samedi 31 janvier 2026

« Dangereux » et « dérangé » : Robert Fico n’a pas apprécié son tête-à-tête avec Trump



Après une rencontre en tête-à-tête à Mar-a-Lago, le Premier ministre slovaque a alerté ses homologues européens sur l’état psychologique du président des États-Unis.


Robert Fico, à la tête du gouvernement slovaque, s'est inquiété de l'état de santé mentale du président des États-Unis. 


Faut-il s’inquiéter de l’état de la santé mentale de Donald Trump ? Oui, à en croire le Premier ministre slovaque, pourtant proche allié du président des États-Unis… Robert Fico a fait part de son inquiétude, d’après Politico, lors d’un sommet avec plusieurs autres dirigeants européens, en se disant choqué par l’état d’esprit du dirigeant américain. Des propos qui font suite à un face-à-face entre le dirigeant slovaque et le président des États-Unis, dans son fief de Mar-a-Lago.

Pourtant l’un des rares dirigeants européens à soutenir régulièrement la position du locataire de la Maison-Blanche sur les faiblesses de l’Europe, Robert Fico a qualifié de « dangereux » son comportement, ont indiqué des diplomates. Un autre a indiqué qu’il semblait « traumatisé » par sa rencontre avec Donald Trump. Le Premier ministre slovaque aurait même jugé le milliardaire « complètement dérangé ».

En réponse, la porte-parole de la Maison-Blanche Anna Kelly a fustigé les propos du chef du gouvernement slovaque, affirmant qu’« il s’agit d’une pure et simple désinformation propagée par des diplomates européens anonymes en quête de reconnaissance. La réunion à Mar-a-Lago a été positive et productive. »

Source

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Le quémandeur du prix Nobel de la paix déclare la guerre à tout le monde


par Kevin Barrett


Imaginez : vous travaillez dans un asile psychiatrique. Un patient prétend avoir empêché sept guerres et réclame le prix Nobel de la paix. Que faites-vous ?

Votre dilemme s’aggrave lorsque vous consultez son dossier et découvrez qu’il s’agit d’un sociopathe narcissique sénile, soupçonné de viol et de meurtre. Si vous tentez de le raisonner en lui faisant comprendre que sa conviction de mériter la récompense est illusoire, il entrera probablement dans une rage folle et s’en prendra à quiconque se trouve à sa portée.

Vous devriez peut-être tout simplement «lui donner le prix». Autrement dit, lui faire plaisir.

Mais céder systématiquement aux caprices de personnes atteintes de troubles mentaux en leur accordant tout ce qu’elles désirent n’est pas une politique viable. L’asile de fous de 9,8 millions de kilomètres carrés que sont les États-Unis cède aux caprices de Donald J. Trump, un individu atteint de troubles mentaux, depuis bien trop longtemps. Le résultat est sans appel : une nation autrefois grande est au bord d’une catastrophe sans précédent.

Je me suis réveillé ce matin avec la nouvelle que des agents de l’ICE à Minneapolis avaient commis un autre meurtre digne d’un escadron de la mort – et que le président sénile et criminellement fou avait une fois de plus menti à ce sujet, dans le but d’encourager d’autres exécutions de ce genre.

La bonne nouvelle, c’est que Trump, qui avait applaudi l’exécution brutale de Renée Good, mère de deux enfants, par l’ICE, regrette désormais sa mort. La mauvaise nouvelle, c’est que si ce vieux narcissique sénile regrette sa mort, c’est parce que les parents de Good étaient des partisans de Trump.

Et la très mauvaise nouvelle, c’est que Trump ment une fois de plus de façon scandaleuse pour dissimuler un meurtre de sang-froid, encourageant ainsi les escadrons de la mort de l’ICE à croire que le président fou les soutient lorsqu’ils exécutent des personnes qui protestent contre leurs actes de brutalité.

Cette fois-ci, les tentatives mensongères du président dément pour justifier le meurtre sont encore plus extravagantes. Lorsqu’il a justifié le meurtre de Renée Good, il a ensuite pu prétendre faiblement avoir commis une erreur en se basant uniquement sur la vidéo du tueur filmée avec son téléphone, et non sur les autres vidéos qui contredisent son alibi absurde. L’excuse selon laquelle Renée Good «tentait de renverser des agents de l’ICE» était manifestement fausse, du moins si l’on fait preuve de diligence raisonnable. Mais si l’on ne regarde que la vidéo filmée avec le téléphone du tueur, on ne le devinerait peut-être pas.

Mais le meurtre d’Alex Pretti ne peut être perçu autrement que comme une exécution sommaire. Pretti filmait les agents de l’ICE, ce qui leur a déplu. Ils l’ont alors plaqué au sol, brutalement agressé et abattu alors qu’ils le maintenaient au sol. Il semblerait qu’après avoir plaqué Pretti, l’un des agents ait aperçu l’arme à sa ceinture et ait crié «il a une arme !», provoquant la panique chez ses collègues qui ont tué l’homme qu’ils maîtrisaient (Analyse vidéo du New York Times). Ils ont ensuite menti en prétendant que la caméra qu’il pointait sur eux était une arme. Et Trump a relayé ce mensonge.

Est-ce vraiment une question d’immigrants ?

Trump veut faire croire à ses partisans qu’il envoie des hordes de voyous fanatiques dans les villes américaines pour agresser, kidnapper et assassiner des gens, dans le but, soi-disant, de débarrasser l’Amérique des immigrants illégaux. Mais rien n’est plus faux. Trump mène une vendetta personnelle contre ses adversaires politiques. Comme le souligne Jeffrey St. Clair :

«Le Minnesota se classe au 23ème rang des États américains en termes de population immigrée, loin derrière des États conservateurs comme le Texas, la Floride, l’Arizona, la Géorgie, la Caroline du Nord et l’Utah. Cependant, la plupart des immigrés du Minnesota sont en situation régulière. Par exemple, on estime la population immigrée totale du Minnesota à 495 352 personnes, dont seulement 77 836 sont sans papiers (16%). À titre de comparaison, la population sans papiers est de 1 million en Floride (20%), 1,8 million au Texas (32%), 250 000 en Arizona (25%), 374 000 en Géorgie (32%), 325 000 en Caroline du Nord (34%) et 100 000 en Utah (33%)».

Je comprends les personnes proches de Trump, comme le Dr J. Michael Springmann, co-animateur de False Flag Weekly News, qui apprécient l’idée de renvoyer les sans-papiers chez eux. Mais elles semblent avoir bien du mal à comprendre que tenter d’arrêter les sans-papiers un par un, comme le ferait prétendument Trump, est voué à l’échec. Il y a entre 10 et 15 millions de sans-papiers aux États-Unis, voire plus si l’on en croit les alarmistes. Les escadrons de Trump affirment avoir arrêté 3000 personnes à Minneapolis. Mais ce chiffre est sans aucun doute exagéré et pourrait inclure tous les citoyens américains pris dans les filets de cette vaste opération, puis relâchés (ou, dans certains cas, non relâchés). Les agents de l’ICE reçoivent une prime pour chaque arrestation, même si la personne est relâchée. Ils ont donc un intérêt financier considérable à arrêter des gens au hasard dans la rue, ce qui constitue une violation flagrante du quatrième amendement.

La guerre menée par l’ICE contre les citoyens de Minneapolis et d’autres villes, digne d’une république bananière, provoque une violente réaction qui dresse les Américains contre les services d’immigration. À terme, il sera beaucoup plus difficile de maintenir des frontières étanches et de renvoyer les sans-papiers chez eux.

Si Trump voulait vraiment débarrasser les États-Unis des immigrants clandestins, il demanderait au Congrès d’adopter une loi imposant des sanctions sévères à quiconque emploie ou loue un logement à des personnes en situation irrégulière. Incapables de travailler ou de se loger, ces derniers quitteraient rapidement le pays d’eux-mêmes.

Mais la guerre que Trump mène contre ses adversaires politiques n’a rien à voir avec l’immigration. Ce n’est qu’un prétexte. En réalité, c’est un sociopathe dément qui cherche à se venger d’affronts perçus comme une atteinte à son ego hypersensible et démesuré.

Mais la guerre menée par l’ICE contre les villes est-elle une initiative purement personnelle de Trump ? Ou bien Trump est-il un chien enragé lâché sur Minneapolis et d’autres villes par ses maîtres – que l’on peut appeler, faute de mieux, la Kosher Nostra ?

Les conséquences durables de la guerre civile qui se profile sous Trump incluront très probablement la normalisation de la répression extrême. Nous nous habituons à voir des agents fédéraux masqués kidnapper, assassiner et faire «disparaître» des personnes déplaisant au gouvernement. Lorsque la folie manifeste de Trump finira par faire imploser le régime actuel, son successeur démocrate choisira-t-il de revenir au respect de la Constitution ? Ou continuera-t-il d’utiliser l’arsenal répressif élargi créé par ce fou furieux qu’est Trump ?

Pourquoi l’oligarchie au pouvoir agit-elle ainsi ?

La Kosher Nostra panique car, à gauche comme à droite, on commence à comprendre que les États-Unis sont occupés par Israël, un État génocidaire. Si les Américains conservent leurs droits constitutionnels à la liberté d’expression, à la liberté de la presse et au droit de manifester pour obtenir réparation, préparez-vous à une rébellion contre les milliardaires juifs-sionistes au pouvoir. Pour maintenir la domination de la Kosher Nostra, les libertés traditionnelles américaines doivent donc être anéanties. Des juifs comme le milliardaire israélien de la tech Schlomo Kramer exigent l’abolition du Premier Amendement. On peut donc s’attendre à ce que le successeur de Trump intensifie la «guerre contre l’antisémitisme», un euphémisme pour désigner une guerre contre ceux qui disent la vérité sur ceux qui nous gouvernent et comment.

Ce n’est pas un hasard si Stephen Miller, sioniste suprémaciste pro-génocide et conseiller de Trump à la sécurité intérieure, encourage les dérives de ce dernier. Miller souhaite que les Américains soient traités de la même manière que son camp génocidaire traite les Palestiniens.

En fin de compte, la guerre menée par Trump contre les habitants de Minneapolis s’inscrit dans la guerre que les oligarques milliardaires juifs-sionistes mènent contre le peuple américain. Les agents de l’ICE, formés en Israël, utilisent des tactiques israéliennes, notamment des exécutions sommaires et des mensonges éhontés. Au final, le mépris des oligarques juifs pour les Américains ordinaires n’est pas différent de celui qu’ils affichent envers les Palestiniens. La différence réside dans le fait que les Palestiniens savent qui les occupe et les détruit.

Nous avons besoin d’une intifada américaine. Nous avons besoin d’une résistance américaine. Nous avons besoin que les Américains se réveillent et mènent une guerre de libération totale contre leurs occupants et oppresseurs suprématistes et génocidaires.

