dimanche 1 mars 2026

L’Iran, Epstein & les sacrifices humains



Les leaders US sombrent dans une spirale infernale sans éthique ni code moral, sans autre divinité qu’eux-mêmes. La destitution ou le procès à La Haye ne suffiront pas à venir à bout de tels criminels.



Par Dennis Kucinich, le 28 février 2026



Aujourd’hui, l’administration Trump, à la demande du gouvernement décadent de Netanyahu, a joué un rôle déterminant dans le bombardement d’une école primaire de filles, tuant 57 enfants. Réfléchissez-y bien. Voyagez au cœur de la folie et du naufrage des dirigeants américains pour voir des parents iraniens désespérés fouiller les décombres, à la recherche du moindre signe de leurs petites filles.

Maintenant, dites à ces parents, comme on nous l’a dit, que l’Amérique l’a fait pour que le peuple iranien puisse être libre. C’est la nouvelle équation de l’Empire : Liberté = Mort.

L’approche meurtrière à laquelle l’administration Trump s’est livrée sans scrupules s’apparente à la politique du gouvernement Netanyahu de bombarder les écoles à Gaza et d’assassiner des enfants innocents dans le but (psychopathique) d’éviter toute représailles futures. Le meurtre d’enfants est devenu le sacrement de l’État.

Il ne s’agit en fait que d’une extension de la saga Epstein, la destruction de l’innocence par le viol, le meurtre et le cannibalisme d’enfants par des puissants dont la soif de sang ne sera jamais étanchée dans ce carnage de sacrifices humains appelé guerre.

Peter Berger, dans Pyramids of Sacrifice, établit un parallèle entre le culte des sacrifices humains de la civilisation aztèque et l’effondrement de son empire, en écrivant :

“Ainsi, la grande pyramide de Cholula offre un paradigme métaphorique des relations entre théorie, pouvoir et leurs victimes : les intellectuels qui définissent la réalité, les détenteurs du pouvoir qui façonnent le monde pour le conformer à leurs définitions, et ceux qui sont appelés à souffrir des conséquences de ces deux entreprises”.

Réfléchissons au contexte plus général dans lequel ces événements se produisent : d’une part la montée du sionisme prédateur, avec sa stratégie d’extermination, de nettoyage ethnique, d’assassinats, de génocide et ses ambitions d’empire allant de l’Euphrate au Nil. D’autre part, la répression de la dissidence sur les campus universitaires américains, avec la menace de suppression des financements universitaires, les modifications apportées à la loi sur le Premier Amendement au niveau des États pour punir les détracteurs d’Israël, la domination des deux partis politiques américains par l’AIPAC et les groupes affiliés, la domination des médias par les partisans de la cause honteuse du gouvernement du Likoud de Netanyahu, Smotrich et Ben Gvir, plus dévoués à celle-ci qu’à la Constitution des États-Unis.

Nous sommes aux premières loges pour assister au déclin inexorable de la “civilisation” occidentale, sous l’impulsion du gouvernement américain qui a récemment déclenché la guerre Irak-Iran, la guerre d’Afghanistan, la guerre d’Irak, la guerre contre le Liban, la guerre contre la Syrie, la guerre contre Gaza et la Cisjordanie, la guerre contre le Yémen et qui présente aujourd’hui la (deuxième) guerre américaine contre l’Iran.

Renommer le ministère de la Défense en ministère de la Guerre est une magnifique vérité promotionnelle.

L’effondrement de l’économie américaine est quant à lui imminent, croulant sous les dettes, mais s’apprêtant à consacrer 1 500 milliards de dollars par an à la guerre, soit la majeure partie des dépenses discrétionnaires de l’année prochaine qui auraient autrement été consacrées à la santé, l’éducation et le bien-être général du peuple américain.

Aujourd’hui, les États-Unis, “l’armée la plus puissante du monde”, ont été relégués au rang de bras armé du gouvernement israélien au service du Grand Israël.

Que nous ayons fait nôtre la guerre tant désirée de Netanyahu contre l’Iran montre que la prière de Lincoln “Un gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple ne périra pas” ne fait plus partie de la devise nationale. Les avertissements de George Washington sur les implications étrangères sont également ignorés, tout comme ceux du président Eisenhower sur le complexe militaro-industriel.

