Sartre n’était pas un philosophe, c’était juste un salaud…
Il y a une image que l'on connaît tous, même sans avoir lu une ligne de L'Être et le Néant : Sartre attablé au Café de Flore, un carnet devant lui, une cigarette à la main, entouré d'admirateurs et de disciples.
Ce n'était pas un salon littéraire au sens classique du terme, pas de tapis persans ni de maîtresse de maison mondaine, mais Saint-Germain-des-Prés a joué, de 1938 à la fin des années 1960, exactement ce rôle : un lieu où se fabriquait la pensée sous le regard des autres, où la vie privée et la vie publique cessaient d'être deux choses distinctes.
Le Flore et les Deux Magots n'étaient pas de simples cafés où Sartre travaillait au chaud. C'était son bureau, son salon de réception, et souvent sa chambre à coucher.
Il y recevait ses éditeurs, y croisait ses maîtresses, y retrouvait Beauvoir pour la table voisine, par un accord tacite qui leur permettait de travailler côte à côte sans se gêner.
Cette porosité entre le lieu de pensée et le lieu de vie n'est pas un détail biographique anecdotique. Elle est la clé de ce qu'on lui reproche : chez Sartre, il n'y avait presque aucune frontière entre le philosophe qui théorise la liberté et l'homme qui l'exerce sur autrui, souvent au détriment de ceux qui l'entourent.
Le salon, en le rendant public, donnait à cette vie privée une dimension presque doctrinale, comme si vivre sous le regard des disciples validait la conduite elle-même.
C’est dans ce cadre que Sartre et Beauvoir ont élaboré leur fameux « pacte » : un amour nécessaire entre eux, des amours contingentes autorisées de part et d'autre, le tout scellé par une transparence totale, on se dit tout.
Sur le papier, c'est une philosophie de la liberté appliquée au couple.
Dans les faits, le salon de Saint-Germain a servi de vivier : Sartre y repérait de jeunes femmes, souvent ses anciennes élèves du lycée, les présentait à Beauvoir, qui les intégrait parfois à leur cercle avant qu'elles ne deviennent les maîtresses de l'un, parfois des deux.
Le mécanisme a été documenté par plusieurs des femmes concernées elles-mêmes, et par Beauvoir dans sa correspondance : elle jouait un rôle d'intermédiaire, parfois de rabatteuse, dans un système où l'asymétrie d'âge et de pouvoir intellectuel était immense.
Le vocabulaire de la liberté et de la transparence habillait ainsi une pratique qui, dépouillée de son décorum philosophique, ressemblait à une prédation assez classique sur de jeunes femmes sous influence.
C'est là que le mot « salaud », que Sartre lui-même a inventé pour désigner celui qui se ment sur sa propre liberté, se retourne contre lui avec une ironie presque parfaite.
Le salon donnait un théâtre et une légitimité à des comportements que la philosophie était censée éclairer, pas excuser.
Ce qui rend l'histoire personnelle de Sartre indissociable de sa philosophie, c'est que le salon n'était jamais un lieu neutre : chacun y était à la fois acteur et spectateur des choix des autres.
Beauvoir savait. Les jeunes femmes savaient qu'elles entraient dans un système déjà rodé. Les disciples du Flore observaient, commentaient, parfois reproduisaient le modèle.
La mauvaise foi sartrienne, ce refus de se reconnaître pleinement responsable de ce qu'on choisit, trouvait ainsi son terrain d'application le plus concret non pas dans un livre, mais autour d'une table de café.
On pourrait objecter que juger un homme des années 1940-1960 à l'aune de nos catégories actuelles est anachronique. C'est un argument recevable en général, mais il l'est moins ici, puisque c'est Sartre lui-même qui a fourni la grille de lecture.
Il a écrit, mieux que quiconque, ce que signifie fuir sa responsabilité tout en se donnant les apparences de la lucidité.
Le salon de Saint-Germain-des-Prés n'est donc pas seulement le décor pittoresque d'une époque : c'est la scène où sa propre théorie du salaud a trouvé, malgré lui, sa meilleure illustration.
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Le secret bien gardé du faux résistant : Sartre l'Imposteur
Dans cette vidéo, on revient sur le parcours réel de Sartre pendant l’Occupation, son séjour au Stalag, ses pièces de théâtre jouées sous contrôle allemand, et la construction d’un mythe… bien éloigné de la réalité.
Durée 23:08
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Julius Evola sur Sartre
C’est peut-être ad hominem, mais, pour ne pas dire plus, Sartre est un homme assez laid. Petit, avec des traits grossiers et des yeux bridés.
Sa laideur, je pense, est très différente de celle de Socrate. Elle reflète quelque chose de fondamental dans son âme.
Nous savons qu’il est très méchant, avare. Son avarice est légendaire, dit-on. Il ne vous paierait jamais un expresso !
L’enfer, c’est les autres, dit un personnage de ses pièces. Pour moi, l’enfer serait de passer quelques heures à écouter les réflexions du professeur sur les juifs ou sur n’importe quoi d’autre.
Je crois me souvenir qu’il était assez obnubilé par le regard des autres… La façon dont ils le regardaient… Cela le perturbait… Sartre en fait une sorte d’anthropologie existentielle, voire une ontologie de l’être…
Il pensait qu’un regard étranger vous transformait en quelqu’un d’autre, créait une image sur laquelle vous n’aviez aucun contrôle, vous privant ainsi de votre être. C’est absurde !
Je me demande s’il ne ressentait pas cela psychologiquement parce qu’il était conscient de son apparence disgracieuse. « Il s’imaginait que les autres pensaient en le regardant : « Regardez ce monstre d’homme ! Cela plaide en faveur d’un complexe d’infériorité qui hantait l’homme…. »
Moi, au contraire, je ne me suis jamais soucié du regard des autres sur moi. Non seulement je suis plus beau que Sartre, mais je ne me sens absolument pas inférieur à l’animalcule qui tient lieu d’humanité de nos jours…
Julius Evola cité par Frank Julian Gelli.
