Long de 142 pages, le rapport est le fruit du travail de la Commission indépendante sur les abus spirituels et les emprises psychologiques (Ciasep). Celle-ci a été missionnée par la nouvelle prieure générale élue en 2020, rapporte La Vie. L’enquête décrit le système mis en place par sa prédécesseuse, mère Marie-Agnès, dont l’autorité était « excessive et inappropriée » avec « une dérive manifeste dans tous les domaines ».
Les sœurs de cette congrégation catholique avaient déjà reconnu en 2023 qu’un « système d’emprise » avait existé pendant plusieurs décennies, et demandé que la lumière soit faite sur le passé. Après avoir rencontré les 86 sœurs actuellement membres des BSCM et 28 ayant quitté la communauté, la commission fait état de 1 489 faits, allant de l’abus d’autorité au culte de la personnalité en passant par le pouvoir financier et la maltraitance physique ou psychologique.
Une « perverse narcissique » qui surveillait ses ouailles de près
Comme le rappelle La Vie, une première alerte avait été lancée en 2004, mais le contrôle ordonné par le Vatican avait débouché sur un rapport léger qui n’a mené à « aucun changement ». Il a fallu attendre 2011 et de nouvelles alertes pour qu’une « visite plus exigeante » soit diligentée, rapporte le magazine chrétien.
Car la responsable, à la personnalité « de type pervers narcissique », a une capacité à repérer les vulnérabilités des sœurs qu’elle harcèle ensuite et manipule, souligne la commission présidée par l’ancien général Hervé Giaume. Coupées de leur famille, les religieuses doivent accepter que leurs parloirs soient écoutés et leur courrier lu.
« Dérive sectaire »
« L’espionnage, l’incitation à la délation et le chantage sont présents dans tous les prieurés et sanctuaires », ajoute le rapport qui parle de « contexte clairement marqué par une dérive sectaire ». Le rapport détaille une « suractivité » imposée aux sœurs pour « empêcher toute prise de recul » et une série de « violences verbales, parfois physiques ».
L’enquête fait aussi état d’une maltraitance psychologique : « infantilisation, culpabilisation, humiliation, dévalorisation ». Une sœur qui « ne pouvai[t] pas se mettre à genoux » assure qu’on lui a « demandé de récurer l’entièreté des lieux à la brosse à dents et à l’éponge ». Le rapport évoque même une « soumission médicamenteuse pour les plus récalcitrantes ».
S’il n’y a pas ici de violences sexuelles, la maltraitance passe aussi par la nourriture avec des « repas forcés et déséquilibrés » et des « gavages allant jusqu’aux vomissements ». Car « il fallait […] ressembler même physiquement » à la supérieure, a expliqué une sœur à la commission.
Le diocèse reconnaît qu’il n’a pas « exercé son devoir de vigilance »
Mère Marie-Agnès, décédée en 2016, était secondée dans sa tâche par deux acolytes (des sœurs nommées X et Y dans le rapport). Ce trio menait un « train de vie fastueux » : repas gastronomiques, vacances sur la Côte d’Azur… ainsi que des investissements immobiliers dans deux appartements et une maison près de Vernon. Le rapport note que le trio a habité « souvent en civil » dans cette maison entre 2008 et 2012, avant de la revendre avec une moins-value de 150 000 euros.
La commission, qui émet 58 préconisations, appelle à plusieurs mesures de réparation (indemnisations et remboursements). Elle prône une reconnaissance officielle par l’Église des dérives « qu’elle n’a pas vues, ou pas voulu voir », notamment au niveau du diocèse de Paris dont Jean-Marie Lustiger était archevêque pendant une partie des faits.
Dans un communiqué le diocèse de Paris « reconnaît aujourd’hui que pendant de nombreuses années, il n’a pas exercé, en ses responsables, son propre devoir de vigilance ». La commission souligne qu’avec des « changements importants » engagés depuis 2014, la congrégation « a retrouvé aujourd’hui un fonctionnement normal mais encore fragile ». Car il est « essentiel de restaurer la confiance », ajoute le texte.