La «guerre contre tous» que Trump prétend mener n’est que le déchaînement délirant d’un sociopathe sénile et pathétique. La véritable «guerre contre tous» est menée par les maîtres de Trump (et des Démocrates). Vous savez qui ils sont, car ce sont ceux dont on vous interdit de parler.

Il est temps que tout le monde se soulève et riposte.

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La «Kosher Nostra» désigne le syndicat du crime organisé juif américain, particulièrement influent depuis 1920 à nos jours. Fondée par des figures comme Meyer Lansky, Bugsy Siegel et Arnold Rothstein, cette mafia a prospéré durant la Prohibition grâce au trafic d’alcool, aux jeux et au racket. Nous avons vu que des amis et des sponsors de Trump en sont souvent les dirigeants. Points clés sur la Kosher Nostra :

Origine : Émergence à la fin du XIXe/début XXe siècle dans les communautés juives américaines, notamment à New York (gang de Monk Eastman).

Apogée : Les années 1920-1930, avec le développement du «National Crime Syndicate» qui unissait des gangsters juifs et italiens.

Figures marquantes : Meyer Lansky (le «comptable»), Bugsy Siegel (développeur de Las Vegas), Dutch Schultz, Mickey Cohen.

«Murder, Inc». : Les gangsters juifs ont joué un rôle majeur dans cette branche exécutive du syndicat, responsable de nombreux meurtres sous contrat.

Littérature : Le terme est exploré dans l’ouvrage Kosher Nostra : le roman vrai des mafieux juifs américains, 1920-1940 par Hubert Picard

source : Kevin Barrett via La Cause du Peuple

1 Oz 999. Pure Silver NEW WORLD ORDER



"Pièce de monnaie en argent présentant les obsessions du nouvel ordre mondial en faveur de blocs régionaux constituant le directoire suprême dans le cadre satanique du 666."





La véritable raison de l'invasion du Venezuela par les États-Unis




La véritable raison de l'invasion du Venezuela par les États-Unis remonte à un accord conclu par Henry Kissinger avec l'Arabie saoudite en 1974.

Et je vais vous expliquer pourquoi il s'agit en réalité de la SURVIE du dollar américain lui-même.

Ni la drogue. Ni le terrorisme. Ni la « démocratie ».

Il s'agit du système du pétrodollar qui a permis aux États-Unis de rester la puissance économique dominante pendant 50 ans. Et le Venezuela vient de menacer d'y mettre fin. Voici ce qui s'est réellement passé : Le Venezuela possède 303 milliards de barils de réserves de pétrole prouvées. Le plus grand du monde. Plus que l'Arabie saoudite. 20 % du pétrole mondial. Mais voici ce qui compte :

Le Venezuela vendait activement ce pétrole en yuans chinois, et non en dollars. En 2018, le Venezuela a annoncé son intention de « se libérer du dollar ». Ils ont commencé à accepter les yuans, les euros, les roubles, tout sauf les dollars pour le pétrole.

Ils demandaient à rejoindre les BRICS. Ils mettaient en place des canaux de paiement direct avec la Chine, contournant totalement le système SWIFT. Et ils disposaient de suffisamment de pétrole pour financer la dédollarisation pendant des décennies. 

Pourquoi est-ce important ?

Car tout le système financier américain repose sur une seule chose : Le pétrodollar.

En 1974, Henry Kissinger a conclu un accord avec l'Arabie saoudite : Tout le pétrole vendu dans le monde doit être tarifé en dollars américains. En échange, l'Amérique assure sa protection militaire. Cet accord unique a créé une demande artificielle de dollars à l'échelle mondiale.

Tous les pays du monde ont besoin de dollars pour acheter du pétrole. Cela permet aux États-Unis d'imprimer de l'argent à volonté tandis que d'autres pays travaillent pour cela. Il finance l'armée. L'État-providence. Les dépenses déficitaires. Le pétrodollar est plus important pour l'hégémonie américaine que les porte-avions. Et il existe un schéma récurrent quant à ce qui arrive aux dirigeants qui le contestent :

2000 : Saddam Hussein annonce que l'Irak vendra son pétrole en euros et non plus en dollars.

2003 : Invasion. Changement de régime. Le pétrole irakien est immédiatement reconverti en dollars. Saddam Hussein est lynché. Les armes de destruction massive n'ont jamais été trouvées car elles n'ont jamais existé.

2009 : Kadhafi propose une monnaie africaine adossée à l'or, appelée « dinar or », pour le commerce du pétrole. Les courriels divulgués d'Hillary Clinton elle-même confirment que c'était la raison PRINCIPALE de l'intervention. Extrait d'un courriel : « Cet or était destiné à établir une monnaie panafricaine basée sur le dinar d'or libyen. »

2011 : L’OTAN bombarde la Libye. Kadhafi est sodomisé et assassiné. La Libye abrite désormais des marchés d’esclaves à ciel ouvert. « Nous sommes venus, nous avons vu, il est mort ! » a lancé Clinton en riant devant la caméra. Le dinar d'or mourut avec lui. Et maintenant Maduro. Avec CINQ FOIS plus de pétrole que Saddam et Kadhafi réunis.

Vente active en yuans. Créer des systèmes de paiement hors du contrôle du dollar. Demande d'adhésion aux BRICS. En partenariat avec la Chine, la Russie et l'Iran. Les trois pays à la pointe de la dédollarisation mondiale. Ce n'est pas une coïncidence.

Contester le pétrodollar = Changer de régime à chaque fois.

Stephen Miller (conseiller à la sécurité intérieure des États-Unis) l'a littéralement dit à voix haute il y a deux semaines : « L’industrie pétrolière vénézuélienne a été créée grâce à la sueur, à l’ingéniosité et au labeur des Américains. Son expropriation tyrannique constitue le plus grand vol de richesses et de biens américains jamais enregistré. » Il ne le cache pas.

Ils prétendent que le pétrole vénézuélien appartient à l'Amérique parce que des entreprises américaines l'ont exploité il y a 100 ans. Selon cette logique, toute ressource nationalisée dans l'histoire a été un « vol ». 

Mais voici le problème PLUS PROFOND : Le pétrodollar est déjà en train de mourir. La Russie vend son pétrole en roubles et en yuans depuis l'Ukraine. L'Arabie saoudite discute ouvertement des règlements en yuans. L'Iran commerce avec des devises autres que le dollar depuis des années. La Chine a créé CIPS, sa propre alternative à SWIFT, qui compte 4 800 banques dans 185 pays. Les BRICS développent activement des systèmes de paiement qui contournent totalement le dollar. Le projet mBridge permet aux banques centrales de régler instantanément les transactions en monnaies locales.

L'adhésion du Venezuela aux BRICS, avec ses 303 milliards de barils de pétrole, accélérerait ce processus de manière exponentielle. Voilà le véritable enjeu de cette invasion. On ne lutte pas contre le trafic de drogue. Le Venezuela représente moins de 1 % de la cocaïne consommée aux États-Unis. Ce n'est pas du terrorisme. Il n'y a absolument aucune preuve que Maduro dirige une « organisation terroriste ». Ce n'est pas la démocratie. Les États-Unis soutiennent l'Arabie saoudite, qui n'organise aucune élection. Il s'agit de maintenir un accord vieux de 50 ans qui permet à l'Amérique d'imprimer de l'argent pendant que le monde travaille pour elle. Et les conséquences sont terrifiantes : La Russie, la Chine et l'Iran dénoncent déjà cela comme une « agression armée ». La Chine est le plus gros client pétrolier du Venezuela. Ils perdent des milliards. Les pays BRICS assistent à l'invasion d'un pays qui commerce en dehors du dollar. 

Tous les pays qui envisagent la dédollarisation viennent de recevoir le message : Défiez le dollar et nous vous bombarderons. Mais voici le problème... Ce message pourrait accélérer la dédollarisation, et non l'arrêter. Car désormais, tous les pays du Sud savent ce qui arrive lorsqu'on menace l'hégémonie du dollar. Et ils se rendent compte que la seule protection est d'aller PLUS VITE. 

Le timing est dingue lui aussi : 3 janvier 2026. Le Venezuela est envahi. Maduro est capturé. 3 janvier 1990. Invasion du Panama. Capture de Noriega. 36 ans d'écart. Presque jour pour jour. Même scénario. Même excuse de « trafic de drogue ». La même raison, en réalité : le contrôle des ressources stratégiques et des routes commerciales. L'histoire ne se répète pas. Mais elle rime.

Que se passe-t-il ensuite ?

La conférence de presse de Trump à Mar-a-Lago donne le ton. Les compagnies pétrolières américaines sont déjà sur les rangs. Politico a rapporté qu'elles avaient été approchées au sujet d'un « retour au Venezuela ». L'opposition sera mise en place. Le pétrole sera de nouveau coté en dollars. Le Venezuela devient un autre Irak. Une autre Libye.

Mais voici ce que personne ne demande :

Que se passe-t-il lorsqu'on ne peut plus dominer le dollar par les bombardements ? Quand la Chine aura-t-elle suffisamment de levier économique pour riposter ?

Quand les BRICS contrôlent 40 % du PIB mondial et disent « plus de dollars » ?

Quand le monde réalisera-t-il que le pétrodollar se maintient grâce à la violence ?

L'Amérique vient de dévoiler son jeu. La question est de savoir si le reste du monde se laisse faire ou s'il bluffe. Car cette invasion est un aveu que le dollar ne peut plus rivaliser par ses propres mérites.

Quand il faut bombarder des pays pour qu'ils continuent à utiliser sa monnaie, c'est que cette monnaie est déjà en train de mourir. Le Venezuela n'est pas le début. C'est la fin désespérée.

Source : Ricardo. Traduction Etienne Chouard.


vendredi 30 janvier 2026

Who was Jack the Ripper?

 

Un suspect protégé par des forces occultes ?


Une analyse ADN confirme l’identité de Jack l’Éventreur

Après 137 ans de mystère, le célèbre tueur sans visage Jack l'Éventreur aura-t-il enfin un nom ? À l'automne 1888, le tueur en série sème la terreur dans l'Est londonien. Ses victimes ? Au moins cinq femmes, étranglées et mutilées. La police de l'époque est tenue en échec, mais la science d'aujourd'hui pourrait-elle avoir enfin dévoilé son identité ? 

L'ADN d'Aaron Kosminski, un juif polonais qui était barbier, aurait été retrouvé sur un châle appartenant à une victime.

Un historien britannique, Russell Edwards, affirme avoir enfin découvert l'identité de Jack l’Éventreur grâce à une correspondance ADN parfaite. [...]

