jeudi 1 janvier 2026

Meilleur Vœu pour 2026 : Abolition de l’Union européenne !





Pendant que l’Union européenne colle 120 millions d’amende à X parce que « pas assez transparent » (traduction : on veut fouiller partout), Elon Musk balance la bombe :

« L’Union européenne doit être abolie et la souveraineté rendue aux pays. » Et là, tout le monde en France fait : « … bah ouais, en réalité il a raison. »

Preuves concrètes que même ta grand-mère de Saint-Brieuc le sent dans ses tripes :

L’électricité qui coûte 4 fois plus cher qu’avant « pour sauver la planète »
→ merci les normes bruxelloises, on crève de froid mais on est écolo sur le papier.

Ton tracteur qui doit passer au contrôle technique tous les ans alors qu’il a 30 ans
→ merci l’UE, les agriculteurs adorent payer 400 € pour qu’on leur dise que leur Massey Ferguson n’est « pas aux normes européennes ».

Ton paquet de cigarettes à 13 € et ta baguette qui frôle les 1,50 €, ton plein de gazole qui te ruine
→ mais chut, c’est pour « l’harmonisation du marché intérieur ».

Tu veux pêcher deux maquereaux dans ton coin ? Non, non, quota européen, tu rends le poisson ou tu payes l’amende.

Tu veux rénover ta maison ? 47 formulaires, 12 normes différentes selon le pays d’où vient ta fenêtre, et si tu te trompes d’isolant, 10 000 € d’amende. Merci qui ? Merci Bruxelles !

Ton vieux poêle à bois de grand-père ? Interdit dès 2026 si il n’est pas « Éco-design 2022 ». Tu dois en racheter un à 8 000 € made in Allemagne ou brûler des bûches certifiées « PEFC » à 600 € le stère.

Tu veux vendre ton miel maison au marché ? Obligé d’avoir un labo agréé à 40 000 € minimum, étiquetage en 24 langues, et analyse tous les 6 mois à 300 € le pot. Résultat : seuls les gros industriels vendent du miel.

Tu fabriques du saucisson artisanal ? L’UE t’impose maintenant la même norme d’hygiène que les usines de 500 salariés. Alors, 70 % des petits charcutiers ont fermé en 10 ans.

Ta tondeuse à gazon essence ? Bannie dans beaucoup de villes dès 2027 à cause de la norme « émissions stage V ». Tu devras prendre une électrique à batterie chinoise qui dure 30 minutes.

Tu veux faire une extension de 15 m² chez toi ? Dossier « permis de construire » de 80 pages + étude thermique + architecte obligatoire = 6 mois de délai et 5 000 € de frais avant même de poser une brique.

Le comble : l’UE a interdit les ampoules à incandescence, puis les halogènes, puis certaines LED… Résultat : tu payes 12 € une ampoule qui claque au bout de 6 mois au lieu de 1 € celle qui durait 10 ans.

Tu es éleveur de poules ? Maximum 9 poules par foyer dans certaines régions à cause des normes « bien-être animal »… mais les supermarchés importent des œufs de batterie ukrainiens sans problème.

Tu veux vendre des plants de tomates au troc-plantes du village ? Interdit si pas de « passeport phytosanitaire européen » à 200 € par variété.

Ton fromage préféré au lait cru ? Risque d’être interdit parce que la norme bactério dit « dangereux »… mais on autorise le Coca Zéro avec 14 additifs chimiques.

Et la cerise sur le gâteau : l’UE prépare la taxe carbone aux frontières… Ce qui va faire exploser le prix de tout ce qui vient d’Asie (vêtements, téléphones, jouets de Noël). Prépare le portefeuille, ça va piquer grave.

Et le pompon : on t’interdit le Nutella « trop de gras » mais on importe de l’huile de palme indonésienne à tour de bras.
Logique européenne, niveau champion.

Pendant ce temps, à Bruxelles, 27 000 fonctionnaires (payés 10 000 € par mois + avantages) décident combien de courbure doit avoir ta banane et si ton fromage au lait cru a le droit d’exister.

Franchement, qui a encore envie de cette prison dorée où on n’a plus le droit de décider de RIEN chez soi ? Elon (on l'apprécie ou pas) a juste dit la phrase que tout le monde murmure au bistrot :

« L’UE nous étouffe. Point. » Et là, pour une fois qu’un mec friqué dit la vérité au lieu de lécher les bottes des bureaucrates, on va quand même pas lui donner tort ? Allez, on abolit cette usine à normes et on rend la France aux Français.

Anna.

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L’Union européenne a franchi le Rubicon 
Implosion ou guerre à suivre ?



par Levana Zigmund



« Alea iacta est » – « Les dés sont jetés » – aurait dit Jules César en janvier 49 av. J.-C., en traversant le fleuve Rubicon à la tête de la VIIIe légion Gemina. Suivirent, en succession rapide, la guerre civile, l’installation de César comme dictateur perpétuel – et son assassinat, cinq ans plus tard, le 15 mars 44 av. J.-C.

L’expression « franchir le Rubicon » est restée dans l’histoire pour désigner un geste interdit, une violation majeure de la loi aux conséquences incalculables et potentiellement fatales.

