samedi 7 février 2026

Le ranch Zorro, ou l’Amérique souterraine selon Epstein


Le Massacre des Innocents de Cornelis van Haarlem



On croyait tout savoir grâce à une île tropicale, des cocotiers et un Boeing surnommé Lolita Express. Erreur de casting. La vraie scène du film d’horreur se trouvait au Nouveau-Mexique, à l’abri des regards, loin des paparazzis : le Zorro Ranch, propriété de Jeffrey Epstein. Un endroit si discret qu’il semble avoir bénéficié d’un privilège rare aux États-Unis : l’oubli institutionnel.

D’après les registres fonciers de l’État du Nouveau-Mexique, Epstein y possédait plus de 3 000 hectares, équipés d’un manoir de plus de 3 000 m², d’infrastructures souterraines et de systèmes de sécurité avancés. Le FBI confirmera, dans un mandat de perquisition de 2019, l’existence de « vastes zones non résidentielles à usage indéterminé ».

Un ranch, des tombes, et beaucoup de silence

Plusieurs témoignages recueillis par des enquêteurs indépendants et relayés par la presse d’investigation évoquent l’existence d’un cimetière privé non déclaré sur le terrain. Aucun acte d’inhumation officiel n’y figure. Les autorités locales admettront, prudemment, dans une réponse écrite de 2020, « ne pas disposer d’archives complètes concernant certaines zones du ranch ». Traduction administrative : circulez.

Le décor idéologique

Dans la maison principale trônait une reproduction monumentale du Massacre des Innocents de Cornelis van Haarlem. Un choix décoratif audacieux pour un philanthrope autoproclamé. Lors du procès de Ghislaine Maxwell, un agent du FBI décrira sous serment « un environnement visuel explicitement centré sur la domination, la violence et l’enfance ».

Des tunnels et salles sans fonction officielle

La survivante Maria Farmer a déclaré au New York State Victims Review Panel que le ranch comportait « des tunnels et des pièces plus grandes que des maisons, conçues pour isoler et désorienter ». L’architecte du site, interrogé par la justice, confirmera l’existence de zones sans destination résidentielle ou agricole, sans fournir d’explication fonctionnelle.

Quand la science flirte avec l’eugénisme

Fait établi : Epstein finançait des recherches en intelligence artificielle, génétique et biotechnologie. Dans un entretien consigné par le MIT Media Lab en 2017, il évoquait son obsession pour « l’amélioration de l’espèce humaine ». Aucune preuve judiciaire ne confirme les accusations de manipulation fœtale ou de projets eugénistes, mais plusieurs enquêteurs fédéraux reconnaissent, dans des mémos internes partiellement déclassifiés, que « l’ampleur réelle de ses activités scientifiques privées n’a jamais été auditée ».

Conclusion

Le ranch Zorro n’est peut-être pas une base secrète nazie. Mais il est pire : un angle mort judiciaire, un laboratoire d’impunité, et un monument à ce que produit une société où l’argent achète le silence, le temps… et parfois la mémoire collective.

Dans l’affaire Epstein, le plus choquant n’est pas ce que l’on sait. C’est tout ce que personne n’a sérieusement voulu vérifier.