dimanche 3 mai 2026

Le CAMPISME : jouissance de la guerre et fascination pour la destruction




Le texte intitulé « Guerre d’agression judéo-américaine contre l’Iran : du délire impérialiste aux réalités chocs du terrain », publié par le site Résistance 71, constitue un cas d’école : celui d’un campisme qui ne se contente plus de justifier la guerre, mais y adhère affectivement.

On y retrouve tous ses traits caractéristiques : soutien à un camp impérialiste – en l’occurrence l’Iran face aux États-Unis et à Israël –, glorification de la guerre (« riposte héroïque », « réécrit l’histoire »), jubilation stratégique (énumération des frappes, efficacité, domination), effacement des victimes, transformation de la guerre en spectacle et en démonstration, chauvinisme de bloc.

Ce texte ne relève pas d’une simple analyse biaisée, mais d’un basculement plus profond : celui d’un discours qui cesse de décrire la guerre pour en adopter la logique et en partager l’exaltation.

À ce stade, le campisme, tiers-mondiste ou gauchiste, souvent mâtiné de populisme ou d’islamisme, ne se contente plus de justifier la guerre capitaliste : il en épouse le rythme et en adopte le langage. Les frappes ne sont plus des faits à analyser, mais des épisodes à commenter avec ferveur. Chaque riposte devient un motif de satisfaction, chaque destruction une confirmation du « bon camp ». La guerre cesse d’être une tragédie pour devenir un spectacle, la mort une variable secondaire dès lors qu’elle sert la cause jugée légitime.

Ce basculement est décisif : il ne s’agit plus d’une grille d’analyse déformée, mais d’une adhésion affective à la logique même de la guerre capitaliste. Sous couvert d’anti-impérialisme, le campisme en vient ainsi à reproduire ce qu’il prétend combattre : une logique qui sélectionne ses victimes, excuse certaines violences militaires et légitime celles qui confortent son récit.

Ce discours ne surgit pas dans le vide. Il accompagne une guerre bien réelle, déclenchée fin février 2026 par des bombardements massifs de l’Empire – les États-Unis et d’Israël contre l’Iran -, suivies de ripostes iraniennes à l’échelle régionale. Le conflit s’est étendu au Liban, au Golfe et aux principales routes énergétiques mondiales, faisant déjà des milliers de morts et de blessés. C’est dans ce contexte d’escalade que le campisme déploie son langage et ses affects : il ne se contente pas de commenter les événements, il les accompagne, les amplifie et les met en récit.

C’est à partir de ce texte publié par le site Résistance 71 que l’on peut dégager les principales caractéristiques du campisme, au nombre de sept, qui permettent d’en saisir la logique macabre.

Glorification explicite de la guerre

La première caractéristique est la glorification explicite de la guerre. Le texte parle de « défense et riposte héroïques » de l’Iran face aux frappes des États-Unis et d’Israël qui « réécrivent l’histoire et les manuels de stratégie militaire ». La guerre n’est plus un fait à analyser, encore moins une tragédie à comprendre : elle est élevée au rang d’exploit. Le vocabulaire héroïque transforme des opérations militaires meurtrières en épopée, et les violences armées en performances dignes d’admiration. Ce déplacement est essentiel : en héroïsant la guerre capitaliste, le campisme en neutralise d’emblée toute critique. Ce qui est présenté comme « héroïque » n’a plus à être interrogé, mais à être célébré.

Conversion de la mort en avantage stratégique

La seconde caractéristique est plus grave encore : la conversion de la mort en avantage stratégique. Le texte affirme que « le bombardement volontaire de l’école de filles iraniennes qui tua 180 élèves » lors des frappes américano-israéliennes aurait constitué un moment de victoire pour l’Iran. La mort de civils, et ici d’enfants, n’est plus un fait qui impose un arrêt, une réflexion ou une condamnation : elle est immédiatement intégrée dans un calcul stratégique. Le massacre disparaît en tant que tel pour devenir un élément de la dynamique militaire. Ce basculement est décisif : la violence n’est plus seulement justifiée, elle est absorbée, digérée, convertie en argument. La mort cesse d’être un scandale pour devenir une simple variable.

Jubilation stratégique et fascination pour la puissance

La troisième caractéristique est la jubilation stratégique et la fascination pour la puissance. Le texte insiste sur la multiplication des frappes – « 74ème vague de riposte » de l’Iran contre des positions israéliennes et des bases américaines – et sur leur efficacité – des missiles qui frappent « où ils veulent, à volonté ». La guerre est décrite comme une démonstration de maîtrise technique et de domination. Le vocabulaire ne traduit pas une inquiétude face à l’escalade de la violence, mais une forme de satisfaction devant sa montée en puissance. Ce qui est mis en avant, ce n’est pas la réalité humaine des frappes, mais leur performance. La guerre devient un spectacle de puissance.

Esthétisation de la guerre

La quatrième caractéristique est l’esthétisation de la guerre. Le campisme cultive une forme de fétichisme de la force. La guerre n’est plus un drame humain ou un échec de la diplomatie, mais une « épopée » ou un « spectacle ». L’utilisation de termes comme « il pleut des missiles » ou « riposte héroïque » transforme la destruction réelle en une performance technique et visuelle. La violence est mise en scène comme un phénomène maîtrisé, presque abstrait. Ce langage transforme des actes de destruction en images, en tableaux techniques, en démonstrations de savoir-faire. La guerre n’est plus seulement valorisée : elle est stylisée. Ce qui disparaît ici, ce ne sont pas seulement les victimes, mais la matérialité même de la destruction, dissoute dans une représentation esthétisée de la puissance.

Récit de domination et mise en scène de la victoire

La cinquième caractéristique est la construction d’un récit de domination. Le texte affirme que « le vent de la bataille a tourné » et que l’Iran « dicte maintenant sa volonté sur le champ de bataille » face aux États-Unis et à Israël. La guerre est présentée comme une dynamique univoque – celle d’une progression iranienne face aux États-Unis et à Israël –, orientée vers la victoire d’un camp doté d’une supériorité stratégique. Ce type de formulation ne décrit pas un conflit : il met en scène une domination. La complexité du réel disparaît au profit d’un récit linéaire où un acteur s’impose et triomphe, en l’occurrence l’Iran face aux forces américaines et israéliennes. La guerre n’est plus un affrontement incertain entre forces sociales et politiques, mais une démonstration de puissance qui appelle l’adhésion, dans le cadre des affrontements entre l’Iran, Israël et les bases américaines de la région.

Fascination pour la destruction et logique d’accumulation

La sixième caractéristique est la fascination pour la destruction elle-même. Le texte accumule les éléments détruits – bases, équipements, avions, notamment américains et israéliens – dans une énumération continue. Cette accumulation produit un effet de saturation : la destruction devient un indicateur de performance. Ce qui est mis en avant, ce n’est pas la signification de ces destructions, ni leurs conséquences humaines et sociales, mais leur quantité et leur efficacité. La guerre est réduite à un inventaire de dégâts, où chaque élément anéanti vient renforcer l’impression de puissance. La destruction cesse d’être un problème : elle devient un résultat. Le campisme dérive vers une logique comptable macabre. L’énumération des bases détruites et des avions abattus crée un effet de saturation qui occulte la finalité politique du conflit. La destruction devient une fin en soi, une preuve de « validité » du camp soutenu.

Banalisation du carnage

La septième caractéristique est la banalisation du carnage. Le texte évoque explicitement la possibilité d’un massacre – « ce pourrait être un carnage » – sans que cela n’introduise la moindre rupture dans le raisonnement. Le carnage est envisagé comme une simple éventualité stratégique, suspendue, différée « pour le moment ». Il n’est ni condamné ni problématisé : il est intégré comme une option parmi d’autres. Ce glissement est révélateur : la violence extrême n’apparaît plus comme une limite, mais comme une variable modulable. Le campisme pratique une indignation sélective, où la valeur d’une vie dépend exclusivement du camp qui a pressé la détente. Il partage avec les dirigeants qu’il abhorre – Netanyahou ou Trump – la même fascination pour la domination et la même indifférence au carnage. Le campisme atteint ici son point de bascule : non seulement il justifie la guerre, mais il rend pensable – et acceptable – l’horizon du massacre.

La guerre comme spectacle : vers une pornographie guerrière

On pourrait aller plus loin et dire que ce type de discours relève d’une véritable pornographie de guerre. Non pas au sens trivial du terme, mais comme une représentation complaisante, répétée, presque obscènement mise en scène de la violence, destinée à susciter une forme d’excitation et de jouissance. Les frappes, les destructions, les bilans militaires en Iran, en Israël ou sur les bases américaines de la région y sont exhibés, étalés, disséqués avec une minutie quasi voluptueuse, non pour être compris, mais pour être ressentis comme autant de stimulations lascives. Chaque explosion devient une scène lubrique, chaque frappe une décharge libidinale, chaque destruction une montée de l’excitation. La guerre n’y est plus seulement décrite : elle est offerte au regard, consommée avec avidité, investie affectivement jusqu’à frôler la jouissance obscène. Ce n’est plus une analyse, mais une mise en spectacle fascinée et presque sensuelle de la violence.

Le campisme réduit ainsi le conflit à une opposition binaire entre blocs, où tout se joue dans l’appartenance et non dans l’analyse. Les rapports sociaux, les intérêts matériels, les logiques de classe disparaissent derrière une lecture simplifiée du monde, structurée par l’affrontement des camps.

Jouissance de la guerre et dynamique d’emballement

Cette adhésion affective à la guerre n’a rien d’accidentel. Elle correspond à une dynamique plus profonde : celle d’une forme de jouissance liée à la destruction elle-même. La guerre cesse d’être un simple instrument au service d’intérêts politiques pour devenir un moment d’exaltation, une montée aux extrêmes où la violence s’intensifie pour elle-même. Elle produit un climat d’effervescence, de surenchère, où les limites ordinaires tendent à s’effacer. Ce que donne à voir le discours campiste, ce n’est pas seulement une analyse déformée, mais l’écho de cette logique : une guerre qui fascine, qui entraîne, et à laquelle certains finissent par adhérer.

Les deux camps partagent la même fascination pour la barbarie

C’est là que le campisme révèle sa véritable nature. En prétendant choisir le « bon camp », il ne s’oppose pas à la logique de la guerre : il s’y conforme. Le campisme est un miroir déformant de l’impérialisme : il prétend combattre un monstre en empruntant ses griffes et son langage, finissant par valider la barbarie sous prétexte qu’elle change de direction. Il en adopte les catégories, le langage, les affects. Il sélectionne ses victimes, hiérarchise les violences, excuse les unes et condamne les autres.

Quand on lit les textes des campistes, on croit parfois entendre Benjamin Netanyahu ou Donald Trump engagés dans cette guerre contre l’Iran. Ils partagent avec les dirigeants qu’ils abhorrent – Netanyahou ou Trump – la même fascination pour la domination et la même indifférence au carnage. Non pas parce que les positions seraient identiques, mais parce que l’attitude l’est : même jubilation devant la puissance, même indifférence aux victimes, même réduction de la guerre à une démonstration de force.

