mercredi 8 juillet 2026

L'alerte d'anciens fidèles d'églises évangéliques à dérives sectaires


Abus de pouvoir et de faiblesse, émergence des théologies de « prospérité » et de « guérison », les victimes d’églises évangéliques à dérives sectaires ne cessent d’augmenter avec des signalements qui ont plus que doublés en dix ans.


Par Alexandra Valès


Le mouvement évangélique appartient à la branche protestante du christianisme, au centre de sa théologie, un concept central : sola scriptura, l’écriture seule. Loin des dogmes traditionnels, la relation personnelle entre Dieu et le croyant est prioritaire. Ces dernières années, les conversions se multiplient, la France compte en 2026 1,2% millions d’évangéliques, une église est crée tous les dix jours selon les chiffres du Conseil national des évangéliques de France. Séduis par des cultes dynamiques aux louanges envoûtantes, les fidèles croient en Dieu et aiment le dire, c’est une foi prosélyte et assumé. En parallèle de ce succès, des scandales. Bien qu’il n’y ai aucun germe sectaire intrinsèque au protestantisme évangélique, il existe des mécaniques d’emprise qui prolifèrent dans certaines d’entre elles.

Parmi de multiples signalements que reçoit la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaire (Miviludes), 2% sont reliés à la fédération protestante de France, 17% au conseil national évangélique de France, et la majorité, 80%, sont des églises qui n’appartiennent à aucune fédération. L’église interministérielle ACER a fait l’objet d’une vingtaine de signalements auprès de la Miviludes qui a décidé de saisir la justice, le parquet de Bobigny a ouvert une enquête pour abus de confiance. Le pasteur Alain-Patrick Tsengue nie les accusations et dénonce une campagne de dénigrement qu’il décrit comme « la rançon du succès ». Certains églises ne sont pas encadrées, et leurs théologies, fragiles.

Elisa*, une ancienne évangélique, a rencontré le célèbre pasteur Pierre Bodin, alias Cospiel, suivi par 350 000 followers sur Instagram, dans le cadre d’une prière pour une guérison. Précédé d’une conversation, le pasteur lui a confié " Je n’ai pas besoin de théologie, je comprends des choses que des étudiants en théologie ne comprennent pas parce que moi j’ai la révélation du Saint-Esprit ".

Une liberté mise à rude épreuve

« Par quel esprit es-tu habité ? », c’est l’un des nombreux commentaires que Treacy reçoit sur son compte du réseau social Tik Tok. Cette ancienne évangélique de 25 ans a décidé de prendre la parole sur les réseaux sociaux pour partager son histoire. Entre viol et abus de faiblesse, l’emprise de cette ancienne adepte à durée cinq ans. Possédant des failles familiales importantes, Treacy était une personne fragile quand elle a commencé à se rendre régulièrement dans l’église Impact Centre Chrétien à Boissy-Saint-Léger, une « mega-church ». Avec la capacité d’accueillir 4000 personnes, cette église comporte une salle de baptême, et même une salle consacrée à la vente de livres chrétiens, qui pour beaucoup, sont écrits par le pasteur principal de l’église, Yvan Castanou. Une église des plus expressives avec des fidèles en transe, exaltants louanges et prières à l’unisson. Certains tombent, murmurant les yeux fermés « le parlé en langue », une langue céleste chrétienne. Malgré son succès grandissant, ICC a connu des signalements auprès de la Miviludes. Malgré son attrait pour cet impressionnant lieu, ainsi que les expériences surnaturelles des fidèles, Treacy a senti un malaise lors d’une prêche qui traitait de l’apostasie, « En se servant d’un verset, Yvan Castanou a dit à l’assemblée que si des fidèles quittaient l’Eglise, Satan s’emparerait d’eux ». Comme chaque fidèle de l’église, Treacy avait un tuteur qui avait pour rôle de l’accompagner dans sa vie spirituelle, ces accompagnants se sont révélés être intrusif et autoritaires. « Je lui posais des questions pour tous mes choix quotidiens. Un jour, j’ai voulu partir en vacances, je lui ai demandé sa permission, elle m’a répondu : Le Saint-Esprit me dit que tu ne dois pas y aller ». Dans un autre registre, l’évangile de prospérité. Une doctrine erronée considérant que la richesse matérielle est un signe de bénédiction, « Un soir, le pasteur Matthew Ashimolowo nous a dit que si nous voulions être bénie dans 24 heures, nous devions donner le multiple de 240 euros à l’église, je l’ai fait. L’année plus tard, pendant la soirée du nouvel an, pour que nos voeux se réalisent, il fallait donner 120 euros minimum, j’ai donné 220 ». De son expérience à ICC, son souvenir le plus douloureux reste le viol qu’elle a subi sous menace par un fidèle, et, malgré un signalement auprès de sa tutrice, Treacy n’a pas été conduite à le signaler auprès des autorités, « Qui n’a jamais été agressé ? Dieu va faire justice » lui a répondu sa tutrice de l’époque, l’influence chrétienne Tracy Finger.

« Un soir, le pasteur Matthew Ashimolowo nous a dit que si nous voulions être bénie dans 24 heures, nous devions donner le multiple de 240 euros à l’église, je l’ai fait. L’année plus tard, pendant la soirée du nouvel an, pour que nos vœux se réalisent, il fallait donner 120 euros minimum, j’ai donné 220 euros ».

Ornella* a vécu une expérience similaire, cette chrétienne de 27 ans a intégré l’Eglise arche du royaume à Strasbourg en 2021. Après avoir été approché par un garçon sur les réseaux sociaux, elle a intégré un groupe « d’échange », qui s’est rapidement transformé en groupe d’enseignement, la jeune femme recevait alors des cours bibliques très régulièrement. Méfiante, Ornella remarque un fonctionnement anormal dans cette église, « Nous devions appeler notre pasteur : « leader », cela nous permettait de rester connecter à une certaine fréquence, ne pas le faire désorganisait la hiérarchie spirituelle selon eux ». Dans cette église, la majorité des membres sont de jeunes fidèles issu de l’immigration africaine, certains sont en rupture familiale, logés par l’Église, avec un fort sentiment de recevabilité. Entre enseignements continus et excès d’informations, Ornella est essoufflée. Elle est rapidement ajoutée dans différents groupes WhatsApp, une formation « Le parcours », se déroule la nuit, entre 20 heures et 6 heures du matin. Le rythme des réunions s’accélère, chaque absence doit être justifiée pour éviter un rappel culpabilisant. Ornella décide de quitter l’église après avoir assisté à des mariages arrangés entre fidèles et « leader » comme symbole de récompense spirituelle. À cette annonce, le pasteur Georges Ben Manua est sans équivoque, « Plus rien de bon ne sortira de toi, tu es morte spirituellement ».

La Miviludes s’inquiète pour les plus jeunes fidèles de ces églises, « Ça nous alerte beaucoup » confie le responsable Donatien Le Vaillant.

*Des prénoms ont été modifiés.



mardi 7 juillet 2026

L’espèce humaine, cette machine à faire du profit


Les profiteurs du système nous empêcheront d’y mettre fin, mais nous pouvons récupérer les richesses, la dignité & le bonheur qu’ils nous ont volés. Prenons notre courage à deux mains & agissons !



L’espèce humaine s’est, en substance, muée en une gigantesque usine à profits pour les entreprises.

