jeudi 5 février 2026

L’ordre sous l’ordre mondial : Epstein




par Yasin Aktay


À mesure que les documents Epstein sont rendus publics, l’image des fondements, des piliers et des principes du système dans lequel le monde vit depuis des années devient de plus en plus nette. En réalité, nous nous attendions à beaucoup de choses de cet ordre mondial. Nous en attendions toutes les formes de mal et d’immoralité. Mais il y a des révélations face auxquelles on peut dire que, même ainsi, nous ne pensions pas que cela irait aussi loin. Pendant des années, à Gaza, en Palestine, nous observions une barbarie qui piétinait l’ensemble des prétentions du système mondial en matière de justice, de droits humains, d’égalité, de liberté et d’humanisme. Et nous ne cessions de nous étonner du silence du monde face à cette violence.

Nous tentions d’expliquer cette indifférence par une humanité qui ne fonctionnerait pas lorsqu’il s’agit de musulmans, par le deux poids deux mesures, par l’absence de principes ou, au mieux, par une forme d’impuissance. Or il s’avère que, derrière cette façade, il y a bien plus que de l’impuissance.

Un petit groupe de valeureux combattants des Brigades Izzeddin al-Qassam a révélé que, face à l’ordre mondial sioniste, l’ensemble des États du monde sont en réalité captifs, que toutes leurs terres sont occupées. Le seul peuple qui ne serait pas captif face à cet ordre serait le peuple de Gaza, et la seule terre libre serait Gaza. Nous avons souvent rappelé ce constat face à l’incroyable désinvolture du monde devant le génocide perpétré contre Gaza. Mais ce qui se dévoile aujourd’hui dépasse tout ce que l’imagination pouvait concevoir quant aux mécanismes de cette captivité des États et à l’existence, en arrière-plan, d’un régime de chantage fondé sur une déchéance morale profonde.

Au-delà de l’imaginaire sociologique des relations internationales
Sur tezkire.net, Veysel Karakaş écrivait que nous prenions tout cela pour des récits, pour des fables, alors qu’en réalité nous n’en avions entendu qu’une infime partie, même dans les contes : "Nous implorions des consciences qui se nourrissent de chair et de sang d’enfants en leur disant "que les enfants ne meurent pas", et nous leur demandions presque des faveurs. Pendant que nous disions "arrêtez cette guerre", eux mangeaient des enfants d’un côté, et de l’autre nettoyaient les restes coincés entre leurs dents tout en nous répondant. Oui, ce n’est pas une métaphore. Ils mangeaient réellement des enfants. Des relations incestueuses, des viols, des perversions glaçantes dépassant toute imagination."

Les documents Epstein révèlent, derrière des relations que notre intelligence en sciences sociales n’a jamais pu faire entrer dans aucune théorie, des causes que personne n’aurait pu imaginer. Ils montrent aussi à quel point les analyses produites par les spécialistes des relations internationales, mobilisant toute leur intelligence théorique et pratique, étaient vides de sens. Il apparaît que ces relations reposent sur des liens et des dépendances forgés par des penchants pervers. Des dirigeants pris et contrôlés par leurs organes sexuels. Le phallocentrisme serait ainsi le facteur déterminant des relations internationales. Dans ces relations fondées sur l’organe, il ne reste ni religion ni idéologie. Le billet de sortie de l’humanité est facile à délivrer et, dès qu’il l’est, on commence à jouer les rôles qui nous sont assignés dans une toute autre matrice.

Ce que nous voyons annonce quelque chose de bien pire encore

Lorsque les documents de WikiLeaks avaient été divulgués, une partie de ce sentiment avait déjà émergé. Mais à l’époque, il ne s’agissait que de rumeurs liées à des noms apparaissant dans des échanges internes aux réseaux de renseignement américains. Epstein constitue une explosion d’un tout autre ordre. Certains parlent d’une explosion d’égout. Je ne partage pas cette expression. Il s’agit de l’ordre lui-même. L’égout est bien plus profond, et nous n’en avons pas encore vu le pire. Tout ce que nous voyons annonce quelque chose d’encore plus grave.