Passionné par l’affaire Jack l’Éventreur, Russell Edwards a consacré des années de recherche pour tenter de résoudre cette énigme criminelle qui hante l’histoire depuis plus d’un siècle. Contrairement aux nombreuses théories spéculatives qui ont émergé au fil du temps, son approche repose sur une méthode rigoureuse : l’analyse scientifique.

Son enquête prend un tournant décisif lorsqu’il met la main sur un châle retrouvé sur le lieu du meurtre de Catherine Eddowes, l’une des victimes du tueur. Confié à des experts en génétique médico-légale, ce tissu devient la clé de l’affaire : il contient une correspondance ADN avec un suspect de l’époque, un élément inédit qui pourrait enfin révéler l’identité véritable du tueur légendaire.

Les analyses ADN avancées menées sur le châle retrouvé sur la scène du crime ont permis de remonter la trace d’un suspect longtemps évoqué mais jamais confirmé : Aaron Kosminski, un barbier polonais ayant immigré à Londres à la fin du XIXe siècle. Grâce à des techniques de génétique médico-légale modernes, les scientifiques ont comparé l’ADN extrait du tissu avec celui d’un descendant direct de Kosminski. Le verdict est sans appel : une correspondance génétique parfaite, un niveau de certitude rarement atteint dans ce type d’enquête historique.

Pour Russell Edwards, cette découverte marque un tournant dans l’histoire de l’affaire Jack l’Éventreur. Il affirme que ce résultat confirme définitivement l’identité du tueur, apportant enfin une réponse claire à plus de 130 ans de spéculations. Bien que cette révélation ne puisse pas conduire à une condamnation, Edwards considère qu’il s’agit d’une forme de justice symbolique pour les victimes et leurs descendants, mettant un point final à l’un des plus grands mystères criminels de l’histoire. [...]

Un suspect protégé par des forces occultes ?

Russell Edwards avance une hypothèse troublante : Aaron Kosminski n’aurait pas seulement échappé à la justice par manque de preuves, mais aussi grâce à une protection influente. Selon lui, le barbier polonais entretenait des liens avec des membres haut placés de la franc-maçonnerie, une organisation particulièrement puissante dans l’Angleterre victorienne, où de nombreux représentants de la police, de la politique et du système judiciaire étaient affiliés.

L’historien va plus loin en soulignant des similitudes frappantes entre les mutilations infligées aux victimes et certains rites initiatiques maçonniques. Il évoque notamment des pratiques symboliques où l’on retrouve des éléments rappelant les atrocités commises sur les victimes de Jack l’Éventreur. Cette théorie suggère que la police aurait sciemment étouffé l’affaire, soit par loyauté envers la fraternité, soit pour éviter un scandale qui aurait ébranlé les hautes sphères du pouvoir.

Lire l'article de Simon Kabbaj :


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Les liens de Jack l'éventreur avec la Loge d’Israël


En 2014, le Daily Mail révélait en exclusivité comment le détective amateur Russell Edwards avait identifié un certain Aaron Kosminski, un immigrant juif de Pologne, comme le tueur légendaire.

Une décennie plus tard, le Daily Mail peut désormais révéler d'autres preuves étonnantes sur la façon dont les liens jusqu'alors inconnus de Kosminski avec les francs-maçons ont motivé ses meurtres sadiques - et comment ses connexions maçonniques l'ont protégé des forces de l'ordre, malgré la conviction généralisée au sein de la police que Kosminski était en effet l'éventreur meurtrier.

De plus, grâce à une technologie de pointe, Edwards a créé une photographie étonnamment détaillée du tueur en série le plus notoire de l’histoire britannique.

Après 137 ans, le dernier livre de Russell Edwards dévoile la conspiration du silence qui protégeait Kosminski. L’affaire qui a glacé le sang de l’opinion publique britannique pendant un siècle est enfin résolue. [...]

En février 2023, une série de photographies atterrit dans la boîte de réception d’Edwards. L’une d’entre elles en particulier attira son attention. On aurait dit une photo de classe : 15 hommes – tous habillés de la même manière, en costume, avec un survêtement fluide et de remarquables moustaches en guidon – regardent droit vers l’objectif. Il s’agissait des membres de la Loge d’Israël, un ordre de la franc-maçonnerie créé pour les immigrants juifs en Grande-Bretagne.

Parmi le groupe d'hommes se trouvait le frère aîné de Kosminski, Isaac, un riche tailleur qui s'installa à Londres en avril 1870 avant de changer son nom en Abrahams.

Mais quel rapport avec les meurtres commis par Aaron Kosminksi ?

Dans l'ancien code maçonnique, la figure allégorique du « Maître Maçon », Hiram Abiff, a été tué par trois assassins connus sous le nom de « Les Juifs » pour avoir refusé de livrer ses secrets.

Cette fable a donné lieu à la création des trois « serments de sang » maçonniques actuels, qui décrivent chacun de manière explicite des mutilations corporelles. Le premier serment comprend la phrase : « Que ma gorge soit tranchée, ma langue arrachée... ». Le deuxième proclame : « Que mon sein gauche soit déchiré et mon cœur et mes organes vitaux retirés ... » Et le troisième : « Que mon corps soit coupé en deux... »

En comparant ces serments aux meurtres de Whitechapel, Russell Edwards en a déduit que Jack l'Éventreur ne mutilait pas au hasard ses victimes, mais exécutait les instructions énoncées dans ces serments maçonniques.

Le rôle des francs-maçons ne s'arrête pas là. Edwards reconnaît dans son nouveau livre qu'il y a toujours eu « une allusion ou une référence à une dissimulation de la part des francs-maçons » pour protéger Kosminski. Les liens d'Aaron Kosminski avec la Loge maçonnique d'Israël expliquent pourquoi il a été enfermé dans un asile plutôt que d'être arrêté et poursuivi publiquement.

Les francs-maçons juifs ne voulaient pas d'une enquête pouvant provoquer une vague d'antisémitisme. Ils ont donc dissimulé les crimes de l'Éventreur et créé un mystère qui a été élucidé après plus d'un siècle.

Daily Mail:
Jack The Ripper: The astonishing Freemason connection that explains his motive and a 136-year cover-up - as his real face is unmasked for the first time

Who is Aaron Kosminski? The Polish barber who died in a lunatic asylum who is thought to be Jack The Ripper

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Le frère d'Aaron, Isaac, était membre de la Loge d'Israël à Londres. Il fut initié le 30 décembre 1884, passa au deuxième degré le 24 mars 1885, fut élevé au troisième degré le 28 avril 1885 et reçut son certificat le 26 juin 1885. Il était décrit comme un fabricant de manteaux, âgé de 35 ans, domicilié au 34 Plummer Row, Commercial Road.




jeudi 29 janvier 2026

Jacques Ellul, prophète du système technicien

 

Dès les années 1950, Jacques Ellul analysait la Technique comme un système autonome, soustrait à toute délibération démocratique et imposant sa logique propre aux sociétés humaines. À l’heure de la domination des algorithmes, des IA et du transhumanisme, sa pensée est plus actuelle que jamais.



par Julien Chassereau


« Je m’étais posé la question suivante : “Si Marx vivait en 1940, quel serait pour lui l’élément fondamental de la société, celui sur lequel il centrerait sa réflexion ?” Au XIXe siècle, où l’économie était décisive, la formation du capitalisme était cet élément le plus significatif. De nos jours, ce n’est plus l’économie mais la technique. » - Jacques Ellul, Madeleine Garrigou-Lagrange, À temps et à contre- temps, entretiens, 1981

Jacques Ellul naît dans une famille atypique. Son père est employé de commerce d’origine serbo-italienne et de convictions voltairiennes, sa mère est protestante non pratiquante d’ascendance portugaise. Il connaît la pauvreté durant la Grande Dépression (1929-1939), une période qui marque le jeune homme. Il découvre Marx à dix-neuf ans. Cette lecture, confiera-t-il, « a véritablement changé toute ma vision du monde » (À temps et à contre-temps, entretiens, 1981). La même année, il se convertit au protestantisme. Ces deux événements fondateurs, Marx et la foi, structureront toute son œuvre en une dialectique permanente.

En 1935, avec son ami Bernard Charbonneau, il rédige les Directives pour un manifeste personnaliste, texte visionnaire qui pose dès cette époque le diagnostic central de toute son œuvre. La thèse 21 du manifeste est sans appel : « la technique domine l’homme et toutes les réactions de l’homme. Contre elle, la politique est impuissante : l’homme ne peut gouverner parce qu’il est soumis à des forces irréelles bien que matérielles ». Près de quarante ans avant les travaux du Club de Rome, les deux amis gascons proposaient déjà une limitation volontaire de la croissance.

Le Club de Rome : une alerte mondiale venue du MIT

En avril 1968, un groupe d’industriels, de scientifiques et de hauts fonctionnaires se réunit à Rome à l’initiative d’Aurelio Peccei, ancien cadre de Fiat et d’Olivetti, et d’Alexander King, directeur scientifique de l’OCDE. Le « Club de Rome » est né. Il commande aussitôt une étude au prestigieux Massachusetts Institute of Technology (MIT).

Le rapport paraît en 1972 sous le titre The Limits to Growth (traduit en français, avec un point d’interrogation qui n’existe pas dans l’original, par Halte à la croissance ?).

Rédigé par Donella et Dennis Meadows avec Jorgen Randers et William Behrens, il s’appuie sur un modèle informatique de simulation (World3) pour démontrer qu’une croissance exponentielle dans un monde aux ressources finies conduit inévitablement à l’effondrement.

L’ironie de l’histoire veut que deux jeunes Bordelais inconnus aient posé le même diagnostic trente-sept ans plus tôt, dans un bulletin de province diffusé à quelques dizaines d’exemplaires. Sans ordinateur, sans financement ni label MIT, Ellul et Charbonneau avaient écrit en 1935 : « la synthèse entre un progrès indéfini de la liberté et une croissance sans fin du confort est une utopie. » Leur appel à une « cité ascétique » et à une « limitation volontaire de la croissance » n’a jamais atteint le grand public. Comme le note Patrick Troude-Chastenet, « ce souci de limitation volontaire de la croissance anticipe de trente-cinq ans au minimum le fameux rapport Meadows » (« Les racines écologistes l’émergence de la pensée d’Ellul », site de l’Association Internationale Jacques Ellul).

Le Club de Rome existe toujours. En 2012, une actualisation du rapport confirmait que le monde avait suivi le scénario « business as usual », celui qui mène à l’effondrement. En 2022, pour le cinquantenaire, Dennis Meadows déclarait : « Il y aura plus de changements - sociaux, économiques et politiques - dans les vingt ans à venir que durant le siècle passé ».

