Abus de pouvoir et de faiblesse, émergence des théologies de « prospérité » et de « guérison », les victimes d’églises évangéliques à dérives sectaires ne cessent d’augmenter avec des signalements qui ont plus que doublés en dix ans.
Par Alexandra Valès
Le mouvement évangélique appartient à la branche protestante du christianisme, au centre de sa théologie, un concept central : sola scriptura, l’écriture seule. Loin des dogmes traditionnels, la relation personnelle entre Dieu et le croyant est prioritaire. Ces dernières années, les conversions se multiplient, la France compte en 2026 1,2% millions d’évangéliques, une église est crée tous les dix jours selon les chiffres du Conseil national des évangéliques de France. Séduis par des cultes dynamiques aux louanges envoûtantes, les fidèles croient en Dieu et aiment le dire, c’est une foi prosélyte et assumé. En parallèle de ce succès, des scandales. Bien qu’il n’y ai aucun germe sectaire intrinsèque au protestantisme évangélique, il existe des mécaniques d’emprise qui prolifèrent dans certaines d’entre elles.
Parmi de multiples signalements que reçoit la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaire (Miviludes), 2% sont reliés à la fédération protestante de France, 17% au conseil national évangélique de France, et la majorité, 80%, sont des églises qui n’appartiennent à aucune fédération. L’église interministérielle ACER a fait l’objet d’une vingtaine de signalements auprès de la Miviludes qui a décidé de saisir la justice, le parquet de Bobigny a ouvert une enquête pour abus de confiance. Le pasteur Alain-Patrick Tsengue nie les accusations et dénonce une campagne de dénigrement qu’il décrit comme « la rançon du succès ». Certains églises ne sont pas encadrées, et leurs théologies, fragiles.
Elisa*, une ancienne évangélique, a rencontré le célèbre pasteur Pierre Bodin, alias Cospiel, suivi par 350 000 followers sur Instagram, dans le cadre d’une prière pour une guérison. Précédé d’une conversation, le pasteur lui a confié " Je n’ai pas besoin de théologie, je comprends des choses que des étudiants en théologie ne comprennent pas parce que moi j’ai la révélation du Saint-Esprit ".
« Par quel esprit es-tu habité ? », c’est l’un des nombreux commentaires que Treacy reçoit sur son compte du réseau social Tik Tok. Cette ancienne évangélique de 25 ans a décidé de prendre la parole sur les réseaux sociaux pour partager son histoire. Entre viol et abus de faiblesse, l’emprise de cette ancienne adepte à durée cinq ans. Possédant des failles familiales importantes, Treacy était une personne fragile quand elle a commencé à se rendre régulièrement dans l’église Impact Centre Chrétien à Boissy-Saint-Léger, une « mega-church ». Avec la capacité d’accueillir 4000 personnes, cette église comporte une salle de baptême, et même une salle consacrée à la vente de livres chrétiens, qui pour beaucoup, sont écrits par le pasteur principal de l’église, Yvan Castanou. Une église des plus expressives avec des fidèles en transe, exaltants louanges et prières à l’unisson. Certains tombent, murmurant les yeux fermés « le parlé en langue », une langue céleste chrétienne. Malgré son succès grandissant, ICC a connu des signalements auprès de la Miviludes. Malgré son attrait pour cet impressionnant lieu, ainsi que les expériences surnaturelles des fidèles, Treacy a senti un malaise lors d’une prêche qui traitait de l’apostasie, « En se servant d’un verset, Yvan Castanou a dit à l’assemblée que si des fidèles quittaient l’Eglise, Satan s’emparerait d’eux ». Comme chaque fidèle de l’église, Treacy avait un tuteur qui avait pour rôle de l’accompagner dans sa vie spirituelle, ces accompagnants se sont révélés être intrusif et autoritaires. « Je lui posais des questions pour tous mes choix quotidiens. Un jour, j’ai voulu partir en vacances, je lui ai demandé sa permission, elle m’a répondu : Le Saint-Esprit me dit que tu ne dois pas y aller ». Dans un autre registre, l’évangile de prospérité. Une doctrine erronée considérant que la richesse matérielle est un signe de bénédiction, « Un soir, le pasteur Matthew Ashimolowo nous a dit que si nous voulions être bénie dans 24 heures, nous devions donner le multiple de 240 euros à l’église, je l’ai fait. L’année plus tard, pendant la soirée du nouvel an, pour que nos voeux se réalisent, il fallait donner 120 euros minimum, j’ai donné 220 ». De son expérience à ICC, son souvenir le plus douloureux reste le viol qu’elle a subi sous menace par un fidèle, et, malgré un signalement auprès de sa tutrice, Treacy n’a pas été conduite à le signaler auprès des autorités, « Qui n’a jamais été agressé ? Dieu va faire justice » lui a répondu sa tutrice de l’époque, l’influence chrétienne Tracy Finger.
