La Torah du Roi est un document clé pour comprendre comment une frange de l'idéologie sioniste-religieuse justifie la violence contre les non-Juifs. Ce n'est pas un texte marginal : il a été écrit par des rabbins influents et a bénéficié d'une impunité totale en Israël.
1. Qu'est-ce que La Torah du Roi ?
C'est un traité de loi juive (halakha) rédigé par les rabbins Yitzhak Shapira et Yosef Elitzur, publié en 2009 . Il est directement inspiré des enseignements du rabbin Yitzchak Ginsburgh, figure de l'extrême droite religieuse sioniste . Le livre a été distribué par une yéchiva à Jérusalem qui adhère aux idées du rabbin Meir Kahane, fondateur de la Ligue de défense juive, considérée comme terroriste par les États-Unis.
Le livre a connu une large controverse, mais aussi un soutien notable. Il a été défendu publiquement par des rabbins influents comme Dov Lior (colonie de Kiryat Arba, proche d'Hébron) et Yaakov Yossef (fils du grand rabbin séfarade d’Israël Ovadia Yossef). Ces soutiens ont déclenché une campagne de solidarité parmi les rabbins israéliens.
2. Le contenu : une justification halakhique du meurtre des non-Juifs
Chapitre 1 – L'interdiction de tuer un non-Juif : Les auteurs affirment que le commandement « Tu ne tueras pas » ne s'applique qu'au meurtre d'un Juif par un autre Juif. La seule interdiction biblique de tuer un non-Juif viendrait du commandement universel donné à Noé, mais celle-ci est interprétée de manière très restrictive.
Chapitre 2 – Tuer un non-Juif qui viole les lois noahides : Il est permis de tuer un non-Juif qui transgresse l'une des sept lois noahides, même s'il n'y a pas de décision tranchée sur les conditions exactes.
Chapitre 4 – L'âme d'un Juif versus l'âme d'un non-Juif : Les auteurs affirment que « partout où la présence d'un non-Juif met en danger la vie d'Israël – il est permis de le tuer (même s'il est un adepte des nations du monde et qu'il n'est pas du tout responsable de la situation créée) ».
Chapitre 5 – Tuer des non-Juifs en temps de guerre : En état de guerre, il est permis de tuer les combattants ennemis, leurs soutiens, et même de bombarder des cibles militaires même si des civils innocents peuvent être touchés.
Chapitre 6 – Nuire aux innocents : Le livre affirme qu'il est permis au gouvernement d'envoyer ses citoyens à la guerre et de tuer les civils ennemis si cela est nécessaire à l'effort de guerre. Il justifie même, selon les opinions, le meurtre d'enfants non-Juifs en temps de guerre, « lorsqu'il est clair qu'ils grandiront pour nous nuire ».
3. Le soutien et l'impunité des auteurs
Le livre a bénéficié d'un soutien public de rabbins influents et d'une impunité judiciaire totale.
Les rabbins Dov Lior et Yaakov Yossef ont publiquement soutenu l'ouvrage et ses auteurs, considérés comme des sommités de la Torah. Des motions de soutien ont été signées par de nombreux rabbins du mouvement sioniste-religieux. Le rabbin Lior a notamment déclaré que la transmission du savoir rabbinique ne devait pas être soumise aux directives de l'État.
La justice israélienne a renoncé à poursuivre les auteurs, faute de preuves d'une intention criminelle délibérée. Le procureur général Yehuda Weinstein a classé l'affaire en mai 2012, arguant que le livre était un traité d'étude religieuse général, sans appel concret à la violence, bien qu'il en désapprouvât le contenu. Cette décision a suscité la colère des organisations israéliennes et des mouvements religieux modérés, qui y ont vu un précédent dangereux.
4. Le contexte politique : une idéologie qui infiltre la société israélienne
La publication de La Torah du Roi ne peut être dissociée du contexte politique israélien. Le livre est distribué par des yéchivot liées au mouvement de Meir Kahane. Il a été défendu par des figures de l'extrême droite des colons, dont Dov Lior, le rabbin de la colonie de Kiryat Arba, un partisan de Baruch Goldstein, l'auteur du massacre de 29 Palestiniens à Hébron en 1994.
Max Blumenthal, dans son livre Goliath, souligne que le Premier ministre Benjamin Netanyahu est resté silencieux sur ce livre, ce qui témoigne de la soumission de son parti et de son gouvernement à l'extrême droite ethno-religieuse. En 2011, les autorités britanniques ont interdit l'entrée au rabbin Elitzur, le qualifiant de personnage « fomentant ou justifiant la violence terroriste ». Ce même rabbin a été autorisé à circuler librement en Israël, où la police l'a brièvement interrogé sans poursuite.
Source : IIFBS