Non, aujourd’hui, les dirigeants américains rejettent des siècles de sagesse politique cumulée et sombrent dans une spirale infernale, pire encore que celle imaginée dans l’Enfer de Dante, un lieu réservé à ceux qui sacrifient leur nation au profit de leur richesse et leur pouvoir personnels, pour qui tout est permis, sans éthique ni code moral, sans autre divinité qu’eux-mêmes.

Et les sanctions modernes que sont la destitution et le procès à La Haye ne suffiront pas à venir à bout de tels criminels.


Traduit par Spirit of Free Speech



Du Ku Klux Klan à l’ICE : continuité historique de la violence d’État fasciste




par Khider Mesloub


Tout comme le Ku Klux Klan (KKK) n’a pas été une aberration marginale de l’histoire des États-Unis, ni une simple excroissance de la folie raciste, l’ICE (Immigration and Customs Enforcement), ne constitue pas une dérive sécuritaire, une pathologie trumpienne. Tous deux relèvent d’une même matrice : la violence d’État fasciste – racialisée – comme technique de gestion des contradictions de classe du capitalisme américain.

Aussi, relier le Ku Klux Klan à la police anti-immigrés de l’ère contemporaine, ne relève ni de l’anachronisme ni de la provocation.

Certes le KKK et l’ICE diffèrent par leur statut juridique ( l’un clandestin, illégal et terroriste, l’autre institutionnel, légal et aussi terroriste), mais ils convergent dans leur fonction historique : produire un ennemi intérieur racialisé afin de discipliner l’ensemble du prolétariat national. Y compris, et surtout, le prolétariat blanc, transformé en auxiliaire idéologique de sa propre oppression.

Pour rappel, le Ku Klux Klan naît dans un moment précis de l’histoire des États-Unis, au lendemain de la guerre civile, la Guerre de Sécession de 1861-1865, qui s’est achevée par l’abolition juridique de l’esclavage. Le Ku Klux Klan a constitué l’une des formes les plus violentes et les plus explicites de la contre-révolution sociale déclenchée après l’abolition de l’esclavage. Le KKK apparaît alors comme un bras armé clandestin, chargé de restaurer par la terreur ce que la loi venait de détruire. Organisation terroriste suprémaciste blanche, le KKK s’est imposé comme un instrument de maintien de l’ordre social fasciste, indissociable des rapports de domination économique et politique propres au capitalisme américain, destiné à empêcher toute recomposition du prolétariat sur une base non raciale.

Le KKK ne se contente pas de haïr : il organise la haine. Le racisme qu’il promeut n’est pas une passion spontanée, mais une idéologie politique destinée à diviser les classes dominées. En dressant les travailleurs blancs pauvres contre les travailleurs noirs, le Klan détourne la colère sociale de sa cible réelle (la bourgeoisie propriétaire) pour la canaliser vers un ennemi imaginaire, essentialisé, déshumanisé.

Dès sa fondation, le KKK agit comme une police supplétive informelle, chargée de faire ce que l’État hésite ou refuse d’assumer ouvertement : terroriser, expulser symboliquement, voire physiquement, une population noire devenue juridiquement citoyenne mais socialement indésirable.

Le Ku Klux Klan s’impose par des méthodes d’intimidation massives : patrouilles, surveillance, punitions, lynchages, exécutions sommaires. Il contrôle les déplacements, intimide les Noirs, impose la peur comme norme sociale. Autrement dit, il exerce une fonction policière raciale, hors du droit mais tolérée (voire soutenue) par les autorités locales.

De fait, le suprémacisme blanc fonctionne comme un opium politique, une compensation symbolique offerte aux exploités blancs : faute de pouvoir économique, on leur concède une supériorité raciale fictive destinée à neutraliser toute conscience de classe. Le KKK est, à ce titre, une organisation profondément bourgeoise dans sa fonction, même lorsqu’elle recrute dans les couches populaires.