C’est l’expression qu’utilisent de nombreux commentateurs pour décrire ce que fait aujourd’hui la Commission européenne. D’autant plus que la VIIIe légion Gemina avait été constituée par César pour attaquer la confédération des Belgae – et qu’aujourd’hui, c’est précisément la Belgique qui joue un rôle central dans les événements, à la fois comme principal opposant aux plans de la Commission européenne d’utiliser les actifs russes pour financer l’Ukraine, et comme pays d’accueil des institutions les plus importantes de l’Union européenne.

La réalité – telle qu’elle ressort des journaux – est que nous sommes arrivés, semble-t-il, à un point culminant, ou de tournant, dans l’évolution de l’Union européenne. La question de la guerre en Ukraine et, étroitement associée, celle du financement de l’Ukraine, atteignent ces jours-ci leur paroxysme, et les initiatives de la Commission européenne accroissent massivement les tensions entre les États membres et Bruxelles.

Contournement de l’unanimité et renversement de la procédure

La dernière décision prise, en passant outre le vote négatif de la Hongrie et de la Slovaquie, est le gel permanent des actifs russes, qui ne pourront être débloqués que par un vote unanime des États membres de l’UE.

Sur le plan procédural, la règle de l’unanimité a été contournée par l’invocation de l’article 122 du traité – parce qu’il existerait une « situation d’urgence » qui permet à la Commission des pouvoirs exorbitants. Bien sûr, tout le monde n’est pas d’accord avec cette interprétation ; certains disent que la guerre entre deux pays non membres de l’UE, la Russie et l’Ukraine, ne peut constituer une « situation d’urgence » justifiant l’activation de l’article 122.

Nous assistons plutôt à un abus de pouvoir flagrant de la part de la Commission, décidée à passer outre toute opposition pour mettre en œuvre ses plans d’armement, de guerre et, surtout, de monopolisation de la décision économique et politique entre les mains de la bureaucratie de Bruxelles, indépendamment de la volonté souveraine des États membres.

Une analyse parue dans The European Conservative souligne :

« La Commission soutient que l’impact de la guerre sur l’UE justifie l’activation de l’article 122, en montrant que le maintien de la stabilité financière de l’Union impose un fondement juridique exceptionnel et la prise de mesures rapides, en dehors du processus institutionnel normal – ce qui suppose aussi le contournement du Parlement européen. Mais plusieurs diplomates ont reconnu, en privé, que cette interprétation est une extension sans précédent des dispositions du traité. Lier une clause d’urgence à un conflit militaire entre pays étrangers est un saut conceptuel qui, beaucoup le craignent, deviendra un instrument permanent pour contourner la règle de l’unanimité chaque fois que Bruxelles trouvera que cela lui convient, politiquement. »

Comme le note l’article, le geste de la Commission vient confirmer les avertissements du Premier ministre hongrois Viktor Orbán : « Les Bruxellois franchissent le Rubicon » – « cela causera des préjudices irréparables à l’Union ».

Sur le fond, nous assistons à un renversement du processus décisionnel : au lieu que les paquets de sanctions contre la Russie et le blocage des actifs russes soient votés tous les six mois et adoptés sous condition d’unanimité, désormais les actifs russes restent gelés jusqu’à ce que tous les pays membres votent leur déblocage.

De plus, ces actifs (environ 150 milliards d’euros) ne seront restitués à la Russie qu’après que celle-ci aura payé des réparations de guerre à l’Ukraine, estimées par la Commission européenne entre 500 milliards et un billion d’euros. Aucune de ces variantes ne semble probable : ni le déblocage des actifs par vote, ni que la Russie paie des réparations, surtout dans ces conditions.

Le problème reste désormais de savoir comment la Commission européenne pourra utiliser ces fonds pour l’Ukraine – manœuvre contre laquelle ont averti à la fois Euroclear et le gouvernement belge, ainsi que le Fonds monétaire international, la Banque centrale européenne et le gouvernement des États-Unis d’Amérique. Dans ce dernier cas, la Commission a été mise en garde qu’une telle mesure illégale aggraverait les relations avec la Russie au moment où le président Donald Trump fait des efforts majeurs pour parvenir à la paix. Le Japon – que la Commission européenne a essayé d’attirer dans le schéma, comme détenteur d’actifs russes – a refusé et a signalé, à son tour, les risques.

Mais la Commission européenne ignore tous ces avertissements. L’obstacle principal immédiat à ses plans reste la Belgique, qui continue de s’opposer à cette mesure considérée non seulement comme illégale, mais absolument catastrophique pour l’avenir financier et géopolitique de l’Europe.

Selon un reportage de Politico, la Belgique a été rejointe désormais par l’Italie, Malte et la Bulgarie, qui, dans un document présenté officiellement à Bruxelles, « invitent la Commission et le Conseil à continuer d’explorer et de discuter des options alternatives pour répondre aux besoins financiers de l’Ukraine, options qui respectent le droit de l’UE et le droit international, dans des paramètres prévisibles et avec des risques beaucoup plus faibles, à partir d’un prêt accordé par l’UE ou de solutions temporaires ».