Les campistes n’ont rien à envier aux criminels de guerre qu’ils dénoncent. Ils en partagent la logique, la grammaire, et parfois même la fascination. Derrière l’opposition apparente des camps, c’est une même inhumanité qui se déploie : celle d’une violence militaire justifiée, triée, et finalement assumée.

Khider MESLOUB




samedi 2 mai 2026

Violence, religion et favoritisme : les principaux freins au progrès humain




Le Greco – Pietà (1580-1590)

On dit souvent qu’un peuple a les dirigeants qu’il mérite. Ce serait tout à fait vrai si, parlant d’une démocratie, l’on était sûr que l’élection de ses représentants n’est pas truquée. Mais comment savoir ? En pleine saison 2 de l’affaire Epstein, où l’on apprend qu’une bande de crapules fortunées parvient à dicter ses lois à des membres de gouvernements et institutions européens, il est désormais permis de tout imaginer en termes de manipulations électorales…

Au-delà des litanies complotistes et de l’info-spectacle qui tendent à catégoriser les prédateurs en leur prêtant telle ou telle idéologie — les effets de la temporalité judiciaire étant toujours moins sensationnels que ceux de la temporalité médiatique —, je crois d’abord que toute criminalité obéit à ce principe des plus triviaux : l’occasion fait le larron. C’est-à-dire que les esprits malades finissent par se rencontrer et s’associer selon leurs intérêts.

En revanche, la question qui me vient spontanément à propos de l’affaire Epstein est la suivante : comment les jeunes victimes se sont-elles retrouvées entre les mains de leurs bourreaux ? Par ailleurs, comment des gens de pouvoir a priori formés et expérimentés peuvent-ils faire preuve d’autant de stupidité en tombant dans l’éternel piège du chantage sexuel ?

De l’élite délitée et délétère

Depuis quelque temps, comme beaucoup, je réfléchis à ce que nous avons raté dans notre évolution de gentilshommes ouest-européens, aujourd’hui condamnés à la honte internationale au regard de l’indigence des productions politiques et artistiques (autorisées) de notre « élite ». Quant aux productions scientifiques, il me semble que beaucoup de nos chercheurs se voient contraints à l’exil compte tenu du peu de considération qui leur est réservé en France.

Plus exactement, je cherche à déterminer les principales raisons sociologiques de notre déclin. Je n’emploierai pas l’adjectif « civilisationnel » pour qualifier ce déclin, car je trouve le mot pompeux, voire dissonant ; aussi « culturel » devrait-il suffire.

Après une décennie d’expatriation en Afrique du Nord, il m’apparaît pertinent de partager mon point de vue sur le « développement » de la France depuis un pays dit « sous-développé ». Je renvoie ici les lecteurs intéressés à un texte plus dense que j’ai produit sur le sujet. Personnellement — j’admets ma marginalité —, je plaide pour la reconnaissance d’un statut d’apatride volontaire, avec ce que cela impliquerait comme renoncement à certains droits civiques et aux garanties de protection sociale. Après tout, l’on devrait pouvoir choisir de n’« appartenir » à aucun pays !

Tout d’abord, on ne peut analyser avec sérénité la situation actuelle en Occident sans comprendre que c’est par la corruption de l’idée de progrès que nous en sommes arrivés là.

Comment progresser ? telle est la question qui se pose fondamentalement — à tout individu comme à toute autorité politique.

Si nous ne progressons pas — humainement s’entend —, ce n’est guère parce que nous manquons de volonté, mais parce qu’il subsiste des systèmes ancestraux, aussi tenaces qu’absurdes, qui nous freinent dans notre élan d’émancipation, d’autonomisation vis-à-vis de l’autorité.

Le piège des croyances

Le premier de ces systèmes, le plus étendu et malheureusement le plus séduisant, est la religion. Quelle qu’elle soit, la religion relève du dogmatisme, et, par extension, du totalitarisme. Elle aliène l’individu, le soumet, le déresponsabilise. En faisant croire à l’homme qu’il existe une volonté supérieure — divine — qui le dépasse et le gouverne, on affaiblit sa volonté personnelle, on tend à le rendre passif devant la vie et à l’installer dans un confort de pensée illusoire, sinon dans un aveuglement arrangeant.

L’adhésion au concept de « Dieu » est ainsi une fausse solution proposée — mais surtout imposée ! — à l’homme qui doute de l’homme. Si la croyance collective a pour fonction de soulager l’individu en désarroi dans le vertige de l’existence, elle reste foncièrement régressive. En admettant qu’il n’est pas maître de sa vie, l’homme s’en remet à une autorité fictive, prétendument absolue et omnisciente, au point de préférer la prière à l’action, le pardon à la correction, la récitation à la réflexion. Aussi pourrait-on compléter la célèbre formule de Juvénal de la sorte : Panem, deos et circenses ! (« Du pain, des dieux et des jeux ! »)…

Mais la croyance n’épargne personne, pas même les érudits ni les rebelles autoproclamés… Il est toujours déroutant d’entendre des gens expérimentés discourir avec méthode et raison pour finir par vous parler de « Dieu », cette entité menaçante sans méthode ni raison… C’est un peu comme si le concertiste concluait son récital en lâchant un énorme pet : d’un coup, le niveau s’effondre et l’orateur a l’air du petit enfant dans l’attente du père Noël. Inévitablement, cela vous donne l’impression d’avoir affaire à un bonimenteur qui essaierait de vous refourguer un abonnement à son club en faillite.

En plus de se condamner lui-même, le croyant tente toujours de contaminer ses congénères avec l’idée lâche selon laquelle nous serions constamment observés et susceptibles d’être punis ou récompensés par un juge suprême, abstrait et autocratique. De quoi infantiliser l’homme, le terroriser, mais aussi le désengager sur Terre parmi les siens, en faveur d’une « vie spirituelle » aussi naïve qu’improductive.

Le désendoctrinement des gens demande du temps et de l’énergie mais il vaut le coup ! Pour cela, la logique reste toujours la plus fiable des ressources. Car la logique parle à tout le monde : elle se suffit à elle-même. Encore faut-il savoir la révéler. Et l’accepter.

Pieter Bruegel l’Ancien – Le massacre des innocents (1565-1567)


Pour illustrer cette inquiétante servilité que permettent les croyances et les religions, quel meilleur exemple que celui du jeûne du ramadan, pratiqué en ce moment même par des millions de musulmans dans le monde ? Des millions de « fidèles » contraints de se soumettre au diktat de la privation sous peine d’exclusion sociale et de châtiments divins… Des millions de gens transformés, par simple conformisme, en zombies sur les nerfs, inaptes au travail et à la réflexion, n’attendant que la sonnerie de la récréation quotidienne pour pouvoir s’empiffrer dans une orgie de gaspillage.

Je ne dis pas cela par provocation — c’est certain, on trouvera toujours plus arriéré comme rite —, mais parce que je ne supporte pas de voir les gens autour de moi céder leur libre arbitre aussi facilement, par le redoutable effet de groupe. Cette « spiritualité imposée » n’a pas plus de sens qu’elle n’a d’efficacité : elle relèverait même ici d’une forme de sadisme… Naturellement j’ai de l’estime, voire une certaine admiration (!), pour toutes ces personnes qui jeûnent, leur trouvant bien du courage, mais pourquoi ne pas mobiliser ce courage de façon autonome ni l’employer à des fins concrètes et utiles ? Pourquoi devoir toujours s’en remettre à des injonctions ?…

Religion et discrimination

Ne tournons pas autour du pot : il y a à mes yeux un lien évident entre le sous-développement d’un pays — c’est-à-dire la persistance des inégalités sociales — et le dogmatisme religieux. Je le constate au quotidien dans le comportement des gens, partagés entre un fatalisme de rigueur et un tribalisme rétrograde, cultivant par tradition un sexisme agressif autant qu’un mépris assumé des minorités. Autrement dit, quand la religion permet les discriminations, alors la corruption s’installe au nom de la loi du plus fort. Puis vient la question, vertigineuse, de l’éducation…

Je précise tout de même que bon nombre de mes amis sont musulmans (ou, du moins, l’étaient avant de me connaître !), étant persuadé que la plupart ne s’opposeraient pas à ce que j’écris là. Il faut savoir tirer le rideau de la bien-pensance et ignorer la crainte du tabou pour s’apercevoir que beaucoup de musulmans n’aspirent sincèrement qu’à l’apostasie. Prisonniers du dogme, ils se mettent à fantasmer l’Europe ou l’Amérique jusqu’à l’obsession, alléchés par les promesses numériques de liberté.

Seulement, le chantier de la laïcisation des pays arabo-berbères s’annonce long et compliqué, vu le caractère superstitieux de leurs habitants et l’emprise exercée par ces « crypto-bigots » qu’on retrouve également à l’œuvre dans les banlieues des métropoles françaises. Sans parler des crétins de djihadistes que l’Europe a subis dans les années 2010, ces jeunes déséquilibrés se servant de la religion comme d’un bouclier contre leur propre névrose, et dont les profils s’apparentent manifestement, d’un point de vue psychosociologique, à ceux d’homosexuels refoulés — cette tendance pouvant s’expliquer en partie par un schéma parental défaillant, de type père absent / mère abusive.

Encore une fois, je ne dis pas cela par provocation, mais d’une part car je connais ce genre de marginaux et leur environnement, et d’autre part car la criminalisation de l’homosexualité et des relations hors mariage, fatalement, produit une importante quantité de frustrés et de psychotiques dans les sociétés musulmanes. Tout comme l’autorisation de la polygamie produit une importante quantité de jalouses et de névrotiques. Je ne reviendrai pas non plus sur la pratique barbare de la circoncision, dont on sous-estime certainement l’effet traumatisant sur l’enfant — et, dans une moindre mesure, sur ses parents.

Quoi qu’il en soit, ne laissons pas cette question des plus sensibles, celle des flux migratoires en provenance d’Afrique, entre les mains des néo-racialistes, xénophobes et autres agents belliqueux de l’extrême droite — ce serait tout à fait irresponsable, d’autant que ceux-ci ne savent pas de quoi ils parlent. Saisissons-nous de ce problème politique avec lucidité et humanité, en proposant en premier lieu de rétablir des relations diplomatiques saines avec les États d’Afrique et du Moyen-Orient.

Le droit de tuer

Le deuxième système pourri et ancestral à l’origine de notre stagnation est la militarisation du monde. En armant un groupe de gens, quelle qu’en soit la raison, en lui octroyant le droit de tuer, le pouvoir de détruire, on ne fait que favoriser les tensions, en plus d’entretenir les vieux récits démagogiques du héros de guerre et du martyr, selon lesquels le sang versé constituerait une réponse nécessaire aux conflits d’intérêts nés de l’orgueil et de la corruption des chefs d’État.

