans l’islam, on utilisait les systèmes mudaraba et musharaka : une partie apportait le capital, l’autre travaillait et les bénéfices étaient partagés.

Dans la tradition chrétienne, on utilisait la societas, une forme romaine de société avec partage des risques.

Il s’agissait essentiellement d’un prêt déguisé en investissement. Cependant, comme les bénéfices n’étaient pas garantis, l’interdiction n’était pas enfreinte.

Vente avec rachat

L’une des solutions les plus courantes est la double vente. Le vendeur vend les biens à tempérament à un prix plus élevé et les rachète immédiatement à un prix inférieur. La différence de prix correspond en substance à l’intérêt.Dans la tradition islamique, cette méthode est connue sous le nom d’« īna ».
En Europe chrétienne, elle était appelée « scrocco » ou « mohatara ».

D’un point de vue juridique, tout semblait légitime : il ne s’agissait que de deux transactions. Mais tout le monde comprenait qu’il s’agissait d’un prêt déguisé.

Compensation des pertes

Dans la tradition catholique, plusieurs concepts ont vu le jour en même temps, permettant de justifier les intérêts comme une compensation équitable :

Damnum emergens est la compensation des dépenses réelles (par exemple, si le prêteur perd la possibilité d’utiliser son argent).

Lucrum cessans est la compensation des bénéfices perdus.

Poena conventionalis est une pénalité pour retard de paiement.

Tous ces arguments ont permis de percevoir des intérêts « à l’amiable », comme s’il ne s’agissait pas d’une question de temps, mais de justice. En conséquence, les intérêts sont revenus en Europe par la petite porte, d’abord dans le droit commercial, puis dans la pratique bancaire.

L’ironie, c’est que l’Église était également impliquée !

Paradoxalement, même l’Église, qui interdisait l’usure, gagnait de l’argent grâce aux prêts. Comment ? Par le biais de prête-noms, de constructions juridiques et d’intermédiaires. Au XIVe siècle, en Italie, les institutions ecclésiastiques participaient déjà ouvertement au financement, appelant les intérêts « contributions », « compensation du risque », etc.

L’interdiction des intérêts n’a pas duré pour deux raisons. Premièrement, les marchés sont devenus plus complexes. Les commerçants voyageaient entre les villes et le commerce nécessitait des capitaux circulants. Sans prêts, les entreprises ne pouvaient tout simplement pas se développer.

Deuxièmement, une nouvelle philosophie est apparue : l’argent a de la valeur. Si vous donnez votre argent à quelqu’un d’autre, vous perdez la possibilité de le gagner vous-même. Il est donc logique de demander une compensation. Cette idée a prévalu pendant la Renaissance et a finalement triomphé avec l’avènement du capitalisme.

Aujourd’hui

Dans le monde moderne, les intérêts sont à la base de tout le système bancaire. Les interdictions ont presque complètement disparu et ne subsistent que dans le système bancaire islamique, où les systèmes sans ribā sont toujours en vigueur. Mais même là, tout ressemble à un investissement, à un loyer ou à un échange. Ce ne sont que des noms différents pour désigner la même chose : les intérêts.

Les interdictions sur les intérêts n’étaient pas un caprice de fanatiques, mais un moyen logique de freiner le fléau de la dette. Cependant, à mesure que la société s’est stabilisée et que le marché est devenu une institution clé, la logique de l’interdiction a perdu de sa pertinence. Il ne restait plus qu’une chose : la mémoire morale que l’argent peut être un instrument de développement et un moyen de destruction.



mercredi 8 avril 2026

Les États-Unis de Trump glissent-ils vers une "dérive politico-religieuse" ?




Depuis plusieurs mois, une succession d’épisodes impliquant le président américain Donald Trump et son entourage alimente un débat sur une possible "dérive religieuse" au sein de l’exécutif américain, où le discours chrétien évangélique occupe une place de plus en plus visible.

Une vidéo d’événement de Pâques rapidement supprimée

La suppression discrète par la Maison-Blanche d’une vidéo liée à un événement de Pâques et les propos d’une conseillère présidentielle ont suscité de nombreuses réactions.

Dans cette séquence, initialement publiée puis retirée du site officiel, une réunion dans la salle Est de la Maison-Blanche basculait d’un moment de prière vers un discours de louanges politiques adressées à Donald Trump.

La conseillère spirituelle du président, Paula White, 59 ans, y établissait un parallèle direct entre les combats judiciaires et politiques de Donald Trump et la crucifixion de Jésus-Christ.
Elle déclarait notamment que "Jésus a montré que les grandes transformations nécessitent de grands sacrifices", avant d’ajouter à l’adresse du président :

Monsieur le Président, personne n’a payé le prix que vous avez payé.
Évoquant les procédures judiciaires et les attaques politiques visant Donald Trump, elle estimait qu’il avait été "trahi, arrêté et faussement accusé", établissant une comparaison implicite avec les souffrances du Christ, notamment en référence à la tentative d’assassinat de Butler en Pennsylvanie et à son arrestation en 2023 en Géorgie dans le cadre de l’affaire liée à la contestation de l’élection de 2020.


Son "âme est assurée d’aller au paradis"

Selon les éléments disponibles, la cérémonie avait initialement été organisée à huis clos, avec une liste d’invités restreinte composée de proches du mouvement MAGA.

Parmi eux figurait notamment Franklin Graham, fils du pasteur évangélique Billy Graham, qui avait adressé une lettre à Donald Trump affirmant que son "âme est assurée d’aller au paradis", après sa médiation dans un cessez-le-feu entre Israël et le Hamas.
La présence d’autres figures religieuses a également suscité des critiques. L’intervention de l’évêque catholique ultra-conservateur Robert Barron a été qualifiée par certains détracteurs "d’exercice de blasphème". D’autres invités, proches de l’entourage politique et médiatique du président, étaient également présents, dont Erika Kirk, veuve de Charlie Kirk, régulièrement invitée lors d’événements liés à Donald Trump.

Une conseillère spirituelle au cœur de la polémique

Parallèlement, Paula White a tenu récemment des discours controversés à destination de la communauté chrétienne américaine, notamment autour des dons financiers à son ministère. Elle y appelle les fidèles à verser "le premier dixième de leurs revenus", expliquant que ces contributions servent à financer des actions humanitaires et religieuses, allant de l’aide aux mères célibataires à la lutte contre la traite humaine, en passant par des programmes d’aide alimentaire et des initiatives en Israël depuis octobre 2023.

Elle affirme également que ces dons permettent de "répandre l’Évangile dans le monde entier", exhortant les fidèles à soutenir son ministère via différentes plateformes de paiement en ligne.

"Nous redédions l’Amérique à une nation sous Dieu"

Dans ce contexte, Donald Trump a lui-même renforcé cette rhétorique religieuse. Le 6 février 2026, dans un discours de portée générale, il a mis en avant la foi, le patriotisme et les principes fondateurs des États-Unis, évoquant le rôle de Dieu dans la liberté et les droits fondamentaux.

Il a également salué la progression du recrutement militaire, défendu des systèmes basés sur le mérite dans l’éducation et la défense, et annoncé son intention de "redédier l’Amérique comme une nation sous Dieu" lors d’un grand événement de prière nationale.

En mars, une autre séquence a suscité de nombreuses réactions en ligne : Donald Trump a reçu des pasteurs dans le Bureau ovale pour une séance de prière. Autour du bureau présidentiel, plusieurs responsables religieux ont prié pour la nation et les forces armées, imposant parfois les mains sur le président.

La scène, diffusée sur les réseaux sociaux par une conseillère en communication de la Maison-Blanche, a divisé l’opinion. Certains internautes ont exprimé leur incompréhension face à ce rituel jugé inhabituel dans le cadre institutionnel de la présidence américaine, tandis que d’autres y ont vu un moment de soutien spirituel au chef de l’État.