Agrégé de droit en 1943, résistant actif (« il renseigne le maquis, cache des prisonniers évadés ou des amis juifs, leur procure de faux papiers et les aide à passer en zone libre », Association internationale Jacques Ellul), professeur à l’Institut d’études politiques de Bordeaux de 1947 à 1980, Ellul mène une double carrière de juriste et de théologien. Cette dualité irrite ses pairs universitaires, qui peinent à le classer. Elle lui permet pourtant de penser globalement là où d’autres se spécialisent, et de pousser sa critique jusqu’à ses extrêmes conséquences : d’un milieu technique qui s’interpose entre l’homme et la nature, devenant notre nouvel environnement.

« Ces deux versants de l’œuvre d’Ellul, sociologique et théologique, s’articulent très étroitement, de manière dialectique. C’est parce qu’Ellul a le souci du fait, des chiffres et de la réalité concrète, en tant que juriste et sociologue, que sa théologie est incarnée, en prise avec les réalités de notre temps. Inversement, c’est parce qu’Ellul est chrétien et théologien, parce qu’il a une espérance, qu’il a pu mener ses études critiques sur la société moderne jusqu’à leurs extrêmes conséquences sans, comme il le dit lui-même, arrêter ses recherches ou se suicider. » - Frédéric Rognon, « Jacques Ellul voit dans la Bible un message anarchiste », Philitt, 2019

La Technique comme système autonome

Sur la technique, Ellul déploie sa réflexion à travers une multitude d’articles et surtout trois ouvrages majeurs : La Technique ou l’Enjeu du siècle (1954), Le Système technicien (1977), et Le Bluff technologique (1988). D’un ouvrage à l’autre, le diagnostic s’affine mais la thèse demeure et se renforce : ce qui caractérise notre époque n’est pas la machine en tant que telle, mais l’émergence d’un « phénomène technique », qu’il définit comme « la recherche en toutes choses de la méthode absolument la plus efficace » (La Technique ou l’Enjeu du siècle). Ce faisant, Ellul ne désigne pas l’efficacité artisanale (celle du potier qui maîtrise son tour, du verrier qui dompte le verre en fusion ou encore celle du typographe qui justifie sa ligne d’un geste) ; cette efficacité-là, subordonnée au savoir-faire de l’artisan, n’a jamais posé problème. Ce qu’Ellul vise, c’est une efficacité d’un autre ordre : rationnelle, calculable, optimisable. C’est ce que l’économie contemporaine nommerait plutôt l’efficience. La recherche du « one best way » (la méthode unique et optimale héritée du taylorisme), qui ne vise plus seulement à atteindre un résultat, mais à l’atteindre avec le meilleur rapport moyens/résultats, quelles qu’en soient les conséquences humaines ou morales.

« La technique est précisément un moyen qui doit atteindre mathématiquement son résultat, elle a pour objet d’éliminer toute la variabilité, l’élasticité humaines. […] Il ne faut pas que l’homme ait quoi que ce soit de décisif à faire au cours des opérations, car c’est de lui que vient l’erreur. » - Jacques Ellul, La Technique ou l’Enjeu du siècle, 1954

De l’outil à la Technique : un renversement historique

Ellul distingue soigneusement la machine, la technique et ce qu’il nomme « la Technique » avec une majuscule.

La machine n’est que « la forme la plus spectaculaire et grossière » d’un phénomène bien plus vaste. Car ce qui caractérise la Technique moderne, ce n’est pas l’outil ou la machine en tant que tels (l’homme a toujours eu des outils et l’outil traditionnel prolongeait la main sans transformer le monde), c’est l’extension du critère d’efficacité à tous les domaines de l’existence : organisation du travail, gestion des populations, éducation, loisirs, relations humaines.

La Technique moderne opère donc un véritable renversement historique. Elle n’est plus un instrument docile mais « a maintenant pris une autonomie à peu près complète à l’égard de l’homme et même à l’égard de la machine ; obéissant à ses propres lois, elle est devenue le principe d’organisation de toutes nos sociétés » (La Technique ou l’Enjeu du siècle). La technique, qui fut longtemps subordonnée aux fins que lui assignaient les sociétés humaines, se développe désormais selon sa propre logique, indépendamment des volontés individuelles ou collectives.

Dans Le Système technicien, Ellul précise encore sa pensée et théorise que nous sommes passés d’un ensemble de techniques séparées à un véritable système, c’est-à-dire « un ensemble d’éléments en relation les uns avec les autres de telle façon que toute évolution de l’un provoque une évolution de l’ensemble ».
« C’est l’ordinateur qui permet au système technicien de s’instituer définitivement en système. » - Jacques Ellul, Le Système technicien, 1977

L’informatique joue ici un rôle décisif ; elle devient la « technique des techniques », celle qui permet d’unifier tous les sous-systèmes techniques en un tout cohérent et autorégulé : les réseaux téléphoniques, aériens, de production et de distribution d’énergie, les réseaux bancaires... Avant elle, ces sous-systèmes coexistaient sans vraiment communiquer. L’informatique les fait système. Ce que nous appelons aujourd’hui « technologie » (terme qu’Ellul jugeait impropre) n’est que l’expression visible de ce système englobant. Ainsi, aujourd’hui, une pénurie de semi-conducteurs taïwanais paralyse simultanément l’industrie automobile allemande, les hôpitaux américains et les consoles de jeux japonaises. Une panne de serveurs Amazon bloque des milliers de sites, d’applications, de services publics. Le système ne connaît plus de frontières entre ses éléments : tout se tient, et tout peut s’effondrer ensemble.

Les huit caractères du phénomène technique

Dans Introduction à Jacques Ellul (2019) Patrick Chastenet, spécialiste d’Ellul, identifie huit caractéristiques du « phénomène technique ».

- La rationalité : le mécanisé, le standardisé, le normé remplacent l’irrationnel, le spontané et le personnel.

- L’artificialité : la technique s’oppose au milieu naturel qu’elle subordonne puis détruit sans lui permettre de se reconstituer.

- L’automatisme : le choix se fait a priori sur le seul critère de la plus grande efficacité, sans autre type de considérations. Dans tous les domaines, le choix authentique n’existe plus car la technique absorbe et convertit le non-technique.

- L’auto-accroissement : chaque invention en amène une autre qui rend encore un peu plus irréversible le processus de technicisation. C’est une progression géométrique car chaque découverte a des répercussions dans son propre domaine mais aussi dans les autres branches.

- L’unicité de la technique, qui interdit le tri entre les « bonnes » et les « mauvaises » techniques. C’est une illusion de croire en la possibilité de supprimer les aspects négatifs d’une technique tout en la conservant (raison pour laquelle Ellul contestait l’antienne « ce n’est pas la technique qui est mauvaise, c’est l’usage que l’homme en fait »).

- L’enchaînement des techniques : les techniques s’appellent les unes les autres ; les précédentes rendent nécessaires les suivantes (l’industrialisation provoque l’exode rural, qui provoque la concentration urbaine, qui nécessite des techniques de distraction comme le cinéma, etc.).

- L’universalisme : le phénomène technique s’étend à la fois à toute la surface du globe et à tous les domaines de la vie sociale.

- L’autonomie : la technique est indépendante de la morale. Si une technique est efficace, elle sera nécessairement utilisée un jour ou l’autre.

De cette autonomie découle une impasse : les sociétés humaines ne parviennent pas à corriger les dysfonctionnements du système technique parce que les seuls instruments de correction dont elles disposent sont eux-mêmes techniques. C’est ce qu’Ellul appelle l’« absence de feed-back ». L’étude d’impact environnemental en offre un exemple frappant : procédure censée limiter les dégâts écologiques des grands projets, elle finit presque toujours par légitimer ce qu’elle devait évaluer, parce qu’elle est elle-même conçue selon les critères d’efficacité du système (délais, coûts, expertise quantifiable) et ne pose jamais la question « faut-il faire ce projet ? », mais seulement « comment le faire avec le moins de dégâts mesurables ? ». De même pour les algorithmes de modération des réseaux sociaux (outils techniques censés corriger les effets délétères des plateformes ; haine, désinformation) : ils ne posent jamais la question « faut-il garder ces plateformes ? », mais seulement « comment supprimer le plus de contenus problématiques, le plus vite possible ? », créant au passage de nouveaux dysfonctionnements (censure arbitraire, contournements) qui appelleront à leur tour de nouvelles solutions techniques.

En somme, on ne corrige pas la Technique avec des outils qui lui obéissent.

C’est pourquoi, note Ellul, « l’autonomie de la technique produit ainsi l’amoralisation de l’homme » (Le Système technicien, 1977) : non pas que les hommes deviennent immoraux, mais que les questions morales sont progressivement expulsées du champ des décisions effectives.

La loi de Gabor : l’inexorable réalisation du possible

Dennis Gabor (Gábor Dénes), physicien hongrois naturalisé britannique et inventeur de l’holographie (qui lui vaudra le prix Nobel de physique en 1971), a formulé ce qu’on appelle désormais la « loi de Gabor » : « Tout ce qui est techniquement possible sera nécessairement réalisé. » Cette loi, qu’Ellul cite abondamment, cristallise la thèse de l’autonomie de la technique. Elle signifie que la possibilité technique crée l’obligation de sa réalisation, non par décret politique, mais par la logique même du système.

Le philosophe Hans Jonas, dans Le Principe responsabilité (1979), reprend cette idée avec force : « Il n’y a plus de distinction entre posséder un pouvoir d’agir et l’exercer ». Aristote écrivait que « cet architecte n’est construisant qu’autant qu’il construit cette maison » (Métaphysique, IVe siècle av. J.-C) : l’architecte peut savoir bâtir sans bâtir, la compétence n’oblige pas à l’exercice. Dans le système technicien, cette distinction s’effondre. Ce qui peut être fait sera fait. La possibilité technique vaut, en définitive, réalisation. L’arsenal nucléaire, le clonage, la manipulation génétique, et aujourd’hui l’intelligence artificielle sont autant d’illustrations de cette loi implacable.

La loi de Gabor à l’œuvre

La bombe atomique

Le 16 juillet 1945, dans le désert du Nouveau-Mexique, l’explosion de Trinity inaugurait l’ère nucléaire. Trois semaines plus tard, Hiroshima était rayée de la carte, puis Nagasaki. Entre-temps, des scientifiques du projet Manhattan avaient adressé une pétition au président Truman pour empêcher l’usage de la bombe sur des populations civiles. Léo Szilard, l’un des physiciens à l’origine du projet, avait recueilli soixante-dix signatures. La pétition n’est jamais parvenue au président (bloquée dans les circuits administratifs, elle a été classée « secret défense » pendant des décennies). Robert Oppenheimer, le directeur scientifique du projet, confia plus tard avoir pensé à ce vers de la Bhagavad-Gita au moment de l’explosion : « Je suis devenu la Mort, le destructeur des mondes ». Mais les scrupules n’ont rien empêché. La bombe existait et elle a été utilisée.