Combien de massacres opérés dans l’Histoire au nom de la religion ou de la nation, par arrogance tribale, par folie de l’appartenance ? Combien de gens innocents entraînés malgré eux dans les horreurs de la guerre, pour satisfaire à quelques notions grandiloquentes, à la tyrannie des étendards, par la légitimation absurde des armes et de la violence ?… Je précise là aussi, à toutes fins utiles, que j’ai de bons amis militaires — paradoxe de la vie !

Films, jeux vidéo, journaux télévisés, réseaux sociaux : la violence est omniprésente sur les écrans, infectant et conditionnant les cerveaux, s’alimentant elle-même à l’infini, par la perversité des diffuseurs et le voyeurisme des consommateurs. Traumatisante, obsédante, infiniment régressive, la violence déforme la jeunesse et l’habitue aux injustices, aux mensonges, à l’incompréhension.

Faire sécession

Enfin, le troisième système que nous subissons est la ploutocratie : le règne de l’argent et du profit aveugle, qui fait se répandre la vénalité comme un poison parmi la population, méprisant et discriminant les gens selon leur origine, leur influence, leur allégeance. Rien de nouveau, ce sont là les lois déshumanisantes du capitalisme financier et de la société de consommation.

Bref, nous avons perdu suffisamment de temps à tolérer les mythomanes, les mégalomanes et les prédateurs en tous genres qui squattent l’espace politico-médiatique en pensant pouvoir entraîner le monde dans leur perfidie et leur lâcheté, et ce n’est ni dans la nostalgie d’un ordre archaïque ni dans le délire d’un ordre dystopique que nous progresserons !

Car le progrès, nécessairement, passera par le courage de la désacralisation, de la démilitarisation et de la définanciarisation des sociétés. Plus que jamais, l’avenir est au Droit et à la Pédagogie. Il s’agit de remettre le mérite et le désintéressement au centre du projet de la collectivité. Ou bien faire sécession, sans pertes ni fracas, avec une conscience réaffûtée de son environnement. En chassant le mythe du sauveur universel pour embrasser la réalité des multiples sauveurs locaux que nous sommes.

Et si l’occasion fait le larron, alors faisons en sorte que les occasions ne se présentent plus pour les larrons en puissance.

Rorik Dupuis Valder



vendredi 1 mai 2026

La « seconde crucifixion » du Christ par l’armée israélienne



par Alfredo Jalife-Rahme


Le comportement anti-chrétien et anti-musulman d’une majorité d’Israéliens, pétris de culture ashkénaze, est une réalité qui s’impose à nos yeux à l’occasion du génocide de la population gazaouie et d’un incident au Liban. Il importe d’en tirer des conclusions et de réformer cette culture.


Un soldat israélien détruit à la masse une statue du Christ à Debl (Liban). 
La photo a été diffusée le 20 avril 2026.


Lors de la récente — et énième — invasion du Liban par Israël, l’un de ses soldats talmudiques a utilisé une masse pour détruire le visage d’une statue du Christ crucifié. Puisque les guerres menées par le Khazar non sémite Benyamin Netanyahou sont eschatologiques, on pourrait soutenir théologiquement qu’il s’agit de la « seconde crucifixion » du Christ, selon les croyances respectables des chrétiens sur la planète : 2,6 milliards, soit près de 33 % de la population mondiale ! (Catholiques 1,3 milliard, protestants 1,1 milliard et orthodoxes 300 millions).

Il est frappant que Larry Johnson, un ancien espion de la CIA, ait déclaré qu’Israël « déteste les chrétiens » de même qu’il « déteste les musulmans » [1]. Il convient de noter que les musulmans représentent 26 % de la population de la Terre.

Cela semble très suicidaire qu’une des plus petites religions de la planète, avec 16 millions d’adeptes, soit environ 0,2 % de la population mondiale, ose insulter conjointement 59 % des personnes appartenant aux religions chrétienne et musulmane, si ce n’était pas assorti d’une prétention au contrôle de la finance mondiale et des multimédia occidentaux (la Conspiration de la Réserve fédérale [2]), en plus de la pression qu’exercent les 90 ogives nucléaires au moins d’Israël, le seul pays à en détenir dans le « Moyen-Orient classique » en dehors du Pakistan, un pays musulman qui possède 170 bombes nucléaires et fait partie du « Grand Moyen-Orient ».

Sur les près de 16 millions de « juifs » dans le monde, 90 % relèvent de la population ashkénaze qui, selon le livre Comment le peuple juif fut inventé [3] de l’historien israélien Shlomo Sand, n’est pas sémitique et parle le « yiddish », qui n’est pas une langue sémitique, comme l’hébreu, mais dont les racines sont allemandes.

Il convient de souligner l’honnêteté intellectuelle de Shlomo Sand, qui est un Khazare ashkénaze non sémite...

En Israël, les Khazars ashkénazes non sémites et les « Juifs orientaux » misrahim/séfarades sémitiques (près de 50 %) sont à égalité démographique, techniquement, tandis que les Ashkénazes représentent 32 %, ce qui, ajouté à la récente migration khazare depuis la Russie, représente environ 45 % [4].

Il existe une grave discrimination de la part des dirigeants khazares ashkénazes non sémites d’Israël envers les Misrahim/Séfarades Sémitiques.

Récemment, Ziv Agmon, chef de cabinet de Netanyahou, a dû démissionner en raison des insultes qu’il a proférées envers la respectable communauté juive marocaine (les Misrahim), qu’il a qualifiée avec mépris de « babouins » [5].

La « seconde crucifixion » du Christ a été perpétrée à Debel, un village catholique-maronite du sud du Liban, dont les habitants vivent avec les chiites persécutés, qualifiés par la puissante machine de propagande israélienne de « terroristes », liés aux guérilleros libanais du Hezbollah et de l’Iran [6].

L’armée israélienne a confirmé que la photo du soldat talmudique démembrant la statue du Christ, déjà devenue virale, est « authentique » et n’est pas un montage de l’IA [7].

Le « chrétien palestinien » John Munayer commente dans le journal israélien Haaretz [8], opposé à Netanyahou, que la défiguration du visage de Jésus « n’est pas l’exception », mais un « schéma récurrent dans la conduite israélienne », dont l’armée comme les colons crachent au visage des religieuses et ont empêché cette année la célébration du dimanche des Rameaux au Saint-Sépulcre par le cardinal Pierbattista Pizzaballa. Patriarche latin de Jérusalem [9].

Dans son récent livre Israel : What Went Wrong ? (qu’est-ce qui a mal tourné en israël), l’historien ashkénaze-américain Omer Bartov affirme que « le sionisme a conduit au génocide » ; et que donc « il doit disparaître » [10].

Les atrocités d’Israël se sont condensées au tournant du génocide israélien à Gaza, que le gouvernement entend désormais imiter dans le sud du Liban avec ses méthodes nihilistes talmudiques habituelles, dont l’une des principales étiologies réside dans le faux concept de « Grand Israël » qui n’a jamais existé et que le clan Netanyahou compte imposer dans tout le « Grand Moyen-Orient ». y compris l’Iran et le Pakistan.

Alfredo Jalife-Rahme

Traduction
Maria Poumier


Source
La Jornada (Mexique)
Le plus important quotidien en langue espagnole au monde.

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[1] « Larry Johnson : Who Controls Hormuz ? », Judge Napolitano, YouTube, April 20, 2026.

[2] The Federal Reserve Conspiracy, Eustace Mullins, Martino Fine Books (2014). Les Secrets de la Réserve fédérale : la London connection.., Eustace Mullins, Le Retour aux Sources (2010).

[3] The Invention of the Jewish People, Shlomo Sand, Verso (2010). Comment le peuple juif fut inventé, Shlomo Sand, Fayard (2008).

[4] « Who Are Ashkenazi Jews ? », Tzvi Gluckin, Aish HaTorah.

[5] « Netanyahu aide’s racist slurs about Mizrahi Jews spark outrage », Nadav Rapaport, Middle East Eye, March 25, 2026.

[6] « Lebanon : Israeli military to investigate soldier who destroyed Jesus statue amid backlash », Junno Arocho Esteves, National Catholic Reporter, April 21, 2026.

[7] « IDF confirms photo of soldier smashing Jesus statue in Lebanon is genuine, vows action », Emanuel Fabian & Stav Levaton, Times of Israel, April 20, 2026.

[8] « The Shattered Figure of Jesus Is Not an Exception. It’s a Pattern », John Munayer, Haaretz, April 23, 2026.

[9] « In Netanyahu’s Israel, Not All Christians Are Created Equal », Eitan Nechin, Haaretz, March 30, 2026.

[10] Israel : What Went Wrong ?, Omer Bartov, ‎ Farrar, Straus and Giroux (2026). « Un historien du génocide face à Israël », Omer Bartov, Orient XXI, 5 septembre 2024.


Alfredo Jalife-Rahme. Professeur de Sciences politiques et sociales à l’Université nationale autonome du Mexique (UNAM). Docteur honoris causa de l’université pontificale San Francisco Xavier de Chuquisaca. Il publie des chroniques de politique internationale dans le quotidien La Jornada. Dernier ouvrage publié : La invisible cárcel cibernética : Google/Apple/Facebook/Amazon/Twitter (GAFAT) (Orfila, 2019).


jeudi 30 avril 2026

Le christianisme est-il fondé sur le judaïsme ?





Lorsque Jérusalem tombe en l’an 70 apr. J.-C. sous les coups des légions de Titus, ce n’est pas seulement une ville qui disparaît. C’est le centre même de la vie religieuse d’Israël qui s’effondre. La pratique du judaïsme se transforme radicalement. Depuis des siècles, le Temple constituait le cœur du judaïsme : lieu des sacrifices, centre de la prière nationale, pivot symbolique de l’alliance entre Dieu et son peuple.

La réponse s’élabore alors dans une petite ville côtière de Judée, Yabné (Yavneh), où s’organise la transformation la plus décisive de toute l’histoire du judaïsme antique.




La tradition talmudique attribue cette réorientation à l’action d’un maître pharisien, Yohanan ben Zakkai. Le traité Gittin rapporte qu’il parvint à quitter Jérusalem assiégée et demanda au général romain Vespasian une seule chose : « Donne-moi Yabné et ses sages » (Talmud de Babylone, Gittin 56b). Derrière cette demande apparemment modeste se cachait une décision stratégique capitale.

Ainsi s’organise à Yabné une véritable refondation religieuse, qui s'étendra de 70 à 90.

Avant la destruction du Temple, la vie cultuelle d’Israël reposait sur les sacrifices. Après 70, ce centre disparaît définitivement. À Yabné s’élabore progressivement un nouveau judaïsme : le judaïsme rabbinique (qui deviendra plus tard talmudique).

Ce déplacement entraîne une transformation profonde des structures d’autorité. Avant 70, l’aristocratie sacerdotale dominait la vie religieuse. Après la chute de Jérusalem, ce sont les maîtres de la Loi qui prennent la direction du peuple. Le judaïsme cesse d’être une religion centrée sur un sanctuaire pour devenir une religion centrée sur l’interprétation de l’Écriture. Il n'y a plus de prophète, Dieu ne parle plus, ce qui compte désormais c'est la voix des rabbins.