Un discours religieux également présent sur la scène internationale

Cette inflexion religieuse se retrouve aussi dans la lecture géopolitique de certaines crises. Dans le contexte des tensions au Moyen-Orient, des responsables américains et israéliens ont été accusés de recourir à une rhétorique religieuse pour justifier le conflit avec l’Iran.

Selon plusieurs témoignages relayés par des observateurs et médias locaux, des militaires américains auraient été informés que le conflit s’inscrivait dans une perspective "apocalyptique", certains évoquant des références bibliques à la fin des temps.

Le secrétaire d’État Marco Rubio a qualifié le régime iranien de dirigé par des "fanatiques religieux", tandis que le secrétaire à la Défense Pete Hegseth a évoqué des "régimes insensés" guidés par des "illusions prophétiques".

Côté israélien, le Premier ministre Benyamin Netanyahou a également été critiqué pour ses références à la Torah, comparant l’Iran à des ennemis bibliques anciens, notamment les Amalécites, historiquement associés dans la tradition juive à une figure du mal absolu.

Une campagne militaire américaine au Nigeria justifiée par la protection des chrétiens

Dans le prolongement de cette rhétorique sécuritaire à dimension religieuse, les États-Unis ont effectivement mené des frappes aériennes dans l’État de Sokoto, dans le nord-ouest du Nigeria, visant des positions de Daech, selon des annonces conjointes du président Donald Trump et du commandement américain pour l’Afrique.
Le président Donald Trump a présenté ces frappes comme une réponse directe aux violences attribuées aux groupes armés contre les communautés chrétiennes dans la région. Sur sa plateforme Truth Social, il a déclaré avoir mis en garde les responsables terroristes, affirmant que "s’ils ne mettaient pas fin au massacre des chrétiens, ils en paieraient le prix".

Il a également salué ce qu’il a décrit comme des "frappes parfaites" menées par le département de la Défense, tout en promettant de nouvelles opérations si les attaques se poursuivaient.
Les autorités nigérianes ont confirmé la réalité de frappes américaines "de précision" contre des cibles terroristes, tout en réaffirmant leur engagement dans une coopération sécuritaire avec leurs partenaires internationaux, dont les États-Unis, afin de lutter contre le terrorisme et l’extrémisme violent.

Toutefois, des organisations de suivi des violences politiques estiment par ailleurs que la majorité des victimes des groupes terroristes dans le pays sont musulmanes, nuançant fortement le cadrage exclusivement religieux du conflit avancé dans certains cercles politiques américains.

Une frontière de plus en plus floue entre foi et politique

À travers ces différents épisodes, discours présidentiels, cérémonies religieuses à la Maison-Blanche, rhétorique géopolitique et prises de position de son entourage, l’administration Trump semble inscrire de plus en plus son action dans une narration religieuse assumée.

Une évolution qui alimente, aux États-Unis comme à l’international, les interrogations sur la place du religieux dans l’exercice du pouvoir au sein de la première démocratie occidentale.



La christianisation du savoir



La « christianisation du savoir » a été une talmudisation de l’esprit occidental.




Par Laurent Guyénot


Cambridge University Press a publié en 2023 un ouvrage perspicace du jeune professeur Mark Letteney, intitulé "The Christianization of Knowledge in Late Antiquity: Intellectual and Material Transformations". Il traite de l’influence de la faction chrétienne radicale dirigée par Athanase d’Alexandrie, qui s’imposa lors du concile de Nicée en 325. Elle fut par la suite marginalisée par Constantin vieillissant, ses fils et leurs successeurs, avant de regagner les faveurs impériales sous Gratien et Théodose, après quarante ans de lutte contre les évêques modérés et anti-nicéens qui insistaient sur la subordination du Fils au Père. Finalement, ils ont réussi à purger l’Église de leurs ennemis et à imposer non seulement leur dogme, mais aussi leur conception de la vérité et leur méthode pour la rechercher. C’est alors, écrit Letteney, qu’ « un ensemble de pratiques savantes conçues pour la controverse théologique s’est généralisé et est devenu central de la fin du IVe siècle au milieu du Ve siècle, en raison de la domination chrétienne nicéenne. »[1] L’agrégation et la distillation de traditions faisant autorité, fondées sur les Écritures, devinrent la procédure standard pour acquérir la connaissance, même dans les domaines profanes, conduisant à une stérilisation de l’esprit scientifique hellénique pendant un millénaire — jusqu’à la Renaissance.

Comme parfait exemple de la mentalité formatée par le totalitarisme nicéen, Letteney cite le moine Vincent de Lérins, mort vers 445 :


« Vincent de Lérins rédigea pour lui-même deux "commonitoria" : des aide-mémoires qui exposaient, dans un langage dépouillé, la méthode permettant de savoir “comment et selon quelle règle sûre (pour ainsi dire générale et commune) je pourrais distinguer la vérité de la foi catholique du mensonge d’une hérésie perverse”. Après avoir passé en revue le champ des “hommes éminents en sainteté et en savoir”, il parvint à la conclusion qu’il pouvait détecter l’hérésie et rester pur dans sa propre foi en se référant à deux ressources : premièrement, “l’autorité de la loi divine” et, deuxièmement, “la tradition de la communauté catholique” ».[2]

Cette approche de la vérité s’oppose à la manière dont les philosophes « païens » menaient leur propre quête de la vérité, en se fiant au logos plutôt qu’à une quelconque autorité livresque. Letteney prend pour exemple le néoplatonicien Proclus, « l’un des rares traditionalistes déclarés dans l’entourage de la cour de Théodose II ». Il commence son ouvrage Dix questions sur la Providence par une apologie qui semble être une critique directe de la méthodologie chrétienne :


« Interrogeons-nous donc, et soulevons des questions dans le secret de notre âme, afin de nous exercer à les résoudre. Peu importe que nous discutions ou non de ce qui a été dit par les penseurs qui nous ont précédés. Tant que nous exprimons ce qui correspond à notre propre point de vue, nous pouvons considérer que nous exprimons et écrivons ces opinions comme si elles étaient les nôtres. »[3]

Proclus fut le dernier platonicien dont les œuvres ont survécu. Lorsque l’empereur Justinien ferma l’Académie en 529, les professeurs restants cherchèrent refuge auprès du roi perse Khorsau Ier, emportant avec eux tous les précieux rouleaux qu’ils pouvaient. Nous ne savons pratiquement rien d’eux, à part leurs noms.

Les œuvres de Proclus lui-même auraient probablement disparu sans l’un de ses disciples de la fin du Ve ou du début du VIe siècle, qui écrivit sous le nom de Denys l’Aréopagite (un personnage converti par saint Paul à Athènes selon Actes 17,34) trompant ainsi les gardiens de l’orthodoxie chrétienne par leurs propres critères de vérité. Au Moyen Âge, ce corpus pseudo-dionysien fut considéré comme ayant une autorité quasi apostolique et, comme il intègre un grand nombre de principes métaphysiques de Proclus, il permit à Proclus de passer pour un proto-chrétien et à son œuvre d’être préservée dans les bibliothèques chrétiennes.

D’une manière générale, il n’y eut pas de philosophie indépendante durant le Moyen Âge, puisque la philosophie (y compris la « philosophie naturelle », que nous appelons aujourd’hui « science ») était subordonnée à la théologie. Seule une poignée de philosophes parvint à contourner la censure en se soumettant ostensiblement aux dogmes chrétiens, tandis qu’un plus grand nombre étaient traités d’ « hérétiques », leurs livres et leurs corps réduits en fumée et en cendres. Un cas particulier est celui de Boèce (vers 480-524), un théologien de renom qui, alors qu’il attendait la mort dans la prison du roi goth Theodoric pour avoir conspiré avec le pape et l’empereur, abandonna complètement le prétexte de la théologie et confia son âme à Dame Philosophia dans La "Consolation de la philosophie", un ouvrage dans lequel le Christ brille par son absence.