Un précédent extrêmement dangereux

Comme le dit le Premier ministre hongrois dans le même post, la violation de la règle de l’unanimité constitue un précédent extrêmement dangereux :

« Par la décision d’aujourd’hui, dans l’Union européenne l’État de droit prend fin, et les leaders de l’Europe se placent au-dessus de la loi. Au lieu d’assurer le respect des traités UE, la Commission européenne viole systématiquement le droit européen. Elle fait cela pour continuer la guerre en Ukraine, une guerre qui est clairement impossible à gagner. Tout cela se passe au grand jour, à moins d’une semaine de la réunion du Conseil européen, l’organe décisionnel le plus important de l’Union, qui réunit tous les chefs d’État et de gouvernement. Avec cela, dans l’Union européenne l’État de droit est remplacé par la dictature des bureaucrates. Autrement dit, s’est instaurée la dictature des Bruxellois. »

Les analystes politiques bien connus Alexander Mercouris et Alex Christoforou, discutant la situation sur la plateforme The Duran – sous un titre qui fait aussi allusion aux excès de Jules César : « L’UE franchit le Rubicon » – signalent quelques-uns des risques essentiels causés par ce précédent.

D’abord, commente Mercouris, la Commission européenne a déjà alloué, dans un document qu’elle essaiera d’imposer aux États membres à la réunion du Conseil européen du 18 décembre 2025, la part de dette qui reviendrait à chaque État membre du paquet de 210 milliards d’euros que prépare l’UE pour couvrir les risques associés au détournement des actifs russes. Dans l’allocation de la Commission, à l’Allemagne, par exemple, reviendrait une dette d’environ 52 milliards, et à la Hongrie – qui a voté contre ces manœuvres – environ deux milliards. La Roumanie figure sur la liste avec 4,4 milliards d’euros.

Le plan B, au cas où l’on ne passerait pas outre l’opposition de la Belgique (et, désormais, de l’Italie, Malte et la Bulgarie) concernant la réallocation des actifs russes, est que l’Union européenne émette, par la Commission européenne, un prêt commun des États membres. Cela ne peut se faire sans l’approbation de chaque pays en particulier – pays déjà extrêmement endettés, qui devraient assumer de nouvelles dettes mises sur les épaules de leurs propres citoyens. Mais la Commission a déjà franchi le Rubicon ; tout devient possible.

Dans les deux cas, il s’agit de dettes imposées de force, souligne Mercouris, chose qui ne s’est faite dans l’histoire qu’en situation de guerre. Ce qui n’est pas le cas actuellement. Aucun pays membre de l’UE n’est aujourd’hui en état de guerre. De plus, les États-Unis et la Russie font des efforts de paix en Ukraine – la guerre externe de l’Union européenne dont la Commission se prévaut pour activer l’article 122 du traité (le même article sur lequel elle s’est basée aussi pendant la crise Covid pour conclure ces contrats douteux avec les producteurs de vaccins).

Or, selon tous les indices, ce sont précisément ces tentatives de mettre fin à la guerre en Ukraine qui dérangent profondément les élites de Bruxelles. La « situation d’urgence » sur laquelle se fondent les pouvoirs exorbitants que s’arrogue l’UE est, semble-t-il, le risque de la paix, et non celui d’une guerre.

Deuxièmement, attire l’attention Mercouris, cette imposition de dettes sur les États membres est un saut énorme en avant vers la réalisation de l’ancien plan de Bruxelles de percevoir ses propres taxes – chose qu’elle ferait désormais pour s’assurer du remboursement des prêts. Dans un tel scénario, les citoyens des États membres paieront des taxes non seulement à leur propre État, mais aussi à Bruxelles. Comme dans une fédération – ce que l’UE n’est pas, mais, avec ce précédent, elle s’en approche, formellement ou informellement.

Enfin, rappelle Mercouris, l’Union européenne est une structure bureaucratique créée par des lois, par des traités. Ce n’est pas une union organique ; ce n’est pas un État national. L’UE n’existe que sur la base de traités – c’est un construct juridique auquel les pays ont adhéré dans la forme et avec les conditions exposées dans les instruments ratifiés.

Or, aujourd’hui, Bruxelles viole exactement ces fondements juridiques qui ont permis la création de l’Union européenne, et le fait en promettant non la paix et la prospérité – le « projet européen » qui a convaincu les États membres d’adhérer – mais la guerre. Ce sont des prémisses qui légitiment tout pays membre à reconsidérer son appartenance à un bloc qui ne respecte ni les fondations juridiques, ni les objectifs fondateurs.

Memento mori

Sur ce fond, les inquiétudes concernant l’avenir de l’Union européenne deviennent palpables et les analyses inquiètes se multiplient des deux côtés du différend concernant les initiatives de la Commission.

Euronews, par exemple, a publié ces derniers jours un inventaire de ce que reçoivent et ce que donnent les pays membres, avec la conclusion – qui coïncide, par hasard, avec la prémisse – que, dans tous les cas, être membre de l’UE est, globalement, un gain. Bien qu’on ne nous dise pas ce qui a motivé ce passage détaillé en revue de chiffres datant de 2023, il semble évident que l’article a été publié comme memento, au cas où, dans l’atmosphère de plus en plus chargée, quelqu’un se demanderait : « et pourtant, au final… ? ».

L’article montre que, bien que « l’UE permette aux pays membres de réaliser plus ensemble que ce qu’ils feraient en agissant indépendamment », il existe des pays bénéficiaires nets (pays qui reçoivent plus qu’ils donnent, concentrés à l’est de l’Europe) et des pays contributeurs nets (qui donnent plus qu’ils reçoivent, concentrés à l’ouest et au nord).

Par manque d’espace, je ne reprends pas ici les nombreux tableaux et graphiques qui accompagnent l’analyse d’Euronews, mais l’article est plein d’informations numériques qui méritent d’être consultées – bien que tous les chiffres datent de 2023, donc ils ne reflètent pas les efforts financiers colossaux faits par les pays membres ces deux dernières années ni la régression économique enregistrée depuis 2023 – encore moins les dettes énormes dont les pays membres devront s’alourdir dans la période suivante pour financer la guerre en Ukraine selon les décisions de la Commission.