Sous le capitalisme, l’humanité n’existe que pour servir les intérêts des entreprises. Nous ne sommes tous que du bétail, des bêtes de somme exploitées pour faire grimper les marges d’un trimestre à l’autre. La jouissance de la vie n’a d’autre valeur que la contribution qu’elle apporte à l’augmentation de la valeur nette des actionnaires.

Voilà pourquoi nous sommes tous si malheureux. Nous avons perdu le nord. Nous n’œuvrons plus ensemble pour bâtir un monde et un avenir meilleurs, nous ne faisons qu’actionner des leviers pour faire tourner des rouages, dans le seul but de faire grimper la courbe sur le graphique affiché dans la salle de conférence. Une façon de vivre dénaturée et sans substance.

Notre culture est aujourd’hui insipide et dépourvue d’âme.

La musique fait l’objet de toutes les attentions pour être aussi rentable que possible, avec des structures musicales standardisées calculées pour provoquer une réaction chimique dans le plus grand nombre de cerveaux humains.

Les films sont conçus pour générer le plus de recettes possible au box-office avec des risques minimaux pour les studios et les investisseurs, souvent en reprenant un film déjà couronné de succès ou en bricolant une histoire autour d’une franchise déjà populaire.

Nous mangeons des plats instantanés et addictifs plutôt qu’équilibrés.

Les relations humaines saines ont été réduites à un produit de consommation, les réseaux sociaux ont supplanté les amitiés et les applications de rencontre se substituent aux véritables relations amoureuses.

La sexualité humaine s’en trouve déformée et pervertie, alors que la pornographie sur internet normalise la violence et l’humiliation pour générer un maximum de clics.

Notre attention et notre engagement ont été rentabilisés, créant un écosystème informationnel dominé par les conflits et les ragots, conçu pour flatter nos instincts les plus bas.

La publicité se propage par tous les pores de notre expérience sensorielle, envahissant chaque centimètre carré de notre environnement où pourraient se poser nos yeux ou s’arrêter nos oreilles, avec des manipulations psychologiques incitant à la consommation. Ils commenceront à diffuser des publicités dans nos rêves dès qu’ils en auront la technologie.

Vous consacrez huit heures de votre journée de travail à générer des profits pour l’entreprise, puis vous rentrez chez vous et consommez des denrées au profit d’autres entreprises. Vous vous détendez avec de la bière et des snacks, détournez vos pensées du stress quotidien avec des services de streaming et des réseaux sociaux, achetez des vêtements en ligne pour vous sentir bien dans votre peau et prenez des médicaments sur ordonnance pour trouver le sommeil. Et c’est ainsi que les gens vivent leur vie.

Et c’est le lot de ceux d’entre nous qui ont la chance de vivre dans les pays du Nord. Dans les pays du Sud, c’est l’esclavage salarial et l’exploitation : plus de labeur, moins de loisirs, et pas le moindre produit bon marché issu du pillage des ressources humaines d’autres continents pour se consoler.

L’humanité tout entière a été embarquée dans ce gâchis. Et tout ça pour quoi ? Pour faire grimper les chiffres des comptes bancaires de certains. Pour voir des flèches vertes pointer vers le haut à la Bourse. Pour permettre à quelques milliardaires d’acheter des îles et de corrompre les élections.

Et en détruisant la biosphère dont nous dépendons tous pour survivre.

On nous dit que c’est le meilleur système possible.

Je n’y crois pas. Nous pouvons faire mieux. Ceux qui profitent de ce système vont nous assurer que c’est impossible. Ils feront surtout de leur mieux pour nous empêcher d’y mettre fin, mais nous avons les moyens de récupérer les richesses, la dignité et le bonheur qu’ils nous ont volés.

Ils ont conçu toute cette machine à nos dépens. Tout ce qu’il nous reste à faire, c’est prendre notre courage à deux mains et passer à l’action.

Traduit par Spirit of Free Speech

https://ssofidelis.substack.com/p/lespece-humaine-cette-machine-a-faire



lundi 6 juillet 2026

Socialisme moderne ou barbarie capitaliste

Left Radical of Afghanistan (LRA)


Rosa Luxemburg, la grande militante socialiste, avertissait il y a plus d’un siècle : « Le choix ultime pour l’humanité est soit le socialisme, soit un retour à la barbarie. » Aujourd’hui, au XXIe siècle, cette expression n’est pas qu’un slogan théorique mais une réalité tangible et terrifiante.

Le système capitaliste mondial, fondé sur l’exploitation, la concurrence sans fin et l’accumulation de richesse entre les mains de quelques-uns, a échoué et continue d’échouer à résoudre ses propres crises structurelles et inhérentes.

La contradiction irréconciliable entre les forces productives et les relations de production s’approfondit chaque jour. Le résultat de cette contradiction n’est pas la paix, la justice et le bien-être universel, mais plutôt une immense inégalité économique, une pauvreté croissante, la réémergence de la barbarie militaire et fasciste, et une menace pour la vie sur Terre. Seul le socialisme est la stratégie consciente et rationnelle qui peut remplacer ce chaos. Si nous ne luttons pas pour renverser l’impérialisme et le capitalisme, si nous ne nous dirigeons pas vers le socialisme, la barbarie, sous ses formes modernes et destructrices, dominera complètement le monde et détruira tout.

1. Le capitalisme est incapable de résoudre ses propres contradictions

Des contradictions fondamentales sont inhérentes à la nature même du capitalisme. Actuellement, les forces productives ont progressé à tel point qu’elles pouvaient fournir nourriture, logement, soins de santé et éducation à tous les habitants du monde ; Cependant, les relations capitalistes de production — qui placent la propriété privée des principales ressources et moyens de production dans le monopole d’une petite élite pour le profit et l’accumulation du capital — en empêchent. Chaque crise économique, de la crise de 1929 à la crise financière de 2008 en passant par les récessions post-COVID, a montré que le système capitaliste ne peut empêcher la réapparition d’effondrements périodiques. Selon un rapport de la Banque mondiale de 2023, l’écart de classe sociale a atteint son niveau le plus élevé des 50 dernières années. Le 1 % le plus riche de la population mondiale possède les deux tiers de la richesse nouvellement créée, tandis que des dizaines de milliers de personnes meurent chaque jour à cause de la pauvreté et du manque d’accès aux services de santé. La pauvreté absolue, la famine et le sans-abrisme n’ont pas diminué ; elles se sont plutôt intensifiées en raison de l’escalade des guerres, de la hausse des dépenses militaires, ainsi que de l’imposition de politiques d’austérité et de privatisation. Le résultat logique de la poursuite du capitalisme n’est pas la « fin de l’histoire » de Fukuyama, mais plutôt la fin de la civilisation humaine et une régression vers une ère de barbarie.

2. Le socialisme ne vient pas automatiquement ; La lutte est nécessaire

Contrairement aux notions des partis de gauche révisionnistes et capitulationnistes, et à l’échec des politiques sociales-démocrates en Europe et en Occident dues à l’adoption de slogans économiques néolibéraux comme « le marché s’ajuste lui-même » ou « la technologie résout les problèmes », le socialisme ne naît pas spontanément de l’intérieur du capitalisme. La classe dirigeante ne renoncera jamais volontairement et facilement à son pouvoir et à sa richesse. Le socialisme doit être combattu consciemment ; Nous devons nous organiser, unir la classe ouvrière et les masses travailleuses, et placer le pouvoir politique entre les mains du peuple. Les expériences de la Révolution d’octobre 1917, de la Révolution chinoise de 1949, de Cuba en 1959 et des résistances actuelles contre l’impérialisme montrent que chaque fois que le mouvement socialiste s’est affaibli, le système capitaliste a intensifié son exploitation et ses combats, repoussant l’humanité en arrière.