Jésus chez les fous

L’histoire de la christianisation, de Constantin à Justinien, peut être divisée en quatre étapes. La première étape correspond au règne de Constantin lui-même, qui légalisa et éleva le christianisme, faisant des évêques des figures politiques influentes. Il tenta également de mettre fin à leurs querelles doctrinales, craignant qu’« ils ne suscitent peut-être la colère de la Divinité suprême non seulement contre le genre humain, mais aussi contre moi-même, à qui Il a confié, par Son signe céleste, la régulation de toutes choses » (Constantin cité par Optatus dans "Contre les donatistes", appendice 3). À cette fin, il convoqua les évêques à Nicée en 325 et les contraignit à s’accorder sur une profession de foi : le résultat fut le célèbre Credo de Nicée, qui affirme que le Père et le Fils sont homoousios, c’est-à-dire de même essence ou substance (ousia). Ce fut une victoire pour le parti anti-Arius mené par le jeune Athanase d’Alexandrie, qui devint évêque d’Alexandrie trois ans plus tard et resta actif jusqu’à sa mort quarante-cinq ans plus tard. Mais Nicée ne mit pas fin aux querelles et, à la fin de sa vie, Constantin fut déçu par l’arrogance, l’intransigeance et la violence d’Athanase et de son parti. Il exila Athanase et se rangea du côté du modéré Eusèbe de Nicomédie, qui prônait l’abandon de la terminologie homoousios au profit d’une formule plus consensuelle et compatible avec l’Évangile, affirmant que le Fils était simplement « comme » ou « semblable » (homoios) au Père. Constantin reçut le baptême des mains d’Eusèbe.

La deuxième phase de la christianisation correspond aux quarante-deux années restantes (337-378) des dynasties constantinienne et valentinienne (à l’exception des 18 mois de l’« apostat » Julien), durant lesquelles le christianisme homéen constituait l’orthodoxie défendue par les empereurs. En 357, un concile fut convoqué à Sirmium (aujourd’hui en Serbie), qui condamna formellement l’usage du concept aristotélicien d’ousia, et affirma que « le Père est supérieur au Fils en honneur, dignité, splendeur, majesté, et dans le nom même de Père, comme le Fils lui-même en a témoigné : “Celui qui m’a envoyé est plus grand que moi.” » En janvier 360, le fils de Constantin, Constance, qui était alors l’unique souverain de l’Empire, présida un concile à Constantinople, qui déclara :


« Quant au terme “essence” (ousia), qui a été adopté par les Pères sans réflexion appropriée et qui, étant inconnu du peuple, a causé offense, car les Écritures ne le contiennent pas, il a été décidé qu’il devait être supprimé et qu’à l’avenir, il ne devait plus être mentionné du tout, puisque les saintes Écritures ne font nulle part mention de l’essence du Père et du Fils. Le terme “hypostase” ne doit pas non plus être utilisé à propos du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Nous déclarons que le Fils est semblable (homoios) au Père, comme le déclarent et l’enseignent les Écritures divines. »[4]

Était présent à ce concile Ulfilas, l’évêque de Gothie ordonné par Eusèbe de Nicomédie, qui avait conçu une écriture et traduit la Bible pour les Goths. Les empereurs suivants, Valens et Valentinien, restèrent fidèles au credo homéen, et c’est Valens qui autorisa les Goths thervinges à s’installer au sud du Danube, à condition qu’ils se convertissent à la religion de l’Empire. Par la suite, le christianisme homéen fut adopté par tous les peuples germaniques s’installant au sein de l’Empire, à l’exception des Francs, arrivés plus tardivement.

Au cours de cette période, cependant, le parti nicéen resta puissant et actif à Alexandrie et à Antioche, et obtint le soutien de l’évêque de Rome (qui n’était pas encore « pape »). Depuis ses différentes villes d’exil (il fut exilé à cinq reprises), Athanase écrivit et diffusa d’innombrables lettres et livres contre les homéens, qu’il appelait toujours « ariens » (à tort, puisque Arius avait insisté sur la « dissemblance » entre le Fils et le Père et n’est jamais mentionné par les homéens).[5] Son traité le plus influent fut sa Lettre concernant les décrets du concile de Nicée, un compte rendu complet et une défense du concile en 32 chapitres, probablement rédigé pendant son troisième exil (356-362).

Peu après la mort d’Athanase en 373, le parti nicéen gagna les faveurs du jeune empereur d’Occident Gratien (367-383), fils de Valentinien. La décision de Gratien fut peut-être motivée en partie par le choc provoqué par la défaite humiliante des Romains face aux Goths lors de la bataille d’Andrinople en 378, où son oncle Valens trouva la mort. Gratien nomma Théodose, fervent partisan de Nicée, à la tête de l’Empire d’Orient. Cela marque le début de la troisième phase de la christianisation. On peut l’appeler l’ère théodosienne, car Théodose régna à la fois sur l’Orient et l’Occident après la mort de Gratien, et ses descendants régnèrent jusqu’en 457. Le 27 février 380, Gratien et Théodose promulguèrent l’édit de Thessalonique, qui fit du christianisme nicéen la seule forme légale de christianisme. Athanase fut canonisé, et tous ses ennemis furent éliminés. Le credo homéen fut qualifié de « blasphème de Sirmium », et les homéens passèrent à la postérité comme « ariens », un terme qui fut par la suite appliqué à de nombreux hérétiques, y compris les cathares au XIIIe siècle. L’Église de Nicée, désormais connue sous le nom d’Église catholique, devint extrêmement riche et puissante. Selon les mots de Peter Brown : « C’est l’accélération de l’afflux des riches dans les églises chrétiennes au cours de la période postérieure à 370 — et non la conversion de Constantin en 312 — qui marque le véritable début du catholicisme triomphant du Moyen Âge. »[6] C’était l’époque d’Ambroise, de Jérôme, d’Augustin, de Paulin de Nola, de Martin de Tours, de Priscillien d’Avila et d’autres auteurs prolifiques dont la littérature est devenue le patrimoine sacré de l’Église, tandis que les écrits de leurs adversaires ont été victimes d’un nettoyage culturel. À propos de ces clercs victorieux, Peter Brown écrit :


« Ces hommes étaient des ultras. Ils étaient connus pour leur loyauté sans compromis envers le Credo de Nicée […] Ils étaient prêts à rejeter l’establishment ecclésiastique mis en place par Constantin et son fils Constance II, le qualifiant de tyrannie archaïque et orgueilleuse. […] Bien qu’ils fussent peu nombreux, ils se distinguaient par leurs liens avec des personnes riches et puissantes. »[7]

La fin de la dynastie théodosienne fut bientôt suivie en Occident par le bouleversement politique que nous connaissons communément sous le nom de « chute de l’Empire romain », tandis que la partie orientale de l’Empire se transforme comme par magie en « Empire byzantin » dans nos livres d’histoire. En réalité, l’ordre et la civilisation romains ne se sont pas effondrés en Occident, mais sont passés sous la domination politique des rois germaniques (principalement des Goths) et sous la tutelle religieuse de l’Église homéenne. Cela prit fin sous la dynastie de Justinien, qui constitue le quatrième et dernier acte de la christianisation, si l’on entend par là le triomphe du christianisme nicéen (lire ici).
La théologisation du savoir


