Chroniques
mardi 16 juin 2026
"Heureux qui saisit tes enfants, Et les écrase sur le roc !" Psaume 137
Comment le cerveau d’un peuple est devenu un bunker
Yahvé le sanguinaire
Comment le cerveau d’un peuple est devenu un bunker
par Aline de Diéguez
1 – Quelques jalons historiques
Le réel tableau de la région qui se dessina à partir des nouvelles études bibliques présentait donc, à l’origine dans la région, vers le dixième siècle avant notre ère, quelques cités-États modestes, mais prospères dans les plaines de Samarie, au nord.
Dans le sud plus montagneux, des villages pauvres et peu peuplés subsistaient péniblement. Il s’agissait de modestes entités sociales, unies par des liens de parenté et des accords de voisinage au sujet de l’utilisation des zones de pacage des troupeaux, comme il est confirmé par les vestiges archéologiques.
Vers le neuvième siècle avant notre ère, un Royaume d’Israël s’était créé au nord dans la riche province de Samarie autour de la dynastie des Omrides, tandis qu’au sud, un rustique «Royaume de Juda» avec une grosse bourgade qui deviendra Jérusalem, continuait à ne regrouper, que des tribus éparses plus ou moins sédentarisées. Cette région demeurait au stade archaïque de chefferies de village qui se donnaient le titre de roitelets locaux, d’ailleurs vassaux du «Royaume de Samarie». La «capitale» de Juda, Jérusalem, n’était qu’un village à peine plus important que les villages voisins, avec des habitations disséminées.
Mais en l’an – 722 avant note ère la riche province du nord fut ravagée par l’incursion des armées du puissant et éclatant royaume assyrien conduites par le roi Sargon II. La Samarie vaincue fut complètement vidée de ses habitants originels et ne se remettra jamais de ce désastre. Cette invasion signait l’acte de décès d’un Royaume d’Israël indépendant.
Les Assyriens avaient trouvé une méthode radicale d’éviter la renaissance de mouvements nationalistes : ils déportaient en bloc tous les habitants des contrées conquises et les remplaçaient manu militari par le transfert de populations originaires d’une autre province soumise. C’est ainsi que la capitale Samarie fut repeuplée par des Babyloniens tandis que l’élite du royaume omride ainsi qu’une grande partie de la population du royaume du Nord, notamment les artisans, furent conduits à Babylone. Les Palestiniens de Samarie sont donc les descendants de peuples babyloniens Il n’existe plus de Royaume d’Israël depuis le huitième siècle avant notre ère. Il n’y a donc plus de peuple hébreu dans cette région depuis huit cents ans avant notre ère.
C’est donc par une ironie de l’histoire que le nouvel État né en 1948 a pris le nom d’un territoire qui n’était plus peuplé par des hébreux depuis près de trois millénaires. Restait un petit «Royaume de Juda» peuplé d’Hébreux. Mais comme presque plus personne ne connaît ce détail de l’histoire et que le nom «Juda» a mauvaise presse en milieu chrétien, étant attaché à la trahison d’un disciple mercantile qui avait «vendu» le messie chrétien aux Pharisiens de l’époque, il valait mieux, pour l’État créé en 1948, éviter un malentendu, au risque de tordre la réalité historique et de s’approprier le nom d’un ancien «royaume» qui n’était plus peuplé d’Hébreux.
La déportation de la population de Samarie fut la première captivité à Babylone d’une partie du peuple hébreu. Mais la haine des scribes de Juda pour tout ce qui touchait au Royaume d’Israël a occulté ce premier désastre. Seule comptera dans les textes, la deuxième captivité, parce qu’elle concernera les habitants de Juda.
La Samarie fait aujourd’hui partie de la terre légalement attribuée aux Palestiniens. L’empire assyrien n’avait pas l’intention de créer un désert économique dans les provinces conquises, si bien que les déportations croisées se faisaient par groupes familiaux et même par villages entiers. Mario Liverani cite des documents assyriens qui révèlent à quel point l’empire assyrien était méticuleusement et puissamment organisé : «Des gens des quatre parties du monde, de langue étrangère et de dialectes incompréhensibles, habitants des montagnes et des plaines, […] je les transportai, sur l’ordre d’Assour, mon Seigneur, et par la puissance de mon sceptre. Je les fis devenir une seule langue et je les installai là. Comme scribes et surveillants, je leur assignai des Assyriens, capables de leur enseigner la crainte de Dieu et du roi». (Mario Liverani, La Bible et l’invention de l’histoire, p. 206)
Le réel tableau de la région qui se dessina à partir des nouvelles études bibliques présentait donc, à l’origine dans la région, vers le dixième siècle avant notre ère, quelques cités-États modestes, mais prospères dans les plaines de Samarie, au nord.
Dans le sud plus montagneux, des villages pauvres et peu peuplés subsistaient péniblement. Il s’agissait de modestes entités sociales, unies par des liens de parenté et des accords de voisinage au sujet de l’utilisation des zones de pacage des troupeaux, comme il est confirmé par les vestiges archéologiques.
Vers le neuvième siècle avant notre ère, un Royaume d’Israël s’était créé au nord dans la riche province de Samarie autour de la dynastie des Omrides, tandis qu’au sud, un rustique «Royaume de Juda» avec une grosse bourgade qui deviendra Jérusalem, continuait à ne regrouper, que des tribus éparses plus ou moins sédentarisées. Cette région demeurait au stade archaïque de chefferies de village qui se donnaient le titre de roitelets locaux, d’ailleurs vassaux du «Royaume de Samarie». La «capitale» de Juda, Jérusalem, n’était qu’un village à peine plus important que les villages voisins, avec des habitations disséminées.
Mais en l’an – 722 avant note ère la riche province du nord fut ravagée par l’incursion des armées du puissant et éclatant royaume assyrien conduites par le roi Sargon II. La Samarie vaincue fut complètement vidée de ses habitants originels et ne se remettra jamais de ce désastre. Cette invasion signait l’acte de décès d’un Royaume d’Israël indépendant.
Les Assyriens avaient trouvé une méthode radicale d’éviter la renaissance de mouvements nationalistes : ils déportaient en bloc tous les habitants des contrées conquises et les remplaçaient manu militari par le transfert de populations originaires d’une autre province soumise. C’est ainsi que la capitale Samarie fut repeuplée par des Babyloniens tandis que l’élite du royaume omride ainsi qu’une grande partie de la population du royaume du Nord, notamment les artisans, furent conduits à Babylone. Les Palestiniens de Samarie sont donc les descendants de peuples babyloniens Il n’existe plus de Royaume d’Israël depuis le huitième siècle avant notre ère. Il n’y a donc plus de peuple hébreu dans cette région depuis huit cents ans avant notre ère.
C’est donc par une ironie de l’histoire que le nouvel État né en 1948 a pris le nom d’un territoire qui n’était plus peuplé par des hébreux depuis près de trois millénaires. Restait un petit «Royaume de Juda» peuplé d’Hébreux. Mais comme presque plus personne ne connaît ce détail de l’histoire et que le nom «Juda» a mauvaise presse en milieu chrétien, étant attaché à la trahison d’un disciple mercantile qui avait «vendu» le messie chrétien aux Pharisiens de l’époque, il valait mieux, pour l’État créé en 1948, éviter un malentendu, au risque de tordre la réalité historique et de s’approprier le nom d’un ancien «royaume» qui n’était plus peuplé d’Hébreux.
La déportation de la population de Samarie fut la première captivité à Babylone d’une partie du peuple hébreu. Mais la haine des scribes de Juda pour tout ce qui touchait au Royaume d’Israël a occulté ce premier désastre. Seule comptera dans les textes, la deuxième captivité, parce qu’elle concernera les habitants de Juda.
La Samarie fait aujourd’hui partie de la terre légalement attribuée aux Palestiniens. L’empire assyrien n’avait pas l’intention de créer un désert économique dans les provinces conquises, si bien que les déportations croisées se faisaient par groupes familiaux et même par villages entiers. Mario Liverani cite des documents assyriens qui révèlent à quel point l’empire assyrien était méticuleusement et puissamment organisé : «Des gens des quatre parties du monde, de langue étrangère et de dialectes incompréhensibles, habitants des montagnes et des plaines, […] je les transportai, sur l’ordre d’Assour, mon Seigneur, et par la puissance de mon sceptre. Je les fis devenir une seule langue et je les installai là. Comme scribes et surveillants, je leur assignai des Assyriens, capables de leur enseigner la crainte de Dieu et du roi». (Mario Liverani, La Bible et l’invention de l’histoire, p. 206)
C’est ainsi que les furent créés les Samaritains – les actuels Palestiniens – dont le capital génétique n’a rien d’hébreu. Ils sont vomis par les textes bibliques, bien qu’ils adoptèrent la religion yahviste, mais dont les Évangiles louent la charité et la générosité. Mais leur conversion n’a jamais été jugée suffisamment pure par les fanatiques Jérusalem.
«Un homme descendait de Jérusalem à Jéricho. Il tomba dans les mains des brigands, qui le dépouillèrent, le rouèrent de coups et s’en allèrent, le laissant à demi-mort. Un Sacrificateur, qui fortuitement descendait par le même chemin, ayant vu cet homme, passa outre. Un Lévite, qui arriva aussi dans ce lieu, l’ayant vu, passa outre. Mais un Samaritain, qui voyageait, étant venu là, fut ému de compassion lorsqu’il le vit. Il s’approcha et banda ses plaies… puis il le mit sur sa propre monture, le conduisit à une hôtellerie, et prit soin de lui. Le lendemain, il tira deux deniers, les donna à l’hôte (c’est-à-dire au gérant de l’auberge) et dit : aie soin de lui et ce que tu dépenseras de plus, je te le rendrai à mon retour». (Luc 30-36)
Les malheurs du Royaume d’Israël, c’est-à-dire de la Samarie, profitèrent au Royaume de Juda et à sa capitale Jérusalem. Celui-ci connut alors un important boom démographique, grâce à l’immigration des fuyards du nord qui refusaient la déportation à Babylone ou l’assimilation. Mais en même temps, une collaboration économique s’établit entre Juda et l’empire assyrien. Elle bouleversa une structure sociale archaïque qui avait peu changé depuis les temps rustiques de David et de Salomon. Un État centralisé commença de naître. L’accroissement de la population permit le développement de l’artisanat et la richesse de Jérusalem s’accrut spectaculairement.
Un temple de dimensions modestes, dont on pense qu’il fut construit, non pas par Salomon, mais par un roi dénommé Joas au neuvième siècle avant notre ère. Il était le petit-fils de la reine omride Jezabel – dont Racine a si bien transcrit les tourments dans sa pièce Athalie – triste destin, elle fut défénestrée et dévorée par des chiens. Le temple de Joas fut, dit-on, rénové et agrandi. Mais les fouilles archéologiques n’ont trouvé aucune trace de ce premier temple, même si quelques vestiges de trois lieux de sacrifices qui pourraient dater de cette époque, ont été découverts. Comme Jérusalem était devenue un centre relativement important sous les rois Ezéchias (716 à 687) et surtout Josias (640 à 609), il est admis qu’un temple modeste existait à cette époque et que ces deux rois l’ont considérablement agrandi, enrichi et embelli.
Alors que depuis le neuvième siècle Yahvé était déjà considéré comme le dieu «national» des Hébreux du sud tout en partageant, officiellement, cette fonction avec les autres dieux locaux, notamment Baal ou Ashera, le roi de Juda, Ezéchias tenta d’opérer une première centralisation religieuse autour de son culte.
En même temps se diffusaient dans les campagnes, «par capillarité», écrit Mario Liverani, divers cultes de la fertilité «que la religion yahviste officielle ne saurait avoir écartés sans courir le risque d’être totalement marginalisée». (Liverani, p.171)
Sur le plan politique, ce roi prit la tête d’une révolte ouverte contre les Assyriens. S’alliant aux roitelets voisins et à l’Égypte, il constitua une ligue anti-assyrienne. Mais l’Assyrie réagit violemment et écrasa tous les conjurés. Le roi de Juda, Ezéchias, n’échappa à la catastrophe de la destruction de sa capitale qu’en acceptant, dans un premier temps, le versement d’un immense tribut à l’empire assyrien : «Quant à Ezéchias de Juda qui ne s’était pas soumis à mon joug, j’assiégeais quarante six de ses villes fortifiées et entourées de murs, et les petites villes des environs, sans nombre, au moyen de l’assaut sur des ponts et de l’attaque par des machines de guerre, au moyen des combats de fantassins, au moyen de brèches, de sapes, de bouleversements, et je les conquis… je l’enfermai lui-même (Ezéchias) comme un oiseau en cage dans Jérusalem sa résidence. J’élevai des bastions contre lui, et à quiconque sortait de ses portes je fis payer son méfait. Les villes que j’avais dépouillées, je les détachai de son territoire et je les donnai à Mitinti, roi d’Ashdod, à Padi, roi d’Acaron, à Sil Bel, roi de Gaza et ainsi je diminuai son territoire… Quant à lui, Ezéchias, la splendeur de ma majesté le renversa et il fit livrer à ma suite les Urbi et les soldats d’élite que pour défendre sa résidence à Jérusalem il avait introduit et pris comme troupes auxiliaires, en même temps que trente talents d’or, huit cents talents d’argent… et pour livrer son tribut et me rendre hommage il envoya ses messagers». (Cylindre de Taylor, document assyrien)
Cet épisode historique devient, dans les écrits bibliques : «En la quatorzième année du roi Ezéchias, Sennachérib, roi d’Assyrie, monta contre toutes les villes fortes de Juda et s’en empara. Alors Ezéchias, roi de Juda, envoya ce message au roi d’Assyrie, à Lakish : “J’ai mal agi ! Détourne de moi tes coups. Je me plierai à ce que tu m’imposeras”. Le roi d’Assyrie exigea d’Ezéchias, roi de Juda, trois cents talents d’argent et trente talents d’or, et Ezéchias livra tout l’argent qui se trouvait dans le Temple de Yahvé et dans les trésors du palais royal. C’est alors qu’Ezéchias fit sauter le revêtement des battants et des montants des portes du sanctuaire de Yahvé, que le roi de Juda, avait plaqués de feuilles d’or, et le livra au roi d’Assyrie». (2 Rois, 18, 13-16)
La description qui sera faite d’un mythique temple de Salomon et des placages de feuilles d’or sur les murs, doit beaucoup au souvenir des embellissements rutilants effectués par Ezéchias et à la nostalgie de leur perte.