Mais nous apprenons, par exemple, que, selon la Commission européenne, les quatre plus grands pays contributeurs nets au budget UE ont été, en 2023, l’Allemagne (33,8 milliards d’euros), la France (25,8 milliards), l’Italie (18,8 milliards) et l’Espagne (13,6 milliards).

Le top des bénéficiaires nets est mené par la Pologne (7,1 milliards d’euros), la Roumanie (5,9 milliards d’euros), la Belgique (4,8 milliards), la Hongrie (4,4 milliards) et la Grèce (3,9 milliards).

En termes de sommes propres, les pays qui ont reçu le plus d’argent de l’UE en 2023 sont la France (16,5 milliards), la Pologne (16,5 milliards), l’Allemagne (14 milliards), l’Italie (12,8 milliards) et l’Espagne (12,1 milliards).

Nous trouvons aussi une ventilation par habitant : combien d’euros a donné et, respectivement, reçu, par tête, chaque État membre en 2023. Parmi les bénéficiaires nets, le Luxembourg, par exemple, a reçu 3 769 euros et a donné 688 ; la Roumanie a reçu 454 et a donné 147. La France, d’autre part, a donné 378 et a reçu 242, tandis que l’Allemagne a donné 403 et a reçu 168.

Et si…
En contrepoint, pourrait-on dire, à cet article préventif d’Euronews, The European Conservative publie deux analyses – préventives elles aussi, mais dans le sens contraire – signées par l’économiste Sven R. Larson, avec les titres suivants : « Si le souhait d’Elon Musk se réalisait : Les réalités économiques d’une Europe sans UE » et « L’Europe survivrait-elle sans euro ? ».

Comme il ressort du premier titre, le prétexte des analyses de Larson est donné par le récent échange digital de gifles entre le multimilliardaire Elon Musk et les bureaucrates de l’Union européenne. Le match est de longue date, mais le dernier round a aussi un lien avec l’amende de 120 millions d’euros que l’UE veut appliquer à Musk parce que la plateforme X violerait la loi européenne sur la sécurité et la transparence de l’activité en ligne (Digital Services Act – DSA).

Réagissant – bien que non à l’amende appliquée à sa plateforme, mais à celles appliquées par Bruxelles à la Hongrie parce qu’elle refuse de se soumettre aux politiques d’immigration – Musk a tweeté sur l’ancien Twitter que l’Union européenne devrait être abolie et que les pays membres devraient récupérer leur souveraineté.

Commentaire qui n’aurait pas été si dérangeant – quel que soit Musk – s’il ne s’était pas assorti parfaitement (comme le souligne un article paru dans TechPolicy, plateforme soutenant le DSA et la sanction appliquée par l’UE à Musk) avec la Stratégie de sécurité nationale des États-Unis d’Amérique récemment publiée, qui déplore le « déclin civilisationnel de l’Europe » et les comportements « antidémocratiques » de Bruxelles et annonce l’intention du gouvernement américain de soutenir les « mouvements de résistance » dans les États membres contre la bureaucratie de Bruxelles.

La stratégie américaine a beaucoup dérangé les élites de Bruxelles, mais, semble-t-il, pas les citoyens des États européens. Au contraire ; Politico, autre organe de presse allié de la Commission européenne et qui, par malheur, a pris il y a quelques jours une interview au président Trump, publie les résultats d’un sondage effectué au Canada, aux États-Unis et dans « les trois plus grandes économies européennes » – l’Allemagne, la France et le Royaume-Uni –, dont il ressort que Donald Trump est « le leader politique le plus populaire en Europe ».

Ainsi, 53 % des Allemands, 54 % des Britanniques et 43 % des Français croient que l’élection de Donald Trump à la Maison-Blanche a eu un effet plus significatif pour leur propre pays que l’élection, selon le cas, du chancelier Friedrich Merz, du premier ministre Keir Starmer ou du président Emmanuel Macron.

En même temps, environ 70 % des Allemands, Britanniques et Français sont d’accord avec Trump pour dire que leurs leaders respectifs sont « faibles », et la majorité, dans chacun des trois pays, croit que leurs propres dirigeants devraient s’aligner sur les politiques du président américain.

Les évolutions invitent donc à des questions concernant l’avenir de l’Union européenne. L’économiste Sven R. Larson examine, du point de vue économique, ce qui se passerait – purement théoriquement, juste comme idée, académiquement, comme hypothèse – si la suggestion de Musk devenait réalité. Suggestion révolutionnaire à des temps révolutionnaires – car franchir le Rubicon est, par définition, un acte révolutionnaire : c’est la violation flagrante et pleine de risques – y compris le risque d’opposition, de fracture et d’effondrement – d’un statu quo réglementé.

Cela étant dit, j’inclus ci-dessous les deux analyses de Larson, traduites en français. Le premier article analyse les bénéfices et les pertes des pays membres en cas d’un tel événement ; le second, les effets possibles de la suppression, par voie de conséquence, de la monnaie commune, l’euro.

• Si le souhait de Musk se réalisait : Les réalités économiques d’une Europe sans UE par Sven R. Larson, The European Conservative, 10 décembre 2025.