Lorsque les apologistes nicéens formèrent la nouvelle élite dirigeante, ils imposèrent leur conception de la connaissance et leurs règles pour y parvenir, et celles-ci allaient dominer la culture occidentale pendant mille ans — sans produire la moindre avancée dans un quelconque domaine du savoir. Letteney montre que l’influence intellectuelle de ces hommes, dont la mentalité avait été façonnée par quarante ans de controverses doctrinales, s’est étendue au-delà de la théologie et de la religion. En quelques décennies, « la culture livresque chrétienne est devenue la culture livresque romaine ».[8]

La nouvelle méthode consistait à subordonner la vérité à l’autorité. Les Écritures constituaient le fondement de la connaissance. Étant inspirées par Dieu, elles sont vraies par définition. Viennent ensuite les interprétations des Écritures par les Pères de l’Église, qui doivent être rassemblées et classées, un processus que Letteney appelle « agrégation ». Les interprétations déclarées inspirées par le Saint-Esprit sont celles auxquelles il faut se fier. Elles doivent à leur tour être distillées en formules dogmatiques, qui sont promulguées et rendues juridiquement contraignantes. Si, comme cela arrive inévitablement, ces formules dogmatiques font l’objet d’interprétations contradictoires, alors de nouvelles voix faisant autorité doivent en affirmer l’interprétation correcte. Et ainsi de suite. Cette méthode d’acquisition de la connaissance « s’est répandue à la suite du concile de Nicée, d’abord parmi les chrétiens, puis finalement à travers tout le spectre de la production savante de l’époque théodosienne. »[9] Dès lors, « les énoncés de vérité universelle reposaient sur une collation de sources et sur l’agrégation d’opinions antérieures concernant le sujet en question ».[10]


« Cette structure de la connaissance, propre au christianisme, ne resta pas longtemps l’apanage exclusif des théologiens. Une certaine manière d’envisager la vérité — notamment un intérêt fondamental pour la vérité universelle elle-même, considérée comme une quête digne d’intérêt — quitta les sphères élitistes des débats théologiques pour s’étendre à d’autres domaines du savoir. À travers le paysage idéologique et intellectuel de l’empire théodosien, les érudits ont recherché des vérités universelles dans leurs propres domaines d’expertise, et ils l’ont fait en utilisant une méthode d’agrégation, de distillation et de promulgation initialement conçue pour régler une controverse théologique épineuse. Les érudits chrétiens comme les traditionalistes ont adopté cette méthode dans leurs travaux sur le droit, l’histoire et les sujets divers. »[11]

Le droit, quintessence du génie romain, fut le premier domaine touché en dehors de la théologie, et cela a donné le Code Théodosien, une compilation des lois des empereurs chrétiens de 311 à 437, préparée pour Théodose II. « La première étape, tant pour Athanase que pour le Code Théodosien, consiste à rassembler les travaux savants antérieurs, indépendamment de leur validité ou de leur autorité. […] La deuxième étape consiste à distiller ces travaux en une œuvre de vérité universelle. »[12]
Christianisme et talmudisation des esprits


Letteney note en passant que le nouveau concept et la nouvelle pratique de la vérité présentent une similitude frappante avec la mentalité talmudique qui s’est imposée simultanément dans le monde juif (le Talmud de Jérusalem a été compilé en Galilée entre la fin du IVe siècle et le début du Ve siècle). Il interprète cette résonance comme la preuve que l’influence de la structure de connaissance théodosienne s’étend jusqu’au Talmud palestinien.[13]


« En replaçant le Talmud palestinien dans son contexte scolastique théodosien, on peut le reconnaître comme un projet particulièrement romain et théodosien. Cette corrélation suggère que les pratiques développées au sein d’un empire chrétien, diffusant des pratiques intellectuelles christianisées à travers le paysage scolastique, en sont venues à influencer même la production savante des “rabbins [qui] proclamaient leur aliénation par rapport à la culture romaine normative dans chaque ligne qu’ils écrivaient”, comme le soutient à juste titre Seth Schwartz. »[14]

Je doute cependant que Letteney ait correctement compris laquelle des structures cognitives, juive ou chrétienne, a influencé l’autre. Qualifier le Talmud de « projet particulièrement romain » met la crédulité à rude épreuve. Il est certes théoriquement possible que les auteurs du Talmud aient été influencés par les controverses doctrinales chrétiennes à l’époque théodosienne, puisque selon Jacob Neusner, « le judaïsme tel que nous le connaissons est né de la rencontre avec le christianisme triomphant ».[15] Cependant, Letteney fait ici référence à une tradition littéraire juive connue sous le nom de midrash, qui s’est développée dans les écoles rabbiniques d’Ishmael et d’Akiva au début du IIe siècle, une période où les apologètes chrétiens utilisaient encore des méthodes exégétiques juives, comme l’illustre le "Dialogue avec Tryphon le Juif" de Justin de Naplouse (vers 160). À cette époque, c’était le christianisme qui commençait tout juste à s’extraire de sa matrice juive. Même sous Constantin, comme nous le rappelle Rodney Stark, les communautés chrétiennes comptaient encore « de nombreux membres d’ascendance juive relativement récente, qui conservaient des liens familiaux et des relations avec des Juifs non chrétiens, et qui, par conséquent, conservaient encore un aspect distinctement juif à leur christianisme ».[16] Jean Chrysostome, devenu archevêque de Constantinople en 397, se plaignait amèrement que les chrétiens imitaient encore les juifs. Par conséquent, si la méthode argumentative de l’intelligentsia nicéenne est si similaire à celle du Talmud, cela ne fait que confirmer que le christianisme n’est pas seulement né, mais a grandi dans un environnement juif.

Ce n’est pas un hasard si Athanase, le chef de file du parti nicéen, était originaire d’Alexandrie, la ville abritant la communauté juive la plus importante et la plus active intellectuellement. Il faisait preuve d’une connaissance approfondie des Écritures juives, et il n’est pas invraisemblable qu’il fût d’ascendance juive, comme l’étaient de nombreux chrétiens d’Alexandrie. Quoi qu’il en soit, il semble évident que la parenté entre l’argumentation talmudique et l’argumentation chrétienne post-nicéenne est le résultat de l’influence juive sur le christianisme, plutôt que l’inverse.

En définitive, la « christianisation du savoir » a été une talmudisation de l’esprit occidental.





[1] Mark Letteney, La christianisation du savoir dans l’Antiquité tardive : transformations intellectuelles et matérielles, Cambridge UP, 2023, p. 101.

[2] Ibid., p. 89.

[3] Ibid., p. 118.

[4] Timothy D. Barnes, Athanasius and Constantius: Theology and Politics in the Constantinian Empire, Harvard UP, 1993, p. 148.

[5] Charles Freeman, The Closing of the Western Mind: the Rise of Faith and the Fall of Reason, Random House, 2005, p. 219. Voir également Peter Heather, Christendom: The Triumph of a Religion, Knopf, 2023, Penguin Books, p. 158 : « rien ne prouve que le christianisme homéen ait eu le moindre lien direct avec les enseignements d’Arius. »

[6] Peter Brown, Through the Eye of a Needle: Wealth, the Fall of Rome, and the Making of Christianity in the West, 350-550 AD, Princeton UP, 2014, p. 32.

[7] Ibid., p. 50.

[8] Letteney, La christianisation du savoir, op. cit., p. 99.

[9] Ibid., p. 122.

[10] Ibid., p. 91.

[11] Ibid., p. 225-226.

[12] Ibid., p. 88, 110.

[13] Ibid., p. 218.

[14] Ibid., p. 218.

[15] Jacob Neusner, Judaism and Christianity in the Age of Constantine, University of Chicago Press, 1987, p. ix.