En fin de compte, la campagne assyrienne triomphalement commencée se termina de manière inattendue par la déroute de l’armée assyrienne de Sennacherib. Des révoltes sporadiques éclataient ça et là dans les provinces conquises d’un empire devenu immense et difficile à protéger partout à la fois, si bien que les troupes se trouvaient disséminées en des endroits éloignés les uns des autres.
Mais l’historien grec Hérodote d’Halicarnasse (Ve siècle) donne une explication plus surprenante de la soudaine défaite des Assyriens : une invasion de leur camp par des rats qui rongeaient, dit-il, tous les équipements de cuir, sans parler de la peste qu’ils propageaient. Ce fléau, tout en ravageant les rangs de l’armée, terrifiait des troupes superstitieuses qui l’attribuaient à la colère de leur dieu. La superstition était identique chez les Judéens, mais comme la situation tournait en leur faveur, il ne pouvait s’agir que d’une intervention bienveillante de leur dieu. Les troupes égyptiennes alliées des Judéens l’attribuaient, elles, à la puissance de leur propre divinité.
Dans le récit biblique, cet épisode devient : «Cette même nuit, l’Ange de Yahvé sortit et frappa dans le camp assyrien 185 000 hommes. Le matin, au réveil, ce n’étaient plus que des cadavres. Sennachérib roi d’Assyrie leva le camp et partit. Il s’en retourna et resta à Ninive. Un jour qu’il était prosterné dans le temple de Nisrok, son dieu, ses fils Adrammélek et Saréçer le frappèrent avec l’épée et se sauvèrent au pays d’Ararat. Asarhaddon, son fils, devint roi à sa place». (2Rois 19, 35-37)
À Ezéchias succéda le long règne de quarante-cinq ans de son fils, Manassé, durant lequel le Royaume de Juda fut le siège d’une contre-réforme religieuse qui avait vu revenir les dieux multiples. D’autre part, Manassé avait accepté une politique de soumission totale à l’Assyrie et il avait tourné le dos, dans tous les domaines, à la politique de son père. C’est durant cette période que le prophète Isaïe sera mis à mort.
Après un court intermède d’un roi Amon, rapidement assassiné, le trône de Juda revint à un enfant-roi de 8 ans, né en 640 avant notre ère. Dès qu’il fut en âge de régner par lui-même, Josias revint avec vigueur à la politique religieuse d’Ezéchias.
2 – Le roi Josias impose l’hénothéisme dans le royaume de Juda
Le règne de ce roi, une fois passé le temps de régence, constitue le tournant décisif dans l’instauration de l’hénothéisme hébreux – un seul dieu protecteur d’un petit groupe humain parfaitement circonscrit. Il s’agit d’un type spécial de monothéisme puisque la divinité en question ne s’intéresse qu’à un petit groupe humain. En somme un petit dieu privé.
La réforme religieuse de Josias marque le véritable point de départ de la rédaction des textes bibliques.
Ces textes connurent des versions différentes, car leur écriture s’échelonnera sur plusieurs dizaines d’années. On sait que les rédactions en furent plusieurs fois modifiées au gré des développements politiques, mais on ne possède aucune trace des diverses versions.
Le premier texte
En effet, les conséquences de la chute du Royaume de Samarie et les importants développements économiques et sociaux qui se produisirent dans le Royaume de Juda s’accompagnèrent d’un radical changement d’attitude de la hiérarchie religieuse du temple de Jérusalem. Le déclin de l’empire assyrien blaissera les mains libres à Josias pour procéder à une puissante centralisation des pouvoirs dans tous les domaines. C’est ainsi qu’il imposera avec une poigne de fer de profondes réformes religieuses, tant dans son royaume de Juda qu’en Samarie, le déclin de l’Assyrie lui ayant permis de prendre le contrôle de cette province.
Josias et les lévites de son entourage qualifièrent d’impies les nombreux cultes particuliers qui pullulaient et continuaient d’être pratiqués tant au nord qu’au sud. Les sanctuaires périphériques furent détruits et le dieu Élohim des Samaritains disparaîtra au profit de Jahvé.
Josias «ordonna […] de retirer du sanctuaire de Jahvé tous les objets de culte qui avaient été faits pour Baal, pour Ashera et pour toute l’armée du ciel […]. Il supprima les faux prêtres que les rois de Juda avaient installés et qui sacrifiaient […] à Baal, au Soleil, à la Lune, aux constellations et à toute l’armée du ciel. […] Il démolit la demeure des prostituées sacrées, qui était dans le temple de Jahvé».
Un monothéisme rigoureux et intransigeant devint progressivement la norme. Ce fut la grande réforme yahviste de Josias centrée sur un seul lieu de culte légitime : le temple de Jérusalem. La reprise en mains religieuse et politique fut favorisée par un affaiblissement de l’empire assyrien en butte, de son côté, à des attaques des Mèdes et des Scythes. D’ailleurs sa capitale, Ninive, sera prise en 612 avant notre ère.
La restauration amorcée par le grand-père de Josias, Ezéchias, fut poursuivie et amplifiée. Elle s’est accompagnée de l’élaboration d’une orthodoxie tatillonne, fourmillante de rites cultuels imposés non seulement aux habitants de Juda, mais également à tous les israélites qui étaient demeurés dans le nord sous la férule assyrienne.
Certains biblistes parlent à ce propos de «naissance du monothéisme» et de la «civilisation judéo-chrétienne». Ce sont des affirmations aussi audacieuses qu’erronées comme le révèle la plus ancienne tradition égyptienne figurant dans Le Livre des morts.
Car l’idée d’un monothéisme universel existait deux millénaires avant que les prêtres-lévites du temps de Josias la théorisent et la rapetissent au profit d’une seule tribu.
«Tu es l’unique, le Dieu des tout premiers commencements du temps, l’héritier de l’immortalité, par toi seul engendré, tu t’es toi-même donné naissance ; tu as créé la terre et a fait l’homme», est-il écrit dans Le Livre des Morts égyptien dont les manuscrits furent trouvés dans les tombes de pharaons ayant vécu 2600 av. notre ère, soit 2000 ans avant la réforme de Josias.
«Tourne vers moi ta face Soleil levant
qui éclaire nos deux royaumes de ta beauté.
Toi, la lumière des hommes,
Tu chasses les ténèbres de l’Égypte
Tu as la même apparence que “ton père Rê”
qui se lève chaque matin au ciel.
Tes rayons pénètrent jusqu’au fond des cavernes obscures
et aucun endroit n’est privé de ta splendeur
Tu entends les paroles et langages de tous pays,
car tu as … des millions d’oreilles !
Ton œil est plus brillant que les étoiles du ciel
Ta vue est meilleure que celle du soleil.
Même ce que prononce celui qui se cache dans la caverne
parvient jusqu’à tes oreilles,
et si l’on fait quelque chose de caché,
ton œil le verra néanmoins,
fils aîné du Dieu Maître de l’Univers…»
Extrait du Livre des morts.
Dès que l’écriture fut décryptée, les premiers égyptologues – Erik Hornung, Eugène Grébaut ou Auguste ariette – admirent que «les multiples dieux égyptiens ne sont qu’une des manifestations possibles de l’Unique, du Suprême». En 1885 l’allemand Carl Lepsius écrira dans le premier volume de son œuvre intitulée La religion et la mythologie des anciens Égyptiens : «J’exprime la conviction que dès les premiers temps, les Égyptiens adoraient le Dieu unique, anonyme, incompréhensible, Éternel dans sa plus haute pureté…»
Ainsi, Atoum, Rê, Ptah, Amon, Aton, Neith, Isis et Osiris ne sont que les représentants locaux et temporaires du Grand Dieu Éternel qui régit l’Univers avec ses trois principes : amour, justice et vérité.
Une forme de monothéisme existait également dans l’empire assyrien : selon un mode de fonctionnement religieux très proche de celui de la religion égyptienne, les dénominations particulières des divinités n’étaient que des aspects ou des fonctions du même dieu Mardouk :
«Urash est Mardouk de la plantation
Lugalidda est Mardouk de l’abîme
Ninurta est Mardouk du sommet
Zabada est Mardouk de la guerre
Enlil est Mardouk de la seigneurerie et de la consultation
Nabu est Mardouk de la comptabilité
Sin est Mardouk qui illumine la nuit
Shamash est Mardouk de la justice
Adad est Mardouk de la pluie
Tishpak est Mardouk des troupes
Shuqamuna est Mardouk qui contient».
Cité par Liverani, p.281.
Le christianisme retrouvera ce mécanisme avec, par exemple, l’apparition d’innombrables Vierges Marie locales, mais chaque fois sous les formes et des vêtements spécifiques : on aura ainsi la Vierge de Lourdes, la Vierge de la Salette, la Vierge de Fatima, la Vierge noire de Czestochowa, la Vierge de Medjugorge, etc., pour n’évoquer que les plus célèbres en Occident, soit plus d’une cinquantaine d’avatars dans le monde entier. Mais toutes ces Vierges Marie sont réputées n’être qu’une seule et même mère de Jésus-Christ.
En effet, les conséquences de la chute du Royaume de Samarie et les importants développements économiques et sociaux qui se produisirent dans le Royaume de Juda s’accompagnèrent d’un radical changement d’attitude de la hiérarchie religieuse du temple de Jérusalem. Le déclin de l’empire assyrien blaissera les mains libres à Josias pour procéder à une puissante centralisation des pouvoirs dans tous les domaines. C’est ainsi qu’il imposera avec une poigne de fer de profondes réformes religieuses, tant dans son royaume de Juda qu’en Samarie, le déclin de l’Assyrie lui ayant permis de prendre le contrôle de cette province.
Josias et les lévites de son entourage qualifièrent d’impies les nombreux cultes particuliers qui pullulaient et continuaient d’être pratiqués tant au nord qu’au sud. Les sanctuaires périphériques furent détruits et le dieu Élohim des Samaritains disparaîtra au profit de Jahvé.
Josias «ordonna […] de retirer du sanctuaire de Jahvé tous les objets de culte qui avaient été faits pour Baal, pour Ashera et pour toute l’armée du ciel […]. Il supprima les faux prêtres que les rois de Juda avaient installés et qui sacrifiaient […] à Baal, au Soleil, à la Lune, aux constellations et à toute l’armée du ciel. […] Il démolit la demeure des prostituées sacrées, qui était dans le temple de Jahvé».
Un monothéisme rigoureux et intransigeant devint progressivement la norme. Ce fut la grande réforme yahviste de Josias centrée sur un seul lieu de culte légitime : le temple de Jérusalem. La reprise en mains religieuse et politique fut favorisée par un affaiblissement de l’empire assyrien en butte, de son côté, à des attaques des Mèdes et des Scythes. D’ailleurs sa capitale, Ninive, sera prise en 612 avant notre ère.
La restauration amorcée par le grand-père de Josias, Ezéchias, fut poursuivie et amplifiée. Elle s’est accompagnée de l’élaboration d’une orthodoxie tatillonne, fourmillante de rites cultuels imposés non seulement aux habitants de Juda, mais également à tous les israélites qui étaient demeurés dans le nord sous la férule assyrienne.
Certains biblistes parlent à ce propos de «naissance du monothéisme» et de la «civilisation judéo-chrétienne». Ce sont des affirmations aussi audacieuses qu’erronées comme le révèle la plus ancienne tradition égyptienne figurant dans Le Livre des morts.
Car l’idée d’un monothéisme universel existait deux millénaires avant que les prêtres-lévites du temps de Josias la théorisent et la rapetissent au profit d’une seule tribu.
«Tu es l’unique, le Dieu des tout premiers commencements du temps, l’héritier de l’immortalité, par toi seul engendré, tu t’es toi-même donné naissance ; tu as créé la terre et a fait l’homme», est-il écrit dans Le Livre des Morts égyptien dont les manuscrits furent trouvés dans les tombes de pharaons ayant vécu 2600 av. notre ère, soit 2000 ans avant la réforme de Josias.
«Tourne vers moi ta face Soleil levant
qui éclaire nos deux royaumes de ta beauté.
Toi, la lumière des hommes,
Tu chasses les ténèbres de l’Égypte
Tu as la même apparence que “ton père Rê”
qui se lève chaque matin au ciel.