« Un soir, le pasteur Matthew Ashimolowo nous a dit que si nous voulions être bénie dans 24 heures, nous devions donner le multiple de 240 euros à l’église, je l’ai fait. L’année plus tard, pendant la soirée du nouvel an, pour que nos vœux se réalisent, il fallait donner 120 euros minimum, j’ai donné 220 euros ».
Ornella* a vécu une expérience similaire, cette chrétienne de 27 ans a intégré l’Eglise arche du royaume à Strasbourg en 2021. Après avoir été approché par un garçon sur les réseaux sociaux, elle a intégré un groupe « d’échange », qui s’est rapidement transformé en groupe d’enseignement, la jeune femme recevait alors des cours bibliques très régulièrement. Méfiante, Ornella remarque un fonctionnement anormal dans cette église, « Nous devions appeler notre pasteur : « leader », cela nous permettait de rester connecter à une certaine fréquence, ne pas le faire désorganisait la hiérarchie spirituelle selon eux ». Dans cette église, la majorité des membres sont de jeunes fidèles issu de l’immigration africaine, certains sont en rupture familiale, logés par l’Église, avec un fort sentiment de recevabilité. Entre enseignements continus et excès d’informations, Ornella est essoufflée. Elle est rapidement ajoutée dans différents groupes WhatsApp, une formation « Le parcours », se déroule la nuit, entre 20 heures et 6 heures du matin. Le rythme des réunions s’accélère, chaque absence doit être justifiée pour éviter un rappel culpabilisant. Ornella décide de quitter l’église après avoir assisté à des mariages arrangés entre fidèles et « leader » comme symbole de récompense spirituelle. À cette annonce, le pasteur Georges Ben Manua est sans équivoque, « Plus rien de bon ne sortira de toi, tu es morte spirituellement ».
La Miviludes s’inquiète pour les plus jeunes fidèles de ces églises, « Ça nous alerte beaucoup » confie le responsable Donatien Le Vaillant.
*Des prénoms ont été modifiés.
Une liberté mise à rude épreuve
« Un soir, le pasteur Matthew Ashimolowo nous a dit que si nous voulions être bénie dans 24 heures, nous devions donner le multiple de 240 euros à l’église, je l’ai fait. L’année plus tard, pendant la soirée du nouvel an, pour que nos vœux se réalisent, il fallait donner 120 euros minimum, j’ai donné 220 euros ».
Ornella* a vécu une expérience similaire, cette chrétienne de 27 ans a intégré l’Eglise arche du royaume à Strasbourg en 2021. Après avoir été approché par un garçon sur les réseaux sociaux, elle a intégré un groupe « d’échange », qui s’est rapidement transformé en groupe d’enseignement, la jeune femme recevait alors des cours bibliques très régulièrement. Méfiante, Ornella remarque un fonctionnement anormal dans cette église, « Nous devions appeler notre pasteur : « leader », cela nous permettait de rester connecter à une certaine fréquence, ne pas le faire désorganisait la hiérarchie spirituelle selon eux ». Dans cette église, la majorité des membres sont de jeunes fidèles issu de l’immigration africaine, certains sont en rupture familiale, logés par l’Église, avec un fort sentiment de recevabilité. Entre enseignements continus et excès d’informations, Ornella est essoufflée. Elle est rapidement ajoutée dans différents groupes WhatsApp, une formation « Le parcours », se déroule la nuit, entre 20 heures et 6 heures du matin. Le rythme des réunions s’accélère, chaque absence doit être justifiée pour éviter un rappel culpabilisant. Ornella décide de quitter l’église après avoir assisté à des mariages arrangés entre fidèles et « leader » comme symbole de récompense spirituelle. À cette annonce, le pasteur Georges Ben Manua est sans équivoque, « Plus rien de bon ne sortira de toi, tu es morte spirituellement ».
La Miviludes s’inquiète pour les plus jeunes fidèles de ces églises, « Ça nous alerte beaucoup » confie le responsable Donatien Le Vaillant.
*Des prénoms ont été modifiés.