Cette transformation s’accompagne d’une réorganisation de la liturgie. Le traité Berakhot rapporte que la prière quotidienne appelée Amidah, ou « Dix-huit bénédictions », prend sa forme classique dans ce contexte. Le même passage attribue à Samuel le Petit la rédaction d’une bénédiction dirigée contre les minim, c’est-à-dire les groupes jugés dissidents : « Samuel le Petit composa la bénédiction contre les minim » (Berakhot 28b).

Cette formule marque l’un des moments où le judaïsme rabbinique commence à définir ses frontières doctrinales face aux mouvements concurrents, notamment les groupes judéo-chrétiens encore présents dans le paysage religieux du Ier siècle.

Yabné est d'une importance cruciale : la centralité nouvelle de la synagogue, de la prière et de l’étude transforme profondément la structure de la religion. E. P. Sanders résume cette mutation en observant que « après 70, le judaïsme devint une religion portable centrée sur l’étude et la pratique de la Loi » (Judaism: Practice and Belief, 1992).

Ce processus contribue à clarifier progressivement les frontières entre judaïsme rabbinique et christianisme naissant. Au Ier siècle, les disciples de Jésus appartiennent encore largement au monde juif. La réorganisation intellectuelle opérée à Yabné participe à la définition d’une identité religieuse distincte. Comme l’écrit James D. G. Dunn, « Yavneh représente un moment décisif dans la formation d’une identité rabbinique distincte du christianisme primitif » (The Partings of the Ways, 1991).

La petite ville de Yabné est donc devenue, après 70, le lieu d’une mutation décisive. Il faut donc noter que c'est non seulement en réaction à la chute du Temple mais aussi en réaction au christianisme naissant qu'est né le judaïsme rabbinique. Il est par conséquent totalement faux de dire que le christianisme est fondé le judaïsme, si on entend par là le judaïsme actuel, né à Yabné. Celui-ci est en réalité né après l'apparition du christianisme et en réaction à celui-ci, pour s'en distinguer.

Quant aux chrétiens, ils ont toujours revendiqué être la suite logique du peuple de Dieu et se sont considérés dès saint Paul comme le "vrai Israël". C'est en cela qu'ils sont en effet les descendants des Hébreux et des juifs de l'Ancien Testament.

Paul-Éric Blanrue.




mercredi 29 avril 2026

La réinitialisation imminente de l’humanité




Gary Barnett et leur déjà interminable guerre-bidon : « N’oublions jamais que nous vivons dans un monde totalement interconnecté. Cela signifie que les États-Unis et l’Occident collaborent étroitement avec l’Est, le Moyen-Orient et le Sud pour orchestrer la réinitialisation imminente de l’humanité

Nul n’est innocent, tous sont complices, et seule une poignée de dirigeants sont pleinement informés. Le cloisonnement est essentiel dans ce coup d’État mondial, mais il faut bien comprendre qu’il n’y a pas d’acteurs isolés dans cette tentative de remodeler l’ordre mondial, comme l’a clairement démontré la supercherie du « Covid ». Certes, une lutte pour le pouvoir fait rage, mais dans le monde actuel, les véritables maîtres du jeu sont probablement déjà bien installés… 

Méfiez-vous des prétendues luttes intestines entre grandes puissances comme la Chine, la Russie, les BRICS, les États-Unis, l’Europe et d’autres acteurs mondiaux plus mineurs. En réalité, ils œuvrent tous aux mêmes fins et comprennent l’importance de cette étroite interdépendance. Remettez absolument tout en question et considérez chaque information comme de la pure propagande. »




Cette soi-disant « guerre » est une supercherie destinée uniquement à semer le chaos et à prendre le contrôle.

Toute guerre repose sur la tromperie et le mensonge, et est rarement, voire jamais, défensive, à l’exception des pays attaqués de manière agressive par les États-Unis. Dans le cas des guerres américaines, hormis la défense de l’indépendance du Sud, toutes les guerres ont été offensives et motivées par des desseins profondément inavouables, dictés par des intérêts financiers et politiques.

Autrement dit, le véritable pouvoir en coulisses, sa classe politique, les médias et l’ensemble de la cabale oligarchique au pouvoir, n’ont qu’un seul objectif : instrumentaliser la guerre pour se servir d’« ennemis » extérieurs fabriqués de toutes pièces et asseoir, par la peur et un faux « patriotisme », son contrôle sur sa propre population. En effet, toutes les guerres américaines visent à accroître la puissance du pays afin de contrôler son peuple.

Cette « guerre » planifiée de longue date et délibérément orchestrée contre l’Iran repose précisément sur ce modèle et se révélera probablement un coup d’État réussi visant à asservir rapidement cette société faible et indifférente par des moyens éprouvés. La peur et le chaos engendrés sont intentionnels, et bien que tout semble relever d’une folie mal calculée, le scénario qui en résulte favorise les pénuries alimentaires, les pertes d’énergie, les mesures restrictives drastiques comparables à celles mises en place face à la COVID-19, le développement de l’IA, la numérisation mondiale complète, le dépeuplement et les bouleversements financiers et monétaires. Autant d’objectifs poursuivis par la classe dirigeante afin d’instaurer le futur État technocratique. C’est une tactique illustrée par le méchant du film Quigley Down Under : « La pacification par la force ». Une population apeurée et docile est bien plus facile à contrôler et représente rarement une menace pour le pouvoir.





mardi 28 avril 2026

Technocratie : l’aboutissement imminent d’un projet centenaire ?




par Alice Popieul


Des planificateurs précoces de la société industrielle à la philosophie des géants de la tech, de l’utopie scientiste à la cité privatisée, un même fil conducteur traverse un siècle de projets politiques conçus dans des clubs discrets en marge du débat public: remplacer la vie démocratique par l’algorithme et la souveraineté populaire par la gestion technicienne des comportements. Généalogie d’un projet à l’ampleur insoupçonnée.

Mise en place de l’identité numérique au niveau international, développement de l’IA dans tous les secteurs professionnels, rationnement énergétique organisé, déstabilisations militaires et politiques coordonnées sur plusieurs continents, remise en cause de la démocratie dans les sphères d’influence planétaire: ces événements simultanés ne sont disparates qu’en apparence.

«Le monde de demain», qui nous a été vendu depuis l’enfance dans les œuvres de science-fiction, avec son cortège de conforts technologiques exotiques et ses rêves de surpassement humain, s’annonce plutôt comme une dystopie faite de mégalopoles «intelligentes», de surveillance de masse et d’implants numériques.

Ce projet de transformation profonde de la société s’est progressivement déployé au lendemain de la révolution industrielle, rendant obsolète le procédé de la révolution pour lui préférer la plus lente et sûre transition. Depuis le XIXe siècle, le projet d’une gouvernance technocratique, fondée sur la science, les technologies et la gestion des comportements humains, poursuit insensiblement son chemin, à grand renfort d’ingénierie sociale…

L’industrie de la tech se met à la théologie

Depuis quelques années dans la Silicon Valley, une idéologie politico-religieuse monte en puissance. Le dirigeant de Palantir Technologies (une société d’analyse de données et systèmes de surveillance numérique pour les États, notamment en contrat avec la DGSI française), Peter Thiel, en est devenu l’un des promoteurs les plus zélés, allant jusqu’à s’engager dans ce que certains qualifient de «croisade», à travers une série de conférences controversées autour du thème de l’Antéchrist.

Dans ses interventions, Peter Thiel (dont les activités d’informateur du FBI ont été révélées), autoproclamé théologien et inconditionnel du philosophe René Girard, mêle exégèse biblique, politique et technologie. Sa «tournée» mondiale débute notamment à Londres en février 2025 lors de l’événement ARC (Alliance for Responsible Citizenship, un club conservateur fondé en 2023 autour du traditionaliste Jordan Peterson), avant de se structurer à San Francisco à l’automne 2025 avec plusieurs conférences privées. Elle se poursuit en Europe début 2026, avec des interventions à Paris à l’Académie des Sciences Politiques (voir notre article), à Cambridge, puis culmine à Rome en mars, lors d’un cycle de rencontres fermées à proximité directe du Vatican, poussant même un proche conseiller du Pape Léon XIV à réagir en qualifiant d’»hérétiques» les interprétations bibliques de Thiel.

Dans ce contexte, la tournée de Peter Thiel apparait comme une campagne très calculée de conquête des cœurs, maquillée en exhortation morale à destination des plus conservateurs. Ces plaidoyers ne sont pas sans rappeler l’Appel aux Conservateurs de 1855 publié par Auguste Comte (initiateur des sciences sociales, et promoteur d’une technocratie «vintage»), où il était question d’abandonner des fondements civilisationnels jugés dépassés pour adopter le positivisme, un ordre social fondé sur de nouvelles bases scientifiques et morales. Du positivisme au mouvement du Dark Enlightenment rallié par Peter Thiel, une filiation se dessine.

Dark Enlightenment : 
une aversion pour la souveraineté individuelle

Il y a une vingtaine d’années sur le blog de l’ingénieur Curtis Yarvin, naissait les prémisses de la philosophie du Dark Enlightenment (Lumières sombres). Selon la vision soudaine qu’il aurait reçue dans son garage (ce lieu symbolique de la Révélation, dans l’univers théologique de la tech), Yarvin déroule son projet d’avenir antidémocrate pour l’humanité: mieux vaut un pouvoir centralisé et assumé, évalué sur des besoins concrets, qu’un système fondé sur des idéaux politiques «dérisoires», comme «la volonté du peuple».

Dans son Manifeste de 2007, il renvoie dos à dos le progressisme (thèse) et le conservatisme (antithèse) traditionnels pour en proposer une synthèse (selon le procédé bien connu de la dialectique hégélienne auquel notre contributeur Icaros a initié les lecteurs d’Essentiel News) dans ce qu’il nomme le «Formalisme», lui permettant de ratisser un large public.

«Progressistes, conservateurs, modérés et libertariens reconnaîtront tous [dans le formalisme, ndlr] de larges pans de leurs propres réalités non digérées.» Curtis Yarvin

Dans ce texte aux accents sarcastiques, Curtis Yarvin se propose d’éradiquer la violence de la surface de la terre, non pas grâce à une évolution spirituelle (il qualifie le déclin moral de «problème insignifiant»), mais par la mise en place d’un régime qui efface l’incertitude («uncertainty») et dans lequel «le pouvoir et le contrôle ne font qu’un».

Il s’agit selon Yarvin de sortir d’une forme d’hypocrisie institutionnelle, où en réalité la plupart des décisions politiques sont déjà prises par des personnes non élues, pour embrasser une gouvernance entrepreneuriale décomplexée: il propose de considérer l’État comme une entreprise dirigée par une autorité clairement identifiée, dont l’objectif principal est de maintenir l’ordre et de soi-disant réduire la violence, grâce à la technologie.