Quand Elon Musk parle, le monde écoute. Sa dernière pique contre ce qu’il voit comme une Union européenne de plus en plus totalitaire appelle ni plus ni moins à la dissolution de cette structure supranationale. Cette simple déclaration a causé un tsunami de réactions dans l’univers médiatique. Ce qui est intéressant, c’est que les articles qui ont émergé manquent complètement l’idée principale du message de Musk, à savoir son souhait que l’UE, la plus grande bureaucratie supranationale du monde, se dissolve.

Plutôt, les critiques ont caractérisé le commentaire sur la dissolution de l’UE comme une réaction enfantine à l’amende imposée à la plateforme X.

Voici ce que dit CNBC :

« Elon Musk appelle à l’abolition de l’Union européenne après que le bloc ait amendé sa compagnie de médias sociaux, X, de 120 millions d’euros (140 millions de dollars) pour le signe bleu « trompeur » et pour le manque de transparence du répertoire de publicités. »

Ou EuroWeekly :

« Elon Musk fait à nouveau les gros titres en Europe – et pas pour des raisons qui plaisent à Bruxelles. À seulement quelques jours de l’amende de 120 millions d’euros appliquée par l’Union européenne à la plateforme X (anciennement Twitter) en vertu du Digital Services Act (DSA), le patron milliardaire des compagnies SpaceX et Tesla est passé à l’offensive, appelant ni plus ni moins à l’abolition de l’UE. »

Ou New York Post :

« Elon Musk appelle à l’abolition de l’Union européenne après que sa plateforme de médias sociaux, X, ait été amendée d’environ 140 millions de dollars pour violation des règles de sécurité, mesure que Musk rejette comme « bulls**t ». »

Ou la plateforme de nouvelles financières SeekingAlpha :

« La Commission européenne a déclaré jeudi que X a violé les obligations de transparence imposées par le Digital Services Act (DSA), y compris par l’utilisation du « coche bleu » qui induit en erreur les utilisateurs…

« L’UE devrait être abolie et la souveraineté revenir à chaque pays, afin que les gouvernements représentent mieux leurs propres peuples » a dit Musk samedi sur son compte X. »

Comme il ressort du post original d’Elon Musk sur X, le commentaire sur l’UE n’est pas venu en réplique à l’amende appliquée à la plateforme X. La remarque a été faite dans le contexte de la critique adressée par un autre utilisateur X à une autre amende appliquée par l’UE, à savoir l’amende infligée à la Hongrie parce qu’elle refuse d’accueillir des immigrés hors union.

Autrement dit, la cible de Musk n’était pas la manière dont l’UE a appliqué le Digital Services Act. Son commentaire se référait à la pratique déjà bien établie et extrêmement problématique de l’eurocratie de Bruxelles d’étouffer toute opposition venant des États membres à diverses politiques.

Ces pratiques abusives de l’UE ont attiré de plus en plus l’attention ces derniers temps, mais elles ne sont pas nouvelles. Un seul exemple : comme les Grecs l’ont senti avec le fer et le feu sur leur propre peau, l’UE a attaqué fiscalement la Grèce il y a 15 ans, et les gens en souffrent encore les conséquences. La menace d’application de mesures tout aussi sévères en vertu du Pacte de stabilité et de croissance de l’UE [Stability and Growth Pact, SGP] plane encore aujourd’hui sur la tête des États membres endettés.

Les règles fiscales sont cependant seulement une des méthodes par lesquelles l’UE exerce un pouvoir économique illégitime sur les États membres. Deux autres exemples seraient les fonds de l’UE, qui sont de plus en plus utilisés comme arme contre les États membres, et les vastes ambitions de Bruxelles de collecter ses propres taxes.

Face à la suggestion simple et claire de Musk, ces exemples d’abus de pouvoir posent la question : à quoi ressemblerait l’économie européenne si l’Union européenne se dissolvait ?

Aussi révolutionnaire que soit cette question, elle est en fait pertinente si l’on pense à la vision fondatrice de l’UE. Dans les années quatre-vingt, quand ont été faits les plans de passer des Communautés européennes à l’Union européenne, la vision était basée sur les quatre libertés qui devaient ouvrir toute l’Europe en une unique économie de marché libre. La force de travail, les biens, les services et les capitaux devaient bénéficier d’une libre circulation au-delà des frontières des États membres.

Aujourd’hui, cependant, l’UE ne ressemble en rien à cela. Dès 1992, avec le traité de Maastricht, l’UE a commencé à prendre des formes beaucoup plus intrusives – surtout en termes économiques – que ce que permettait cette idée initiale des quatre libertés. Peut-être la violation la plus scandaleuse de cette idée a été le Pacte de stabilité et de croissance (SGP), qui a obtenu un statut constitutionnel dans le traité et a donné à l’UE des pouvoirs fiscaux qui ne se justifiaient ni par un désir d’améliorer l’économie européenne, ni par les résultats d’une recherche inspirée par les plans de l’UE.

Si l’UE cessait demain d’exister, il se passerait beaucoup de bonnes choses dans l’économie européenne. Pour commencer, il n’y aurait plus la menace d’une intervention d’une structure supranationale aux airs de seigneur féodal dans les affaires fiscales des États membres. Le déficit budgétaire n’est pas une bonne chose, surtout s’il devient structurel, mais la voie de chaque État membre vers l’équilibre fiscal ne peut être dictée par la bureaucratie fiscale rigide de Bruxelles. La seule recette que cette bureaucratie a pour de telles interventions est d’exiger l’imposition de politiques d’austérité simplistes, qui résolvent le déficit budgétaire sur le moment, mais causent des problèmes encore plus grands à l’avenir.