Tes rayons pénètrent jusqu’au fond des cavernes obscures
et aucun endroit n’est privé de ta splendeur
Tu entends les paroles et langages de tous pays,
car tu as … des millions d’oreilles !
Ton œil est plus brillant que les étoiles du ciel
Ta vue est meilleure que celle du soleil.
Même ce que prononce celui qui se cache dans la caverne
parvient jusqu’à tes oreilles,
et si l’on fait quelque chose de caché,
ton œil le verra néanmoins,
fils aîné du Dieu Maître de l’Univers…»
Extrait du Livre des morts.
Dès que l’écriture fut décryptée, les premiers égyptologues – Erik Hornung, Eugène Grébaut ou Auguste ariette – admirent que «les multiples dieux égyptiens ne sont qu’une des manifestations possibles de l’Unique, du Suprême». En 1885 l’allemand Carl Lepsius écrira dans le premier volume de son œuvre intitulée La religion et la mythologie des anciens Égyptiens : «J’exprime la conviction que dès les premiers temps, les Égyptiens adoraient le Dieu unique, anonyme, incompréhensible, Éternel dans sa plus haute pureté…»
Ainsi, Atoum, Rê, Ptah, Amon, Aton, Neith, Isis et Osiris ne sont que les représentants locaux et temporaires du Grand Dieu Éternel qui régit l’Univers avec ses trois principes : amour, justice et vérité.
Une forme de monothéisme existait également dans l’empire assyrien : selon un mode de fonctionnement religieux très proche de celui de la religion égyptienne, les dénominations particulières des divinités n’étaient que des aspects ou des fonctions du même dieu Mardouk :
«Urash est Mardouk de la plantation
Lugalidda est Mardouk de l’abîme
Ninurta est Mardouk du sommet
Zabada est Mardouk de la guerre
Enlil est Mardouk de la seigneurerie et de la consultation
Nabu est Mardouk de la comptabilité
Sin est Mardouk qui illumine la nuit
Shamash est Mardouk de la justice
Adad est Mardouk de la pluie
Tishpak est Mardouk des troupes
Shuqamuna est Mardouk qui contient».
Cité par Liverani, p.281.
Le christianisme retrouvera ce mécanisme avec, par exemple, l’apparition d’innombrables Vierges Marie locales, mais chaque fois sous les formes et des vêtements spécifiques : on aura ainsi la Vierge de Lourdes, la Vierge de la Salette, la Vierge de Fatima, la Vierge noire de Czestochowa, la Vierge de Medjugorge, etc., pour n’évoquer que les plus célèbres en Occident, soit plus d’une cinquantaine d’avatars dans le monde entier. Mais toutes ces Vierges Marie sont réputées n’être qu’une seule et même mère de Jésus-Christ.
3 – La rédaction du Deutéronome
Le Deutéronome, cinquième Livre actuel de la Thora, mais rédigé en premier, prenait pour modèle les codes de vassalité assyriens : Yahvé sera le maître d’Israël comme Mardouk représenté par l’empereur était le maître de l’empire assyrien.
Du point de vue de la politique intérieure et du prestige de la Judée de l’époque, Josias fut son seul grand roi. C’était un homme politique avisé. Il avait compris que théologie et politique sont les deux faces d’un même pouvoir et qu’un gouvernement fort exige une unité psychique sans faille, qui peut se résumer par le triptyque : un seul Dieu, Jahvé, un seul sanctuaire, celui du Temple de Jérusalem, un seul pouvoir centralisé autour de ce Temple, celui du roi. «Gouverner, c’est régner sur les imaginations», dira Necker.
Cette phrase aurait pu être la devise de Josias.
Tous les pouvoirs forts suivirent d’ailleurs cette même politique d’unité nationale qui va de pair avec l’unité des imaginaires religieux. Les rois espagnols expulsèrent de leur royaume les juifs, même convertis au catholicisme, et Louis XIV imposa une stricte orthodoxie religieuse en révoquant l’édit de Nantes qui accordait le droit de culte aux protestants et revint sur sa politique de tolérance des débuts de son règne à l’égard des juifs.
Les lévites, c’est-à-dire les fonctionnaires du Temple s’attachèrent à cimenter les énergies et les imaginaires ; et pour cela, de conserve avec le pouvoir du roi, ils conçurent et commencèrent à rédiger une grande saga destinée à donner naissance à un nationalisme susceptible de résister victorieusement à un empire assyrien déclinant. Il fallait galvaniser le peuple en lui offrant des modèles héroïques susceptibles de susciter une émulation dans la population. Les «aventures» de Moïse, de David, de Salomon, de Josué furent scénarisées comme des péplums hollywoodiens avant la lettre et contiennent le même pourcentage de vérité historique.
En même temps l’union mentale du peuple fut subsumée par l’introduction dans les récits de la notion de «peuple élu». Un grand objectif nationaliste lui fut présenté : la conquête d’une «terre promise». Il faut garder présent à l’esprit que les premiers livres du Deutéronome constituent une littérature de résistance rédigée dans un objectif politique immédiat, celui de mobiliser et d’unifier les énergies de la nation.
Il faut reconnaître également que les lévites du Temple étaient déjà pourvus d’un solide sens de la communication, dont on verra que leurs successeurs feront merveille au XXe siècle. Un stratagème digne de l’ampoule de saint Janvier à Naples dont le sang coagulé se liquéfie à date fixe ou de la nourriture avalée par la statue de Bêl des Assyriens dont parlera le prophète Daniel, fut mis au point. Au cours de travaux dans les souterrains du Temple, «on» découvrit un livre «oublié de tous» qui était censé contenir une version ancienne d’un «Livre de la Loi» et qui aurait été une version originelle du Deutéronome.
À une époque où l’écriture était peu pratiquée en Palestine et les «textes écrits» aussi rares qu’une pépite d’or dans le désert de Gobi, cette «découverte» présente toutes les caractéristiques d’une ruse destinée à donner une réalité quasi miraculeuse et une confirmation divine à ladite «découverte».
«On voit d’emblée l’expédient, écrit Mario Liverani : retrouver un manuscrit “antique” pour conférer tout le poids de la tradition antique et son autorité à ce qui devait être une réforme novatrice. Mais il est surtout important de constater la coïncidence temporelle de cette réforme avec le déclin de l’autorité impériale assyrienne. Bref, Josias saisit l’opportunité de remplacer une dépendance et une fidélité promises au seigneur terrestre, l’empereur, par une dépendance et une fidélité au seigneur divin, Yahvé». (Liverani, p. 238)
Dans le Deutéronome, l’épisode est ainsi rapporté : «Le grand prêtre Hilqiyyahu dit au secrétaire Shaphân : “J’ai trouvé le livre de la Loi dans le Temple de Yahvé”. Et Hilqiyyahu donna le livre à Shaphân, qui le lut. Le secrétaire Shaphân vint chez le roi et lui rapporta ceci : “Puis le secrétaire Shaphân annonça au roi : “Le prêtre Hilqiyyahu m’a donné un livre” et Shaphân le lut devant le roi”». (2R 22 , 8-10)
La profonde réforme religieuse de Josias donna naissance à une religion qui se prêtait à une interprétation férocement nationaliste. Car, à partir de récits, de légendes, de mythes – y compris de mythes appartenant aux peuples voisins comme celui de la découverte du nourrisson Moïse sur le Nil – à partir de débris d’anciennes coutumes, de chants, de poèmes transmis oralement de génération en génération depuis des siècles ou de quelques récits fragmentaires, les lévites du Temple recréèrent une histoire nationale héroïque et glorieuse
Ils y intégrèrent la prise en compte des préoccupations politiques et territoriales provoquées par les conflits contemporaines avec les empires ou les tribus voisins et notamment la nécessité de conquérir les territoires limitrophes. C’est pourquoi figure dans le texte, sous forme d’injonctions du Dieu, toute la masse des ambitions et des frustrations du royaume de Juda de l’époque face à ses voisins et rivaux immédiats dont il lorgnait les terres et face aux deux puissants empires dont il se sentait menacé : l’Égypte d’un côté et l’Assyrie, de l’autre. On trouve déjà le rêve du «Grand Israël».
L’objectif politique n’était pas aisé à atteindre. Afin de galvaniser les énergies, des incitations aux crimes et aux génocides des populations voisines sont exprimées dans le Deutéronome de la manière la plus crue et la plus réaliste. Comme toujours en pareil cas, c’est aux sentiments les plus racistes et les plus xénophobes que le pouvoir politique et son bras séculier font appel.
C’est pourquoi le Yahvé créé par les prêtres Judéens est évidemment le reflet du psychisme des lévites du temps de Josias et du roi lui-même. Ce Yahvé-là est leur image en miroir. En auteurs d’un roman national, ils ont dessiné en creux leur propre silhouette et en ont fait la bouche d’ombre de leur propre mentalité. Mais ils n’auraient pas pu l’imposer si elle n’avait pas correspondu à la mentalité du peuple.
Car le Deutéronome est non seulement un code religieux implacable, il est également une manière de code civil. Il prescrit l’observance des fêtes nationales (la Pâque, les Tabernacles), il interdit les «mariages mixtes» et impose la protection des faibles et des indigents, mais uniquement à condition qu’ils fissent partie de la communauté.
Et que font dire les lévites du Temple à ce Yahvé-là dans le Deutéronome ?
«Lorsque Yahvé ton Dieu, aura supprimé les nations chez lesquelles tu vas pour les déposséder devant toi, quand tu vas pour les déposséder devant toi, quand tu les auras dépossédées et que tu habiteras dans leur pays…» (Dt 12, 29 )
Et voilà décrite la situation du peuple palestinien dépossédé par des colons venus d’ailleurs. Mais il ne suffit pas de voler les autres peuples, Yahvé prescrit de les humilier, avant de les exterminer : «Sache aujourd’hui que l’Éternel, ton Dieu, marchera lui-même devant toi comme un feu dévorant, c’est lui qui les détruira, qui les humiliera devant toi ; et tu les chasseras, tu les feras périr promptement, comme l’Éternel te l’a dit». (Dt IX, 3)
Les quatre-vingts millions d’Égyptiens et les Jordaniens devenus des quasi vassaux du petit Israël qui dirige leur politique extérieure, en savent quelque chose. Yahvé est le Dieu de la guerre d’un petit État qui cherche désespérément à étendre son territoire.
«Mais dans les villes de ces peuples dont l’Éternel, ton Dieu, te donne le pays pour héritage, tu ne laisseras rien vivre de ce qui a souffle de vie. Car tu devras les vouer à l’anathème, les Hittites, les Amoréens, les Cananéens, les Périzzites, les Hivvites, et les Jébusiens, selon ce que t’a commandé Yahvé ton Dieu, te l’a ordonné…». (Dt 20,16-18) Voilà décrite l’actuelle situation de Gaza.
«Yahvé me dit : Vois, j’ai commencé de livrer Sihon et son pays à ta merci. […] Sihon sortit à notre rencontre lui et tout son peuple pour le combat. Yahvé, notre Dieu, nous le livra, et nous le battîmes, lui et ses fils, et tout son peuple. Nous nous emparâmes alors de toutes ses villes, et nous vouâmes chaque ville à l’anathème, hommes, femmes et enfants, nous n’avons pas laissé de survivant. C’est seulement le bétail que nous prîmes pour nous en butin». (Dt, 2, 31- 36 )
«Og Roi du Bachân sortit à notre rencontre, avec tout son peuple, pour nous combattre à Edréi. Yahvé me dit : ne le crains pas, car je l’ai livré entre tes mains, ainsi que tout son peuple. ; nous le battîmes au point de ne laisser aucun survivant. Nous nous emparâmes de toutes ses villes. […] Nous les vouâmes à l’anathème. […] Mais tout le bétail et les dépouilles des villes, nous les prîmes pour nous en butin». (Dt, 3, 1-8)
Comme on le voit, Yahvé est un Dieu pousse-au-crime à l’égard des peuples voisins. Il possède, en outre, un œil de pilleur de ruines et de maquignon et n’oublie jamais de mettre la main sur le bétail.
«Lorsque l’Éternel, ton Dieu, t’aura fait entrer dans le pays dont tu vas prendre possession, et qu’il chassera devant toi beaucoup de nations, les Héthiens, les Guirgasiens, les Amoréens, les Cananéens, les Phéréziens, les Héviens et les Jébusiens, sept nations plus nombreuses et plus puissantes que toi ; lorsque l’Éternel, ton dieu, te les aura livrées et que tu les auras battues, tu les voueras à l’anathème, tu ne traiteras point d’alliance avec elles, et tu ne leur feras point grâce. Tu ne contracteras point de mariage avec ces peuples, tu ne donneras point tes filles à leurs fils, et tu ne prendras pas leurs filles pour tes fils ; car ils détourneraient de moi tes fils, qui serviraient d’autres dieux, et la colère de l’Éternel s’enflammerait contre vous : il te détruirait promptement». (Dt, 7, 1-5)
Par l’intermédiaire de ses Hécatonchires disséminés dans les pays occidentaux, Israël a efficacement poussé l’Amérique à détruire l’Irak. L’orgueilleuse Babylone delenda est. Deux millénaires après la déportation des Judéens, Ninive n’est plus qu’un tas de ruines. Seule la Perse résiste encore malgré les efforts déployés par les innombrables petites mains qui œuvrent dans les chancelleries occidentales. La vengeance est un plat qui se mange froid. Après une parenthèse de deux millénaires, l’Israël d’aujourd’hui prend sa revanche sur les vainqueurs du roi Josias.