Difficile de croire à une illumination soudaine puisque cette idée, que l’on a déjà vu présente chez Auguste Comte, prolonge aussi les thèses que Claude Henri de Rouvroy de Saint-Simon avait conceptualisées dès 1825 dans Nouveau Christianisme – Dialogues entre un conservateur et un novateur, où il s’agissait de gérer la société comme une grande usine et où le gouvernement des hommes était remplacé par «l’administration des choses».

Dans ce mouvement néoréactionnaire, on trouve aussi des éléments de ce que l’on pourrait qualifier de «nietzschéisme vulgaire» (phénomène historique de récupération fascisante des idées de Friedrich Nietzsche, dont on trouve déjà une critique véhémente dans cet ouvrage collectif de 1937), c’est-à-dire une lecture simplifiée et déformée des thèses du penseur du Surhomme (Übermensch), où est mis en avant le culte des élites naturelles contre le «troupeau démocratique».

Cette «Néoréaction» américaine s’inscrit dans une vision pessimiste de l’être humain, présenté comme incapable de se gouverner seul et de penser en dehors de ses intérêts propres, selon l’analyse qu’Arnaud Miranda, chercheur en théorie politique, fait de ce mouvement.

https://youtube.com/watch?v=Bnj8lXA5QQQ%3Ffeature%3Doembed

Le Dark Enlightenment commence par valider des exaspérations légitimes et largement partagées (la bureaucratie, la censure universitaire, «la bien-pensance») et se présente comme un espace de liberté de penser. C’est le principe du «red-pilling» (absorption de la pilule rouge par analogie au film Matrix), où l’on invite les sceptiques à «voir la réalité en face», par étapes successives, chaque étape normalisant la suivante, plus radicale, jusqu’à aboutir à des thèses autoritaires et biologistes.

La stratégie de recrutement du mouvement du Dark Enlightenment est donc essentiellement graduelle, progressive et calquée sur des directives qui s’inscrivent dans un contexte de manipulation de l’opinion, désormais formalisée par les sciences sociales et enseignées à l’élite de la tech, notamment à travers la Edge Foundation.

Edge Foundation : 
les sciences sociales pour contrôler la population

La fusion des sciences dures, des sciences humaines, de la technologie et du pouvoir politique, rejoint le concept de «Third Culture» (Troisième culture) développé en 1995 par John Brockman, un agent littéraire connu pour son rôle central dans le réseautage des élites scientifiques et technologiques.

C’est dans cette optique qu’il a fondé la Edge Foundation, une plateforme de rencontres et de formations, qui vise à construire un réseau d’»influenceurs d’élite» capables d’orienter les politiques et les perceptions sociales à grande échelle. Cette organisation reçoit aujourd’hui le soutien de la Fondation nationale pour la science des États-Unis.

Dans son enquête sur les connexions entre Musk et Epstein, le journaliste d’investigation Johnny Vedmore (qu’Essentiel News a interviewé le mois dernier) affirme qu’au-delà des dîners de milliardaires organisés par la Edge Foundation, des séminaires y auraient été discrètement financés par Jeffrey Epstein, dont les liens avec Brockman sont désormais bien connus.

Ces formations ont notamment réuni des figures majeures de la tech, comme Elon Musk, Jeff Bezos (Amazon) ou encore Sergey Brin (Google/Alphabet).

Toujours selon Vedmore, ces «master classes», qui se sont tenues à la fin des années 2000 à la Edge Foundation, visaient d’abord à former l’élite technocratique émergente en l’initiant aux sciences comportementales et à l’économie des «nudges». Cette technique de gouvernance, issue des sciences sociales appliquées au marketing, se fonde sur l’incitation plutôt que sur l’injonction pour influencer le comportement (comme on a pu l’expérimenter lors de la campagne de vaccination Covid, où il s’agissait d’exercer des pressions pour recevoir l’injection, sans pour autant l’imposer légalement). Avec les «nudges», il s’agit en définitive de faire évoluer une société fondée sur le droit vers une société fondée sur la norme (et in fine fondée sur le nombre, à travers la bien nommée numérisation).

Le «nudge», une idée du XIXe siècle ?

Ces procédés d’ingénierie sociale pourraient prendre prétexte des recommandations mondialistes et environnementalistes de l’agenda 2030 des Nations unies. La multiplication des taxes pigouviennes (taxe carbone, péage urbain, taxes sur le tabac ou les aliments sucrés…) ou des «mécanisme d’internalisation des externalités», comme le nutriscore, l’étiquette énergie pour les appareils électroménagers, le malus écologique appliqué aux automobiles ou les systèmes de quota contraignants avec mécanisme de pénalité comme les certificats de performance énergétiques (CPE/DPE), apparaissent comme des indicateurs de la mise en place d’un système général de contrôle de masse.

Cette trajectoire technocratique s’inscrit dans une continuité historique, dont la Fabian Society constitue un autre jalon fondamental. Fondée à la fin du XIXᵉ siècle, cette «société savante» défendait déjà une transformation progressive de la société, en promouvant une gouvernance d’experts autoproclamés.



Le loup couvert d’une peau de mouton, emblème de la Fabian Society.


Dans son ouvrage de 1928, The Open Conspiracy (La Conspiration au grand jour), le célèbre écrivain H.G. Wells (connu pour ses ouvrages de science-fiction) exposait déjà les moyens stratégiques de mener les foules à l’acceptation d’une grande transition vers une technocratie utopique. Il y proposait de dépouiller la religion de tout ce qu’il jugeait accessoire (histoire sacrée, rites, cosmogonies, promesses de vie après la mort) pour n’en garder que l’essentiel: l’esprit religieux. À l’époque où Wells participe activement aux travaux de la Société Fabienne, il écrit : «La première phrase du credo moderne ne devrait pas être «Je crois»mais «Je me donne»«.

La «planète»: cause religieuse moderne

Exprimée en son temps par les acteurs de la Fabian Society, la nécessité de fédérer les individus autour d’un fondement universel semble avoir trouvé un ancrage favorable dans l’environnementalisme contemporain, qui constitue une cause majeure (et internationale) capable d’épouser les nécessités d’un gouvernement mondial. La prétendue défense de l’environnement légitime en effet une discipline sociale, fait adhérer à des normes, prône un sacrifice individuel pour le collectif, et permet une acceptation des transformations profondes des modes de vie.

Cet environnementalisme qui feint de défendre la Nature (son paradoxe le plus apparent étant d’être promu par les plus gros industriels internationaux) est désormais enseigné à nos enfants dès l’école maternelle, dans un esprit où l’humain est présenté comme un parasite pour une planète souffrante et personnifiée; la conséquence logique de cette idéologie menant à une nécessité de «réduction de la population», selon l’euphémisme d’usage. Cette doctrine pseudo-scientifique trouve ses fondements idéologiques dans les travaux du Club de Rome, fondé en 1968 à l’initiative de l’italien Aurelio Peccei (Fiat, Alitalia, Olivetti).

Dans un ouvrage incisif de 1982 aujourd’hui introuvable, L’imposture du club de Rome, le politologue suisse Philippe Braillard démontre la duplicité de ce club d’industriels et dénonce son catastrophisme outrancier qui, sous couvert de neutralité scientifique autour des limites de la croissance, œuvre à légitimer une vision du monde orientée vers une gouvernance globale technocratique, en déplaçant le débat politique vers le terrain de la gestion des ressources à l’échelle mondiale.

À travers différentes opérations récentes (comme la crise fabriquée de la DNC en France), on a pu constater de quelle façon la défense de l’environnement sert à structurer et légitimer une gouvernance technocratique à base de normes, visibles dans les politiques climatiques, la transition énergétique et les systèmes de quotas ou de crédits énergie, qui étaient déjà une idée phare des premiers mouvements politiques technocratiques apparus à la suite du krach de 1929.

Technocracy Inc. :
l’invention du crédit-énergie dans les années 30

Survenue pendant la Grande Dépression aux États-Unis, la «Technocracy» séduit comme réponse aux excès de la finance par une rationalisation de l’économie réelle. À son apogée, l’organisation aurait compté de quelques dizaines de milliers d’adhérents à plus de 500.000, selon certaines sources.

Les tenants de la Technocracy proposent de remplacer le système politique et économique traditionnel (démocratie parlementaire + capitalisme) par un système dirigé par des ingénieurs, scientifiques et experts techniques, afin de répondre à l’incompétence ou à la corruption de la classe politique.

Dans les années 30, le mouvement se structure surtout autour de Howard Scott. Fondateur de Technocracy Inc., Scott propose de remplacer la monnaie par des certificats énergétiques mesurant la consommation en unités d’énergie. L’idée est de distribuer à chaque personne un quota d’énergie strictement égalitaire, ces quotas servant à acheter des biens et des services, tous évalués en unités énergétiques: une forme de revenu universel, ne pouvant être ni échangé, ni transféré, ni capitalisable, et menant à la suppression complète des prix.

Dans cette vision utilitaire de l’humain, la société est considérée comme une machine à optimiser, toutes les variables inquantifiables (justice, dignité, liberté) étant éliminées de l’équation. Effectivement, répartir scientifiquement les ressources suppose un contrôle social total. Il s’agit aussi d’éliminer la politique traditionnelle et les représentants élus, en s’appuyant sur le mythe du scientifique et de l’expert intrinsèquement vertueux, incorruptibles et étrangers à des intérêts personnels ou de caste.

Le mouvement connaît un bond fulgurant dans les années 1932-1933, mais la proximité du concept de technocratie avec les régimes autoritaires européens (nazisme, fascisme, qui prônent eux aussi le gouvernement des experts et le mépris de la démocratie) finit par effrayer et discrédite cette organisation. Le New Deal de Roosevelt la vide de sa substance en s’inspirant de certaines de ses propositions: la planification centrale par des techniciens comme la National Recovery Administration (NRA) ou le Brain Trust, la nationalisation partielle de l’énergie via la Tennessee Valley Authority (TVA) ou l’organisation du travail via la Civilian conservation corps (CCC).

En juin 1940, le mouvement technocratique est interdit au Canada par décret. Son dirigeant, Joshua Haldeman, qui se trouve être le grand-père maternel d’Elon Musk, subira une brève incarcération pour en avoir continué la promotion. Aux USA, le mouvement est neutralisé via une surveillance accrue de la part de la police fédérale. Quelques années plus tard, le bond de l’informatique va redonner du souffle au projet.

La machine à broyer

Le traitement automatisé de l’information est utilisé par le pouvoir politique dès l’invention des premières machines opérationnelles.

En 1889, Herman Hollerith, ingénieur et statisticien américain, invente le tabulateur électromécanique à cartes perforées. Son système, permettant de compiler et analyser rapidement les informations démographiques, est utilisé dès l’année suivante pour le recensement américain. IBM (International Business Machine) -qui concevra dans les années 40 les premiers ordinateurs électroniques- se développe particulièrement dans les années 1930 grâce au rachat des brevets de mécanographie sur la carte perforée Hollerith. En 1937, le gouvernement américain déploie l’équipement de tabulation IBM pour suivre les enregistrements de 26 millions de personnes bénéficiaires du Social Security Act.