La libération fiscale des États membres des rigueurs de l’UE signifierait que chaque pays pourrait ajuster ses taxes et ses dépenses budgétaires en fonction de sa propre réalité macroéconomique et politique. Cela apporterait une dynamique nouvelle et positive dans chaque État, surtout dans ceux qui rencontrent des difficultés à maintenir des gouvernements de coalition confrontés à des problèmes fiscaux (Belgique, France, Allemagne, Pays-Bas, Suède).

Bien que, plus récemment, l’UE ait essayé d’accommoder les circonstances particulières de certains États dans l’application du SGP, la mesure ne signifie qu’une seule chose : Bruxelles retarde seulement l’application stricte du pacte budgétaire.

Comme le démontrent les turbulences politiques qui ont saisi le continent, les mesures de ce genre ne produisent aucune différence significative ; la menace d’une intervention UE reste aussi majeure et réelle. Seule une abolition de l’UE éliminerait la menace d’interventions d’austérité.

L’abolition de l’UE éliminerait aussi la charge des paiements imposés par l’UE, qui est en croissance continue. Les États membres garderaient l’intégralité des revenus fiscaux pour leurs propres objectifs ; l’arrêt des paiements générés par la qualité de membre apporterait des améliorations, plus ou moins grandes, dans la situation des différents pays.

Mais que se passerait-il avec les fonds que l’UE alloue aux États membres ? Bien sûr qu’ils disparaîtraient, seulement l’impact de cela ne serait pas aussi grand que certains l’imaginent, vu que l’UE se présente comme grand bienfaiteur des États membres. Le premier tableau présente le solde net entre les contributions à l’UE et les sommes reçues de l’UE par chacun des 27 pays membres.

Pour les pays qui contribuent plus qu’ils reçoivent, l’abolition de l’UE apporterait un gain net dans les poches de leurs propres gouvernements ; nous voyons ce gain dans les chiffres en noir dans la colonne centrale du tableau.


Les pays qui reçoivent plus qu’ils contribuent subiraient une perte nette de la dissolution de l’UE, marquée en rouge dans le tableau.

La colonne de droite rend la perte ou le gain net en pourcentages du revenu total du gouvernement dans chaque État.

Les pays qui auraient le plus à perdre de la dissolution de l’UE auraient à affronter un ajustement fiscal non négligeable. Mais, si nous divisons entre dépenses et revenus, même les cas les plus graves – Lettonie et Croatie – arrivent à seulement 3 à 3,2 % de compensation sur chaque aspect du budget. Et, comme aucun de ces pays n’aurait plus à supporter les rigueurs fiscales imposées par l’UE et bénéficierait de la libération générale des règles et réglementations de l’UE, qui étouffent la liberté du commerce et des marchés, l’arrêt des fonds de l’UE et des contributions à l’UE représenterait un problème fiscal marginal même pour les 10 premiers pays de la liste présentée dans le tableau.

Globalement, si l’UE se dissolvait demain, les États membres s’en porteraient significativement mieux du point de vue des finances publiques. Et la récupération de la capacité de faire des politiques sans regarder constamment par-dessus l’épaule vers Bruxelles contribuerait majoritairement au renouvellement du dynamisme économique. Ce qui, à son tour, générerait de la croissance, réduirait le déséquilibre fiscal et renforcerait les économies des États membres – surtout celles qui, en ce moment, dépendent le plus de l’UE.

Il y a cependant un éléphant dans la pièce, et il n’a pas été mentionné jusqu’à présent : la monnaie euro. L’euro survivrait-il ou non à la dissolution de l’UE ? La réponse à cette question n’est pas du tout claire, et le problème est trop complexe pour être traité en quelques mots. Il faudrait une incursion profonde dans la littérature académique sur des sujets comme la « zone monétaire optimale » et la théorie des banques centrales.

Mais, cela étant dit, l’analyse présentée ici reste valable, indépendamment du fait que l’euro survivrait ou non à la disparition de l’UE. La question est quelles autres conséquences supplémentaires – bonnes ou mauvaises – subiraient les pays membres si l’euro se dissolvait aussi et que chacun revenait à sa monnaie nationale.

L’Europe survivrait-elle sans euro ?


par Sven R. Larson, 
The European Conservative, 
12 décembre 2025

L’idée d’une unique monnaie pour toute l’Europe est ancienne, mais elle a commencé à prendre forme dans les années quatre-vingt. Au fur et à mesure que les Communautés européennes ont été formellement remplacées par l’Union européenne dans les années quatre-vingt-dix, la monnaie commune est devenue aussi une réalité. Émise pour la première fois au passage entre les millénaires, l’euro est une réalité monétaire depuis un quart de siècle.

Entre-temps, l’union monétaire s’est étendue et ajoute de nouveaux membres – la Croatie est devenue pays euro en 2023 ; suit la Bulgarie en janvier 2026 – ainsi analyser si l’Europe ferait face à la dissolution de cette union monétaire peut sembler un effort périphérique, si ce n’est une perte totale de temps. Après tout, s’il existe encore des pays qui veulent devenir membres de l’union monétaire, quel sens a-t-il de se demander ce qui se passerait si celle-ci se dissolvait ?