Car Yahvé est un tyran cruel. Il n’éprouve pas une ombre de pitié pour les vaincus et préconise l’extermination des prisonniers et le génocide.
«Tu voueras à l’anathème tous les peuples que l’Éternel, ton Dieu, va te livrer, tu ne jetteras pas sur eux un regard de pitié […] L’Éternel, ton Dieu, enverra même les frelons contre eux, jusqu’à la destruction de ceux qui échapperont et qui se cacheront devant toi. […] L’Éternel, ton Dieu, te les livrera ; et il les mettra complètement en déroute, jusqu’à ce qu’elles soient détruites». (Dt 7, 16, 20-25)
Un Yahvé génocidaire est censé donner les conseils les plus pervers : surtout ne pas «achever» immédiatement les vaincus et en bloc, mais les exterminer doucettement, hypocritement, par petits paquets. On voit que la directive biblique est aujourd’hui consciencieusement appliquée à Gaza. L’Israël actuel s’est employé à «créer une grande panique» d’entrée de jeu, en procédant à un bombardement massif producteur d’un grand massacre. Puis il a bouclé hermétiquement le plus gigantesque ghetto jamais créé sur la planète et a condamné les survivants à une misère physique et psychique destinées à les anéantir à petit feu. Les nombreux produits chimiques mortifères déposés dans le sol lors des explosions d’armes prohibées par les lois internationales, mais employées sans vergogne par cet Etat, accélèreront le délabrement physique des habitants. Pour faire bonne mesure, l’État disciple des conseils des lévites enverra ses frelons bibliques sous la forme de drones vrombissants et meurtriers.
«Et même le seigneur ton Dieu leur enverra le frelon jusqu’à la disparition de ceux qui resteraient et se cacheraient devant toi. Ne tremble pas devant eux, car il est au milieu de toi, le seigneur ton Dieu, un Dieu grand et terrible. Le seigneur ton Dieu chassera ces nations devant toi peu à peu : tu ne pourras pas les achever aussitôt, car autrement les animaux sauvages deviendraient trop nombreux contre toi.
Pourtant le Seigneur ton Dieu te livrera ces nations et jettera sur elles une grande panique jusqu’à ce qu’elles soient exterminées. Il livrera leurs rois entre tes mains, tu les feras exterminer». (Dt 7,20-25)
Même le rêve de domination mondiale est théorisé : «Écoute, Israël ! Tu vas aujourd’hui passer le Jourdain, pour te rendre maître de nations plus grandes et plus puissantes que toi […] d’un peuple grand et de haute taille, les enfants d’Anak […] Sache aujourd’hui que l’Éternel, ton Dieu, marchera lui-même devant toi comme un feu dévorant ; c’est lui qui les détruira, qui les humiliera devant toi ; et tu les chasseras, tu les feras périr promptement, comme l’Éternel te l’a dit». (Dt 9, 1-4)
Le Deutéronome n’est pas le seul «Livre» qui contienne ce genre d’incitations aux meurtres et aux pillages. Des encouragements au génocide ainsi que d’innombrables anathèmes, préludes à des exterminations pullulent dans les textes rédigés ultérieurement par d’autres lévites, mais toujours dans le même esprit. Le Lévitique, les Nombres, Josué ou Les Rois sont remplis d’exhortations du même style.
Les ravages provoqués dans les psychismes durant des siècles par des commandements haineux à l’égard des «non-élus» et attribués à un Dieu colérique, vindicatif, injuste et cruel aboutiront à l’épisode humainement troublant d’un groupe de rabbins sautillant joyeusement en se tenant la main au spectacle de l’armée de leur État faisant frire les enfants de Gaza avec des bombes au phosphore blanc.
Des familles entières pique-niquaient joyeusement sur les collines en contemplant le spectacle de Gaza en flammes. Les fours crématoires portatifs – et tout-en-un – constituent un indéniable progrès technologique.
Une française installée depuis 2001 dans les territoires volés aux Palestiniens déclarait sans complexes au journaliste du quotidien helvétique : «Ce qui compte dans notre milieu, ce n’est pas ce que disent Benyamin Netanyahou et Barack Obama, mais ce que Dieu ordonne de faire pour préserver notre caractère juif. Le reste, ce n’est pas notre problème».
«Le roi de Gaza avait fait envoyer quelques projectiles sur nos villes. Yahvé notre Dieu arma notre bras de colère et nous le livra, lui et tout son peuple. Nous nous emparâmes de toutes ses villes, et nous vouâmes chaque ville à l’anathème, hommes, femmes et enfants. Nous avons laissé des survivants afin qu’ils témoignent de la grandeur de Yahvé notre Dieu, qu’ils expient leur crime et qu’agonisent dans les ruines. Nous n’avons pas pris de dépouilles dans les villes de la province Gaza, car Yahvé nous avait déjà permis de tout voler. La massue de Yahvé réduira le reste de Gaza en poussière».
Ne croirait-on pas lire la description de l’actuel camp de concentration de Gaza soumis à l’action génocidaire de l’armée.
C’est, en effet, un jeu d’enfant d’attribuer ses propres turpitudes au Dieu de sa tribu.
On comprend mieux, à partir de cet arrière-monde biblique, pourquoi la soldatesque israélienne se livre sans états d’âme, aux pires exactions et aux pillages des domiciles des populations autochtones dans les territoires qu’elle occupe. Elle dépouille les morts, vole les économies de ceux qui n’ont pas eu le temps de les mettre à l’abri et même les organes des jeunes Palestiniens qu’elle assassine.
Dans son Histoire du peuple d’Israël, Ernest Renan écrit, à propos du nationalisme barbare inventé par les écrits du Deutéronome : «Israël n’est pas le seul peuple pour qui l’adoption d’un dieu protecteur ait été une déchéance. […] Yahvé n’est pas juste ; il est d’une partialité révoltante pour Israël, d’une dureté affreuse pour les autres peuples. Il aime Israël et hait le reste du monde. Il tue, il ment, il trompe, il vole pour le plus grand bien d’Israël. Et pourquoi, vraiment, serait-ce ce dieu particulier qui aurait fait le ciel et la terre ?» (t. 1, p.175)
Cependant, du point de vue de la politique générale du Royaume de Juda, la réforme de Josias fut une réussite éclatante. Ce petit territoire ne sera plus jamais aussi prospère économiquement et aussi unifié mentalement qu’il le fut à cette époque. Le désastre ne se fera sentir qu’au fil des siècles, lorsque le groupe humain qui vénère ce Dieu-là sera incapable de s’assimiler à tous les États dans lesquels le conduira son errance. Car les notions de «peuple élu» et de «terre promise» introduites dans des textes et interprétées au sens le plus littéral, le plus matériel et le plus grossier, créèrent entre ce peuple et le reste de l’humanité une barrière psychique aussi hermétique que la ceinture de Van Hallen autour du globe terrestre.
4 – Le virus morbide de «peuple élu»
Le mythe les plus puissant du judaïsme est, en effet, celui de «peuple élu» de son dieu, c’est cette élection qui fait le juif, c’est par rapport à ce mythe qu’il se définit face aux autres peuples. «Si Yahvé s’est attaché à vous et vous a choisis, ce n’est pas que vous soyez le plus nombreux de tous les peuples : car vous êtes le moins nombreux d’entre tous les peuples. Mais c’est par amour pour vous et pour garder le serment juré à vos pères». (Dt 7,7-8)
Cependant, cette élection n’est pas gratuite, elle repose sur des devoirs et des obligations rituelles, mais surtout sur des promesses de prospérité pour les «élus» et de menaces pour les nations qui s’opposeraient aux chouchous du dieu. Il s’agit donc d’un donnant-donnant matériel qui s’apparente à une transaction commerciale.
«Je ferai de toi une grande nation, et Je te bénirai et rendrai ton nom grand ; et tu seras une source de bénédictions pour les peuples. Je bénirai ceux qui te bénissent et maudirai ceux qui te maudissent ; et par toi, toutes les familles de la Terre seront bénies». (Genèse 12,2)
Or, tous les peuples sont «élus» par leur dieu : les Égyptiens se vivaient comme élus par le dieu Râ, les Romains par Jupiter, les Grecs par Gaia, les Germains par Wotan, les Assyriens par Mardouk, les musulmans se vivront élus par Allah et les chrétiens par le Dieu de la Croix. Mais l’originalité de l’«élection» que se sont inventée les Hébreux vient de ce qu’elle est matérialisée par un territoire et par des récompenses concrètes que leur dieu aurait réservés à eux seuls. Un rejet violent, absolu et quasi animal de tout étranger au groupe en est le corollaire. Elle pose les bases d’un nationalisme sectaire et de son corollaire, la xénophobie et le racisme.
Car le Yahvé du premier Deutéronome se présente comme un Dieu cruel et raciste qui n’offre à ses adorateurs que des perspectives de rapines et de guerre. C’est dans ce contexte psychologique qu’il faut situer la phrase d’Attali dans son interview : «Pour un juif, la pauvreté est insupportable». Dans cet univers, la pauvreté est vécue comme le signe de la malédiction divine.
Il est impossible de savoir comment est né un sentiment aussi puissant de rejet de l’étranger au groupe. À partir des péripéties de l’histoire antique, telle qu’évoquée ci-dessus dans ses grandes lignes, on peut imaginer qu’un petit groupe humain coincé entre deux empires conquérants et rivaux, mais ambitieux et énergique, soumis à des vagues périodiques d’invasions tantôt de l’un, tantôt de l’autre, en rivalité aiguë avec sa propre province du Nord, a éprouvé un besoin d’autant plus puissant de se serrer les coudes, qu’il s’agissait pour lui d’une question de survie nationale. Car le simple énoncé d’une histoire qui répond aux règles de l’historiographie moderne prouve qu’un véritable État hébreu n’a existé de manière significative dans l’histoire mondiale qu’entre les règnes d’Ezéchias et de Josias, c’est-à-dire durant à peine trois quarts de siècle.
C’est précisément après la mort de ce seul roi judéen qui laissa une trace dans l’historiographie de la région, puis durant les cinquante ans de captivité à Babylone et les années qui suivirent, que furent rédigés les récits bibliques principaux. Mais il faudra attendre le retour de captivité pour que soient réintroduites dans les textes des notions de morale universelle. «La fin de l’indépendance politique, la destruction du Temple, la déportation dans des lieux étrangers ont mis un terme … à une participation ensemble de la communauté au culte officiel. […] C’est ainsi que se créèrent les conditions pour l’avènement d’une religion personnelle, intérieure, moins liée aux cérémonies publiques, mais fondée au contraire sur des valeurs éthiques». (Liverani, p.283)
Ainsi les rabbins orthodoxes Naturei Karta proclament haut et fort que, de même que dans toutes les religions de la terre, «l’alliance» avec Dieu n’est que spirituelle quitte à passer outre aux passages qui n’ont rien de «spirituel».
«Écoute, Israël, l’Éternel, notre Dieu, l’Éternel est UN. Béni soit à jamais le nom de Son règne glorieux.
Tu aimeras l’Éternel ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme et de tous tes moyens. Que les commandements que je te prescris aujourd’hui soient gravés dans ton cœur». (Dt, 6,4)
Animés d’un esprit véritablement généreux et sensibles à l’injustice dont sont victimes les Palestiniens, ces rabbins sont toujours au premier rang lors des nombreuses manifestations auxquelles ils participent inlassablement aux côtés des défenseurs des droits des Palestiniens. Ils proclament haut et fort que «tout au long de leur histoire, les sionistes ont eu recours à l’intimidation, à la guerre, au nettoyage ethnique et à un terrorisme soutenu par l’État pour réaliser leurs objectifs. Voilà ce qu’est, a été et continue d’être l’agenda criminel de ce mouvement sioniste. Mais au-delà de ces crimes épouvantables, ils osent prétendre que ces actions infâmes sont faites au nom de la sainteté, au nom du Tout-Puissant, au nom du judaïsme et des juifs !»
Aux âmes spirituelles, tout est spirituel, quitte à trouver des interprétations allégoriques aux récits ou aux exhortations les plus cruels. Les courageux rabbins de Naturei Karta en sont un exemple vivant.
Cependant, c’est le texte pris dans son acception la plus littérale et la plus vulgaire qui fut retenu par la totalité des hébreux antiques et leurs héritiers, les sionistes contemporains.
5 – Qu’est-ce que la «Terre promise » ?
De nombreux versets du Deutéronome, de la Genèse, de l’Exode, des Nombres, du livre de Josué décrivent les limites d’un territoire qu’un notaire divin aurait «promis» à un groupe de fuyards-fantômes, conduits par un guide spirituel imaginaire, qui a confié l’achèvement de sa mission à un chef de guerre fictif, lequel a réussi l’exploit de faire s’écrouler les murailles d’une ville qui n’en avait pas à l’époque supposée des évènements.
Nous sommes donc bien dans le même cas de figure que dans le récit des aventures d’Énée auquel la légende prête une expérience galante avec une reine qui vécut quatre cents ans après lui. Tous les peuples se racontent des histoires sous la forme d’un roman fondateur. Des légendes d’Énée existaient avant Virgile, des légendes sur Moïse ou David existaient avant que les prêtres de Josias, utilisant les méthodes romanesques classiques de dilatation de telle partie de la légende ou d’omission de péripéties inopportunes, produisissent un récit cohérent et adapté au but nationaliste recherché.