Simultanément, IBM, qui est présent sur le sol allemand via sa filiale Dehomag, fournit des machines à cartes perforées et des services de traitement de données à l’Allemagne nazie, organisant la gestion administrative de la population, y compris des groupes persécutés.

Dans son livre IBM et l’Holocauste, le journaliste et historien Edwin Black documente scrupuleusement la façon dont ces technologies ont été utilisées à des fins répressives, permettant à la firme américaine de tirer des profits considérables de son alliance stratégique avec le Troisième Reich.

La cybernétique: l’humain réduit à un système

Quelques années plus tard, à l’occasion des Conférences Macy (1946‑1953), ces précédents sur le traitement massif de données inspirent les réflexions sur la cybernétique (qui vient du grec Kubernos, littéralement «gouverneur») et les systèmes autonomes, reliant le matériel informatique à la théorie de l’information. Organisées par la Josiah Macy Jr. Foundation, ces conférences dirigées par Frank Fremont-Smith (1895–1974), un médecin, contribuent à structurer un nouveau paradigme scientifique à l’intersection de la biologie, de la psychologie et des mathématiques.

Réunissant des figures majeures comme l’ingénieur Norbert Wiener ou le mathématicien John von Neumann, elles participent à la naissance des sciences cognitives et à une vision du monde où humains, machines et organisations sont pensés comme des systèmes interconnectés, susceptibles d’être modélisés, pilotés et optimisés, désacralisant l’autonomie individuelle et le libre-arbitre.

Cette réflexion sur la gestion des systèmes et de l’information ouvre la voie aux idées développées par Zbigniew Brzezinski dans sa conception de la «société technétronique», où les technologies et les médias deviennent des instruments centraux de gouvernance.

L’information comme matière première

Nourri par les conférences Macy, le projet technocratique qui était celui de Howard Scott dans les années 30 connaît une sorte de rebond l’année de sa mort (1970), avec cette variante dans la doctrine: la ressource centrale du système ne sera plus l’énergie au sens thermodynamique, mais l’information.

Dans son livre La révolution technétronique (1970), Zbigniew Brzezinski, alors professeur en sciences politiques à l’université de Columbia, décrit la transition d’une société industrielle vers une société où l’information deviendra la marchandise privilégiée et où les États-Nations perdront progressivement leur pouvoir.

Les travaux de Brzezinski attirent l’attention de David Rockefeller et les deux hommes participent à la création de la Commission Trilatérale en 1973, une organisation privée liée aux principaux dirigeants du groupe Bilderberg et du Council on Foreign Relations, afin d’orchestrer la gouvernance mondiale.

Quelques années plus tard, de 1977 à 1981, Brzezinski devient le conseiller politique du président Jimmy Carter en matière de politique étrangère. Les «prophéties» de Brzezinski de surveillance quasi totale de chaque citoyen sont désormais une description assez précise des pratiques de la NSA et des Gafam.

Crypto-villes privatisées

Dans une intervention récente (voir ci-dessous), la chercheuse indépendante Whitney Webb (autrice de l’enquête One Nation under Blackmail, sur les réseaux Epstein) nous apprend que des modèles d’États technocratiques sont déjà à l’expérimentation, notamment en Ohio où Les Wexner -connu comme le seul employeur officiel de Jeffrey Epstein- a créé un gouvernement privé de facto dans sa ville natale de New Albany. Sous le nom de Jobs Ohio, cette société privée contrôle les actifs des ventes de spiritueux, se substituant à l’État, en dehors de toute transparence et sans aucune responsabilité publique.

https://youtube.com/watch?v=cR3P9jxAgfY%3Ffeature%3Doembed

Jobs Ohio est emblématique du modèle d’un État techno-féodal promu par des figures de la Dark Enlightenment comme Peter Thiel, ce dernier ayant par ailleurs investi dans la ville de Prospera au Honduras, un autre projet de crypto-city assez opaque. Créé en 2017, le projet Prospera est conçu comme un État dans l’État, où les lois, la police, les tribunaux, la fiscalité et les services publics sont gérés par des entités privées en dehors de tout contrôle de l’État hondurien.

Présenté comme un laboratoire d’innovation technologique et de liberté économique, le projet suscite de vives polémiques concernant la souveraineté nationale, les droits humains et notamment l’expérimentation de technologies controversées (comme la thérapie génique) sans aucun contrôle public.

L’utopie scientiste, le début de la fin ?

Le militantisme technocratique porté aujourd’hui par les ambassadeurs milliardaires de la tech s’inscrit donc dans une généalogie, plus longue qu’on ne pourrait l’envisager au premier abord, puisque le projet d’une gouvernance par des experts est en réalité bien antérieur au bond technologique que nous avons connu lors du siècle dernier. Du positivisme d’Auguste Comte à la cité utopique organisée rationnellement par les philosophes-rois de la République fantasmée de Platon, en passant par La Nouvelle Atlantide de Francis Bacon (1627) que cite souvent Peter Thiel, les utopies qu’on pourrait qualifier de scientistes ont revêtu bien des dénominations depuis l’Antiquité, et la remarquable persistance de ces idées à travers les siècles interroge.

Cette toile de fond philosophique, indétachable des événements que nous vivons, en cette époque où la norme prévaut peu à peu sur la loi, raconte l’histoire d’un antique projet de «gouvernance par les nombres«, qui n’est pas sans rappeler la matrice kabbalistique de la religion occulte des «élites», dont les différentes pratiques rituelles abjectes nous ont été révélées dans les dossiers Epstein. Le dessein qui s’annonce est celui d’un devenir-objet de l’humain, visible dans les projets transhumanistes associés à une désacralisation de la Nature jugée imparfaite, et plus généralement d’une mise à distance de l’aspect transcendant de l’existence humaine.

Dans ce contexte, la paix mondiale qu’on nous promettra à coup sûr à l’issue des affrontement internationaux que nous connaissons aujourd’hui (comme en écho aux vains engagements qui ont présidé aux fondations de la Société des Nations, de l’Organisation des Nations unies ou de l’Union européenne), si elle advenait, ressemblerait davantage à une anesthésie générale qu’à une conséquence naturelle de la justice.

Malgré une envergure jamais atteinte auparavant dans ses différentes tentatives de réalisation, n’oublions pas que ce projet de contrôle total n’est pas encore advenu, et qu’il est en lutte constante avec un réveil global des peuples. Sa montée en puissance est manifeste, mais ses nombreux échecs historiques pourraient tout aussi bien annoncer sa chute définitive: l’imprédictibilité humaine -ce cauchemar des planificateurs- a encore de beaux jours devant elle.

Source : Strategika



lundi 27 avril 2026

Contrôle total des systèmes alimentaires mondiaux


Tu ne posséderas rien et tu seras heureux !



Alors que la guerre au Proche-Orient bouleverse les marchés mondiaux de l'énergie et qu'on craint d'éventuelles pénuries d'engrais ainsi que les risques qui en découlent pour l'approvisionnement alimentaire, le Forum économique mondial (FEM) a présenté en mars 2026, dans son rapport intitulé « Nature Economy » – dont le titre peut sembler anodin à première vue –, un programme qui a de quoi faire parler de lui :

50 domaines d'action ou d'investissement dans lesquels la nature devient une entité économique. L'eau, les forêts, les sols, le climat, l'alimentation : tout doit devenir une ressource économique, mesurable, évaluable, susceptible d'attirer des investissements – et bien sûr contrôlable !

Ce qui était jusqu’à présent librement accessible ou exploité en commun doit être intégré dans un système contrôlé par des « investisseurs ».

Le rapport le dit sans détour : la transformation des systèmes alimentaires mondiaux ! Chaque gorgée d’eau, chaque bouchée de pain, chaque récolte – bientôt enregistrées, évaluées et contrôlées numériquement.

En clair :

- Chaque utilisation de la nature devient traçable.

- Chaque activité deviendra mesurable.

- Chaque acteur deviendra identifiable.

Cela entraînerait un gigantesque rapport de force : celui qui investit contrôle !

Conclusion : Un nouvel ordre (mondial) des ressources. Et cette idée n'est pas nouvelle : dès 1974, Henry Kissinger, franc-maçon de haut rang, rédigeait un document stratégique secret pour le Conseil de sécurité américain. « (...) la croissance démographique aura de graves répercussions sur les besoins alimentaires. » L'aide alimentaire, par exemple pour les pays en développement, devra peut-être être subordonnée à des programmes de stérilisation obligatoires ou à des quotas de réduction démographique. Ce raisonnement a conduit le géostratège, au service de la dynastie maçonnique des Rockefeller, à cette conclusion amorale : « Celui qui contrôle l’approvisionnement alimentaire contrôle le peuple ; celui qui contrôle l’énergie peut contrôler des continents entiers ; celui qui contrôle l’argent contrôle le monde. »



dimanche 26 avril 2026

Tantric Deception



Des montagnes escarpées du Tibet, au cœur de paysages arides, est née une tradition occulte connue sous le nom de bouddhisme tibétain. Pour les premiers Occidentaux exposés à ce bouddhisme dans les années 1970 et 1980, le Tibet exerçait une fascination mystique, celle d'une Shangri-La paisible. Mais derrière les beaux mythes et l'image sereine de moines en robes pourpres chantant des aspirations harmonieuses à l'éveil de tous les êtres se cache une histoire plus sombre, engluée dans des récits de féodalisme, de luttes de pouvoir et de rivalités acharnées. Selon certaines légendes, des rituels de magie noire étaient utilisés comme armes, garantissant la loyauté ou punissant ceux qui osaient s'opposer aux diktats des chefs spirituels.

Dans ces récits, les soi-disant « guerres des lamas » étaient bien plus que de simples querelles historiques de doctrines ou de territoires. Il s'agissait de batailles féroces où s'affrontaient les puissances, et où l'atmosphère même du Tibet vibrait de tension, le sang coulant à flots comme les affluents d'un grand fleuve. Avec l'émergence des sectes religieuses et la fragmentation du paysage spirituel, ce ne sont pas seulement les divergences philosophiques qui les séparaient. L'histoire relate des conflits clandestins entre ces sectes, des batailles de magie et d'intelligence, chaque camp aspirant à la domination du domaine spirituel du Tibet.(1)

Dans ce contexte tumultueux, certains affirment que les lamas réservaient un châtiment particulier aux disciples qui osaient remettre en question leurs actes. Ces malheureux se retrouvaient maudits, accablés par le poids de toute la tradition.

