"L’idée, c’est que, l’homme étant parvenu à l’impasse qui est son actuel séjour, n’a d’autre solution que de revenir à son état initial, primordial, celui de la connaissance silencieuse, cet état dur et lourd, et en même temps fluide, alors que le bougre rationnel est bien léger, et fort roide. Cet état est là, c’est notre état d'homme naturel, qui commence là où finit l’état d'homme artificiel. Il va de soi que ce retour à l’état ancien n’est « pas une « remontée » du temps. Les traditionalistes » qui trouvent l’homme moderne tellement infect qu’ils souhaitent « remonter » à telle ou telle époque, perdent totalement leur temps.
Les croyances sociales, philosophiques, religieuses, les régimes politiques, rien de cela n’a d’intérêt profond. C’est un perdurable bla-bla, qui entretient l’« auto-contemplation ». L'homme ancien est en-dehors de tout temps, il est là, à portée de main, à condition que cette main soit une main de pouvoir. Il est séparé de nous — ou plutôt nous sommes séparés de nous — par une montagne de concepts, de « dialogue intérieur », par de profondes et innombrables strates de connaissance discursive, qui sont précisément le legs de nos chères époques antérieures — et l’affaire ne date pas d’hier.
Aussi n’y a-t-il rien de religieux, de moral, de social, dans la voie de la réintégration. Il ne s’agit pas de refléter la « forme humaine », de « séparer le corps de l'esprit », mais d’opérer la plus vaste révolution qui soit possible : volatiliser son mental, son ego, son « monde », pour ouvrir sa perception à l'inconnu, c’est-à-dire à l'énergie ; pour finalement se transformer soi-même en énergie.
Les barrières rationnelles qui nous séparent de la totalité de nous-mêmes sont fortes, tenaces, et en même temps ne sont rien. Ce sont des barrières automatiques, qui font que l’homme « refuse automatiquement de déplacer son point d’assemblage ». C’est pourquoi il ne le fait que lorsqu'il est « hors de lui » — accidents, maladies, frayeurs, plantes pouvoir, émotion violente, etc., tout ce qui le surprend. Il y arrive aussi quand la raison est abattue — mais pour cela il faut une explosion, car elle ne renonce pas d’elle-même."
CASTANEDA : Le Retour à l'Esprit
Avant-propos
Ses ouvrages suivants, "Voir" et "Le Voyage à Ixtlan", ont marqué une évolution, passant d'une "analyse structurale" à une "méthode phénoménologique" pour décrire la perception du monde comme des "champs d’énergie".
Le "second cycle" des œuvres de Castaneda, incluant "Le Second Anneau de Pouvoir", "Le Don de l’Aigle", "Le Feu du Dedans" et "la Force du Silence", explore la nature de la perception et la réminiscence d'expériences vécues dans un état de conscience accrue.
Chapitre I : La Nostalgie des Origines
Le poète, bien que conscient de cet exil, ne peut y retourner sans les moyens nécessaires, sa nostalgie étant celle d'une "connaissance silencieuse" perdue.
L'homme moderne, "archi-rationalisé", a dégradé son être en se séparant de l'état de "connaissance silencieuse" qui fut le sien pendant la majeure partie de son histoire.
La "forme humaine" est un "prototype statique d'humanité" qui nous immobilise dans une perception limitée et que les "voyants" peuvent "voir".
Les religions et idéologies, vues comme des "subterfuges de la raison", lient l'homme à une vision étroite et l'empêchent de se libérer de la "structure" rationnelle.
Les "voies de la main gauche" sont présentées comme des pratiques de "sorcellerie" visant la "réintégration" et la reconquête de l'héritage magique, en opposition à la "stupidité" humaine qui est le seul véritable mal.
Chapitre II : La Perception
L'univers est constitué d'"émanations" ou "filaments lumineux" qui sont pure énergie, et l'homme lui-même est un "œuf lumineux" fait de ces émanations.
Les "trois attentions" (première, seconde et tierce) décrivent les différents niveaux de perception de l'être humain, allant du monde rationnel quotidien (première attention) aux mondes "inconnaissables" accessibles via la "tierce attention", qui est la liberté totale.
Le "rêve" et le "souvenir" ne sont pas de simples illusions, mais des réalités opératives qui permettent au guerrier de se déplacer entre les mondes et de reconstituer sa "totalité de soi-même" en se consumant par le "feu du dedans".
"Voir" est la capacité du sorcier à percevoir l'essence des choses comme des "champs d'énergie" en utilisant des émanations normalement inutilisées, ce qui abolit la pensée dualiste et la "propre importance" de l'individu.
Chapitre III : L'Impeccabilité
L'"impeccabilité" n'est pas une moralité, mais une stratégie de "non agir" pour faire taire le dialogue intérieur et se rendre disponible à l'esprit, qui ne peut être compris par la pensée rationnelle.
L'"intention inflexible" est la force motrice du guerrier, issue du "lieu sans pitié" (un état d'indifférence primordiale) qui le pousse au-delà du point de non-retour, lui permettant de "commander à l'esprit".
La "folie contrôlée" est une stratégie du sorcier pour feindre d'être absorbé par le monde des hommes, tout en étant détaché et en s'en moquant, afin de se protéger et de pulvériser la "personnalité".
La "grande guerre sainte" du guerrier est une lutte totale contre le "moi individuel" et la "stupidité", non pas contre des ennemis extérieurs, afin de reconquérir sa liberté et son pouvoir intrinsèques.
Chapitre IV : La Mort
Le nombre treize, souvent associé à la mort et à la transformation dans diverses traditions, symbolise le grand défi du guerrier : vaincre la mort ou apprendre à ne pas mourir.
La mort est présentée comme le "grand traqueur" et le seul conseiller valable, poussant le guerrier à l'impeccabilité et à prendre des décisions irrévocables afin de la vaincre en la commandant.
La victoire sur la mort ne consiste pas à éviter sa fin, mais à "disparaître" consciemment dans la "tierce attention", transformant la conscience en "feu intérieur" pour échapper au destin d'être dévoré par l'Aigle.
Les Leçons de Carlos Castaneda
L'essence de l'enseignement de Castaneda est de se rendre "disponible à l'esprit" en faisant taire la raison bruyante et en se dégageant du "moi personnel", qui est sans valeur.
L'homme moderne, enfermé dans sa "structure sociale" et sa "raison", est appelé à revenir à son "état initial, primordial" de "connaissance silencieuse" par une "révolution" intérieure.
Ce retour exige une grande énergie, car les barrières rationnelles sont tenaces et seule une "explosion" ou l'intervention de l'esprit peut déplacer le "point d'assemblage" de la perception.
Les leçons de Castaneda ne sont ni morales, ni philosophiques, mais une invitation à comprendre les implications de la vérité : "Il n’y a pas de mal, pas de sorcellerie, seulement perception, énergie", afin de devenir soi-même mystère.
L'IA de ChatPDF



