« Aujourd’hui, dans la vie publique, on assiste à une augmentation du volume de la propagande – cela au détriment de la science, de la philosophie et de la religion. Malheureusement, y compris pour l’occupation de fonctions de décision dans les États actuels, les propagandistes passent désormais largement devant les professionnels. Des individus sommairement préparés et sans scrupules, produits du favoritisme, du népotisme, d’arrangements secrets et d’autres violations de lois et de règles, en viennent à décider du sort des communautés dans une bien plus grande mesure que les personnes de valeur. Le phénomène entraîne des confusions coûteuses et n’est absolument pas de bon augure », remarque l’ancien ministre Andrei Marga, dans une analyse préparée pour un futur volume.
« La propagande existe depuis longtemps dans le monde. Seulement, de nos jours, ce ne sont plus seulement son volume et son poids qui ont de nouveau changé, mais aussi son orientation. On peut même parler d’un phénomène relativement nouveau, qui consiste à axer la propagande sur la diabolisation du rival. Le focus de la propagande d’aujourd’hui n’est plus tant la promotion d’une alternative à l’action et à l’opinion du rival, que cette diabolisation.
À la suite de celle-ci, le rival est revêtu de tous les adjectifs négatifs – depuis ceux concernant l’aspect physique jusqu’aux plus extrêmes, qui tiennent aux falsifications, aux fraudes, au meurtre. Avec le rival, on ne discute pas. Le nouveau propagandiste de nos jours ignore la conscience de la liberté d’expression de tout homme, celle de l’égalité face à la vie et toute symétrie dans les relations entre les hommes. Son refrain est « l’arrestation » du rival. Il est « propagandophile » – il confond la propagande avec l’ensemble de la vie (…)
Aujourd’hui, on en est arrivé à une situation similaire à celle des années trente et à celle des années cinquante, fût-ce avec des rôles redistribués. À l’apogée du stalinisme, on diabolisait la « bourgeoisie » et « l’impérialisme américain ». À un moment donné, on diabolisait les « Allemands » et le « nazisme ». Dans les années trente, le nazisme diabolisait les « Juifs » et les « démocrates ». Maintenant, on diabolise la « Russie » et « ce qui vient d’Asie » par des individus visiblement rudimentaires, parvenus et coupés de la conscience des valeurs. Ils composent désormais le courant d’une « propagandophilie » d’un rare primitivisme.
Ce courant occupe déjà de vastes espaces dans la vie publique – des gens qui semblent avoir la tête sur les épaules lui cèdent même. Il n’appelle jamais à la connaissance des faits, mais déduit la réalité de propositions de propagande selon lesquelles le rival ne fait que se tromper, ou cherche à tromper. Comme on l’observe aussi chez nous, même chez certains arrivés à des fonctions d’État, les individus mentionnés grappillent ce qu’ils peuvent, mais ne se donnent pas la peine de prouver quoi que ce soit.
Ceux qui demandent des preuves, ils les suspectent même d’être colonisés par les vues du rival. Comme dans les années cinquante, quand les propositions erronées étaient celles de la « bourgeoisie » ou de « l’impérialisme », les réalités de facto actuelles sont, dans la « propagandophilie » d’aujourd’hui, dans le meilleur des cas ignorées, sinon maquillées au grand jour.
La propagande traditionnelle, inhérente aux démocraties, entretenait le sentiment que l’optique du rival n’est pas à partager car il existe une meilleure alternative. Le sentiment cultivé par les « propagandophiles » d’aujourd’hui est la haine – une haine de toutes ses forces, à n’importe quel prix, y compris au prix de la dépréciation de soi. Comme le remarquait bien un illustre neurologue de Bucarest : « la haine /…/ est une émotion destructive, qui par sa chimie implicite blesse, en premier lieu, celui qui la nourrit et ensuite celui qui est visé, sans s’arrêter pour autant à cela, mais empoisonne l’univers entier avec les conséquences rappelées ». Et quand il y a de la haine, il ne peut plus rester grand-chose.
Le « propagandophile » d’aujourd’hui n’est pas intéressé par ce qu’a effectivement fait le rival, mais par le fait de le peindre, si possible aussi dans des « tribunaux », nationaux ou internationaux, dans lesquels il est évident que les procureurs n’ont rien appris de l’exactitude juridique et restent loin de la justice (…)
Les thèmes de la « propagandophilie » sont opportunistes. Quatre de ces thèmes majeurs sont maintenant au premier plan.