Contexte historique

Le bouddhisme tibétain, également connu sous le nom de bouddhisme vajrayana ou lamaïsme, est une forme de bouddhisme qui s'est développée au Tibet et dans les régions himalayennes. C'est une branche particulière du bouddhisme qui intègre des éléments du bouddhisme indien, du tantrisme hindou et des traditions religieuses tibétaines autochtones. Certaines traditions bouddhistes anciennes critiquent le bouddhisme vajrayana, le considérant comme une distorsion ou une perversion des enseignements originaux du Bouddha.

Développement historique et filiation :

Le Bouddha a vécu il y a environ 2 500 ans, et le bouddhisme a évolué et s’est diversifié au fil des siècles.

Le Theravada, souvent considéré comme l’école la plus proche des enseignements « originaux » du Bouddha, s’est principalement répandu en Asie du Sud et du Sud-Est (notamment au Sri Lanka, en Thaïlande, au Myanmar, au Cambodge et au Laos).

Le bouddhisme tibétain, quant à lui, s’est développé beaucoup plus tard et a intégré de nombreux éléments de la religion Bön, religion autochtone du Tibet, et en particulier des pratiques tantriques indiennes du shivaïsme du Cachemire. Cette fusion de pratiques et de croyances le distingue des formes primitives du bouddhisme, ce qui conduit certains adeptes du Theravada à le considérer comme une déviation.

Fondements scripturaires :

Le Theravada s’appuie sur le Canon Pali, et plus particulièrement sur le Tripitaka, comme source scripturaire principale. Le bouddhisme tibétain, tout en reconnaissant ces textes, accorde une importance égale, voire supérieure, aux sutras du Mahayana et aux textes tantriques ésotériques. Cette différence d’autorité scripturaire peut engendrer des divergences importantes dans les croyances et les pratiques.

Différences doctrinales : 

Si les principes fondamentaux du bouddhisme, tels que les Quatre Nobles Vérités et le Noble Octuple Sentier, sont communs aux deux traditions, leurs interprétations et l’importance accordée à certaines pratiques peuvent différer. Par exemple, le riche panthéon de bodhisattvas et de divinités du bouddhisme tibétain, l’accent mis sur la dévotion au gourou et le recours à des pratiques ésotériques dans la tradition vajrayana pourraient être considérés comme non bouddhistes, voire hérétiques, d’un point de vue theravada strict.

Éléments culturels :

L’intégration culturelle du bouddhisme tibétain aux éléments autochtones tibétains le rend distinct et il est parfois difficile pour les adeptes du Theravada de le reconnaître comme faisant partie de la même tradition. Les rituels, l’art, les pratiques de méditation et la liturgie sont sensiblement différents.

Conceptions du monachisme :

Le bouddhisme theravada met l’accent sur la vie monastique et la communauté des moines (le sangha) comme voie principale vers l’éveil. Le bouddhisme tibétain, tout en valorisant le monachisme, possède également une riche tradition de pratiquants laïcs et de yogis qui atteignent des états spirituels avancés.

Tensions politiques et historiques :

Au fil des siècles, les tensions politiques et historiques entre les différentes écoles bouddhistes et les nations ont pu également jouer un rôle dans les différences de perception.

Le bouddhisme tibétain se caractérise par la richesse de son symbolisme, la complexité de ses rituels et l'importance accordée aux pratiques de méditation.

Les aspects clés du bouddhisme tibétain comprennent :

Lignée : 

Le bouddhisme tibétain accorde une grande importance à la transmission des enseignements de maître à disciple au sein d’une lignée ininterrompue. Cette lignée est censée garantir l’authenticité et la pureté des enseignements.

Pratiques tantriques : 

Le bouddhisme tibétain intègre des pratiques tantriques, également connues sous le nom de Vajrayana, qui comprennent des techniques de méditation avancées, la visualisation et des rituels visant à transformer les expériences ordinaires en chemins spirituels. Ces pratiques sont considérées comme un moyen d’accélérer la progression vers l’éveil.

Divinités et mandalas :

Le bouddhisme tibétain comprend un panthéon de divinités et d’êtres célestes, souvent représentés dans des mandalas complexes. Ces divinités sont considérées comme des incarnations de qualités éveillées et sont invoquées lors de rituels et de pratiques méditatives.

Tradition monastique :

Le monachisme joue un rôle important dans le bouddhisme tibétain. Les moines et les nonnes vivent en communautés monastiques et consacrent leur vie à l’étude, à la pratique et à la préservation des enseignements bouddhistes.

Réincarnation :

Le bouddhisme tibétain croit en la réincarnation, c’est-à-dire que les individus renaissent après la mort. La reconnaissance des maîtres réincarnés, tels que le dalaï-lama et d’autres hauts lamas, est un aspect important du bouddhisme tibétain.

Le bouddhisme tibétain a profondément influencé la culture, l'art et la société tibétains. Il s'est également répandu dans d'autres régions, comme le Bhoutan, le Népal, la Mongolie et certaines parties de l'Inde et de la Chine, où il s'est mêlé aux traditions religieuses locales.

Aujourd'hui, le bouddhisme tibétain continue d'être pratiqué par des millions de personnes à travers le monde, au sein des communautés tibétaines et, plus récemment, parmi les adeptes occidentaux.


(1) Au milieu du XVIIe siècle, le gouvernement Ganden Phodrang, établi par le cinquième dalaï-lama et soutenu par les forces mongoles de Güshi Khan, réprima violemment ses principaux rivaux. Le système de campements (garchen) de l'école Karma Kagyu fut presque entièrement anéanti lors de ces campagnes, et les récits historiques font état du massacre d'un grand nombre de moines et de soldats. La tradition Jonang subit le même sort : son monastère principal, Takten Phuntsok Ling, fut saisi et transformé en institution Gelug ; ses imprimeries furent fermées ; et la publication de ses écrits philosophiques (zhentong) fut interdite au Tibet central. La lignée survécut principalement grâce aux communautés qui subsistèrent dans l'Amdo et d'autres régions orientales.

Sources :

Cécile Ducher, The Collections of the Gnas bcu lha khang in ’Bras spungs Monastery, Revue d'Études Tibétaines 55 (2019).

Fondation Jonang, « Foire aux questions », jonangfoundation.org.
Ressources artistiques himalayennes, « Tradition : Brève histoire de Jonang ».

Fondation Tsadra, Projet Bouddha-Nature, « Jonang ».

« Ganden Phodrang », résumés historiques standard.




Les articles sont écrits du point de vue d'une personne ayant pratiqué intensément le tantra bouddhiste tibétain pendant de nombreuses années ; ils font partie intégrante de mon cheminement spirituel et de ma réflexion. Mon intention n'est pas de critiquer d'autres cultures ou leurs systèmes de croyances, mais de partager avec sincérité mon expérience et ma compréhension actuelle.


samedi 25 avril 2026

La Secte du Chaos : Plongée dans le logiciel nihiliste du clan Trump




par Isaac Bickerstaff


La crise iranienne du printemps 2026 restera peut-être comme le moment où le monde a pris la pleine mesure du gouffre qui s’ouvrait à la Maison Blanche. En l’espace de cinq semaines, le président américain Donald Trump est passé de menaces d’anéantissement nucléaire — «rayer l’Iran de la carte» — à la signature piteuse d’un cessez-le-feu que ses propres alliés qualifient en privé de «capitulation historique».

Comment expliquer une telle séquence ? Simple incompétence ? Cynisme électoral ? Ces deux hypothèses ont leur part de vérité — et c’est précisément pour cela qu’elles sont insuffisantes. Ce que la crise iranienne a révélé, c’est quelque chose de plus structurel et de plus inquiétant: l’emprise sur l’exécutif américain d’un système de pensée clos, imperméable à la réalité, que l’on peut analyser comme une dérive sectaire aux conséquences potentiellement apocalyptiques.

Ce texte est un essai d’interprétation, pas un rapport de renseignement. Il s’appuie sur des fuites diplomatiques dont l’authenticité ne peut être vérifiée en totalité, sur des travaux de psychologie sociale et de sociologie, et sur l’observation attentive d’un comportement politique qui parle de lui-même. Le lecteur est invité à en évaluer la cohérence, pas à en recevoir les conclusions comme des certitudes. À partir de là, tentons de cartographier le «logiciel commun» qui anime Donald Trump et ses proches — Jared Kushner, Steven Witkoff, et leur cercle de fidèles. Un logiciel qui, loin de l’image d’un chaos improvisé, obéit à des règles internes d’une cohérence glaçante.

1. Aux origines du logiciel : l’empire du deal

Pour saisir la nature du phénomène, il faut quitter un instant les palais de la diplomatie pour les tours de Manhattan et les casinos d’Atlantic City. Donald Trump, Jared Kushner et Steven Witkoff viennent du même monde: celui de l’immobilier spéculatif new-yorkais et du capitalisme de casino. Leur grille de lecture du monde n’a pas été forgée à Harvard ou à West Point, mais dans les salles de marché et les négociations de dettes.

Ce «logiciel» repose sur quatre piliers aisément identifiables :

1. La transaction comme unique valeur. Le monde n’est ni un échiquier stratégique ni une communauté de nations ; c’est un marché fragmenté où chaque relation a un prix. L’OTAN n’est pas une alliance militaire, c’est une société de sécurité déficitaire. Le détroit d’Ormuz n’est pas une voie maritime d’importance mondiale, c’est un actif à monétiser. Si l’Europe ne paie pas pour sa sécurité, pourquoi l’Amérique paierait-elle ?

2. Le mépris des «sachants». Diplomates de carrière, généraux, analystes du renseignement: ces figures incarnent aux yeux du clan l’échec cuisant des guerres d’Irak et d’Afghanistan — et sur ce point précis, l’intuition n’est pas entièrement fausse. Confier le dossier iranien à un promoteur immobilier (Witkoff) et au gendre du président (Kushner) n’est pas une anomalie : c’est l’application d’une croyance selon laquelle seul un «bon négociateur» — c’est-à-dire un homme d’affaires habitué au bluff et au forcing — peut débloquer des situations où les experts se sont enlisés. Le problème n’est pas tant le mépris de l’expertise que son remplacement par une seule autre expertise: celle du rapport de force commercial.

3. La tyrannie de l’urgence. «Faites-le dans les prochains jours», «il reste deux heures». Cette temporalité n’est pas stratégique, elle est commerciale. Elle vise à empêcher l’adversaire de penser, à créer un rapport de force déséquilibré par la panique. Mais lorsque le forcing échoue — comme en Iran, où le régime ne s’est pas effondré en 48 heures —, le même logiciel commande de couper ses pertes. Le cessez-le-feu n’est pas un acte de paix; c’est un «stop-loss» financier.

4. La victoire par la communication. C’est peut-être la ligne de code la plus importante. Dans cet univers mental, la réalité objective compte moins que la perception médiatique de la victoire. Peu importe ce que contient réellement l’accord iranien; l’essentiel est que le président puisse tweeter «VICTOIRE HISTORIQUE TOTALE». La base électorale, enfermée dans sa propre bulle informationnelle, y croira. Et dans la logique du système, si elle y croit, c’est vrai.