3. Si le socialisme n’arrive pas, la barbarie moderne est certaine

Des exemples concrets de la barbarie actuelle sont la renaissance du nazisme et de l’extrême droite au cœur de l’Europe et de l’Amérique. Les partis néonazis et fascistes en Allemagne (AfD), en Italie (Fratelli d’Italia), en France (Rassemblement national), aux Pays-Bas et en Suède sont sur le point d’accéder au pouvoir. Les politiques anti-immigrés de Trump en Amérique — le mur mexicain, la séparation des enfants immigrés de leurs familles, l’interdiction d’entrée des musulmans aux États-Unis — les sanctions paralysantes contre Cuba, l’imposition de la faim aux enfants cubains et les coupures de courant des citoyens cubains, ainsi que la complicité avec le régime sioniste israélien dans le génocide de Gaza, sont tous des signes évidents de barbarie. En Europe, l’adoption de lois sévères contre les immigrés de pays déchirés par la guerre dans les parlements, la noyade délibérée de demandeurs d’asile en mer Méditerranée, les coups et fusillades de réfugiés par la police des frontières européenne, leur re-déportation vers des pays ravagés par la guerre, ou leur transfert dans des camps de travail forcé en Libye et en Afrique — tout cela constitue l’essence même de la barbarie.

Pendant ce temps, les gains de décennies de lutte ouvrière — tels que des salaires équitables, la réduction des heures de travail, l’assurance santé universelle, l’éducation gratuite, les services sociaux et le non-usage de la violence par la police contre les manifestations ouvrières — sont confisqués un à un. Les gouvernements capitalistes des années 1970 et 1980 ont enfreint les lois du travail, augmenté les heures de travail, réduit les retraites, privatisé les services de santé et affronté brutalement les manifestants pacifiques comme s’ils étaient des soldats ennemis sur un champ de bataille. Aux États-Unis, 40 % des personnes ne peuvent pas se permettre une dépense d’urgence de 400 $. Au Royaume-Uni, après le Brexit, des millions de personnes vivent sous le seuil de pauvreté. C’est de la barbarie sociale — une régression vers un État antérieur aux mouvements ouvriers du XIXe siècle.

4. Génocide et catastrophes humaines : de l’Holocauste à Gaza et à l’Afghanistan

La barbarie du capitalisme et de l’impérialisme répète l’Holocauste sous de nouvelles formes. Par le passé, le fascisme de l’Allemagne nazie a commis le massacre de masse de Juifs, de Roms et de communistes. Aujourd’hui, la même tragédie se répète à Gaza et en Palestine par le sionisme, avec le soutien des États-Unis, de la France, de l’Allemagne et du Royaume-Uni. D’octobre 2023 à mai 2026, plus de 72 760 Palestiniens ont été tués et plus de 172 700 autres blessés, la majorité de ces victimes étant des femmes et des enfants ; Hôpitaux, écoles et camps de réfugiés ont été bombardés, et une famine délibérée a été imposée. Ce génocide se déroule sous les yeux du monde, avec les États-Unis opposant leur veto à une action au Conseil de sécurité.

De plus, l’impérialisme américain n’hésite pas à utiliser des armes de destruction massive. En août 1945, les bombardements atomiques d’Hiroshima et de Nagasaki ont causé la mort de plus de 200 000 civils. Puis, pour la première fois, en 2017, les États-Unis ont utilisé la « Mère de toutes les bombes » (GBU-43) à Nangarhar, en Afghanistan, dont la puissance destructrice n’était pas inférieure à celle d’une bombe atomique. Les sanctions contre Cuba depuis plus de 60 ans, celles contre la Corée du Nord, la Syrie, l’Iran, le Venezuela, et récemment la Russie — qui provoquent toutes des blocus économiques, sanitaires et alimentaires — sont une méthode discrète de massacre d’enfants et d’adultes. L’ONU a rapporté que les sanctions américaines contre Cuba en 2022 ont causé des pénuries de médicaments et d’équipements médicaux, entraînant des milliers de morts.

5. La loi de la jungle : la fin des droits de l’homme et de la démocratie

Dans le système capitaliste, le droit national ne s’applique qu’aux classes inférieures de la société, et le droit international ne s’applique qu’aux pays faibles. Les États-Unis et leurs alliés ignorent les décisions de la Cour pénale internationale ; même les juges de cette cour sont sanctionnés et menacés par les États-Unis et Israël. Les résolutions répétées du Conseil de sécurité — y compris celles concernant la Palestine, l’occupation de l’Irak et de l’Afghanistan — sont opposées au veto ou violées par les États-Unis. Des individus comme les chefs militaires d’Israël, des États-Unis et de l’OTAN qui font la guerre, commettent des agressions et commettent des massacres ne sont pas seulement pas poursuivis, mais certains, comme Barack Obama — qui, durant sa présidence, a augmenté les frappes de drones dans sept pays et porté le nombre de ses forces envahissantes en Afghanistan à plus de cent mille — ont reçu le prix Nobel de la paix.

Les droits de l’homme, les droits des femmes et la démocratie ont été transformés en armes entre les mains des grandes puissances pour réprimer des pays qui agissent de manière indépendante et refusent d’obéir aux États-Unis. L’agression de l’OTAN contre la Yougoslavie (1999), l’occupation de l’Irak (2003) et la guerre en Libye (2011) ont toutes été justifiées par de faux slogans de « soutien à la démocratie et aux droits de l’homme », tandis que l’objectif principal était l’accès aux ressources économiques et la destruction des États indépendants. Les médias affiliés aux oligarchies — tels que CNN, la BBC, Fox News et le Wall Street Journal — déforment les faits, diffusent de la désinformation au public et dissimulent les crimes de leurs propres gouvernements.

Par conséquent, le choix est clair : soit nous nous battons pour le socialisme et un monde juste sans exploitation ni guerre, soit nous assistons au retour complet de la barbarie, du fascisme, du génocide et de la destruction écologique. Il n’y a pas de troisième voie.

Par Nasir Loyand

Source : Left Radical of Afghanistan (LRA).  



Un moine congolais reconnu comme la première réincarnation africaine d'un maître bouddhiste tibétain




"Pannabodhi Rinpoché, moine originaire de la République démocratique du Congo, a franchi une étape historique en devenant le premier Africain reconnu comme la réincarnation d'un maître bouddhiste tibétain."

Source : Samuel Long via
https://www.instagram.com/p/DEAFr9cI5CM/

dimanche 5 juillet 2026

Les moustiques de Google débarquent



Alphabet, la société mère de Google, a demandé l'autorisation de lâcher, d'ici deux ans, jusqu'à 32 millions de moustiques ayant subi un traitement spécial en Californie et en Floride. Bien sûr, cette initiative est dans l'intérêt de tous. Des mâles non piqueurs seront infectés par des bactéries naturelles, puis relâchés. Ceux-ci s'accoupleront ensuite avec les femelles sauvages. Cela les rend stériles, ce qui entraîne immédiatement une baisse de la population de moustiques. C'est ainsi qu'on espère, à l'avenir, éradiquer des maladies graves telles que la dengue, le virus Zika, la fièvre jaune ou le paludisme.

Google n'est pas le seul à travailler depuis des années sur des insectes génétiquement modifiés : la Fondation Gates, Pfizer ou encore l'OMS s'y consacrent également. Dommage que l'essai en plein champ mené par la société de biotechnologie Oxitech au Brésil ait complètement échoué ! La réduction de la population de moustiques obtenue au départ s'est rapidement inversée, mais les moustiques étaient ensuite beaucoup plus résistants et redevenaient, comme auparavant, des vecteurs de maladies. Un échec total ! Ce schéma s'est également reproduit lors d'essais menés en Afrique.