[16] Rodney Stark, The Rise of Christianity: A Sociologist Reconsiders History, Princeton UP, 1996, p. 65.


https://kosmotheos.substack.com/p/la-christianisation-du-savoir


mardi 7 avril 2026

La confrontation mondiale est passée sur le plan métaphysique




Apti Alaoudinov : «Le monde est divisé entre les défenseurs de la foi et l’armée des satanistes»

Selon le chef adjoint de la Direction politico-militaire principale des Forces armées de la Fédération de Russie, la confrontation mondiale est passée sur le plan métaphysique.

Le conflit mondial actuel n’est pas simplement un affrontement entre États, mais une fracture civilisationnelle autour du rapport aux valeurs spirituelles. C’est ce qu’a déclaré le lieutenant-général Apti Alaoudinov, chef adjoint de la Direction politico-militaire principale des Forces armées de la Fédération de Russie et commandant des forces spéciales «Akhmat» du ministère de la Défense de la Fédération de Russie, dans un entretien exclusif accordé à Christelle Néant, rédactrice en chef de la rédaction française d’International Reporters.

«Le monde s’est divisé en deux camps. D’un côté, ceux qui préservent la foi en Dieu et la famille traditionnelle. De l’autre, les forces qui imposent des valeurs étrangères, telles que le mouvement LGBT et le rejet de la religion. Nous voyons que les élites occidentales, impliquées dans des crimes comme ceux décrits dans les fichier Epstein, dirigent en réalité l’armée des satanistes», a souligné Apti Alaoudinov dans son entretien avec Christelle Néant.

Selon le général, la Russie agit aujourd’hui comme un centre d’attraction mondial, réunissant les représentants de toutes les confessions prêtes à résister à la dégradation morale.

 International Reporters




L’Islam ésotérique et spirituel en 7 leçons




Pour un candidat au voyage au sein de la planète Islam, dans les dédales du Moyen-Orient, berceau des trois grandes religions monothéistes (judaïsme, chrétienté, Islam), des circonvolutions des religions qui se mêlent, s’entremêlent et se démêlent, se choquent et s’entrechoquent, se synthétise et se syncrétisent, «L’Islam ésotérique et spirituel en 7 leçons» de Jean Marc Aractingi se présente comme un kit de survie dans le labyrinthe religieux du Monde musulman.

Spécialiste de l’Islam ésotérique, hypercapé de la méritocratie française, ce grand ponte de la franc-maçonnerie est un récidiviste en la matière. Sa connaissance encyclopédique s’est déjà concrétisée par sa remarquable contribution à la connaissance de l’univers de la franc-maçonnerie dans le monde arabe et musulman.

L’Islam ésotérique et spirituel en 7 leçons
(Septembre 2017)

Le titre l’annonce : Son ouvrage se décompose en 7 chapitres en autant de leçons dont certaines peuvent surprendre le lecteur, tel le chapitre 3 et son titre singulier qui peut faire sursauter plus d’un :

A – Les Druzes les francs-maçons de l’Orient, une autre lecture de la religion druze

Les Druzes, population du Proche-Orient professent une religion musulmane hétérodoxe. Ils sont principalement établis dans le Chouf, la partie centrale du Mont Liban et le sud du Liban (300.000 personnes), dans le sud de la Syrie où ils occupent notamment la zone montagneuse du Houran, connue sous le nom de Djebel Druze et sur le plateau du Golan syrien occupé par Israël (700.000 personnes) et en Galilée.

Leur religion, le druzisme, est une doctrine philosophique fondée sur l’initiation et centrée sur la seule recherche du côté ésotérique de la religion musulmane. Elle est aussi considérée comme ayant été initialement une école de la branche ismaélienne du courant musulman du chiisme. Leur interprétation de l’islam est secrète et n’est révélée aux fidèles qu’après divers degrés d’initiation, elle s’appuie sur la croyance en la réincarnation. En effet, certains versets du Coran sont parfois interprétés comme allant dans le sens de la métempsycose.

Extraits page 123 «De l’analogie existante entre Druzes et francs-maçons» :

«Chez les Druzes celui qui souhaite entrer en religion doit commencer par adopter une allure extérieure appropriée, par laquelle il signale le changement intervenu dans sa vie. En se rendant à la Khalwa (Loge) aux réunions qui se tiennent le jeudi et dimanche soir, il se présente comme «demandeur de religion», une demande qui s’adresse d’abord à la congrégation des cheikhs (vénérables maîtres ) de son village, mais aussi à Dieu. Le candidat est soumis à une période probatoire de plusieurs mois au cours de laquelle les cheikhs observent son comportement général et décident s’il est digne d’entrer en religion ce qui fait dire aux druzes : 

«Notre religion est difficile, parce que la religion chez nous, c’est le comportement». La décision du cheikh prend en compte le passé du candidat, ce que l’on raconte à son sujet dans le village, mais également sa situation présente et ses activités. Demander l’initiation religieuse, cet finalement pour un Druze un moment crucial où il se trouve face au jugements de sa société. Pour cela les cheikhs organisent une Da’wa (tenue) interne à la communauté. Le candidat doit s’engager solennellement avant d’entrer dans un cycle d’initiations. Cet engagement fait de chaque druze le dépositaire d’une vérité qui ne doit pas être divulguée (Kitmam Al Dine-La loi du silence)».

B – les Alaouites 

Autre gros sujet d’actualité qui donne lieu à d’interminables supputations chez les éditocrates occidentaux sur «le pouvoir alaouite» du fait de la guerre de Syrie, les Alaouites, détenteurs du pouvoir central à Damas que l’auteur traite en son chapitre 4 sous le titre «Les Nosairis (Les Alaouites) et la Trinité Ain Mim SIN (AMS) Ali, Mohamad, Salman.

En résumé, les Alaouites également appelés noussayris, principalement par les groupements islamistes en Syrie, sont un groupe ethnique et religieux issu du Djebel Ansariya au nord de la Syrie. Ils représentent près de 12 pour cent de la population syrienne, dont la très grande majorité vit dans le secteur du port de Lattaquieh, sur la rive syrienne de la Méditerranée. Le reste étant réparti entre le Liban et la Turquie, principalement à proximité de la frontière syrienne (dans l’ancien Sandjak d’Alexandrette).

Le fondateur du noussayrisme est Mohamad Ibn Noussayr Al Namiri Al Abdi mort en 884. D’après la tradition rapportée par les Alaouites, le onzième Iman Hassan Al Askari (mort en 874) lui confia une révaltion nouvelle qui est le noyau de la nouvelle doctrine alaouite.

Les deux derniers présidents de la République syrienne Hafez Al Assad (1970-2000) et son fils Bachar qui lui a succédé le 17 juiillet 2000, sont alaouites, mais néanmoins dirigeants du Parti Baas, un parti à l’idéologie laïque et panarabe.

C- Al Ahmadiya : Messianisme et Humanitarisme

Dans ce panorama, l’Ahmadisme ou Ahmadiyyia (أحمدية en arabe) se distingue par son particularisme : Fondé par Mirza Ghulam Ahmad à la fin du XIX me siècle au Pejnab alors sous domination britannique, l’Ahmadisme est un mouvement réformiste musulman messianiste.

Mirza Ghulam Ahmad (1835-1908), un musulman né à Qâdiyân au Penjab, fait la paix avec les Anglais et met fin à tout prosélytisme en se présentant comme une réapparition du Messie (Jésus pour les Chrétiens), Avatar de Vishnou pour les Hindous. Se proclamant investi d’une mission divine, il se propose de restaurer l’Islam dans sa pureté et se déclare Moujaddid. Vivement combattu par les courants majoritaires de l’islam pour lesquels Mahomet est le dernier prophète, l’Ahmadisme a été déclaré «non-musulman» par le parlement pakistanais.