Le clonage

La brebis Dolly a vu le jour le 5 juillet 1996 à l’Institut Roslin, en Écosse. Premier mammifère cloné à partir d’une cellule adulte, elle est devenue instantanément le symbole d’une frontière franchie. Les comités d’éthique du monde entier s’étaient alarmés, les religions avaient condamné, les législateurs avaient légiféré dans l’urgence. Mais la technique était désormais disponible, accessible à quiconque dispose d’un laboratoire suffisamment équipé. Vingt-deux ans plus tard, en novembre 2018, le chercheur chinois He Jiankui annonce la naissance de Lulu et Nana, deux jumelles dont il a modifié le génome in utero à l’aide de la technique CRISPR-Cas9 : les premiers bébés humains génétiquement modifiés de l’histoire. L’objectif était de les rendre résistantes au virus du sida. La communauté scientifique internationale fut horrifiée et He Jiankui condamné à trois ans de prison par les autorités chinoises. Mais le geste a bien eu lieu. Et l’on peut craindre que d’autres, quelque part, prendront le relais, voire que l’on estime un jour nécessaire de s’y mettre à notre tour : pour éradiquer les maladies héréditaires, pour « augmenter » les capacités cognitives, ou simplement pour ne pas être dépassé par des nations concurrentes moins scrupuleuses. Ce qui fait scandale aujourd’hui deviendra peut-être la norme de demain.

La reconnaissance faciale de masse

En 2014, une petite start-up américaine nommée Clearview AI commence à aspirer des milliards de photographies sur Internet (via Facebook, Instagram, LinkedIn, sites personnels, etc.) sans le consentement de quiconque. Son logiciel permet d’identifier un visage en quelques secondes en le comparant à cette base de données colossale. En 2020, une enquête du New York Times a révélé que des centaines de services de police américains utilisent déjà l’outil. La police de New York a utilisé la reconnaissance faciale contre les manifestants Black Lives Matter en 2020. Et Clearview AI travaille avec des centaines de services de police américains. En Europe, les autorités de protection des données condamnent, mais la technique est bien déployée. En France (d’après La Quadrature du Net) la police utilise la reconnaissance faciale via un fichier qui recense 19 millions de personnes : on dénombre 375 000 requêtes par an via le fichier TAJ, et plus de 1 000 traitements par jour. En Allemagne, la police a surveillé les manifestants anti-G20 à Hambourg. À Londres, la police l’expérimente dans les rues. Et en Chine, la reconnaissance faciale est déjà intégrée aux systèmes de crédit social.

De Pékin à New York en passant par Hambourg, Moscou, Paris ou Londres, la reconnaissance faciale quadrille déjà l’espace public. La possibilité technique a créé sa propre légitimité.

L’intelligence artificielle générative

Le 22 mars 2023, une lettre ouverte publiée par le Future of Life Institute demande un moratoire de six mois sur l’entraînement des modèles d’IA plus puissants que GPT-4. Parmi les signataires, on compte Elon Musk, le cofondateur d’Apple Steve Wozniak et des centaines de chercheurs en intelligence artificielle. Le texte alerte sur les « risques majeurs pour la société et l’humanité » que représentent ces systèmes. Il demande une pause, le temps d’élaborer des protocoles de sécurité partagés. La lettre recueille plus de 30 000 signatures. Mais aucun gouvernement n’a légiféré, aucune entreprise ne ralentit. Six mois plus tard, GPT-4 est déjà dépassé par de nouveaux modèles. OpenAI, Google, Anthropic, Meta, Mistral… la course continue, plus intense que jamais. Les investissements se comptent en dizaines de milliards de dollars. Le moratoire n’a même pas fait l’objet d’une discussion officielle. La loi de Gabor, une fois de plus, s’est imposée sans avoir besoin de s’énoncer.

Chaque fois, on observe la même séquence : la possibilité technique précède toute délibération ; les alertes, les pétitions et les moratoires arrivent trop tard ; la compétition mondiale (entre États, entre laboratoires, entre investisseurs) l’emporte toujours sur les scrupules. Ce n’est pas que les hommes soient particulièrement cyniques ou inconscients. C’est que le système dans lequel ils opèrent ne leur laisse pas le choix : celui qui s’arrête est dépassé, celui qui délibère est devancé, celui qui renonce cède la place à un concurrent moins scrupuleux. La technique ne demande pas la permission.

Certains objectent que des techniques possibles n’ont pas été réalisées (on aurait pu créer des humains transgéniques, et on ne l’a pas fait). Mais une formulation plus précise de la loi de Gabor lui redonnerait sans doute définitivement raison : « tout ce qui est techniquement possible et rentable sera réalisé. » Car la compétition mondiale des laboratoires et des appétits financiers finit toujours par l’emporter sur les moratoires. Rares sont les interdictions éthiques qui résistent durablement à la pression combinée de l’efficacité et du profit.

L’intelligence artificielle et le transhumanisme : le système technicien à son paroxysme


L’essor vertigineux de l’intelligence artificielle depuis 2022 et les promesses transhumanistes (augmentation cognitive, allongement radical de la vie, fusion homme-machine) procèdent d’une même logique et d’un même milieu. Ce n’est pas un hasard si les deux mouvements émanent des mêmes acteurs, les géants de la Silicon Valley (OpenAI, Google, Meta, Neuralink) : derrière les discours sur le progrès de l’humanité, ce sont des entreprises privées, financées par du capital-risque (entreprises privées, financées par des investisseurs qui exigent une croissance rapide et des rendements massifs), dirigées par des milliardaires libertariens qui affichent ouvertement leur défiance envers toute régulation publique. Peter Thiel, cofondateur de PayPal et de Palantir, investisseur dans les technologies de prolongation de la vie, le dit sans détour : « je ne crois plus que liberté et démocratie soient compatibles ». Elon Musk, qui promet de fusionner le cerveau humain avec l’ordinateur via Neuralink, contourne systématiquement les régulateurs. Marc Andreessen, l’un des financiers les plus influents de la tech, a publié en 2023 un manifeste où l’État est présenté comme l’ennemi, la bureaucratie comme un frein à abattre, et l’accélération technologique comme une fin en soi.

Ce libertarianisme n’est pas accessoire, il est constitutif du projet. L’IA comme le transhumanisme visent à échapper à tout contrôle (démocratique, étatique, et finalement humain). Et quand les parlements légifèrent, c’est après coup, toujours en retard d’une innovation. Ainsi le règlement européen sur l’IA (AI Act), adopté en 2024, tente de réguler des technologies qui auront muté avant même son entrée en application. Les questions fondamentales - veut-on d’une société où les décisions judiciaires sont assistées par des algorithmes ? où les diagnostics médicaux sont délégués à des machines ? où la création artistique est générée par des modèles statistiques ? où le corps humain devient un matériau à optimiser ? - n’ont jamais été soumises au débat public. La technique avance et c’est finalement la société qui s’adapte. Raymond Kurzweil, théoricien de la « singularité » et directeur de l’ingénierie chez Google, annonce l’avènement d’une intelligence artificielle « générale » dépassant les capacités humaines. Les transhumanistes promettent l’immortalité, le téléchargement de la conscience, l’humain « augmenté ». Qui a voté pour ce programme ? Personne. La compétition mondiale entre laboratoires et l’appétit des investisseurs tiennent lieu de délibération.

Or, comme Ellul l’avait souligné, la technique n’est jamais neutre. Elle est ambivalente. Car toute innovation produit simultanément, et de façon indissociable, des effets positifs et des effets délétères. Ce qu’on nous vend a sa face obscure, qu’on nous vend beaucoup moins. L’IA promet des gains de productivité mais elle détruit des emplois par millions et déshumanise les relations (qui n’a pas pesté contre un chatbot de service client ?). Elle promet l’accès au savoir mais en pensant à la place de celui qui l’interroge, elle le dépossède du processus même par lequel un savoir se construit et se maîtrise ; sans oublier qu’elle favorise la prolifération de fausses informations souvent indétectables (a fortiori par des esprits qui ne savent plus être critiques). Le transhumanisme promet l’allongement de la vie, mais il prépare des situations tragiques de dépendance médicale et creuse l’écart entre ceux qui pourront s’offrir l’« augmentation » et les autres. Il promet de « connecter » les cerveaux mais il accélère l’atomisation des individus, la disparition des liens incarnés, l’effacement de ce qui fait une communauté humaine.

La sacralisation de la technique

L’analyse d’Ellul serait incomplète sans sa dimension théologique. Dans Les Nouveaux Possédés (1973), il montre que « ce n’est pas la technique qui nous asservit, mais le sacré transféré à la technique, qui nous empêche d’avoir une fonction critique et de la faire servir au développement humain ». La technique moderne a désacralisé la nature ; mais loin de produire un monde désenchanté, elle s’est elle-même constituée en nouveau sacré.

Cette sacralisation explique pourquoi toute critique de la technique est immédiatement taxée de « technophobie » ou de passéisme. Elle explique aussi la fascination quasi religieuse pour l’IA, les promesses millénaristes du transhumanisme, l’attente eschatologique de la « singularité ». La technique capte nos désirs les plus archaïques, nos espérances les plus profondes. « L’homme n’est absolument pas libre de sacraliser ou non la technique », écrit Ellul : « il ne peut pas s’empêcher de reconstruire un sens de la vie à partir d’elle. »

On connaît la formule apocryphe attribuée à Malraux : « le XXIe siècle sera religieux ou ne sera pas » (soit l’humanité retrouve une spiritualité qui donne sens à son existence, soit elle disparaît). Ellul retourne la formule et annonce que « le XXIe siècle sera religieux et, de ce fait, il ne sera pas ». Pour Ellul, en effet, le siècle sera religieux (car la technique est devenue notre nouveau sacré), mais c’est précisément cette religion qui causera sa perte. Car si les religions traditionnelles imposaient des limites, des tabous, des interdits (et, par-là, protégeaient certaines choses du désir de maîtrise humain), la religion de la technique, elle, sacralise la puissance elle-même, l’expansion illimitée. Et c’est pourquoi elle pourrait bien nous détruire.