Il existe ce récit devenu légendaire selon lequel un président américain aurait démissionné par honte et sous la pression des valeurs morales de la société américaine, simplement parce qu’un mensonge avait été révélé. Passons. Il y eut aussi l’affaire célèbre entre le président Bill Clinton et Monica Lewinsky. Quel monde cette affaire nous avait-elle donné à voir à travers le jugement de l’opinion publique ? Une Amérique qui ne tolère jamais le mensonge, profondément attachée aux valeurs familiales. Aujourd’hui, avec Epstein, les coulisses de cette Amérique réduite aux simulations décrites par Baudrillard apparaissent bien plus clairement.

La démocratie occidentale comme alibi du pillage

Ne savions-nous pas déjà que la sensibilité démocratique des États-Unis et de l’Occident n’était qu’un prétexte à leur propre colonialisme avide ? N’avions-nous pas vu ce qu’ils entendaient par démocratie à travers les atrocités d’Abou Ghraib, transportées dans le même paquet que la démocratie vers l’Afghanistan et l’Irak, ou à travers les mises en scène de DAECH qu’ils ont créées et contrôlées jusqu’au bout ? Avions-nous réellement cru que leur prétendue préoccupation pour l’éducation des femmes en Afghanistan provenait d’un amour sincère pour les femmes ? Fallait-il voir Epstein pour comprendre l’ampleur de la perversion qui se cache derrière tout cela ?

Les documents Epstein montrent qu’à Gaza, en Afghanistan, en Irak, en Syrie et partout où leurs mains atteignent, ils ont pu commettre toutes sortes de saletés que l’esprit et l’imagination des musulmans ne peuvent même pas concevoir.

Pourquoi la guerre en Syrie a-t-elle duré quatorze ans ? Comment, durant tout ce temps, des centaines de milliers de personnes ont-elles pu être broyées jusqu’à la dernière goutte de sang dans la prison de Saydnaya et dans d’autres geôles, sous les yeux du monde entier ? Quels réseaux de chantage ont empêché que l’on mette fin à ces atrocités ? Comment une production et un trafic de drogue de plusieurs milliards de dollars par an en Afghanistan ont-ils pu échapper au regard de l’OTAN ? Ou bien ont-ils été maintenus sous la surveillance même de l’OTAN ? Le monde a une dette de gratitude envers ceux qui ont fait exploser cet égout, mais ah, s’ils n’étaient pas les Taliban, n’est-ce pas ? Parce qu’ils restreignent l’accès des filles à l’éducation ? Ou parce qu’ainsi, elles ne peuvent pas être enlevées à cet âge pour être sacrifiées dans l’enfer Epstein, livrées à la prostitution et à toutes sortes de rituels pervers ?

Le facteur jamais pris en compte par aucune analyse

Les documents Epstein révèlent qu’un facteur bien plus fondamental, jamais pris en compte par aucune analyse, détermine en réalité le fonctionnement de l’ordre mondial. Au sommet de tous ces responsables politiques liés à des centres de décision par la prostitution et des relations perverses se trouve le MOSSAD israélien. Les documents dévoilent comment Israël, fléau pour le monde, dirige la planète à travers un réseau de relations sales et de chantage, et à quel prix pour l’humanité.

Une mécanique de chantage qui se retourne contre ses maîtres

Il apparaît que ces révélations ont été rendues possibles, dans une large mesure, par le fonctionnement même de ce chantage. Une sanction semble être infligée aux responsables politiques incapables d’honorer leurs engagements envers le MOSSAD. Mais en sanctionnant le débiteur, on expose aussi le maître-chanteur, lui infligeant un préjudice considérable. Cela crée une occasion sérieuse de s’attaquer à un mécanisme criminel.

Les incohérences de Trump, capable de dire une chose le matin et son contraire avant midi, ne peuvent pas être attribuées uniquement à sa personnalité. Les tentatives de mesurer l’efficacité de chantages qui le menacent et qui n’ont jamais réussi à le placer totalement sous la tutelle d’Israël ont peut-être conduit à ces révélations. Et il ne s’agit évidemment pas que de lui.