Très dynamiques, les Ahmadis sont présents dans 190 pays, la moitié au Pakistan et le reste en Inde, au Nigéria, au Suriname et aux Etats Unis. Afghanistan, et en Arabie Saoudite. Ils ont été déclarés non musulmans et persécutés au Pakistan, en Afghanistan et en Arabie saoudite. Le mouvement est très actif dans le domaine de l’humanitaire, surtout en Afrique, en construisant des hôpitaux, cliniques et dispensaires gratuits, mais aussi des écoles et des centres de formation ouverts à tous et gratuits.

D- Les Ismaéliens, les Frères de la pureté (chapitre 2)

L’Ismaélisme est une mouvance chiite, ses adeptes tirent leur nom du fondateur de cette communauté spirituelle Ismaïl Ben Jaafar. L’ismaélisme n’est pas spécifiquement persan, ni arabe, ni indien. Il a une longue histoire qui est complexe et, loin d’être unifié, l’ismaélisme se subdivise en plusieurs rameaux :

Moubarakiyya, Khattabiya, Qarmates, Druzes, Mustaliens, Nizarites, et Septimain) Les adeptes de l’ismaélisme sont appelés «Ismaélien» qu’il convient de ne pas confondre avec les «Ismaélites» descendants d’Ismaël, prophète de l’Islam et patriarche biblique.

E – Le Bahaïsme

Le Bahaïsme est une religion abrahamique et monothéiste, proclamant l’unité spirituelle de l’humanité. Les membres de cette communauté religieuse internationale se décrivent comme les adhérents d’une «religion mondiale indépendante». Elle a été fondée en 1863 par le Persan Mirza Hussein Ali Nouri.

Le Bahaïsme est dérivé du surnom donné à son fondateur: Bahāʾ-Allāh (en arabe, «Splendeur de Dieu»). Les Baha’is s’organisent autour de plus de 100.000 centres (répertoriés par le centre mondial de Haïfa) à travers le monde, dont les membres sont estimés à 7 millions de personnes appartenant à plus de 2.100 groupes ethniques, répartis dans plus de 189 pays. Son centre spirituel (lieu de pèlerinage —ziyarat) et administratif est situé à Haifa et à Saint Jean d’Acre.

F- Les Soufis, l’initiation Ibn Arabi : Les afrâds, l’aspsiraiton spirituelle (Chapitre 5)

Le soufisme (en arabe: تصوف) désigne en Islam le cœur spirituel de la tradition islamique. En français, le terme soufi regroupe plusieurs voies de l’islam hétérodoxe, comme l’alévisme. Il s’agit d’une voie d’élévation spirituelle par le biais d’une initiation dit tassawuf, un terme qui se traduit par «initiation».

Le soufisme est présent, depuis les origines de la révélation prophétique de l’islam, à la fois dans les branches sunnite et chiite, bien qu’il ait pris des formes différentes dans les deux cas.

Le Taçawwuf comprend non seulement la haqîqah mais aussi l’ensemble des moyens destinés à y parvenir, appelé tarîqah - « voie » – conduisant de la shariyah vers la haqîqah, c’est-à-dire de l’«écorce» (el-qishr) vers le «noyau» (el-lobb) par l’intermédiaire du «rayon» allant de la circonférence vers le centre.

En 2016, un concile, inauguré par le grand imam de l’Université Islamique d’Al Azhar (Egypte), Ahmad Al Tayeb, rassemblant 200 personnalités sunnites du monde entier, s’est réuni dans le but de définir l’identité de ceux qui se font connaître comme «les gens du sunnisme» par opposition aux différents groupes considérés égarés. Les dignitaires sunnites sont convenus qu’au niveau de la gnose, des manières et de la purification spirituelle, les soufis de l’imam Junaid Al Baghdadi sont des gens du sunnisme.

G – Le Wahhabisme exclu de la famille sunnite

En revanche, l’Arabie saoudite, l’incubateur et bailleur de fonds de tous les groupements djihadistes à travers le monde, objet d’une vénération des «grandes démocraties occidentales» en crise économie systémique, a été néanmoins ostracisé par un collège d’Oulémas sunnites à Grozny en septembre 2016.

Symbole de l’exacerbation croissante que suscite le bellicisme omnidirectionnel du wahhabisme saoudien de même que sa rigidité dogmatique, la secte wahhabite salafiste a été purement et simplement exclue de la famille sunnite lors du congrès de Grozny (Tchétchénie) qui s’est tenu du 3 au 5 septembre 2016. Une décision qui donne la mesure du degré de virulence du conflit pour le leadership du monde musulman.

Fait sans précédent, cette décision aux effets dévastateurs d’un tomahawk sur le plan théologique et diplomatique sur le primat saoudien dans la sphère musulmane a été prise lors d’un congrès qui a rassemblé près de 200 dignitaires religieux, oulémas et penseurs islamiques d’Égypte, de Syrie, de Jordanie, d’Algérie, du Maroc, du Soudan et d’Europe. Bravant les foudres saoudiennes, la conférence de Grozny a non seulement exclu le wahhabisme salafiste de la définition du sunnisme, voire du cadre de la communauté sunnite, mais elle a en outre clairement condamné les institutions religieuses saoudiennes, en particulier l’Université islamique de Médine.

La raison est à rechercher sans doute dans le rôle de la dynastie wahhabite dans le bradage de la Palestine.

Au delà de ce foisonnement prosélyte, cette mosaïque religieuse témoigne à tout le moins de l’immense besoin de spiritualité de la zone, du soif d’absolu de leur fidèles respectifs, comparable en intensité à celle qui s’est emparée des Etats-Unis avec leurs déclinaisons des églises protestantes, méthodistes, pentecôtistes, évangélistes, tant il est vrai qui si la prophétie est d’essence divine son interprétation est humaine. Et ceci pourrait expliquer cela.

Jean-Marc Aractingi, docteur honoris causa en histoire des religions et spécialiste de l'ésotérisme.



lundi 6 avril 2026

Pour être au mieux abruti, l’homme européen est d’abord attaqué dans sa spiritualité



La dégénérescence de la culture en Occident, fondement de la mondialisation et de son corollaire : l’esclavage de l’homme par le surhomme
(...)

Comme l’indiquait récemment le ministre des Affaires étrangères de la Fédération de Russie Sergueï Lavrov, le monde vit actuellement une rupture globale brutale et complexe, multidimensionnelle.

Nous vivons une période charnière et assistons à une lutte à mort entre un système par lequel l’Europe, puis l’Euro-Amérique s’imposait jusque-là au monde selon un ordre unipolaire depuis l’Antiquité et un nouvel ordre multipolaire en formation qui ressemble plus à un ordre de la civilisation originel.

L’ancien ordre unipolaire se fondait sur la stricte hiérarchisation de l’homme dans la civilisation depuis le non-homme, l’esclave, jusqu’au surhomme ou l’élu de Dieu. Nous pouvons prendre en exemple le IIIe Reich hitlérien et son élu aryen ou encore le corporatisme cher à Mussolini au milieu du XXe siècle en Italie avec ses meutes et ses clubs d’élus.

En 2026, notamment à travers le Ve Reich (Commission européenne) dirigé par Ursula von der Leyen, ce monde hiérarchique du pouvoir sur l’autre qui peut se résumer aujourd’hui à la richesse matérielle et l’occultisme païen veut continuer de vivre face aux «nouvelles forces» multipolaires mondiales naissantes en poussant jusqu’au bout l’esclavage du genre humain pour 2030 avant le Nouvel Agenda ou le Real Machiah.

Il reste très peu de temps, comme vous pouvez le constater. Ils doivent accélérer. Ce n’est pas si simple.