Le premier est maintenant celui selon lequel les rangs des citoyens de certains pays et leurs esprits auraient été infiltrés de l’extérieur. Peu importe ici ce que soutiennent ces citoyens : on file le fil de la prétendue reprise par eux du « narratif de la Russie » ou « de la Chine ». Comment les choses se passent en réalité n’importe pas. Il suffit d’observer les « techniques » des nouveaux propagandistes (échoués aux examens, petits professeurs, scribes en quête de maîtres, échoués aux élections, etc.), amenés chez nous à la tribune de la propagande, pour constater qu’ils ne posent pas la question de la vérité de ce qu’ils disent. Dépourvus de connaissances historiques, sociologiques, juridiques, ils voient une « guerre hybride » et des « protestations hybrides » partout où les citoyens expriment leurs mécontentements face à des imposteurs qui affectent leur vie.
Le deuxième thème majeur est la prétendue « nostalgie pour le communisme ». Une telle nostalgie n’est nullement prouvée, mais on mène déjà des campagnes de « rééducation ». Cette « nostalgie » est, d’ailleurs, confondue de manière sophistiquée avec l’aspiration naturelle à l’égalité dans la vie sociale ou, plus récemment, avec le désir que l’État ne tolère pas les fraudes et les abus entraînés par le parvenirisme qui a occupé la scène. Or ceux qui nourrissent cette aspiration sont en majorité des jeunes qui n’ont, biographiquement parlant, aucun moyen d’avoir de la nostalgie pour quelque chose qu’ils n’ont pas vécu.
Le troisième thème est l’appropriation de ce qui a été et est en fait une contribution des citoyens : « l’appartenance à l’Europe », à un monde libre, rationnellement organisé. Personne n’a couronné qui que ce soit de titres de champions en la matière. Les « propagandophiles » et leurs sponsors ne peuvent présenter aucun mérite dans l’intégration européenne et dans les transformations favorables aux valeurs de l’Europe, mais ils les revendiquent avec véhémence en se considérant « proeuropéens », contre le reste des citoyens et en les méprisant évidemment. Les « propagandophiles » présentent la critique citoyenne, justifiée, des états de choses en Europe comme de « l’euroscepticisme », sinon comme quelque chose de plus « mauvais ».
Le quatrième thème majeur est la ressuscitation de la mémoire de « l’extrémisme », du « fascisme », des « légionnaires ». On comprend que la vie politique des démocraties connaît aussi aujourd’hui divers courants, y compris des courants opposés aux démocraties. Seulement, les « propagandophiles » ne se réfèrent pas, lorsqu’ils émettent des stigmatisations, à l’extrémisme ou au fascisme ou au légionnarisme que l’on peut trouver dans des groupes épars des sociétés d’aujourd’hui.
Ils placent sous ces termes des citoyens mécontents non de la démocratie, mais de son fonctionnement sous les gouvernances existantes, qui veulent un changement dans le cadre de la démocratie. Les « propagandophiles » émettent des stigmatisations en vue de ségrégations politiques dans le but final de l’interdiction. Leur horizon n’a rien à voir avec la démocratie ! (…)
Je n’insiste plus sur les traits de plus en plus proéminents de la « propagandophilie ». J’observe seulement que ceux qui sont les champions de la diabolisation des rivaux parlent aux micros, mais refusent de mettre aussi par écrit, sous signature durable, ce qu’ils débitent. L’écrit sous signature est plus facilement vérifiable, et quelqu’un peut un jour tenir l’auteur pour responsable.
J’observe encore, comme autre trait, la vulgarité. Je rappelle seulement quelques illustrations, tirées des manifestations de représentants qui n’ont visiblement ni préparation culturelle ni institutionnelle, mais qui débitent des énormités et produisent des dommages aux nations et à l’humanité. Par exemple, ils « établissent » à quel point les rivaux sont frappés de maladies et leur mort imminente.
Ils demandent la sanction des parents des rivaux, se trouvant dans des pays tiers, comme mesure de la démocratie. Ils cherchent à mobiliser l’opinion des décideurs d’autres pays, en invoquant que ces rivaux les mettraient en péril. Ils exhortent à la prolongation illégale de mandats par la création de conflits. Ils se donnent pour défenseurs des « valeurs européennes », bien que ni leur culture, ni leur comportement n’aient aucun rapport avec ces valeurs », écrit encore le savant. (B.T.I.)
Source :
https://inpolitics.ro/constatare-amara-traim-sub-ocupatia-propagandofililor-cultivatori-de-ura_1860088119.html