Contrairement à une idée reçue, le KKK n’a pas toujours opéré dans l’ombre. À partir des années 1920, il devient une force de masse, infiltre l’appareil d’État, contrôle des gouverneurs, des juges, des parlementaires. La violence raciale cesse alors d’être marginale : elle devient gouvernementale.

Ces dernières décennies, le KKK a peut-être perdu ses cagoules et ses croix enflammées, mais le racisme structurel qu’il a contribué à instituer demeure, recyclé dans des formes juridiquement acceptables, médiatiquement policées, politiquement rentables.

Pire. Aujourd’hui il renaît sous l’uniforme de l’ICE, l’agence fédérale américaine rattachée au Department of Homeland Security (DHS), créée en 2003 après le 11-Septembre, dans le cadre du virage sécuritaire de l’État américain. Sous l’administration Trump, l’ICE connaît une mutation répressive meurtrière. Elle a cessé d’être un simple organe administratif pour devenir le bras armé d’un projet politique xénophobe et antisociale, une milice d’État, une force répressive spécialisée opérant contre une population désignée comme suspecte par nature. L’ICE a été transformée en instrument spectaculaire de la souveraineté punitive. Il ne s’agit pas seulement de punir, mais de le signifier. La violence devient un message adressé à la population américaine dominée : l’État peut vous détruire, vous expulser, vous effacer.

Cette spectacularisation rapproche l’ICE des milices fascistes historiques, dont la fonction n’était pas seulement répressive, mais symbolique: produire un climat de terreur dissuasif. Sous l’administration Trump, la violence devient un langage politique adressé à l’ensemble de la population américaine dominée.

Avec l’ICE, la figure de l’ennemi n’est plus simplement le Noir affranchi, mais aussi l’immigré (principalement latino) construit comme envahisseur, criminel potentiel, parasite économique (sic)

Les méthodes de l’ICE sont désormais mondialement connues tant elles défrayent chaque jour la chronique : raids à l’aube, souvent sans mandat clair ; arrestations arbitraires, fondées sur le délit de faciès ; séparations familiales, y compris d’enfants en bas âge ; centres de rétention assimilables à des prisons extrajudiciaires, assassinats de protestataires.

Tout comme le KKK, l’ICE ne se contente pas d’appliquer une loi : elle produit un climat de terreur destiné à discipliner la population américaine entière. La terreur devient un instrument de gouvernement.

La différence essentielle entre le KKK et l’ICE n’est donc pas morale, mais juridique. Le Klan agissait hors la loi ; l’ICE agit par la loi. Mais cette légalisation ne rompt pas avec la fonction historique de la violence raciale : elle la normalise.

L’immigré n’est pas la cible finale : il est la figure expérimentale

Là où le KKK brûlait des croix pour signaler une frontière raciale infranchissable, l’ICE érige des murs, des camps, des fichiers biométriques. Dans les deux contextes, ils remplissent la même fonction de classe. Dans les deux cas, la racialisation sert une fonction de division des classes dominées. Le KKK empêchait l’alliance entre travailleurs noirs et blancs pauvres dans le Sud post-esclavagiste. L’ICE, sous Trump, détourne la colère sociale des travailleurs précarisés vers l’immigré, accusé de voler l’emploi, d’alourdir les services publics, de « menacer l’identité nationale ».

Le Ku Klux Klan et l’ICE ne relèvent ni d’une dérive collective macabre ni de la pathologie individuelle de Trump. Ils sont le produit d’une société américaine traversée par des antagonismes de classe irréconciliables permanents.

Le Ku Klux Klan et l’ICE trumpiste ne sont pas identiques, mais historiquement apparentés. L’un incarne la violence raciale brute d’un État en reconstruction issu d’une longue et sanglante guerre civile. L’autre, la violence administrative d’un État capitaliste en déclin hégémonique, menacé par la guerre civile. Le passage du Klan à l’ICE marque moins une rupture qu’un raffinement des instruments de domination et de répression. Quand la terreur change d’uniforme mais conserve sa cible, c’est que le problème n’est pas l’excès, mais la structure même du pouvoir américain en voie de fascisation.