Jacques Ellul meurt le 19 mai 1994 à Pessac. Son pessimisme apparent découlait d’une lucidité. Il voyait clairement ce que la plupart de ses contemporains refusaient de voir. Mais si ce pessimisme n’était pas du désespoir, la seule issue, pour Ellul, réside dans la « profanation » de la technique, c’est-à-dire sa désacralisation. Non pas la détruire (ce qui sans doute est impossible), mais lui retirer son caractère de fatalité, son aura de nécessité. Réintroduire la délibération là où règne l’automatisme. Poser la question des fins avant celle des moyens. S’opposer à la loi de Gabor en prenant conscience et en réaffirmant que tout ce qui est possible n’est pas souhaitable. Il ne s’agit pas de refuser le progrès technique, mais de refuser qu’il se déploie sans délibération citoyenne. Il ne s’agit pas de diaboliser les algorithmes, mais d’exiger qu’ils soient transparents, auditables, et soumis au contrôle démocratique. Il ne s’agit pas de nier l’utilité de certaines applications de l’IA, mais de décider collectivement lesquelles nous voulons et dans quelles conditions. En un mot, la profanation de la technique n’est pas une nostalgie, c’est un programme : celui d’une indispensable reprise en main citoyenne, de la réaffirmation que la souveraineté appartient au peuple, pas aux systèmes.



mercredi 28 janvier 2026

Aristote explique comment les tyrans se maintiennent au pouvoir




Aristote :

“Quant aux tyrannies, elles se maintiennent selon deux méthodes radicalement opposées. La première est la méthode traditionnelle que la plupart des tyrans appliquent pour gouverner. On attribue à Périandre de Corinthe la maîtrise de cet art, et l’on retrouve des procédés similaires chez les Perses dans l’administration de leur empire. Parmi ces moyens – déjà mentionnés plus haut pour assurer la survie de la tyrannie autant que possible – on trouve les suivants :

Le tyran doit abattre ceux qui s’élèvent trop haut ; mettre à mort les hommes au caractère élevé ; interdire les repas en commun, les associations, l’éducation et tout ce qui s’y rapporte ; se méfier de tout ce qui pourrait inspirer du courage ou de la confiance aux sujets ; prohiber les cercles littéraires, les réunions de discussion et tout rassemblement ; empêcher par tous les moyens que les gens apprennent à se connaître (car la familiarité engendre la confiance réciproque). Il doit également obliger tous les habitants de la cité à se montrer en public et à vivre sous ses yeux, près de ses portes ; ainsi il saura exactement ce qu’ils font. Tenus constamment sous pression et abaissés, ils apprendront l’humilité.

En résumé, il doit mettre en œuvre ces pratiques et d’autres du même genre, de type perse ou barbare, toutes orientées vers le même but.

Le tyran doit aussi s’efforcer de tout savoir sur ce que disent et font ses sujets : il emploie des espions – comme les « détectives féminines » de Syracuse ou les agents secrets que Hiéron envoyait dans tous les lieux de rencontre – car la peur des dénonciateurs empêche les gens de parler librement, et quand ils le font, ils sont vite repérés.

Autre procédé : semer la discorde entre les citoyens – dresser les amis les uns contre les autres, le peuple contre les notables, les riches entre eux. Il doit également appauvrir ses sujets : cela les empêche d’entretenir une garde personnelle, et, accablés par le travail, ils n’ont plus le temps de comploter. Les pyramides d’Égypte en sont un exemple, de même que les offrandes de la famille des Cypsélides, la construction du temple de Zeus Olympien par les Pisistratides, ou les grands monuments de Polycrate à Samos : tous ces travaux visaient à occuper le peuple et à le maintenir dans la pauvreté.

Les tyrans multiplient aussi les impôts, comme Denys à Syracuse, qui organisa les choses pour que ses sujets versent au trésor public la totalité de leurs biens en cinq ans. Ils aiment également faire la guerre afin que leurs sujets aient toujours une occupation et restent dans le besoin d’un chef.

Alors que le pouvoir d’un roi repose sur ses amis, celui du tyran se caractérise par la méfiance envers ses propres amis : il sait que tout le monde veut le renverser, et que ses proches surtout en ont les moyens.

Enfin, les pratiques les plus extrêmes et les plus vicieuses de la démocratie se retrouvent toutes dans la tyrannie : on donne du pouvoir aux femmes dans leur foyer pour qu’elles dénoncent leurs maris, on accorde une grande liberté aux esclaves pour qu’ils trahissent leurs maîtres – car ni les esclaves ni les femmes ne conspirent contre les tyrans ; au contraire, ils leur sont favorables, comme aux démocraties extrêmes, car ils y jouissent d’une vie agréable.

Le peuple lui-même aspire en quelque sorte à être souverain unique ; c’est pourquoi, dans les démocraties comme sous les tyrans, le flatteur est honoré : là c’est le démagogue, ici ce sont ceux qui s’abaissent servilement devant le tyran – ce qui est le propre de la flatterie.

C’est pourquoi les tyrans affectionnent particulièrement les hommes vils : ils aiment être flattés, mais aucun homme libre et fier n’acceptera de flatter ; les gens de bien aiment autrui ou du moins ne s’abaissent pas à la flatterie. De plus, les méchants sont utiles pour de mauvaises besognes : « un clou chasse l’autre », dit le proverbe.

Le tyran déteste quiconque possède de la dignité ou de l’indépendance ; il veut être le seul à briller. Celui qui revendique une dignité égale ou affirme son indépendance empiète sur son privilège et devient à ses yeux un ennemi de son pouvoir. Autre signe caractéristique : il préfère les étrangers aux citoyens ; il vit avec eux, les invite à sa table – car les citoyens sont des ennemis potentiels, tandis que les étrangers n’entrent pas en rivalité avec lui.

Tels sont les traits du tyran et les moyens qu’il emploie pour conserver son pouvoir ; aucune bassesse ne lui est étrangère.

Tout ce que nous avons dit se résume en trois grands objectifs du tyran :

1. humilier ses sujets (un homme abaissé ne conspire contre personne) ;

2. semer la méfiance entre eux (le tyran n’est renversé que lorsque les hommes commencent à se faire confiance) ;

3. les priver de toute force et de tout pouvoir.”

Péonia.


mardi 27 janvier 2026

Merci, monsieur Trump !



En réalité, les Espagnols, les Européens et, plus généralement, l’humanité tout entière devraient exprimer leur gratitude envers l’actuel président des États-Unis, M. Donald Trump, car, pour la première fois depuis des décennies, un haut dirigeant occidental daigne s’adresser aux citoyens ordinaires, et ce, via les réseaux sociaux, qui sont directement consultés par les citoyens ordinaires, comme s’ils étaient des adultes et non des mineurs.

M. Trump commet exactement le même type d’actes répréhensibles que l’on peut attendre de la classe politique : il attaque, détruit, vole. Cependant, il n’appelle pas cela la démocratie, les droits de l’homme, la solidarité ou l’intérêt général, mais affirme simplement qu’il est le maître, qu’il peut prendre ce qu’il veut, que nous lui devons tous obéissance et que si nous ne nous plions pas à ses exigences, et non à ses demandes, il nous causera du tort et nous rayera même de la carte. Il affirme que détruire des peuples et s’emparer de leurs ressources est une bonne chose pour celui qui le fait et que personne ne peut ni ne doit s’opposer à ses plans. Il loue ceux qui sont suffisamment forts pour avoir leur propre souveraineté et méprise les faibles, peu importe qu’ils se disent ses amis : il les méprise de la même

Dans le cas du Venezuela, avec l’enlèvement de son président Maduro, il a une fois de plus imposé sa volonté, sans en informer non seulement la communauté internationale, mais même le Congrès des États-Unis, qui est le siège de la souveraineté populaire qu’il est censé représenter lui-même. Rien ne l’a freiné et il est peu probable que ce Congrès puisse freiner quoi que ce soit, tout comme le parlement espagnol ou tout autre parlement européen est tout simplement incapable de freiner la dérive belliciste contre la Russie imposée à nos peuples pour les seuls intérêts américains. C’est tout un exercice de clarification que nous devons remercier Trump.

Le trumpisme est avant tout un exercice d’éducation et de vulgarisation populaire que toute personne dotée d’une intelligence moyenne peut percevoir. Le monde matériel serait fait de la matière que Nietzsche nous a révélée : la volonté de puissance qui niche dans l’âme de tout un chacun. Et le trumpisme est le nietzschéisme pour les masses.

Ce qui nous évite de perdre beaucoup du temps en explications. Trump représente la doctrine Monroe (l’Amérique pour les Américains) dans sa version étendue après la Seconde Guerre mondiale (1945) et encore plus après la guerre froide (1991) : les États-Unis sont la nation préférée de Dieu pour étendre le meilleur mode de vie à toute la planète, être le nouvel Israël, les maîtres paternalistes du genre humain.

Trump le reconnaît : nous sommes les maîtres parce que nous sommes les plus forts et nous sommes les plus forts parce que nous sommes les maîtres, et nous le démontrons également.

Tout projet alternatif à cette domination (le monde multipolaire) a besoin d’acteurs souverains capables de survivre. En revanche, ceux qui ne sont pas capables de vivre par eux-mêmes acceptent soit cette domination (le monde unipolaire) et combattent au service de l’empire américain en sanctionnant la Russie ou la Chine, soit s’y opposent en formant des alliances avec d’autres. Autrement dit, en formant des pouvoirs difficiles à ébranler tant sur le plan matériel (armes nucléaires, ressources énergétiques) que spirituel (idéologies antilibérales).

Tout le reste n’est que futilité, nous devons donc remercier Trump d’avoir clarifié la question, qui était presque toujours restée à un niveau philosophique et politique qualifié de complotiste : aujourd’hui, la « démocratie » et le « progrès » ont été réduits au rang de fétiches, ce qu’ils ont peut-être toujours été dans la caverne de Platon.

Jordi Garriga Clave.

Source : https://www.voxnr.fr/merci-monsieur-trump



lundi 26 janvier 2026

Theotokos : Comment la Déesse est devenue la Vierge Marie




par Laurent Guyénot


« Vous détruirez tous les lieux où les peuples que vous dépossédez auront servi leurs dieux, sur les hautes montagnes, sur les collines, sous tout arbre verdoyant. Vous démolirez leurs autels, briserez leurs stèles ; leurs pieux sacrés, vous les brûlerez, les images sculptées de leurs dieux, vous les abattrez, et vous effacerez leur nom en ce lieu »

Ainsi parla Yahvé aux Israélites, au sujet des peuples qu’ils devaient déposséder dans le pays de Canaan (Deutéronome 12:2-3). S’il y avait le moindre doute avant Constantin le Grand, lorsque les Chrétiens plaidaient la tolérance, il devint rapidement évident par la suite que le dieu du christianisme était bien le même dieu jaloux Yahvé. Les peuples vivant sous l’Empire romain au IVe siècle firent en effet l’expérience que christianiser signifiait détruire, démolir, briser, brûler, abattre et effacer tout ce qui était consacré à une autre divinité, masculine ou féminine, grande ou petite, urbaine ou rustique. Comme toutes les divinités étaient considérées comme des démons, la christianisation était essentiellement une vaste campagne d’exorcisme ; et comme les chrétiens croyaient, à l’instar des païens primitifs qu’ils méprisaient, que les dieux habitaient leurs temples et même leurs statues, exorciser signifiait démolir.