Ainsi, les centres de pouvoir de ce système ont évolué géographiquement depuis Venise au XIIe siècle, suivi par Amsterdam, la Venise du Nord, au XVIe siècle, elle-même remplacée par Londres au XVIIIe siècle qui accueille alors le clan des Rothschild, spécialistes de l’utilisation de la faiblesse de l’homme («Tiens, je te prête de l’air, tu es sauvé et tu me rends ça avec de l’argent !»). Le centre londonien sera remplacé par celui de New-York lors de la Seconde Guerre mondiale au milieu du XXe siècle.

Ce dernier centre semble vivre actuellement ses derniers temps. Pour boucler la boucle des centres mondiaux, on parle dorénavant du dernier centre mondial qui serait Jerusalem, un peu comme un retour aux sources d’une civilisation euro-américaine d’abord gréco-romaine qui retrouverait son centre originel. Ce serait en quelque sorte finir de recouvrir la planète de sa toile tissée au fil des siècles pour une domination totale sur l’être humain. Normal, pour un surhomme.

C’est évidemment toujours et encore oublier que la planète terre est un peu plus large, complexe et riche que ce petit monde dirigé par quelques clans a priori parfaitement abrutis au fil des siècles à force de procréer entre eux et de se réserver aux chiffres du compte bancaire, ce qui ne stimule pas outre mesure les neurones.

L’élément central de tout cela, vous l’aurez évidemment compris, c’est encore l’homme. Un pouvoir mondial nécessite un homme totalement abruti.

Ça ne vous rappellerait pas «I buy therefore I am» ?

Pour être au mieux abruti, l’homme européen est d’abord attaqué dans sa spiritualité. L’affaire est concrètement lancée après la Seconde Guerre mondiale depuis le nouveau «centre de pouvoir universel», New York.

On recherche donc à casser la spiritualité de l’homme, d’abord en Europe, donc à casser le pouvoir spirituel du Vatican en Europe occidentale. Et nous assistons au Deuxième Concile œcuménique du Vatican en 1963-1965. De l’attaque du spirituel, on passe ensuite au choc psychologique lié au matériel avec les chocs pétroliers totalement artificiels de 1973 et 1979. «Elle est pas belle, la vie ?»

En France, ça fera venir au pouvoir l’extrémiste de droite François Mitterrand déguisé en «socialiste» (la bonne couverture) et conseillé de très près par Jacques Attali.

Depuis la Seconde Guerre mondiale, cinq générations se seront succédées pour aujourd’hui vivre un «dernier» choc fatal pour l’humanité, en commençant toujours et encore par un soi-disant choc pétrolier qui est également totalement monté par certaines meutes bestiales. Ils commencent à manquer d’imagination, les filles et les mecs.

«Tiens, pourquoi ne pas attaquer l’Iran ! – OK, bonne idée ! Effectivement, nos affaires ne fonctionnent pas tellement avec la Russie et le singe nabot de Kiev».

Ce serait le dernier choc qui mènerait à l’affirmation de l’État mondial à Jérusalem ! En 2030 !

Pour rendre cela possible, cinq générations ont été travaillées, avant tout à travers la culture et le psychique. À tel point aujourd’hui que ce que l’on nomme culture en Occident montre tout simplement la dégénérescence de cet homme, ce qui a été prévu et mis à exécution par nos cochons païens malades du chiffre. Epstein n’est qu’un petit avatar de toute cette immondice surhumaine.

Pour que la pilule passe, le jésuite Jorge Maria Bergoglio a été placé au Vatican. Le 14 mai 2020, quand tout le monde est enfermé et masqué à la maison, il lance le Pacte Éducatif Mondial qui doit finir dans les dix prochaines années les cerveaux des dernières générations. «Epstein ? Ben oui, et quoi ?»

Tout ça passé : «Allez, Jorge, tu peux crever !».

L’histoire nous fait vivre la confrontation entre le monde du surhomme et le monde multipolaire, respectueux de l’homme et qui ne se fonde pas sur la hiérarchie anthropologique. Et puis il y a la métahistoire où l’homme ne peut qu’être humble dans l’immensité de l’univers.

La Russie-Katechon semble être le porte-drapeau de ce «nouveau monde» forcément multipolaire, parce que respectueux de l’Autre.

Il semble que nous assistions en direct, non pas à la fin d’une civilisation, mais à la mort de la mythologie totalement schizophrénique de l’élection divine d’une sorte d’homme appelé le «surhomme», mythologie absolument antique et païenne et parfaitement dépassée.

Un homme totalement dégénéré prendra difficilement conscience de cela. Le travail aura malheureusement fait son effet.

Mais c’était dans le plan !

Néanmoins, nous pouvons conclure de tout cela que la disparition de l’ancien monde est finalement quelque chose de très louable, à moins évidemment d’être un surhomme.

À ce propos, vous vous posez encore des questions sur la tringle élyséenne et son mari (regardez les pieds !) et tout l’entourage ?

Hier encore, le 31 mars, il appelait la France à se préparer à faire la guerre contre la Russie !

Comme une amie m’a dit : «Qui a décidé ça ? Macron ? Oualou ! Il ne décide pas, cette créature ne peut qu’exécuter. C’est pour cela qu’il a été conçu !» «La bête de l’événement est là». Bientôt, ce sera : «Nous sommes entrés dans la Fin des Temps !», la langue pendante et les yeux complètement éclatés.

Soit.

«Demandez au conseiller de Mitterrand. Il sait tout puisqu’il a tout pensé. Ça tombe bien !» a-t-elle ajouté.

Et puis «changement climatique», «coton tiges dans le nez et masque sur la gueule», «JO 2024 de Paris merveilleux», «pénurie de moutarde française et de semi-conducteurs taïwanais», etc. «Oh la la ! Mon Dieu ! Quel chaos !»

https://reseauinternational.net/miroir-mon-beau-miroir-dis-moi/

Vidéo
Présentation et traduction Bertrand Hédouin


Hollywood et les crétins : réflexion sur la montée de notre Idiocratie



par Nicolas Bonnal


Notre ami Martyanov a rappelé la stupidité stratégique et le déclin militaire américain ; on sait aussi l’effondrement de la maison Europe et de son personnel politique et même économique. De ce point de vue nous vivons une grande époque : la chute intégrale de l’intelligence (trois à dix points de QI en moins dit-on) qui a accompagné la montée de l’intelligence (ou de l’inintelligence) artificielle. La réponse à une maladie pas très mortelle c’est la dictature technologique. Et la masse d’obtempérer…

Le cinéma a peut-être décliné depuis John Ford ou Fritz Lang, mais il reste toujours ce qui dit la vérité vingt-quatre fois par seconde, surtout quand il est d’essence commerciale. Certainement plus que la réalité organisée des news et des docus. C’est que la fiction, comme disait Mark Twain rend certainement plus compte de la réalité que le journalisme, qui n’a jamais été aussi totalitaire et diffus qu’aujourd’hui.

Que nous apprend cette crise du virus, cette montée du totalitarisme technologique et du camp de concentration planétaire ? Que nous sommes des idiots et des lâches dirigés par des tyrans débiles, dont les solutions sont criminelles, suicidaires, inefficaces. Le dénominateur commun de tout cela c’est l’idiotie. La foule mondialiste veut du reset et du vaccin, de la prison et de la mort - ce que son élite appelle par exemple la transition énergétique. Elle veut aussi de l’esclavage volontaire, et cette soumission, on le sait depuis La Boétie et depuis l’Antiquité, accompagne l’idiotie. Au sens strict de mon dictionnaire de grec ancien, l’idiot est celui qui n’a pas de vie sociale, celui qui s’est marginalisé, confiné dans la cité – du fait de sa stupidité, mais pas seulement. Aujourd’hui nous sommes tous confinés, mais devant la télé – ou les écrans. Nous sommes réunis dans le séparé, disait Guy Debord.