Le monde s’endette une fois de plus envers Gaza

Enfin, il faut le dire clairement : la mise à nu de cet ordre Epstein doit beaucoup au 7 octobre et à l’opération Déluge d’Al-Aqsa. La résistance menée pendant deux ans par les valeureux combattants de Gaza contre l’Israël génocidaire a progressivement contraint le monde entier à prendre position. Si des bombes se sont abattues sur Gaza, si de nombreux martyrs sont tombés et si des maisons ont été détruites, le monde contre lequel ils se battaient a, lui aussi, été secoué par un séisme d’une magnitude de 11,7. À chaque secousse, le monde a avancé d’un pas vers un changement nouveau. Le mouvement se poursuit. Jusqu’où ira-t-il ?


https://www.yenisafak.com/fr/columns/yasin-aktay/epstein-et-la-face-cachee-de-lordre-mondial-53021


Yasin Aktay est né le 20 février 1966 à Siirt. Il est diplômé de l'Université technique du Moyen-Orient (Ortadoğu üniveristesi), département de sociologie. Il a complété sa maîtrise et son doctorat à la même université. Aktay a travaillé comme professeur agrégé et professeur de sociologie au Département de sociologie de l'Université Selçuk et au Département de sociologie de la Faculté des sciences humaines et sociales de l'Université Yıldırım Beyazıt. Il a travaillé comme chargé de cours jusqu'en septembre 2012 au Département de sociologie de l'Université de Selçuk, où il est entré comme assistant de recherche en septembre 1992. Auteur de nombreux livre, il est également conseillé du président Turc, Recep Tayyip Erdogan.

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Le langage d’une caste qui se croit au-dessus de tout




Olivier Colom, passé par les cercles du pouvoir sous la présidence Sarkozy et intégré aux réseaux politico-diplomatiques français, apparaît dans les documents Epstein comme un interlocuteur parfaitement à l’aise avec la vulgarité et la déshumanisation.

Dans des mails de 2013, Jeffrey Epstein lui écrit :

« sur mon île dans les Caraïbes, avec un aquarium rempli de filles. »

Colom ne s’offusque pas. Il embraye. Il compare des femmes à des requins, à des crevettes, certaines bonnes à garder, d’autres à décapiter et jeter. Il parle de préférences de couleur, plaisante sur le tri, sur la consommation. Epstein dérape, Colom acquiesce. La conversation se termine sur un accord satisfait : « Nous sommes, encore une fois, d’accord. »

Ce n’est pas une blague isolée. C’est un échange complice, vulgaire, raciste et profondément misogyne, où des femmes, très probablement jeunes au vu du contexte Epstein, sont réduites à du poisson à classer, découper, consommer. Le tout avec un pédocriminel dont l’île était un centre d’exploitation sexuelle.

Colom, par ailleurs défenseur acharné d’Israël et de sa politique, incarne ici une constante troublante : même mépris des vies, même déshumanisation, même capacité à tout justifier tant que cela sert l’ordre dominant.

Ce n’est pas un dérapage. C’est le langage naturel d’une caste qui se croit au-dessus de tout, et qui, en privé, révèle ce qu’elle pense vraiment.

Glaçant. Et indéfendable.


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Note :

Vous pensiez que les dossiers Epstein ne révélaient que des relations occultes, des échanges douteux, des détails sordides. En réalité, les pages les plus graves sont caviardées

La règle est pourtant évidente : tant que les victimes sont protégées, tout le reste doit être exposé. Alors pourquoi masquer l’origine de certains courriels contenant des mentions aussi monstrueuses que : « Nouvelle Brésilienne arrivée, sexy et mignonne, 9 ans. » Ce n’est pas une question de pudeur. C’est une question de protection des coupables. Quand on efface les noms mais qu’on laisse apparaître l’horreur, on ne protège pas les victimes. On protège l’élite perverse qui a écrit ça.

Tomy le Magnifique sur X