Mais la question sur l’avenir de la monnaie euro est motivée, d’une part, par le fait que les performances économiques de l’Europe sont perpétuellement mauvaises, alors que, dans les années quatre-vingt-dix, la monnaie commune leur avait été présentée comme facteur catalisateur de la croissance et de la prospérité.

D’autre part, la question « et si l’euro n’existait plus » naît de ce commentaire audacieux d’Elon Musk, qui suggérait récemment sur X que l’Union européenne devrait se dissoudre.

J’ai donc décidé, comme expérience intellectuelle, de prendre pour bonne la suggestion de Musk et d’examiner les conséquences de la dissolution de l’UE, en me concentrant exclusivement sur la dimension économique ; je suis arrivé à la conclusion que, si l’UE disparaissait demain, l’Europe aurait un avenir économique meilleur que si elle restait sous le poing lourd de la bureaucratie de Bruxelles (voir le premier article de Larson.)

Dans cette analyse, j’ai cependant laissé sans réponse une question : la dissolution de la zone euro apporterait-elle des bénéfices à l’économie européenne ?

Pour répondre à cette question, il faut une incursion dans la littérature de spécialité, en particulier dans les études qui ont pour objet les soi-disant « zones monétaires optimales ». Le concept a été longuement étudié, à partir du travail classique de Robert Mundell, « A Theory of Optimum Currency Areas » (The American Economic Review, septembre 1961). Mundell a reçu le Prix Nobel d’économie pour avoir fondé cette nouvelle et vibrante aire de recherche.

Au moment de l’apparition du concept d’« euro », ses promoteurs soutenaient que la zone monétaire serait en effet optimale. Le principe original qui était à la base de l’UE était en soi un résumé-slogan d’une zone monétaire optimale : l’union allait promouvoir quatre libertés – la libre circulation de la force de travail, des capitaux, des biens et des services.

Si ces quatre libertés étaient complètement implémentées, l’UE aurait créé la première zone monétaire optimale synthétique du monde. Je dis « synthétique » parce que celle-ci n’est pas apparue de manière organique, de la formation graduelle de l’État national et de l’apparition naturelle du besoin d’une monnaie commune sur le territoire de cet État, ni d’une intégration économique graduelle au cours d’une étape historique de pays séparés. La zone euro allait être – et est en fait – le résultat d’un diktat législatif, un processus extrêmement accéléré de transition de la monnaie nationale à l’euro.

Malgré sa nature synthétique, la zone optimale euro allait contribuer massivement à l’économie européenne ; elle allait pousser le continent vers le sommet des performances économiques et financières au niveau global.

Mais ce n’est pas ce qui s’est passé. Pourquoi ?

La raison est aussi tragique que symptomatique de ce qu’est devenue l’Union européenne. Au lieu de construire les fondations d’une économie libre et intégrée sur tout le continent, l’UE est devenue une superstructure qui impose ses idées aux pays membres. En conséquence, la zone euro est devenue un facteur catalisateur de la stagnation économique, et non du succès économique.

Au début des années quatre-vingt-dix, quand l’euro passait du concept à la réalité, les recherches sur son potentiel arrivaient à des conclusions très claires : la zone euro n’allait pas être une zone monétaire optimale. Si l’UE voulait créer une telle zone, son appareil politique devait se concentrer dès le début sur l’obtention de ce statut optimal.

Toutes les recherches dans le domaine s’accordent sur ce point : l’Europe devait s’assurer que les marchés des facteurs de production – c’est-à-dire les marchés de la force de travail et du capital – étaient complètement intégrés. Voici quelques exemples.

Dans « Currency Competition and European Monetary Integration » (The Economic Journal, septembre 1990), Roland Vaubel expliquait que, sans une intégration correcte des marchés du travail et du capital, la zone euro ne pourrait jamais être une zone monétaire optimale. Et, comme zone sub-optimale (bien que Vaubel n’utilise pas ce terme), elle permettrait une grande volatilité des prix. Comme les prix ne sont pas suffisamment flexibles pour permettre une telle volatilité, la seule alternative restante est que, dans certains pays, l’activité économique soit étouffée tandis que d’autres pays prospèrent – ce qui, à nouveau, signifie instabilité macroéconomique.

Et exactement cela s’est passé. La crise qui a saisi la Grèce, l’Italie, l’Espagne et d’autres pays il y a 15 ans a été un exemple d’affiche de l’instabilité macroéconomique d’une zone monétaire sub-optimale.

Dans un article intitulé « Is Europe an Optimum Currency Area? Symmetric versus Asymmetric Shocks in the EC », paru dans le numéro de mai 1993 de National Institute Economic Review, Guglielmo Caporale confirmait une grande partie de l’analyse de Roland Vaubel.

Quand les pays ont leur propre monnaie, ils peuvent ajuster les différences dans le cycle des affaires avec les fluctuations du taux de change. Si la Pologne traverse une récession mais que l’Allemagne connaît une période de croissance, le zloty polonais devient plus faible par rapport au mark allemand (s’il n’y a pas d’euro), jusqu’à ce que le taux de change donne à l’économie polonaise un impulsion suffisante pour « rattraper » l’économie allemande.

Les économistes, qui aiment utiliser des termes compliqués pour les choses les plus simples, appellent ces différences dans le cycle des affaires « chocs macroéconomiques asymétriques ». Caporale explique que les « récessions asymétriques » – c’est-à-dire spécifiques à un pays particulier – ne pourront pas être tenues sous contrôle par les modifications du taux de change quand il existe une monnaie commune. Au contraire, ce qui se passera dans ce cas est que la récession s’étendra à d’autres pays de la zone monétaire commune – la zone euro, dans notre cas.