2. Le nihilisme au carré : quand l’échec mène à l’Apocalypse

La crise iranienne a mis en lumière le talon d’Achille de ce logiciel. Que se passe-t-il quand l’adversaire refuse le deal ? Quand l’Iran ne plie pas, quand l’Europe ne paie pas, quand la Chine continue de saper le pétrodollar ?

La réponse est aussi terrifiante que rationnelle au sein du système: le TINA apocalyptique.

Qu’est-ce que le TINA ?

Acronyme de There Is No Alternative («Il n’y a pas d’alternative»), popularisé par Margaret Thatcher pour justifier ses réformes libérales. Dans la bouche du clan Trump, il prend une dimension nouvelle. Face à l’échec d’une transaction, le message devient : «Soit vous acceptez mes conditions, soit je détruis le système qui nous fait tous vivre.» C’est la stratégie du champ de ruines.

Alexeï Pilko, historien russe et analyste pro-Kremlin — la provenance de la source mérite d’être signalée, même si la formule fait mouche — parle d’un «centre d’appels d’escrocs» : l’administration Trump ressemblerait à ces réseaux criminels qui, une fois leur escroquerie découverte, menacent de faire exploser la banque plutôt que de rembourser leurs victimes.

Ce nihilisme est dit «au carré» car il est actif. Il ne s’agit pas de subir la fin d’un monde, mais de la provoquer pour en tirer un dernier avantage. Menacer de quitter l’OTAN, de fermer le détroit d’Ormuz par la force, ou d’imposer des droits de douane si punitifs qu’ils feraient imploser le commerce mondial: ces options ne sont pas des erreurs tactiques. Elles sont le mode d’emploi d’une élite qui préfère régner sur des ruines que de partager le pouvoir dans un monde multipolaire.

La tension interne du logiciel est ici maximale : le TACO (Trump Always Chickens Out) et le TINA apocalyptique sont les deux faces d’une même pièce. Trump recule quand le coût immédiat devient visible ; il menace de tout détruire quand le recul deviendrait trop humiliant. L’oscillation entre les deux n’est pas une incohérence — c’est le battement cardiaque d’un système construit sur le bluff permanent.

3. La fabrique d’une réalité alternative

Comment un groupe d’individus, par ailleurs compétents (nous laisserons le lecteur en juger par ses recherches personnelles) dans la gestion de leurs affaires, peut-il en arriver à un tel degré de déconnexion ? Les sciences cognitives et la sociologie offrent des clés de compréhension.

La bulle épistémique. Le clan Trump fonctionne en circuit fermé. Les médias traditionnels sont «l’ennemi du peuple» ; les rapports du renseignement qui contredisent le récit présidentiel sont des «trahisons de l’État profond». Cette invalidation systématique des sources extérieures crée un pare-feu cognitif. À l’intérieur de la Maison Blanche, seules les informations qui confirment le génie du chef sont valorisées. C’est ce que la psychologie sociale nomme le biais de confirmation poussé à l’extrême — un mécanisme que l’on retrouve dans n’importe quel groupe soumis à une forte pression de conformité, des entreprises en crise aux administrations autoritaires.

Selon des sources diplomatiques européennes citées par Politico — dont l’anonymat empêche la vérification directe —, la rencontre Trump-Rutte aurait «foiré» sur le fond, mais se serait conclue par des hochements de tête unanimes au Bureau Ovale sur la responsabilité du secrétaire général de l’OTAN. Vraie ou apocryphe, l’anecdote illustre parfaitement la mécanique du système.

Une revanche de classe. La sociologie éclaire la dimension passionnelle de ce nihilisme. Trump, Kushner, Witkoff représentent une frange spécifique de l’élite américaine : celle des «nouveaux riches» de l’immobilier et du divertissement, longtemps méprisés par l’establishment de la Côte Est — la «noblesse d’État» des universités de l’Ivy League, de la diplomatie et de la haute finance. Détruire les institutions qu’ils n’ont jamais pu intégrer — l’OTAN, les traités internationaux, les normes diplomatiques — procure une jouissance de classe que Thorstein Veblen aurait reconnue sans peine. L’humiliation publique de Mark Rutte n’est pas une perte de contrôle; c’est la revanche sociale du parvenu du Queens contre le notable européen. Ce ressort passionnel ne rend pas le nihilisme moins dangereux — il l’explique, ce qui est différent.

4. Le diagnostic qui dérange : déni de réalité et délire à plusieurs

Avertissement préalable: ce qui suit emprunte des outils à la clinique psychiatrique et psychanalytique pour décrire un fonctionnement collectif observable, pas pour diagnostiquer des individus à distance. Cette distinction n’est pas un paravent rhétorique — elle délimite réellement ce que l’analyse peut et ne peut pas prétendre établir.

Le déni de réalité (Verleugnung)

Concept freudien, le déni de réalité est un mécanisme de défense par lequel un sujet reconnaît et refuse simultanément une réalité traumatique. L’exemple classique est celui du fétichiste qui «sait bien» que la femme n’a pas de pénis, mais agit «quand même» comme si elle en avait un, en se focalisant sur un objet substitutif (le fétiche).

Dans le cas du clan Trump, le fétiche est le Verbe présidentiel. Le tweet, le meeting, la déclaration tonitruante servent à remplacer la réalité insupportable (le déclin relatif de la puissance américaine) par une fiction performative. Ce n’est pas du mensonge ordinaire — le menteur sait qu’il ment. C’est une structure plus profonde, où la proclamation de la victoire finit par tenir lieu de victoire, au moins à l’intérieur du système.

Ce mécanisme individuel est démultiplié par la dynamique de groupe. Les psychiatres parlent alors de «délire à plusieurs» ou folie à deux — phénomène qui décrit la transmission d’idées déconnectées du réel d’un leader charismatique à des adeptes en situation d’isolement épistémique. Ce qu’il faut bien comprendre, c’est que les membres du groupe ne sont pas nécessairement «fous» au sens clinique : ils ont simplement intériorisé que partager le récit du chef est le prix d’entrée dans la communauté du pouvoir.

À la Maison Blanche, l’isolement n’est pas physique mais informationnel. Le cordon sanitaire médiatique (Fox News, Truth Social, les influenceurs MAGA) crée une réalité parallèle où les échecs stratégiques sont systématiquement réinterprétés comme des victoires. Partager ce discours devient le signe de ralliement qui distingue les initiés des «moutons» restés prisonniers de la «fake news» mainstream. Le résultat est ce que certains cliniciens nomment une perversion généralisée du rapport au réel : non pas une déviance individuelle, mais une norme collective où le défi à la Vérité devient le mode de fonctionnement du pouvoir.

5. L’alliance objective avec l’Apocalypse

Il est une dimension qui échappe souvent aux analystes européens, mais qui est centrale pour comprendre pourquoi ce nihilisme trouve un écho puissant dans une partie de l’Amérique profonde: la convergence avec l’évangélisme apocalyptique.

L’évangélisme américain est un monde fragmenté, traversé de courants contradictoires — des pacifistes anabaptistes aux guerriers spirituels du Dominionnisme. Il serait inexact de le traiter comme un bloc homogène. Mais un courant spécifique, le sionisme chrétien, pèse politiquement bien au-delà de son poids théologique. Pour ses adeptes — estimés à plusieurs dizaines de millions selon les sondages Pew —, une guerre majeure au Moyen-Orient menant à la destruction de Damas ou de Téhéran n’est pas une perspective effrayante. C’est l’accomplissement des prophéties bibliques, le prélude nécessaire au retour du Christ et à la fin des temps.

Cette base électorale ne se contente pas de tolérer le discours apocalyptique de Trump; une partie d’elle le désire. Comme le notait avec une ironie glaçante l’analyste politique Malek Doudakov — autre commentateur dont l’orientation pro-russe mérite d’être signalée —, menacer de rayer l’Iran de la carte serait une promesse de campagne qui mobilise autant qu’une baisse d’impôts.

Le capitaliste cynique (Trump) et le croyant millénariste (sa base) se retrouvent ainsi dans une alliance objective dont la solidité tient précisément à ce qu’elle n’est pas concertée. L’un veut détruire le système pour sauver son ego et son bilan financier. L’autre veut détruire le système pour sauver son âme. Le chaos n’est pas un risque à éviter; il est le but. Et c’est cette convergence — non planifiée, donc non négociable — qui rend le phénomène particulièrement difficile à désamorcer de l’extérieur.



Conclusion : Un phénomène sectaire aux manettes du monde

Alors que les négociations entre Washington et Téhéran se poursuivent dans la défiance, et que l’Europe tente de recoller les morceaux de l’Alliance atlantique, une question hante les chancelleries : ce logiciel est-il encore compatible avec la survie du système international ?

Ce que l’analyse révèle, c’est que nous ne sommes pas face à une simple alternance politique ou à un président «disruptif». Nous sommes face à l’émergence, au cœur de l’hyperpuissance américaine, d’une dynamique sectaire avec ses codes, son langage, son chef charismatique, et sa promesse de rédemption par le chaos.

Le danger n’est pas tant la psychose d’un homme seul que la cohérence froide d’un groupe qui, pour ne pas avoir à reconnaître le déclin relatif de son empire, est prêt à précipiter le monde dans une ère de désordre organisé. La crise iranienne n’aura été qu’un galop d’essai. Le pire est peut-être encore à venir, non par accident, mais par la logique implacable d’un logiciel programmé pour l’autodestruction — et qui, jusqu’ici, n’a pas rencontré de disjoncteur.

P.S. les mentions d’appartenances ou attributives comme celle-ci «pro-russe» mettent en relief cette idéologie et son impact psycho-cognitif sur notre rationnalité.

Encadré : Petit glossaire du chaos trumpien

TINA (There Is No Alternative) : Dans sa version trumpienne, stratégie de la terre brûlée. Accepter mes conditions ou je détruis la table des négociations.

TACO (Trump Always Chickens Out) : Acronyme moqueur utilisé par les critiques de Trump pour désigner sa propension à menacer fort puis à reculer. Son cauchemar narcissique absolu — et l’autre face du TINA.

Verleugnung (Déni de réalité) : Mécanisme psychique par lequel on sait et on refuse de savoir en même temps. «Je sais que nous avons perdu la guerre, mais je proclame quand même la victoire.» Pas un mensonge: une structure.

Folie à deux/ Délire à plusieurs : Phénomène clinique où des idées déconnectées du réel se propagent d’un leader à son entourage en situation d’isolement. Ici, la croyance en la toute-puissance du chef malgré l’accumulation des échecs — et le prix d’entrée dans le cercle du pouvoir.

Logiciel commun :
Ensemble des réflexes acquis dans le capitalisme de casino new-yorkais (bluff, urgence, loyauté clanique) appliqués sans filtre à la géopolitique mondiale. La métaphore n’est pas ornementale: un logiciel peut être parfaitement cohérent et mener droit au crash.

https://reseauinternational.net/la-secte-du-chaos-plongee-dans-le-logiciel-nihiliste-du-clan-trump/