Les philanthropes du monde entier en ont-ils tiré des leçons ? Eh bien voyons ! Au lieu de se faire expulser, comme ça a été le cas au Burkina Faso par exemple, ils utilisent désormais des pays plus riches, tels que l'Autriche et les États-Unis, comme terrains d'expérimentation. Dès 2022, l'organisation « Management Sciences for Health » a étudié ce que les pays du monde entier étaient prêts à payer pour utiliser les moustiques contaminés par des bactéries mentionnés plus haut.

D'un autre côté, cela pourrait déboucher sur une nouvelle attaque contre notre génome, en utilisant, dans un deuxième temps, les moustiques pour transmettre de l'ARNm lorsqu'ils piquent.

samedi 4 juillet 2026

Le premier trillionnaire au monde n'est pas votre ami, et autres remarques



C'est tellement pathétique de voir les flagorneurs serviles d'Elon Musk se précipiter sur les réseaux sociaux pour défendre leur oligarque préféré contre les critiques alors qu'il devient le premier trillionnaire au monde .

Ils disent un peu comme : « Ne soyez pas méchant avec le milliardaire, devenez vous-même milliardaire ! Il vous suffit d'avoir de la chance, des relations, des parents riches, la détermination d'écraser quiconque se met en travers de votre chemin, et la volonté de coopérer avec des institutions impériales meurtrières comme le Pentagone et la CIA ! »

Elon Musk est un magnat du complexe militaro-industriel profondément impliqué dans les services de renseignement américains et qui a récemment facilité l'opération de changement de régime américano-israélienne en Iran. Vous avez infiniment plus en commun avec le citoyen moyen en Iran, à Cuba, au Liban ou en Palestine qu'avec le premier trillionnaire au monde.


C'est révoltant de voir autant d'admirateurs serviles que ce cinglé en a encore. Le milliardaire n'est pas votre ami.


Ceux qui affirment que « le sionisme se résume à croire que les Juifs devraient avoir une patrie » sont ridicules. Le sionisme n'est pas une abstraction ; nous pouvons tous en constater les manifestations concrètes. Nous voyons tous que le sionisme est synonyme de génocide, d'apartheid, de guerres incessantes et d'abus.

Il ne s'agit pas d'un débat théorique où chacun pourrait donner son avis sur le sionisme et ses implications. Nous sommes en 2026, pas en 1890. Les faits sont établis, point final. Voilà ce qu'est le sionisme. Il n'existe que le seul sionisme. Vous voyez ce que vous obtenez. Et ce que vous voyez est incontestablement l'une des choses les plus néfastes qui se produisent sur notre planète.


Un type m'a dit : « Pourquoi est-ce que ça ne vous dérange pas qu'il existe une cinquantaine d'États-nations islamiques, mais qu'un seul État juif soit apparemment de trop ? »

Je lui ai montré l'illustration d'un clou planté dans le pied de quelqu'un et je lui ai dit : « Pourquoi un pied entier en chair ne vous dérange-t-il pas, mais une simple pointe en métal vous paraît insupportable ? La seule explication possible, c'est que vous avez une haine viscérale du métal. Il est impossible que vous vous offusquiez simplement qu'un objet étranger soit violemment enfoncé dans une zone où il cause des dommages. »

Il s'est énervé et a fini par me dire qu'il espérait que je sois assassiné par le Mossad.


La hasbara est tellement répugnante parce qu'il s'agit simplement de sionistes qui vous bombardent de discours pour vous convaincre que vous ne voyez pas ce que vous voyez.

Vous voyez des images vidéo brutes de la chose la plus horrible qu'on puisse imaginer à Gaza, et puis vous voyez les commentaires qui disent : « En fait, c'est normal et sans danger parce que… »

Vous voyez un reportage sur Israël qui commet un acte d'une perversité inouïe au Liban, et voilà qu'en dessous, ils commentent : « Il y a en réalité beaucoup plus à dire, car… »

Vous voyez un ministre israélien d'extrême droite proférer des propos ouvertement génocidaires, et tout le monde s'empresse de le défendre en disant : « Eh bien, ce n'est pas vraiment ce que ça paraît être, car… »

Vous voyez tous les grands groupes de défense des droits de l'homme de la planète déclarer qu'Israël est coupable de génocide et d'apartheid, et ils s'agitent frénétiquement pour vous dire qu'il s'agit d'un gigantesque complot visant à piéger Israël, alors que la vérité n'est que des mots, des mots, des mots, des mots, des mots, des mots, des mots.

On voit de plus en plus de médias grand public faire état des montagnes de preuves de viols et de tortures généralisés dans les prisons israéliennes, et ils saturent les ondes en prétendant qu'il s'agit d'une accusation de crime rituel antisémite, à cause de mots, mots, mots, mots, mots, mots, mots.

L'idée est de vous assommer d'un flot incessant de paroles jusqu'à ce que votre capacité de raisonnement soit anéantie et que vous soyez trop confus pour comprendre ce qui se passe réellement. C'est une pratique odieuse, abusive et profondément immorale.

Mais la bonne nouvelle, c'est que ça ne marche plus. Le langage est immensément puissant, mais son pouvoir a ses limites. Le comportement d'Israël est devenu tellement inacceptable et flagrant qu'aucune rhétorique, aussi habile soit-elle, ne pourra empêcher les gens de voir ce qui se passe sous leurs yeux.

Caitlin Johnstone 

Source : Substack via La cause du peuple


vendredi 3 juillet 2026

« Nous sommes constamment renvoyés à quelque chose auquel nous ne sommes pas attachés », le sentiment des jeunes musulmans pratiquants


Un sondage de l’Ifop publié le 18 novembre dernier révélait un renouveau de la pratique religieuse chez les jeunes musulmans : 87% se disaient pratiquants. Ces chiffres suscitent encore des réactions dans le débat public et la communauté musulmane.


Grande Mosquée de Paris


Le 24 novembre dernier, quatre conseils départementaux portaient plainte contre X, considérant le sondage de l'Ifop comme “ une violation du principe d’objectivité en se fondant sur des questions orientées ”.

Mais quelles sont les pratiques qui englobent la notion du religieux dans l’islam ?

Lundi matin, la Grande Mosquée de Paris accueille les fidèles pour la prière du Sobh. Couverts de grandes mosaïques en forme de fleurs bleu et orange, les murs ainsi que de grandes colonnes blanches entourent une fontaine. Dans la salle de culte des hommes, certains retirent leurs chaussures dans le silence, d'autres récitent le chapelet, l’imam dirige la prière, les fidèles sont prosternés.

“le mot pratiquant n’est pas concret, il faut d’abord interroger le mot” dit Tarik en plaisantant. Ce jeune réalisateur de 28 ans d’origine franco-algérienne au regard perçant, sort de la mosquée. Casque de moto à la main, il porte un long qamis blanc, de grandes fossettes accompagnent son sourire. Tarik a grandi dans un environnement musulman et catholique et pratique consciemment sa religion depuis ses dix ans. Selon lui, Paris est riche pour les musulmans, il y a plusieurs salles de prière malgré l'état de certaines, “ je prie sur du béton depuis 2005, les travaux prennent beaucoup de temps ”

L’islam est composé de cinq piliers ordonnés : la profession de foi, la prière quotidienne, l’aumône, le ramadan et le pèlerinage. Selon les chiffres du sondage de l’Ifop, 67 % des moins de 25 ans pratiquent la prière quotidienne. Imane, 25 ans, française d’origine tunisienne, prie irrégulièrement.