Selon Caporale, cette conséquence pouvait être évitée si le marché du travail européen était suffisamment intégré. Sinon, explique-t-il (p. 95), « les chocs asymétriques résultent en coûts élevés d’ajustement, en termes d’augmentation du chômage et de réduction de la production ».

Caporale écrivait cela en 1993. Il prédisait, avec une précision qui donne des frissons, le sort qui a menacé en fait la zone euro dès sa création. À la même conclusion-prédiction sont arrivés aussi Giorgio Karras (« Is Europe an Optimum Currency Area ? » Journal of Economic Integration, septembre 1996) et Christian Schmidt (Real Convergence in the European Union: An Empirical Analysis, Peter Lang AG, 1997).

Autrement dit, ce n’est pas comme si l’Union européenne n’avait pas reçu d’innombrables avertissements de ne pas aller plus loin avec la zone euro si elle n’avait pas un plan majeur d’implémentation des quatre libertés de circulation de la force de travail, des capitaux, des biens et des services.

Sautant maintenant à l’an 2004, Stephen Silvia (« Is the Euro Working? The Euro and European Labour Markets », Journal of Public Policy, mai-août 2004) constatait que, après plus d’une décennie où elle aurait pu faire les ajustements nécessaires à une zone monétaire optimale, l’UE n’avait enregistré aucun progrès de ce genre au moment où elle émettait formellement la monnaie euro. Conclusion confirmée aussi par Paul Krugman dans son article de 2013 « Revenge of the Optimum Currency Area », paru dans NBER Macroeconomics Annual.

Au lieu d’intégrer l’économie européenne, l’UE s’est préoccupée d’intégrer la politique fiscale : elle s’est assurée que tous les pays, surtout ceux de la zone euro, sont alignés sur le Pacte de croissance et de stabilité (SGP). Cet aspect de la constitution UE dicte que les pays membres ne peuvent pas dépasser le seuil de déficit budgétaire de 3 % du PIB et de 60 % du PIB pour la dette publique.

L’implémentation et la mise en exécution du SGP sont devenues l’instrument utilisé par l’UE pour « harmoniser » les économies de la zone euro. Dans une évaluation de la zone euro intitulée « Optimal Payment Areas or Optimal Currency Areas ? » (AEA Papers and Proceedings, mai 2018), les économistes Patrick Bolton et Haizhou Huang de l’Université Columbia démontrent que, au lieu d’optimiser l’intégration économique, la seule solution pour sauver la zone monétaire commune sera l’élimination des soi-disant asymétries fiscales.

En bref, la seule solution est de punir l’excès de dettes et de déficit jusqu’à ce que chaque gouvernement de la zone euro ait comme préoccupation exclusive l’équilibrage du budget.

Initialement, cette préoccupation a conduit à l’exacerbation des soi-disant chocs asymétriques, à des différences énormes en matière de chômage et à des écarts énormes dans la formation des capitaux. La seule raison pour laquelle ces différences structurelles n’ont pas fracturé jusqu’à présent la zone euro est que, avec le temps le SGP a étouffé l’activité économique dans les pays les plus forts de la zone euro. Cet effet a été suffisamment fort pour tirer vers le bas toute la zone monétaire, l’amenant en état de stagnation économique.

En bref : la seule raison pour laquelle la zone euro a survécu 25 ans est que les gouvernements ont concurrencé les uns les autres dans cette course vers zéro, vers la stagnation économique. Sans croissance, il n’y a pas de différences qui nécessitent le fonctionnement plein des quatre libertés promises par l’UE ; quand tout le continent souffre de taux élevés de chômage, une flexibilité du marché du travail n’est plus nécessaire.

Maintenant : que nous dit cette revue des recherches économiques sur le sort de l’économie européenne au cas où l’euro disparaîtrait demain ? La réponse est courte et simple : un retour aux monnaies nationales avec un taux de change flexible permettra aux 20 économies de la zone euro de croître et d’évoluer chacune comme elle le souhaite. Il y aurait une stabilité des prix ; un nouveau choc inflationniste comme celui d’il y a deux ans serait tenu sous contrôle par la flexibilité du taux de change. Puisque l’hypothèse de la disparition de la monnaie euro et de la zone euro a à la base l’hypothèse de la dissolution de l’UE, il n’y aurait plus personne pour imposer le respect du SGP. Ce qui permettrait aux gouvernements des pays européens de conduire leur politique fiscale conformément aux besoins et objectifs nationaux propres. Certains pays enregistreraient un déficit plus grand, d’autres obtiendraient un surplus budgétaire ; les différences seraient résolues par les mécanismes du taux de change.

Avec le temps cependant, les différences macroéconomiques entre pays deviendraient en grande partie insignifiantes. Cela se passe quand les pays font du commerce et ont un flux libre du capital. L’ironie est que ce type d’intégration économique organique amènerait l’Europe plus près de remplir les critères d’une zone monétaire optimale que ne l’a jamais fait l’enrégimentement dans la zone euro.

En conclusion : si jamais on en arrivait là, l’Europe n’aurait pas à craindre ni la disparition de l’UE, ni la disparition de l’euro.
Article publié initialement sur le site Mea Sponte.

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