L’existence d’une «promesse» d’un Dieu notarial est présente dès les premiers versets dans la rédaction du premier livre par les scribes de Josias. On en trouve la trace à trois reprises dans le Deutéronome. Dès le premier chapitre, il est dit : «Tournez-vous, et partez, allez à la montagne des Amorrhéens et chez tous leurs voisins, dans la plaine, dans la montagne, et dans le pays plat, et dans le midi, et sur le littoral de la mer, au pays des Cananéens et au Liban, jusqu’au grand fleuve, le fleuve Euphrate». (Dt 1,7)
Et un peu plus loin : «Vous avez atteint la montagne des Amorrhéens que Yahvé notre Dieu nous donne. Vois, Yahvé ton Dieu a livré ce pays à ta merci ; monte, prends-en possession, selon ce que t’a dit Yahvé, le Dieu de tes pères». (Dt 1, 20-21)
On voit qu’à l’origine, la surface de ce fameux territoire couvrait quasiment le monde connu de l’époque dans son ensemble, l’Égypte mise à part : il s’agit, globalement du territoire déjà occupé par les Judéens de Josias, augmenté d’un important prolongement jusqu’en Mésopotamie avec l’Euphrate pour frontière, le territoire des Pharaons leur paraissant visiblement d’autant plus inaccessible, même en imagination, qu’il était protégé par la frontière naturelle de la mer Rouge.
Victimes de vagues d’invasion successives venant principalement des empereurs assyriens, puis Babyloniens, Sargon II puis Sennacherib, les Judéens rêvaient de vengeance et s’imaginant à leur tour en envahisseurs, ils firent proférer à leur Dieu le message qu’ils souhaitaient entendre et qu’ils auraient voulu mettre en action.
Dans le verset 11-24 du Deutéronome, le message est géographiquement plus ambigu, mais psychologiquement plus clair : «Tout lieu que foulera la plante de votre pied sera à vous : votre limite sera depuis le désert et le Liban, depuis le fleuve, le fleuve Euphrate, jusqu’à la mer d’occident s’étendra votre territoire». (Dt 11-24)
Si la fameuse «terre promise» s’étend à «tout lieu que foulera la plante de vos pieds», cela signifie bien que Yahvé offre la surface totale de terre à son «peuple élu», pour peu qu’il s’y établisse et les lieux énumérés ne sont là que pour matérialiser le désir et concrétiser la connaissance de la mappemonde.
Les scribes postérieurs qui rédigèrent, après l’exil à Babylone, les chapitres suivants de la Torah ainsi que les prophéties d’Ézéchiel, sont beaucoup plus diserts. Mais l’accumulation des précisions géographiques, si elle révèle une connaissance plus fine de la topologie des lieux, rétrécit l’espace réservé au «peuple élu» alors que le Deutéronome l’avait laissé ouvert à l’infini avec son «tout lieu que foulera la plante de vos pieds».
Visiblement, les Hébreux avaient réévalué leurs ambitions à la baisse ou peut-être avaient-ils pris conscience de manière plus réaliste des limites de leurs forces. Néanmoins, la surface qu’ils s’attribuent en rêve représente toujours entre vingt à cinquante fois, selon les versions, celle du petit territoire sur lequel ils ont toujours été confinés à l’origine
Comme les «Livres» sont depuis lors rangés selon la chronologie supposée du déroulement des évènements et non selon la chronologie réelle de leur rédaction, ce sont les récits plus récents qui décrivent les frontières avec la plus grande minutie. Cette minutie même imprime dans les cerveaux l’impression qu’il s’agit d’un territoire réel bien délimité. En même temps, la précision agit d’une manière hypnotique et finit par imposer la sorte d’évidence que ce peuple possèderait un destin exceptionnel qui ne pourrait se manifester que dans un seul endroit bien précis de la planète et nulle part ailleurs.
«L’Éternel parla à Moïse, et dit : Donne cet ordre aux enfants d’Israël, et dis-leur : Quand vous serez entrés dans le pays de Canaan, ce pays deviendra votre héritage, le pays de Canaan, dont voici les limites. Le côté du midi commencera au désert de Tsin près d’Édom. Ainsi, votre limite méridionale partira de l’extrémité de la mer Salée, vers l’orient ; elle tournera au sud de la montée d’Akrabbim, passera par Tsin, et s’étendra jusqu’au midi de Kadès Barnéa ; elle continuera par Hatsar Addar, et passera vers Atsmon ; depuis Atsmon, elle tournera jusqu’au torrent d’Égypte, pour aboutir à la mer. Votre limite occidentale sera la grande mer : ce sera votre limite à l’occident. Voici quelle sera votre limite septentrionale : à partir de la grande mer, vous la tracerez jusqu’à la montagne de Hor ; depuis la montagne de Hor, vous la ferez passer par Hamath, et arriver à Tsedad ; elle continuera par Ziphron, pour aboutir à Hatsar Énan : ce sera votre limite au septentrion. Vous tracerez votre limite orientale de Hatsar Énan à Schepham ; elle descendra de Schepham vers Ribla, à l’orient d’Aïn ; elle descendra, et s’étendra le long de la mer de Kinnéreth, à l’orient ; elle descendra encore vers le Jourdain, pour aboutir à la mer Salée. Tel sera votre pays avec ses limites tout autour». (Nombres, 34,1-12)
Comme on le voit, Yahvé est un fin cartographe !
C’est pourquoi un État qui se dit laïc comme l’actuel État d’Israël et qui obéit au rituel superficiel des démocraties reste en réalité une crypto-théocratie imprégnée de la certitude indéracinable que la terre qu’il conquiert les armes à la main lui a été prescrite en héritage et que la Bible est son acte de propriété.
Par conséquent, l’actuel chef du gouvernement israélien, M. Benjamin Netanyahou, avait pu affirmer à Washington que «le peuple juif construisait déjà Jérusalem il y a trois mille ans et il continue à le faire aujourd’hui».
C’est ce roman théologico-politique qui est censé donner à l’État d’Israël moderne la justification morale de son droit à s’installer sur la terre palestinienne. En fait de démocratie, il faudrait plutôt parler d’ethnocratie religieuse puisque cet État pratique une impitoyable discrimination à l’encontre de la population autochtone.
6 – Conclusion
Les résistances que rencontre la démythologisation du récit biblique viennent d’horizons multiples, et pas seulement des juifs, car les chrétiens se sentent étroitement reliés, eux aussi, aux mythes bibliques qu’ils tentent d’interpréter spirituellement. Pour les Israéliens actuels cette révolution culturelle est inimaginable, puisqu’elle ébranlerait tout l’édifice idéologique sur lequel repose le succès ou l’échec de l’entreprise coloniale qui se déroule actuellement en Palestine. Mais elle est également vigoureusement refusée par la quasi-totalité des juifs du monde entier pour des raisons personnelles. En effet, cette reconnaissance constituerait pour un grand nombre d’entre eux une véritable castration psychique.
Comment accepteraient-ils de gaité de cœur de cesser d’être «uniques», aussi bien dans la grandeur que dans les malheurs ? C’est la raison pour laquelle ils manifestent une hostilité tenace à la reconnaissance de tout génocide non juif et rejettent comme un blasphème l’idée que d’autres souffrances seraient comparables aux leurs. Ils sont d’ailleurs quasiment parvenus à imposer au monde entier leur vision mythologique du l’histoire, y compris de l’histoire contemporaine, puisque des règles drastiques édictées par de nombreux États, interdisent aux historiens d’effectuer librement leur travail.
Comment admettraient-ils de ne plus se vivre comme les membres d’un «peuple élu», exceptionnel, unique possesseur par décret divin d’un lopin de terre dont le statut est quasi miraculeux ? Il leur faudrait pour cela quitter le piédestal sur lequel ils ont dressé leur moi mental privé et collectif et accepter de redescendre de la moyenne région de l’air dans laquelle ils se sont psychiquement domiciliés pour retrouver, sur la terre ferme, la communauté humaine universelle.
Or c’est dès la prime enfance qu’un racisme agressif à l’égard des non-juifs, stigmatisés sous le sobriquet de «goys», est inculqué aux enfants. Une révolution copernicienne n’est pas près de s’accomplir.
Le sionisme n’est pas né par génération spontanée. Il est le fruit direct des recommandations raciales du Deutéronome. C’est dans la Torah que les sionistes de l’Israël actuel puisent leur inspiration et la justification de leur comportement. C’est pourquoi il est si important de connaître les textes originels ainsi que l’histoire de leur venue au monde.
Le règne de Josias, le grand initiateur d’une première rédaction du Deutéronome, se termina tragiquement : il fut tué à Megiddo en -609 par l’armée égyptienne commandée par le pharaon Nechao II auquel il voulait couper le passage à travers la Palestine. Son ancien allié venait de changer de camp et courait au secours des Assyriens menacés par l’empire montant les Babyloniens.
Aline de Diéguez
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lundi 15 juin 2026
Trump, c'est tout un poème 😂
"Trump a publié puis supprimé cette photo en moins de 5 minutes :
La photo apparaît… puis disparaît. Pourquoi la supprimer aussi vite si c’est « rien » ?
Certains disent que ce sont des Nordiques. D’autres parlent d’anciens gardiens ou d’êtres qui ont toujours été là. Quoi qu’il en soit… pourquoi cette photo a-t-elle été effacée ?" Philippe.
"À ceux qui demandent qui sont les gens aux côtés de Trump, écrit Léon sur X, ma réponse est : les Archontes. Les amiraux de haut rang de la Fédération Galactique et les gouverneurs de la colonie humaine. Les insignes sur leurs épaules ne sont pas de simples métaux ; ce sont des symboles de pouvoir faits d'or pur. Ceux qui apparaissent sur la scène mondiale sont des acteurs, ceux qui n'apparaissent pas sont les metteurs en scène.
Les Archontes s'adresseront à l'humanité pour la première fois lors de la finale de la Coupe du Monde. Des milliards (de personnes) seront devant leur écran. Le jour de la révélation est plus proche que vous ne le pensez."
- "Salut Grok, est-ce vrai que Donald Trump a rencontré l'espèce extraterrestre nordique ?"
Question : Pourquoi Trump a-t-il publié puis retiré cette photo ?
Réponse : Trump est fou !
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"À ceux qui demandent qui sont les gens aux côtés de Trump, écrit Léon sur X, ma réponse est : les Archontes. Les amiraux de haut rang de la Fédération Galactique et les gouverneurs de la colonie humaine. Les insignes sur leurs épaules ne sont pas de simples métaux ; ce sont des symboles de pouvoir faits d'or pur. Ceux qui apparaissent sur la scène mondiale sont des acteurs, ceux qui n'apparaissent pas sont les metteurs en scène.
Les Archontes s'adresseront à l'humanité pour la première fois lors de la finale de la Coupe du Monde. Des milliards (de personnes) seront devant leur écran. Le jour de la révélation est plus proche que vous ne le pensez."
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- "Non, ce sont des mèmes générés par IA. Les photos virales de Trump avec des figures élancées aux cheveux platine dans des uniformes rouges sont des créations numériques (certaines remontent à d’anciennes photos de la garde norvégienne qui ont été améliorées).
Les aliens nordiques sont un pilier de longue date du folklore OVNI — grands, blonds, humanoïdes, prétendument pacifiques et avancés — mais il n’y a aucune preuve crédible que Trump (ou n’importe quel président) les ait rencontrés, ou n’importe quel extraterrestre.
Juste internet qui mitonne ferme avec de l’épice conspirationniste et du bourbier d’IA. Une timeline amusante, quand même."
Les aliens nordiques sont un pilier de longue date du folklore OVNI — grands, blonds, humanoïdes, prétendument pacifiques et avancés — mais il n’y a aucune preuve crédible que Trump (ou n’importe quel président) les ait rencontrés, ou n’importe quel extraterrestre.
Juste internet qui mitonne ferme avec de l’épice conspirationniste et du bourbier d’IA. Une timeline amusante, quand même."
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Réponse : Trump est fou !
Téhéran recrute des psychologues pour adapter ses messages à Trump, qualifié de “malade mental”
Des responsables iraniens ont indiqué que traiter le président américain “comme on s’occupe d’un patient” a déjà permis de réaliser “certains progrès” dans les négociations.
Les négociateurs iraniens ont engagé des psychologues chevronnés pour examiner les messages diplomatiques destinés au président américain Donald Trump lors des pourparlers indirects entre Washington et Téhéran, a rapporté le journaliste américain Jeremy Scahill le 13 juin, citant des sources iraniennes.
S’exprimant dans le podcast Breaking Points, M. Scahill a déclaré que ce nouveau cap a été pris il y a quelques semaines, la délégation iranienne estimant qu’il est légitime de considérer que M. Trump est “atteint de troubles mentaux” et “évolue dans un état mental altéré”.
Les négociateurs ont déclaré à Scahill que cette décision n’a pas été prise “à la légère”, mais en réponse à celui qu’ils perçoivent comme un dirigeant “mentalement incapable”.
Après avoir fait appel à des professionnels de la santé pour “établir un profil psychologique”, l’équipe s’est lancée dans l’“adaptation” des messages avant de les transmettre aux médiateurs.
Cette stratégie coïncide avec le regain d’attention porté à la santé du président alors qu’il fête son 80e anniversaire dimanche.