Brune avec de grands yeux verts, elle porte un voile noir, un long manteau blanc recouvre son jean bleu, “ la prière est le deuxième pilier de notre religion, mais ce n’est pas simple de prier en journée avec le travail ”. Imane habite le 13ème arrondissement, et se rend régulièrement à la Mosquée de Paris pour la prière du vendredi. En semaine elle les rattrape, “ pas toujours ”. Pour elle, ce qui est certain, c’est que “ tous les musulmans, même les plus jeunes, font le ramadan et ne mangent pas de porc ”. Certains quartiers parisiens se composent davantage de Français d’origine maghrébine, musulmans en majorité. Pour Imane, cette proximité géographique renforce le sentiment d’appartenance à une communauté, “la seule chose qui unit un Algérien et un Sénégalais, c’est la religion. » Avant d’habiter à Paris, elle et sa mère ont vécu en Espagne. Une fois installées dans la capitale, leur constat est unanime : Dans certains quartiers, il n’y a pas de blancs, “je me suis rapproché de ma religion en France. Ma mère a décidé de porter le voile car les femmes de son âge le portent, il y a une pression sociale, en Espagne, le brassage culturel était plus important, peut-être qu’elle ne l’aurait jamais porté là-bas ”. La pratique des jeunes musulmans semble moins se concentrer sur la prière quotidienne que celle du vendredi, du ramadan ainsi que des prescriptions alimentaires. Akhlâq, le bon comportement, est lui aussi central dans la foi musulmane. Etre généreux envers son prochain, délaisser la méchanceté, et cultiver la bienveillance. Par cette considération, certains croyants ne priorisent pas la prière, mais le bon comportement. C’est le cas d’Ahmed, 23 ans, assis près de la salle de prière des hommes,“ si tu fais tes prières, mais que tu es malveillant au quotidien, tu n’es pas musulman, regarde ”. Il sort un gros livre rouge de son sac, celui d’un imam, Sounan At-Tirmidhi. Il s’arrête à une page, c’est un hadith authentique, “ certes, par son bon comportement, le croyant atteint le degré de celui qui jeûne le jour et prie la nuit, tu vois”.

Tarik, lui, a un emploi du temps lui permettant de faire ses prières. Il ne boit pas d’alcool et mange hallal, pour l'heure, il n’a jamais été à la Mecque. A contrario, Imane a accompli son pèlerinage et consomme de l’alcool occasionnellement. De fait, autant il y a de musulmans, autant il semble y avoir d’islam, il est difficile de dresser un portrait homogène. La pratique religieuse de certains piliers de la religion musulmane perdure, et pour certains, le quotidien est plus difficile que pour d’autres. Certains amis de Tarik “ moins blancs que lui ”ont difficilement vécu la période post-attentat en 2015. Murmures, regards noirs quand ils vont à la mosquée en qamis pour la prière du vendredi, dans le regard des autres, être musulman semble être assimilé à un radicalisme religieux, “ nous sommes constamment renvoyés à quelque chose auquel nous ne sommes pas attachés, c’est une situation inconfortable ”.

Comme en témoigne l’entourage de Tarik, selon un sondage de l’Ifop réalisé en septembre 2025, 66% des musulmans ont déjà fait l’objet de comportements racistes. Malgré ces discriminations, ils assurent ne pas reculer face à leurs besoins de pratiquer leur religion.

Alexandra Valès.

jeudi 2 juillet 2026

Guénon, prophète du nouvel ordre mondial ?

 

Crise économique, mondialisation, perte des repères, déclin de l'Occident… Et si René Guénon avait décrit, il y a près d'un siècle, les bouleversements que nous vivons aujourd'hui ?

Dans "La Crise du monde moderne" (1927) puis "Le Règne de la quantité et les signes des temps" (1945), le philosophe développe une critique radicale de la modernité et annonce l'entrée dans une période de profondes ruptures. Près d'un siècle plus tard, ses analyses résonnent avec une étonnante actualité.

Rémi Soulié, philosophe, écrivain et animateur de l'émission Les Idées à l'endroit sur TVL, signe la préface de la réédition de ces deux ouvrages chez LIF. Il revient sur la pensée de René Guénon, son regard sur la crise de la civilisation occidentale et l'actualité d'une œuvre qui continue de susciter débats et interrogations.





Jean Ziegler ou le refus de la fatalité



Jean Ziegler s'est éteint le 10 juin 2026, à Genève, à l'âge de 92 ans. Avec lui disparaît l'une des voix les plus engagées de la gauche européenne, un sociologue qui n'aura cessé de faire réagir tout en devenant une sorte de conscience itinérante des damnés de la terre.


Par Julien Chassereau


Pour mesurer ce qu'il a réellement apporté, il faut résister à deux tentations symétriques, celle de la canonisation et celle du procès, car sa trajectoire ne se laisse réduire ni à une icône ni à un repoussoir. Elle pose une question qui dépasse de loin sa personne, celle de savoir ce qu'une discipline comme la sociologie peut et doit faire de la misère qu'elle décrit.

La contribution majeure de Jean Ziegler à la prise de conscience des injustices ne tient pas d'abord à une découverte scientifique, ni à un appareil théorique d'une grande nouveauté. Elle réside dans une opération de langage, et plus profondément de morale, par laquelle il a requalifié en crimes des phénomènes que le discours dominant rangeait du côté de la fatalité, de la pénurie ou du malheur. Là où l'on parlait de catastrophe naturelle, il parlait de meurtre. Là où l'on invoquait la rareté, il dénonçait une organisation.

« La pratique réelle de l’oligarchie […] est jugée bonne à partir de paramètres fournis par des énoncés faux. »
Jean Ziegler, "Les Nouveaux maîtres du monde et ceux qui leur résistent", 2002.

Cette conversion du regard, qui transforme une donnée chiffrée en chef d'accusation, fait à la fois la force de son influence et la fragilité récurrente de sa démonstration.

Un prophète honni dans son propre pays

Une asymétrie frappante a marqué la réception de Jean Ziegler, et elle éclaire toute son œuvre. En Suisse, sa virulence et ses positions tranchées lui ont longtemps valu l'inimitié d'une partie de l'establishment, tandis qu'à l'étranger ses livres rencontraient un succès considérable et que la presse internationale offrait une caisse de résonance formidable à ses thèses.

Toute communauté repose sur un ensemble de récits partagés, de représentations valorisantes qu'elle se donne d'elle-même. Le sociologue Pierre Bourdieu parlait à ce propos d'orthodoxie, c'est-à-dire de l'opinion droite, conforme, qui maintient l'ordre établi en le faisant passer pour naturel. L'hérétique est précisément celui qui rompt ce consensus en nommant tout haut ce que le groupe préfère taire. Or la Suisse que Ziegler a prise pour cible était bâtie sur des mythes puissants, ceux de la neutralité, de la probité financière, de la prospérité méritée. En attaquant frontalement ces récits, il faisait plus que de livrer une analyse, il commettait une transgression.

Du temple bernois aux cafés de Paris

Ziegler naquit en 1934 à Thoune, sous le prénom de Hans, dans une famille protestante et conservatrice du canton de Berne. Le père présidait le tribunal de la ville et portait l'uniforme de colonel d'artillerie. Le futur pourfendeur des puissants n'est donc pas un déshérité venu de la marge, mais un héritier de la bonne bourgeoisie helvétique qui se retournera contre l'ordre dont il est issu. Cette trahison de classe, assumée et même revendiquée, demeure la clé du personnage.

