samedi 11 avril 2026

Trump et Netanyahou sont des pantins qui déclenchent les guerres, mais le capitalisme en est la matrice




Selon une idée complotiste largement répandue, les juifs dirigeraient le monde et l’État d’Israël dicterait sa volonté aux gouvernements occidentaux. Rien n’est plus faux, ni de plus dangereux moralement et intellectuellement.

Au-delà de l’aberration que constitue une telle attribution de puissance et de nuisance à l’entité israélienne – Israël la paria – et aux juifs à l’égard des dirigeants politiques de la plupart des pays occidentaux, cette théorie complotiste véhicule une idée tout aussi insultante : celle selon laquelle ceux-ci seraient dépourvus de toute autonomie politique, réduits à de simples exécutants, manipulables et influençables.

Une telle représentation détourne de l’essentiel : la nature réelle des rapports de pouvoir à l’échelle mondiale. Sous le capitalisme, ce ne sont ni les peuples ni les religions qui gouvernent le monde, mais les classes dominantes. Le capital n’a ni identité, ni patrie, ni religion ; il est mobile et transnational, apatride et indifférent aux appartenances nationales et confessionnelles. Réduire les rapports de domination à une origine ethnique ou religieuse revient à masquer les véritables structures du pouvoir : celles du capitalisme mondialisé ou l’impérialisme stade ultime (décadent) du mode de production capitaliste.

Depuis l’offensive militaire lancée fin février par les États-Unis et l’entité terroriste israélienne à la solde des États-Unis contre l’Iran, de nombreuses analyses ont attribué la responsabilité du déclenchement de la guerre aux seuls dirigeants politiques américano-israéliens, principalement Donald Trump et Benjamin Netanyahou…deux criminels de guerre.

L’illusion d’un déclenchement guerrier imputé aux pantins politiques

La focalisation obsessionnelle sur Benjamin Netanyahou ou Donald Trump comme seuls responsables du déclenchement de la guerre relève d’une lecture aussi simpliste que trompeuse, qui glisse parfois vers des interprétations complotistes aux relents antisémites (ou antisionistes…NDÉ) lorsqu’elle attribue au minable proxy israélien paria un pouvoir de manipulation quasi absolu sur son suzerain capitaliste (sic).

Une telle grille d’analyse occulte la réalité matérielle du conflit : pour atteindre l’Iran, les frappes traversent ou longent les espaces aériens de plusieurs États, de l’Irak aux monarchies du Golfe – Arabie saoudite, Koweït, Qatar, Émirats arabes unis, Bahreïn, Oman – qui, en ne s’y opposant pas réellement, participent de fait aux opérations militaires. Ce simple constat suffit à démontrer que nous ne sommes pas face à une décision unilatérale ou à une influence occulte, mais à une dynamique beaucoup plus large, impliquant plusieurs États inscrits dans les rapports de force du capitalisme-de capital- mondialisé.

Réduire cette guerre à la volonté d’un dirigeant – aussi funeste soit-il – ou à l’action d’un État croupion unique – à plus forte raison à celle du minuscule entité paria sioniste érigé en maître d’œuvre – c’est se condamner à ne rien comprendre à la nature impérialiste de l’agression militaire traitresse. Israël n’est pas une puissance autonome dictant sa loi au monde entier, mais un rouage militaire d’un dispositif impérialiste sécuritaire plus vaste, au service de l’hégémonie américaine dans une région stratégique riche en ressources énergétiques, ainsi qu’un laboratoire et terrain d’expérimentation de ses technologies de guerre, notamment contre la population palestinienne et celles des pays (entité État-nations) limitrophes.

Une telle lecture remplace l’analyse des logiques capitalistes par une fable politique instrumentalisée pour désigner des boucs émissaires (les «juifs sionistes»), nourrir une lecture psychologisante des événements géopolitiques (Trump présenté comme fou, Netanyahou comme sociopathe), voire confessionnelle, une prétendue guerre messianique menée contre les musulmans et les chrétiens au nom des « juifs » du «Grand Israël» mythique et absurde…une entité raciste et terroriste (NDÉ).

Une guerre qui dépasse le cadre américano-israélien

Concrètement, les missiles, drones et avions engagés dans les frappes contre l’Iran ne se déplacent pas dans un ciel surplombant des pays réputés pour leur politique anti-impérialiste. Au contraire, ils traversent ou longent en toute liberté les espaces aériens de plusieurs pays de la région, inféodés aux États-Unis. Pour preuve, ces États laissent leur espace aérien être utilisé sans tenter de le fermer ni d’intercepter les missiles israéliens en route vers le Liban ou l’Iran. Ces États arabes et musulmans se trouvent ainsi de facto impliqués, même sans être belligérants officiels.

Ce n’est donc pas une guerre limitée aux États-Unis et à Israël. Par leur passivité, sinon leur complicité, les États du Proche-Orient se trouvent impliqués dans un conflit qui concerne toute la région. Ce conflit ne se réduit donc pas au seul cadre américano-israélien fantoche. Et ce débordement régional dit tout : la guerre contre l’Iran n’est pas le produit des seules décisions de Donald Trump et de Benjamin Netanyahou, mais l’expression d’une dynamique capitaliste plus vaste, qui dépasse les dirigeants eux-mêmes et impose sa logique belliciste et destructrice à toute la région.

