Un sondage de l’Ifop publié le 18 novembre dernier révélait un renouveau de la pratique religieuse chez les jeunes musulmans : 87% se disaient pratiquants. Ces chiffres suscitent encore des réactions dans le débat public et la communauté musulmane.
Grande Mosquée de Paris
Le 24 novembre dernier, quatre conseils départementaux portaient plainte contre X, considérant le sondage de l'Ifop comme “ une violation du principe d’objectivité en se fondant sur des questions orientées ”.
Mais quelles sont les pratiques qui englobent la notion du religieux dans l’islam ?
Lundi matin, la Grande Mosquée de Paris accueille les fidèles pour la prière du Sobh. Couverts de grandes mosaïques en forme de fleurs bleu et orange, les murs ainsi que de grandes colonnes blanches entourent une fontaine. Dans la salle de culte des hommes, certains retirent leurs chaussures dans le silence, d'autres récitent le chapelet, l’imam dirige la prière, les fidèles sont prosternés.
“le mot pratiquant n’est pas concret, il faut d’abord interroger le mot” dit Tarik en plaisantant. Ce jeune réalisateur de 28 ans d’origine franco-algérienne au regard perçant, sort de la mosquée. Casque de moto à la main, il porte un long qamis blanc, de grandes fossettes accompagnent son sourire. Tarik a grandi dans un environnement musulman et catholique et pratique consciemment sa religion depuis ses dix ans. Selon lui, Paris est riche pour les musulmans, il y a plusieurs salles de prière malgré l'état de certaines, “ je prie sur du béton depuis 2005, les travaux prennent beaucoup de temps ”
L’islam est composé de cinq piliers ordonnés : la profession de foi, la prière quotidienne, l’aumône, le ramadan et le pèlerinage. Selon les chiffres du sondage de l’Ifop, 67 % des moins de 25 ans pratiquent la prière quotidienne. Imane, 25 ans, française d’origine tunisienne, prie irrégulièrement.
Brune avec de grands yeux verts, elle porte un voile noir, un long manteau blanc recouvre son jean bleu, “ la prière est le deuxième pilier de notre religion, mais ce n’est pas simple de prier en journée avec le travail ”. Imane habite le 13ème arrondissement, et se rend régulièrement à la Mosquée de Paris pour la prière du vendredi. En semaine elle les rattrape, “ pas toujours ”. Pour elle, ce qui est certain, c’est que “ tous les musulmans, même les plus jeunes, font le ramadan et ne mangent pas de porc ”. Certains quartiers parisiens se composent davantage de Français d’origine maghrébine, musulmans en majorité. Pour Imane, cette proximité géographique renforce le sentiment d’appartenance à une communauté, “la seule chose qui unit un Algérien et un Sénégalais, c’est la religion. » Avant d’habiter à Paris, elle et sa mère ont vécu en Espagne. Une fois installées dans la capitale, leur constat est unanime : Dans certains quartiers, il n’y a pas de blancs, “je me suis rapproché de ma religion en France. Ma mère a décidé de porter le voile car les femmes de son âge le portent, il y a une pression sociale, en Espagne, le brassage culturel était plus important, peut-être qu’elle ne l’aurait jamais porté là-bas ”. La pratique des jeunes musulmans semble moins se concentrer sur la prière quotidienne que celle du vendredi, du ramadan ainsi que des prescriptions alimentaires. Akhlâq, le bon comportement, est lui aussi central dans la foi musulmane. Etre généreux envers son prochain, délaisser la méchanceté, et cultiver la bienveillance. Par cette considération, certains croyants ne priorisent pas la prière, mais le bon comportement. C’est le cas d’Ahmed, 23 ans, assis près de la salle de prière des hommes,“ si tu fais tes prières, mais que tu es malveillant au quotidien, tu n’es pas musulman, regarde ”. Il sort un gros livre rouge de son sac, celui d’un imam, Sounan At-Tirmidhi. Il s’arrête à une page, c’est un hadith authentique, “ certes, par son bon comportement, le croyant atteint le degré de celui qui jeûne le jour et prie la nuit, tu vois”.
Tarik, lui, a un emploi du temps lui permettant de faire ses prières. Il ne boit pas d’alcool et mange hallal, pour l'heure, il n’a jamais été à la Mecque. A contrario, Imane a accompli son pèlerinage et consomme de l’alcool occasionnellement. De fait, autant il y a de musulmans, autant il semble y avoir d’islam, il est difficile de dresser un portrait homogène. La pratique religieuse de certains piliers de la religion musulmane perdure, et pour certains, le quotidien est plus difficile que pour d’autres. Certains amis de Tarik “ moins blancs que lui ”ont difficilement vécu la période post-attentat en 2015. Murmures, regards noirs quand ils vont à la mosquée en qamis pour la prière du vendredi, dans le regard des autres, être musulman semble être assimilé à un radicalisme religieux, “ nous sommes constamment renvoyés à quelque chose auquel nous ne sommes pas attachés, c’est une situation inconfortable ”.
Comme en témoigne l’entourage de Tarik, selon un sondage de l’Ifop réalisé en septembre 2025, 66% des musulmans ont déjà fait l’objet de comportements racistes. Malgré ces discriminations, ils assurent ne pas reculer face à leurs besoins de pratiquer leur religion.
Alexandra Valès.