Cette idiotie sociale s’accompagne surtout chez nos élites aussi d’un délabrement intellectuel. Tout devenant théorie de complot, on ne saurait s’intéresser à rien, sous peine… L’imbécillité des Schwab, Gates, Macron, ne saurait nous étonner. Mon maître Cipolla professeur à Oxford a brillamment défini le stupide : c’est l’homme de décision qui nuit à tous ses prochains sans forcément en tirer parti. Certes certains peuvent être achetés par Soros (parlements, juges) ou Bill Gates (médecins, journalistes), mais cela ferait trop de gens ; et ce qui caractérise le gouvernement Macron c’est le pullulement des imbéciles.

Il est évident en France ce pullulement je dirais depuis l’ère Sarkozy et peut-être même l’époque de Chirac, qui mit ce même Sarkozy et notre sorcière Lagarde aux affaires (le gouvernement Juppé de 1995 était aussi un désastre obscur). Depuis cette époque (comme je regrette mon « grand initié » sur Mitterrand qui m’avait même répondu !) la France n’a fait que se déliter sur le plan intellectuel, moral, matériel, économique, libéral, bref sur tous les plans.

J’en viens au cinéma : le cinéma a reflété cette montée de l’imbécillité et des idiots. Avant les idiots faisaient rire (Laurel et Hardy) ; aujourd’hui ils sont les héros. En Espagne on a eu Torrente, en France Dujardin avec Brice ou OSS 117. En Amérique on a eu les excellents Dumb et Dumber (jouer à l’handicapé physique-mental pour ne pas travailler devient une industrie occidentale) et puis le mouvement s’est accéléré : on a eu les débiles bourrés de Las Vegas et Hong-Kong (la trilogie de Hangover de l’excellent et très lucide Todd Phillips), on a eu les wedding crashers, et toutes ces comédies grand public ont accompagné le cinéma d’auteur américain.

Cela fait quarante ans en effet que Jim Jarmusch décrit l’imbécillité américaine, cela a commencé avec Stranger than paradise, puis cela s’est prolongé avec le grand acteur de cette prostration intellectuelle et morale, j’ai nommé Bill Murray, qui chassait jadis les démons à New York (Ghostbusters). Exaspéré par Trump et cette montée irrésistible, Jarmusch a filmé aussi les zombies dans un film éponyme qui montre les zombies le pif toujours dans leur smartphone ! Jarmusch a aussi été le cinéaste du délitement industriel américain (qui commence à Cleveland, comme Voyage au bout de l’enfer) et il semble que deux décisions aient contribué à cette montée de l’imbécillité de masse : la fin de l’étalon-or qui fit enfler les programmes sociaux et la désindustrialisation (les délocalisations). Je vais vous dire une chose : je ne parle qu’aux gens qui exercent un travail manuel utile, car les autres sont devenus cons comme la lune, fonctionnaires, bureaucrates, profs, etc. Le travailleur manuel est l’avenir de l’humanité, et il en reste fort peu. Vive le marteau et la faucille, comme dirait Georges Marchais.

A côté de Jarmusch, on a les frères Coen, qui ont très bien filmé l’imbécillité des riches dans Intolerable cruelty par exemple. Mais leur record de la stupidité cruelle à tous les niveaux reste Fargo ; ici on est dans la vingt-cinquième heure de Gheorghiu, dont j’ai déjà parlé. Désolé pour tout le monde, il est trop tard pour le messie et ceux qui s’aspergent d’apocalypse feraient mieux d’étudier la notion de nécro-politique ou d’hystérésie. Quelque chose (un pays, la démocratie, les hommes), peut être mort et vivre encore. On verra ce que le futur nous réserve quand plus de la moitié des imbéciles seront vaccinés et persécuteront cruellement ceux qui ne le sont pas ; tout ça pour une maladie qui tue une personne sur trois mille…

Je vais citer d’autres noms ; la fille Coppola, qui ne cesse de surprendre et qui est un génie incompris alors qu’elle a magnifiquement montré le devenir idiot de la mondialisation. Lost in translation montre l’abrutissement du grand peuple japonais, avec cet incessant bombardement médiatique qui déclenche dans chaque pays un Hiroshima intellectuel. C’est la pluie noire dont a parlé Ridley Scott dans un grand film méconnu. Coppola aussi a montré l’abrutissement des jeunes par les réseaux sociaux dans Bling Ring. On cambriole des stars vues dans Facebook ou Instagram puis on se fait prendre en photo avec le butin avant d’être fait prisonniers par la police…Le film Somewhere montre la nullité de la vie d’un people à Los Angeles qui couche avec toutes les filles qui l’assaillent (et ne lui ont pas fait le coup de Me Too).

Même Marie-Antoinette montrait la crétinisation de la Cour versaillaise que Taine avait magnifiquement dénoncée dans le premier tome de ses Origines de la France contemporaine (voyez mon texte). Taine aussi a vu l’inquiétante montée (y compris chez Molière) du fonctionnaire et bourgeois qui depuis la république tyrannisent la France. Ils avancent avec un pouvoir fort et centralisé, explique-t-il, oubliant qu’ils fabriquent leurs idiots à la chaîne ensuite, via les médias, la médecine, les études (oh, ces femmes savantes contre qui se bat la grand-mère de notre ami Boutry…).

On terminera avec Alexander Payne cinéaste américain de culture orthodoxe dont les comédies décalées (Sideways, les Descendants, Nebraska) filment sans concession mais aussi sans lourdeur et sans méchanceté, ce dumbing down, cet effritement intellectuel des américains et de notre humanité. Et on ajoutera ceci : ces films ne sont pas des produits critiques d’avant-garde façon Weekend de Godard. Ce sont des films grand public qui reflètent un affaissement ontologique intégral, et dans lesquels le grand public s’est joyeusement reconnu.

La crétinisation a été mal évaluée : on a vu Céline (voyez mes textes), Cipolla (voyez mes textes encore) on rappellera Debord :

L’ineptie qui se fait respecter partout, il n’est plus permis d’en rire ; en tout cas il est devenu impossible de faire savoir qu’on en rit.

Debord ajoutait toujours dans ses Commentaires si extraordinaires :

Et plus assurément il a été presque partout estimé que les recherches géologiques d’un gisement pétrolier dans le sous-sol de la ville de Paris, qui ont été bruyamment menées à l’automne de 1986, n’avaient pas d’autre intention sérieuse que celle de mesurer le point qu’avait pu atteindre la capacité d’hébétude et de soumission des habitants ; en leur montrant une prétendue recherche si parfaitement démentielle sur le plan économique.

Le reset et la lutte contre le virus relèvent de la même démence et de la même hébétude : rien de nouveau au royaume du sommeil.

Terminons par une brève allusion à Idiocracy, le film légendaire des frères Coen qui déclarèrent qu’ils ne pensaient pas arriver en 15 ans à une situation qu’ils pensaient voir arriver dans 500 ans. Certes, certains se défoulent avec Trump mais à voir ce que Biden accomplit en ce moment avec ses wokistes, ses BLM, son pentagone et ses errances sinophobes on ne peut qu’admirer l’accélération de cette Fin de l’Histoire décidément pas comme les autres. Il est clair me confirmait Lucien Cerise que l’on va vers un effondrement plus que vers une dictature terrifiante. « Le destin du spectacle n’est pas de finir en despotisme éclairé. » Le spectacle, c’est la démocratie libérale avancée de Giscard qui vire au fascisme gâteux et inopérant. Ce cadre déprimant peut toutefois fournir à une poignée de jeunes bien organisés et de militants survivalistes une extraordinaire fenêtre d’action. Il faudra en reparler.