Parce que le capitalisme américain est en crise systémique, il exige une population surexploitée, sans droits, mobile et terrorisée. Pour ce faire l’État produit l’appareil adéquat : la milice ICE.

Au vrai, l’ICE ne combat pas l’immigration. Elle administre l’illégalité pour maintenir le prolétariat américain dans un état de peur permanente. L’immigré n’est pas la cible finale. Il est la figure expérimentale. L’ICE ne sert pas d’abord à contrôler des étrangers. Elle sert à tester, normaliser et étendre des techniques de domination et de répression applicables à l’ensemble de la classe laborieuse américaine.

L’immigration est un prétexte opératoire, un laboratoire de la répression. Le basculement vers le fascisme commence toujours par la criminalisation du segment vulnérable du prolétariat : l’immigré. En l’espèce, aux États-Unis l’immigré constitue un terrain d’expérimentation idéal. Ce qui est imposé aux immigrés aujourd’hui, à savoir détention administrative, suspension des garanties judiciaires, surveillance permanente, terreur familiale, peut être étendu demain à l’ensemble du prolétariat américain.

L’objectif de la généralisation et de la banalisation de l’ICE est de discipliner par l’exemple. La fonction centrale de l’ICE n’est pas l’expulsion. Elle est la démonstration. Le message est simple : les droits ne sont pas universels, ils sont conditionnels. Révocables.

Ainsi, même le travailleur américain doit comprendre que ses droits peuvent être suspendus, redéfinis, retirés. L’ICE joue une fonction stratégique : diviser la classe laborieuse américaine. Cette division doit empêcher toute conscience de classe unifiée. Un prolétariat américain divisé est un prolétariat corvéable et exploitable à merci. Et, surtout, dans cette période de marche forcée vers la guerre généralisée, transformable en chair à canon.

La violence de l’ICE est délibérément publique, visibilisée, filmée, diffusée

À dessein théâtralisée, pour envoyer un message clair à l’ensemble du prolétariat américain, principale cible de la terreur. Ainsi, la véritable cible est le prolétariat étasunien dans son ensemble, appelé à s’habituer à la peur, à la terreur étatique, à l’exception, à la répression sanglante, à la révocabilité permanente de ses droits.

L’ICE n’est pas dirigée contre des étrangers. Elle est dirigée contre toute la population américaine rendue superflue par le capital. L’immigré est le premier. Il ne sera pas le dernier. L’ICE ne défend pas les frontières des États-Unis. Elle défend les frontières de classe.

L’ICE n’est pas une exception. Elle est une avant-garde répressive

Ce qui est réservé aux immigrés aujourd’hui sera appliqué aux chômeurs, aux syndicalistes radicaux, aux populations paupérisées, aux contestataires politiques, aux dissidents, aux antimilitaristes, aux militants révolutionnaires.

Historiquement, les milices apparaissent lorsque l’État doit exercer une violence qu’il ne peut assumer idéologiquement. Dans le cas de l’Amérique capitaliste, cette violence est réintégrée dans l’État. Le KKK faisait le sale travail racial hors droit. L’ICE le fait dans le droit, payé et récompensé par l’État fasciste. Sous l’administration Trump, la milice ne porte pas de cagoule blanche ni de brassard paramilitaire : elle porte un badge fédéral, dispose d’un budget public et agit au nom de la loi. C’est précisément ce qui la rend plus redoutable : la terreur est devenue étatique.

L’impunité de l’ICE n’est pas un scandale pour l’État pirate américain

Elle est une nécessité opérationnelle pour le capital américain en déclin hégémonique. Un appareil chargé de terroriser une population ne peut être soumis à un contrôle réel. Le contrôle détruirait son efficacité répressive. L’administration Trump le sait. Elle organise donc l’opacité, la protection institutionnelle, l’irresponsabilité pénale.

Face à l’État bourgeois fasciste qui gouverne par la terreur et le meurtre légalisé, l’alternative pour le prolétariat américain est désormais posée sans ambiguïté : ou bien subir la généralisation de la répression meurtrière ou bien enclencher une rupture révolutionnaire par la lutte radicale anticapitaliste. Il n’existe pas de troisième voie.