Des rapports antérieurs ont fait état de symptômes physiques chez le président, notamment des ecchymoses aux mains, des chevilles enflées, une éruption cutanée au cou et des somnolences fréquentes lors de réunions du cabinet.
Des responsables iraniens ont indiqué que traiter l’interaction “comme s’il s’agissait d’un patient” a déjà permis de réaliser “certains progrès” dans les négociations.
Les pays médiateurs, dont le Qatar et la Turquie, auraient également fait part de leurs inquiétudes concernant la cohérence du président.
Lire la suite :
2 millions de soldats ukrainiens, tombés au front pour satisfaire la rapacité des fonds d'investissement américains
Quand les Etats-Unis déclenchaient la Guerre d’Ukraine en 2014
Victoria Nuland en 2016, se vantant devant le Congrès américain de la manière dont Washington avait pris le contrôle total de l’Ukraine après le coup d’État de 2014.
Elle a tout exposé sans aucune honte :
- Des agents américains infiltrés dans une douzaine de ministères ukrainiens.
- Des policiers formés par les États-Unis patrouillant dans 18 villes.
- Le Trésor américain vidant 60 banques ukrainiennes tout en épargnant les déposants pour garder la population sous silence.
- Des centaines de millions de dollars injectés pour remodeler l’armée ukrainienne.
Ce n’était pas de « l’aide », c’était une prise de contrôle déguisée en aide.
« Non provoquée »
L'inévitable défaite ukrainienne sera en fait une défaite stratégique américaine doublée du sacrifice inutile de 2 millions de soldats ukrainiens, tombés au front pour satisfaire la rapacité des fonds d'investissement américains type Blackrock et assouvir la russophobie obsessionnelle du monde anglo-germanique (ça fait 150 ans que ça dure).
Dans cette tragédie, l'Europe occidentale aura joué les idiots utiles. Y compris, malheureusement, la France, dont les dirigeants ont oublié une constante historique, formulée par Chateaubriand vers 1825, que de Gaulle aimait citer :
"Placés aux deux extrémités de l'Europe, la France et la Russie ne se touchent point par leurs frontières, elles n'ont point de champ de bataille où elles puissent se rencontrer; elles n'ont aucune rivalité de commerce, et les ennemis naturels de la Russie (...) sont aussi les ennemis naturels de la France." (Mémoires d'Outre-3ème partie, livre XII)
Depuis que Chateaubriand a écrit, la France a plusieurs fois commis l'erreur de se retourner contre la Russie: en 1853 durant la Guerre de Crimée, qui nous laissa seuls, ensuite, en 1870, face à la Prusse. Ou bien en 1935, lorsque Pierre Laval jeta aux orties le pacte franco-soviétique. Prélude à notre double capitulation: diplomatique en septembre 1938 et militaire en juin 1940.
Cette erreur Paris la commet à nouveau aujourd'hui, présageant de plus grands malheurs pour la France. [...]
Une partie du monde dirigeant allemand rêve de revanche contre la Russie
Que se passe-t-il réellement à Wiesbaden, en Allemagne ?
Des officiers américains et ukrainiens travaillent côte à côte chaque jour au sein d’un centre conjoint de commandement et de fusion du renseignement.
Ils analysent des images satellites, des communications russes interceptées et des renseignements de terrain afin d’identifier les positions russes, les systèmes d’armes et les cibles de grande valeur.
Ces listes de cibles sont ensuite converties en coordonnées de frappe précises et transmises à l’Ukraine pour des attaques menées à l’aide de missiles HIMARS, ATACMS et Storm Shadow, ainsi que de drones à longue portée.
Cela inclut également des cibles situées sur le territoire russe et en Crimée, après que Washington a progressivement assoupli ses restrictions.
Il ne s’agit plus d’un « soutien indirect ». Il s’agit d’une implication opérationnelle profonde.
Ces faits ont été confirmés par :
- Une grande enquête du New York Times datant de mars 2025, révélant le rôle caché des États-Unis dans les opérations militaires ukrainiennes.
- L’ancien commandant en chef ukrainien Valerii Zaluzhnyi, qui a décrit le centre allemand de Wiesbaden comme une « arme secrète » pour la planification et l’exécution d’opérations contre la Russie.
En bref :
Depuis Wiesbaden, sous l’égide de l’EU-COM et de l’US Army Europe, des informations sur les cibles sont envoyées quotidiennement à l’Ukraine pour des frappes contre les forces et les infrastructures russes.
On ne parle peut-être pas officiellement d’une guerre de l’OTAN, mais il s’agit indéniablement d’une opération militaire américano-ukrainienne profondément intégrée s’inscrivant dans le cadre plus large de l’effort occidental par procuration.
C’est quelque chose que les grands médias occidentaux devraient vous dire.
Mais ils ne le feront pas...
Lire la suite de la revue de presse de E. Husson
dimanche 14 juin 2026
Le Tibet ancien n’était pas une utopie égalitaire – L’incorporation du Tibet à la RPC
«75 ans après l’intégration du Xizang à la République populaire de Chine, l’universitaire macédonienne Biljana Vankovska analyse la profonde transformation économique, sociale et technologique de la région, remettant en question les récits occidentaux dominants et soulignant l’impact de la planification étatique sur la réduction de la pauvreté et le développement des infrastructures».
Soixante-quinze ans après la prétendue «libération pacifique» du Xizang, connu en Occident sous le nom de Tibet, le débat sur le sort de cette région reste marqué par des visions divergentes. Dans un article publié par Globetrotter, la politologue Biljana Vankovska soutient qu’une grande partie des interprétations diffusées en Europe et aux États-Unis ont construit une image idéalisée du Tibet ancien, occultant les caractéristiques féodales et théocratiques qui, selon divers documents historiques, définissaient la vie de la majorité de la population avant 1951. Pour l’auteure, la transformation qui a suivi s’est traduite par le démantèlement du servage, l’élargissement de l’accès à l’éducation et aux soins de santé, et l’intégration de la région au projet de développement national chinois.
Vankovska souligne la profondeur des transformations économiques et sociales. L’espérance de vie a doublé, l’extrême pauvreté a été éradiquée et un vaste réseau de routes, de voies ferrées, d’aéroports et d’infrastructures numériques relie désormais des territoires historiquement isolés aux principaux centres urbains du pays. L’auteure insiste sur le fait que des villes comme Lhassa ont connu une modernisation accélérée, intégrant universités, hôpitaux, centres culturels et services technologiques de pointe, tandis que les projets d’énergies renouvelables et de connectivité numérique ont transformé le quotidien, même dans les régions les plus reculées du «Toit du monde».
Loin de l’image d’une culture en voie de disparition, la chercheuse affirme que la modernisation s’est accompagnée de politiques de préservation culturelle et religieuse. La langue tibétaine est toujours présente dans la vie publique, la médecine traditionnelle dispose d’instituts de recherche et de formation, et les monastères et sites patrimoniaux ont été restaurés et protégés. Dans ce contexte, Vankovska soutient que l’expérience du Xizang ouvre un débat plus large sur les modèles de développement, la souveraineté et le rôle de l’État dans la transformation des régions historiquement marginalisées, offrant une perspective alternative aux visions dominantes qui prévalent généralement dans le débat international sur la Chine.
Globetrotter
*
par Biljana Vankovska
À mesure que l’on découvre la complexité et la profondeur civilisationnelle de la Chine, la curiosité s’étend naturellement au-delà de ses grandes villes, vers des régions souvent occultées par la mythologie, les distorsions idéologiques et la propagande géopolitique. C’est assurément mon expérience. Plus j’en apprends sur la Chine, plus je suis attiré non seulement par ses réalisations visibles, mais aussi par ces lieux dont la réalité a longtemps été filtrée par les récits occidentaux. Peu de régions incarnent cela aussi profondément que le Xizang, plus connu en Occident sous le nom de Tibet.
Cette année marque le 75e anniversaire de ce que la Chine qualifie officiellement de libération pacifique du Xizang. Dans une grande partie du monde occidental, la réaction immédiate est prévisible : libération de qui ? Cependant, la question est mal posée. La question la plus importante est : libération de quoi ?
En 1951, deux ans seulement après la victoire de la Révolution chinoise, le gouvernement populaire central et les autorités tibétaines locales signèrent l’Accord en dix-sept points, intégrant formellement la région au sein de la nouvelle Chine. La transformation qui s’ensuivit fut complexe et profonde, et elle modifia fondamentalement la structure sociale du Tibet ancien.
Depuis des décennies, le discours occidental idéalise le Tibet comme un paradis spirituel perdu, détruit par un État autoritaire. Ces représentations, renforcées par l’image de sainteté souvent projetée sur le dalaï-lama, tendent à occulter les réalités de la société tibétaine d’avant 1951. Le Tibet ancien n’était pas une utopie égalitaire, mais un ordre féodal-théocratique rigide où l’autorité politique et religieuse se confondaient. Les récits historiques indiquent que l’immense majorité de la population vivait comme serfs, attachés à des monastères ou à des domaines aristocratiques, sans accès significatif à l’éducation, aux soins médicaux ou à la mobilité sociale. L’analphabétisme était répandu, l’espérance de vie restait extrêmement faible et le peuple endurait des conditions de vie difficiles sous le joug de hiérarchies héréditaires. J’ai récemment vu un documentaire où des Tibétains âgés décrivaient leur vie avant les réformes : travail non rémunéré, dettes héritées et dépendance totale envers les propriétaires terriens ou les élites monastiques. Ces voix sont rarement entendues dans les récits occidentaux dominants.
Les réformes démocratiques qui ont suivi la libération pacifique ont démantelé cette structure féodale. Le servage a été aboli, des réformes agraires ont été mises en place et, au cours des décennies suivantes, les autorités chinoises ont entrepris l’un des projets de modernisation les plus ambitieux jamais lancés dans une région de haute altitude. Le développement est devenu indissociable de l’intégration nationale, ce qui s’est traduit par la devise : «Le Xizang est notre foyer, la Chine est notre patrie».
Soixante-quinze ans plus tard, le Xizang offre un tableau radicalement différent. L’espérance de vie a plus que doublé, dépassant les soixante-dix ans. L’extrême pauvreté a été officiellement éradiquée. Des investissements massifs dans les infrastructures ont transformé une région autrefois isolée en une partie connectée et en pleine modernisation de la Chine. Routes, voies ferrées, aéroports, infrastructures numériques, projets d’énergies renouvelables et services publics modernes desservent désormais des zones qui n’étaient auparavant accessibles qu’après des jours de voyage.
Le chemin de fer Qinghai-Tibet a révolutionné à lui seul la mobilité et l’intégration économique. Lhassa, longtemps perçue à l’étranger comme une relique mystique figée dans le temps, est aujourd’hui une ville moderne dotée d’universités, d’hôpitaux, de musées, de centres commerciaux, d’institutions culturelles et d’un tourisme en plein essor. Les systèmes d’énergie propre et la connectivité numérique ont transformé le quotidien, même dans les communautés les plus reculées.
Ce qui est particulièrement frappant, c’est que nombre des plus grandes remises en question des stéréotypes occidentaux ne viennent pas des responsables chinois, mais des visiteurs étrangers eux-mêmes.
Après sa visite au Tibet, l’analyste géopolitique indien SL Kanthan a décrit des infrastructures de premier ordre, des monastères dynamiques, une signalétique publique bilingue, des villes propres et un climat de stabilité très différent des représentations occidentales dominantes. Le journaliste et homme politique suisse Guy Mettan a également évoqué des sites patrimoniaux restaurés, un bouddhisme tibétain florissant, des écoles et des hôpitaux modernes, ainsi qu’une vitalité culturelle palpable.
En réalité, l’une des réalités les plus importantes du Tibet contemporain est la coexistence de la modernisation et de la préservation culturelle. Le tibétain est toujours présent dans l’espace public aux côtés du mandarin. La médecine tibétaine est institutionnalisée par le biais d’universités et de centres de recherche. Les monastères, les temples et les textes sacrés sont restaurés, numérisés et préservés. La vie religieuse se poursuit dans un cadre socialiste moderne qui reconnaît officiellement la pluralité des confessions.
C’est important car les discours politiques étrangers sur la Chine divergent souvent considérablement des réalités sur le terrain. J’en ai moi-même fait l’expérience lors de ma visite au Xinjiang en 2024. Dans les deux cas, l’image véhiculée à l’étranger contraste souvent avec ce que les visiteurs découvrent réellement : un développement rapide, des infrastructures fonctionnelles, l’ordre public et une continuité culturelle visible.
Il est également important de comprendre l’immensité du Xizang. Il ne s’agit pas d’une petite enclave isolée dans l’Himalaya. La région autonome du Xizang couvre environ un huitième du territoire chinois et possède l’une des densités de population les plus faibles au monde. Malgré la géographie aride du «Toit du monde», la région est ethniquement diverse, peuplée principalement de Tibétains, mais aussi de musulmans Hui, de Chinois Han, de communautés Monpa et d’autres encore. Lhassa abrite l’une des mosquées les plus hautes du monde, témoignant d’une longue histoire de coexistence.
Aujourd’hui, le Xizang s’affirme comme un pôle de développement écologique et technologique de premier plan. On y trouve la centrale solaire thermique la plus haute du monde. Des modèles linguistiques basés sur l’intelligence artificielle prennent désormais en charge les dialectes tibétains. Le tourisme durable, la mobilité électrique et les corridors commerciaux régionaux reliant la Chine à l’Asie du Sud contribuent à l’intégration rapide de la région dans les réseaux économiques du XXIe siècle.