Il part étudier le droit à Paris après sa maturité. C’est là que se produit la bifurcation décisive. Dans la capitale des années cinquante, il s'initie au marxisme, adhère au Parti communiste français et fréquente Jean-Paul Sartre ainsi que l'abbé Pierre. De cette dernière rencontre, en 1952, naît un engagement concret, puisque Ziegler devient le premier dirigeant de la communauté d'Emmaüs à Genève. Son passage au parti communiste, lui, tournera court, le mouvement l'excluant pour son soutien trop appuyé à l'indépendance algérienne. Le pli, dès cette époque, est pris. Partout, y compris dans son propre camp, Ziegler sera l'homme qui en dit davantage qu'on ne souhaiterait l'entendre.

Un épisode, souvent raconté par l'intéressé lui-même, condense cette conversion. Vers l'âge de trente ans, Ziegler sert de chauffeur à Che Guevara lors d'un séjour du révolutionnaire argentin à Genève. Au moment de partir, Guevara lui aurait conseillé de demeurer en Suisse pour y combattre, selon la formule restée fameuse, « le monstre », le cœur financier du capitalisme mondial. Que la scène ait été embellie au fil des récits importe finalement peu. Ce qui compte, c'est qu'elle fournit à Ziegler son mythe fondateur, celui de l'homme posté à l'intérieur de la forteresse pour la saper du dedans. À son retour d'un voyage au Congo nouvellement indépendant, au début des années soixante, il consacre d'ailleurs ses premiers ouvrages au tiers-monde, dont "Le Pouvoir africain" en 1979 et "Main basse sur l'Afrique" en 1980, deux titres qui annoncent les combats à venir.

La sociologie tenue pour une arme

Nommé professeur de sociologie à l'Université de Genève en 1977, où il enseignera jusqu'en 2002, Ziegler n'a jamais conçu la discipline comme une science froide et distante. L'analyse ne valait qu'en vue de l'action. Une position qui le situe à l'extrême opposé d'une tradition fondatrice de la sociologie moderne.

Le sociologue allemand Max Weber avait en effet posé, au début du vingtième siècle, le principe de la neutralité axiologique. Le savant, disait Weber, peut et doit analyser les valeurs des hommes, mais il ne lui revient pas, en tant que savant, de dire quelles valeurs sont bonnes.

« Le prophète et le démagogue n’ont pas leur place dans une chaire universitaire. » Max Weber, "Le Savant et le politique", 1919.

Pour Weber, la chaire n'est pas une tribune, et le professeur trahit sa fonction lorsqu'il profite de l'autorité de la science pour imposer ses préférences politiques. Ziegler a passé sa vie à enfreindre ce précepte, et il le revendiquait. Sa sociologie est tout entière une sociologie engagée, qui assume de prendre parti, de désigner des coupables et d'appeler à la révolte. Retournez les fusils ! "Manuel de sociologie d'opposition" (1981) le dit sans doute mieux que tout, où la discipline elle-même se trouve retournée contre ceux qui la croyaient inoffensive.

Pour donner une armature conceptuelle à cette démarche, on peut recourir à une notion qu'il n'a pas forgée mais dont il fut l'un des plus efficaces propagateurs, celle de violence structurelle. Le chercheur norvégien Johan Galtung l'a définie comme la violence qui n'a pas d'auteur identifiable mais qui résulte de l'organisation même d'une société, lorsque celle-ci prive durablement certains de ses membres de ce dont ils auraient besoin pour vivre.

« Nous appellerons violence personnelle (ou directe) le type de violence où il y a un acteur qui commet la violence, et violence structurelle (ou indirecte), la violence où un tel acteur n'existe pas. » Johan Galtung, "Violence, paix et recherche sur la paix", 1969.

Un coup de couteau est une violence directe, on en voit la main. La faim qui tue alors que les greniers sont pleins relève d'une violence structurelle, diffuse, anonyme, inscrite dans les rouages de l'économie. Tout l'effort de Ziegler aura consisté à rendre visible cette seconde violence, à lui restituer un visage et, surtout, des responsables.

Le procès de la Suisse

Le premier grand chantier de cette entreprise fut son propre pays. En 1976, il publie "Une Suisse au-dessus de tout soupçon", titre ironique qui dénonce les profits des multinationales helvétiques réalisés aux dépens des plus pauvres, le secret bancaire et la mainmise des milieux financiers sur les institutions du pays. L'effet est saisissant. Alors que la Suisse tente d'étouffer cette attaque contre ses mythes fondateurs, le livre fait un tabac à l'étranger, où il devient une référence de la critique du capitalisme financier.

Le sociologue récidive en 1990 avec "La Suisse lave plus blanc", qui accuse la place financière d'accueillir l'argent sale du monde entier. La riposte, cette fois, est judiciaire. Ziegler doit affronter une série de procès, voit son immunité parlementaire levée et se trouve condamné à verser des centaines de milliers de francs de dommages et intérêts. Il aura ainsi payé ses livres au sens le plus concret, financier et juridique, ce qui a nourri en retour le personnage du martyr de la vérité qu'il a si bien su incarner. Le sommet de cette croisade nationale est atteint en 1997 avec "La Suisse, l'or et les morts", ouvrage qui met en cause l'attitude de la Confédération durant la Seconde Guerre mondiale, en particulier le rôle des banquiers dans le financement de la machine de guerre nazie et le recyclage de l'or pillé. Le livre paraît au moment où éclate l'affaire des fonds en déshérence, ces avoirs de victimes de la Shoah dormant dans les coffres helvétiques, et Ziegler devient, aux yeux du monde, le procureur de la mauvaise conscience suisse.

« Sans les banquiers suisses, la Deuxième Guerre mondiale aurait été terminée plus tôt et des centaines de milliers d'êtres humains auraient eu la vie sauve. » Jean Ziegler, "La Suisse, l’or et les morts", 1997.

L’arme silencieuse de la dette

C'est pourtant sur la scène mondiale qu'il a laissé son empreinte la plus durable. De 2000 à 2008, il occupe la fonction de premier rapporteur spécial des Nations unies pour le droit à l'alimentation, mandat qui lui offre une légitimité institutionnelle et un accès au terrain décuplant la portée de son discours. Dès 2005, en pleine charge onusienne, il publie "L'Empire de la honte", consacré pour l'essentiel à un mécanisme qu'il tenait pour le plus redoutable de tous, celui de la dette.

Il n'est plus besoin, expliquait-il, de canonnières ni de troupes coloniales pour soumettre un peuple, il suffit de l'endetter. Par la dette, l'État du Sud abdique sa souveraineté et se voit contraint de privatiser ses ressources rentables au profit des multinationales. Par la faim qui en découle, les populations s'épuisent et renoncent à toute révolte. La violence feutrée du créancier a simplement remplacé la brutalité visible du colonisateur, avec cet avantage décisif qu'elle ne se voit plus.

« Deux armes de destruction massive sont à l’œuvre, la dette et la faim. » Jean Ziegler, "L’Empire de la honte", 2005.

