dimanche 26 juillet 2026

Du rififi chez les frères bénédictins




Pour la plus grande gloire de Dieu
Ad maiorem Dei gloriam 


Le père Placide, supérieur de l’abbaye Notre-Dame de Bellaigue, dans le Puy-de-Dôme, aurait été enlevé puis séquestré en juin dernier dans une affaire hors du commun. Les investigations s’orientent vers des tensions internes entre moines autour de la gouvernance de cette communauté bénédictine.

Du silence des offices aux bruits d’une querelle interne. Depuis près d’un mois, l’abbaye Notre-Dame de Bellaigue, nichée dans la campagne du Puy-de-Dôme, est au cœur d’une enquête hors norme. Le père Placide, supérieur du monastère depuis quinze ans, aurait été enlevé puis séquestré dans la nuit du 23 au 24 juin, rapporte La Montagne. Au fil de leurs recherches, les gendarmes auraient découvert l’existence de tensions profondes autour de la direction de cette communauté bénédictine.

Une disparition inquiétante

Derrière les épais murs de pierre de l’abbaye Notre-Dame de Bellaigue, à l’écart du hameau de Virlet, au nord de Clermont-Ferrand, l’atmosphère est bien loin de la quiétude habituelle des lieux. Depuis plusieurs semaines, une question obsède les enquêteurs : que s’est-il réellement passé cette nuit de juin où le père Placide a disparu sans laisser de trace ?

L’affaire débute au petit matin du 24 juin, relatent nos confrères dans le récit qu’ils consacrent à cette affaire. Vers 5 heures, lors du premier office de la journée, les moines constatent l’absence de leur supérieur. Dans sa cellule, ses affaires personnelles ont disparu et la pièce a été soigneusement rangée.

Quelques instants plus tard, la communauté découvre un mail envoyé pendant la nuit par le père Placide, dans lequel il annonce son intention de démissionner. De quoi laisser penser, dans un premier temps, que l’abbé aurait choisi de partir de lui-même.

Mais certains religieux ne croient pas à cette version et plusieurs moines auraient rapidement estimé que leur supérieur n’avait pas quitté l’abbaye "de son propre chef". Les gendarmes sont alors alertés et une importante opération de recherche est déclenchée.

Un dispositif exceptionnel est déployé avec une trentaine de militaires, un hélicoptère, une équipe cynophile et des techniciens en identification criminelle. Après deux jours de recherches, le téléphone du religieux permet de suivre sa trace. Le signal est repéré successivement à Montluçon, puis à Bourges, avant de conduire les enquêteurs jusqu’à une petite gare isolée près de Limoges (Haute-Vienne).

Des désaccords sur l'avenir du monastère ?

Le père Placide y est retrouvé vivant, mais son corps porte les marques de nombreux coups. L’enquête ouverte initialement pour "disparition inquiétante" change alors de dimension et s’oriente vers des faits criminels d’"enlèvement et séquestration".

Une évolution confirmée par le procureur de la République de Clermont-Ferrand, Éric Serfass, auprès du Figaro. Le magistrat reste toutefois très prudent : "Pour l’instant, avant d’avoir un premier résultat solide des investigations, je ne souhaite pas communiquer davantage sur les circonstances de cette affaire".

Sauf que, rapidement, les enquêteurs explorent la piste d’un conflit interne à l’abbaye, car des désaccords existeraient sur l’avenir de la direction du monastère. "Cette affaire semble être liée à des tensions, au regard des enjeux de direction de l’abbaye", indique une source proche de l’enquête.

Des moines auraient proposé une nouvelle organisation

Le soir même de la disparition du père Placide, onze moines, soit près de la moitié des membres de la communauté, auraient proposé une nouvelle organisation du fonctionnement de l’abbaye, "dans l’optique d’en prendre le contrôle", selon La Montagne. Une initiative qui ferait émerger l’hypothèse d’une tentative de prise de pouvoir au sein d’un ordre pourtant fondé sur une stricte hiérarchie spirituelle.

À ce stade, les circonstances exactes de l’enlèvement présumé demeurent inconnues, tout comme son mobile précis. Aucun religieux n’a été placé en garde à vue et aucune plainte du père Placide n’a été confirmée.

Une église attachée à la liturgie traditionnelle

Fondée au Moyen Âge, puis restaurée au début des années 2000 par quatre moines venus du monastère de la Sainte-Croix du Brésil, l’abbaye Notre-Dame de Bellaigue occupe une place particulière dans le paysage bénédictin français. Le monastère est notamment connu pour son attachement à la liturgie traditionnelle et accueille régulièrement des fidèles venus pour des offices et des retraites spirituelles.