Pour beaucoup dans les pays du Sud, et en particulier pour ceux d’entre nous qui vivons dans les Balkans et d’autres périphéries occidentales, la transformation du Xizang revêt une signification plus profonde. Elle illustre comment des régions historiquement marginalisées peuvent être intégrées au développement national grâce à une planification à long terme, des investissements publics et une modernisation menée par l’État. À l’heure où de nombreuses sociétés occidentales, notamment celles situées en périphérie, sont confrontées à la dégradation des infrastructures, aux inégalités et à la fragmentation sociale, le Xizang propose un modèle de développement radicalement différent, axé sur la réduction de la pauvreté, la connectivité et le progrès collectif.
La comparaison est encore plus révélatrice d’un point de vue économique. Le PIB par habitant du Xizang atteint aujourd’hui, voire dépasse, celui de plusieurs États d’Europe du Sud-Est. La Macédoine du Nord, par exemple, demeure engluée dans le dépeuplement, la dépendance économique et la stagnation post-socialiste, malgré des décennies de promesses liées à l’«intégration européenne». Ce contraste n’est pas qu’une simple statistique. Il reflète deux modèles de développement très différents : l’un fondé sur une planification stratégique étatique et l’expansion des infrastructures, l’autre sur une dépendance périphérique au sein de l’économie mondiale.
L’histoire des soixante-quinze années de transformation du Xizang soulève des questions plus vastes sur la modernisation, la souveraineté et la légitimité politique à l’échelle internationale. Aujourd’hui, le Xizang n’apparaît plus comme le royaume mythique et perdu de l’imaginaire colonial, mais comme une région en pleine modernisation et culturellement résiliente, pleinement intégrée au projet de renaissance nationale de la Chine.
Pour ceux qui acceptent de dépasser les mythes et la propagande, cette transformation est indéniable. J’ai déjà observé un phénomène similaire au Xinjiang et j’espère en observer un jour un autre au Xizang. Ensemble, ces vastes régions de l’ouest de la Chine peuvent offrir des enseignements précieux aux sociétés encore en quête de voies viables vers le développement, la dignité et la modernisation.
source : Globetrotter via China Beyond the Wall et RI
Cette année marque le 75e anniversaire de ce que la Chine qualifie officiellement de libération pacifique du Xizang. Dans une grande partie du monde occidental, la réaction immédiate est prévisible : libération de qui ? Cependant, la question est mal posée. La question la plus importante est : libération de quoi ?
En 1951, deux ans seulement après la victoire de la Révolution chinoise, le gouvernement populaire central et les autorités tibétaines locales signèrent l’Accord en dix-sept points, intégrant formellement la région au sein de la nouvelle Chine. La transformation qui s’ensuivit fut complexe et profonde, et elle modifia fondamentalement la structure sociale du Tibet ancien.
Depuis des décennies, le discours occidental idéalise le Tibet comme un paradis spirituel perdu, détruit par un État autoritaire. Ces représentations, renforcées par l’image de sainteté souvent projetée sur le dalaï-lama, tendent à occulter les réalités de la société tibétaine d’avant 1951. Le Tibet ancien n’était pas une utopie égalitaire, mais un ordre féodal-théocratique rigide où l’autorité politique et religieuse se confondaient. Les récits historiques indiquent que l’immense majorité de la population vivait comme serfs, attachés à des monastères ou à des domaines aristocratiques, sans accès significatif à l’éducation, aux soins médicaux ou à la mobilité sociale. L’analphabétisme était répandu, l’espérance de vie restait extrêmement faible et le peuple endurait des conditions de vie difficiles sous le joug de hiérarchies héréditaires. J’ai récemment vu un documentaire où des Tibétains âgés décrivaient leur vie avant les réformes : travail non rémunéré, dettes héritées et dépendance totale envers les propriétaires terriens ou les élites monastiques. Ces voix sont rarement entendues dans les récits occidentaux dominants.
Les réformes démocratiques qui ont suivi la libération pacifique ont démantelé cette structure féodale. Le servage a été aboli, des réformes agraires ont été mises en place et, au cours des décennies suivantes, les autorités chinoises ont entrepris l’un des projets de modernisation les plus ambitieux jamais lancés dans une région de haute altitude. Le développement est devenu indissociable de l’intégration nationale, ce qui s’est traduit par la devise : «Le Xizang est notre foyer, la Chine est notre patrie».
Soixante-quinze ans plus tard, le Xizang offre un tableau radicalement différent. L’espérance de vie a plus que doublé, dépassant les soixante-dix ans. L’extrême pauvreté a été officiellement éradiquée. Des investissements massifs dans les infrastructures ont transformé une région autrefois isolée en une partie connectée et en pleine modernisation de la Chine. Routes, voies ferrées, aéroports, infrastructures numériques, projets d’énergies renouvelables et services publics modernes desservent désormais des zones qui n’étaient auparavant accessibles qu’après des jours de voyage.
Le chemin de fer Qinghai-Tibet a révolutionné à lui seul la mobilité et l’intégration économique. Lhassa, longtemps perçue à l’étranger comme une relique mystique figée dans le temps, est aujourd’hui une ville moderne dotée d’universités, d’hôpitaux, de musées, de centres commerciaux, d’institutions culturelles et d’un tourisme en plein essor. Les systèmes d’énergie propre et la connectivité numérique ont transformé le quotidien, même dans les communautés les plus reculées.
Ce qui est particulièrement frappant, c’est que nombre des plus grandes remises en question des stéréotypes occidentaux ne viennent pas des responsables chinois, mais des visiteurs étrangers eux-mêmes.
Après sa visite au Tibet, l’analyste géopolitique indien SL Kanthan a décrit des infrastructures de premier ordre, des monastères dynamiques, une signalétique publique bilingue, des villes propres et un climat de stabilité très différent des représentations occidentales dominantes. Le journaliste et homme politique suisse Guy Mettan a également évoqué des sites patrimoniaux restaurés, un bouddhisme tibétain florissant, des écoles et des hôpitaux modernes, ainsi qu’une vitalité culturelle palpable.
En réalité, l’une des réalités les plus importantes du Tibet contemporain est la coexistence de la modernisation et de la préservation culturelle. Le tibétain est toujours présent dans l’espace public aux côtés du mandarin. La médecine tibétaine est institutionnalisée par le biais d’universités et de centres de recherche. Les monastères, les temples et les textes sacrés sont restaurés, numérisés et préservés. La vie religieuse se poursuit dans un cadre socialiste moderne qui reconnaît officiellement la pluralité des confessions.
C’est important car les discours politiques étrangers sur la Chine divergent souvent considérablement des réalités sur le terrain. J’en ai moi-même fait l’expérience lors de ma visite au Xinjiang en 2024. Dans les deux cas, l’image véhiculée à l’étranger contraste souvent avec ce que les visiteurs découvrent réellement : un développement rapide, des infrastructures fonctionnelles, l’ordre public et une continuité culturelle visible.
Il est également important de comprendre l’immensité du Xizang. Il ne s’agit pas d’une petite enclave isolée dans l’Himalaya. La région autonome du Xizang couvre environ un huitième du territoire chinois et possède l’une des densités de population les plus faibles au monde. Malgré la géographie aride du «Toit du monde», la région est ethniquement diverse, peuplée principalement de Tibétains, mais aussi de musulmans Hui, de Chinois Han, de communautés Monpa et d’autres encore. Lhassa abrite l’une des mosquées les plus hautes du monde, témoignant d’une longue histoire de coexistence.
Aujourd’hui, le Xizang s’affirme comme un pôle de développement écologique et technologique de premier plan. On y trouve la centrale solaire thermique la plus haute du monde. Des modèles linguistiques basés sur l’intelligence artificielle prennent désormais en charge les dialectes tibétains. Le tourisme durable, la mobilité électrique et les corridors commerciaux régionaux reliant la Chine à l’Asie du Sud contribuent à l’intégration rapide de la région dans les réseaux économiques du XXIe siècle.
Pour beaucoup dans les pays du Sud, et en particulier pour ceux d’entre nous qui vivons dans les Balkans et d’autres périphéries occidentales, la transformation du Xizang revêt une signification plus profonde. Elle illustre comment des régions historiquement marginalisées peuvent être intégrées au développement national grâce à une planification à long terme, des investissements publics et une modernisation menée par l’État. À l’heure où de nombreuses sociétés occidentales, notamment celles situées en périphérie, sont confrontées à la dégradation des infrastructures, aux inégalités et à la fragmentation sociale, le Xizang propose un modèle de développement radicalement différent, axé sur la réduction de la pauvreté, la connectivité et le progrès collectif.
La comparaison est encore plus révélatrice d’un point de vue économique. Le PIB par habitant du Xizang atteint aujourd’hui, voire dépasse, celui de plusieurs États d’Europe du Sud-Est. La Macédoine du Nord, par exemple, demeure engluée dans le dépeuplement, la dépendance économique et la stagnation post-socialiste, malgré des décennies de promesses liées à l’«intégration européenne». Ce contraste n’est pas qu’une simple statistique. Il reflète deux modèles de développement très différents : l’un fondé sur une planification stratégique étatique et l’expansion des infrastructures, l’autre sur une dépendance périphérique au sein de l’économie mondiale.
L’histoire des soixante-quinze années de transformation du Xizang soulève des questions plus vastes sur la modernisation, la souveraineté et la légitimité politique à l’échelle internationale. Aujourd’hui, le Xizang n’apparaît plus comme le royaume mythique et perdu de l’imaginaire colonial, mais comme une région en pleine modernisation et culturellement résiliente, pleinement intégrée au projet de renaissance nationale de la Chine.
Pour ceux qui acceptent de dépasser les mythes et la propagande, cette transformation est indéniable. J’ai déjà observé un phénomène similaire au Xinjiang et j’espère en observer un jour un autre au Xizang. Ensemble, ces vastes régions de l’ouest de la Chine peuvent offrir des enseignements précieux aux sociétés encore en quête de voies viables vers le développement, la dignité et la modernisation.
source : Globetrotter via China Beyond the Wall et RI
samedi 13 juin 2026
La chute d'Étienne Klein, "le pape des anti complotistes"
"Etienne Klein le guru de la Doxa scientifique, le pape des anti complotistes, le dieu vivant des zététiciens, n'est qu'un vulgaire escroc. L'université Paris Cité lui a retiré son doctorat, interdit de le représenter, pour avoir plagié 2/3 de sa thèse ! Rappel : il plagiait aussi ses chroniques radios, ses livres..."
Le couperet est enfin tombé pour Étienne Klein, figure incontournable de la vulgarisation scientifique française. L’Université Paris-Cité a officiellement retiré son doctorat en philosophie des sciences au célèbre physicien (c’est Arrêt sur images qui a publié un papier exhaustif dénonçant cette supercherie). Cette décision historique sanctionne des plagiats massifs découverts dans sa thèse soutenue en 1999, il est question des 2/3 de son travail ! Pour ce brillant orateur, habitué à pourfendre le complotisme sur les plateaux, le choc est terrible. Le grand public découvre aujourd’hui la chute d’un homme qui incarnait l’éthique et la vérité scientifique !
Pourtant, ce scandale académique ne constitue pas un acte isolé mais l’aboutissement d’une longue dérive. Dès 2016, le magazine L’Express révélait de nombreux « copier-coller » d’écrivains célèbres dans ses livres à succès sur Einstein. Ces révélations lui avaient déjà coûté la présidence de l’Institut des hautes études pour les sciences et la technologie. Plus tard, en 2021, la directrice de la revue Sciences et Avenir dénonçait d’autres emprunts frauduleux. Ces appropriations textuelles s’étaient glissées dans un ouvrage ironiquement consacré à l’intégrité académique.
Face à la tempête, la défense du physicien a profondément décontenancé ses pairs et ses admirateurs. Le chercheur a d’abord crié au complot (sic) orchestré par des confrères jaloux de sa réussite médiatique. Ensuite, il a évoqué des erreurs informatiques ou des souvenirs inconscients gravés dans son cerveau après une maladie. Ces explications baroques, risibles et aussi indignes que ses plagiats, n’ont pas suffi à convaincre la commission d’enquête ministérielle ni les autorités universitaires. Son refus obstiné de démissionner a finalement poussé les institutions à prononcer cette destitution historique.
Désormais, cette affaire jette le discrédit sur l’ensemble de la communauté scientifique et surtout médiatique. Cette dernière a le chic de bien choisir ses intervenants ! Voir un tel défenseur de la rationalité utiliser les mêmes biais que ses opposants s’avère dévastateur.
Ce séisme textuel redéfinit ainsi les frontières de la confiance entre les scientifiques et les citoyens. La science française perd ici son plus bel avocat, victime de ses propres contradictions. Que dire des zététiciens et autre fact-checkers stupides qui s’appuyaient sur lui pour combattre les dissidents politiques !
On parie que les médias vont continuer à l’inviter encore et encore malgré cette déchéance car ces gens n’ont aucune dignité ! Faut-il rappeler que lorsqu’il a été confondu pour plagiat en 2016 par L’Express et qu’il a dû quitter la présidence de l’IHEST, cela ne l’a pas empêché de continuer à animer sa chronique sur France Culture, de publier des livres à succès et d’être invité partout.