Pour décrire ce nouvel ordre, Ziegler parlait d'une « reféodalisation du monde », le retour de seigneurs d'un type inédit, ces dirigeants de sociétés transcontinentales qu'il nommait les « cosmocrates » et qui détiendraient un pouvoir supérieur à celui qu'aucun roi ni aucun pape n'avait jamais possédé. Au cœur de cette analyse se trouve une idée qui constitue peut-être son apport théorique le plus solide, celle de la naturalisation de l'économie. La ruse suprême de l'idéologie dominante, soutenait-il, consiste à présenter comme des lois naturelles, aussi intangibles que la gravité, ce qui n'est jamais qu'un rapport de force entre les hommes. Le chômage, la misère, la dette seraient ainsi rangés du côté du climat, de l'inévitable. Tant que cette croyance tient, aucune révolte n'est concevable. Arracher au monde social son masque de nature, démasquer cette imposture, telle était à ses yeux la tâche première de l'intellectuel.

« L’arbitre impartial, c’est le marché. L’absurdité du dogme néolibéral saute aux yeux. » Jean Ziegler, "Destruction massive. Géopolitique de la faim", 2011.

La faim comme crime

Au sortir de son mandat onusien, libéré des prudences diplomatiques, Ziegler livre en 2011 ce qui restera son livre le plus lu, Destruction massive. Géopolitique de la faim. L'ouvrage rassemble en une synthèse percutante l'argument qui aura traversé toute son existence et selon lequel la faim n'est pas le produit d'une pénurie. L'agriculture mondiale, dans l'état actuel de son développement, pourrait nourrir sans difficulté le double de la population de la planète. Dès lors qu'il n'existe aucun manque objectif de nourriture, la mort par la faim cesse d'être une fatalité pour devenir le résultat d'une organisation humaine, donc une décision, donc un crime.

« Un enfant qui meurt de faim est un enfant assassiné. » Jean Ziegler, "Destruction massive. Géopolitique de la faim", 2011.

Tant que l'enfant meurt de faim, sa mort appartient au registre du malheur, de l'accident, voire de la nature, et n'appelle de la part du lecteur qu'une compassion. Dès qu'il est assassiné, sa mort réclame un meurtrier, une enquête, un jugement. Le passage au statut de victime d'un crime transforme le lecteur lui-même, sommé de prendre parti.

Restait à désigner les coupables. Et Ziegler ne s’en est pas privé. La faim procède selon lui de mécanismes identifiables, au premier rang desquels la spéculation boursière sur les denrées de base, le poids de la dette des pays pauvres et le dumping agricole par lequel les surplus subventionnés du Nord ruinent les paysanneries du Sud, sans oublier la concurrence des agrocarburants qui détournent vers l'énergie des terres nourricières. Au-dessus de ce dispositif, trois institutions qu'il surnommait les « trois cavaliers de l'Apocalypse », le Fonds monétaire international, la Banque mondiale et l'Organisation mondiale du commerce, désignés comme les éléments centraux de « l'ordre cannibale du monde » ; un système se nourrissant littéralement de la chair des plus faibles.

« On n’est jamais impuissant en démocratie, vous pouvez agir pour abattre cet ordre cannibale. » Jean Ziegler, "Le capitalisme expliqué à ma petite-fille", 2018.

Cette veine ne s'est jamais tarie. En 2018, dans "Le capitalisme expliqué à ma petite-fille", il reprenait son réquisitoire sous une forme pédagogique, soulignant en sous-titre « en espérant qu'elle en verra la fin ». Et en 2020 encore, avec "Lesbos, la honte de l'Europe", il transposait sa grille de lecture sur le sort réservé aux migrants aux portes du continent, fidèle jusqu'au bout à sa conviction que l'indignation est le commencement de l'action.

Héritage

Il aura d'abord donné aux peuples du Sud un porte-voix au cœur de l'Occident. Là où la souffrance des lointains restait abstraite, il l'a rendue présente, nommée, datée. On peut juger sa méthode trop émotionnelle, on ne peut nier qu'elle a fait entrer la faim et la dépossession dans des millions de consciences qui les ignoraient. À cet égard, son rôle relève moins de la science que d'une tradition plus ancienne, celle du moraliste au sens classique, de l'écrivain qui scrute les mœurs de son temps pour en dénoncer les vices. Ziegler fut un moraliste armé des outils de la sociologie, et c'est sans doute la formule la plus juste pour le situer.

Il aura ensuite combattu sans relâche l'argument le plus démobilisateur qui soit, celui de l'impuissance. À ceux qui jugeaient l'injustice du monde trop vaste pour être affrontée, il opposait que la faim étant œuvre des hommes, elle pouvait être défaite par les hommes. Il accordait à l'utopie une fonction précise : « elle dessine un horizon au départ inatteignable, que chaque lutte, chaque gain, va rapprocher un peu plus ». Très âgé encore, il maintenait ce pari.

« Le capitalisme tue mais il n'est pas invincible. » Jean Ziegler, entretien au journal Solidaire, 2020.

Il aura enfin posé, par sa vie même, une question qui le dépasse et qui demeure entière après lui, celle des rapports entre le savoir et l'engagement. Le Parti socialiste genevois, en saluant sa mémoire, l'a résumée en rappelant qu'il aura appris aux siens que « la neutralité ne dispense jamais de défendre la dignité humaine et les droits fondamentaux » (Amanda Gavilanes et Cyril Mizrahi, communiqué du Parti socialiste genevois, 2026).




mercredi 1 juillet 2026

Russell Gmirkin et la fin de l’illusion biblique



Par Laurent Guyénot


J’entends parler des travaux de Russell Gmirkin depuis quelques années, mais ce n’est que très récemment que j’ai décidé de m’y plonger. Ce que j’avais entendu de ses théories me semblait tellement extravagant que j’avais supposé qu’il ne pouvait s’agir d’un travail académique sérieux. Eh bien, je peux désormais affirmer qu’il s’agit bel et bien d’un travail académique sérieux… et révolutionnaire. J’ai été tellement captivé que j’ai lu ses trois livres d’affilée. Je vais maintenant faire de mon mieux pour vous en donner un aperçu. La matière est si riche et les implications si vastes que j’aurai besoin de quatre parties : deux pour son premier livre, et une pour chacun de ses deuxième et troisième livres.

L’École de Copenhague de critique biblique

La théorie de Gmirkin n’est pas sortie de nulle part. Son intuition novatrice et ses arguments se sont développés dans un milieu académique connu sous le nom de « minimalisme biblique », regroupant des chercheurs qui vont plus loin que leurs pairs dans la révision à la baisse de l’âge de la Bible hébraïque. Ces minimalistes bibliques sont également connus sous le nom d’école de Copenhague, car en 1993, deux d’entre eux, le Danois Niels Peter Lemche et l’Américain d’origine (aujourd’hui danois) Thomas L. Thompson, ont fondé le Séminaire international de Copenhague, hébergé par l’Université de Copenhague. Ce séminaire, en partenariat avec l’éditeur universitaire britannique Routledge, est aujourd’hui un forum de discussion majeur pour les spécialistes de l’Ancien Testament.

Un mot sur Thomas Thompson : avant d’être recruté par l’université de Copenhague, il avait subi une forme d’ostracisme après la controverse déclenchée par son premier ouvrage publié en 1974, "The Historicity of the Patriarchal Narratives: The Quest for the Historical Abraham" — une quête qui ne mène nulle part puisque, selon Thompson, les histoires d’Abraham, d’Isaac et de Jacob sont de pures inventions. Cet ouvrage, ainsi qu’un autre publié l’année suivante, "Abraham in History and Tradition", par le Canadien John Van Seters, a marqué un changement de paradigme auquel s’est opposée la vieille garde des savants biblistes, mais qui a progressivement gagné un large soutien.