La démolition est une chose que l’archéologie a du mal à documenter. Une statue qui a été mise en pièces est difficile à retrouver et ne finira pas dans un musée à moins que la plupart des morceaux puissent être joliment recollés. L’« archéologie de la destruction » est donc une entreprise frustrante, mais c’est le type d’archéologie le plus instructif pour la christianisation de l’Empire romain. Et selon Eberhard Sauer, auteur de "The Archaeology of Religious Hatred in the Roman and Early Medieval World", « il ne fait aucun doute, sur la base des témoignages écrits et des preuves archéologiques, que la christianisation de l’Empire romain et de l’Europe au début du Moyen Âge a entraîné la destruction d’œuvres d’art à une échelle jamais vue auparavant dans l’histoire de l’humanité ».

La destruction des temples fut une des missions confiées aux gouverneurs et préfets sous Théodose le Grand (379-395). L’évêque saint Martin de Tours, est l’un des destructeurs de temples les plus célèbres de cette période. Dans la "Vita Martini" écrite par son disciple Sulpicius Severus, chaque destruction est une démonstration de pouvoir surnaturel. Lorsque Martin met le feu à un temple et que le feu se propage à une maison voisine, par exemple, Martin s’interpose et repousse les flammes par le signe de la croix. Dans un autre épisode, des anges armés protègent son équipe de démolition contre la colère des rustici. Après avoir été chassé par les villageois et beaucoup prié,

« Soudain, deux anges se tinrent devant lui, ressemblant à des guerriers célestes, avec des lances et des boucliers. Ils dirent que le Seigneur les avait envoyés pour mettre en déroute la foule des villageois et protéger Martin, afin que personne n’empêche la destruction du temple. Il devait donc retourner sur place et accomplir fidèlement la tâche qu’il avait entreprise. Il retourna donc au village et, tandis que des foules de païens observaient en silence, le sanctuaire païen fut rasé jusqu’à ses fondations et tous ses autels et images réduits en poussière ? »

Dans le monde merveilleux de l’hagiographie, la démolition est un miracle qui produit une conversion instantanée : « Cette vue convainquit les rustres que c’était par décret divin qu’ils avaient été stupéfaits et submergés par la terreur, de sorte qu’ils n’opposèrent aucune résistance à l’évêque ; et presque tous professèrent leur foi dans le Seigneur Jésus, proclamant à haute voix devant tous que le Dieu de Martin devait être adoré et que les idoles devaient être ignorées, car elles ne pouvaient ni se sauver elles-mêmes ni sauver qui que ce soit d’autre. »

Le temple d’Artémis

Peu après l’an 400, sous le règne des fils de Théodose, le temple d’Artémis à Éphèse fut rasé. Éphèse était une ancienne ville grecque située sur la côte ionienne, que les Romains avaient faite capitale de leur province d’Asie. Elle possédait une magnifique bibliothèque. Artémis, la principale divinité de la ville, était identifiée à la Diane italienne. Elle était une déesse vierge, mais elle était aussi une mère. Son temple (l’Artémision), composé d’une centaine d’énormes colonnes, était classé parmi les sept merveilles du monde par le poète Antipater de Sidon vers 100 avant J.-C. Le complexe du temple comprenait un gymnase, un théâtre et une salle de banquet, et attirait des pèlerins de tout l’Empire. Selon Guy MacLean Rogers, auteur de "The Mysteries of Artemis of Ephesos", « le culte de la déesse d’Éphèse est attesté dans la quasi-totalité des quelque deux mille villes de l’Empire romain ».

Éphèse abritait une importante population juive et fut l’un des premiers épicentres de la propagation du christianisme. Paul y aurait vécu pendant trois ans. Nous lisons dans les Actes des Apôtres comment certains de ses convertis « rassemblèrent leurs livres et les brûlèrent en public. Leur valeur fut estimée à cinquante mille pièces d’argent » (Actes 19:19). Nous ne saurons jamais quels textes ont été perdus à jamais à cette occasion. Les Actes mentionnent également une « grave agitation » qui s’est produite lorsqu’« un orfèvre nommé Démétrius » se plaignit de la prédication de Paul qui menaçait de « faire perdre son prestige à une déesse vénérée dans toute l’Asie, et même dans le monde entier » (Actes 19:23-28).

Le texte apocryphe des "Actes de Jean" contient une histoire sur le fils de Zébédée prêchant aux fidèles d’Artémis à Éphèse. Alors qu’il prie pour que la divinité cède la place au vrai Dieu, l’autel d’Artémis se fend en deux, la moitié du temple s’effondre et le prêtre d’Artémis est tué dans l’effondrement. Naturellement, les païens se convertissent sur-le-champ à la suite de ce miracle et se précipitent pour détruire ce qui reste du temple, en s’écriant : « Nous savons que le Dieu de Jean est le seul, et désormais nous l’adorons, car nous avons obtenu sa miséricorde. [...] Nous avons vu que nos dieux ont été érigés en vain. »

La destruction effective du temple d’Artémis eut lieu au début du Ve siècle et est attribuée à l’évêque de Constantinople Jean Chrysostome. Il ne reste pratiquement rien de cet impressionnant édifice, dont les pierres ont été réutilisées dans d’autres bâtiments, comme la basilique Saint-Jean voisine. D’autres temples d’Artémis furent détruits à la même époque, notamment celui de Gerasa (aujourd’hui Jerash, en Jordanie). Selon des sources citées par Peter Brown, « les fragments pillés [...] ont été délibérément disposés dans l’église voisine de Saint-Théodore, comme dans un parc à thème. Les fidèles chrétiens qui entraient dans l’église pouvaient voir de leurs propres yeux les “représentations d’un passé défiguré” mises en place afin de renforcer le succès d’un “présent sanctifié”. »

La déesse christianisée

Moins de trente ans après la destruction du temple d’Artémis à Éphèse, c’est également à Éphèse que le culte de la Vierge Marie fut officiellement érigé en dogme de la foi chrétienne : malgré les protestations de l’évêque de Constantinople Nestorius, qui fut alors destitué et exilé, Marie fut déclarée "Theotokos" (mère ou « porteuse » de Dieu) lors d’un concile convoqué par Théodose II, petit-fils de Théodose le Grand, en 431. Comme pour souligner le remplacement d’Artémis par Marie, une tradition s’est développée plus tard selon laquelle Marie se serait retirée à Éphèse dans ses dernières années, avec l’apôtre Jean, et serait montée au ciel à partir de là. La célébration de l’ascension de Marie au ciel (Assomption) fut fixée pour coïncider avec les Nemoralia, la fête de trois jours célébrée par les Romains aux Ides d’août (du 13 au 15 août) en l’honneur de Diane, le nom romain d’Artémis.

Il n’y a bien sûr aucune mention explicite dans la littérature chrétienne que le culte de Marie ait été promu en remplacement du culte d’Artémis-Diane, ou afin de faciliter la christianisation d’une population qui réclamait qu’on leur rende la déesse. Pourtant, l’historien des religions ne peut éviter l’hypothèse d’un lien de causalité entre la chute d’Artémis et l’ascension de Marie. Le culte de Marie semble résulter du même processus que l’invention de Noël par le pape Jules (337-52), pour remplacer le Dies Natalis Solis Invicti le 25 décembre.

En effet, il n’y a quasiment aucune trace de dévotion mariale avant le début de la christianisation sous Constantin. Et à la fin du IVe siècle, elle était encore mal vue par la hiérarchie ecclésiastique. « Que le Père, le Fils et le Saint-Esprit soient adorés, mais que personne n’adore Marie », écrivait saint Épiphane, évêque de Salamine (Chypre). De même, saint Ambroise de Milan avertissait que « Marie est le temple de Dieu et non le Dieu du temple ». Ce que ces sources semblent indiquer, c’est qu’avant le concile d’Éphèse en 431, le culte de Marie s’est développé par demande populaire plutôt que par décret ecclésiastique.

Cela met en évidence le paradoxe du christianisme : issu du culte ethnique du Dieu jaloux, il a détruit tous les autres cultes dès qu’il en a eu le pouvoir, mais il ne pouvait, dans sa forme pure, satisfaire la diversité des aspirations religieuses que ces autres cultes avaient comblées. Pendant les trois premiers siècles, le christianisme n’avait aucun rapport avec le divin féminin. Mais dès que la déesse eut disparu, le peuple fraîchement christianisé commença à la regretter.

Cela nous rappelle une situation rapportée dans le Livre de Jérémie, chapitre 44, lorsque, après la réforme du roi Josias (que Jan Assmann décrit comme « un coup d’État monothéiste »), certains Israélites ont insisté pour continuer à vénérer la « Reine du Ciel ». Yahvé, à travers son porte-parole autoproclamé Jérémie, les menace d’extermination s’ils persistent : « Pourquoi vous attirer un malheur complet [...] en provoquant ma colère par vos actions ? » (44:7-8). Imperturbables, les Israélites « idolâtres » répondent à Jérémie :

« En ce qui concerne la parole que tu nous as adressée au nom de Yahvé, nous ne voulons pas t’écouter ; mais nous continuerons à faire tout ce que nous avons promis : offrir de l’encens à la Reine du Ciel et lui verser des libations, comme nous le faisions, nous et nos pères, nos rois et nos princes, dans les villes de Juda et les rues de Jérusalem : alors nous avions du pain et nous ne voyions point de malheur. Mais depuis que nous avons cessé d’offrir de l’encens à la Reine du Ciel et de lui verser des libations, nous avons manqué de tout et avons péri par l’épée et la famine. » (44:16-18)

On ne sait pas exactement qui était cette « Reine du Ciel », car ce titre était attribué à diverses déesses. À partir du troisième millénaire avant notre ère, les Sumériens vénéraient Inanna, dont le nom signifie probablement « dame du ciel ». Elle était connue sous le nom d’Ishtar chez les Assyriens, d’Astarté chez les Phéniciens, et était identifiée à la déesse syrienne Ashéra, souvent mentionnée dans la Bible hébraïque. La déesse égyptienne Isis, dont le culte s’est répandu dans toutes les provinces de l’Empire romain, est également appelée « Reine du Ciel » dans le roman d’Apulée "L’Âne d’or" (IIe siècle de notre ère), où elle est identifiée à Cybèle, Artémis, Minerve, Vénus, Proserpine, Cérès, Junon et Hécate, soit pratiquement toutes les principales déesses du monde connu.