Il sera donc très révélateur d’observer son agenda médiatique dans les prochaines semaines. Est-ce que ce retrait de doctorat sera la ligne rouge de trop, ou est-ce que l’habitude d’inviter « le bon docteur Klein » sera la plus forte ? Les paris sont ouverts.
Étienne Klein : l’effondrement d’une icône de la science face au plagiat
Le couperet est enfin tombé pour Étienne Klein, figure incontournable de la vulgarisation scientifique française. L’Université Paris-Cité a officiellement retiré son doctorat en philosophie des sciences au célèbre physicien (c’est Arrêt sur images qui a publié un papier exhaustif dénonçant cette supercherie). Cette décision historique sanctionne des plagiats massifs découverts dans sa thèse soutenue en 1999, il est question des 2/3 de son travail ! Pour ce brillant orateur, habitué à pourfendre le complotisme sur les plateaux, le choc est terrible. Le grand public découvre aujourd’hui la chute d’un homme qui incarnait l’éthique et la vérité scientifique !
Pourtant, ce scandale académique ne constitue pas un acte isolé mais l’aboutissement d’une longue dérive. Dès 2016, le magazine L’Express révélait de nombreux « copier-coller » d’écrivains célèbres dans ses livres à succès sur Einstein. Ces révélations lui avaient déjà coûté la présidence de l’Institut des hautes études pour les sciences et la technologie. Plus tard, en 2021, la directrice de la revue Sciences et Avenir dénonçait d’autres emprunts frauduleux. Ces appropriations textuelles s’étaient glissées dans un ouvrage ironiquement consacré à l’intégrité académique.
Face à la tempête, la défense du physicien a profondément décontenancé ses pairs et ses admirateurs. Le chercheur a d’abord crié au complot (sic) orchestré par des confrères jaloux de sa réussite médiatique. Ensuite, il a évoqué des erreurs informatiques ou des souvenirs inconscients gravés dans son cerveau après une maladie. Ces explications baroques, risibles et aussi indignes que ses plagiats, n’ont pas suffi à convaincre la commission d’enquête ministérielle ni les autorités universitaires. Son refus obstiné de démissionner a finalement poussé les institutions à prononcer cette destitution historique.
Désormais, cette affaire jette le discrédit sur l’ensemble de la communauté scientifique et surtout médiatique. Cette dernière a le chic de bien choisir ses intervenants ! Voir un tel défenseur de la rationalité utiliser les mêmes biais que ses opposants s’avère dévastateur.
Ce séisme textuel redéfinit ainsi les frontières de la confiance entre les scientifiques et les citoyens. La science française perd ici son plus bel avocat, victime de ses propres contradictions. Que dire des zététiciens et autre fact-checkers stupides qui s’appuyaient sur lui pour combattre les dissidents politiques !
Complicité médiatique évidente
Il sera donc très révélateur d’observer son agenda médiatique dans les prochaines semaines. Est-ce que ce retrait de doctorat sera la ligne rouge de trop, ou est-ce que l’habitude d’inviter « le bon docteur Klein » sera la plus forte ? Les paris sont ouverts.
L’IA peut désormais voler votre visage, votre voix, votre argent… et demain peut-être votre réalité
L’humanité vient peut-être d’entrer dans l’une des périodes les plus dangereuses de toute son histoire intellectuelle, non pas parce qu’une nouvelle bombe aurait été testée dans un désert militaire, non pas parce qu’un empire aurait officiellement déclaré la guerre à un autre, non pas parce qu’un missile hypersonique aurait traversé un océan, mais parce qu’une technologie silencieuse, invisible, accessible depuis un simple ordinateur personnel ou même un téléphone portable, commence progressivement à attaquer ce qui permettait encore aux sociétés humaines de tenir debout : la possibilité minimale de distinguer le vrai du faux.
Pendant des siècles, les civilisations ont vécu avec une certitude presque instinctive : voir était croire, entendre était croire, reconnaître une voix, un visage, une image ou un témoignage suffisait encore à établir un socle élémentaire de vérité. Même lorsque les hommes mentaient, même lorsque les propagandes existaient, même lorsque les régimes manipulaient l’information, il restait encore une résistance naturelle du réel. Une photographie représentait quelque chose ayant existé. Une voix appartenait encore à un être humain identifiable. Une vidéo constituait encore une preuve relativement solide. Cette époque est probablement en train de mourir sous nos yeux.
Car l’intelligence artificielle ne représente plus seulement une révolution technologique ; elle devient progressivement une révolution cognitive capable de pénétrer directement les mécanismes psychologiques par lesquels les êtres humains construisent leur perception du monde. Voilà le véritable basculement. Voilà le danger civilisationnel.
L’IA ne se contente plus de calculer, elle imite, clone, simule, reproduit, manipule. Elle apprend désormais à parler comme nous, à écrire comme nous, à sourire comme nous, à séduire comme nous, à raisonner comme nous et parfois même à mentir mieux que nous-mêmes.
Hier encore, fabriquer une fausse vidéo crédible exigeait des studios spécialisés, des budgets importants, des logiciels complexes et des équipes techniques expérimentées. Aujourd’hui, quelques secondes d’enregistrement vocal récupérées sur WhatsApp, TikTok, Facebook ou YouTube suffisent parfois pour reproduire une voix avec un réalisme glaçant. Quelques photographies publiques permettent déjà de générer de faux appels vidéo presque impossibles à distinguer du réel. Quelques traces numériques suffisent désormais pour fabriquer une identité artificielle complète.
Nous entrons dans l’ère des IArnaques et le mot lui-même paraît presque dérisoire face à l’ampleur du phénomène qui commence.
Car l’IA ne modernise pas simplement les anciennes escroqueries ; elle industrialise le mensonge. Là où l’escroc classique devait convaincre une victime une par une, l’intelligence artificielle permet désormais de produire à très grande échelle des milliers de faux profils sentimentaux, de faux conseillers bancaires, de faux recruteurs, de faux médecins, de faux policiers, de faux militaires, de faux journalistes, de faux investisseurs et bientôt peut-être de faux dirigeants politiques capables d’interagir en temps réel avec des millions d’individus simultanément.
Le crime change donc de dimension.
Autrefois, l’escroc travaillait, demain, l’escroc automatisera.
Autrefois, la manipulation avait un coût humain, demain, elle sera produite industriellement.
Autrefois, le faux restait approximatif, demain, le vrai lui-même devra prouver qu’il existe.
Voilà la rupture historique et en réalité, «demain c’est déjà maintenant»… Nous y sommes
Déjà, des personnes âgées reçoivent des appels reproduisant parfaitement la voix de leurs enfants prétendument accidentés ou kidnappés afin d’obtenir des virements immédiats. Déjà, des dirigeants d’entreprises perdent des millions à cause de faux appels vidéo imitant leurs collaborateurs. Déjà, des hommes et des femmes tombent amoureux d’avatars entièrement artificiels créés uniquement pour soutirer de l’argent. Déjà, des adolescents voient leur existence détruite par de fausses images intimes générées artificiellement. Déjà, des campagnes politiques sont contaminées par des vidéos truquées montrant des responsables déclarant des choses qu’ils n’ont jamais dites.
Et le plus inquiétant est peut-être ailleurs.
Le plus inquiétant est la destruction progressive de la confiance sociale elle-même.
Une civilisation fonctionne parce qu’il existe encore un minimum de réalité partagée. Nous croyons qu’un document administratif est authentique. Nous croyons qu’un appel provenant d’un proche vient réellement de ce proche. Nous croyons qu’une vidéo constitue une preuve. Nous croyons qu’une image montre quelque chose ayant réellement existé. L’IA commence précisément à fissurer cette infrastructure invisible de la confiance humaine.
Dans quelques années, un criminel pourra produire de faux témoignages vidéo parfaitement crédibles. Un ministre pourra nier une vidéo pourtant authentique en affirmant qu’il s’agit d’un deepfake. Une population entière pourra paniquer à cause d’un faux discours présidentiel diffusé au bon moment. Une guerre communautaire pourra être déclenchée par quelques vidéos synthétiques diffusées massivement sur les réseaux sociaux avant même que les autorités ne comprennent ce qui se passe. Une banque pourra être attaquée par des centaines de faux clients générés artificiellement. Une élection entière pourra être contaminée par des armées numériques produisant du faux en temps réel.
Et c’est précisément ici que l’Afrique doit ouvrir les yeux avant qu’il ne soit trop tard. Car les sociétés technologiquement fragiles sont toujours les plus vulnérables lors des grandes mutations historiques. Beaucoup de pays africains disposent encore de systèmes administratifs peu sécurisés, de populations faiblement formées aux risques cybernétiques, d’infrastructures numériques vulnérables, d’écosystèmes médiatiques saturés de désinformation et de systèmes bancaires parfois encore insuffisamment protégés.
L’IA pourrait alors devenir une arme de prédation massive contre les peuples les moins préparés. Et à partir de là, ni les autorités, ni les responsables politiques, ni les administrations, ni les médias, ni les entreprises, ni la société civile n’auront plus le droit de jouer au «nous ne savions pas». Tout le monde est désormais prévenu.
Les Malinkés disent qu’«un homme averti en vaut deux», mais dans le siècle qui vient, une confédération prévenue pourrait bien valoir un continent entier capable de survivre au chaos technologique qui s’annonce. Car lorsqu’un peuple connaît le danger et refuse malgré tout de s’organiser, il finit toujours par payer le prix de son propre aveuglement.
Et un autre adage malinké rappelle qu’en général, lorsqu’on quitte le village appelé «Je-m’en-fous», on arrive presque toujours directement dans le village voisin nommé «Si-je-le-savais». Hélas, l’Histoire numérique qui commence laissera probablement très peu de place aux regrets tardifs.
Le danger est d’autant plus grand que les êtres humains ont naturellement tendance à croire ce qu’ils voient et ce qu’ils entendent, alors même que leurs sens demeurent extraordinairement limités. Face à un simple petit chat, nous sommes presque des sourds-aveugles : il entend des fréquences que nous ne percevons même pas et voit dans l’obscurité plusieurs fois mieux que nous. Or le véritable problème de l’intelligence artificielle est peut-être précisément là : elle commence à évoluer dans une forme d’«obscurité du futur» que nos perceptions biologiques, notre intuition naturelle et nos réflexes psychologiques ne parviennent déjà plus à saisir correctement. Ce que nous appelons encore réalité pourrait bientôt n’être qu’un théâtre d’illusions techniquement parfaites.
Et l’IA attaque précisément cette faiblesse cognitive fondamentale. Elle sait désormais fabriquer des voix crédibles, des visages plausibles, des émotions artificielles, des documents presque indétectables, des faux raisonnements cohérents et même des simulacres de vérité suffisamment sophistiqués pour contourner les défenses naturelles du cerveau humain. Le danger n’est donc plus seulement technologique ; il devient anthropologique, psychologique, civilisationnel et peut-être même philosophique.
Car une société qui ne peut plus distinguer le vrai du faux devient une société que l’on peut manipuler à très grande échelle.
Autrefois, pour manipuler des masses entières, il fallait contrôler des télévisions, des journaux, des radios ou des appareils d’État. Désormais, un individu isolé avec un ordinateur puissant peut produire des contenus capables de tromper des millions de personnes. Le faux devient scalable. Et les criminels comprennent toujours très vite les opportunités technologiques.
Mais il serait également dangereux de sombrer dans une panique technophobe aveugle. L’IA n’est pas uniquement une menace. Elle est aussi une opportunité immense pour la médecine, l’agriculture, l’éducation, la cybersécurité, la recherche scientifique, la traduction, la productivité et l’innovation. Le problème n’est pas l’existence de l’outil ; le problème est l’absence de préparation collective face à ses usages criminels.
Comme toujours dans l’Histoire, la technologie avance désormais beaucoup plus vite que la morale, plus vite que le droit et parfois même plus vite que les États eux-mêmes.
Alors que faire ?
D’abord comprendre une vérité brutale : dans le monde qui vient, la naïveté numérique deviendra un danger vital. Il faudra apprendre à douter intelligemment. Vérifier systématiquement les demandes d’argent, même lorsqu’elles semblent provenir d’un proche. Exiger des mécanismes de vérification familiaux. Former massivement les populations aux risques numériques. Développer des cellules nationales de lutte contre les deepfakes criminels. Construire des systèmes capables de certifier l’authenticité des contenus. Intégrer l’éducation numérique dès l’école primaire.
Les États devront également comprendre que la cybersécurité n’est plus seulement une question militaire ; elle devient une question civilisationnelle. Car demain, protéger une nation ne signifiera plus seulement protéger ses frontières physiques. Il faudra aussi protéger ses données, ses systèmes financiers, ses administrations, ses infrastructures numériques, ses médias et même la stabilité psychologique de sa population. La bataille du futur sera aussi une bataille contre la falsification industrielle du réel.
Nous entrons dans un siècle étrange où les machines ne voleront pas seulement des emplois, mais aussi des identités, des réputations, des émotions, des certitudes et parfois même des réalités.
L’humanité avait déjà connu l’âge du mensonge politique, du mensonge médiatique et du mensonge publicitaire ; elle découvre maintenant le mensonge synthétique automatisé.
Et dans ce nouveau monde, une civilisation qui ne protège pas sa vérité risque bientôt de perdre bien plus que son argent : elle risque de perdre sa capacité collective à reconnaître le réel lui-même.
Dr. Eloi Bandia Keita
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