La polémique n’a pas pour autant pris fin. Lorsque Thompson a publié "The Bible in History: How Writers Create a Past" en 1999, le journal israélien "Ha’aretz" a publié une critique virulente signée par Hershel Shanks, rédacteur en chef de la "Biblical Archaeology Review", qui l’accusait, lui et d’autres chercheurs « minimalistes », d’être « antisionistes », « anti-Bible » et « anti-Israël », ajoutant : « À la limite, ils peuvent même être considérés comme antisémites. » Comme Thompson le raconte lui-même avec plus d’amusement que d’indignation, "The Jerusalem Post" a, de son côté, cité l’ancien directeur du Département israélien des antiquités déclarant : « Une connaissance commune m’a dit que Thompson lui avait confié qu’il croyait fermement aux "Protocoles des Sages de Sion". »[1]

Pourquoi un tel tollé ? Parce que le récit biblique est le socle de l’identité juive, ainsi que la justification de l’existence d’Israël. Les minimalistes ne se contentent pas d’affirmer que la Bible hébraïque contient très peu d’histoire réelle ; ils dénoncent également la supercherie de sa prétention à l’ancienneté. Car s’ils ont raison, le peuple du Livre n’avait pas encore de livre à une époque où l’on pouvait en trouver plus de 200 000 dans une seule bibliothèque. Si les minimalistes ont raison, alors les Juifs ont « inventé » Dieu à une époque où tous les philosophes « païens » parlaient de Lui. Pire encore, les minimalistes dévoilent de nombreuses preuves que ces érudits juifs qui écrivaient sous le nom de Moïse utilisaient en fait la littérature grecque comme modèle.

C’est là que Russell Gmirkin excelle. S’appuyant sur les disciplines universitaires que sont les études comparatives et la critique des sources, il soutient que le Pentateuque hébreu a été composé dans son intégralité vers 273-272 av. JC, et que ses auteurs ont puisé dans des ouvrages qu’ils ont très probablement consultés à la grande Bibliothèque d’Alexandrie : parmi ces ouvrages figuraient des histoires de l’Égypte et de Babylone en grec, ainsi que des cosmogonies et des traités juridiques grecs, les plus célèbres étant ceux de Platon.

La diffusion de la culture hellénistique, et la fondation de la Bibliothèque d’Alexandrie en particulier, ont fortement stimulé la rédaction, la copie, la compilation et la traduction d’ouvrages provenant des quatre coins du monde, y compris des récits nationalistes sur les gloires passées des civilisations égyptienne (par Hécatée d’Abdère et Manéthon) et babylonienne (par Bérossos). Cette compétition, décrite par un auteur comme une « guerre des livres »,[2] a constitué le contexte de la création des Écritures juives. On a toujours su qu’elle avait été de contexte de la version grecque, la Septante, mais Gmirkin soutient que la version hébraïque a été rédigée à peu près à la même époque, probablement par le même groupe :

« Le financement d’une traduction de la loi hébraïque en grec par Ptolémée II Philadelphe a été considéré par les érudits juifs comme une occasion en or de présenter un récit complet des origines juives au monde grec. Ce récit ambitieux visait à démontrer que les Juifs, à l’instar des Égyptiens et des Babyloniens, possédaient des traditions remontant à la nuit des temps. »[3]

La création du Pentateuque hébreu a été présentée comme une simple traduction (par soixante-dix érudits) de lois et de traditions mosaïques existant depuis la nuit des temps. Si des chroniques préexistantes ont probablement servi à rédiger les livres de Samuel, des Rois et des Chroniques, l’essentiel du Pentateuque (Torah) a été inventé de toutes pièces, en empruntant à des sources grecques (dans les domaines du droit, de la cosmogonie et de l’histoire narrative), mais en les reformulant suffisamment pour faire paraître la version juive comme plus ancienne que les textes grecs. Le travail de composition a été camouflé en travail de traduction.

Ce type de tromperie est assez caractéristique des Juifs dans le monde antique. À la même époque, un Juif rédigea la "Lettre d’Aristée à Philocrate", se faisant passer pour un philosophe grec chantant les louanges de la sagesse ancestrale des Juifs. Ce texte, cité par Flavius Josèphe dans "ses Antiquités judaïques", est la source la plus ancienne de la légende des soixante-dix traducteurs juifs travaillant à l’invitation du roi grec Ptolémée Philadelphe. Il raconte comment, après avoir lu le résultat de leur travail, Ptolémée tomba en extase et s’écria que cela « venait de Dieu ». On peut citer au moins deux autres livres écrits par des Juifs sous une fausse identité grecque pour faire l’éloge des Juifs : "Sur les Juifs" du pseudo-Hécatée (IIe ou Ier siècle av. JC), cité par Josèphe,[4] et le troisième livre des "Oracles sibyllins" (milieu du IIe siècle av. JC), dans lequel l’oracle de Delphes glorifie le peuple juif et lui promet le monde.

Gmirkin s’abstient de qualifier les auteurs du Pentateuque de plagiaires, mais je pense que c’est là une description juste et objective du résultat de son analyse. Car ces auteurs ne se sont pas contentés de recycler des sources grecques ; ils ont prétendu que leur version était plus ancienne que l’original. Comme par un accord tacite, cette affirmation a été reprise dans toute la littérature juive. Le Juif Aristobule de Panéas, dans ses "Explications des Écritures de Moïse" (vers 170 av. JC), affirmait qu’Homère, Hésiode, Pythagore, Socrate et Platon avaient été inspirés par Moïse. À peu près à la même époque, le Juif Artapan d’Alexandrie, dans "Sur les Juifs", présente Joseph et Moïse comme les « premiers inventeurs » qui ont enseigné aux Égyptiens tout ce qu’ils savaient et ont ensuite transmis aux Grecs, de l’astronomie et de l’agriculture à la philosophie et à la religion.[5] Au début du Ier siècle de notre ère, Philon d’Alexandrie affirmait que les législateurs grecs avaient en réalité plagié la loi mosaïque, et qu’Héraclite avait volé sa théorie des contraires à Moïse. Flavius Josèphe a répété des mensonges similaires, en réponse à l’Égyptien hellénisé Apion qui contestait l’ancienneté du peuple juif et de ses Écritures. Josèphe a en effet utilisé des parallèles entre les œuvres législatives de Platon ("Les Lois et La République") et la Loi mosaïque pour affirmer que Platon avait « imité » Moïse ("Contre Apion" 2.257). Bien qu’aucun érudit grec ou romain n’ait pris ces déclarations au sérieux, les Pères de l’Église les ont acceptées et relayées.

Dans son deuxième ouvrage, "Plato and the Creation of the Hebrew Bible", Gmirkin renverse l’argument et donne raison à Apion : « il apparaît désormais évident que les écrits mosaïques s’inspirent de ceux de Platon et non l’inverse. »[6] Comme le dit Brado : « Tout comme Jacob a trompé son frère au sujet de son droit d’aînesse, nous avons nous aussi été trompés quant à l’ancienneté du peuple hébreu dans l’Antiquité. » Et d’ailleurs, si cette histoire de Jacob et Ésaü a été inventée au IIIe siècle av. JC, alors Ésaü, alias Édom, représente les Iduméens, le peuple arabe qui occupait alors Pétra, et nous avons ici une allégorie des Israélites (Juifs) volant le droit d’aînesse des Iduméens (Arabes) par leur revendication farfelue d’ancienneté, d’élection divine et tout le reste.

[...]