Ce débordement de la guerre n’est pas un détail. Il montre au contraire l’essentiel. Une guerre qui traverse le ciel de plusieurs pays, s’étend à toute une région et qu’aucun dirigeant n’arrête réellement ne peut être le produit d’une décision individuelle, fût-elle celle du président de la première puissance mondiale, et encore moins celle du criminel Netanyahou. Cette guerre s’inscrit dans une logique qui dépasse les dirigeants eux-mêmes. Ce ne sont pas seulement des volontés politiques qui sont à l’œuvre, mais le système capitaliste qui organise, rend possible et prolonge la guerre. Derrière les discours officiels et les figures mises en avant, c’est une logique plus profonde qui se déploie : celle du capitalisme, qui tend à généraliser et à pérenniser les guerres.

Le capitalisme à l’origine de la guerre permanente

Si cette guerre dépasse les dirigeants, c’est qu’elle ne relève pas de leurs seules décisions. Elle s’inscrit dans un système capitaliste où la guerre n’est plus une exception, mais un mode de fonctionnement intégré à une économie de guerre devenue structurelle.

Aux États-Unis, l’industrie de l’armement, les budgets militaires et les alliances stratégiques forment un ensemble qui a besoin de tensions permanentes pour fonctionner. Les conflits alimentent la production d’armes, justifient l’augmentation des dépenses militaires et entretiennent un cycle sans fin. Dans ce cadre, la guerre contre l’Iran n’apparaît plus comme un accident ni comme une initiative isolée, mais comme un moment de la logique belliciste du capitalisme. Ce n’est pas seulement une guerre décidée, c’est une guerre rendue possible, encouragée et prolongée par le système capitaliste qui en tire profit.

Au pays de l’Oncle Sam, le système capitaliste repose notamment sur une puissante industrie de l’armement, contrainte d’écouler en permanence sa production, de renouveler ses stocks et de maintenir un niveau élevé de commandes. Cela suppose des tensions permanentes, des conflits récurrents, des théâtres d’opérations où les armements sont utilisés, remplacés et perfectionnés. Dans ce cadre, les guerres ne sont pas seulement des choix politiques : elles deviennent aussi des conditions de fonctionnement d’un système économique qui trouve dans la destruction les ressorts de sa reproduction. Aujourd’hui, c’est l’Iran qui est ciblé par une guerre destructrice ; hier, c’était Gaza, la Libye, la Syrie ; avant-hier, l’Irak, l’Afghanistan, la Yougoslavie, le Panama, la Somalie, le Vietnam. Demain, sous un énième prétexte fallacieux, un nouveau pays sera transformé en théâtre d’opérations pour permettre au Pentagone d’écouler son stock d’armes et au complexe militaro-industriel américain de pérenniser sa production et de valoriser son capital.

On peut continuer à chercher des responsables individuels, à accuser un dirigeant ou un État, à dénoncer des influences ou des manipulations. Mais s’en tenir à ce niveau d’analyse interdit de saisir les mécanismes qui produisent la guerre. Car ce ne sont pas les hommes qui font la guerre, c’est le système capitaliste qui la rend nécessaire et permanente. Tant que subsistera un ordre économique fondé sur le profit, la compétition, la puissance militaire et la domination d’une classe bourgeoise portée au bellicisme jusqu’à en faire une seconde nature, les conflits armés se reproduiront, quels que soient les dirigeants en place et leur obédience politique : démocrate, républicaine, social-démocrate ou socialiste.

La guerre contre l’Iran n’est pas une anomalie : elle est l’expression d’un monde capitaliste structuré par la guerre, dominé par une bourgeoisie décadente, façonnée par le bellicisme et fascinée par la destruction, corollaire d’une économie de guerre devenue structurelle.

Ce n’est pas simplement la guerre qu’il faut dénoncer et combattre en se rangeant derrière un camp au nom de l’anti-impérialisme campiste, mais le système capitaliste global qui la rend inévitable.

Dans ce monde capitaliste, la paix n’est qu’une parenthèse, la guerre en est la norme. On peut incriminer et remplacer autant qu’on veut les dirigeants (remplacer le républicain Trump par un démocrate noir ou musulman ; remplacer le fasciste Netanyahou par un dirigeant israélien arabe d’origine palestinienne…): tant que le système capitaliste perdure, la guerre se perpétue dans toutes les régions du monde.

Dans ce système capitaliste fondé sur une économie de guerre devenue structurelle, tant que les usines d’armement tournent à plein régime, les théâtres d’opérations se multiplieront et s’intensifieront.
Pour mettre fin aux guerres permanentes de vols, de rapines et de pillages, il faut abattre le capitalisme de manière permanente.

Tout le reste n’est que littérature et palabres futiles !

Khider MESLOUB

https://les7duquebec.net/archives/304747