La croyance répandue parmi les Romains selon laquelle tous les peuples vénèrent la même Grande Déesse sous des noms différents illustre leur penchant pour une forme inclusive de monothéisme, par opposition au monothéisme exclusif des Juifs. Pour les esprits philosophiques, la Reine du Ciel était plutôt une idée platonicienne universelle, ce que nous appellerions aujourd’hui un archétype. Carl Jung comparait un archétype à « un ancien cours d’eau qui a coulé pendant des siècles, creusant un profond canal. Plus il a coulé longtemps dans ce canal, plus il est probable que tôt ou tard, l’eau retournera dans son ancien lit. » De ce point de vue, il était presque inévitable que le christianisme finisse par adopter l’archétype de la Reine du Ciel. En raison des récits de la Nativité de Matthieu et Luc, et malgré les paroles dédaigneuses de Jésus à propos de sa mère (Marc 3:33-35, Jean 2:4), Marie était le choix naturel pour recadrer et superposer les traditions païennes du culte des déesses.

Marie a donc pris les attributs d’Artémis. Elle a également fusionné avec Isis : la lamentation de Marie au pied de la croix (le thème lyrique du Stabat Mater) fait écho aux lamentations d’Isis qui ont ramené son mari Osiris à la vie. Les représentations visuelles d’Isis avec l’enfant Horus (Harpocrate) sur ses genoux semble avoir influencé l’art chrétien.

Le titre « Mère de Dieu » officiellement donné à Marie la relie également à la déesse Cybèle, appelée « Mère des dieux » ainsi que « Grande Mère » (Magna Mater). Le culte de Cybèle est originaire d’Asie Mineure et fut été introduit à Rome en 204 avant J.-C., en tant que protectrice contre les Carthaginois (Tite-Live, "Histoire de Rome" XXIX, 10). Elle avait de nombreux sanctuaires à Rome, dont un temple important sur le Palatin. Dans "l’Énéide" de Virgile, Énée, l’ancêtre des Romains, est sous sa protection spéciale, et elle était également chère à l’empereur Julien (« l’Apostat »), qui, quelque 70 ans avant le concile d’Éphèse, écrivit un "Hymne à la Mère des dieux".

Le culte de Marie prit de l’importance et occupa une place centrale dans la chrétienté occidentale au XIIe siècle, sous l’influence de Bernard de Clairvaux, qui fut le premier à appeler Marie « Notre Dame ». Tous les monastères cisterciens fondés sous sa tutelle étaient dédiés à Notre Dame, et toutes les cathédrales furent dès lors consacrées à elle. Compte tenu de l’aversion de Yahvé pour la Reine du Ciel, la dévotion à la Vierge Marie représente une rupture profonde avec le judaïsme. Mais cela constituait également, selon les protestants, une trahison de l’orthodoxie primitive (Saint Paul ignore totalement Marie) et un retour au paganisme.

La déesse non christianisée

Cependant, malgré la position élevée accordée à la Vierge Marie, la dévotion à la déesse archétypale n’a jamais pu être totalement christianisée. Ce n’est pas tant que la biographie juive de Marie l’empêchait d’être considérée comme véritablement universelle et éternelle (en tant que Logos, le Christ existait avant la création, mais pas Marie). Ce qui rendait Marie déficiente, c’était plutôt l’incompatibilité radicale entre la piété mariale et l’élément érotique qui est à l’essence même de l’éternel féminin. Il est intéressant de noter que certains gnostiques des premiers temps avaient jeté leur dévolu sur Marie-Madeleine comme contrepartie féminine, certains la considérant même comme la « concubine » (platonique, peut-être) du Christ.

Dans son essai mémorable "L’Amour et l’Occident", l’écrivain français Denis de Rougemont a attiré l’attention sur le fait que l’essor du culte de « Notre-Dame » au XIIe siècle coïncidait avec un genre poétique originaire d’Aquitaine et du Languedoc, consacré à ce que nous appelons aujourd’hui « l’amour courtois ». De Rougemont a souligné le ton mystique des poèmes qui nous sont parvenus, adressés à une dame idéale et intangible. Le nom de la dame est généralement tenu secret, et lorsqu’il ne l’est pas, il suggère une fiction allégorique plutôt qu’une personne réelle. La forme stéréotypée de la poésie des troubadours donne l’impression qu’ils aiment tous la même dame. À partir de ces observations, De Rougemont a émis l’hypothèse que cette poésie était cryptiquement religieuse et influencée par certaines des idées hétérodoxes qui circulaient en Occitanie avant que la croisade albigeoise ne mette fin à la tolérance religieuse qui y régnait. C’est en réponse à cette survie ou à ce renouveau païen, selon l’hypothèse de De Rougemont, que l’Église a promu le culte chrétien de « Notre-Dame ».

Cette théorie est renforcée par la poésie amoureuse des successeurs immédiats des troubadours, à savoir Dante (1265-1321) et ses disciples, Pétrarque (1304-1374) et Boccace (1313-1375), tous originaires de Florence, ville où de nombreux Occitans se réfugièrent pour fuir les croisés et l’Inquisition. Les critiques littéraires se sont demandé si les dames qu’ils adoraient (respectivement Béatrice, Laura et Fiametta) étaient des femmes réelles ou archétypales. Chacune d’entre elles a été rencontrée pendant la Semaine Sainte et serait morte peu après, de sorte que le poète s’adresse à elle comme à une créature désincarnée transformée en Lumière Divine. L’amant mortel, transformé en pèlerin, entreprend un voyage spirituel pour la rejoindre au Paradis.

De son propre aveu, le poème de Dante est énigmatique : « Ô ! Vous qui avez les intellects sains / Voyez la doctrine qui se cache / Sous le voile de ces vers étranges » (Enfer IX, 61-63). La clé de l’identité mystérieuse de Béatrice dans la Divine Comédie a été fournie par Dante dans un ouvrage antérieur intitulé Vita Nuova (La Vie nouvelle). C’est là que Dante présente pour la première fois « glorieuse dame de mes pensées, que beaucoup nommèrent Béatrice, ne sachant comment la nommer » (le nom Béatrice signifie « celle qui confère la bénédiction »). Béatrice lui est apparue neuf fois au cours de sa vie. Son « salut » (saluto, quasi-homonyme de salut, salut) remplit les hommes de repentir, d’humilité, de pardon et de charité, qualités qui ne sont guère celles d’un amoureux ordinaire. Béatrice est l’essence même de la grâce et des vertus féminines, qui se manifestent à des degrés divers chez toutes les femmes. Dans plusieurs passages, Dante indique que lorsqu’il est sensible au charme des femmes réelles, c’est Béatrice qu’il voit à travers elles : « Celui qui voit ma Dame au milieu des autres femmes, Voit parfaitement toute beauté et toute vertu. »

Il faut reconnaître que cette interprétation de l’amour de Dante pour Béatrice comme étant secrètement dirigé vers une déesse est spéculative. Cependant, les artistes qui ont propulsé la Renaissance dans la Florence des Médicis un siècle après Pétrarque et Boccace étaient moins discrets quant à leur nostalgie païenne. Dans The Mother Goddess in Italian Renaissance Art (Carnegie Melon UP, 2002), Edith Balas documente « l’importance de la déesse mère et de son culte dans l’art de la fin du Quattrocento et du début du Cinquecento [fin du XVe et début du XVIe siècle] ». La Joconde de Léonard de Vinci en est un exemple typique. Tout comme pour Béatrice de Dante, les érudits prétendent connaître son identité : Dame Lisa (Mona est un diminutif de Madonna) était l’épouse d’un riche marchand qui avait commandé son portrait, mais ne l’avait jamais obtenu. Cependant, le tableau ne respecte aucun des codes du portrait de l’époque (absence de bijoux, par exemple). Léonard y a travaillé sans interruption pendant dix ans, superposant religieusement des milliers de couches de peinture et de vernis d’une extrême finesse. Il ne s’en est jamais séparé jusqu’à sa mort à la cour de François Ier. Beaucoup ont supposé, à juste titre je pense, que ce tableau n’est pas le portrait d’une dame, mais l’icône de la Dame, Donna l’Isa (Isa étant une variante d’Isis). Le voile noir que l’on voit rejeté sur son épaule gauche est une référence au célèbre voile d’Isis que « nul mortel n’a jamais soulevé », comme le mentionne Plutarque.

La théorie selon laquelle une vénération consciente de l’ancienne déesse aurait été secrètement transmise à travers le Moyen Âge et aurait fourni l’une des étincelles spirituelles de la Renaissance ne peut être prouvée. Il est donc peut-être plus raisonnable de se contenter de la théorie jungienne d’un archétype inconscient irrépressible et invaincu par le dogme, théorie qui n’est pas très différente d’une croyance en l’existence réelle de la déesse, quel que soit son nom.

On peut affirmer que tous les mystiques, et pas seulement les poètes, sont en réalité tombés amoureux du divin féminin. Les philosophes aussi, dans la mesure où l’objet de leur amour, Sophia, peut être considéré comme un autre avatar de la déesse. Le philosophe, mystique et poète russe Vladimir Solovyov (1853-1900) croyait avoir fait l’expérience de la divine Sophia sous la forme d’un être féminin céleste qui lui donnait le sentiment que « tout était un, une seule image de la beauté féminine » (Trois rencontres). À partir de cette expérience, il a développé sa « sophiologie », une théorie théologique de la Sagesse en tant que principe féminin du monde.

La « révolution romantique » qui a enflammé le monde littéraire allemand au milieu du XVIIIe siècle était également imprégnée d’une mystique de l’éternel féminin. Dans ses Hymnes à la nuit, le poète Novalis (1772-1801), qui a inventé le terme « romantisme », évoque sa jeune fiancée Sophie, dont la mort a déclenché son don poétique, exactement comme Béatrice l’a fait pour Dante. « J’ai pour Sophie une religion, pas un amour », écrit-il. Alors qu’il versait des larmes sur la tombe de Sophie, celle-ci lui apparut, « et depuis j’ai senti dans mon cœur une foi constante et inaltérable au ciel de nuit, et à ma bien-aimée, qui en est la lumière ». Gérard de Nerval (1808-1855), le poète romantique français par excellence, a donné la meilleure expression que je connaisse de ce thème dans sa dernière nouvelle, Aurélia, lorsque la femme qu’il aimait lui apparaît en rêve, comme embrassant tout le cosmos : « Je suis la même que Marie, la même que ta mère, la même aussi que sous toutes les formes tu as toujours aimée. » Ainsi, conclut le narrateur :

« Je reportai ma pensée à l’éternelle Isis, la mère et l’épouse sacrée ; toutes mes aspirations, toutes mes prières se confondaient dans ce nom magique, je me sentais revivre en elle, et parfois elle m’apparaissait sous la figure de la Vénus antique, parfois aussi sous les traits de la Vierge des chrétiens. »